Dans le TARDIS de Nevertwhere



La science fiction, fantasy et fantastique sont-ils solubles dans l'université ? Vaste question.
Pour une tentative de réponse, quoi de mieux que demander à une fonctionnaire, bien planquée dans l'antre du savoir, une bibliothèque universitaire.
Vert ne savait pas quoi faire, elle est devenue fonctionnaire, mais elle est aussi une très grande lectrice qui rend compte de ses lectures et de ses visionnages SFFF depuis 16 ans.
Elle t'emmène faire un tour dans son TARDIS, qui se révèle comme de bien entendu beaucoup plus vaste à l’intérieur qu'à l'extérieur.




Peux-tu te présenter, nous dire comment la lecture est venue à toi ?

Et bien je suis Vert, lectrice de SFFF et blogueuse. J’ai commencé à bloguer en 2005, mais c’est vraiment devenu structuré en 2008 quand j’ai déménagé chez Blogger et que j’ai créé le blog Nevertwhere.
Dans la vraie vie, j’ai 34 ans et je suis bibliothécaire dans une université (enfin plus exactement je suis technicienne d’information documentaire et collections patrimoniales ce qui est beaucoup ronflant comme intitulé de poste !).


Comment la lecture est venue à moi ? 

Je pense assez naturellement : je crois que je savais déjà plus ou moins lire en arrivant au CP (ou alors j’ai appris vite) et je n’ai jamais arrêté de lire, d’abord les livres disponibles à la maison, puis ceux des bibliothèques du coin. Je tannais assez souvent ma mère pour qu’on aille à la librairie et je squattais pas mal le rayon livres du supermarché (d’ailleurs mes parents ont bien failli m’y oublier une ou deux fois !).


Est-ce que ta manière de lire est différente depuis que tu blogues ? Et en quoi ?

Ce n’est pas une question évidente, vu que cela fait bientôt 15 ans que je chronique mes lectures d’une manière ou d’une autre, je ne me rappelle pas vraiment comment je lisais avant (oups).
Je pense que c’est surtout ma manière de choisir mes livres qui a évolué. Avant je flânais beaucoup et je choisissais mes lectures principalement au hasard. Maintenant je suis beaucoup plus influencée par les blogs des copains et des copines qui me font découvrir des titres ou attirent mon attention dessus.
De fait je sélectionne beaucoup plus mes lectures, et contrairement à une époque où il m’arrivait d’emprunter des livres à la bibliothèque et de les rendre sans les avoir ouverts ou en n’ayant lu que quelques pages, globalement il est très rare que j’abandonne un livre sans l’avoir terminé. Au pire je reporte sa lecture jusqu’au bon moment.
Ah si, il y a tout de même quelque chose qui a changé ces dernières années : pendant longtemps je chroniquais dans la foulée les livres que je lisais, donc j’avais encore une impression fraîche dans la tête. Comme c’est un peu moins le cas maintenant, j’essaye toujours de noter brièvement mes impressions de lecture dans Evernote en fin de lecture (ou après chaque nouvelle quand je lis un recueil).


Te faut-il ta dose quotidienne de lecture ? Quel est ton rythme de lecture ?

Je peux passer une journée ou deux sans ouvrir un livre, mais il est rare que je passe une journée sans lire quoi que ce soit (presse en ligne, flux RSS, réseaux sociaux… tout ça c’est aussi de la lecture d’une certaine façon !).
Sur une journée typique de boulot (le terme typique étant à relativiser actuellement), je lis dans les transports donc entre 20 min et une heure par jour si je ne suis pas branchée sur les réseaux sociaux et si je prends le bus au lieu de marcher. Plus un peu de lecture le soir. Grosso modo je lis en moyenne un à deux livres par semaine, avec des semaines de frénésie de lecture et d’autres où j’avance à la vitesse d’un escargot.


Lors du choix de tes lectures, fais-tu attention à l’éditeur, à la collection ?

