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Angélus des Ogres

octobre 07, 2021

Laurent Pépin, Flatland, 2021, 102 p., 8.5 € papier

Une nouvelle édition revue est disponible


J'aime lorsque je ne rencontre pas de pépins lors de ma lecture.

Présentation de l'éditeur :

« J’habitais dans le service pour patients volubiles depuis ma décompensation poétique. Au fond, je crois avoir toujours su que cela se terminerait ainsi. Peut-être parce qu’il s’agissait du dernier lieu susceptible d’abriter une humanité qui ne soit pas encore réduite à une pensée filtrée suivant les normes d’hygiène. Ou plus simplement, parce qu’il n’y avait plus de place ailleurs dans le monde pour un personnage de conte de fées.

Je dois pourtant reconnaître qu’il n’y avait rien eu de féerique dans les évènements qui avaient présidé à mon admission : ma rencontre amoureuse avec une Elfe avait terriblement mal tourné, et les Monstres de mon enfance en avaient profité pour ressurgir. Je m’étais retrouvé plongé à nouveau dans le désert de ma venue au monde, un monde étranger et dangereux, où je ne savais pas bâtir. Sur ma langue desséchée, les mots mouraient ou devenaient fous. Parfois, même, mon corps se déchirait, sans savoir pourquoi. »


Mon ressenti :

Après une première novella flamboyante et très étrange, voici la suite des aventures du narrateur. Monstrueuse Féérie poussait l'imaginaire psychiatrique très loin, Angélus des Ogres nous plonge dans un début plus terre à terre où notre narrateur nous conte son quotidien asilaire et le changement de paradigme psychiatrique. Fini les méthodes où on laissait les fous explorer leur folie, comme dans le documentaire La moindre des choses, place à la rationalité, au neuroleptique et au retour à la norme.  Bref, des méthodes efficientes pour la société, moins pour ceux qui les subissent. Moins de folie, plus de réalité.

le service pour patients volubiles était en pleine mutation : il avait rompu pour de bon avec sa tradition asilaire au profit de nouvelles méthodes thérapeutiques consistant pour l’essentiel à l’élaboration d’un système de filtration de la pensée des patients. En somme, la psychiatrie ne prétendait plus offrir droit de cité aux décompensations poétiques des Monuments, mais concevoir des dispositifs d’épuration de la marge…

Mais l'auteur a plus d'un lapin dans sa caboche et nous pond un twist qui rebat les cartes et nous fait repartir dans un imaginaire débridé dans la psyché sombre de son personnage. Plus noir que son prédécesseur, le grain de folie est cependant présent pour nous permettre quelques respirations bienvenues. Comme je l'avais déjà dit dans mon avis sur Monstrueuse Féérie, j'ai du mal avec ce qui est psy, mais ici, je ne sais pas pourquoi cela passe. Est ce du fait que Laurent Pépin nous met dans la tête d'un malade mental comme si nous en étions un ? Est ce dû à la physique des patates ? Ou simplement au talent de l’auteur ?

Les Monstres ont toujours habité dans un coin de ma tête. Ce sont des allégories, d’après ma psychiatre. Elle ne pense pas qu’ils existent pour de vrai. Moi, je crois que j’appelle mes souvenirs ainsi à cause des véritables Monstres que ma mère mettait au monde : des créatures épouvantables peuplent mes souvenirs d’enfance, ce qui fait que rétrospectivement, tous mes souvenirs d’enfance sont subsumés sous le terme générique de « Monstres ». Naturellement, ma psychiatre ne pense pas non plus que ces vrais Monstres aient existé.
Enfin, pour des allégories, ils m’ont bien pourri la vie, quand même…


Même si j'ai une préférence pour le premier tome, plus déjanté, j'ai une attirance vers cette vision folle de la psychiatrie. Est ce si grave d'avoir des pensées et des comportements hors normes ? Est ce aux fous de s'adapter à la société ou à la société d'intégrer une part de folie ? A l'heure où l'on parle d'inclusion, j'ai le sentiment que l'auteur nous montre que c'est plutôt l'inverse qui se produit. Que sous les mots nouveaux, c'est tout un changement de société qui s'impose en douceur.
J'aime lorsqu'un texte m'amène à réfléchir hors des sentiers normalisés et laissent mon imagination vagabonder, m'offrir des "décompensations poétiques".

