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L'impasse-temps

octobre 02, 2023

 

Dominique Douay, Denoël / Les moutons électriques, 1980/2014, 192 p., 6€ epub sans DRM

On a tous rêvé un jour de pouvoir arrêter le temps. Mais pour en faire quoi ?

Pitch de l'éditeur :

C’est peut-être le fantasme ultime, c’est en tout cas le plus puissant des pouvoirs : parce qu’un jour il a trouvé ce qui ressemblait à un briquet, Serge Grivat un homme timoré, vaincu d’avance, tout le contraire d’un battant, voit l’impossible arriver : désormais, il peut quitter le cours du temps.
Virtuellement invisible, il peut donner libre cours à tous ses penchants, tous ses désirs : dîner gratuitement à la Tour d’Argent, soulever les jupes des belles passantes immobilisées, vider le contenu du portefeuille des messieurs...
Mais quel est le revers de ce pouvoir, quelle malédiction se trouve à l’œuvre ?


Mon ressenti :

Serge Grivat, un type lambda, dessinateur habitant en province, se rend de temps en temps à Paris pour rencontrer les éditeurs. Pas trop reconnu dans sa profession, il a son petit train train qui lui suffit, en apparence, dont sa maîtresse dans la capitale. Pas de vagues, il suit son chemin sans faire d'histoires, ni d'éclats. Un jour. Il prend possession d'un objet.

Un grand pouvoir dans des mains d'une personne aigrie, non valorisée par la société, par le monde, peut-elle faire d'elle une meilleure personne ? Pas sûre...
Une démonstration brillante, toute en légèreté par Dominique Douay. Qui ne nous épargnera aucun des tourments, des provocations, des crimes de son personnage. Un livre malaisant aussi qui me place dans une situation où je me demande comment moi j'agirai avec la possibilité d'arrêter le temps. Sans la société pour me condamner, sans le regard de l'autre, continuerai je à me comporter de manière civilisé ? Pas sûr du tout de la réponse, car je pense que je prendrai aussi ma revanche sur les injustices que je pense subir...

Publié a l'origine en 1980 dans la collection Présence du futur, réédité en 2014 chez les moutons électriques et révisé pour l'occasion, l'impasse temps reste un livre intemporel, quoi de plus logique. Petit plus, j'aime beaucoup le titre. Dans une veine fantastique, ne cherche pas ici d'explications scientifiques sur l'arrêt du temps, le récit poursuit sa progression jusqu'au point de non retour, ou aucun retour en arrière ne sera possible. 

J'ai lu ce roman après avoir lu l'avis d'Emmanuel Quentin qui y a trouvé aussi d'autres axes de réflexion. Rares sont les livres courts qui permettent une pluralité de pensées...
Résultat, j'ai lu un bon livre, et de ce fait,  j'ai demandé d'autres recommandations à Emmanuel

TmbM ne regrette pas non plus d'avoir perdu son temps en lisant ce roman.

La saison de la sorcière

mai 02, 2022

Roland C. Wagner, VOolume, Les Moutons électriques, 2022 (1ère parution : 2003), 349 min, 17,90 audiolivre sans DRM

 

Plus c'est con, plus c'est bon !

Présentation de l'éditeur :

Un ptérodactyle géant arrache la Tour Eiffel, des statues de Mao ravagent Pékin, un Godzilla dévaste le port de Yokohama …
Une vague d’attentats tout aussi déroutants qu’inexplicables ébranle les symboles de puissance des nations les plus industrialisées. L’Europe est particulièrement touchée par cette nouvelle forme de terrorisme à nulle autre pareille, qui fait usage de forces surnaturelles mais épargne les vies humaines. Pour les États-Unis, la lutte contre les « sorciers du tiers monde » devient presque une mission sacrée, qui justifie même une invasion de la France et d’une partie de l’Europe sous prétexte de « protéger » le Vieux Continent… C’est dans ce contexte que Fric, jeune zonard français fraîchement sorti de prison, doit entamer sa réinsertion…

 

Mon ressenti :

Roland C. Wagner nous réjouir la chasse aux sorcières de manière littérale : les États-Unis, des sorcières et vas y que je te ponds un roman.
J'avais lu de lui l'intégrale de son histoire du futur, mais n'avait pas été beaucoup plus loin à part un texte ici et là. Au détour d'une masse critique Babelio, je remarque ce roman en audiolivre et banco.