Oui. Ce n’est pas qu’une déformation professionnelle, il y a clairement des éditeurs ou des collections qui m’attirent plus que d’autres, soit parce que ce sont de livres bien faits, soit parce que je suis en phase avec leur ligne éditoriale.
J’ai eu une époque je me jetais sur toutes les publications des Moutons électriques et de (feu) les éditions de l’Oxymore. Ce n’est plus forcément des textes qui m’attirent aujourd’hui, je fais beaucoup plus mes emplettes au Bélial’ ou chez Lunes d’encre.


Doit-on séparer l’auteur de son œuvre ?

C’est une question très difficile et je pense qu’il n’y a pas d’ultime vérité sur le sujet. Pour moi, chacun met le curseur selon son ressenti. Il y a des gens qui s’en fichent des actions d’un auteur, d’autres qui ne voudront pas le lire à cause de ces mêmes actions. Je suis quelque part entre les deux. Des fois je fais abstraction, des fois ça me gêne et j’évite de le lire. Ça dépend de différents facteurs, notamment est-ce que la personne est encore en vie et est-ce que ses opinions transparaissent clairement dans son œuvre.
Je sais que je ne vais jamais remettre en question l’affection que j’ai pour la série Harry Potter, je sais que je la relirais certainement un jour et je n’ai aucun souci à la conseiller aux enfants dans mon entourage. Mais en parallèle les dernières polémiques autour de J.K. Rowling me mettent mal à l’aise et ça m’a coupé l’envie de lire ses derniers textes. Mais c’est mon ressenti, pas celui du monde entier.

La question qui vient à l'esprit en admirant cette bibliothèque :
A t-elle été rangée pour la photo ou est ce son état naturel ?



Que fais-tu de tes livres une fois lus ?

Pendant très longtemps je les gardais sans me poser de questions sauf si je ne les avais pas aimés, jusqu’au jour où je n’ai plus eu de place pour les stocker. J’ai commencé par les revendre à Gilbert ou Boulinier, mais l’effort que cela demande pour le peu d’argent récupéré fait que globalement je suis passée sur une stratégie de don : à mon entourage, en boîte à livres ou en ressourcerie.
À une époque j’aurais aimé avoir une immense bibliothèque sans fin, aujourd’hui je me satisfais d’une bibliothèque non extensible qui ne prend pas toute la place dans l’appartement (même si elle a tendance à régulièrement déborder). Et comme je lis de plus en plus au format numérique, le problème du stockage se pose moins.


Lectrice de SFFF, t’a-t-on déjà jeté l'opprobre par rapport à tes goûts littéraires ? Le regard sur ces littératures te dérange-t-il ou assumes-tu le fait d’en lire ?

Cela a dû arriver une ou deux fois oui, même si je n’ai pas de souvenir précis. Ceci dit j’ai toujours assumé mes goûts et je trouve qu’il est assez facile aujourd’hui de désamorcer les idées reçues vu la richesse de la production.
J’ai d’ailleurs donné récemment à ma belle-mère qui disait ne pas vouloir de SF mes exemplaires de Boudicca, de Chroniques des années noires et de Kirinyaga (pour le dernier c’est un peu un pari, j’avoue).
J’ai l’impression que le regard porté sur les SFFF a évolué ces dernières années vu qu’il m’arrive de plus en plus de prêter et de recommander certains livres à mon entourage.


Que recherches-tu dans un livre ? Une bonne histoire, un style, le fait d’être bousculé dans tes convictions, pour creuser un sujet, une réflexion…

Un peu tout ça en fait. Cela dépend beaucoup de mes envies du moment. Des fois j’aime lire des livres super compliqués bourrés de réflexion, des fois j’ai juste envie d’un divertissement plein de peps. J’ai cependant une certaine sensibilité pour tout ce qui traite des mythes, de l’Histoire et de sa transmission (j’ai fait des études d’histoire de l’art, cela me poursuit encore aujourd’hui). J’aime bien aussi la SF pleine de sense of wonder, autant la veine pulp que des récits plus hard SF vertigineuse (mais pas trop hard quand même). J’aime bien les récits utilisent la SF ou la fantasy pour parler de choses très intimistes aussi.
Je crois que je lis essentiellement de la SFFF parce que j’aime bien la façon dont le genre prend ses distances pour mieux parler de notre réalité, de notre présent. Et ce assez souvent avec une note d’espoir, ce qu’on pourrait penser impossible.