Mais nous ne pouvons plus lutter. Depuis qu’ils savent inventer des machines qui distillent la pensée pour en retirer l’alcool, nous ne pouvons plus que secouer nos chaînes, pleines de mots muets trop lourds à porter.
Et nous pouvons seulement hanter nos lits, les couloirs, nos pensées, nos corps. Parce que nous ne sommes plus des inventeurs de mondes et que nous errons en regardant se dissoudre la langue, les paroles écroulées, abattues comme des oiseaux morts à nos pieds...


Lu dans le cadre d'un service de presse

Mon avis sur Monstrueuse Féérie

Une interview de l'auteur sur AOW
 
Je ne pouvais pas sortir du centre-ville et des rues piétonnes… C’étaient des quartiers qui étaient faits pour aller se promener, et si on en sortait, ce n’était pas la même chose car on était à présent dans un endroit où on était censé aller d’un point à un autre alors que moi je ne me rendais nulle part…


Le Novelliste #05

juin 10, 2021

Nina Allan, Ethan Robinson, Yves Letort, Sylvain-René de la Verdière, Didier Pemerle, Alexis-Nicolas de la Vitche, Léa Fizzala, Pascal Malosse, Ketty Steward, Pierre Laurendeau, Céline Maltère

Flatland éditeur, 2021, 212 p., 13€ papier

 

Les éditions Flatland ne m'ont pas fait un cadeau en m'envoyant gratuitement ce numéro : car désormais, comment résister à la tentation d'acheter les prochains ?
Je ne vous remercie pas Monsieur Flatland.

 

Présentation de l'éditeur :


Ce cinquième numéro du Novelliste vous invite à quelques embarquements, immédiats ou différés, qu’il s’agisse de traverser des océans bien réels, spatiaux, ou même métaphoriques. C’est une nouvelle de Nina Allan inédite dans notre langue qui fait l’ouverture, complétée par un entretien. Autre première, la traduction d’un épisode des aventures du Capitaine Mors, pirate des cieux, introduit par un article de fond de Marianne Sydow, LA spécialiste de ce proto-super-héros allemand début vingtième. Les autres rendez-vous ne sont pas à négliger non plus : une rencontre avec Patrice et Viktoriya Lajoye, des éditions Lingva, que complètent un portfolio consacré à un dessinateur russe trop peu connu par chez nous, Anatoli Chpir, ainsi qu’une nouvelle de thriller-maritime-avant-l’heure signée Andréi Zarine. En outre, J.J. Astor et ses héros poursuivent leur voyage apergétique à travers l’espace dans une deuxième livraison de notre roman à suivre, et les talentueux novellistes réunis ici (Ethan Robinson, Yves Letort, Sylvain-René de la Verdière, Didier Pemerle, Alexis-Nicolas de la Vitche, Léa Fizzala, Pascal Malosse, Ketty Steward, Pierre Laurendeau et Céline Maltère) vous proposent d’embarquer sans attendre, le temps d’une lecture, pour le monde qui est le leur. (L.D.)

 

 

Mon ressenti :

Voilà un bon moment que cette revue m'intriguait, surtout grâce aux avis de Thomas Day dans la revue Bifrost, parlant de revue de vieux pour les vieux. Et moi, les vieux, je les aime. Par contre, les vieux et le numérique... Et donc pas de version électronique à mon grand désespoir. Mais Le novelliste dans sa grande largesse m'a envoyé sa dernière production.
Première surprise, c'est beau. Une bien belle maquette et couverture.
Deuxième surprise, c'est dense, très dense. Tu en as pour ton argent. Corolaire, pour faire entrer le tout dans les deux cents pages, il faut écrire petit, parfois très petit. Ce qui m'étonne pour une revue de vieux. À moins que ce ne soit une revue de jeunes ?
Dans tous les cas, me voilà bien embêté, car c'était du haut niveau. (Merde, je suis un vieux !) J'ai adoré y trouver des textes de jadis parsemés de textes récents inédits.


Grande recension de ce qui se trouve à l'intérieur

Angélus, Nina Allan
Une femme rencontre lors de son arrivée dans un hôtel une personne qui lui est familière. Un amant, un ami...
L'autrice, dont c'est la première fois que je lis la prose, délie peu à peu quelques fils de l'histoire de la narratrice. Une tranche de vie qui se déroule dans un monde où l'exploration spatiale est possible, mais semble avoir des effets secondaires handicapants. Très peu d'indices nous sont donnés, laissant libre cours à l'imagination du lecteur, comme sa fin ouverte.
Je continuerai ma découverte de Nina Allan.
Une interview de l'autrice datant de 2013 complète ce texte.


