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Dans ma maison sous terre

mars 17, 2026


Nicolas Martin, Esquif édition, 2025, 56p., 5€ epub sans DRM



Dans ma maison sous terre
O ma wé ! O ma wé !
O téo téo ouistiti !
O téo téo ouistiti !
One two three !


Pitch de l'éditeur : 

Un jeune homme vient recueillir les derniers mots de Jonas, son grand-père, ancien mineur. Il vit en ermite dans une bicoque à flanc de colline, près des galeries condamnées. Il est à bout de forces, et son corps présente des anomalies physiques étranges.
Au fil de son récit, Jonas dévoile la vérité secrète qui les lie à la mine. Car la présence du garçon semble avoir réveillé quelque chose jusqu’ici endormi. Quelque chose de terrible. 

 

Mon ressenti :

Même si j'ai mis en exergue cette célèbre comptine entraînante et joyeuse, pas de cela ici. Le texte de Nicolas Martin est une immersion horrifique dans les entrailles de la Terre.

L'histoire nous entraîne dans les coulisses de la fermeture des mines et ses conséquences sur la vie des ouvriers. On lit en fait le journal de Joseph, un jeune chercheur venu sur les traces de son passé familial et syndical. Il va y découvrir l’inimaginable.

J'ai beaucoup aimé le côté social qui transpire tout au long de cette nouvelle. La réalité des mineurs ma semble bien décrite. La silicose, rebaptisée ici "le souffle noir", prend une toute autre ampleur : ce n'est plus seulement une maladie , c'est une possession cosmique !
Mention spéciale aussi aux grondements sourds qui parcourent le récit. Ces "vibrations de l’espace-temps", une allusion aux ondes gravitationnelles, donnent une version horrifique à leur existence. Désormais, lorsque j’entendrai parler de détection d’ondes, je tremblerai face à l’imminence de l’inéluctable.

Par contre, alors que je trouve que d’habitude Nicolas Martin sait créer une atmosphère et des personnages auxquels on s’attache, je n’ai pas retrouvé cela ici et cette émotion m'a manqué. Les personnages sont inexistants, comme déjà sédimentés. Au final, l’horreur qui arrive ne m’a pas vraiment ému au-delà de la curiosité. C'est dommage car le texte est construit parfaitement (voir l'analyse de Weirdaholic)

Second bémol qui n'est pas de la faute de l'auteur : l'édition électronique est un peu bancale. Le texte est composé de documents divers (rapports médicaux, transcriptions orales, journal de Joseph) et leur retranscription n’est pas toujours claire dans la mise en page numérique, obligeant parfois à revenir en arrière pour comprendre qui parle.

Interview par la librairie Mollat

Dans cette vidéo, Nicolas Martin évoque un hommage inconscient pour le titre au roman de Chloé Delaume. Mais je ne suis pas dupe : l'explication la plus rationnelle reste bien la comptine. Une fois en tête, cette ritournelle devient une petite pierre sous la langue que l'on ne peut plus cracher ! 😂

Première déception donc avec l'auteur. Pas grave, je crois que je vais bientôt me régaler :

Source : Bluesky



Rumba Mariachi

mars 09, 2026

Fabrice Caro, Esquif édition, 2025, 32p., 3€ epub sans DRM


Il voulait mourir tranquille. Il va vivre la pire journée de sa vie.

Pitch de l'éditeur :

« Quand le téléphone a sonné, j’étais en train de me pendre. »

Interrompu en plein suicide, notre narrateur descend de son tabouret et décroche, sans se douter qu’il va vivre la journée la plus folle et bizarre de son existence.


Mon ressenti :


Rater son suicide semble être un véritable art que possède le narrateur. Interrompu dans l’installation de sa corde par un coup de téléphone, un simple presse-agrumes va transformer sa journée, prévue courte, en une longue péripétie.

Quiproquos, dialogues absurdes, rencontres improbables et petites catastrophes du quotidien s’accumulent jusqu’à l’épuisement pour le narrateur pour mon plus grand bonheur.

L’enchaînement de situations improbables, de personnages atypiques et d’absurdités du quotidien m’a fait tourner les pages avec frénésie.

Court et con, le genre de livre parfait pour commencer une triste journée de labeur.

Hic Sunt Dracones

décembre 10, 2025

Southeast Jones,  The Bookmark Publisher, 2025, 401 p., 5€ epub sans DRM



Southeast Jones trace les cartes de mondes inconnus, et de nos propres ombres.


Pitch de l'éditeur : 


Et si certaines limites ne devaient jamais être franchies ?
Hic Sunt Dracones — “Ici sont les dragons” — désignait autrefois les zones inexplorées sur les cartes. Aujourd’hui, c’est aussi le titre d’un recueil aussi captivant qu’inquiétant, signé Southeast Jones, auteur belge passionné de littérature de l’imaginaire.
25 nouvelles de science-fiction et de fantastique, où chaque récit est une porte vers un ailleurs déroutant : une barrière invisible qui empêche l’humanité de quitter le système solaire; un monde lent que seuls certains peuvent percevoir, une guerre millénaire pour une querelle absurde, es réalités fragmentées où la logique humaine ne suffit plus.
À mi-chemin entre anticipation métaphysique, fables cosmiques et fantastique psychologique, ces textes s’adressent à tous ceux qui aiment les œuvres de Philip K. Dick, Ted Chiang, Clifford D. Simak ou les récits à la Black Mirror.