La représentation des femmes, des minorités sont des sujets de plus en plus prégnants. Fais-tu attention à ces aspects lors du choix de tes lectures ?

Je ne choisis pas forcément mes lectures en fonction de ces questions, mais j’y suis sensible à la lecture. Cela me fait plaisir de voir ces sujets être de plus en plus mis en avant, cela veut aussi dire qu’on ne peut plus dire qu’il n’y a pas de problème sous prétexte qu’on ne le voit pas. C’est déjà un premier pas.


Le blog en 2011, Nevertwhere est comme le Docteur, elle ne vieillit pas !
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Tu as ouvert ton blog il y a 16 ans, pourquoi ? Et surtout, pourquoi continuer alors que la relève est là ? D'autant que l'on peut observer une baisse significative du nombre de tes billets...

Quand j’ai commencé à bloguer en 2005, je racontais beaucoup ma vie, mais comme ma vie tournait pas mal autour des livres j’ai commencé à parler de mes lectures, et cette partie a peu à peu pris le dessus, autant pour partager mes lectures que pour en garder une trace.
Avec le temps mon blog est devenu une mémoire externe qui me permet de retrouver mes impressions de lecture, autant dire que même si plus personne ne venait dessus, il me serait toujours utile à moi.
Quant à la baisse d’activité, ça ne m’inquiète pas du tout. Globalement le nombre de commentaires par article augmente en parallèle, donc j’ai l’impression que les visiteurs qui viennent toujours (les meilleurs donc) apprécient d’avoir moins de billets à lire !

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Pourquoi un tel nom de blog et cet avatar ?

Mon premier blog s’appelait donc « L’étrange bibliothèque de Calenwen ». Quand j’ai déménagé sur Blogger, je voulais utiliser « calenwen » pour l’URL, mais c’était déjà pris, j’ai donc demandé des idées à mes amis et l’un d’entre eux m’a proposé l’excellent Nevertwhere, qui conjuguait mon pseudo « Vert » et mon amour pour Neil Gaiman (qui a écrit le roman Nevertwhere).
Au début Nevertwhere et L’étrange bibliothèque ont cohabité, mais un jour je me suis rendu compte que tout cela était source de confusion (en plus « L’étrange bibliothèque de Calenwen » c’est trop long comme nom de blog), j’ai donc abandonné l’ancien nom au bénéfice de Nevertwhere tout court.

Pour ce qui est de l’avatar, il s’agit de la couverture du roman L’épouse de bois de Terri Windling. Elle provient d’une peinture de Brian Froud qui a inspiré le roman si je ne dis pas de bêtise. J’adore ce roman, j’adore cette couverture et je trouve que ça fait un avatar très adapté pour un blog de SFFF (en plus elle porte un masque, elle est à la pointe de l’actualité cette épouse de bois !).




Un roman grand format tourne autour de 23€, une quinzaine d’euros en numérique, qu’en penses-tu ?

Pour le papier cela dépend beaucoup du livre. Quand pour 25 euros on a un beau livre avec un papier agréable, un texte écrit ni trop gros, ni trop petit, une belle couverture, enfin bref un ouvrage de qualité, ça passe. Mais quand pour ce prix-là on a le droit à un livre de 200 pages avec une illustration de banque d’image et une impression médiocre, on peut légitimement avoir l’impression de s’être fait enfler.
Après ça reste clairement un budget de lire en grand format. C’est pour cela que lorsque j’étais étudiante je n’achetais pratiquement que de grands formats d’occasion ou du poche.
Pour le numérique j’ai beaucoup de mal avec les livres numériques qui dépassent les 10-12 euros, d’autant plus que ce sont souvent les grosses maisons d’édition qui ont les politiques les plus abusives sur le numérique (DRM à gogo, fichier numérique plus cher que le poche, etc.). Bizarrement, c’est souvent ces livres que je finis par emprunter en bibliothèque…


Comme tu tiens un blog, tu dois recevoir de temps en temps les fameux SP, les services de presse, des livres que t’envoie un éditeur pour un avis sur ton blog. Est-ce qu’écrire ton billet dessus change ? Pourquoi ne pas le signaler dans tes billets ?

