Affichage des articles dont le libellé est 2025. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2025. Afficher tous les articles

Les garçons de la rue Panisperna

juin 03, 2026

 

Jean-François Chanson, Lorenzo Chiavini, Dunod, 2025, 152 p., 25€ papier


Des coulisses de la science à la folie du monde

Pitch de l'éditeur :

Dans les années 1930, les « garçons de la rue Panisperna », un groupe de jeunes physiciens dirigé par un certain Enrico Fermi à Rome, révolutionna la physique nucléaire. Il y avait Emilio Segrè, Edoardo Amaldi, Ettore Majorana ou encore Franco Rasetti. Ensemble, ils découvrirent de nouveaux noyaux artificiels et les propriétés des neutrons lents, ouvrant la voie à la fission nucléaire. Confronté à la montée du fascisme et de ses lois raciales en Italie, le groupe se dispersa. Après un Nobel pas forcément mérité, Fermi émigra aux États-Unis, jouant un rôle clé dans le projet Manhattan.
Leur héritage scientifique marque aujourd’hui encore profondément la physique moderne. De l’Italie fasciste jusqu’aux laboratoires de Los Alamos aux États-Unis, en passant par l’Allemagne, la Suède,  le Royaume-Uni, l’URSS, le Japon et la France, voici l’étonnante histoire de physiciens entraînés dans la tourmente de l’Histoire !


Mon ressenti :

En tant que lecteur de science-fiction, le nom de Fermi m'évoque immédiatement le fameux paradoxe : « Si des civilisations extraterrestres existaient, leurs représentants devraient déjà être chez nous. Où sont-ils donc ? »
Pas d'aliens ici, pourtant. Cette bande dessinée s'intéresse à la facette principale de l'homme, le physicien. L'histoire nous plonge au cœur d'une université romaine, située rue Panisperna. Mené par un Enrico Fermi, ce petit groupe passionné par la physique quantique va rapidement acquérir une aura internationale, alors même que l'Europe sombre dans les tensions géopolitiques et la montée des extrémismes.

Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que l'ouvrage n'édulcore pas la réalité. Il met en lumière les zones d'ombre de ces génies : leurs éventuelles accointances (parfois opportunistes) avec le fascisme, les guerres d'égos qui prennent le pas sur l'éthique, des vies entièrement sacrifiées sur l'autel de la recherche et de l'expérimentation, souvent au détriment de leurs propres familles.

Si le sujet est fascinant, la lecture n'en demeure pas moins exigeante. C'est un album dense, qui nécessite de bien connaître les grandes lignes de cette période sombre, car le récit préfère explorer les recoins méconnus de la Grande Histoire plutôt que de survoler les évidences.
L'auteur fait le choix d'une narration fragmentée. Le scénario abuse malheureusement des flashbacks, ce qui complexifie inutilement le suivi de la chronologie. De plus, la vulgarisation scientifique demande un certain bagage : les concepts physiques ne sont pas toujours évidents à appréhender pour le néophyte.

Les Garçons de la rue Panisperna est une œuvre pointue. Elle demande, à mon sens, quelques connaissances préalables (tant historiques que scientifiques) pour en apprécier pleinement tout le potentiel et ne pas se perdre en chemin. À réserver aux amateurs d'histoire des sciences et de récits d'époque documentés.

Le Mensonge suffit

avril 14, 2026

 

Christopher Bouix, Au diable Vauvert, 2025, 168 p.,  8€ epub sans DRM

 

Bienvenue dans le divertissement du futur : Justice, paillettes et mise à mort !

Le pitch de l'éditeur : 

Un homme, Ethan Chanseuil.
Un androïde, Milo-128.
Cent-vingt minutes d’interrogatoire.
À l’issue, le vote du public.
Sur une question simple : qui dit la vérité ?


Mon ressenti :

Un homme est amené, cagoulé et ligoté sur une chaise. Le silence se fait. Le générique lance ses premières notes. Bienvenue dans l'entertainment du futur.

Vous aimez les émissions sur les crimes ? Vous êtes accros aux procès filmés et aux faits divers scabreux qui font les choux gras des chaînes télé et youtube ? Vous allez succomber à ce nouveau divertissement. Ici, on vous offre le supplice d'un accusé de meurtre, en mondovision.
Mais attention, pas d'inquiétude : ce n'est pas "que" de la télé. C'est la justice en direct. Le point d'orgue ? Le vote des spectateurs en fin d'émission pour décider de la sentence. On nous l'avait promis, le voici enfin : le vrai jury populaire, télécommande en main.

 


On retrouve ici l'humour noir et caustique si particulier de l'auteur. Il nous dessine un futur qui place immédiatement le lecteur dans une situation de malaise. Le récit se dévore comme une pièce de théâtre parfaitement rythmée : la mise en scène est splendide et les coups de théâtre rebattent régulièrement les cartes. Derrière le rire jaune se dessine une société terrifiante où l'individu n'est plus qu'un chiffre sur la balance du bénéfice/risque. Dans ce monde, les droits n'existent plus ; seule la "dictature bienveillante" du divertissement fait foi.
 
Le génie du texte réside aussi dans ses détails. L'immersion est totale, nous avons même droit à de fausses publicités entre les actes, renforçant le réalisme de cette farce macabre.
J'ai particulièrement adoré les "sondages express" des téléspectateurs, sommets d'absurdité grinçante. Un exemple ? Lorsque l'émission diffuse une photo du salon de l'accusé, un sondage tombe : 71% des votants trouvent son intérieur de mauvais goût. C’est avec ce genre de détails que l'auteur nous montre comment la moralité s'efface devant le jugement esthétique et superficiel. Juste un bémol, le final qui n'est pas à la hauteur du reste.