Exitus Mortalis, Ethan Robinson
Voici le compte rendu, factuel, distant et parcellaire des derniers jours d'un employé dont le travail consistait à appuyer sur des touches.
Beaucoup de digression et détour dans ce texte très ironique que j'ai adoré.
Sa présentation indique que ce texte a été refusé par toutes les revues et anthologies SF américaines et a fini par être publié sur le site de l'auteur. Chose que je ne comprends pas, car c'est excellent.


La fièvre, Yves Letort
Un père un fils et un fleuve. Une vie hors de tout.
Même si tout cela est très bien écrit, j'ai trouvé ce texte très classique et manquant cruellement d'originalité.


Portfolio consacré au dessinateur soviétique Anatoli Chpir, commenté par Patrice Lajoye
Voici de l'archeo SF russe qui permet de constater que la SF irrigue le monde depuis fort longtemps. C'est court, plein d'illustrations sont présentes et le commentaire restitue bien l'époque et l'univers qui s'y accroche.


Nuit terrible, Andréï Zarine
Place au thriller maritime avec ce texte russe. Un navire embauche un étrange mousse. À partir de ce moment, rien ne va plus.
Une vieillerie qui tire encore son épingle du jeu et nous emmène dans une nuit de tempête glaçante où l'horreur va peu à peu monter en puissance.


L’affaire de L’Ange gardien, Sylvain-René de la Verdière
Nous restons dans les histoires maritimes dans le genre horreur fantastique. Imitant le style de l'époque 1800, l'auteur nous conte un fait divers étrange : la découverte d'ossements sur un navire fantôme.
Un style ancien, une forme moderne et au final une très bonne aventure au sujet actuel. L'auteur a déjà écrit dans cet univers et s'est inspiré d'un fait divers réel.


Le jour du nuage, Didier Pemerle
J'ai dû rater un truc, car je n'ai rien compris à part que cela parle de merde, de rats, de sexe et de shit. Seul point positif, c'est court.


Les éditions Lingva, entretien avec Viktoriya et Patrice Lajoye
Un bel entretien avec les éditions Lingva. Kesako ? Mais si vous les connaissez, les frères Strougatski chez Denoël, La loi des mages chez Mnemos, les anthos russes chez Rivière Blanche. Et plein d'autres choses. Deux passionnés qui arrivent à nous faire partager leurs passions, celle de la littérature russe ancienne... Une sinécure.


Voyage en d’autres mondes 2/4, roman à suivre de J.J. Astor
Étant la seconde partie et n'ayant pas lu la première, je m'abstiens de le lire, mais les quelques lignes lues et le pitch donnent envie : une histoire d'explorateurs dans un aérostat qui s'envolent vers Jupiter . Par contre, la taille de la police est vraiment toute petite.


Cinq semaines dans l’éther, Alexis-Nicolas de la Vitche
Un scientifique invente un moyen pour aller dans l'espace.
Voilà le type d'histoire vu et revu, cela se lit sans déplaisir, mais l'originalité n'est pas forcément au rendez-vous si ce n'est le moyen. Mais bon, lorsque l'on aime les vieilleries, on y retrouve le charme suranné qui fait tant plaisir.


Terre à terre, Léa Fizzala
Un jeune désoeuvré est sur le point d'entrée en contact avec une race alien.
Voilà un premier contact qui change de ce qu’on lit habituellement. L'autrice nous promène dans son univers avec de légères touches d'humour. La présentation de l'ado est un must.
Un twist final bien mené.




Capitaine mystérieux, article de Marianne Sydow sur le feuilleton allemand Der Luftpirat
Voilà un excellent article sur un feuilleton SF allemand des années 1910. L'autrice nous parle de sa découverte alors que pratiquement tous les textes ont disparu. Des thématiques très modernes ainsi qu'un aspect scientifique et social prégnant. Après lecture, une seule envie : lire ce capitaine Mors. Ce qui tombe plutôt bien, car :


Capitaine Mors, pirate des cieux, premier épisode
La revue nous offre le premier épisode qui est une très bonne découverte. Un pirate des airs cherche vengeance. De l'action, du suspense, une construction que j'ai rarement vu dans des textes anciens.
Plusieurs interrogations cependant : connaîtrons-nous la suite des aventures ? Ce premier épisode correspond-il au premier fascicule ou en regroupe-t-il plusieurs ...
En outre, c'est traduit par un des messieurs du Le belial.