Des attaques terroristes incroyables se produisent dans le monde : par exemple, la tour Eiffel se fait enlever par un ptérodactyle. Les États-Unis, jugeant que les états ciblés par les sorciers ne vont pas assez vite dans leur réaction, décident de prendre le problème à bras le corps pour sauver le monde, non sans envahir quelques pays plus ou moins alliés.
Là-dessus, une bande de jeunes de banlieue se retrouvent... Il sera aussi question d'une communauté anar...

Je connaissais l'Urban Fantasy, pas très fan, mais l'Urban Fantasy politique, j'adore. Oh je vois que tu tiques avec ce mot politique. Mais l'auteur ne nous bassine pas trop avec, on sent tout de même ou son coeur bât, battait en l'occurrence. A part un ou deux passages un peu plus appuyés, cela reste buvable pour les gens de droite.
C'est fun, c'est inventif, c'est intelligent, ça dit beaucoup de choses sur notre société. Écrit en 2003, c'est un texte qui reste assez actuel même si quelques références passeront au-dessus de la tête des moins de 40 ans. On ne va pas en parler des heures : J'ai adoré et dévoré ce livre.

Ma seule crainte en écoutant ce livre était l'audiolecture. J'avais testé grâce à Un papillon dans la lune un livre sur Audible, mais il avait fallu que j'installe l'application sur mon smartphone, et ma bagnole n'étant pas le modèle le plus high tech, cela était très pénible pour revenir en arrière, faire pause....
Ici avec ce nouveau fournisseur, Voolume, cela a été plus simple pour moi. Je me suis créé un compte rapidement, et on télécharge les bons vieux MP3. Après les avoir dezippé, on met sur sa clef USB et la ma voiture me permet de faire pause, avance ou retour. L'idéal pour moi. Pas de DRM, des verrous numériques m'empêchant de faire ce que je veux avec mes fichiers. Je peux les mettre sur cd, les enregistrer sur cassette selon les possibilités de ta voiture, de ton walkman. Un très bon point pour moi
Seul bémol, j'adore écouter les podcasts de la méthode scientifique ou de plus que de la SF durant mes trajets boulot maison, mais ce roman est court et j'ai pu vite reprendre mon train-train quotidien. La voix du comédien m'a de suite emporté avec. Bref une belle expérience.

J'avais acheté l'epub afin de lire en dehors des trajets, ce que j'ai fait très peu. Je donne donc cet epub a qui n'en veut. Pour cela, il faut répondre à une seule question : les initiales de l'auteur correspondent aussi à mon chouchou. Quel est il ? Premier qui répond correctement à cette adresse lechiencritique@gmail.com remporte l'epub. Pas de délai...

Édit très rapide : la réponse a été trouvée , il s'agissait de Robert Charles Wilson.

Avant 7 jours

octobre 10, 2021

 

Nelly Chadour, Les moutons électriques, 2021, 392 p., 10€ epub sans DRM

 

Où le mystère autour de la pagination de ce bouquin m'a plus emballé que son intrigue.


Présentation de l'éditeur : 

La vie se jouit au bon air, les moutons ont la chair généreuse, les pâtisseries de Mrs Grady aussi. N’oublions pas le charme des festivités païennes une fois par semaine, héritées d’ancestrales traditions druidiques. Une île et ses 999 âmes, pas une de plus, recensées avec scrupule et anxiété : gare à l’habitant de trop s’il approche le cimetière après la fête ! On chuchote que lorsque la nuit s’éteint et que la Lune sombre, le Fossoyeur rôde.

Mon ressenti :

De Nelly Chadour, je connaissais Hante voltige qui m'avait emballé comme jamais. Un nouveau roman avec son nom en couverture m'a suffi à l'acheter.