Je ne reçois pas beaucoup de SP à vrai dire (enfin si, 2 l’an dernier, un record !). Des fois je signale que c’est un SP, parfois non. Je ne suis absolument pas cohérente sur le sujet, mais comme c’est des occurrences rares, j’ai un peu de mal à trancher sur la question.
À une époque j’aimais bien qu’on me propose des SP (qui pourrait dire non à des livres gratuits ?), mais je me suis souvent retrouvée à lire des choses qui ne m’intéressaient pas tellement, et alors c’est la galère quand je dois le chroniquer.
Ce n’est pas que je pense que le blogueur doit forcément une bonne chronique à l’éditeur, mais à partir du moment où un livre arrive dans ma PàL avec une intention (que ce soit un SP ou un cadeau de mon entourage), personnellement je suis toujours mal à l’aise quand je ne l’apprécie pas. Tout le monde n’a pas la franchise du Chien critique !


Nous recevons donc des livres gratos, en faisons indirectement la pub, le blogueur est-il un maillon de la chaîne du livre ? Ou juste une affiche publicitaire ?

Il faudrait demander aux spécialistes du marketing (ce qui n’est pas mon cas, j’achète les livres de marketing pour le boulot, mais je ne les lis pas) ce qu’il en est vraiment et s’il y a un vrai impact sur les ventes.
Pour ma part, je pense que les blogs s’insèrent dans toute la partie communication autour des livres. L’effet sur les ventes est sans doute assez limité (à moins d’avoir une énorme communauté), mais les chroniques viennent alimenter les blurbs, les réseaux sociaux des éditeurs, bref ça permet de faire parler des livres (et un livre dont on parle, c’est un livre qui existe !).
Mine de rien je trouve toujours intéressant de rechercher un livre sur Google et voir si on trouve des articles à son sujet ou uniquement des sites pour l’acheter en ligne, ça donne une petite idée de son succès.


Tu participes à des salons littéraires, pourquoi ? Quel est ton avis dessus ?

J’adore cela, surtout lorsque cela concerne la SFFF. La lecture a longtemps été un loisir assez solitaire pour moi, et même si on peut passer des heures à parler bouquins sur Internet, cela ne remplace pas les interactions « en vrai ».
C’est chouette d’écouter des gens parler de SFFF (ce qui n’arrive pas souvent dans la vraie vie), de rencontrer certains auteurs et de découvrir de petits éditeurs qu’on ne verra pas forcément en librairie. Et mine de rien cela contribue à faire parler du genre, parce que ce genre d’évènement va attirer des fans, mais aussi des gens curieux ou qui passaient par là et qui vont peut-être se découvrir une passion.
Ce qui est super surtout, c’est de retrouver des gens avec qui on échange uniquement sur Internet et d’avoir des conversations parfois complètement perchées comme si on avait été à l’école ensemble alors qu’on se croise une ou deux fois par an. Et puis des fois on discute avec des parfaits inconnus (ce qui ne m’arrive jamais normalement). On découvre que l’on connaît son voisin de conférence par Twitter. Et on crée des amitiés qui résistent au temps.
Bref j’adore ce genre d’évènement, et je dois avouer que c’est un des trucs qui me manque le plus depuis un an.


Tu es bibliothécaire, c’est quoi, un libraire fonctionnaire, un planqué ?