 

Mon ressenti :

Avec un titre pareil, Southeast Jones nous invite à longer des côtes inconnues, à franchir ces “ici vivent les dragons”, ces zones blanches où l’imaginaire est roi, une promesse d’expéditions en planètes étrangères, d’humanité poussée dans ses retranchements. Pari réussi ?

Le livre rassemble quelques textes inédits (ou du moins que je n’avais pas lu), mais surtout une très large majorité de rééditions parues ici et là, parfois revues et corrigées. Une préface de J.C. Gapdy ouvre l’ensemble, mais là où le bât blesse, c’est l’absence de paratexte : un mot sur les intentions de l’auteur, le contexte d’écriture aurait apporté une profondeur supplémentaire. Est-ce que l’auteur a voulu dire : mes histoires se suffisent à elles-mêmes ?

Un recueil SF, avec pointe de fantastique, satire, poésie noire… mais toujours avec une ligne directrice : l’humain, ses grandeurs rarement et surtout ses failles. Avec cette conclusion : l’avenir n’a pas fini de nous juger. L’auteur raconte l’altérité et sonde notre propre reflet. Lire Southeast Jones, c’est accepter de poser le doigt là où ça fait mal, l’altérité pour boussole, l’écriture comme carburant.

 

Nous n’irons pas dans les étoiles
Rien que le titre donne vie de lire cette nouvelle qui m'a fait penser par son ton mélancolique à la nouvelle Comment c'est là-haut ? de Edmond Hamilton. Le pitch : Un scientifique doit annoncer à ses collègues une triste nouvelle : nous n'irons pas dans les étoiles. Un court texte qui frappe juste et cette impression que chaque réponse ouvre dix nouvelles questions. Une pépite mélancolique qui joue plus sur le vertige que sur le spectaculaire. C’est beau.

Divergence d’opinion
Conte galactique à la lisière de la fantaisie, qui démonte l’absurdité des guerres de religion. Tout se joue sur un détail mortel. La chute, en une phrase, est d’une ironie délicieuse.

Monde lent
Et si la sénilité n’était pas un effondrement, mais une forme de clairvoyance ? On suit un vieil homme qui tente de communiquer avec ceux qui “ne voient pas encore”. L’idée est intéressante, même si le côté réincarnation m’a laissé sur le bord du chemin.

Noël lointain
Un Noël sur une planète étrangère : entre choc culturel et absurde. Les humains manipulent, les aliens manipulent peut-être encore mieux… et la chute renverse tout avec humour.

Notre-Dame des Opossums
Une expédition arrive sur une planète qui pourrait s'avérer être la Terre. L'auteur nous interroge sur nos agissements et les méfaits de notre soif de découverte. Un très bon texte.

Contrat
Faire affaire avec le diable : forcément tentant… jusqu’à la lecture des petites lettres en bas du contrat. Une petite friandise qui rappelle qu’avec toute éternité vient toujours avec la facture.

Grand-Veille
Autre temps, autre moeurs, la cérémonie des morts est festive désormais. Mais qu'est ce que la mort dans le futur ? Nous suivons deux jours d'une famille préparant la cérémonie.
J'ai beaucoup aimé ce texte qui joue avec les souvenirs du temps passé. Les us et coutumes se perdent, s'oublient ou prennent une autre tonalité, tel ces "sandwichs au chien avec de la moutarde" que mangeait les gens de notre époque. L'auteur réussit à nous perdre dans la vie quotidienne de ce futur incongru, et il perd ses personnages dans ce passé dont il ne reste quelques vestiges. Cette nouvelle a aussi un petit air de la série Westworld.

Anamnèse
Un homme est victime de malaises et de pertes de mémoires. Son quotidien devient de plus en plus halluciné et fragmenté. Je me demandais où voulait m'emmener l'auteur. Et bien précisément la ou je ne m'attendais pas.  Une belle réussite.

Barbares !
Exploration spatiale, colonisation, rencontre avec des intelligences autres. Et comme souvent, la guerre. Une nouvelle à chute que je n'ai pas vu arriver, car le texte était très martial me donnant des doutes sur l'intention de l'auteur. Doute balayé par la fin. Un texte assez sombre, mais réaliste avec quelques fulgurances à noter toutefois. Elle restera la plus marquante dans mon esprit. C’est ce texte, lu il y a quelques années pour la première fois qui m’a donné envie de poursuivre la découverte de l’auteur.

Le C.R.I.M. était presque parfait
Un scientifique enchaîne les inventions improbables, peut-être géniales, peut-être dangereuses. L’idée intrigue, le ton fonctionne, mais la nouvelle manque de véritable. Sympa, sans plus.

Rendez-vous à Cérès
Une chanson pirate les ondes depuis Cérès et devient un hit mondial. Une belle idée de pré-contact, parfois un peu didactique, mais dont l’optimisme final apporte une respiration bienvenue.

L’antre de la bête
Une histoire contée “à l’ancienne”, au coin du feu, entre horreur feutrée et ambiance rétro. Ça fonctionne très bien. Une nouvelle horrifique au goût de jadis qui fait son effet 

Début de semaine
Mini-nouvelle: le monde peut basculer d’un bouton, mais parfois pas comme prévu. Percutant et efficace.

