Aurore Lescure, pilote d'astronefs

Théo Varlet, BNR, 1943, 259 p., domaine public





Voyage spatial, place de la femme, décroissance, écologie, et même shakehands !
Et tout ça dans un roman écrit il y a près d'un siècle.

Présentation de l'éditeur :


Après la catastrophe de la « La Grande Panne » l’exploration astronautique et la construction d’astronefs a été interdite. Aurore Lescure qui a épousé Gaston Delvart se contente d’un poste d’assistante auprès du professeur Nathan. Elle rêve pourtant encore de piloter des vaisseaux spatiaux. Mais le climat international s’obscurcit et beaucoup craignent qu’une deuxième guerre mondiale ne soit le prélude à la destruction de l’humanité, maintenant que l’art des fusées et des missiles est maîtrisé.


Mon ressenti :


Après la mésaventure de La grande panne, on retrouve notre couple chez son oncle et sa tante où leur rejeton tout juste promu journaliste leur fait part de sa découverte en Antarctique d'une fusée à réaction. Fait étrange alors que les vols interplanétaire ont été interdits suite à l'invasion de lichen et qu'aucun essai n'a été signalé. Le début d'un périple...
Pas de soucis si vous n'avez pas lu le titre précédent, un petit résumé de quelques pages est présent pour ceux qui ont loupé le train en marche.

Situé dans l'entre deux guerres, l'auteur brode son canevas de crainte envers la science au service de la guerre mais se prononce résolument pour la science bienfaitrice de l'humanité.
Un roman d'aventure scientifique, mais nous ne sommes pas chez Jules Verne qui se prend au passage une petite rouste pour ses raccourcis avec la réalité scientifique. Cela en fait un roman très moderne nous donnant un aperçu des connaissances de l'époque sur l'espace et les fusées. Le mal de l'espace est connu et seul un voyage test peut démonter qui supportera ou non le vide sidéral.

La Lune a toujours été considérée, vu sa proximité, comme la première étape d’un raid extra-terrestre. Mais elle est à éliminer, pour nous qui disposons des moyens matériels d’aller plus loin. La Lune est un astre mort. Pas d’atmosphère, c’est scientifiquement démontré. Aucun avenir de colonisation. Et il est étrange qu’un metteur en scène de cinéma ait osé, en 1930, nous montrer les personnages du film Une femme sur la Lune, s’y baladant sans le moindre masque respiratoire, comme sur la terre. C’est abuser de la crédulité du public et négliger les règles les plus élémentaires de la vraisemblance.


90 ans après parution, on peut être agréablement étonné de ce roman qui n'aurait pas à rougir d'être de nos jours sur les étals des libraires. Même si il prend la forme de bons nombres d'aventures spatiales, il s'en démarque par son côté vulgarisateur, très based science (avec les connaissances de l'époque) et alors que bon nombre jouent les conquêtes coloniales sur des planètes lointaine ici on reste dans notre bon vieux système solaire sans volonté colonisatrice et l'action va se dérouler pas sur la lune ni sur Mars mais sur... Je vous laisse la surprise.
L’anthropocentrisme non plus n'a pas lieu d'être, l'auteur sait que les chemins de l’évolution sont complexes.

Pourquoi voulez-vous que le roi de la création sur toutes les planètes soit nécessairement et uniformément l’Homo Sapiens, comme sur la terre ? Les ressources de la nature sont plus variées : la diversité dans l’unité. J’admets que, tous les corps du système solaire étant faits des mêmes matériaux arrachés à la Nébuleuse primitive, la vie se soit manifestée ici et là par des évolutions organiques homologues, équivalentes… Mais la pensée… le miracle psychique de chaque planète, a dû faire son apparition plus ou moins tôt, en profitant des circonstances, à un niveau différent de la série animale.

Où je suis très surpris de lire le terme shakehands - et même double shakehands  - dans un roman daté de 1930 (publié en 1943 à titre posthume). Moderne, vous dis-je, comme avec la place de la femme qui tient ici le haut du pavé. C'est le mari qui se laisse porter par les évènements, n'étant que là que pour nous conter les aventures de son intrépide épouse.

Quand Aurore m’est tombée du ciel, voici deux ans, ce fut l’entrée, dans ma vie, de la plus merveilleuse aventure. Mais il ne s’ensuit pas que ce soit fini, que notre amour n’ait plus qu’à se laisser vivre. Quand on a gagné le gros lot, si on n’est pas un niais, c’est pour s’en servir intelligemment. Je n’admets pas que tout soit dit pour nous avec le bonheur égoïste d’avoir joint nos deux sorts. Il faut que cet amour, qui sert d’exposant à notre valeur individuelle, serve à nous hausser au-dessus de nous-mêmes, dans une entreprise commune, poursuivie en joie parce que nous sommes deux. Je sais : l’entreprise commune tout indiquée, dans la vie, des êtres ordinaires qui s’aiment, c’est d’avoir des enfants. Mais Aurore n’est pas une femme ordinaire. Avec sa science et son exceptionnelle intelligence, elle a un rôle plus haut à jouer dans le monde que de travailler à la repopulation.