Ah ah ah :D
Le bibliothécaire c’est un peu le contraire du libraire. Au lieu de vendre plein de livres, il en achète un et le fait tourner auprès de ses usagers (soit gratuitement, soit pour un prix assez modique généralement).
Sinon la bibliothécaire (oui je passe au féminin, pas de jaloux), elle fait plein de choses, avec des missions qui varient selon le type de bibliothèque.
Pour ma part je bosse à l’université. Comme le veut le cliché, j’achète donc des livres, je les couvre avec amour (et film auto-adhésif, même si j’avoue apprécier également le non adhésif pour les grands formats), je leur colle des étiquettes et des coups de tampon, je les mets en rayon, je les prête à des étudiants et je passe parfois beaucoup de temps à dire « chuuuuuuuuut ! ».
Mais je fais aussi de la formation pour apprendre à faire des recherches documentaires et à utiliser les ressources en ligne, j’aide les gens à trouver des documents (souvent en les aidant à comprendre des références bibliographiques incorrectes !), je fais de la veille pour les enseignants-chercheurs ou d’autres services, je valorise les travaux des étudiants… bref je fais beaucoup de médiation. Pour faire simple, il y a un usager en quête d’information d’un côté et une masse d’information de l’autre : le but est de les mettre en relation, de préférence sans noyer l’usager dans l’information.
Neil Gaiman a une citation qui résume à mon avis une partie importante de ce métier : 

Google can bring you back 100,000 answers,
a librarian can bring you back the right one


(Google peut vous donner 100 000 réponses, un bibliothécaire peut vous donner la bonne)



Achètes-tu des livres autour de l’imaginaire ? Comme la collection Parallaxe ?

Ah j’aimerais bien, mais malheureusement ça ne fait pas trop partie de notre politique documentaire très centrée sur les sciences sociales et la gestion d’entreprise. Nous avons bien quelques livres qui parlent d’imaginaire parce qu’ils abordent des thématiques qui collent avec nos collections, mais cela reste mineur.
Mon projet secret, c’est de créer un vrai fonds de fictions qui viendrait en quelque sorte répondre au reste des collections, avec des romans qui s’intéresseraient aux mêmes thématiques d’étude et de recherche de notre structure.
C’est autant pour proposer des lectures plus « détente » aux étudiants que pour offrir une autre approche (pour ne rien cacher, cette idée couve depuis que j’ai lu Cleer de L.L. Kloetzer, qui répondrait très bien à toute la section gestion d’entreprise).
Mais bon il faut avoir l’espace pour, le budget, le temps de trouver des titres (comme je ne vais pas mettre que de la SFFF il va falloir que je comble d’énormes lacunes sur le reste du monde littéraire). Je sais déjà que ça ne sera pas pour cette année, mais je ne désespère pas !





Que peut apporter l’imaginaire aux étudiants ?

La même chose qu’au reste du monde : une prise de distance avec la réalité qui permet de se divertir, mais aussi de mieux l’appréhender. Et pour des étudiants qui travaillent beaucoup sur les nouveaux usages de la technologie, nul doute que la SFFF peut aussi nourrir leurs réflexions. Je vois d’ailleurs ponctuellement des mémoires qui s’appuient sur des thématiques liées à l’imaginaire ou à ses communautés. Il y a quelques années j’ai vu passer un mémoire sur les licornes !


Un des grands constats de ce siècle - ou du moins l’image d’Épinal - est que les jeunes ne lisent plus. Le constates-tu ?

Je pense que tout dépend de la définition qu’on donne de la lecture. Si lire c’est s’asseoir à un bureau ou dans un fauteuil avec un livre qu’on lit de la page 1 à la page 599, on n’aura aucun mal à dire « les jeunes lisent moins » (ceci dit cela ne concerne pas que les jeunes à mon avis). Mais on lit d’autres choses, et surtout sur d’autres supports. Est-ce que lire les réseaux sociaux ou de la presse en ligne, ce n’est pas lire aussi ?
Et si je regarde uniquement le cas de mes étudiants… Dans ma bibliothèque, je vois bien le nombre de prêts s’effondrer (et pas que depuis 2020), surtout en ce qui concerne les revues. Mais c’est aussi lié au développement des ressources en ligne. Pourquoi emprunter une revue entière quand on peut retrouver l’article qui nous intéresse directement sur son ordinateur ?
Une chose est sûre, à l’arrivée les bibliographies des mémoires restent bien fournies (en nombre de références en tout cas, qualitativement je n’ai pas les compétences pour juger). Donc dans le cadre d’une recherche universitaire les gens lisent encore. Peut-être différemment (quoique je ne suis pas sûre qu’on ait attendu le numérique pour survoler des livres), mais ils lisent.