Les enfants de nos enfants
Projection douce-amère sur l’avenir de l’humanité. Simple et sensible.

Mon dragon et moi
Malgré le titre, pas de fantasy ici, mais un space-opera : un pirate de l'espace doit se charger de livrer un bien étrange colis. Nous rencontrons ici une espèce d'aliens bienveillants qui vont croiser la route d'une espèce belliqueuse, l'homme. Un sujet sombre pour un texte empreint d'une profonde nostalgie et empathie.

Question de foi
Ils sont là. Nous ne sommes désormais plus seul dans l'univers. Les ET ont opté pour le pape comme ambassadeur et leurs révélations va causer quelques soucis à notre souverain pontife. Ce texte pourrait être une variante d'une des lois de Clarke : Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de Dieu. Un très bon texte qui répond, permettait du peu, à la question du « pourquoi je vis, pourquoi je meurs ? » Avec une belle touche d'amertume finale

Trip
Cyberpunk sous psychotropes high-tech : les accros vont adorer la fin, les prudents beaucoup moins. Entre délire et mise en garde technologique.

Jonas
Cabaret interlope, ogre de l’espace, ambiance surannée et personnages de marginaux. L’auteur prend son temps pour poser un décor, une atmosphère et un charme très particulier. Si vous aimez, n'hésitez pas à lire le roman Le Paradoxe Béranger, dont cette nouvelle fut le début…

Émancipation
Un individu, agoraphobe, est retiré dans sa demeure isolée. Il y vit sa retraite au calme, jusqu'au jour où des gamins s'amusent à tambouriner à sa porte. Une fin qu'on pense voir venir de loin. mais non, l'auteur nous prend à rebrousse poil.

Le temps des moissons
Le titre m'a fait de suite penser au roman Le Vaisseau des voyageurs de Wilson dont le titre original est The harvest, la moisson. Ici, pas d'alien mais un ersatz d’épidémie zombie, le SRI. Pourquoi comment et pourquoi ? Face à l'étrangeté et l'incompréhension, l'homme étudie, même si sa science devient synonyme de torture. Alors pourquoi pas les autres ? Comme Wilson, un texte très humain sur nos travers

Une journée ordinaire
Il peut se passer des choses en un siècle. Comme l'arrivée de la peste brune. Une courte tranche de vie dans une France marine. Ici, l’humour pince sans rire de l’auteur cède la place à un désespoir glacé. Un texte court, mais qui mord fort.

Dernière maison avant le Paradis
Un reclus vit dans un coin perdu avec sa chienne, une petite vie tranquille à tenter de digérer le décès de sa femme. Un jour cependant, alors que la fournaise bat son plein, un étranger frappe à la porte. Bien aimé ce texte irrévérencieux envers le Tout puissant. Nous n'avons qu'une vie, alors autant en profiter tant qu'elle est présente, l'après n'est jamais certain. Un texte mélancolique et doux-amer sur l’attente et ce qu’il reste après une vie.

Le temps du repos
Le dernier de son espèce. Futur, proche ou éloigné, le monde se meurt et va disparaitre, voici les dernières pensées du dernier homme. Si nous ne voulons pas que ce futur advienne, reste à se retrousser les manches bien hauts. A mettre en parallèle avec le texte Contrat.

Mina
Incident spatial, pilote échouée, chatte familière et IA. Une SF pimentée de magie, avec une chute qui rebat les cartes du réel. Un texte nostalgique, avec une bonne dose de légèreté. Voilà du Belge, dans toute sa splendeur.

Rétrocession
Un vieux loup de mer s'entretient, monologue plutôt, avec un jeune qui va faire son premier voyage. On passe de la mer à d'autres espaces. Un texte qui explore l'imaginaire du navigateur avec beaucoup de charme.

Épilogue
Une vieille bande d'amis fête la quatorzième fin du monde dans l'insouciance. Mais la vraie fin du monde est parfois en retard. Une note finale malicieuse qui boucle joliment le recueil.

Sloban, le mystère Cruvire

novembre 28, 2025

 

Pascal Casolari, Emmanuel Quentin, Emmanuel Régis, Les explocréateurs, 2025, 38 p, 24€ papier

 

Sur Cruvire, les ruines parlent, Sloban, lui, reste un mystère...

Pitch de l'éditeur : 

Suivez Sloban sur la planète gelée Cruvire.
Pour vivre au plus près l'intrigue, votre lecture est accompagné de visuels et il y a possiblité d'écouter les ambiances sonores de l'aventure et/ou d'écouter le texte lu par l'auteur. Vous pourrez profiter de la réalité augmentée sur certains visuels.

Mon ressenti : 

Le job de Sloban ? Observer un chantier archéologique. Observer, espionner, mettre la pression… on ne sait pas trop. En tout cas, cela suffit à l’équipe pour l’accueillir de manière glaciale : être une taupe, ce n’est jamais bon signe. Mais est-il vraiment une taupe ?

Dès le début de ce texte court et légèrement flippant, Sloban nous paraît étrange, presque décalé, laissant entendre que la raison de sa présence sur Cruvire n’a peut-être rien à voir avec cette supposée mission d’infiltration. La tension est palpable — renforcée encore par ce froid mordant et ce vent glacial que les illustrations rendent à merveille. Tout le livre baigne dans les nuances de bleu, parfait pour ce projet immersif… d’autant qu’il est possible de l’écouter avec une ambiance sonore (tu peux même audiolire la nouvelle).