Souvenir d’enfance, Pascal Malosse
Souvenir d'une réunion d'une riche famille corse lors de la Toussaint
Un texte social qui arrive à nous mettre dans ce souvenir, mais dont la fin est un peu trop abrupte à mon goût.


La porte, Ketty Steward
Surtout tu regardes pas la porte !
Voilà comment débute ce court texte.
Pourquoi ne pas la regarder ? On découvre rapidement la raison, fantastique et réaliste. J'ai bien aimé ce texte qui laisse aux lecteurs la possibilité de ressentir ce qu'est l'enfermement.
Je n'ai pu m'empêcher de penser au poème La porte de Guillaume Apollinaire. Ketty Steward écrivant de la poésie, je pense que la coïncidence n'est pas du fait du hasard.Et bien si :

"Comme une image : autour d’un dessin d’Huguette Lendel, trois micro-nouvelles spécialement écrites par Céline Maltère (À nous quatre), Pierre Laurendeau (Le débordement), Didier Pemerle (Quatre fois une opération, de gauche à droite et de haut en bas) " clôt le tout.



Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse

Monstrueuse Féérie

novembre 30, 2020

Laurent Pépin, Flatland, 2020, 100 p., 8.5 € papier


Une elfe, des monstres et un psy sont dans un asile...

Présentation de l'éditeur :


Quand un psychologue rencontre une Elfe dans le Centre psychiatrique où il travaille, il croit d’abord que cet amour naissant permettra d’écarter les Monstres qui l’assaillent…
Avis aux amateurs : conte pour adultes teinté de pataphysique, de psychanalyse, de poésie et d’humour noir.

Mon ressenti :

Il y a toujours une fenêtre que je laisse ouverte pour que les Monstres puissent entrer. Je ne le fais pas vraiment exprès. Mais tous les Monstres rentrent dans toutes les têtes de la même façon : on les y invite. Parce qu’il y a quelque chose en eux qui nous fascine, qui nous comble, ou du moins qui absorbe notre esprit logique en polarisant nos réflexions. Quand ils sont là, c’est trop tard. Ils ne sortent plus et la terreur grandit.

Quel étrange bouquin que ce livre. Insaisissable dans son essence. A la fois poétique, psychanalytique, rempli d'humour noir, d'horreur. Une sorte de traité sur les fous pour les gens normaux. Ou plutôt l'inverse, un traité sur les gens normaux à l'usage des fous.
Ou ne serait ce qu'une banale histoire d'amour ? Ou non, le regard d'un homme sur la vie ? Ou alors un conte, noir et cruel comme jadis. Ou une critique de l'institution psychiatrique, de la norme sociale ?
Ce livre est tout cela et bien plus encore. Il est ce que tu viens chercher, et plus encore.

Quand il vidait des animaux pour les empailler, il y avait une odeur épouvantable dans la maison. En même temps, il était occupé et ça avait l’air de l’intéresser vraiment. C’était bien, comme activité, pour le père. En revanche, il nous regardait du coin de l’œil et ça me faisait peur. Je me disais qu’il pesait le pour et le contre. Il devait se demander à quel âge il devrait nous vider nous aussi et nous bourrer de produits chimiques et de paille pour qu’on ne s’en aille jamais et qu’il puisse rester en sécurité.

Ce qui est certain, c'est que l'auteur a un style et une sacré plume. Alors , c'est quoi le pitch ? Un narrateur qui nous raconte sa vie, avec une famille très étrange, un "Chez ces gens là" monstrueux.
Une chose que j'ai beaucoup apprécié, c'est ce regard porté sur l'autre, la volonté de tenter de le comprendre dans sa complexité. Un aller vers, une sorte d'utopie sur le vivre ensemble. Bref, l'essence même de la SF, bien que nous sommes dans le fantastique, mais la frontière avec la réalité est poreuse, perméable.
Je ne suis pas très friand de psychanalyse, et les lignes en contiennent pas mal, mais cela participe aux multiples lectures qui peuvent en être faite.

Je suis devenu psychologue et je travaille dans ce Centre. Souvent mon boulanger me demande si ce n’est pas trop dur de travailler avec “les fous”. Moi j’ai envie de lui répondre que ce qui est vraiment dur, c’est plutôt ce genre de dialogue, mais je me tais.