Demain, tu deviens Ministre de la Culture, quelles seraient tes propositions pour le livre ?

Clairement je ressortirai le rapport Racine du tas de compost où il a été enterré pour vraiment me pencher sur les questions du statut et de la rémunération des auteurs. Ce n’est quand même pas normal de ne pas pouvoir vivre de son travail.
Et sinon je tannerai le Ministre de l’Éducation nationale pour généraliser les périodes de lecture libre au collège et au lycée. Si on veut que les jeunes lisent, il faudrait commencer par leur donner envie en leur montrant que la lecture ce n’est pas une corvée. Dans mon entourage je vois plein de gens qui ont arrêté de lire au lycée parce que la lecture est devenue une corvée pour les cours.

Sur ton blog, un seul roman de Robert Charles Wilson de chroniqué, c’est quoi ce bordel !!!

C’est pour faire rager les cabots !
Plus sérieusement le roman en question ne m’a pas laissé un souvenir fou ni les autres nouvelles que j’ai pu lire de lui. Mais j’ai bien noté Spin dans ma wish-list depuis l’histoire des incontournables, et comme à la maison je finirais par le lire un jour.

Photo rare d'une PaL famélique
source



Parlons blockbuster de SF : la soupe aux choux, le gendarme et les extra-terrestres. Louis de Funès était le Tom Cruise du siècle dernier ?

Et n’oublions pas Fantomas et sa panoplie de gadgets digne de James Bond <3.
Mais oui on manque un peu de grands films de SF en France, mais je ne désespère pas !


Neil Gaiman est ton auteur fétiche, pourquoi ?

J’ai toujours beaucoup aimé la mythologie et les contes. Ça me fascine ces récits qui traversent le temps, et visiblement cela fascine aussi Neil Gaiman tant tous ses écrits sont imprégnés de cette matière.
Ce que j’aime beaucoup chez lui c’est cette manière qu’il a de brouiller les frontières entre réel et imaginaire. C’est une fantasy très ancrée dans le réel. Un roman comme Neverwhere, on peut le lire comme un roman de fantasy urbaine, mais on peut aussi se demander si le héros a imaginé tout cela. Dans American Gods il a inventé des divinités qui semblaient tellement convaincantes que les gens ont fini par croire qu’elles existaient vraiment. Et L’Océan au bout du chemin contient assez d’éléments biographiques pour qu’on ne sache plus très bien démêler le vrai du faux.
Et puis il y a souvent une forte impression de normalité chez lui. Ma nouvelle préférée c’est Chevalerie, qui met en scène une vieille dame qui trouve le Graal dans une brocante. On y voit débarquer un chevalier de la Table ronde de façon complètement anodine, c'est excellent.


Tu es fan de Doctor Who, quel est ton docteur préféré ?

Ah la question de traître ! En général j’ai tendance à répondre le Docteur du moment, mais je ne suis pas encore complètement en phase avec l’incarnation actuelle de Jodie Whittaker (même s’il y a plein de choses que j’apprécie, l’écriture du personnage n’est clairement pas la même qu’à l’époque RTD ou Moffat et du coup j’ai encore du mal à vraiment l’appréhender).
Christopher Eccleston n’est pas resté assez longtemps pour que je m’habitue à lui. J’ai beaucoup aimé David Tennant à son époque (et j’ai toujours un comportement de fangirl avec cet acteur), j’ai été soufflée par Matt Smith (alors que je pensais Tennant irremplaçable), et Capaldi ça a été le coup de foudre immédiat. C’est encore un peu mon Docteur je crois.
Côté ancienne série je n’ai testé que les deux premiers (que j’ai bien appréciés malgré le noir et blanc et les épisodes reconstitués). J’aimerais bien trouver le temps de me consacrer aux suivants, mais je manque de temps pour…


Sans tricher, c'est quoi l'acronyme TARDIS ?