Cruvire, c’est la nouvelle fouille archéologique du futur des Explocréateurs. J’avais déjà traîné mes bottes sur ce sol gelé avec Sonja. Avant ? Après ? Je ne vais pas spoiler. Mais si tu aimes avoir toutes les réponses une fois la dernière page tournée, passe ton chemin : chaque ruine n’apporte pas une certitude, mais une brique de compréhension… et une pelleté d’hypothèses. On se sent vraiment dans la peau d’un archéologue, tentant de reconstituer une époque avec trois cailloux et un fragment d’archive.

Physiquement, l’objet-livre est moins impressionnant que l’artbook Mutrae — qui, lui, est un vrai beau livre. Ici, le choix a été fait de proposer quelque chose de plus accessible. Petit plus : trois illustrations s’animent via une petite appli (un peu taquine, j’avoue : pas toujours simple d’obtenir l’animation du premier coup). Pour les gens comme moi qui ont du mal à visualiser certains décors, c’est un vrai plus.



Chaque ruine est aussi une exposition. Voici le récap vidéo lors du festival Les Oniriques en mars 2025 :





Et si tu veux en apprendre plus sur le projet, j’avais eu la chance d’échanger avec les trois Explocréateurs. Une autre interview ici


Histoires Bestiales : Saison 1

mars 03, 2025

 

Anthologie, A.L. Legrand, Southeast Jones, Jean-Pierre Favard, Automne, Marianne Fortier, Josianne Laplante, Rachel Hinterlang, Antoine Cornuel, Frédéric Livyns, Albane Richet, Pierre Brulhet, Luc Verline, Lou Benedict, Ben Morris, The Bookmark Publisher, 2024, 307 p., 7€ epub sans DRM

 

Pitch de l'éditeur :


"Histoires Bestiales" est une anthologie de nouvelles qui explore la relation profonde et mystérieuse entre les humains et les animaux, qu'ils soient réels, domestiques, fantastiques ou totalement imaginaires. Chaque récit est une porte ouverte vers un monde où les créatures de nos rêves et de nos cauchemars prennent vie, nous faisant rire, pleurer, frissonner et rêver. Plongez dans des histoires captivantes où vous rencontrerez des compagnons familiers transformés par la magie, des bêtes mythiques sorties des légendes et des créatures nées de l'imagination la plus débordante. Chaque nouvelle est une aventure unique, une exploration des profondeurs de l'âme humaine à travers les yeux de nos amis les bêtes. Que vous soyez amateur de fantastique, passionné de récits émouvants ou simplement curieux de découvrir des perspectives inédites, ce livre saura vous charmer et vous surprendre.

 

Mon ressenti :

 
Oui, tu es en droit de te demander du pourquoi je t'impose cette hideuse couverture d'un obscur éditeur. Tout ceci est la faute de Southeast Jones, un auteur dont j'apprécie la plume (je l'avais même interviewé ici) et qui m'a demandé si je voulais jeter un oeil à ce recueil dont il a participé. Bien entendu, les mails désactivant les images, c'est bien après avoir répondu par un oui que mes yeux ont saigné.
Seconde chose, c'est quoi comme éditeur
The Bookmark Publisher ? Après quelques recherches, j'ai dégoté cela sur leur page FB


Bref, cela explique la couverture moche, mais n'explique pas pourquoi un ours méchant !

Une micro maison d'édition publiant de l'autoédition, c'est assez étrange, de quoi te, me, faire peur. Mais ayant donné ma parole, j'ai donc ouvert ce recueil dont je n'attendais pas grand chose et qui a su, étrangement, me faire lire de bons textes (et de bien mauvais aussi, il faut bien l'avouer).
Allez, c’est parti pour la critique :
 

Mina - Southeast Jones
Un texte qui commence par un protagoniste qui sort des chiottes, voilà qui est plutôt rare. Et écrit par un Belge, surtout, ce qui explique probablement cela.
Nous suivons l’équipage d’un vaisseau, avec un chat géant et une IA. Après un incident, une seule survivante, accompagnée de ses acolytes non humains.
Ça a le goût de la SF à papa, c’est de la SF à papa, mais le texte se termine sur une note douce-amère : l’ère de la SF à papa est bel et bien révolue, et c’est parfois bien dommage. Un texte nostalgique, avec une bonne dose de légèreté. Voilà du Belge, dans toute sa splendeur.

Le soir, nous nous racontions des histoires - Jean-Pierre Favard
Un groupe de personnes se retrouve dans une maison, accueillis après une tempête. Le soir, ils se racontent des histoires fantastiques. Mais qui sait ce qui est vrai ?
L’auteur tisse un lien entre dérèglement climatique, disparition des espèces et nouvelles apparitions.
L’idée est intéressante, mais la réalisation m’a semblé bancale, tout comme la justification de leur enfermement. Les personnages manquent de consistance, et seul l’un d’eux semble vraiment exister. Dommage. Pas facile de raconter des histoires...

Poussière de vie - Lou Benedict
Une expérience de laboratoire autour des tardigrades et de la solution miracle à leur longévité.
Quelques éclats de génie, notamment dans la comparaison entre la saleté de la maison qu’on doit quitter et celle qu’on désire habiter. L’auteur compare notre terre et la lune. Une fable philosophique qui, pour moi, manque de réalisme. Dommage.