Première réaction à l'ouverture de l'epub, il me signale 13 heures de lectures, ce qui est le temps d'un pavé. Je vais vérifier l'info sur le site de l'éditeur qui ne s'y trouve pas. Un tour vers l'indispensable Noosfere me donne 272 pages, Decitre 392 pages. Curieux je tente un passage dans une librairie pour tâter l'objet, malheureusement il n'y était pas (tous vendu sûrement). L'autrice me répond entre temps que le roman fait plus de 150 000 mots ce qui semble donner une correspondance de + de 500 pages. Je retourne dans une autre librairie pour dénouer ce mystère qui m'agace et je trouve enfin l'objet tant désiré. Las, les moutons électriques n’étant pas écolo au vu de leur nom, ils ont recouvert le livre d'un emballage plastique (c'est dans les bons gestes quotidiens que nous pouvons hâter la catastrophe écologique). Mais grâce à mon regard perçant, je m’aperçois que le livre est aussi long que large. Donc c'est un petit pavé qui ne dit pas son nom ni sa taille. Alors si quelqu'un a acheté le truc en papier, peut-il me donner la clé du mystère ? Est ce écrit gros, petit, qu’elle est le numéro de la dernière page...

Mais vous en foutez du nombre de pages, le plus important, c'est le contenu. Je suis d’accord, mais après lecture, je ne peux que penser qu'un petit écrémage n'aurait pas été du luxe. Cependant, c'est peut-être dû au fait que durant une bonne partie, je me foutais un peu des tribulations des personnages. Alors, reprenons par le début :

Une île paumée entre l'Irlande et l'Angleterre avec une particularité, elle doit toujours comporter 999 habitants. Si une personne meurt, il faut lui trouver un remplaçant avant 7 jours. Si une personne née, il faut qu'une autre se barre avant 7 jours. Règle à la con, mais les insulaires sont ce qu'ils sont...
Le roman s'attarde sur une adolescente qui va tenter de comprendre le pourquoi de cette règle avec ces quelques amis et une flopée d'ennemies.
Nous sommes en terre fantastique, l'autrice rend très bien l'ambiance séculaire, oppressante et renfermée vue par les yeux d'une bande d'adolescents. Par contre, les ados, cela m'agace. La harcelée scolaire chiale tout le temps, se sent tout le temps persécuté et nanani et nananère... Nelly Chadour arrive très bien à montrer comment une bouc émissaire s'enlise dans cet état de fait, mais bon, c'est une ado et elle m'agace. Et ses copains copines sont de la même engeance adolescente. 

En fait, je n'ai aucun reproche à faire à l'histoire, c'est juste que c'est du young adult à mon sens et ce n'est pas du tout ma came. À part quelques coquilles, rien à redire : l'autrice fait le job sur une intrique assez convenue, mais somme toute assez mouvementée. Les personnages changent de ce que l'on trouve généralement et c'est plutôt sympathique. Ne sachant pas de quoi l'histoire retournée, cela m'a tenue en haleine assez longtemps. Une fois compris où cela allait m'amener.. Du fantastique horrifique pas vilain, mais qui ne m'a pas plus emballé que cela.
En fait, c'est ma faute, la prochaine fois, je lirai le pitch avant d'acheter.

 Les dragons galactiques n'aiment pas non plus les ados, les belges modérément. Les trolls aiment la tendre chair adolescente, le fourbis a aimé la tétalogie. De l'autre côté du livre a préféré un côté du livre. Merveilleux selon une des pipelettes


Sous l’ombre des étoiles

avril 01, 2021

Thomas Geha, Les Moutons électriques, 2020 (1ère parution 2014), 6€ epub sans DRM



Reposant


Présentation de l'éditeur :

La guerre entre Salamandres et Humains a pris fin.
À la suite d’une dernière bataille épique, Kee Carson, tireur d’élite à bord du Templier, s’échoue sur une planète insignifiante, Seinbeck.
Resté deux siècles en hibernation, il s’y éveille et apprend qu’Humains et Salamandres, descendants des naufragés, ont fini par s’allier en tribus nomades pour faire face à une menace mutuelle : les indigènes de ce monde.
Dans le clan qui l’adopte, Carson fait la connaissance de Sirval, un salamandre qu’il déteste aussitôt. Difficile pour lui d’oublier ses années de guerre, celles qui l’ont séparé de sa famille et de Valtor, sa planète natale. Mais bientôt, contaminé par Mari-Ou, guide de la Tribu de l’Espace, et Poing de Verre, un géant rouquin devenu son meilleur ami, il commence à changer...


Mon ressenti :


Une guerre dans l'espace, un vaisseau qui explose, la fuite dans un caisson cryogénique et le réveil plus de deux cents ans plus tard sur un monde, autre.