Avec tout ce que j'en dis, tu te dis que ce bouquin n'est pas pour toi. Je suis d'accord avec toi, car ce n'est pas un bouquin pour moi. Et pourtant j'ai adoré. Va comprendre...
Et franchement, cette novella est vraiment poilante dans sa première partie. Mais je suis d'accord avec toi, ce bouquin n'est pas pour toi. Mais qui sait ?

Je ne t’ai pas menti, jamais. Même si je sais que mes histoires sont un peu… Mais ce ne sont pas des mensonges. Ce sont des métaphores. C’est mon histoire, c’est moi qui raconte. J’ai le droit de faire des métaphores. Je n’ai pas le choix de toute façon. Il y a des choses qu’on ne peut pas raconter autrement. Et puis je ne veux pas. Ce n’est pas la direction que j’ai choisie. Il faut bien reconstruire le monde à sa façon, on ne peut quand même pas le prendre tel qu’il est. C’est trop triste. Prends le ciel, les nuages, les oiseaux, ce que tu voudras, ça n’a aucun sens si on n’y invente pas autre chose avec, un peu d’accent dans le regard qu’on y met. C’est vrai, c’est nul la nature naturelle…



Lu dans le cadre d'un service de presse

Une interview de l'auteur chez L'ours danseur



Aventures sidérantes, l’antho pulp !

juillet 13, 2020

Textes réunis par Martin Lessard, Flatland, 2020, 256 p.,16€ papier


Des francophones à l'assaut du pulp américain

Présentation de l'éditeur :


D’Amazing Stories à Galaxy, en passant par Wonder Stories, Weird Tales et Astounding, les « pulps » ont régné durant la première moitié du vingtième siècle ! Les histoires d’empires galactiques aux planètes étranges, de savants fous pénétrant l’atome, de colossaux ordinateurs capables de provoquer la fin du monde, d’envahisseurs extraterrestres aux multiples tentacules, de mutants aux pouvoirs inexpliqués ou d’automates incontrôlables menaçant la sécurité nationale peuvent aujourd’hui nous paraître décalées, voire grotesques… Et pourtant, tous les grands courants de la science-fiction moderne trouvent leur inspiration dans ces magazines populaires aux illustrations de couverture flamboyantes et colorées ! Aventures Sidérantes, par la voix d’autrices et auteurs francophones, leur rend un hommage vibrant… et résolument moderne !

Mon ressenti :

Moi ce que j'aime dans le Pulp, c'est quand il n'y en a pas ! Alors pourquoi accepter un service de presse de la part de l'éditeur ? Parce que c'est gratuit dirons les mauvaises langues. Non, pas seulement. J'aime bien lorsque des auteurs d’aujourd’hui rendent hommage aux anciens, cela donne un coup de neuf au vieux truc et cela permet parfois de découvrir des textes sortis jadis. En outre je connaissais quelques auteurs et autrices au sommaire et j'avais envie de continuer à explorer leur univers.
Comme dans toute anthologie, selon vos affinités, vous naviguerez entre des textes passables et des bons. Et dans l'ensemble j'ai plutôt était satisfait par rapport à la promesse du sujet de l'aventure sidérante hommage à la SF de l'âge d'or. Parfait pour l'été qui arrive.
Donc si tu aimes lire des textes dont la vraisemblance n'est pas la préoccupation principale, ce recueil fait le boulot. Pour les autres, faites comme bon vous semble...

Chaque texte est succinctement résumé et chaque auteur a le droit à sa petite notule biographique en fin d'ouvrage. Le tout s'ouvre sur un avant propos de Xavier Dollo qui nous explique le pourquoi de cette anthologie. Martin Lessard préface de manière posthume ce livre et je partage sa comparaison pulp/dessert :

On ne peut pas manger que ça, mais une petite gâterie bien grasse et sucrée de temps à autre, ça ne fait de mal à personne.


Petite revue rapide de l'ensemble des 16 nouvelles :


Une station ordinaire, de Patrice Lajoye
Ne jamais se fier aux apparences.
Suite à la disparition d'un Vortex, une station spatiale se retrouve isolée du reste de l'humanité. Quelques siècles plus tard, des retrouvailles ont lieu.
Deux twists bien amenés, surtout le dernier. Le pulp est bien présent à travers un transhumanisme et une histoire à priori balisée qui fait le job.


La française des oeufs, de Jean Michel Calvez
Un consultant donne l'idée du siècle à  La société des jeux français. Fini le grattage, place à l'oeuf ! Mais attention au coucou !
L'occasion pour l'auteur de décliner jeux de mots foireux, analogies bidons autour de l'oeuf. Plaisant et rigolo avec une fin sidérante.