C’est noir, c’est grinçant, c’est profondément absurde. Une lecture qui secoue et qui interroge : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour être divertis ?
Pour moi, aucun doute : je suis déjà dans les starting-blocks pour dévorer son prochain opus qui sortira le 24 avril. Un titre qui annonce déjà la couleur : Tuez-les tous.


 
Encore un doute avant de vous précipiter de l'acheter ?  "Satirique, drôle, intelligent" selon le Maki
 
 

Dans ma maison sous terre

mars 17, 2026


Nicolas Martin, Esquif édition, 2025, 56p., 5€ epub sans DRM



Dans ma maison sous terre
O ma wé ! O ma wé !
O téo téo ouistiti !
O téo téo ouistiti !
One two three !


Pitch de l'éditeur : 

Un jeune homme vient recueillir les derniers mots de Jonas, son grand-père, ancien mineur. Il vit en ermite dans une bicoque à flanc de colline, près des galeries condamnées. Il est à bout de forces, et son corps présente des anomalies physiques étranges.
Au fil de son récit, Jonas dévoile la vérité secrète qui les lie à la mine. Car la présence du garçon semble avoir réveillé quelque chose jusqu’ici endormi. Quelque chose de terrible. 

 

Mon ressenti :

Même si j'ai mis en exergue cette célèbre comptine entraînante et joyeuse, pas de cela ici. Le texte de Nicolas Martin est une immersion horrifique dans les entrailles de la Terre.

L'histoire nous entraîne dans les coulisses de la fermeture des mines et ses conséquences sur la vie des ouvriers. On lit en fait le journal de Joseph, un jeune chercheur venu sur les traces de son passé familial et syndical. Il va y découvrir l’inimaginable.

J'ai beaucoup aimé le côté social qui transpire tout au long de cette nouvelle. La réalité des mineurs ma semble bien décrite. La silicose, rebaptisée ici "le souffle noir", prend une toute autre ampleur : ce n'est plus seulement une maladie , c'est une possession cosmique !
Mention spéciale aussi aux grondements sourds qui parcourent le récit. Ces "vibrations de l’espace-temps", une allusion aux ondes gravitationnelles, donnent une version horrifique à leur existence. Désormais, lorsque j’entendrai parler de détection d’ondes, je tremblerai face à l’imminence de l’inéluctable.

Par contre, alors que je trouve que d’habitude Nicolas Martin sait créer une atmosphère et des personnages auxquels on s’attache, je n’ai pas retrouvé cela ici et cette émotion m'a manqué. Les personnages sont inexistants, comme déjà sédimentés. Au final, l’horreur qui arrive ne m’a pas vraiment ému au-delà de la curiosité. C'est dommage car le texte est construit parfaitement (voir l'analyse de Weirdaholic)

Second bémol qui n'est pas de la faute de l'auteur : l'édition électronique est un peu bancale. Le texte est composé de documents divers (rapports médicaux, transcriptions orales, journal de Joseph) et leur retranscription n’est pas toujours claire dans la mise en page numérique, obligeant parfois à revenir en arrière pour comprendre qui parle.

Interview par la librairie Mollat

Dans cette vidéo, Nicolas Martin évoque un hommage inconscient pour le titre au roman de Chloé Delaume. Mais je ne suis pas dupe : l'explication la plus rationnelle reste bien la comptine. Une fois en tête, cette ritournelle devient une petite pierre sous la langue que l'on ne peut plus cracher ! 😂

Première déception donc avec l'auteur. Pas grave, je crois que je vais bientôt me régaler :

Source : Bluesky



Rumba Mariachi

mars 09, 2026

Fabrice Caro, Esquif édition, 2025, 32p., 3€ epub sans DRM


Il voulait mourir tranquille. Il va vivre la pire journée de sa vie.

Pitch de l'éditeur :

« Quand le téléphone a sonné, j’étais en train de me pendre. »

Interrompu en plein suicide, notre narrateur descend de son tabouret et décroche, sans se douter qu’il va vivre la journée la plus folle et bizarre de son existence.


Mon ressenti :


Rater son suicide semble être un véritable art que possède le narrateur. Interrompu dans l’installation de sa corde par un coup de téléphone, un simple presse-agrumes va transformer sa journée, prévue courte, en une longue péripétie.

Quiproquos, dialogues absurdes, rencontres improbables et petites catastrophes du quotidien s’accumulent jusqu’à l’épuisement pour le narrateur pour mon plus grand bonheur.

L’enchaînement de situations improbables, de personnages atypiques et d’absurdités du quotidien m’a fait tourner les pages avec frénésie.

Court et con, le genre de livre parfait pour commencer une triste journée de labeur.

Demain, les origines

février 23, 2026

Christian Chavassieux, Mnémos, 2025, 568 p., 10€ sans DRM

 

Mon Dieu, se disaient les gens, croyants ou pas,
mon Dieu que cette apocalypse était lente !

 
Gros coup de cœur pour ce futur noir, humain et terriblement crédible.

