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Aurore Lescure, pilote d'astronefs

septembre 10, 2020

Théo Varlet, BNR, 1943, 259 p., domaine public





Voyage spatial, place de la femme, décroissance, écologie, et même shakehands !
Et tout ça dans un roman écrit il y a près d'un siècle.

Présentation de l'éditeur :


Après la catastrophe de la « La Grande Panne » l’exploration astronautique et la construction d’astronefs a été interdite. Aurore Lescure qui a épousé Gaston Delvart se contente d’un poste d’assistante auprès du professeur Nathan. Elle rêve pourtant encore de piloter des vaisseaux spatiaux. Mais le climat international s’obscurcit et beaucoup craignent qu’une deuxième guerre mondiale ne soit le prélude à la destruction de l’humanité, maintenant que l’art des fusées et des missiles est maîtrisé.


Mon ressenti :


Après la mésaventure de La grande panne, on retrouve notre couple chez son oncle et sa tante où leur rejeton tout juste promu journaliste leur fait part de sa découverte en Antarctique d'une fusée à réaction. Fait étrange alors que les vols interplanétaire ont été interdits suite à l'invasion de lichen et qu'aucun essai n'a été signalé. Le début d'un périple...
Pas de soucis si vous n'avez pas lu le titre précédent, un petit résumé de quelques pages est présent pour ceux qui ont loupé le train en marche.

Situé dans l'entre deux guerres, l'auteur brode son canevas de crainte envers la science au service de la guerre mais se prononce résolument pour la science bienfaitrice de l'humanité.
Un roman d'aventure scientifique, mais nous ne sommes pas chez Jules Verne qui se prend au passage une petite rouste pour ses raccourcis avec la réalité scientifique. Cela en fait un roman très moderne nous donnant un aperçu des connaissances de l'époque sur l'espace et les fusées. Le mal de l'espace est connu et seul un voyage test peut démonter qui supportera ou non le vide sidéral.

La Lune a toujours été considérée, vu sa proximité, comme la première étape d’un raid extra-terrestre. Mais elle est à éliminer, pour nous qui disposons des moyens matériels d’aller plus loin. La Lune est un astre mort. Pas d’atmosphère, c’est scientifiquement démontré. Aucun avenir de colonisation. Et il est étrange qu’un metteur en scène de cinéma ait osé, en 1930, nous montrer les personnages du film Une femme sur la Lune, s’y baladant sans le moindre masque respiratoire, comme sur la terre. C’est abuser de la crédulité du public et négliger les règles les plus élémentaires de la vraisemblance.


90 ans après parution, on peut être agréablement étonné de ce roman qui n'aurait pas à rougir d'être de nos jours sur les étals des libraires. Même si il prend la forme de bons nombres d'aventures spatiales, il s'en démarque par son côté vulgarisateur, très based science (avec les connaissances de l'époque) et alors que bon nombre jouent les conquêtes coloniales sur des planètes lointaine ici on reste dans notre bon vieux système solaire sans volonté colonisatrice et l'action va se dérouler pas sur la lune ni sur Mars mais sur... Je vous laisse la surprise.
L’anthropocentrisme non plus n'a pas lieu d'être, l'auteur sait que les chemins de l’évolution sont complexes.

Pourquoi voulez-vous que le roi de la création sur toutes les planètes soit nécessairement et uniformément l’Homo Sapiens, comme sur la terre ? Les ressources de la nature sont plus variées : la diversité dans l’unité. J’admets que, tous les corps du système solaire étant faits des mêmes matériaux arrachés à la Nébuleuse primitive, la vie se soit manifestée ici et là par des évolutions organiques homologues, équivalentes… Mais la pensée… le miracle psychique de chaque planète, a dû faire son apparition plus ou moins tôt, en profitant des circonstances, à un niveau différent de la série animale.

Où je suis très surpris de lire le terme shakehands - et même double shakehands  - dans un roman daté de 1930 (publié en 1943 à titre posthume). Moderne, vous dis-je, comme avec la place de la femme qui tient ici le haut du pavé. C'est le mari qui se laisse porter par les évènements, n'étant que là que pour nous conter les aventures de son intrépide épouse.

Quand Aurore m’est tombée du ciel, voici deux ans, ce fut l’entrée, dans ma vie, de la plus merveilleuse aventure. Mais il ne s’ensuit pas que ce soit fini, que notre amour n’ait plus qu’à se laisser vivre. Quand on a gagné le gros lot, si on n’est pas un niais, c’est pour s’en servir intelligemment. Je n’admets pas que tout soit dit pour nous avec le bonheur égoïste d’avoir joint nos deux sorts. Il faut que cet amour, qui sert d’exposant à notre valeur individuelle, serve à nous hausser au-dessus de nous-mêmes, dans une entreprise commune, poursuivie en joie parce que nous sommes deux. Je sais : l’entreprise commune tout indiquée, dans la vie, des êtres ordinaires qui s’aiment, c’est d’avoir des enfants. Mais Aurore n’est pas une femme ordinaire. Avec sa science et son exceptionnelle intelligence, elle a un rôle plus haut à jouer dans le monde que de travailler à la repopulation.


C'est aussi un roman qui nous parle de la dégradation de notre environnement par la consommation, par les guerres. Il n'aurait pas à rougir face à quelques romans qui sortent encore aujourd'hui autour de la décroissance, de l'écologie. Bref je suis très agréablement surpris par le fond de ce texte, seul le récit sent un peu la naphtaline, et on sent une certaine froideur dirons nous vis à vis des communistes. Mais il reste très visionnaire sur les événements à venir.

Voici les villes, centres encore épars du machinisme, d’où s’allongent à l’accéléré les constructions des chemins de fer défrichant les prairies de ces Far-West et ces vierges forêts. Branchées sur les grandes lignes, dont le réseau se resserre, des exploitations minières implantent leurs « derricks » et leurs cheminées, creusent leurs puits, fouillent les entrailles du globe, en extraient les réserves de houille, fer, plomb, zinc, argent, or, mercure, toute la série des métaux et des minéraux, font jaillir par centaines de forages le pétrole, engendré dans les feuillets géologiques par la lente maturation des temps immémoriaux. Tout cela est dispersé, pompé, aspiré par les villes tentaculaires grondantes, qui grandissent, grossissent, s’étalent, débordent de toutes parts…


La lutte économique s’aggrave entre les Rouges et les Blancs. On voit les autos, les vêtements, tout le superflu, sortir des usines, s’amonceler plus vite qu’on ne parvient à les user. Chaque continent s’obstine à expédier vers l’autre des cargaisons par pleins navires. Les machines tournent toujours, sur un rythme plus enragé. Les avions transocéaniques passent par vols continus sur les routes de l’air d’où ils ont chassé les oiseaux…



Comme toujours avec les livres tombés dans le domaine public, certains pseudo éditeurs vous feront ouvrir votre porte monnaie. Ne tombez pas dans le piège, il y a rarement d'appareils critique et ils ne sont que des copies des livres faits par des bénévoles et mis gracieusement à disposition.
Un grand merci donc à la Bibliothèque numérique romande d'avoir composé cette édition numérique.
Vous pouvez le télécharger gratuitement sur leur site
ou trouver d'autres livres ici : https://ebooks-bnr.com/


Pour celles et ceux qui parfois peinent à trouver des éditions numériques, comme ce fut le cas pour moi avec ce roman, je vous signale l'agrégateur Noslivres.net qui interrogent un grand nombre de site proposant des ebooks libres de droit et qui m'a permis de découvrir cette édition.