De Thomas Geha, je ne connaissais que sa trilogie Alone que j'avais appréciée, un hommage à Julia Verlanger. Un auteur, mais pas que, qui semble assez discret. Cette réédition d'un roman paru chez Rivière blanche était l'occasion de renouer avec sa plume.

Nous sommes dans une atmosphère de découverte d'un monde et d'une manière différente de vivre après le conditionnement de la guerre. Comment vivre avec ses ennemis de jadis, comment vivre en osmose avec la nature. L'impression de lire une tranche de vie, un récit de vie, un point de vue personnel et voir les changements qui se font au cours de la vie.
Un roman hors du tumulte, où même lorsque l'action est présente, celle-ci se fait sans esbroufe, voir à son corps défendant, car elle est souvent synonyme d'horreur à venir.
À la moitié du roman, petit changement dans la routine pour nous faire découvrir un autre pan de ce monde et rompre avec une possible monotonie. L'auteur parvient toujours à maintenir son lecteur dans son histoire.
Plus étonnant, ce roman paru initialement en 2014 est en pleine actualité de par son côté bienveillant pacifiste et très humaniste. Voilà un texte qui nous change des thrillers pleins de fureur avec un cliffhanger toutes les 10 pages. L'auteur nous démontre que l'on peut maintenir l'intérêt du lecteur sans ces subterfuges et même en devinant la fin. Même l'histoire d'amour ne m'a pas fait changer de trottoir, mais j'aurais tout de même pu m'en passer.

Elle rentre de plain-pied dans ce monde d’adultes, qui n’a que faire du pacifisme, de la non-violence, que seul le pouvoir détermine. Et le pouvoir passe par le conflit, la mort ou la destruction d’autrui.


Le seul bémol, sans en être un, est la nouvelle bonus "Une île (et quart) sous la lune rouge". Je pensais naïvement que l'histoire aller se passer dans le même univers, d'autant que le roman fait parti d'un cycle : Planètes Pirates.
Ceci dit, que vaut ce texte ?
Très étrange, très surprenant, à la lisière des genres SF et fantastique même si nous sommes en terre science fictionnelle. Il y a un côté qui rappelle la SF d'avant qu'elle ne s'appelle ainsi. Deux histoires croisées celle d'une ado et d'un scientifique qui vont s'entrecroiser. Alors je ne peux dire si j'ai aimé ou non, mais cette nouvelle m'a permis de découvrir un versant de l'auteur que je ne connaissais pas, entre merveilleux scientifique et hard SF matinée de fantastique.


vrai délice qui se dévore avec gourmandise, tandis que Dup hait Thomas Geha.
Xapur n'est pas déçu avec cet auteur. qui est décidément un bien bon auteur de littérature populaire nous dit Lorhkan. La Lune a même versé sa petite larmichette, bref, un très beau roman, une indubitable réussite selon Laird Fumble, tout en finesse et émotion conclue le Troll.

    



Hante voltige (Paris est une bête)

septembre 16, 2019

Nelly Chadour, Moltinus/Les Saisons de l'étrange, 2019, 192 p., 6,50€ epub sans DRM



Un roman peut-il être à la fois con, intelligent, foutraque, bien construit, drôle, tragique, fantastique, réaliste, engagé et militant ? Nelly Chadour fait de la haute voltige avec brio.
Un véritable coup de babouche dans la gueule.

Présentation de l'éditeur : 

Année 80, Paris, il chevauche la nuit sur sa moto chromée, hantant les rues enfumées de la Capitale.
Que peuvent faire Leïla et Fusain pour arrêter cette menace sans visage, caché derrière un casque noir comme l'éternité ?
Le Motard fait rugir son moteur, et sa soif de vengeance ne connaît pas de frein.

Mon ressenti :


J'ai acheté ce livre un peu sur un coup de tête, mon esprit avait fait un lien avec Roland C. Wagner, sûrement à cause du motard. Je ne m'attendais pas forcément à grand chose, si ce n'est un divertissement honnête. Et après lecture, je pense que ce Hante voltige n'aurait pas démérité à côté des romans de Wagner.