Pitch de l'éditeur : 

Dans une Europe au bord de l’abîme, les populations, soumises aux diktats de petites milices armées, vivent dans la peur de gouvernements autoritaires.
Loin de la ville, la communauté où vit Grace pensait échapper à ces violences quotidiennes. Mais il suffira d’un vieux philosophe et d’une faute impardonnable pour que toutes et tous subissent d’inimaginables épreuves.
Et alors que le grand incendie s’abat sur le continent, Grace, Malik, Robur, Syrrha et tant d’autres au milieu des ténèbres et des déshérités d’une société en délitement vont devenir les points de départ d’une histoire, d’une légende, d’un mythe qui les dépassera…

 

Mon ressenti : 

Demain, les origines, c’est une sorte de gros fix-up en six livres couvrant la période 2042-2094, où l’on découvre que demain ne sera pas rose, mais franchement brun.

La fresque s’ouvre sur le Livre de Malik, véritable chronique du fascisme ordinaire. Dans une campagne faussement idyllique, au sein d’une ferme autosuffisante, un jeune insouciant et un vieux philosophe militant se découvrent une amitié solide… avant de buter contre l’absurdité et la bêtise d’un banal barrage policier. C’est là que le grain de sable enraye la machine : Malik, par sa passivité, réalise que son indifférence au politique l’a peut-être rendu complice de la situation.

Faire confiance à l’intelligence du peuple est aussi naïf que de faire confiance à celle des élus. Chez l’un comme chez les autres, il y a trop peu d’esprits soucieux du bien commun. La grande majorité œuvre pour son plaisir immédiat ou sa survie, c’est selon, sans se soucier du long terme. L’effondrement vient de cette irresponsabilité. Cette irresponsabilité a été accouchée par la démocratie. 
 

Le roman est âpre et noir, d’une violence froide qui ne nous épargne rien, surtout dans les deux premiers livres, sans doute les plus ardus. Le Livre de Grace nous entraîne encore plus bas que celui de Malik : dérèglement climatique, tempêtes de plastique, bidonvilles — une humanité qui n’en finit pas de toucher le fond. Une fois ce cap passé, le texte devient un peu moins dur, même si le monde, lui, continue de s’aggraver. Des respirations apparaissent aussi grâce aux interventions d’un narrateur gouailleur et narquois, presque mauvais esprit, ce qui n’est pas pour me déplaire.

La force du roman tient, pour moi, à deux éléments. D’abord l’écriture, et les styles variés donnés à chacun des livres qui composent l’ensemble. Ensuite, la manière dont ces cinquante années de futur nous sont montrées à travers des destins liés au drame initial. La catastrophe reste à hauteur humaine : intime, incarnée, et du coup d’autant plus crédible.

Quand pose-t-on le point final d’une histoire ? Il me semble que je dois parler de mon frère, de Grace, de ce qu’il advint de Prima, mon récit doit intégrer le leur. Ma vie s’est poursuivie. J’ai traversé tant de crépuscules, vu tant de matins, tant d’innocents tombés pour rien, de salauds récompensés. Et il y aura d’autres matins. Les vivants baladeront leur inconséquence ; les morts inconsolables auront peur de l’oubli. Des innocents tomberont. Il y aura toujours d’autres matins. C’est impardonnable. Rien ne devrait survivre à la mort des innocents. Quelqu’un avait écrit : « Il nous faut apprendre l’indifférence de l’univers, son indifférence à la persistance des chagrins, à la permanence des fautes, à la comptabilité défaillante des actes humains. L’apprendre, c’est-à-dire l’éprouver dans sa chair par la blessure fondatrice de l’injustice. »

Sur le fond, c’est le trio Religion–Pouvoir–Science qui mène la danse vers le pire. On y croise un scientifique à l’éthique inexistante, une sainte loin d'être sainte et un petit dictateur rêvant d’un "monde pur" (non pas l’air, mais la race). L’auteur pousse à se demander ce qui fait de nous des monstres ou des prophètes, et s’il nous reste encore une part d’humanité dans cette survie permanente.

Deux bémols toutefois. Le symbiote, d’abord, qui casse un peu le réalisme construit jusque-là. Et surtout le dernier texte, le Livre de Syrrha, sorte de spin-off où l’auteur nous entraîne dans un château peuplé de personnages étranges attendant la fin. L’idée ajoute un niveau de lecture intéressant, mais laisse aussi l’impression d’un élément tombé un peu comme un cheveu dans la soupe.

Allez-y, je vous en prie, ça ne fait rien, dit-elle. Donc, nos amis sont des littérateurs. Les littérateurs sont dangereux. Ils ont l’habitude que le monde se plie à leurs caprices. Quand ils ont le pouvoir, ils ne supportent pas que la réalité se rebiffe. Ils la tordent au besoin, ils finissent par devenir autoritaires. L’autoritarisme est l’inclination naturelle des auteurs.


Le titre Demain, les origines peut se lire de deux façons : rappel que nous sommes à l’origine de l’apocalypse à venir ; ou questionnement sur ce qui nous a menés à cette catastrophe d’un futur proche dont on avait un aperçu dans Mausolées. (Pour les habitués de l'auteur, Demain, les origines est une pièce importante reliant les livres, du Baiser de la nourrice aux Nefs de Pangée.)
 

Un gros pavé dont la noirceur ne doit pas faire peur. Car malgré tout, des lueurs d’espoir persistent. Et tant que nous lisons, c’est que nous sommes encore vivants !
Un de ces romans qu’on referme un peu sonné, avec l’impression d’avoir vécu le futur. Un futur qui se traverse à hauteur humaine, profondément incarné. Sombre, brutal parfois, mais intensément humain — et impossible à lâcher : un pavé dont on ressort étrangement vivant. Une SF noire, intime et crédible. Et un vrai coup de cœur.