Les Martiens, de Christian Léourier
"Un bon martien est un martien mort."
Enfin sur Mars. Problème, des martiens s'y trouvent et sont belliqueux. La glorieuse force armée est chargée de faire le ménage.
Classique, mais cela fonctionne toujours. Et même si la chute est attendue, elle arrive à surprendre par son éthique.


Darwin et le dragon, d'Olivier Caruso
Darwin, le docteur Moreau et un dragon sont sur une île...
Darwin se morfond, sa théorie a été battue en brèche. Un jeune scientifique a la preuve que l'évolution reste cependant possible. Une réécriture de l'histoire plaisante qui permet de relier la réalité et l'imaginaire.


Six pour l’apocalypse, de Bruno Pochesci
Une horde du contrevent version hallucinée où on suit une équipe de guignols lutter contre des moizis. C'est complètement foutraque, du grand n'importe quoi gore et porn très seventies. C'est du Pulp comme il en existait et qui heureusement n'existe plus. Le plus con dans tout ça, c'est que j'ai été malgré tout assez intrigué pour voir où tout cela nous menait. Heureusement.


Et veiller l’infini, de Cyril Carau
Des hommes augmentés, la guerre contre l'envahisseur, une histoire d'amour et du sexe. Nous sommes bien en terre pulp. Mais l'auteur ne fait qu'imiter à mon avis et n'apporte pas un plus moderne à l'ensemble. En outre, la fin est un peu trop métaphysique pour me plaire.


La boifouille, d'Éric Vial-Bonacci
Nous suivons les pérégrinations d'une boifouille sur une planète. Je suis passé à côté de ce texte qui m'a un peu rappeler Le monde vert.


Sky is the limit, de Nando Michaud
Une expédition est lancée à l'assaut de la galaxie voisine. Mais au fur et à mesure du voyage, les vrais raisons se dévoilent peu à peu.
Variation scientifico éthique capitaliste qui bat en brèche le développement outrancier. Bien Pulp. Trop pour moi.


Et chez vous, tout va bien ?, de Laurence Suhner
Un scientifique se trouve chez lui mais quelque chose cloche. Lui, sa santé mentale ou autre chose ? Une variation autour du la figure du savant fou autour des conséquences parfois désastreuses des expériences scientifiques.
Après lecture, une seule question : rien d'étrange ne se déroule chez vous ?


L’herbe plus mauve ailleurs, d'Emmanuel Quentin
Un titre énigmatique qui nous entraine en Amérique auprès d'un farmer d'un village paumé. Et il attend, car lui, il les a vu les monstres de l'espace...
Texte assez court qui réussit à poser une ambiance et une histoire réaliste. Le thème du premier contact y est abordé de manière original. Joli.


La relève, de Xavier Mauméjean
J'ai plus aimé la présentation que le texte.

Tandis que les vaisseaux de l’Âge d’or filent au-delà des étoiles,
la Terre doit continuer de tourner. Nombre de héros pulps étant partis s’illustrer ailleurs, il faut en recruter de nouveaux, ici et maintenant. Se prépare alors la transition vers l’Âge d’argent…
Je pense qu'il m'a manqué quelques références super héroïques pour comprendre.


Ah ! les garçons, de Pierre Gévart

Textes déjà lu dans le numéro 61 de la revue Galaxies SF. J'aurais pu vous mettre le lien mais vous avez le droit au copier coller. Non, ne me remerciez pas.
Un vaisseau fait une drôle de rencontre....
Texte Pulp avec l'outrance qui va avec, mais l'auteur inverse les rôles et les genres. La technologie futuriste du vaisseau spatial de la mort of death est splendide : on a rien inventé de mieux depuis les cartes perforées ! Et le tout a bien ravi mes zigos.


Un goût si délicat, d'Alain Rozenbaum
La science fiction nous permet souvent de nous mettre à la place de, qui est précisément le sujet ici où il est question d'une petite visite dans une ferme d"élevage/abatage, sous la bonne garde des Rovace, des chiens androïdes multitâches. On voit rapidement comment cela va finir, mais l'auteur arrive tout de même à nous glacer le sang.