Merci à Carmen dans son commentaire sur La grande panne de m'avoir fait découvrir ce roman.

Mon avis




La grande panne

juin 11, 2020

Théo Varlet, Epagine, 2013 (1ère publication 1930), 247 p., gratuit, epub sans DRM


Et le premier Homme  à aller dans l'espace est ...
Une femme !
(...qui ouvre la boite de Pandore !)

Présentation de l'éditeur :


La Grande Panne, paru en 1930 aux éditions des Portiques, raconte l’épopée d’une jeune femme intrépide, Aurore Lescure qui a tenté d’atteindre la Lune dans une fusée construite par son père, un savant américain. Cependant, elle rapporte dans ses bagages un organisme qui se nourrit d’électricité ! Derrière un récit d’aventures très bien mené, Varlet explore à sa manière des questions de société, l’avenir de l’humanité et les conséquences des progrès scientifiques.


Mon ressenti :

Une femme forte, qui est plus forte que ses sentiments,
Un artiste peintre fou amoureux et désespéré de ne pas être aimé,
Voilà un début qui tranche avec la vision des genres de l'époque. Malheureusement, cela n'ira pas plus loin contre les stéréotypes, mais ce n'est pas si mal pour l'époque.

Nous sommes dans un classique du roman catastrophe : après avoir recueilli dans l'espace des roches, il s'avère que des germes de vivant y étaient présents et vont occasionner une Grande Panne. Le roman vaut surtout par son traitement très réaliste et assez moderne. Même si la science de l'époque peut, parfois, prêter à rire pour un lecteur d'aujourd'hui, l'auteur n'hésite pas à argumenter ses théories et les conséquences qui en découlent. On a là, à mon avis, un des précurseurs de la Hard SF, mais cela reste très digeste.

Un roman qui s'interroge sur le progrès et de sa possible utilisation à des fins peu recommandables, alors qu'aux Etats Unis, bon nombre de pulps à la même époque se font les chantres de l'énergie atomique, Théo Varlet en mesure les dangers à sa juste valeur:

Et il m’exposait ses doutes. J’avais beau lui rappeler le principe qu’il m’avait inculqué : « Trouver, seul, importe ; le savant n’a pas à s’inquiéter des applications qu’on fera de sa science ». Il hochait la tête sans répondre. Un article que je lui lus, dans L’Orléans Républicain, l’affecta profondément. C’était signé d’un certain lieutenant-colonel Verdier, qui prônait l’utilisation guerrière de l’énergie intra-atomique pour construire des engins destructeurs capables d’anéantir des armées entières, 100 000 hommes en dix secondes. « Il n’y a pas de doute, voilà à quoi servira ma découverte ! » dit mon père tristement.


Ses analyses sont assez justes pour un texte de près d'un siècle, que ce soit dans la gestion de la catastrophe par le politique et les médias. Ou comme dans les préparatifs de la conquête spatiale :

Lendor-J. Cheyne, lui aussi, est persuadé que le génie de mon père vaincra les derniers obstacles qui nous séparent encore du succès définitif ; que, d’ici deux, trois, quatre ans au plus, quelqu’un, moi ou un autre pilote, débarquera sur le sol lunaire et en rapportera des échantillons de l’or dont le spectroscope y a révélé l’indiscutable présence. Ce n’est qu’une question d’argent, déclare-t-il ; et les faits jusqu’ici lui ont donné raison. C’est à coups de dollars, en prodiguant les expériences et les essais coûteux, que nous avons déjà réalisé l’envol d’hier jusqu’au vingtième du trajet : 18 000 kilomètres sur 380 000. Secondées par des ressources financières suffisantes, la science et la volonté peuvent tout. Mais la foi du public qui fournit ces ressources a besoin d’amorces plus grossières qu’une certitude rationnelle. Pour obtenir de lui ce crédit indispensable, il faut nourrir sa foi par des illusions, des anticipations. On a le droit de le tromper, dans son propre intérêt. Voilà la thèse de Lendor-J. Cheyne, la justification qu’il m’a donnée de son projet, lorsqu’il m’en a fait part.


Le roman a surtout résonné pour moi sur le parallèle avec notre crise covidienne et son traitement. Et c'est là qu'on réalise la justesse du propos.

C’était très joli, d’arrêter la machinerie civilisée, pour enrayer le développement du Lichen ; mais comment allait-on détruire tous les foyers de contamination ? L’eau de javel paraissait bien peu efficace, à en juger par le métro, où elle n’avait pu empêcher le développement foudroyant du Lichen. Même si les autres procédés valaient mieux, il faudrait des semaines et des mois pour assainir Paris tout entier.


Le décret, appelé par les vœux de tous, fut accueilli dans Paris comme un mal nécessaire. On se résignait à une obéissance inévitable… ainsi qu’il arrive dans les nombreux cas où la docilité aux lois résulte beaucoup moins de leur respect réel et d’un consentement volontaire que la simple inertie, qui serre d’un cran sans mot dire à chaque nouveau règlement, fût-il absurde et incompréhensible, la boucle des contraintes sociales ceinturant tout citoyen d’un État civilisé.

Ce fut là aussi, dans une guinguette défeuillée, où je me reposai une heure à boire un verre de vin blanc en regardant couler la Seine, que j’entendis parler des « trafics » coupables des policiers improvisés. Par la route plus encore qu’aux gares, relativement mieux surveillées, quantité de voyageurs partaient de Paris, à la nuit tombée, voire même dans leur voiture maquillée pour simuler un blindage étanche, et pénétraient dans la zone saine, en esquivant la désinfection obligatoire.

Il y a même une carte des zones contaminées :

« La situation actuelle. En France. » Carte avec, teintées en grisaille, les régions contaminées… Tiens ! ça n’a pas beaucoup changé. Le décret a donc servi à quelque chose ?… Paris et la Seine, avec un bout de Seine-et-Oise, font toujours, posée de biais, une espèce de demi-lune. La tache grise de la région sud-est a gagné Sète et Carcassonne. Au sud-ouest, Bordeaux et Bayonne, comme précédemment. C’est au nord que cela s’est le plus étendu : la zone figure maintenant un triangle irrégulier, de Dunkerque au Havre et du Havre à Amiens…

Le rapprochement est même très juste, jusque dans les olibrius , car il y est même question d'un savant marseillais qui aurait découvert un produit miracle !

une pommade, personne n’en aurait voulu. Alors je l’ai remplacée par un savon à base de plomb, avec lequel il suffit de se lotionner matin et soir pour obtenir l’insensibilisation. À Marseille, mon produit lancé par une grande parfumerie, allait faire le bonheur de la population.

Petite note, dans son avant propos, l'auteur, pour parler de cette SF avant l'heure, emploie le terme de littérature d’imagination scientifique.

Le texte est préfacé de belle manière par Xavier Dollo/Thomas Geha.