Encore un doute avant de plonger dans ce demain ? Ecoute le podcast de C'est plus que de la SF en compagnie de Christian Chavassieux.

"Plus qu'un roman !
Quand l'éditeur Davy Athuil nous avait teasé ce roman en mai dernier, notre curiosité avait été plus que piquée. Un auteur qui propose une histoire d’un futur à la française, et qui démarre avec un gros pavé de 600 pages, ne pouvait que nous réjouir.
L'univers et surtout la plume de Christian Chavassieux avaient déjà été remarqués avec Les Nefs de Pangée. Avec Demain, les Origines, il nous séduit par ses ambitions littéraires autant que par la qualité de l'écriture.
Divisée en plusieurs actes, cette tragédie effraye aussi par sa vision pessimiste et radicale de l'avenir. Demain, les Origines est à nos yeux le meilleur roman imaginaire français 2025. Et nous prendrons plaisir à le défendre !"



Si vous voulez plus d'infos sur l'histoire un peu particulière de ce livre


La dissonance

février 16, 2026

Shaun Hamill, Albin Michel Imaginaire, 2025, 640p., 13€ epub sans DRM


L'amour. Que dis je, l'AMOUR est capable de soulever des montagnes. Et une bonne pipe est capable de donner une âme !


Pitch de l'éditeur :

Quand ils étaient adolescents, dans la petite ville de Clegg, au Texas, Athena, Erin et Peter ont appris à maîtriser la Dissonance, une magie qui exploite les émotions négatives – isolement, colère, mal-être, jalousie… Hal, leur ami, s’est quant à lui découvert capable de se projeter dans un lieu a priori inaccessible : le Temple de la Douleur. Puis un drame les a séparés et les trois survivants se sont dispersés à travers le pays. Sans doute pour oublier, passer à autre chose. Vingt ans plus tard, prisonniers de vies banales, les voilà invités à retourner à Clegg pour clore le chapitre le plus douloureux de leur existence. La Dissonance leur permettra-t-elle d’éviter une nouvelle tragédie ou, au contraire, accélérera-t-elle l’inévitable ?


Mon ressenti :

Quatre ados malmenés par la vie se découvrent un pouvoir qui va les marquer à jamais et leur inculquer cette fameuse maxime : de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Et une bonne pipe implique d'avoir une bouche (et un peu de magie au bout de la langue).

Le titre La Dissonance résume parfaitement mon ressenti : c’est discordant. Autant l’histoire se lit d’une traite, autant elle est remplir de maladresses. J’ai suivi les mésaventures de ce quatuor avec plaisir ; le découpage entre leur adolescence et leur vie d'adultes ratés vingt ans plus tard fonctionne très bien et donne envie de tourner les pages pour comprendre ce qui a foiré.

Malheureusement, cela ne compense pas un système de magie peu crédible, « ta gueule, c’est magique ». Les vies amoureuses et leurs revirements émotionnels m’ont clairement saoulé. Ces romances adolescentes font dérailler le récit principal sans rien apporter, voire l’alourdissent.

Certaines thématiques, comme le racisme ou l’obésité, sont abordées sur quelques pages puis oubliées pendant des centaines de pages, pour ne réapparaître que par intermittence, ce qui donne un rendu plutôt bancal. Sans oublier quelques retournements de situation étonnants et des deus ex machina.

Mon avis se focalise grandement sur ces défauts, alors qu’ils ne représentent que peu de place dans le roman, mais cela révèle ma frustration alors que ce roman se lit facilement, qu'il est plaisant, mais qu’il aurait pu être beaucoup plus.

Ce que je sais désormais, c’est qu’en cas de danger apocalyptique, conter fleurette, rouler une pelle ou faire une pipe semble être une nécessité absolue pour sauver sa peau, voire le monde.

Hautes tensions : 9 scénarios pour penser nos futurs énergétiques

février 04, 2026

Romain Lucazeau, Marguerite Imbert, Olivier Paquet, Amaury Bündgen, Lloyd Chéry, édition Tallandier, 2025, 144 p., 21€ papier


À lire à 19 degrés : prospective sous contrainte énergétique

Pitch de l'éditeur : 

En nous propulsant en 2040 et jusqu’en 2150, le recueil Hautes Tensions propose neuf scénarios se déroulant dans le « monde d’après » la transition énergétique et environnementale. Ces histoires (huit nouvelles et une bande dessinée) sont le fruit d’un travail inédit entre des auteurs de science-fiction, des dessinateurs et des experts de la prospective et de l’innovation d’EDF. Tantôt dystopiques, tantôt contemplatives ou satiriques, elles offrent une nouvelle manière d’aborder les enjeux énergétiques et géopolitiques. Que se passerait-il si chaque citoyen produisait sa propre énergie ? À quoi ressemblerait une société sans énergie fossile ? Et si le climatoscepticisme devenait la norme ? À quoi ressembleront nos ruines du monde des énergies fossiles, quand nos sociétés utiliseront pleinement le potentiel de l’électricité ? Et si les géants de la tech devenaient fournisseurs d’énergie gratuite ? Autant de questions – parfois radicales, toujours plausibles –, auxquelles ces scénarios nous invitent à réfléchir.