Le chant du hérisson - Automne
Un conte macabre sur un meurtre horrible et la vengeance qui s'ensuit, orchestrée par une ménagerie animale. Nous suivons l’histoire d’un cirque ambulant qui croise la route d’une bande de malfrats.
C’est beau, c’est triste, c’est malaisant, mais c’est aussi magnifiquement beau.
(et il y a un ours, sûrement celui de la couverture ! Il s'appelle Tragen et il est gentil, si si)

Le chasseur de rats - Albane F. Richet
Il vaut mieux connaître le conte Le Joueur de flûte de Hamelin pour apprécier pleinement ce texte. Ce n’était malheureusement pas mon cas, et bien que je comprenne à demi-mot le drame qui s’y joue, cela a empêché une immersion totale.
Un texte fantastique sur un flûtiste qui croit être surveillé par des rats. L’ambiance est là, mais elle manque un peu d’originalité et d’une chute plus surprenante.

Le maître sculpteur - Pierre Brulhet
Un jeune homme se fait poursuivre par trois loubards après avoir craché dans le verre de l’un d’eux. Une nouvelle fantastique, ancrée dans le monde moderne. Nous avons droit à la maison hantée, mais l’auteur contourne habilement les clichés. Plaisant, prenant, mais quelques petits détails empêchent une immersion totale dans l’histoire.

Le refuge - Marianne Fortier
Un homme cherche à se ressourcer dans une cabane en forêt. Sa tranquillité est brisée lorsqu’il découvre des animaux pendus autour de son havre de paix.
Un texte qui guide son lecteur à travers des explications qui mènent peu à peu à la révélation. On navigue à travers les mythes et les légendes. Un agréable moment de lecture.

Russ - Antoine Cornuel
Dans un coin paumé de Russie, un mineur tente de récupérer un peu de charbon dans une mine désaffectée.
Le froid, la vodka, une bête monstrueuse et un mythe. Une belle immersion, mais il manque une chute originale pour compléter cette atmosphère.

Yglia, la dompteuse de monstres - Luc Verline
Une petite fille s’enfonce dans la forêt pour comprendre les légendes que lui raconte sa grand-mère.
Je suis complètement passé à côté de ce texte, un peu trop fantaisiste à mon goût.

La chose - Rachel Hinterlang
Des petits cylindres apparaissent sur Terre.
J’aime quand l’inattendu fait irruption dans le quotidien et que l’humanité cherche à comprendre. On suit ici trois personnes en prise avec cet inconnu. Tout aurait pu être parfait, mais malheureusement, le texte aurait mérité une relecture approfondie. L’auteur, après toutes ces pages, opte pour une explication qui manque de rigueur scientifique. Dommage, car l’idée de départ était intéressante.

Immortel - Frédéric Livyns
Un youtubeur spécialisé dans la recherche de stars disparues (Michael Jackson est-il encore vivant ? Que sont devenus les stars de l’été ?) est contacté par l’un d’eux, le grand Maga Jax (les plus anciens apprécieront le clin d'œil).
Le titre de la nouvelle en dit long, mais ce n’est pas là que réside le charme de l’histoire. De nombreux clins d'œil à la pop-culture. Ce texte, sans effets de style tape-à-l’œil, réussit à faire passer un bien bon moment de lecture.

Belzébuth - Josianne Laplante
Le parrain chez les matous. Je peine à savoir quoi faire de ce texte cousu de fil blanc. C’est mignon par moments, violent à d’autres. Ceux qui n’aiment pas les mignonneries passeront leur chemin, et les amoureux des chats risquent d’être effrayés par la violence. À qui s’adresse ce texte ? Pas à moi.

Des rats et des hommes - Ben Morris
Au Japon, une horde de rats déchaîne toute sa sauvagerie. Des spécimens sont envoyés aux États-Unis pour analyse par un spécialiste.
L’idée est intéressante, mais malheureusement, le texte n’a pas l’ambition qui va avec. Ce n’est pas crédible et cela mériterait d’être bien plus approfondi. Bien pour un premier jet, mais insuffisant pour une publication.

Harmonie - A.L. Legrand
Une forêt magique, des créatures magiques ou non, et de l’harmonie.
Trop ennuyeux pour moi, c’est sous forme de conte, un peu théâtral. Je n’ai pas eu la patience de finir ma lecture.

 

Ruines, des nouvelles du futur

février 27, 2025



Je vous avais déjà parlé des Explocréateurs, à travers l'artbook Mutrae ou de la nouvelle Les disparus de Montagny. Pour vous rafraîchir la mémoire, c'est un projet hydre à trois têtes, avec du son, des images et du texte, soit Emmanuel Régis, Pascal Casolari et Emmanuel Quentin.
En explorant les vestiges de leur site (j'en ai vu des sites de merde, celui-là est pas mal dans le genre), j'ai pu y dénicher quelques fragments textuels inédits. Le concept des Explocréateurs est simple, mais efficace : nous faire voyager à travers des mondes disparus en nous mettant dans la peau d'un explorateur découvrant des vestiges à travers une peinture, un texte et une ambiance sonore. Chaque exposition est une nouvelle fouille archéologique du futur, où les pièces exhumées racontent un bout d'une histoire. Si vous cherchez du contenu tout digéré, passez votre chemin. Ici, on sonde les profondeurs, on assemble les indices, on devient un explorateur.