Impress Genetic Inc., d'Élodie Boivin
Alors que madame fanfaronne, auréolée de gloire dans différents coktails, Monsieur ravale sa rancune. Il n'est qu'un faire valoir remplaçable. Dirigeante d'une boîte de transhumanisme, son mari a peut être une idée pour exercer sa vengeance.
Variation Pulp où on inverse les rôles et s'amusent avec des inventions abracabrantes.


Le diamant Mogul-Topor, de Gulzar P. Joby
Une histoire de pirates de l'espace à la recherche d'un diamant, mais cette fois ci, ce sont les femmes à la manœuvre. Je ne suis pas très fan de ce genre d'histoire et m'y suis ennuyé.


La récalcitrante du Cachalot, de Michèle Laframboise
Lorsque tout est automatisé, et orchestré par une IA, cela peut vite tourné au cauchemar lorsque l’appareil se grippe, en l’occurrence ici, une simple porte. Pourquoi cette porte refuse t'elle de s'ouvrir ?
Un texte rempli d'humour, plein de fausses pistes dont la révélation finale est surprenante. Une friandise pulp bien troussée.


Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse




L’espace, le temps et au-delà

novembre 28, 2019

Bruno Pochesci, Flatland, 2019, 282 p., 16€ papier



Quatorze nouvelles, dont treize contiennent d'une manière ou d'une autre du sexe !
Donnez du bromure à Bruno Pochesci, il en a grand besoin !


Présentation de l'éditeur :


La science-fiction de Bruno Pochesci pétille et pétarade, rue dans les brancards et s’ébroue, traque les conformismes et dans l’avenir les lignes de fuite qui se dessinent. Rabelaisienne et humaniste, elle sait transcender dans une langue souvent pyrotechnique et toujours gourmande les archétypes du genre sans les trahir. Spéculative, elle sait aussi se saisir des données scientifiques établies pour en faire le miel de ses conjectures. D’une dystopie aux résonances métaphysiques à une utopie lumineuse et porteuse d’espoir, de la gare de Perpignan à la ceinture de Kuiper, du « moins pire des mondes » au « prochain drink », les quatorze nouvelles réunies ici offrent un aperçu complet de la palette d’un auteur qui a su devenir, en l’espace de quelques années, un des meilleurs novellistes de nos genres de prédilection.


 Mon ressenti :


Pour ceux qui ont le bonheur de ne pas connaître Bruno Pochesci, c'est un auteur de SF qui a la particularité de ne jamais se prendre au sérieux. J'avais lu quelques uns de ses textes dans la revue Galaxies SF et ses bons mots et son ancrage dans l'actualité m'avait bien emporté. Et voilà qu'un recueil de nouvelles sort...
Pas beaucoup de nouveautés malheureusement, sur 14 textes, seuls 2 sont inédits : Entrée-plat-dessert et Aslexia maxima, pour le reste, c'est de la resucée de revues ou d'anthologies.
Le point commun aux différents textes : la SF, les bons mots et surtout le sexe. Sur tous les textes, seul un ne comporte ni scène de sexe ou d'allusion au sexe (à moins que je ne sois passé à côté d'une allusion ?). Je ne vais pas jouer les vierges effarouchés, crier à la pudibonderie, mais moi, si je lis de la SF, c'est pour éviter la littérature blanche et ses sempiternelles histoires d'amour et de cul ! Il y a tout de même un côté assez libertaire chez l'auteur, certains plan cul pouvant s'expliquer de cette manière...

Le recueil s'ouvre de bien belle manière avec Virtuose, où les nations prennent enfin conscience du réchauffement climatique et décident d'agir de manière assez brutal et dictatoriale. On retrouve ici les bons mots de l'auteur, son souffle libertaire, même si la fin manque un peu de maestria.
Puis ça se corse : La fille des vents nous balance en plein traitement de la crise des réfugiés, côté protection des frontières en inversant les points de vue. Mais tout cela est bien trop rapide et didactique, est ce du fait du coup de butoir de l'éditeur qui attend avec extase le texte. (Oui il y a du sexe);
Huis clos pour huit clones, qui convoque de grands noms de notre histoire en chahutant leur psychologie, m'a laissé indifférent. S'ensuit la nouvelle Le prochain drink qui va vous en apprendre sur la formation des planètes. Le tout avec beaucoup de stupre.
La Porte, la pendule et le Perce-Temps nous rejoue le surannée trope du voyage dans le temps à la mode quantique sans y apporter une grande originalité. La gare de Perpignan sous emmène dans une course folle contre l'effondrement de l'univers et dont je pourrais résumé par un "tout ça pour ça ?". Comme pour le texte Le syndrome Islandais où l'auteur nous donne le recette libertaire et libertine pour vivre enfin tranquille libérés des empêcheurs de tourner en rond. C'est rigolo, mais ça arrête là.