On rentre assez rapidement dans le vif du sujet, dans cette époque raciste où les flics cassent de l'arabe tranquillement dans ce Paris des années 80, avec le meurtre de Malik Oussékine alors que les étudiants et les lycéens battaient le pavé à propos d'une énième réforme de l'éducation. Au milieu de ces révoltés, une bande hétéroclite de punks, goths et beurette, "tous allergiques aux ciseaux du coiffeur."
Et puis, il y a le voltigeur, avec son casque immaculé, qui désire "envoyer au diable tous les fils du Maghreb".

La police n’est pas là pour nous protéger, bichette, reprend la vieille dame d’une voix plus douce. Elle est là pour rappeler que des gens comme vous ne seront jamais entièrement français et pour s’assurer que le petit peuple ne fera jamais de vague qui nuirait au plan des puissants.

On se prend à cette histoire tragique, drôle et fantastique et les pages s'enfilent à grande vitesse. On va pas se mentir, les persos sont caricaturales, cela part dans tous les sens mais on prend du plaisir à lire une page puis une autre. C'est foutraque, mais on passe un bon moment.
Mais au fur et à mesure, les fils épars se rejoignent, l'intrigue prend alors toute son ampleur. Et je me dis qu'au final tout cela n'est pas si con que cela, l'intrigue fait sens. Et pour cause, ici, on se retrouve avec de vrais personnages que l'on côtoie dans notre vrai vie, ceux dont on parle très peu en littérature, les marginaux, les arabes, les punks et autres. La lie de la société bien pensante. Et ça fait un bien fou, tellement c'est rare.

Il y a aussi ce Paris interlope, loin de l'image d'Épinal, et des touristes. Les 2-3 références que j'ai vérifié existent bel et bien. Il y a aussi et surtout ce vieil arabe Ahmed, alias Papy Pantoufles, un Yoda beur qui me restera en mémoire longtemps.

Même si tout le monde sait dans le foyer que les deux vieux ne partagent aucun lien de parenté, nul ne se serait avisé à en faire la remarque à Papy Pantoufles. Malgré sa stature microscopique et ses yeux plissés d’homme qui a longtemps regardé les réverbérations du soleil sur le désert, son drôle de bonnet blanc cousu de symboles berbères et son immense chemise rayée qui lui bat les mollets, il impose le respect. Particulièrement en raison de ses connaissances des moindres recoins de la capitale, son don pour trouver toute denrée demandée contre une somme dérisoire ou de menus services, et sa force de frappe à la babouche. Car son surnom ne vient pas seulement de son pas traînant : le vieux excelle dans l’art de la mandale pantouflée. Un mot de travers, une insolence, et vlan ! Avant que l’œil n’ait saisi le geste, la joue enregistre la douleur cuisante.

Ajouter à cela des sujets faits divers pas si divers : le racisme, les ratonnades, les skins et les bavures policières. Ça fait du bien d'entendre reparler de Malik Oussékine, tué par ceux qui devait le protéger. Tout y est : la colère, rentrée, refoulée devant les injustices. Mais il y a aussi la fraternité.
Mais ici pas d'apitoiement, pas de leçon de morale, on se marre et on réfléchit en même temps. l'autrice se paye même le luxe de jouer avec nos représentations sur les maghrébins pour mieux les retourner : la débrouillardise, le système D, les apparts aux pièces minuscules qui se transforment en loft à la barbe du proprio.
Et d'un roman ancré dans les années 80, Nelly Chadour se paye le luxe de les relier avec des d'autres drames des années 60 pour mieux faire ressortir les avancées sociales de notre époque. Enfin, à ce que l'on dit...

En 192 pages, tout est dit. Je me suis surpris à me payer des franches parties de rigolades en lisant certains dialogues. Chapeau bas à Nelly d'avoir fait rentrer tout cela en si peu de pages. Et que tout se se tient. De la belle ouvrage, je dirais même de la haute voltige.
Et puis un livre qui fait un parallèle entre les mouches (à merde ?) et les flics racistes, moi, ça me fait rire.

Un moulin qui va se révéler digne de Burton


Chaque année, je discerne mes Prix du chien, dont l'un est décerné à ceux qui gueulent. Il y a fort à parier que j'ai trouvé la gagnante de cette année, qui sera en bonne compagnie entourée d'Alex Jestaire et de Roland C. Wagner.