Time and relative dimension(s) in space. Non, mais oh, tu m’as prise pour qui ?


Quels sont les livres qui t’ont le plus marqué et pourquoi ? Te souviens-tu de l'éditeur et de la collection.

Oh là là… il y en a tellement. Je pourrais liste toute ma bibliothèque parce qu’à force d’y faire le ménage, tous les livres qui y restent sont des livres qui m’ont marquée pour une raison ou une autre. Des fois rien que l’acquisition de l’ouvrage est marquante à sa façon. Donc j’ai fait une petite sélection, mais c’est un vrai crève-cœur.





L’enfant qui venait de l’espace de Robert Escarpit (et illustré par Caza), roman découvert dans Je Bouquine (c’est en fait le tout premier numéro de la revue de 1984, même si personnellement je l’ai lu bien plus tard dans un hors-série avant de racheter la version livre). C’est une sorte de fanfiction improbable qui met en scène un Isaac Asimov qui rencontre sa création, à savoir Susan Calvin. C’est complètement méta, donc absolument génial. Ce qui est assez rigolo c’est que Robert Escarpit a aussi écrit des livres plus « sérieux ». J’en ai retrouvé un au boulot qui aurait été un bon candidat à l’élagage et que j’ai sauvé de manière complètement arbitraire en souvenir de ce roman !
https://nevertwhere.blogspot.com/2019/02/lenfant-qui-venait-de-lespace-robert.html


Chroniques martiennes
de Ray Bradbury, un vrai classique de la SF dans la mesure où ça a été une claque quand je l’ai lu ado, et il m’a fait autant d’effet quand je l’ai relu adulte. Ça a été un crève-cœur de choisir entre lui et Des fleurs pour Algernon qui s’inscrit dans la même veine de ces lectures ados qui vous marquent et qui gardent toute leur puissance, peu importe quand vous les relisez.
https://nevertwhere.blogspot.com/2012/09/chroniques-martiennes-ray-bradbury.html


Chroniques du pays des mères de Elisabeth Vonarburg, je ne saurais même pas par où commencer pour vous parler de ce roman tellement il est important pour moi. Récit post-apo, récit de reconstruction et de changement, récit sur l’Histoire, récit sur les rapports hommes-femmes, c’est d’une richesse incroyable pour un seul roman. Lisez-le, c’est tout. Il est même disponible chez Folio SF maintenant, vous n’avez plus aucune excuse !
https://nevertwhere.blogspot.com/2012/03/chroniques-du-pays-des-meres-elisabeth.html


Sandman de Neil Gaiman, parce qu’il me fallait un Gaiman dans cette sélection et qu’à titre personnel je considère qu’il s’agit de son chef d’œuvre. Il faut certes passer outre les dessins qui peuvent rebuter (surtout les premiers numéros), mais sinon… cette manière de construire un récit en alternant grands récits et courtes histoires, en mêlant Histoire, mythes et récits de vie, de créer une sorte d’étrange univers de fantasy qui semble tout à fait réelle… bref si je ne devais garder qu’un seul Gaiman, ce serait celui-là (ce qui prend déjà pas mal de place !).
https://nevertwhere.blogspot.com/2014/01/sandman-neil-gaiman-petite-introduction.html


Et histoire de ne pas mettre que de « vieux » machins, je termine sur Trop semblable à l’éclair, le premier tome de Terra Ignota, cycle d’Ada Palmer. Un roman qui m’a beaucoup marqué par son univers d’une incroyable richesse et qui fait beaucoup réfléchir (j’ai perdu le compte du nombre de fois où un évènement de notre monde actuel m’a fait y penser). Je n’ai qu’une hâte : lire le tome 3 !
https://nevertwhere.blogspot.com/2019/12/trop-semblable-leclair-terra-ignota-1.html


Je te laisse clore cet entretien sur les sujets qui te tiennent à cœur

Merci pour cette interview, c’était rigolo d’y répondre. Je crois que j’ai été plus bavarde ici que mon blog ces deux derniers mois (oui je le dis, tout est de la faute du Chien critique !), je vais donc retourner bosser sur mon blog !