Avant l'impact

 

https://www.lesexplocreateurs.com/ProjetRuines/Ruine12/AvantLImpact/AvantLImpact.htm

Ce court texte, issu de l'univers de Mutrae, nous fait rencontrer un être à la perception temporelle non-linéaire, guidant des Majks vers leur destination. Une lecture qui demande plusieurs relectures pour en saisir les subtilités, mais qui promet des révélations futures au fil du projet Ruines. Un texte qui joue avec l'étrangeté pour mieux nous perdre dans ses méandres.
Le son et l'image complétant le texte permettent une meilleure immersion.



Les puits de Lygarios

https://www.lesexplocreateurs.com/ProjetRuines/LesOniriques2019/LesOniriques2019.htm

Texte disponible aussi en audiolecture, avec une ambiance sonore. C'est cette version que j'ai écoutée. J'ai beaucoup aimé ce texte, qui pose parfaitement l'univers qui semble fantastique dans ses deux tiers. L'auteur a su recréer l'ambiance mystérieuse et qui devient de plus en plus effrayante au fur et à mesure du récit. Bref, j'étais dans la peau de Sal’mon, vivant tous ses tourments. Très bonne chute, si je puis dire...
Le pitch : Sal'mon se réveille, amnésique et perdu, hanté par une mission inconnue. Alors que des bouts de mémoire lui reviennent, le sable où il est allongé est parcouru de secousses…
Je vous conseille de mettre l'ambiance sonore pour lire la carte mentale de Emmanuel Régis. Je ne suis pas fan de musique "électronique" et j'ai bien accroché sur ce coup. Cela permet d'entrer dans l'univers du créateur et voir les chemins qu'il a pris pour créer son ambiance sonore.


Sonja

https://www.lesexplocreateurs.com/ProjetRuines/FestivalDuFantastique2021/FestivalDuFantastique2021.htm

Une jeune apprentie archéologue est larguée dans une zone glacée afin d'étudier un monument unique sur cette planète. Bien entendu, les choses vont mal tourner...
Une histoire assez classique et même si le texte est court, le personnage de Sonja et l'endroit sont bien restitués. Conclusion : classique, seule la fin change un peu le braquet, mais je suis resté sur ma faim.

Contre vents et marées

https://www.lesexplocreateurs.com/ProjetRuines/SalonDeLaBdCharvieuChavagneux2022/SalonDeLaBdCharvieuChavagneux2022.htm
 
Vygoran, un jeune Forcide, tente de découvrir l'essence du Principe qui régit son peuple. Son histoire nous est conté par un narrateur qui s'adresse directement au lecteur et entrelace son récit avec celui de Sonja. Les dessous de l'affaire ? Pas vraiment, une  nouvelle pièce du puzzle Ruines qui pourrait se rapprocher du genre de la fantasy : un jeune découvre la vérité sur son monde et deviens le héros de son peuple (le terme de héros est ici à prendre avec des pincettes, nous ne savons pas réellement l'impact de la découverte de Vygoran). Une histoire pas forcément originale mais dont l'imbrication dans les Ruines offrent une toute autre ambition. Ou comment découvrir la vérité contre vents et marées.



Planète Yâmlâ : Les Üüs & Les Yâmmmâx

https://www.lesexplocreateurs.com/ProjetRuines/FestivalDuFantastique2022/FestivalDuFantastique2022.htm
 
Ici, c'est Emmanuel Regis qui prend la plume pour nous conter l'histoire des Üüs et des Yâmmmâx. Un texte en deux parties, où la première nous plonge dans l'étrangeté radicale des Üüs face à un événement dramatique. J'ai particulièrement apprécié cette confrontation à une altérité totale, dans un récit teinté de noirceur.
 
D'autres textes existent, mais ne sont accessibles qu'en contactant directement les Explocréateurs ou en visitant leurs expositions. La prochaine aura lieu lors du festival Les Oniriques à Meyzieu, où les ruines de Sloban Skatanine seront mises à jour, apportant de nouvelles pièces à la compréhension de cet univers.



La dernière machine

avril 11, 2024

Jean-Marc De Vos, Autoédition, 2022, 211 p., 5€ epub avec DRM


Parfois, on ne sait pas pourquoi, on a envie de lire un livre avec une couverture moche.
Dans ces cas là, ma destination de prédilection est toujours de me tourner vers mon tenancier préféré Jean-Marc De Vos qui adore faire saigner les yeux de ses lecteurs...

Pitch de l'éditeur : 

14 nouvelles de Science-Fiction, Anticipation, Fantastique, 14 pépites qui renouent avec une SF « plaisir », ambiance Pulp – Old School garantie.
Un recueil où l’auteur ratisse large : tous les lieux imaginables et inimaginables, toutes les époques, toutes les situations. Et puis, il y a toujours une machine.



Mon ressenti :

Dans son intro, l'auteur dit qu'il ne faut pas chercher le sous texte, juste apprécier les histoires. Voyons donc ce que cela donne :

Peur de rien !
Il enfonce le clou ici avec cette mise en bouche, écrite comme une boutade. Et ça marche ! Le pitch ? Un premier contact alien dont il faut trouver un volontaire pour vivre seul durant 20 ans.