Mon ressenti :

Grand habitué des textes de science-fiction, je le suis nettement moins en ce qui concerne les livres de prospective commandés par de grands groupes. J’étais pourtant intrigué par ces commandes institutionnelles. Il y a quelque temps, je voulais lire le résultat de la Red Team : l’armée avait demandé à des auteurs de SF d’imaginer des scénarios futurs. Mais le prix du bouquin, financé par l’armée — elle-même financée par mes impôts — m’avait fait jouer l’objection de conscience. Ici, c'est financé avec le paiement de mes factures EDF, et en plus c'est un service de presse. Et ce recueil, Hautes tensions, a tout de même un petit goût de Red Team, avec des auteurs y ayant participé.

Avouons-le : j’ai plus tendance à lire de la SF des petites gens, de la contestation, de la pensée critique. Ici, on est plutôt à l’opposé : cols blancs et grosses entreprises. Je ne vous le cache pas, ça fait bizarre à la lecture. J’avais parfois l’impression d’être en terre étrangère, à découvrir des us et coutumes aliens, étranges, incompréhensibles.
Et puis, une fois cette étrangeté acceptée, on parcourt avec plaisir ces différents textes. On découvre une pensée radicalement différente, celle des gens de droite, et cela permet de confronter les points de vue. Même mon côté mauvaise langue fut parfois pris de court, avec des textes plutôt à gauche. Ce n’est pas encore aujourd’hui que je prendrai ma carte au MEDEF, mais découvrir des opinions différentes s’est révélé intéressant et instructif.

Le livre s’ouvre sur une courte BD, Nihil novo, montrant le discours corporate d’un grand entrepreneur américain. Son business plan ? Rien de bien nouveau. Mais difficile de le reprocher à la BD au vu du titre. Certains réussiront toujours dans la vie : sans éthique, la vie est plus facile.

Premier bon point : une illustration couleur ouvre chaque texte. Je les ai trouvées plutôt bien réalisées et en rapport avec les nouvelles.

La remédiatrice
Futur proche. La France a su, grâce à l’énergie nucléaire, passer la crise de la fin des hydrocarbures. Dans un monde désormais plus vert, de vastes zones urbanisées doivent être démantelées et rendues à leur état primordial. J’ai un peu de mal à croire à cette utopie où l’homme rendrait vraiment la nature à la nature. Quoi qu’il en soit, c’est optimiste et ça donne envie de lire jusqu’au bout.

Le dernier oil angel
À la campagne. Alors que le monde entier s’est converti à l’électrique, un vieux briscard continue de polluer l’air avec son deux-roues. C’est drôle et cocasse, ça retourne un peu les rôles : les écolos sont la norme, les hydrocarbures les marginaux. Seul bémol : ça sonne un peu comme « la modernité a toujours raison ».

Le péril blanc
Un train peut en cacher un autre.
Rassurez-vous, les Blancs ne vont pas envahir notre chère patrie. Le péril blanc, c’est l’extraction de l’hydrogène dit blanc dans les collines du Luberon. Sur le site d’extraction, une alarme retentit. Catastrophe industrielle, réseaux sociaux et piratage informatique : les bureaux de gestion d’EDF sont sur le pied de guerre. Nous sommes ici dans le silence feutré des pôles de décision.

Hello Juno
Un géant de l’électricité doit annoncer la hausse de ses tarifs à la télévision. Mais sa maison connectée va lui jouer des tours. Une nouvelle absurde et pleine d’humour.

Les vieux pots
Futur proche. Le réarmement démographique n’a pas eu lieu et les compétences, connaissances et expériences des spécialistes risquent de se perdre. Un nouveau programme est lancé : les retraités forment des IA. Un sujet intéressant, dont le traitement m’a étonné. Le résultat est une pochade branlante d’espionnage. Bof.

Tarjak sur Mirador
Dans un coin reculé, une prison voit arriver un militant extrémiste condamné à une lourde peine. Je disais en introduction que cela faisait étrange de lire un livre de droite : voici l’exception. Une sorte d’apocalypse utopique. Plaisant à lire et crédible, malgré le côté conte.

L’étrange rêve d’Abou 
Un village perdu et un bistrot où presque personne ne vient, subventionné par le conseil régional. Perplexe au début sur l’idée de ce texte — le réseau électrique comme lien entre les habitants — j’ai finalement apprécié cette nouvelle qui mêle autosuffisance, classes sociales, réfugiés climatiques et service public. Dans une veine utopiste qui montre que, même lorsque le monde devient une somme d’individualités, on peut toujours faire société.

La guerre de la Rance
Dans deux siècles, l’État n’existe plus et la France ressemble au Moyen Âge. Nous assistons à la bataille d’une place forte. Dommage de finir par ce texte, qui manque cruellement d’originalité et d’enjeux.


Résultat des courses, c'est bien mieux que ce à quoi je m'attendais : j'avais peur de l'ébauche de scénarios, sans véritables univers, ni personnages caractérisés, et au final, l'immersion fonctionne très bien. Seul bémol, ce n'est pas l'originalité pour les lecteurs de SF, loin de là. Le prix est cher pour le contenu, mais sache qu'une fois lu, cela peut servir de combustible à ta cheminée, de quoi faire baisser ta facture électrique...


Lloyd Chéry fait sa propre pub dans son podcast, à écouter ici

Le maki a plutôt bien aimé : "l'ensemble reste captivant, il soulève un questionnement légitime, propose des solutions sciences-fictives plausibles "


La Station

décembre 16, 2025

Jakub Szamalek, Métaillé, 2025, 380 p. 13€ epub sans DRM



Immersion validée selon les protocoles en vigueur. Paramètres de conclusion en cours d’évaluation. La station-livre reste pleinement opérationnelle et recommandée pour de futures missions de lecture.