"Je t'y autorise" relève le niveau : deux personnes se retrouve piéger dans un monde bien étrange où les habitants sont tous très polis, convenants et policés. Je retrouve ici la gouaille de l'auteur qui s'amuse, et nous amuse, des normes et les transgresse avec panache. Il convoque pour cela les différents thèmes de la SF dans un grand maelstrom pour nous proposer une fin à chutes multiples.
"Dix petits warps" nous emmène à bord d'un vaisseau, l’Agatha, des invités et des meurtres comme il se doit. Même si un peu longuet, la nouvelle prend toute sa saveur une fois le dévoilement effectué.
"Du rififi dans la ceinture de Kuiper" nous parle d'une théorie un peu fumeuse autour de la Terre
qui m'a bien fait rigoler. Voilà le genre de nouvelles qui me font dire que Bruno Pochesci a du talent.
Dans "Côté cour côté jardin", alors que les plus grands scientifiques se fracassent les neurones pour unifier micro et macro en une grande théorie du tout, qui mieux que l'auteur pour nous en donner sa version. Mais comme dans toute théorie scientifique, difficile de comprendre l'infiniment complexe et où voulait aller l'auteur.

Le premier inédit, "Entrée-plat-dessert", ressemble plus à de l'érotique qu'à de la SF et on voit venir la fin de loin. Fin qui empêche tout de même au tout de s'effondrer grâce a son ancrage dans l'actualité.
Dans "Aslexia maxima", nous avons le droit à une fort belle apocalypse. Je n'avais jamais lu cette idée de fin du monde ailleurs et c'est tellement simple que ça en est effrayant, il fallait y penser. Le tout avec un côté anar bienvenue.

On finit avec "Le moins pire des mondes" où une invention va bouleverser le cours du monde. Voilà un texte qui, je pense, résume la philosophie de notre auteur : faite l'amour, pas la guerre. Mais en version quasi prude cette fois !!! Une bonne conclusion.


Au final, ce n'est pas le recueil du siècle, j'ai aimé la part libertaire, moins la part libertine. Je m'attendais à plus de rigolade, et c'est souvent l'indifférence qui s'est installé à la lecture.
J'aurais au moins appris deux choses : Jean Pierre Andrevon est aussi illustrateur et j'ai découvert un nouvel éditeur, Flatland, qui édite aussi la revue Le nouvelliste.


Avis réalisé dans le cadre d'une opération Masse Critique Babelio.


J'offre ce recueil à qui en veux, il suffit de me rendre moins con,
Comme dans la formule E=mc², on prononce le 2 à la fin par carré, alors que ce n'est pas un carré mais un deux ! Bref, d'où vient l'expression "au carré" ?
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Quelques citations :


Au cours du siècle qui s'achevait, question hécatombes, on avait fait beaucoup mieux qu'Hitler et Staline. Deux milliards de morts, tout de même. Entre famines chroniques, exodes climatiques et conflits hydriques, l'homme — on ne pouvait plus l'ignorer — était un SS (sapiens sapiens) pour l'homme. Mais paradoxalement, les vingt millions de morts (dix de la répression, dix dus aux conséquences directes des grands chamboulements enclenchés) de ces dernières années allaient sans doute en éviter plusieurs milliards au siècle suivant. " En frapper un pour en éduquer cent "... Qui aurait pu imaginer que cette maxime d'un des pires dictateurs du XXe siècle pouvait receler le possible salut du XXIIe ?
"Virtuose"
 
Si Monsieur me permet une remarque tout ce qu'il y a de plus neutre, je pense que Monsieur est en train de se surpasser. » Le sculpteur achève un ponçage crucial en redoublant de minutie, rictus mi-méprisant mi-diverti derrière le masque. S'il n'a jamais, au cours de sa longue et glorieuse carrière, accordé le moindre crédit aux innombrables dithyrambes des plus célèbres critiques d'art, il est évident que l'avis d'un laquais — assené en méconnaissance totale de cause, et en vertu d'émois aussi rustiques et binaires que le classique « j'aime/j'aime pas » — ne saurait recouvrer à ses yeux plus d'intérêt que n'en aurait une pagode miniature de matières fécales se délitant sous une pluie acide. 
"Dix petits warps"
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