C'est aussi un roman qui nous parle de la dégradation de notre environnement par la consommation, par les guerres. Il n'aurait pas à rougir face à quelques romans qui sortent encore aujourd'hui autour de la décroissance, de l'écologie. Bref je suis très agréablement surpris par le fond de ce texte, seul le récit sent un peu la naphtaline, et on sent une certaine froideur dirons nous vis à vis des communistes. Mais il reste très visionnaire sur les événements à venir.

Voici les villes, centres encore épars du machinisme, d’où s’allongent à l’accéléré les constructions des chemins de fer défrichant les prairies de ces Far-West et ces vierges forêts. Branchées sur les grandes lignes, dont le réseau se resserre, des exploitations minières implantent leurs « derricks » et leurs cheminées, creusent leurs puits, fouillent les entrailles du globe, en extraient les réserves de houille, fer, plomb, zinc, argent, or, mercure, toute la série des métaux et des minéraux, font jaillir par centaines de forages le pétrole, engendré dans les feuillets géologiques par la lente maturation des temps immémoriaux. Tout cela est dispersé, pompé, aspiré par les villes tentaculaires grondantes, qui grandissent, grossissent, s’étalent, débordent de toutes parts…


La lutte économique s’aggrave entre les Rouges et les Blancs. On voit les autos, les vêtements, tout le superflu, sortir des usines, s’amonceler plus vite qu’on ne parvient à les user. Chaque continent s’obstine à expédier vers l’autre des cargaisons par pleins navires. Les machines tournent toujours, sur un rythme plus enragé. Les avions transocéaniques passent par vols continus sur les routes de l’air d’où ils ont chassé les oiseaux…



Comme toujours avec les livres tombés dans le domaine public, certains pseudo éditeurs vous feront ouvrir votre porte monnaie. Ne tombez pas dans le piège, il y a rarement d'appareils critique et ils ne sont que des copies des livres faits par des bénévoles et mis gracieusement à disposition.
Un grand merci donc à la Bibliothèque numérique romande d'avoir composé cette édition numérique.
Vous pouvez le télécharger gratuitement sur leur site
ou trouver d'autres livres ici : https://ebooks-bnr.com/


Pour celles et ceux qui parfois peinent à trouver des éditions numériques, comme ce fut le cas pour moi avec ce roman, je vous signale l'agrégateur Noslivres.net qui interrogent un grand nombre de site proposant des ebooks libres de droit et qui m'a permis de découvrir cette édition.


Merci à Carmen dans son commentaire sur La grande panne de m'avoir fait découvrir ce roman.

Mon avis




8 commentaires:

  1. Mais merci infiniment à toi pour cette chronique,c'est nettement mieux que ce que j'ai pu en écrire. C'est vrai que cet auteur apparaît comme un visionnaire,je trouve son écriture sublime,et derrière ce lyrisme il y a des thèmes profonds et modernes à la fois.
    En accès gratuit,en plus,il n'y a pas à se priver.
    Un grand merci !
















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    1. Mais c'est normal que mon avis est meilleur que le tien, je suis un critique littéraire !
      Merci à toi de m'avoir fait découvrir cette suite qui est encore meilleure que le premier épisode. Je vais continuer l'exploration de sa bibliographie.

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  2. Ah oui, quand même. Encore meilleur que son prédécesseur donc ?
    J'ai été choqué de ce "shakehands", j'ai cru que tu avais été remplacé par un chien extraterrestre.

    (petit problème de lien vers l'article de "La grande panne")

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    1. Oui, bien meilleur.
      Lorsque j'ai lu ce terme de shakehands, je me suis dit What ? Et après j'ai pensé à toi, va savoir pourquoi.
      (merci, c'est réparé)

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  3. Vu mon avis sur le premier volume, tu comprendras sans peine que je passe mon tour sur le second, n'est-ce pas ?

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    1. Oui, mais c'est bien meilleur, et à ce prix, tu peux tenter les premiers chapitres.

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  4. Intéressant, faudra que j'y pense quand j'aurais envie d'une vieillerie ^^

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    1. C'est un roman de la rentrée littéraire, mais de quelques années. Faux lire avec les vieux, ils se sentent moins isolé.

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