Site internet : https://nevertwhere.blogspot.com/

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Twitter : https://twitter.com/nevertwhere

Instagram : https://www.instagram.com/nevertwhere/


Un immense merci à Vert pour le temps passé à répondre à toutes ces fichues questions. Et je lui souhaite sincèrement de réussir à monter son projet de fonds de fictions dans sa BU.


J'avais fait du teasing pendant deux jours sur les réseaux sociaux en vous dévoilant deux indices


Mardi :


Il s'agissait d'un clin d'oeil à a série favorite Doctor Who avec l'un des compagnons du Docteur, K-9


Mercredi :

Une allusion une partie du nom de son blog : where


Une photo de Neil Gaiman enfant.
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27 commentaires:

  1. Super interview! Longue vie à Vert, reine des quizz du dernier Discord.
    C’est vraiment de chouettes interviews exclusives que tu nous offres!
    Btw il est beaucoup trop pipou Neil Gaiman enfant!

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    1. Les gosses, c'est toujours plus jolis sur une photo que dans la réalité...
      Comme tu me complimentes, je remets une interview ce jeudi, rien que pour toi

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  2. Ah fausse piste,pas d’auto interview du Chien critique.
    C’est toujours intéressant sinon.J’ai bien aimé Les Incontournables lancé par Vert,ça m’a permis de découvrir des lectures recommandées par les différents blogs et je repère maintenant le magnifique Logo des Incontournables.Et j’irai lire chroniques du pays des mères. Grand merci à tous les deux.

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    1. Et non, je suis le Daft Punk de la blogo !
      J'ai complètement zappé de parler des incontournables... Bon après, il y avait pas mal de questions...

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  3. Super ! Merci à vous deux 👌
    (Pourquoi on retrouve toujours des choses qu'on aurait voulu dire après ? 😂)

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  4. Super intéressante, cette interview !
    Merci de l'avoir partagée.

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  5. "Je crois que j’ai été plus bavarde ici que mon blog ces deux derniers mois (oui je le dis, tout est de la faute du Chien critique !), je vais donc retourner bosser sur mon blog !"

    Tout s'explique ! C'est bon tu nous la rends maintenant ?

    Super interview, questions et réponses ^^

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    1. Il fallait à Vert un petit coup de pied au cul pour s'y remettre, tu vas vois qu'elle va nous pondre 3 billets par semaine désormais

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    2. J'aimerais bien refaire 3 billets par semaine xD

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  6. Après faudra pas venir se plaindre que l'article sur Le Guin n'arrive pas hein.
    Très sympa cette interview, merci à vous deux. C'est où qu'on vote pour Vert comme ministre ?
    #TeamDavidTennant

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    1. C'est pas faux.
      Pour voter pour elle, si tout le monde met son nom dans le bulletin, ils seront bien obligé.

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  7. Excellent, comme toujours, j'espère qu'il y en aura d'autres bien sûr.

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  8. Génial!! Toujours un plaisir de lire Vert, si extraordivert. 🤩🤩🤩

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  9. Dire que je n'ai jamais vu "Doctor Who"... Ça craint un peu, non ?

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    1. Tu as juste une fabuleuse chance de pouvoir t'enfiler 11 saisons en binge watching

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  10. Ces très chouettes ces interview, ça satisfait ma terrible curiosité !

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    1. Je m'en sers surtout pour espionner mes voisins voisines de la blogosphère pour connaitre les raisons de leurs succès et les appliquer sur mon blog. Espionnage industriel.

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  11. Super interview encore ! Les bibliothécaires n'auront plus de secrets pour nous. :D

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