J'avais repéré ce livre via le blog de Chut... Maman lit ! et désespérais de le lire, n'ayant pas trouver de version électronique. La distribution est un métier assez étrange (logique me direz vous pour un opus des saisons de l'étrange) : je ne l'avais trouvé ni sur 7swith, ni sur la page dédiée à l'autrice sur le site de l'éditeur. Sûrement un coup de l'Intérieur !!!
Mais la version existe belle et bien, l'autrice m'a donné le lien direct, je vous le transmet donc :
Hante voltige en epub

Rare que je suis aussi enthousiaste, si vous avez encore des doutes, allez lire les Chroniques du chroniqueur, de Alias ou de Maman lit.
Et je vous conseille fortement d'aller lire l'interview de Nelly Chadour faite par le Chroniqueur



A lire en écoutant le Ministère des Affaires Populaires qui correspond bien à l'ambiance festive et engagé.




Ou Assassin et son magnifique L’État assassine.






Quelques citations :


« Alors, Papy, on revient d’une nuit blanche ? Ça devait être quelque chose.
– M’en parle pas, gamin, j’ai causé pendant cinq heures avec les flics, j’ai entrevu l’infini du néant emprisonné sous des boîtes crâniennes étroites.
– Veinard ! Moi j’y ai eu droit pendant vingt-quatre heures sans un mot d’excuse quand ils ont fini par reconnaître leur erreur. Mais apparemment, c’était pas leur faute, c’est nous qui nous ressemblons tous.
– C’est parce que nous sommes tous frères de misère, gamin.

La gueule de l’emploi, commente Papy. C’est ça qui m’émerveille avec les forces de l’ordre de votre pays : on y laisse entrer les pires brutes et on s’émeut ensuite de ce que vous appelez pudiquement des bavures.

L’endroit fleure bon le vieux vomi et la boulette d’héro cramée. Jamais voulu toucher à cette saloperie, c’est pour cette raison que je fraye plus volontiers avec les goths et les métalleux, qui se contentent d’être alcoolos.

 
Challenge S4F3

Un éclat de givre

mai 06, 2019

Estelle Faye, 2014, Les moutons électriques, Folio SF, 256 p., 8€ epub sans DRM


De l'éclat, je n'en ai point vu et le givre m'a laissé froid.


Présentation de l'éditeur :


Un siècle après l'Apocalypse. La Terre est un désert stérile, où seules quelques capitales ont survécu. Dont Paris. Paris devenue ville-monstre, surpeuplée, foisonnante, étouffante, étrange et fantasmagorique. Ville-labyrinthe où de nouvelles Cours des Miracles côtoient les immeubles de l'Ancien Monde. Ville-sortilège où des hybrides sirènes nagent dans la piscine Molitor, où les jardins dénaturée dévorent parfois le promeneur imprudent et où, par les étés de canicule, résonne le chant des grillons morts. Là vit Chet, vingt-trois ans. Chet chante du jazz dans les caves, en quille les histoires d'amour foireuses, et les jobs plus ou moins légaux, pour boucler des fins de mois difficiles. Aussi, quand un beau gosse aux yeux fauves lui propose une mission bien payée, il accepte sans trop de difficultés. Sans se douter que cette quête va l'entraîner plus loin qu'il n'est jamais allé, et lier son sort à celui de la ville, bien plus qu'il ne l'aurait cru.

Mon ressenti : 

Un conte mythologique post-apocalyptique. Mais un conte tout de même. Et souvent dans les contes, il y des princesses et des princes. Et moi, ce n'est pas ma came, quand bien même la princesse est en fait un prince, ou le prince une princesse... 

Il était une fois, Chet et Tess. Mais comme le chantait jadis un groupe, les histoires d'amour finissent mal en général.
Il était une autre fois, Chet et Lena, mais ...
Il était maintenant, Chet et Galaad. Et ils s’aimèrent et eurent beaucoup d'enfants (ou en adoptèrent) ?