C'est gratuit et c'est disponible sur le site de Epagine.


TmbM est un peu plus mesuré.

Des milliards de miroirs

avril 09, 2020
 

Robin Cousin, Editions Flblb, 2019, 256 p., 23€ papier, libre de droit en numérique



Si tout va à vau-l’eau, pourquoi espérer ?

Présentation de l'éditeur :


Dans un futur proche, le réchauffement climatique et la dégradation écologique se font sentir dans la vie quotidienne, sans que rien n’enraye cette fuite en avant. Alors que chacun tente de garder espoir en l’avenir, l’astrophysicienne Cécilia Bressler provoque un sursaut mondial : elle a découvert une planète, à 45 années lumières, qui présente des lueurs semblables à celles de nos villes.
Même si Gamma Céphée est inaccessible, la nouvelle bouleverse tout le monde : Cécilia et son mari Simon, conservateur au centre zoologique ; Antimaadmi, qui a prédit l’existence des «céphéens» et dont la secte voit affluer des adeptes ; Benjamin, journaliste, qui veut alerter sur les vraies menaces.

Mon ressenti :


Futur, les animaux n'existent plus que dans des zoos, l'eau est rationnée mais l'envoie d'un télescope composé d'un million de miroirs va bousculer les quelques certitudes restantes sur l'avenir de l'humanité. Entre les scientifiques, les médias, les complotistes de la fin du monde et les fanatiques religieux, la détection d'une possible vie extraterrestre entraîne nos personnages dans des endroits où ils ne pensaient pas aller.



Il est assez marrant - façon de parler - de lire ce roman graphique en ces temps de Coronavirus. Tout ce que l'on voit actuellement sur la bêtise humaine s'y retrouve. Il suffit de remplacer découverte de vie extraterrestre par Covid-19.
Entre les médias qui convoquent à des débats spectaculaire un blogueur complotiste, une scientifique et une personnalité politique internationale. L'information devient virale et sa pertinence est plus qu'improbable. Bienvenue dans l'univers des fake news complotiste !

Alors que la fin du monde est au bout des doigts, comment vivre ? Nos comportements sont-ils rationnels ? Pourquoi vouloir préserver la vie animale dans des zoos alors que la fin est imminente ?
Avec ses dialogues assez minimalistes, les dessins servent de contrepoids aux comportements humains et permettent de montrer l'être humain dans toute sa complexité.
Centré sur l'humain, cette BD nous parle des conséquences nos choix et nous renvoie notre image à travers ces milliards de miroirs.



Extrêmement rare pour être signalé, cette BD est disponible gratuitement sous licence Creative Commons BY-NC-SA, donc vous pouvez le partager et le modifier librement.
http://robincousin.blogspot.com/

Vous pouvez aussi écouter l'émission  Le rayon BD

Science-fiction aux Utopiales

https://www.franceculture.fr/emissions/le-rayon-bd/utopiales-2019
Le rayon BD du 03 novembre 2019
Téléchargement direct (enregistrer sous)
Et notre troisième invité, l'auteur Robin Cousin, qui s’était fait remarquer il y a deux ans avec Le profil de Jean Melville, un thriller d’anticipation – mais assez anxiogène, centrée sur la technologie des « smart glasses », ces lunette intelligentes et connectées. Il signe cette année, toujours chez la réjouissante maison d'édition FLBLB Des milliards de miroirs, sélectionnée en compétition pour le prix BD des Utopiales.

Le Mystérieux Docteur Cornélius

mars 12, 2020

Feuilleton d'Edith Loria, France Culture, 1977, 35 épisodes de 30mn

d'après le roman feuilleton de Gustave Le Rouge, 1912-1913

https://www.franceculture.fr/emissions/le-mysterieux-docteur-cornelius


Mais pourquoi est-il si méchant ?



Présentation de France Culture :


Que rêver de mieux ! Un savant de génie, au cerveau fêlé comme il se doit, avide de pouvoir et d’argent, amoral, à la tête d’une confrérie de bandits sans foi ni loi : Les Lords de la Main Rouge. Un feuilleton d'Edith Loria, d'après le roman de Gustave Le Rouge.
Un milliardaire américain-et sa fille (20 ans, évidemment très belle et fiancée)-un autre savant, français, celui- ci, et donc honnête (il souhaite ajouter sa pierre « à l’édifice radieux de la modernité »), des vols et des crimes, de la poésie et de l’aventure, l’Amérique des gratte-ciels et des marais maléfiques, la Bretagne reposante, et la voix terriblement inquiétante de Michel Bouquet dans le rôle du fameux Mystérieux Docteur Cornélius… !



Mon ressenti :


Tout commence lors d'une fête organisée par un milliardaire pour les 20 ans de sa fille où le cadeau, une pierre précieuse, disparait. A partir de là, les situations s'enchainent à travers le monde et voit la confrontation entre le milliardaire et ce mystérieux docteur Cornelius, appelé aussi, non, n'ayez pas peur, Le Sculpteur de chair !

De l'aventure trépidante et scientifique,
Des aventures rocambolesques,
De la romance,
Des merveilles scientifiques,
Des guet-apens,
Des voyages à travers le monde
Une pléthore de personnages,
Un savant libérateur des peines des hommes,
Un chien qui lit,
Un chien qui écrit,
Des caïmans,
Une justice au main des puissants,
Un air de collaboration et de fuite des cerveaux,
Des jeunes filles qui s'évanouissent,
Une fleur de sommeil,
Des clones,
Une lèpre verte,
Une île des Pendus,
Des peaux rouges,
Des pirates,
Des kolkhoziens,
Une gitane,
Un bossu,
Une main rouge,
Liste non exhaustive...


Quand c'est trop, c'est Tropico !?
Il y a de tout, cela part dans tous les sens et pourtant, ça marche !
Le méchant est vraiment méchant, avec toujours un coup d'avance sur ces adversaires, fourbe, vénal, avide de pouvoir, assassin, égocentrique et surtout, malveillant. Une figure du mal comme un célèbre Mabuse.
Notre groupe de valeureux héros aura fort à faire pour déjouer les manipulations des Lords de la Main Rouge.
L'auteur n'hésite pas non plus à emprunter de temps en temps à avoir un regard critique sur les moeurs de son époque, et surtout celles américaines, avec le racisme. Ceci dit, l'imagerie du bon sauvage français ne vaut pas tellement mieux...
Un petit mot pour les féministes : vous risquez de vous étouffer maintes et maintes fois.

France Culture a rediffusé cette adaptation qui date de 1977, permettant avec son ton désuet de s'immerger de bien belle manière dans cette oeuvre.
Chaque épisode s'ouvre sur un résumé succinct et se termine par une voix malicieuse qui nous appâte en faisant le teasing du prochain rebondissement, de la prochaine aventure, se permettant même de jouer avec le docteur Cornelius en l'affublant de nombreux épithètes. Ce découpage permet de rendre au mieux l'esprit au texte originel, sous la plume de Gustave Le Rouge, publié en feuilleton entre 1912 et 1914
Les comédiens prêtent leurs voix merveilleusement bien, à part peut-être le savant dont la voix imitée de vieillard fait plus rire qu'autre chose.

35 épisodes, 16h30 d'écoute, 16h30 de plaisir
Une mini série en a été tirée en 1984, diffusée sur Antenne 2


TmbM
a lu le livre et a pris plaisir à retrouver Gustave Le Rouge



A écouter ici : https://www.franceculture.fr/emissions/le-mysterieux-docteur-cornelius

ou à lire ici : tome 1 - tome 2 - tome 3

Les hommes frénétiques

novembre 18, 2019

Ernest Pérochon, Plon, 1925, 352 p., Domaine public




Géopolitique du futur. Chiant.


Présentation de l'éditeur (Snag) :


Après des siècles de guerres et l’anéantissement des civilisations, une nouvelle société humaine s’est mise en place sur Terre le long des parallèles.
Une seule obsession désormais : la paix.
Mais la science incontrôlée et le désir impitoyable de conquête semblent vouloir reprendre le dessus sur le destin de l’humanité.

Mon ressenti :


Futur lointain, alors que le monde entier jouit d'une paix durable et d'une douceur de vivre grâce à la science, certains événements vont semer la discorde...
On découvre ce monde avec beaucoup de plaisir : l'énergie est disponible gratuitement a tout à chacun; des avions servent de moyen principal de communication... L'utopie enfin réel, l'an 2000 enfin réalisé. Puis une fois les présentations faites, et le loup dans la bergerie, la science sans conscience, l'auteur se lance dans de longues descriptions des évènements mondiaux qui vont précipiter la fin de ce monde idyllique. Cependant il calque un peu trop son histoire sur la notre : chauvinisme, patriotisme, religion. Mélangez le tout et vous obtenez une guerre et l'incapacité des gouvernements mondiaux à l'empêcher via un ersatz de Société des nations. Puis dans un autre chapitre : intérêts commerciaux, volonté de pouvoir et vous obtenez une guerre sur un autre continent et bla bla bla et bla bla bla. Les chapitres se répètent dans de longues descriptions froides, sans personnages pour faire tenir le tout.

Arrivé a ce stade, stop. Même si l'auteur a peu foi en l'humanité, cela ne rattrape pas le peu d'enjeu de la chose. Des personnages inexistants, une histoire inexistante. Un intérêt, le mien inexistant.
En outre, le regard blanc sur les autres races devient vite gênant, malgré l'humanisme supposé de l'ensemble. Oui, je sais, il faut se replacer dans le contexte. Mais sincèrement, il existe des auteurs qui ont écrit avant cette date et avaient un regard plus critique sur le racisme, le colonialisme.
Mon plaisir de lecture étant nul, vite un autre roman.


La bonne blague du jour :
Une édition numérique a 13€ chez Snag éditions, sachant que le roman est tombé dans le domaine public et que vous pouvez le télécharger gratuitement ici ou ailleurs !!!
Merci Snag éditions pour cette bonne tranche de rigolade.


Mes camarades sont plus enthousiastes : SFmoi, TmbM, 233°


Récapitulatif


Les Trois Yeux

avril 04, 2019

Maurice Leblanc, Je sais tout, 1919, 224 p., Domaine public



Ne perdait pas de temps à lire ce roman, ni mon avis, cela n'en vaut pas le coup !


Présentation du Livre de poche :


Maurice Leblanc, père d'Arsène Lupin, a imaginé dans Les Trois Yeux une de ses plus curieuses histoires fantastiques. Rayon B... Berge... La mort n'a pas permis au savant Noël Dorgeroux d'achever son message. Voulait-il révéler la formule de sa découverte ou le nom de son meurtrier ? Mais certains veulent s'approprier le Rayon B, croyant, par ce moyen, faire fortune. C'est qu'ils ignorent l'étrange pouvoir des trois yeux...


Mon ressenti :



Maurice Leblanc est plus connu pour ses aventures avec Arsène Lupin, mais il a aussi abordé les littératures de l'imaginaire avec ses trois yeux.
Dorgeroux est un savant un peu fou, vivant en retrait du monde scientifique en compagnie de sa fille adoptive et de son neveu Victorien. Il va faire une étrange découverte qui va bouleverser son quotidien, celui de la planète, voir un peu plus.

J'aime me plonger de temps en temps dans des vieux bouquins, j'ai découvert de très bons auteur, tel Rosny aîné ou Maurice Renard. Maurice Leblanc ne fera malheureusement pas parti de ce podium des vieux.
Nous sommes ici dans une enquête qui tourne un peu à la farce, au vaudeville, la science fiction y est présente  mais rien ne sera expliqué : l’événement extraordinaire est là, un point, c'est tout. Quand au reste, c'est du lu et relu, pas de quoi faire travailler ses neurones pour trouver le coupable, tout y est servi comme sur un plateau. Une amourette pour le lectorat féminin, de l'argent pour le lecteur masculin, les rôles de chacun sont clairement ancrés dans le passé : les hommes pensent, les femmes au lavoir !

Rien à sauver pour moi dans ce roman. Première excursion chez l'auteur, je ne peux donc vous dire si cela est du même style que la série des Arsène Lupin, mais moi, j'arrête les frais ici, comme Baroona qui n'a pas été très convaincu.


Livre tombé dans le domaine public, vous pouvez le télécharger librement un peu partout, comme chez Bibebook. Ne dépensez pas votre argent dans une édition numérique qui n'apporte aucunes annexes et se contente bien souvent de reprendre l'édition libre de droit en changeant la couverture.



Récapitulatif


L'homme truqué

mars 28, 2019

Maurice Renard, 1921, Je sais tout, 80 p., Domaine public


Entre polar et fantastique, un roman fondamentalement SF


Présentation :


Un matin, le docteur Bare est retrouvé mort au bord de la chaussée, visiblement victime d'un guet-apens. Les gendarmes trouvent un manuscrit, rédigé par la victime, apparemment oublié par les assassins.  


Mon ressenti :


Lu ce texte sans savoir de quoi il en retournait, juste après le roman Le dernier de son espèce, et je peux dire que cela collait parfaitement à l'ambiance.
L’homme truqué commence par la fin de l'histoire, par un assassinat  en la personne du Docteur Bare dans un bois. Un manuscrit retrouvé va faire la lumière sur ce tragique évènement.

Nous sommes dans l'après guerre, les traumatismes sont toujours visibles et présents dans les mémoires, notamment via les gueules cassées et les expériences médicales faites sur les blessés.
Mais Maurice Renard élargit le propos en parlant de surhomme et des conséquences psychologiques, traumatiques sur le cobaye.  Pour moi, nous sommes clairement dans la veine du transhumanisme avant l'heure et de la figure du super héros. Un sujet brûlant d'actualité de nos jours. Cependant, ici nous explorons plus le côté anti-héros, pas d’héroïsme, juste du tragique.

Le tout est servi par une intrique à chute, du suspense et même un peu de mélo, cela se lit tout seul, malgré les cent années qui nous séparent  de sa rédaction. Les personnages sont bien campés, malgré la brièveté du roman. Je ne vous en dit pas plus, cela serait dommage de vous gâcher le plaisir.

Voilà un texte que je vous recommande de lire de toute urgence, comme Lune ou encore TmbM

 A télécharger ici gratuitement

Une adaptation en bande dessinée en a été faite par Serge Lehman et Gess dans un spin off de La brigade chimérique dont vous pouvez retrouver l'avis d'Artemus Dada ou de Lune


Récapitulatif


Force ennemie

février 07, 2019
 

John Antoine Nau, Editions de la Plume, 1903, 351 p., Domaine public



Et le premier Goncourt de l'histoire est attribué à .... Un roman de l'imaginaire.
De là à voir une corrélation entre le désamour des lecteurs et la SFFF, il n'y a qu'un pas.

Présentation :

Philippe Veuly se réveille un matin dans une maison de santé, en pleine possession de ses moyens, mais sans aucun souvenir des circonstances qui l’ont conduit à être interné. En compagnie de son gardien, il fait le tour du propriétaire, rencontre les autres pensionnaires de l’établissement et tombe éperdument amoureux d’une jolie malade du « bâtiment d’en face ». Tout semble bien se passer jusqu’au moment où il commence à souffrir de troubles psychologiques et d'hallucinations. Kmôhoûn, un habitant de la planète Tkoukra, est venu chercher refuge dans le corps d’un Terrien pour échapper aux dures conditions de vie de son astre. Philippe Veuly va devoir désormais partager son corps avec lui. Or ce dernier, personnage cynique, dévergondé, voire lubrique, est capable de prendre possession de la volonté de son hôte et de lui faire faire ou dire ce qu’il veut.

Mon ressenti :


C'est l'histoire d'un homme qui se fait posséder par un extraterrestre. Écrit en 1903, j'étais très impatient de découvrir ce roman, et comment le sujet allait être traité. J'ai vite déchanté et après une semaine laborieuse de lecture, j'ai fermé le livre en poussant un ouf de soulagement, en ayant à peine lu plus de la moitié !

La première parti se résume à la présentation de l'asile et de la galerie d'internés, en compagnie du gardien de l'hôpital psychiatrique. Problème, ce dernier parle avec le patois du coin. Cela donne :

Quand alle est guérie a’ se souvient d’un peu de ce qu’alle a vu l’promier jour ; mais ça lui semble « loin de loin ». Y a rien comme l’egzitation pour faire paraître le temps long… après ; parce que « durant » c’est pas ça qui gêne.

Très pénible à lire lorsque le personnage a un place prépondérante dans le récit...

Nous découvrons quelques pensionnaires, l'occasion de longues digressions sans intérêts sinon celui de retarder l'arrivée de notre alien. Et lorsqu'il fait son apparition, il est aussi pénible que le gardien.
Arrivé à ce stade, on se doute que l'enjeu se fera entre possession extraterrestre ou maladie mentale. Pour ma part, je ne connaitrai pas le fin mot de l'histoire, et c'est très bien ainsi.
Il s'agissait sûrement à l'époque de dénoncer la bourgeoisie et la condition asilaire, ne reste désormais qu'un intérêt historique, entre autre autour du langage, pour ce pamphlet vaudevillesque.

Ce livre est tombé dans le domaine public, disponible gratuitement sur Bibebook ou en audio sur le site de Littérature audio. N’allait pas dépenser votre argent chez certains margoulins qui vous vendent une édition libre de droit sans appareil critique ou annexes.


Récapitulatif

La Guerre des mondes

octobre 01, 2018


Herbert George Wells, 1898, 256 p., Domaine public

C’était le commencement de la déroute de la civilisation,
du massacre de l’humanité.

Les martiens débarquent et ils ne sont même pas verts. Shocking !

Présentation :


Un jour de 1894, un météore s'abat près de Londres, bientôt suivi de nombreuses autres. Des cratères calcinés qu'ils ont creusés dans le sol émergent alors d'énormes tripodes de métal, terrifiants engins de guerre venus de Mars pour envahir la Terre ! Face à leur rayon mortel, les armes terrestres s'avèrent dérisoires, et les survivants ne peuvent que fuir à travers les ruines fumantes des villes et les campagnes ravagées pour tenter d'échapper à une mort qui semble inéluctable.


Mon ressenti :


Des astronomes remarquent des explosions à la surface de Mars. Quelques temps plus tard, des météores s'écrasent sur la Terre. Des martiens en sortiront, et sans coups de semonce, sèmeront la désolation. Ainsi commence la guerre des mondes.


Récit à la première personne, nous découvrons peu à peu les conséquences de l'invasion martienne. Nous sommes un siècle plus tôt, les moyens logistiques de la guerre sont autres. Cette attaque surprise prend au dépourvu et pour tenter de comprendre ce qui se passe, une seule solution aller voir sur place et tenter de comprendre l'impensable.
Les villages se vident de leurs habitants, chacun tentant d'emporter les choses qui lui sont chères :de l'argent, des meubles de famille, des pots d'orchidées. Futilité de la vie... La foule panique et en oublie l'entraide, les bas instincts se réveillent. La société s'écroule dans une belle anarchie. L'institution religieuse n'est d'aucun secours, dont Wells dresse le portrait via un prêtre :

Mais c’était une de ces faibles créatures, âmes dépourvues de fierté, timorées, anémiques et haïssables, toutes de souplesse rusée, qui n’osent regarder en face ni Dieu ni homme, pas même s’affronter soi-même.

Face à eux, les martiens dans leur tripode ont une supériorité technologique terrifiante avec leur fameux rayon ardent et leur fumée noire. Les humains sont écrasés comme des fourmis.
Comme des fourmis ? Wells tend ici le miroir à l'humanité : que n'avons nous fait à cause de notre présupposé supériorité ? Le méchant martien ne se comporte t-il pas comme l'homme le fait devant une espèce inférieure ? Devant les sauvages ? Une belle réflexion sur notre humanisme, nos volontés impérialistes et de notre domination sur le monde animal.



Le résultat de cette guerre des mondes est très réaliste, une revisite scientifique de David contre Goliath. La fin ouverte sur la possibilité d'un ailleurs et de voyages dans l'espace clôt de belle manière l'ensemble.

Il serait difficile d’exagérer le merveilleux développement de la pensée humaine, qui fut le résultat de ces événements. Avant la chute du premier cylindre, il régnait une conviction générale qu’à travers les abîmes de l’espace aucune vie n’existait, sauf à la chétive surface de notre minuscule sphère. Maintenant, nous voyons plus loin. Si les Martiens ont pu atteindre Vénus, rien n’empêche de supposer que la chose soit possible aussi pour les hommes. Quand le lent refroidissement du soleil aura rendu cette terre inhabitable, comme cela arrivera, il se peut que la vie, qui a commencé ici-bas, aille se continuer sur la planète sœur. Aurons-nous à la conquérir ? 

Quelques "défauts" pour le lecteur moderne : écrit il y a plus d'un siècle, le style est légèrement suranné, les descriptions prennent parfois trop le pas sur le récit, cassant le rythme. Le récit du frère du narrateur, même s'il apporte une vision plus large de cette guerre, n'est guère concluant et un peu inutile à mon sens. Gênant à la lecture, ces désagréments ne l'emportent pas au final sur ce qu'il reste de ce roman une fois terminé.


Une suite en a été donnée par Stephen Baxter, Le massacre de l'humanité parue en 2017 chez Bragelonne et comprenant le roman La guerre des mondes dans une traduction révisée. C'est cette version que j'ai lu.
Mon avis

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Les illustrations sont tirées de la première édition illustrée par  Henrique Alvim Corrêa (L. Vandamme, Bruxelles, 1906), vous pouvez les retrouver sur le site de La boite verte

Le livre illustré sur Gallica. Merci à Jean-Daniel Brèque pour le lien

A télécharger gratuitement ici https://www.ebooksgratuits.com/details.php?book=963
Version audio gratuite : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/wells-herbert-george-la-guerre-des-mondes.html

 

 

Quelques citations :



Ce sont des arcs et des flèches face à la foudre, dit l’artilleur. Ils n’ont pas encore vu ce diable de rayon de feu.

Les gens honorables de l’endroit, en costume de sport, leurs épouses élégamment mises, se hâtaient de faire leurs paquets, énergiquement aidés par tous les fainéants des environs, tandis que les enfants s’agitaient, absolument ravis, pour la plupart, de cette diversion inattendue à leurs habituelles distractions dominicales. Au milieu de tout cela, le digne prêtre de la paroisse célébrait fort courageusement un service matinal et le vacarme de sa cloche s’efforçait de surmonter le tapage et la confusion qui remplissaient le village.

Je ressentis alors une émotion des plus rares, une émotion cependant que connaissent trop bien les pauvres animaux sur lesquels s’étend notre domination. J’eus l’impression qu’aurait un lapin qui, à la place de son terrier, trouverait tout à coup une dizaine de terrassiers creusant les fondations d’une maison. Un premier indice d’une idée qui se précisa bientôt et m’oppressa pendant de nombreux jours : la révélation de mon détrônement, la conviction que je n’étais plus un maître, mais un animal parmi les animaux sous le talon des Martiens. Il en serait de nous comme il en est d’eux. Il nous faudrait sans cesse être aux aguets, fuir et nous cacher ; la crainte et le règne de l’homme n’étaient plus. [...]
À coup sûr, si nous ne retenons rien d’autre de cette guerre, elle nous aura cependant appris la pitié… la pitié pour ces âmes dépourvues de raison qui subissent notre domination.

Alors, tandis que derrière moi les Martiens se préparaient ainsi à leur prochaine sortie, et que devant moi l’humanité se ralliait pour la bataille, avec une peine et une fatigue infinies, à travers les flammes et la fumée de Weybridge incendié, je me mis en route vers Londres.

Nous, les hommes, créatures qui habitons cette terre, nous devons être, pour eux du moins, aussi étrangers et misérables que le sont pour nous les singes et les lémuriens. Déjà, la partie intellectuelle de l’humanité admet que la vie est une incessante lutte pour l’existence, et il semble que ce soit aussi la croyance des esprits dans Mars. Leur monde est très avancé vers son refroidissement, et ce monde-ci est encore encombré de vie, mais encombré seulement de ce qu’ils considèrent, eux, comme des animaux inférieurs. En vérité, leur seul moyen d’échapper à la destruction qui, génération après génération, se glisse lentement vers eux est de s’emparer, pour y pouvoir vivre, d’un astre plus rapproché du soleil.
Avant de les juger trop sévèrement, il faut nous remettre en mémoire quelles entières et barbares destructions furent accomplies par notre propre race, non seulement sur des espèces animales, comme le bison et le dodo, mais sur les races humaines inférieures. Les Tasmaniens, en dépit de leur conformation humaine, furent en l’espace de cinquante ans entièrement balayés du monde dans une guerre d’extermination engagée par les immigrants européens. Sommes-nous de tels apôtres de miséricorde que nous puissions nous plaindre de ce que les Martiens aient fait la guerre dans ce même esprit ?

Dépourvus d’entrailles, ils ne mangeaient pas et digéraient encore moins. Au lieu de cela, ils prenaient le sang frais d’autres créatures vivantes et se l’injectaient dans leurs propres veines. Je les ai vus moi-même se livrer à cette opération et je le mentionnerai quand le moment sera venu. Mais si excessif que puisse paraître mon dégoût, je ne puis me résoudre à décrire une chose dont je ne pus endurer la vue jusqu’au bout. Qu’il suffise de savoir qu’ayant recueilli le sang d’un être encore vivant – dans la plupart des cas, d’un être humain – ce sang était transvasé au moyen d’une sorte de minuscule pipette dans un canal récepteur.
Sans aucun doute, nous éprouvons à la simple idée de cette opération une répulsion horrifiée, mais, en même temps, réfléchissons combien nos habitudes carnivores sembleraient répugnantes à un lapin doué d’intelligence. 

Tous les gens qui habitaient ces maisons et tous ces maudits petits employés qui vivaient dans ces banlieues, tous ceux-là ne sont bons à rien. Ils n’ont ni vigueur, ni courage, ni belles idées, ni grands désirs. Seigneur ! un homme qui n’a pas tout cela peut-il faire autre chose que trembler et se cacher ? Tous les matins, ils se trimballaient vers leur emploi – je les ai vus, par centaines –, emportant leur déjeuner, s’essoufflant à courir, pour prendre les trains d’abonnés, avec la peur d’être renvoyés s’ils arrivaient en retard. Ils peinaient sur des boulots qu’ils ne prenaient pas même la peine de comprendre. Le soir, du même train-train, ils retournaient chez eux avec la crainte d’être en retard pour dîner ; n’osant pas sortir, après leur repas, par peur des rues désertes ; dormant avec des femmes qu’ils épousaient non parce qu’ils avaient besoin d’elles, mais parce qu’elles avaient un peu d’argent qui leur garantissait une misérable petite existence à travers le monde. Ils assuraient leurs vies, et mettaient quelques sous de côté par peur de la maladie ou des accidents. Et le dimanche… c’était la peur de l’au-delà, comme si l’enfer était pour les lapins ! Pour ces gens-là, les Martiens seront une bénédiction : de jolies cages spacieuses, de la nourriture à discrétion, un élevage soigné et pas de soucis. Après une semaine ou deux de vagabondage à travers champs, le ventre vide, ils reviendront et se laisseront prendre volontiers. Au bout de peu de temps, ils seront entièrement satisfaits. Ils se demanderont ce que les gens pouvaient bien faire avant qu’il y ait eu des Martiens pour prendre soin d’eux.
Et les traîneurs de bars, les tripoteurs, les chanteurs… je les vois d’ici, ah ! oui, je les vois d’ici ! s’exclama-t-il avec une sorte de sombre contentement. C’est là qu’il y aura du sentiment et de la religion. Mais il y a mille choses que j’avais toujours vues de mes yeux et que je ne commence à comprendre clairement que depuis ces derniers jours. Il y a des tas de gens, gras et stupides, qui prendront les choses comme elles sont, et des tas d’autres aussi se tourmenteront à l’idée que le monde ne va plus et qu’il faudrait y faire quelque chose. Or, chaque fois que les choses sont telles qu’un tas de gens éprouvent le besoin de s’en mêler, les faibles, et ceux qui le deviennent à force de trop réfléchir, aboutissent toujours à une religion de rien-faire, très pieuse et très élevée, et finissent par se soumettre à la persécution et à la volonté du Seigneur. Vous avez déjà dû remarquer cela aussi. C’est de l’énergie à l’envers dans une rafale de terreur. Les cages de ceux-là seront pleines de psaumes, de cantiques et de piété, et ceux qui sont d’une espèce moins simple se tourneront sans doute vers – comment appelle-t-on cela ? – « l’érotisme ».

Flatland : Fantaisie en plusieurs dimensions

septembre 17, 2018

Edwin A. Abbott, 1884, 192 p., Domaine public



Pourquoi un carré est supérieur à une ligne, mais inférieur à un polygone ?
Pourquoi un triangle isocèle est plus respectable qu'un triangle classique mais moins respecté qu'un triangle équilatéral ?
Et pourquoi la ligne est elle une figure inférieure ?
Et si le pape est un cercle, qu'en est-il de la sphère ?
Dans un monde fait de figures géométriques, Edwin A. Abott nous amuse, brocarde les normes sociales, et tente de nous ôter nos œillères.

Présentation de l'éditeur :


En haut, en bas... Voilà deux expressions qui n'ont pas cours à Flatland. A les employer, on risque de perdre la tête, au propre comme au figuré. Car si les habitants de cet univers qui ne connaît que deux dimensions n'ont pas à craindre que le ciel leur tombe sur la tête, ils détestent les illuminés et les faux prophètes qui prêchent l'évangile de la troisième dimension. Pourtant, le narrateur de cette étrange aventure, un très raisonnable Carré, est certain d'avoir été visité par une Sphère, chose impossible pour ses concitoyens qui ne peuvent y voir qu'un Cercle... Mais ne riez pas de leur aveuglement. Comment réagisse-vous quand on vous parle de la Quatrième dimension ?

Mon ressenti :



Il y a quelques temps, je vous demandez si vous connaissiez un roman où l'homme n'était pas présent. Je n'ai pas croulé sous les références, mais un livre avait l'air de coller à ma demande, proposé par Lune.

Flatland est un monde, un pays, où il n’existe que deux dimensions : longueur et largeur. Les habitants se résument à des traits ou des figures géométriques. Plus vous avez d'angles, plus vous êtes élevé dans la hiérarchie sociale. Les femmes sont donc tout en bas des castes, elles se résument à des lignes. Les membres les plus éminents sont les cercles, les prêtres, en fait des polygones aux multiples côtés.
Leur monde comprend aussi ses déviants, les figures irrégulières : les lignes non droites ou les figures aux côtés non égaux. Ces figures perverses sont soient détruites, soient voués à l'esclavage. Reste aussi la lie de la société, ceux qui prônent l'existence d'une troisième dimension !

La proto SF, ce que j'en ai lu, est souvent une allégorie du présent, permettant une critique du système. Ici la condition féminine, la société de castes, la théocratie, les discriminations et l'ordre établi de cette société victorienne sont vus à à l'aune d'un possible progrès. Même si l'histoire est ancrée dans son époque, bien des éléments font encore réfléchir le lecteur. La condition féminine n'en finit pas de lutter, les discussions sur l'écriture inclusive, la féminisation des termes n'arrêtent pas de soulever d'intenses polémiques. La société de castes est de l'histoire ancienne, mais un fils d'ouvrier a toujours de très grandes chances de finir comme ses parents. Les politique de lutte contre les discriminations n'en finissent plus de discriminer....

Ne se suffisant pas à brocarder son époque, Edwin A. Abbott va plus loin en nous interrogeant sur nos croyances, nos certitudes, nos dogmes. Si un monde à trois dimensions est possible, qu'en est-il d'une quatrième ? A une époque, la terre était plate, le soleil tournait autour de la terre. Quelles certitudes d'aujourd'hui nous paraitrons illusoires dans quelques centaines d'années ? Les scientifiques qui lancent les théories sur les univers multiples font bien rigoler leur collègues. Et l'auteur de nous démontrer par l’absurde l’ouverture d'esprit à d'autres réalités. Bien joué.

Fable philosophique et allégorie, Flatland est aussi une dystopie totalitaire, les individus asservis dans le carcan de la pensée conformiste et des normes sociales. Très original, profondément autre, un livre à lire pour sortir de notre anthropomorphisme, de nos convictions, de nos préjugés. Des thématiques universelles avec un traitement intemporel et cynique.

Un moyen métrage en a été fait en 2007, Flatland : The movie, et il a été aussi adapté par Ladd Ehlinger Jr.en film la même année. Pour plus de détails sur ces adaptations, le blog du Bélial vous a concocté un article qui parle même des suites données au livres http://blog.belial.fr/post/2016/11/17/Flatland-1

Nebal est un con, mais il a trouvé dans ce roman une œuvre extraordinaire, à nulle autre pareille. Comme quoi, on peut être con et apprécié les bonnes choses !
Même ressenti chez Lorhkan, qui vous parlera en outre de la très belle édition de 2012 qu'en a faite Zones Sensibles.
Alys a aussi succombé au charme du roman

Vous pouvez vous procurer ce livre gratuitement en version électronique : http://fr.feedbooks.com/book/1796/flatland



Challenge S4F3


Quelques citations :


Les pouvoirs de la Mode sont également de notre côté. J’ai signalé que, dans certains États parmi les moins civilisés, il était interdit aux Femmes de se montrer dans un lieu public sans agiter de droite à gauche leur extrémité postérieure. C’est là, depuis des temps immémoriaux, une pratique universelle chez toutes les Dames ayant les moindres prétentions à la bonne éducation. On tient pour déshonorant qu’un État soit contraint de faire respecter par la Loi ce qui devrait être, et qui est chez toute dame de qualité, un instinct naturel. L’ondulation rythmique et, oserai-je dire, bien modulée qu’impriment à leur partie postérieure nos dames de rang Circulaire est enviée et imitée par l’épouse d’un vulgaire Équilatéral, qui doit borner ses aspirations à une oscillation monotone, semblable à celle d’un pendule ; ce balancement régulier de l’Équilatérale n’est pas moins admiré et copié par l’épouse de l’Isocèle ambitieux et progressiste, race chez qui aucune espèce de « mouvement postérieur » ne compte encore parmi les nécessités de la vie. Donc, dans toutes les familles qui occupent un certain rang dans la société, le « mouvement postérieur » est une institution aussi ancienne que le temps lui-même

Il me vient à l’esprit un autre danger, quoique je ne puisse pas lui trouver aussi facilement un remède ; ce péril a trait, lui aussi, à nos relations avec les Femmes. Il y a environ trois cents ans, un Cercle Suprême décréta que les Femmes, étant dépourvues de Raison mais riches en Émotions, il ne fallait plus les traiter en êtres rationnels ni leur donner une éducation mentale quelconque. Le résultat fut qu’on ne leur apprit plus à lire et qu’on ne leur inculqua même plus assez d’Arithmétique pour leur permettre de compter les angles de leur mari ou de leurs enfants ; et, par voie de conséquence, leurs facultés intellectuelles déclinèrent sensiblement d’une génération à l’autre. Ce système qui refuse l’éducation aux femmes, ou quiétisme, est encore en vigueur.
Je crains que cette politique, en dépit des intentions excellentes qui ont présidé à son choix, n’ait fini par porter préjudice au Sexe Mâle.
Car de ce fait, et dans l’état actuel des choses, nous devons, nous les Mâles, mener une existence bilingue et je dirais presque bimentale. Avec les Femmes, nous parlons d’« amour », de « devoir », de « bien », de « mal », de « clémence », d’« espoir » ou d’autres concepts irrationnels et émotionnels, qui sont totalement dépourvus d’existence et n’ont été inventés que pour contenir l’exubérance féminine ; mais entre nous, et dans nos livres, nous employons un vocabulaire, disons même un idiome entièrement différent. « Amour » devient « prévision de bénéfices » ; devoir, « nécessité » ou « convenance » ; et d’autres termes connaissent des mutations correspondantes. En outre, quand nous nous trouvons en compagnie des Femmes, nous utilisons un langage qui sous-entend la plus extrême déférence vis-à-vis de leur Sexe ; et elles se croient adorées par nous avec autant de dévotion que le Cercle Suprême ; mais derrière leur dos, nous les considérons toutes – les très jeunes enfants exceptés – comme des « organismes dépourvus de raison » et c’est ainsi que nous parlons d’elles.



Le Vingtième Siècle

juillet 02, 2018
 

Albert Robida, 1883, Edition Georges Decaux, 300 p., Domaine public



Anticiper, c'est souvent se tromper et parfois...
Il y a cent trente cinq ans, Albert Robida inventait CNN, Skype et l'Hyperloop ! Et émancipait la femme.
Un roman d'anticipation satirique, caricaturant les travers de son époque, et imaginant un avenir possible de manière visionnaire. Le tout avec humour et second degré.



Trois jeunes femmes reviennent à Paris, leurs études terminées, après plusieurs années d'absence. Leur avenir est tout guidé, leur père étant à la tête d'une grande banque internationale . Seule la dernière, fille adoptive, ne sait pas encore à quelle carrière se vouer. L'occasion de découvrir Paris, la société, les différents métiers et les nouvelles technologies qui se sont déployés durant leur absence.




Côté technologie, Robida invente Skype via son téléphonoscope, on peut s'abonner à des flux d'informations ou alors regarder les chaines d'infos en temps réel, on peut voyager rapidement grâce au tube qui ressemble étrangement à l'hyperloop, et au quotidien, on utilise des aéronefs.... Et l'auteur nous offre même pour le final une "terraformation" continentale !
Côté culture, on peut utiliser le drive culturel : on déambule dans les galeries des musées via des trams, plus besoin de perdre son temps à déambuler dans les galeries. Avec ce vingtième siècle technologique, le temps manque pour se cultiver, heureusement, il y a les Classiques Concentrées, où comment lire une pièce de Shakespeare en 160 caractères. Ou même regarder une pièce de théâtre joué simultanément en trois langues.
Côté sociétal, la femme est émancipée, elle a le droit de vote, peut briguer les grandes carrières. Fini les prénoms féminins trop réducteur, place à Barbe et Barnabette, beaucoup plus sérieux. Plus besoin que bobonne passe des heures à la cuisine, désormais, on s'abonne à des plats préparés qui arrivent directement dans la cuisine.
Son univers futuriste est crédible, car loin d'être une simple énumération d'inventions, il en tire les conséquences possibles, comme les modifications architecturales dû à l’utilisation des aéronefs comme transport personnel.
Et ceci n'est qu'un bref aperçu de cette folle inventivité et ne déflore qu'une petite partie du roman. Il sera aussi question de vie politique, de guerre, de géopolitique...


Critique sociale, mais difficile de savoir où commence la satire, la critique ou le pamphlet. Et à certains moments, difficile de ne pas se demander si ce roman ne cache pas un côté conservateur, voir réac. Pour preuve l'épisode autour des prisons ouvertes et modernes, dont bien des sous entendus parsèment le récit sur la réelle réadaptation sociale des voleurs et des criminels. Ceci dit, la caricature fonctionne et fait sourire.

Le roman pèche cependant sur les personnages rapidement esquissés : un trait de caractère, une profession et basta ! En outre, chaque chapitre met en avant une thématique, une profession via la recherche de travail de la fille adoptive. Cela permet d'avoir une vue d'ensemble de cette société future, mais crée une répétition assez lourde dans l'ensemble et donne une impression de récit épistolaire.
Autre grief, l'auteur parle de la bourgeoisie, celle de la haute, mais ne s'attarde pas sur une vision futuriste des classe laborieuses. Premier tome d'une trilogie, suivront La Guerre au XXe siècle et La Vie électrique, peut-être y trouverais-je un autre regard ?

Le Vingtième Siècle vaut pour son imagination et inventivité assez visionnaire, et satisfera tous les férus d'anticipation, si l'odeur de naphtaline ne les dérange pas néanmoins.
En outre, Albert Robida a illustré lui-même son roman.

Vous pouvez le télécharger ici, le lire en ligne avec les illustrations (toutes les reproductions viennent de cette édition), et même l'écouter.

 

Quelques citations :


- Enfin, ma chère Hélène, jurisprudence à part, vous voici bachelière ès lettres et ès sciences !
- Oh ! Vous savez qu'il n'est pas bien lourd, le bachot ès lettres. Pour faciliter et abréger les études littéraires, on a inventé les cours de littératures concentrées... Cela ne fatigue pas beaucoup le cerveau... Les vieux classiques sont maintenant condensés en trois pages...
- Excellent ! Ces vieux classiques, ces scélérats grecs et latins ont donné tant de mal à la pauvre jeunesse d'autrefois !
- L'opération qu'on leur a fait subir les a rendus inoffensifs, tout à fait inoffensifs : chaque auteur a été résumé en un quatrain mnémotechnique qui s'avale sans douleur et se retient sans effort... Voulez-vous la traduction concentrée de l'Iliade avec la notice sur l'auteur ?
La voici :
HOMÈRE, auteur grec. Genre : poésie épique. Signe particulier : aveugle.
Sous les murs d'Ilion, dix ans passés, hélas !
Les Grecs ont combattu, conduits par Ménélas,
Ulysse, Agamemnon et le fils de Pelée.
Hector, fils de Priam, périt dans la mêlée.
Cela rappelle un sultan des nuages...


- En résumé, n'est-ce pas, vous n'êtes bonne à rien !
- J'en ai peur, gémit la pauvre Hélène.
- Bon, ce point nettement établi, la route à suivre est toute tracée…
- Vraiment ? dit Hélène.
- Sans doute ! vous allez prendre la carrière politique…
- Mais…
- Puisque vous ne montrez pas d'aptitudes particulières, puisque vous ne vous sentez pas de dispositions pour autre chose ! Après tout, la carrière politique est une carrière comme une autre et même la plus commode ! c'est la plus belle conquête de 89, mon enfant !... Avant la grande Révolution, on n'avait pas cette ressource, et quand on manquait d'aptitude pour un art, une science ou un métier quelconque, dame, on restait forcément Gros-Jean comme devant !… Maintenant, cette bonne politique est là, qui tend les bras à ceux qui ne pourraient réussir dans une autre carrière… 

 Et ça rentre même dans le cadre du challenge
Challenge S4F3



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