Pitch de l'éditeur :  

Après des décennies d’une trêve fragile, le conflit latent entre les États-Unis et la Russie a repris de plus belle, sans qu’une issue soit en vue. Mais cette fois-ci, le théâtre de cette rivalité sera la Station spatiale internationale, avec pour toile de fond le décor spectaculaire de l’espace.
La commandante Lucy Poplaski, à la tête de l’équipage international, est chargée de déterminer la source d’une fuite d’ammoniac qui met toute la station en danger. Cependant, son enquête bouleverse la fragile confiance entre les équipages russes et occidentaux, et révèle de profondes fissures au sein même de l’équipe américaine.

 

Mon ressenti :

Au vu de mon âge, de mon physique, de mes sens qui ne sont plus tout à fait calibrés pour l’aventure, et d’une bonne pelletée d’autres paramètres, devenir astronaute pour moi, c’est NON. Aller sur l’ISS en touriste milliardaire ? Encore plus NON — même pas la peine de rêver. Alors il ne me restait qu’une solution si je voulais trainer mes guêtres sur la station : prendre le problème à bras-le-corps et acheter la station. En livre, hein ! Faut savoir rester raisonnable.

Ne pouvant pas aller dans l’ISS, je ne saurai jamais si ce roman est scientifiquement irréprochable, mais il sonne juste, très réaliste. L'odeur de sueur surannée qui imprègne les modules a traversé mes narines, je me suis cogné partout au point d’en avoir des bleus imaginaires, j’ai grogné contre la bouffe lyophilisée et son petit goût de polystyrène. Bref : j’y étais.

Et cerise sur l’orbite, j’étais en même temps à Houston, dans la peau du directeur de vol… tout en étant aussi le mari de Lucy, l’astronaute que l’on suit. Un vrai point de vue en apesanteur. Niveau réalisme, tension et immersion, tout y est.

Sauf un truc : l’auteur adore les cliffhangers… Trop. Et parfois, rarement, il pousse même le bouchon en ne reparlant pas de l’événement de suite. Exemple : confinement dans l’ISS après une éruption solaire, un énorme bang retentit, les astronautes paniquent… À Houston, personne n’en parle. Retour dans la station : toujours rien. Et il faut vingt pages pour qu’on nous dise enfin ce qu’il s’est passé. Entre-temps, on a l’impression que l’incident a été aspiré par le vide spatial. De quoi plomber l’immersion.

À force d’accumuler les cliffhangers, je m’attendais à une fin en feu d’artifice. Manque de bol, il y avait du vent le jour de ma lecture : le feu d’artifice a été annulé.
Reste un blockbuster d’action spatiale plutôt bien fait, avec les excès propres au genre, mais aussi un souci du détail et du réalisme suffisamment solides pour qu’on accepte de monter à bord… et d’y rester jusqu’au bout.

Lu à cause de l'avis dithyrambique du  Maki : "Ce roman riche et complet""huis clos spatial haletant", "thriller psychologique éreintant", "un essai scientifique sur l'ISS documenté", "réflexion intelligente sur les enjeux géopolitiques"

Hic Sunt Dracones

décembre 10, 2025

Southeast Jones,  The Bookmark Publisher, 2025, 401 p., 5€ epub sans DRM



Southeast Jones trace les cartes de mondes inconnus, et de nos propres ombres.


Pitch de l'éditeur : 


Et si certaines limites ne devaient jamais être franchies ?
Hic Sunt Dracones — “Ici sont les dragons” — désignait autrefois les zones inexplorées sur les cartes. Aujourd’hui, c’est aussi le titre d’un recueil aussi captivant qu’inquiétant, signé Southeast Jones, auteur belge passionné de littérature de l’imaginaire.
25 nouvelles de science-fiction et de fantastique, où chaque récit est une porte vers un ailleurs déroutant : une barrière invisible qui empêche l’humanité de quitter le système solaire; un monde lent que seuls certains peuvent percevoir, une guerre millénaire pour une querelle absurde, es réalités fragmentées où la logique humaine ne suffit plus.
À mi-chemin entre anticipation métaphysique, fables cosmiques et fantastique psychologique, ces textes s’adressent à tous ceux qui aiment les œuvres de Philip K. Dick, Ted Chiang, Clifford D. Simak ou les récits à la Black Mirror.

 

Mon ressenti :

Avec un titre pareil, Southeast Jones nous invite à longer des côtes inconnues, à franchir ces “ici vivent les dragons”, ces zones blanches où l’imaginaire est roi, une promesse d’expéditions en planètes étrangères, d’humanité poussée dans ses retranchements. Pari réussi ?

Le livre rassemble quelques textes inédits (ou du moins que je n’avais pas lu), mais surtout une très large majorité de rééditions parues ici et là, parfois revues et corrigées. Une préface de J.C. Gapdy ouvre l’ensemble, mais là où le bât blesse, c’est l’absence de paratexte : un mot sur les intentions de l’auteur, le contexte d’écriture aurait apporté une profondeur supplémentaire. Est-ce que l’auteur a voulu dire : mes histoires se suffisent à elles-mêmes ?

Un recueil SF, avec pointe de fantastique, satire, poésie noire… mais toujours avec une ligne directrice : l’humain, ses grandeurs rarement et surtout ses failles. Avec cette conclusion : l’avenir n’a pas fini de nous juger. L’auteur raconte l’altérité et sonde notre propre reflet. Lire Southeast Jones, c’est accepter de poser le doigt là où ça fait mal, l’altérité pour boussole, l’écriture comme carburant.

 

Nous n’irons pas dans les étoiles
Rien que le titre donne vie de lire cette nouvelle qui m'a fait penser par son ton mélancolique à la nouvelle Comment c'est là-haut ? de Edmond Hamilton. Le pitch : Un scientifique doit annoncer à ses collègues une triste nouvelle : nous n'irons pas dans les étoiles. Un court texte qui frappe juste et cette impression que chaque réponse ouvre dix nouvelles questions. Une pépite mélancolique qui joue plus sur le vertige que sur le spectaculaire. C’est beau.

Divergence d’opinion
Conte galactique à la lisière de la fantaisie, qui démonte l’absurdité des guerres de religion. Tout se joue sur un détail mortel. La chute, en une phrase, est d’une ironie délicieuse.

Monde lent
Et si la sénilité n’était pas un effondrement, mais une forme de clairvoyance ? On suit un vieil homme qui tente de communiquer avec ceux qui “ne voient pas encore”. L’idée est intéressante, même si le côté réincarnation m’a laissé sur le bord du chemin.

Noël lointain
Un Noël sur une planète étrangère : entre choc culturel et absurde. Les humains manipulent, les aliens manipulent peut-être encore mieux… et la chute renverse tout avec humour.

Notre-Dame des Opossums
Une expédition arrive sur une planète qui pourrait s'avérer être la Terre. L'auteur nous interroge sur nos agissements et les méfaits de notre soif de découverte. Un très bon texte.

Contrat
Faire affaire avec le diable : forcément tentant… jusqu’à la lecture des petites lettres en bas du contrat. Une petite friandise qui rappelle qu’avec toute éternité vient toujours avec la facture.

Grand-Veille
Autre temps, autre moeurs, la cérémonie des morts est festive désormais. Mais qu'est ce que la mort dans le futur ? Nous suivons deux jours d'une famille préparant la cérémonie.
J'ai beaucoup aimé ce texte qui joue avec les souvenirs du temps passé. Les us et coutumes se perdent, s'oublient ou prennent une autre tonalité, tel ces "sandwichs au chien avec de la moutarde" que mangeait les gens de notre époque. L'auteur réussit à nous perdre dans la vie quotidienne de ce futur incongru, et il perd ses personnages dans ce passé dont il ne reste quelques vestiges. Cette nouvelle a aussi un petit air de la série Westworld.

Anamnèse
Un homme est victime de malaises et de pertes de mémoires. Son quotidien devient de plus en plus halluciné et fragmenté. Je me demandais où voulait m'emmener l'auteur. Et bien précisément la ou je ne m'attendais pas.  Une belle réussite.

Barbares !
Exploration spatiale, colonisation, rencontre avec des intelligences autres. Et comme souvent, la guerre. Une nouvelle à chute que je n'ai pas vu arriver, car le texte était très martial me donnant des doutes sur l'intention de l'auteur. Doute balayé par la fin. Un texte assez sombre, mais réaliste avec quelques fulgurances à noter toutefois. Elle restera la plus marquante dans mon esprit. C’est ce texte, lu il y a quelques années pour la première fois qui m’a donné envie de poursuivre la découverte de l’auteur.

Le C.R.I.M. était presque parfait
Un scientifique enchaîne les inventions improbables, peut-être géniales, peut-être dangereuses. L’idée intrigue, le ton fonctionne, mais la nouvelle manque de véritable. Sympa, sans plus.

Rendez-vous à Cérès
Une chanson pirate les ondes depuis Cérès et devient un hit mondial. Une belle idée de pré-contact, parfois un peu didactique, mais dont l’optimisme final apporte une respiration bienvenue.

L’antre de la bête
Une histoire contée “à l’ancienne”, au coin du feu, entre horreur feutrée et ambiance rétro. Ça fonctionne très bien. Une nouvelle horrifique au goût de jadis qui fait son effet 

Début de semaine
Mini-nouvelle: le monde peut basculer d’un bouton, mais parfois pas comme prévu. Percutant et efficace.

Les enfants de nos enfants
Projection douce-amère sur l’avenir de l’humanité. Simple et sensible.

Mon dragon et moi
Malgré le titre, pas de fantasy ici, mais un space-opera : un pirate de l'espace doit se charger de livrer un bien étrange colis. Nous rencontrons ici une espèce d'aliens bienveillants qui vont croiser la route d'une espèce belliqueuse, l'homme. Un sujet sombre pour un texte empreint d'une profonde nostalgie et empathie.

Question de foi
Ils sont là. Nous ne sommes désormais plus seul dans l'univers. Les ET ont opté pour le pape comme ambassadeur et leurs révélations va causer quelques soucis à notre souverain pontife. Ce texte pourrait être une variante d'une des lois de Clarke : Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de Dieu. Un très bon texte qui répond, permettait du peu, à la question du « pourquoi je vis, pourquoi je meurs ? » Avec une belle touche d'amertume finale

Trip
Cyberpunk sous psychotropes high-tech : les accros vont adorer la fin, les prudents beaucoup moins. Entre délire et mise en garde technologique.

Jonas
Cabaret interlope, ogre de l’espace, ambiance surannée et personnages de marginaux. L’auteur prend son temps pour poser un décor, une atmosphère et un charme très particulier. Si vous aimez, n'hésitez pas à lire le roman Le Paradoxe Béranger, dont cette nouvelle fut le début…

Émancipation
Un individu, agoraphobe, est retiré dans sa demeure isolée. Il y vit sa retraite au calme, jusqu'au jour où des gamins s'amusent à tambouriner à sa porte. Une fin qu'on pense voir venir de loin. mais non, l'auteur nous prend à rebrousse poil.

Le temps des moissons
Le titre m'a fait de suite penser au roman Le Vaisseau des voyageurs de Wilson dont le titre original est The harvest, la moisson. Ici, pas d'alien mais un ersatz d’épidémie zombie, le SRI. Pourquoi comment et pourquoi ? Face à l'étrangeté et l'incompréhension, l'homme étudie, même si sa science devient synonyme de torture. Alors pourquoi pas les autres ? Comme Wilson, un texte très humain sur nos travers

Une journée ordinaire
Il peut se passer des choses en un siècle. Comme l'arrivée de la peste brune. Une courte tranche de vie dans une France marine. Ici, l’humour pince sans rire de l’auteur cède la place à un désespoir glacé. Un texte court, mais qui mord fort.

Dernière maison avant le Paradis
Un reclus vit dans un coin perdu avec sa chienne, une petite vie tranquille à tenter de digérer le décès de sa femme. Un jour cependant, alors que la fournaise bat son plein, un étranger frappe à la porte. Bien aimé ce texte irrévérencieux envers le Tout puissant. Nous n'avons qu'une vie, alors autant en profiter tant qu'elle est présente, l'après n'est jamais certain. Un texte mélancolique et doux-amer sur l’attente et ce qu’il reste après une vie.

Le temps du repos
Le dernier de son espèce. Futur, proche ou éloigné, le monde se meurt et va disparaitre, voici les dernières pensées du dernier homme. Si nous ne voulons pas que ce futur advienne, reste à se retrousser les manches bien hauts. A mettre en parallèle avec le texte Contrat.

Mina
Incident spatial, pilote échouée, chatte familière et IA. Une SF pimentée de magie, avec une chute qui rebat les cartes du réel. Un texte nostalgique, avec une bonne dose de légèreté. Voilà du Belge, dans toute sa splendeur.

Rétrocession
Un vieux loup de mer s'entretient, monologue plutôt, avec un jeune qui va faire son premier voyage. On passe de la mer à d'autres espaces. Un texte qui explore l'imaginaire du navigateur avec beaucoup de charme.

Épilogue
Une vieille bande d'amis fête la quatorzième fin du monde dans l'insouciance. Mais la vraie fin du monde est parfois en retard. Une note finale malicieuse qui boucle joliment le recueil.

Viser la lune

décembre 01, 2025

John Scalzi, L'atalante, 2025, 400 p., 13€ epub sans DRM


Viser la Lune, ça me fait pas peur.
Mais avec Scalzi, c’est la Lune qui te regarde… à travers ses trous.


Pitch de l'éditeur :

« Qu’en est-il des rumeurs circulant depuis la semaine dernière selon lesquelles les morceaux de roche lunaire rapportés par les astronautes du programme Apollo se seraient eux aussi transformés en fromage ? Pourrait-on sacrifier un de ces trésors (pour la science !) à des fins d’expériences culinaires ? »

La Lune, du jour au lendemain, est métamorphosée. Là où basalte et anorthosite régnaient en maître, les observations attentives sont unanimes : notre satellite s’est transformé en fromage.

 

Mon ressenti :

Scalzi, j’adore.
Alors apprendre que son nouvel opus part d’une idée absurde m’a fait frétiller la queue :  la Lune est transformée en fromage (gruyère ? emmental ? je ne spoilerai pas !). En outre, mon auteur chouchou, Robert Charles Wilson, est le roi des “et si un événement impossible arrivait ?”, alors c’est champagne pour moi.

La Lune est donc désormais en fromage. À partir de ce postulat lunaire (littéralement),: Scalzi déroule des conséquences scientifiques, sociales, politiques, médiatiques… On suit des gens ordinaires, des scientifiques, la NASA, un auteur un peu trop visionnaire et bien entendu des bigots et complotistes en tout genre. On traverse ainsi un cycle lunaire de tranches de vie tantôt drôles, légères, dramatiques… Et c’est là que Scalzi m’a surpris : je pensais qu’il allait partir dans une grosse pochade et il m’a pris à contre-pied. Le procédé de démultiplier les histoires aurait pu me lasser, mais il relance régulièrement l’intrigue, rallume l’intérêt. Ce roman dit beaucoup de notre société : comment un événement extraordinaire révèle nos biais, nos peurs... C’est presque sociologique, et ça fonctionne très bien. Autre réussite : la façon dont il donne chair aux personnages. Certaines histoires ne font que deux ou trois pages, mais elles sonnent juste. 

Mais car il y a toujours un mais : en multipliant les personnages et histoires, l'objet finit par devenir un peu inconsistant. J'aurai aimé moins de trames et plus de développement de certaines histoires. Je me suis attaché à certains personnages et j'aurais voulu rester plus longuement avec certains personnages auxquelles je m’étais attaché et faire plus connaissance. C’est la limite du format.

Les remerciements valent aussi le détour : Scalzi y évoque certains fans généreux en “conseils” c’est un peu effrayant. On y apprend aussi que ce roman clôt une trilogie, et même en ayant la justification de l’auteur, je reste sceptique sur son rattachement.

Un bon cru, malin, parfois touchant, parfois comique...
Mais si tu cherches avant tout l’émotion pure dans ton voyage lunaire, je te conseille de filer lire le magnifique Les Champs de la Lune de Catherine Dufour.

 


Fourni par Blogger.