Hadès
L'humanité est comme la peste, difficile de s'en débarrasser. On peut voir cela comme de la persévérance, ou de la connerie, ce que semble nous dire l'auteur qui nous conte un futur dans 300 millions d'années où les humains pensent avoir retrouvé le berceau de l'humanité, notre bon vieux caillou. Des humains retrouvent le berceau de l'humanité, la terre. Entre mythe des origines et théorie Gaïa, une nouvelle dont la chute permet à l'auteur de dire son amour de l'humanité. Léger et drôle, un plaisir évident que de lire ce texte.

Ceux d'en bas
Voilà un texte qui rappelle la SF avant qu'elle ne s'appelait ainsi. On suit un maître et son élève dans une ambiance étrange et des sismologues.
Comme jadis, pas de réel intrigue, juste des tranches de vie qui vont se rencontrer. Manque d'originalité ici, j'ai eu l'impression d'avoir déjà lu ce genre de trucs. L'auteur dit avoir rédigé ce texte avant d'avoir lu la nouvelle de Clarke, les feux intérieurs, que je n'ai pas lu...

Bubble City

Des êtres sont découverts dans la haute atmosphère de Jupiter, mais gardent jalousement leur secrets. Un ingénieur va tenter de comprendre leurs mécanismes.
Un texte old school (l'aventure, plus que la véracité scientifique), peut être un peu trop rapide, mais dont le final laisse l'infini des possibles se réaliser.

Hiver sur Martingale
Une planète avec plein de ressources à disposition, le paradis pour une entreprise minière. Mais l'exploitation va mal tourner, la flore ayant une croissance infernale. Toujours dans la même veine, le twist final est splendide

La mère de toutes les peurs
Tel est pris qui croyait prendre
Un scientifique est banni de sa communauté suite à une expérience ratée : bilan des dizaines de morts. Il tente sa dernière chance pour se faire réintégrer dans le sérail auprès d'un collègue. Sur fond d'IA et de peur primordiale, une nouvelle rafraîchissante.

La dernière machine de Reich
Inspiré d'un personnage réel, Wilhelm Reich, un des assistants de Freud qui travaillait sur l'orgasme et mourut en prison...
On suit une équipe de scientifiques spécialisés dans la radioactivité qui doit intervenir suite à la découverte d'un objet étrange radioactif dans le trou du cul du monde.
Une nouvelle malaisante du fait de la réalité et de la réécriture de l'auteur sur un pan de l'histoire. Glaçant.

Exhibition
Une histoire inspirée d'un article de presse où Google avait arrêté d'appliquer des filtres par défaut lors de la prise de selfie à cause de troubles sur la santé mentale. Ce que ne font pas fait ses concurrents.
Marrant, car j'ai remarqué que mon smartphone mettait un filtre lors de la prise de selfie, ce que je trouve dérangeant...
Que se passerait il si tout le monde était retouché ? L'auteur nous invite 100 ans dans le futur où le filtre est la norme, le réel la déviance. Dommage que le final soit banal car le monde décrit est très intéressant et questionnant sur notre besoin de modifier nos apparences. Cela reste un très bon texte.

Haptophobique Transgression
Une sorte de blague potache et grivoise autour d'une phobie. Sans intérêt

George, Notre Sauveur
Une nouvelle pour un concours dont l'une des conditions était de commencer le texte par "lorsque Georges rentra chez lui, ce jour là comme tous les jours, rien ne le préparait à ce qu'il vit en franchissant la porte du salon."
Et l'auteur de nous dire que ce fameux salon n'était plus là, remplacé par le néant. Encore du style old school, à base de voyage dans le temps. Distrayant.

Droit dans le mur
Ici, un homme entend des voix dans son mur. Il semblerait que ce soit des aliens. Une pochade dont la morale pourrait être de ne pas prendre ses vessies pour des lanternes.

La dernière séance
Un informaticien a une idée de génie : et si on inventait une IA capable de produire des films et des séries.
Ecrit avant la vague actuelle de l'IA générative, De Vos nous conte une histoire pleine de Pulp avec une fin des plus réjouissantes que je n'avais pas vu venir.

Bibliotheca Apostolica Vaticana
Un cul bénit scientifique est convoqué chez la plus haute instance, le pape, pour une mission capitale.
Relecture des évangiles à la mode De Vos, qui allie science et religion, pour nous emmener dans un grand bang.

Les Murides
En 2019 paraissait L.ambassadeur, le premier roman de l'auteur. Et sans cette nouvelle, son histoire serait sûrement différente. Comme son récit uchronique qui nous conte un peuple alien dont la planète va disparaitre et tente de trouver un moyen de survivre.
Seul bémol à ce texte, c'est qu'il dévoile le twist du roman. Et que je suis plutôt d'avis que vous remettiez la lecture de cette nouvelle à plus tard désormais que vous êtes arrivés à ma dernière critique de ce recueil. Vous savez donc que l'auteur est un bon conteur, dépensez donc quelques euros pour son premier roman (c'est de l'auto édition, ça coûte moins cher qu'un café sur l'autoroute), appréciez et acheter d'autres livres de l'auteur et enfin, lisez les Murides !

