Le Mensonge suffit

 

Christopher Bouix, Au diable Vauvert, 2025, 168 p.,  8€ epub sans DRM

 

Bienvenue dans le divertissement du futur : Justice, paillettes et mise à mort !

Le pitch de l'éditeur : 

Un homme, Ethan Chanseuil.
Un androïde, Milo-128.
Cent-vingt minutes d’interrogatoire.
À l’issue, le vote du public.
Sur une question simple : qui dit la vérité ?


Mon ressenti :

Un homme est amené, cagoulé et ligoté sur une chaise. Le silence se fait. Le générique lance ses premières notes. Bienvenue dans l'entertainment du futur.

Vous aimez les émissions sur les crimes ? Vous êtes accros aux procès filmés et aux faits divers scabreux qui font les choux gras des chaînes télé et youtube ? Vous allez succomber à ce nouveau divertissement. Ici, on vous offre le supplice d'un accusé de meurtre, en mondovision.
Mais attention, pas d'inquiétude : ce n'est pas "que" de la télé. C'est la justice en direct. Le point d'orgue ? Le vote des spectateurs en fin d'émission pour décider de la sentence. On nous l'avait promis, le voici enfin : le vrai jury populaire, télécommande en main.

 


On retrouve ici l'humour noir et caustique si particulier de l'auteur. Il nous dessine un futur qui place immédiatement le lecteur dans une situation de malaise. Le récit se dévore comme une pièce de théâtre parfaitement rythmée : la mise en scène est splendide et les coups de théâtre rebattent régulièrement les cartes. Derrière le rire jaune se dessine une société terrifiante où l'individu n'est plus qu'un chiffre sur la balance du bénéfice/risque. Dans ce monde, les droits n'existent plus ; seule la "dictature bienveillante" du divertissement fait foi.
 
Le génie du texte réside aussi dans ses détails. L'immersion est totale, nous avons même droit à de fausses publicités entre les actes, renforçant le réalisme de cette farce macabre.
J'ai particulièrement adoré les "sondages express" des téléspectateurs, sommets d'absurdité grinçante. Un exemple ? Lorsque l'émission diffuse une photo du salon de l'accusé, un sondage tombe : 71% des votants trouvent son intérieur de mauvais goût. C’est avec ce genre de détails que l'auteur nous montre comment la moralité s'efface devant le jugement esthétique et superficiel. