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Confessions d’une séancière

mars 16, 2022

 

Ketty Steward, Mü éditons, 2018, 192 p., 5€ epub sans DRM

 

Moi aussi lecteur, je me confesse : ce livre m'a ensorcelé. Et j'en redemande.

Présentation de l'éditeur :

À la faveur d'une nuit étoilée, la Séancière t'ouvre les portes de son île. Tu devras emprunter une langue de sable interminable à travers l'océan et braver bien des dangers. Tu entends déjà Manman Dlo t'appeler par ton prénom. Sa voix t'attrape le coeur et ne le lâche plus. Papa Dlo marche à ta rencontre au-dessus des flots, te désignant du bout de sa canne la crique où tu trouveras tout ce que tu cherches et, peut-être aussi, ce que tu fuis.

 

Mon ressenti :

Avant toute chose, c'est quoi une séancière ? 

Chamane du rite quimbois, religion proche du vaudou.
source : wiktionary

Nous voilà donc en pays créole avec les confessions d'une séancière, une personne qui doit bien connaitre les us et coutumes des Antilles et avoir plein de témoignages de la vie dans les Antilles. 

Ce que j'ai beaucoup apprécié ici, c'est la manière de traiter le sujet sans exotisme. Nous sommes aux Antilles, c'est tout. Nous ne sommes pas dans les pas d'un métropolitain découvrant un pays étranger. Nous sommes les Antilles. Donc si tu aimes voyager grâce au Club Med, tu risques de découvrir un pays, une culture autre. 

Confessions d’une séancière est un recueil de courtes nouvelles, entrecoupées de poèmes. Nous sommes face à des tranches de vie, de culture et surtout de sorcellerie. Pas celle des films d'horreur ou fantastique, celle que l'on ne sait pas si cela vient de nous, de la malchance ou d'un sort. Du fantastique réaliste avec ce qu'il faut de mystères, Tout n'est pas dit, les histoires peuvent avoir plusieurs significations, ce sont des contes ou des récits pour prendre garde.
Ketty Steward nous offre aussi des confessions actuelles, la place de la femme dans la société, la place de l'autre, de l'étranger, des croyances... Pas de Il était une fois.

J'ai commencé ce livre, je suis parti à quelques milliers de kilomètres, j'ai réellement voyagé, une escapade littéraire et poétique, cruelle parfois, avec quelques pointes de légèreté.
Cinq euros, c'est donné !


Un mélange de prose et de poésie réussi qui en fait une lecture des plus accaparante selon Maman. Ketty Steward nous parle de quelque chose d’universel complète Anouchka

Replis

septembre 01, 2021

 

Emmanuel Quentin, Mnémos, 2021 (Mü éditions, 2019), 264 p., 6€ epub sans DRM



Un jeune homme reçoit la plus belle des propositions, avoir une relation fusionnelle avec son père, et refuse... Pourquoi ?

Présentation de l'éditeur :

Dans une France ravagée par le changement climatique et la Grande Guerre des Frontières qui s’en est suivie, l’État contrôle tout et abreuve la population de fake news. Daniel Sagnes est l’un de ces monteurs/menteurs, simple rouage de la grande machinerie du mensonge institutionnalisé. Et à ce titre, il sait que l’Assimilation, qui permet de transférer aux enfants la conscience d'un de leurs parents en fin de vie, présentée comme seul espoir de survie dans ce monde de centres, est une supercherie. Alors quand vient le moment d’accueillir en lui la conscience d’un père honni, il n’a d’autre alternative que la fuite.


Mon ressenti : 


Second roman de l'auteur que je lis sans savoir de quoi il retourne, bonne idée ou pas ?
Ai-je tenté un repli après quelques lignes ?

Daniel Sagnes est monteur vidéo travaillant pour l'État. Son rôle est de faire de la propagande en faisant dire aux images ce qu'elles ne sont pas. C'est le monsieur Photoshop de la vidéo. Comme le personnage de 1984, nous sommes aussi en pleine dystopie dans quelques dizaines d'années. Un monde apocalyptique après une hécatombe végétale ayant eu des effets dévastateurs sur la vie. La science a tout de même fait une percée significative : la possibilité de transfert de la conscience dans la tête de sa progéniture.

Encore un roman sur des lendemains qui déchantent comme je les aime, plein de cynisme et de misanthropie. On rigole, jaune, noir et je me suis bien marré avec les répliques du personnage principal.
Emmanuel Quentin nous parle du mensonge, des fake news vidéos auxquels nous aurons de plus en plus dans quelques années. C'est un véritable page turner, un thriller efficace lu en deux jours. Encore un auteur qui fait baisser cruellement ma productivité au boulot... Un auteur à éviter si tu travailles dans une centrale nucléaire...
Un bémol cependant, la fin est un peu trop rapide, j'aurai aimé rester un peu plus dans ce monde. Mais bon, si on veut du rabe, c'est que le plat est bon.

Ne me reste que Dormeurs à lire de l'auteur, mais comme il n'a pas fait d'effort pour choisir un éditeur avec format numérique, moi je vais aller dormir afin de récupérer les heures de sommeil que l'auteur m'a volé.

Ce roman existe aussi en poche chez Pocket


Où s'imposent les silences

juin 28, 2021

 

Emmanuel Quentin, Mnémos, 2021 (Mü éditions, 2017), 252 p., 10€ epub sans DRM


C'est vrai ça, où s'imposent les silences ?
Dans les bibliothèques, paraît-il, et comme l'auteur est bibliothécaire et que l'histoire commence dans ce lieu...
Mais est ce dû plutôt à l'inanité de ce roman que le silence s'impose ?

 

Présentation de l'éditeur :

D’où que vous veniez, quelle que soit votre Terre d’origine, êtes-vous sûr de vouloir lire les lignes qui suivent ? De vous entendre résumer une histoire en quelques mots sous prétexte qu’ils vous éclaireraient sur son contenu ? Voulez-vous vraiment savoir ce que recèlent ces pages ?
Soit. Sachez donc que vous allez partir à la rencontre d’un étudiant confronté à un tableau de la Renaissance pour le moins anachronique, d’un flic enquêtant sur un cadavre improbable, et d’une femme amnésique se réveillant dans un champ désolé. Trois personnes rattrapées par le déséquilibre des mondes.
Si votre Loi vous y autorise, ouvrez ce livre, avant que ne s’imposent les silences.


Mon ressenti : 


Voilà un roman que j'ai lu sans savoir de quoi il retournait, juste du fait d'avoir lu et apprécié des nouvelles de l'auteur. Et bien m'en a pris. Un texte qui m'a emmené là où je ne pensais pas aller et même après avoir compris certains trucs, d'autres me réservaient des surprises. Et dès les premières pages, j’étais pris dans les filets de l'intrigue à cause d'un bout de papier !

Un roman assez dur, très dur par moment, l'auteur réussissant à faire ressentir l'impossible que je ne peux vous dévoiler. Et sombre aussi. On pense parfois à "et si cela se serait passé différemment". Mais ailleurs est-il meilleur ? Dur et sombre, assurément, mais aussi un peu d'espérance de lendemain, si tu décides de ne pas suivre à la lettre la loi qui te dicte ce que tu dois, ou ne dois pas faire.

Les yeux se réduisaient à deux spirales évoquant les sas des vaisseaux spatiaux dans les films de science-fiction qu’il regardait dans sa jeunesse. Ou à un trou de balle de chat.


Un thriller SF original dans sa manière d'aborder les thématiques récurrentes et d'affronter certains sujets difficiles. Une narration découpée pour perdre le lecteur dans ses trames parallèles.
Texte écrit en 2007, son épidémie sonne juste après l'apparition du covid. Et la révélation sur les origines de cette pandémie a de quoi faire rire, jaune, les lecteurs d'aujourd'hui.

Au final, un texte dont je ne m'attendais à rien et qui a réussi à me surprendre agréablement.

Seule incompréhension, pourquoi une réédition grand format au lieu du poche ?
Edit du 28 juin 2021 suite à la réponse de l'auteur :
Mnémos a racheté les droits numériques et a donc modifié la couverture selon sa charte graphique. Les droits en poche n'ayant pas encore été rachetés, seul l'édition Grand format de 2017 existe, avec la couverture d'origine.

Dernières fleurs avant la fin du monde

juillet 23, 2018


Nicolas Cartelet, Mü éditions, 2018, 192 p., 6€ epub sans DRM




Un vide impossible à combler

La révolte d'un homme dans/pour un possible futur. Bof !

Présentation de l'éditeur :


Un futur sans abeilles, étouffé dans la grisaille de gigantesques latifundia. Un futur où l’humanité se meurt, privée de descendance.
Albert, journalier agricole, répand le pollen à la main. Manon, sa compagne engagée à l’usine, sombre peu à peu dans la folie. Et dans la morosité du quotidien, une lueur, Apolline sous les cerisiers… les dernières fleurs avant la fin du monde.

Mon ressenti :


Tout commence par une rumeur : des champs de pomme de terre seraient la proie du mildiou. Et le mildiou lorsque l'on est un journalier agricole, c'est la fin du salaire. D'autant que nous sommes dans un futur où les abeilles ont disparu, ce sont les journaliers qui chaque jour s'épuisent à polleniser les fleurs. On entre ainsi de plein pied dans le récit via cet événement dramatique, venu par le vent de la rumeur.
L'exploitation agricole est aussi l'exploitation des hommes chargés de polliniser manuellement arbres fruitiers et plantes. Un boulot harassant pour une poignée de patates, maigre pitance. Et il a aussi droit à un logement, une sorte de poulailler humain rationné en électricité. Albert, chef d'une poignée de journaliers, droit dans ses bottes, jusqu' au jour où la réalité lui saute aux yeux, celle qu il refusait de regarder en face. Sa révolte, sa conjuration comme il dit, est ce que nous allons suivre.
A mi parcours, le récit prend un autre chemin, et moi je reste au bord de la route. Fini les champs laborieux, direction les salons de la classe supérieure, l'auteur délaisse son réalisme brutal pour une bourgeoisie que j'ai trouvé très irréaliste.
Ce n'est pas le livre que je pensais lire. Nous sommes plus dans la littérature blanche, introspective, la SF est un décorum (Des abeilles nous n'apprendront rien. De l'effondrement de la société non plus). Cela n'enlève rien au style "droit au but", mais ce n'est pas la littérature que j'aime. Je préfère celle qui se préoccupe de l'humain, pas de l'individu seul. Ceci dit, la révolte de cet homme suit son chemin particulier, individualiste. Pourquoi se révolter, pourquoi combattre alors que les camarades d'aujourd'hui sont les délateurs d'hier et de demain ? Pourquoi ne pas penser dès lors à soi ?

La conjuration d'Albert a plu aux lectures du Maki


Challenge S4F3

Quelques citations :


À quoi rêvions-nous alors, Manon et moi ? Mes rêves je ne m’en souvenais pas, ne restait plus que leur regret, le creux qu’ils avaient laissé en moi avant de s’envoler. Ceux de Manon, pas mieux. Ne restaient que les certitudes de ce qu’elle n’avait pas voulu, ce qu’avait imprimé en creux de nos vies l’ancien monde, évaporé ; les champs et l’usine, les tours d’Armandville, nos solitudes. L’impuissant de mari. Des cauchemars pour Manon, des aigreurs d’espérance.


Et pourtant mon forfait était là, à quelques pas, j’avais expérimenté la désobéissance, la révolte : je ne pouvais plus penser à autre chose. Je ne pouvais plus penser à rien. Un étrange sentiment de puissance engourdissait mes membres. J’avais accompli ce geste, immense et ridicule : un geste à ma mesure. C’était le pouvoir que j’avais sur ce monde.

Et déjà la question des limites me venait à l’esprit : un cerisier était tombé, et si d’autres suivaient ? Et si cent ? Et si mille ? J’en avais le tournis. Les choses sont advenues aussi simplement que ça, par un refus de ma part ; pas même un acte, rien, un non acte : je venais de fonder la conjuration des pollinisateurs. C’était une conjuration de papier, j’en étais le seul membre et n’envisageais pas de recruter pour le moment – recruter qui, qui d’autre qu’un délateur en puissance ? Mais enfin toutes les révoltes avaient leur commencement, même des plus modeste. Je me consolais à cette idée.

Elle et moi étions du même moule, de ceux qui devaient s’excuser, toujours, de n’être que ça, nous. Des inexcusables tarés. 

Lorsque venait le soir et l’heure de la paye, c’étaient mes couilles vides que je présentais fièrement aux intendants, tout sourire, ma petite boîte de métal allégée du pollen : je leur crachais à la gueule, ils me payaient en retour.
 
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