Chet est revenu de l'Enfer, il est le seul à avoir réussi cet exploit (enfin le deuxième), mais  au lieu qu'on le traite en héros, il finit comme chanteuse de revue dans des cabarets interlopes. Et quand la poisse vous poursuit, pas besoin de lutter, il faut boire la lie jusqu'au bout. Donc retour en Enfer en passant par l'Au-delà. Mais Chet est un dur, il affronte le Mal. Un dur ayant besoin d'amour. Car malgré moultes péripéties traumatisantes, le voilà qu'il te roule des galoches ou qu'il sort le lubrifiant, alors que 5 minutes avant, il risquait la mort !
Bref, me voilà arrivé à la moitié du roman, un peu chancelant, lorsqu'Estelle me sort le coup du Héros qui doit accomplir son Destin. Et hop, on ferme la liseuse.
Je pensais lire du post apo, et me voilà en pleine fantasy. Même si le monde décrit a un côté plaisant, ce Paris un peu anar, une sorte de Commune ressuscitée, cela est bien trop survolé, et peu crédible. Chet est un personnage auquel je n'ai pas accroché, les comportements des personnages sont aberrants, les rebondissements trop rocambolesques à mon goût et j'ai trouvé le style un peu maniérée.

J'attendais beaucoup de ce roman après avoir écouté et adoré deux nouvelles de l'autrice qui oeuvre souvent dans le registre de la fantasy, en vain.

Malgré l'intrigue un peu bateau, Lianne a plutôt aimé, Mariejuliet a été envoutée, Anne Laure s'est laissé immerger profondément dans ce Paris fantasmé, le roman a touché le troll, et Lune a savouré un vrai petit plaisir de lecture. Au final une réussite selon Baroona.

Récapitulatif

Sovok

décembre 22, 2016

Cédric Ferrand, Les moutons électriques, 2015, 224 p., 7€ epub sans DRM (en promo à 3.50 jusqu'au 02 janvier 2017)

 

Un voyage d'une semaine en compagnie de trois ambulanciers dans un Moscou tiraillé entre son passé communiste et un avenir incertain. Comme dans les reportages télévisés, l'immersion fonctionne, mais sans plus.

Présentation de l'éditeur : 

Moscou, dans un futur en retard sur le nôtre. Manya et Vinkenti sont deux urgentistes de nuit qui circulent à bord de leur ambulance volante de classe Jigouli. La Russie a subi un brusque infarctus politique, entraînant le pays tout entier dans une lente agonie économique et une mort clinique quasi certaine. Le duo d’ambulanciers est donc le témoin privilégié de la dégradation des conditions de vie des Russes. Surtout que leurs propres emplois sont menacés par une compagnie européenne qui s’implante à Moscou sans vergogne. Et puis un soir, on leur attribue un stagiaire, Méhoudar, qui n’est même pas vraiment russe, selon leurs standards. Ils vont quand même devoir lui apprendre les ficelles du métier.

Poupée aux yeux morts : La mémoire des pierres - Prisons intérieures - Les futurs mystères de Paris

mai 12, 2016

Roland C. Wagner, Les moutons électriques, 1988, 416 p., 8€ epub sans DRM


La poupée aux yeux morts est l'amour de jeunesse abandonné par le narrateur et qui tente de la retrouver. Mais rien n'est aussi simple chez Roland C. Wagner.

Et qu'ont-ils à rentrer chaque année les Artistes?
J'avais sur le futur des mains de cordonnier
Chaussant les astres de mes peaux ensemellées
La conscience dans le spider je mets les voiles […]
Je déchargeais des tombereaux de souvenirs
Nous étions une histoire et n'avions rien à dire
Moi je prendrai la quatrième dimension
Pour trisser dans l'azur mes jambes migratrices […]
Words Words Words, Léo Ferré
Voilà ce que représente pour moi l'imaginaire de Roland C. Wagner.

Les Derniers jours de mai : Un navire ancré dans le ciel - La Mort marchait dans les rues :

mai 12, 2016

Roland C. Wagner, Les moutons électriques, 1989, 384 p., 4€ sans DRM


Ce roman est une réédition en un volume de deux livres (Un navire ancré dans le ciel, La mort marchait dans les rues), forme conforme au désir de Roland C. Wagner. A l'origine, ce texte faisait partie du livre Histoire du futur proche paru en 2014, désormais épuisé. Une version électronique de ce roman est néanmoins disponible auprès de l'éditeur Les moutons électriques.

Nous sommes en 2013 dans un Paris d'anticipation (roman écrit en 1979). Une chasse à l'homme entre un meurtrier aux pouvoirs extrasensoriels et un policier. Mais rien n'est aussi simple, la réalité n'a pas l'air d'être ce qu'elle devrait être. Et d'autres événements viennent semer le trouble.
Fourni par Blogger.