Au final, l'auteur ne nous trompe pas sur la marchandise, une lecture plaisante qui passe le temps. Seul mensonge, j'ai trouvé quelquefois du sous-texte, mais c'est la cerise sur le gâteau. En outre, j'ai bien apprécié que l'auteur ajoute un peu de paratexte avant chaque nouvelle.
Ma plus grosse déception est de ne pas avoir pu me payer un autoédité avec une critique assassine, mais ma probité intellectuelle m'oblige à avouer passer de très bon moment à lire ce Jean Marc De Vos (et sa créativité à pondre des couvertures moches pousse même au respect !)

Ellipses

février 06, 2024

 

Audrey Pleynet, recueil auto-édité, 2019, 157 p., 1.50€ epub avec DRM

 

Audrey Pleynet s'est fait connaître il y a quelques années par une nouvelle Citoyen+ et ce recueil en autoédition. Aujourd'hui Le Bélial lui fait confiance en publiant sa novella Rossignol (Prix Utopiales 2023) et son nom circule de plus en plus dans des anthologies. J'avais aussi lu son premier roman Noosphère, que je n'avais pas aimé. Ce recueil avait malgré tout bonne presse, pour une somme plus que modique, quoi de mieux que de s'y plonger avant d'aller observer un rossignol.


Les reines de Cyanira
La reine est morte, vive la reine. Mais cette dernière n'a pas le don de ses aïeuls, ce qui pourrait coûter la vie à son peuple.
Deux manières de commencer un recueil, soit mettre la plus nulle en premier, pour doucement, mais sûrement happer le lecteur dans une progression hyperbolique. Soit commencer par la meilleure histoire et frapper le lecteur par tant de talent. Ayant été très mitigé sur ces reines, j'espère que c'est la première hypothèse qui est la bonne... Même si l'autrice arrive à créer des personnages crédibles, l'intrigue est bien trop convenue et le twist éculé (alors que je suis très bon public ou pour le dire autrement assez con).


Tu t'en souviendra ?
Dans un monde en déliquescence, une tueuse à gages poursuivie par un gang tombe sur une fillette, démunie.
C'est important les leçons de choses, même si apprendre à connaître le fonctionnement du monde est différent d'apprendre à y survivre. Et lorsque l'élève dépasse le maître que se passe-t-il ? Peu de pages, mais l'univers est bien présent, la tranche de vie réaliste. Reste cependant un manque d'émotions pour tout à fait m'emporter.


Les questions que l'on pose
En d'autres temps pas si lointains, les choses étaient assez simples : une dénonciation, la fréquentation d'un lieu de culte, un nom suffisait pour te signaler. Et l'on pouvait s'en arranger, falsifier, les portes de sortie existaient. Mais aujourd'hui dans la même situation, que se passerait-il ?
C'est la question que pose Audrey. Le texte nous met dans la peau d'une IA qui analyse des données. Au début, rien de franchement tendancieux, ce que tu aimes, ce que tu aimerais et ce que tu pourrais aimer. Du marketing 2.0. mais face à l'afflux de bases de données et leur interconnexion, les possibilités de poser des questions et d'avoir des réponses peuvent servir de multiples façons.
Brillant, un texte qui fait froid dans le dos. Brrr


Dolores
Une idée brillante est elle toujours une bonne idée ?
Le bien être des patients, une cause noble. Et l'idée de diminuer leur souffrance en la partageant. Une idée altruiste qui va vite démontrer ses faiblesses et servir les intérêts autres que ceux des malades.
Un très bon texte qui prend de l'ampleur au fil des pages. Peut être juste une seconde partie trop démonstrative, et un peu rapide qui jure avec la sensibilité des premières pages et un final moins réaliste. Mais Audrey parvient à explorer de nombreuses thématiques et conséquences de son idée, c'est déjà pas si mal.


Icône
Arsène est laid et capture la beauté de ce qui l'entoure. Il est photographe. Mais qu'est-ce que la beauté ?
Une fable sur la chirurgie esthétique et la question du beau. La chute est délicieuse.


Alchimistes du rêve
Lorsque le rêve enchante le présent.
Dans un monde, il est possible de façonner son environnement via le couple veilleur alchimiste. L'un rêve, l'autre guide. Un duo excelle, mais ce n'est pas au goût de tous. Tandis que le rêve enchante le présent, l'amour déplace les montagnes. Trop gnangnan comme concept pour moi, j'ai l'impression que l'autrice reste en surface sans aucune thématique spécifique.


Tu étais pourtant si fier de moi
Un manque d'originalité pour moi, dans cet univers post apo ou un "père" s'occupe de sa fille. Sur la thématique du monstre, j'ai déjà lu mieux, cela manque d'épaisseur et d'un twist moins convenu.


Citoyen +
Tous pareils !
C'est par cette nouvelle que j'ai fait la connaissance d'Audrey Pleynet. Qui démontre qu'un texte court peut contenir un univers entier. L'intrusion technologique dans la vie privée, c'est un sujet rebattu, mais l'autrice parvient à le prendre de travers et nous offrir un magnifique twist. Un bijou d'orfèvrerie littéraire.

 

Conclusion, Audrey Pleynet est talentueuse : elle excelle aussi bien dans le très très mauvais et le très très bon ! Certains auteurs nous agacent en n'écrivant que des pépites (qui a parlé de Robert Charles Wilson ?), Audrey nous démontre qu'elle est humaine, et cela fait énormément de bien à mon ego !!!

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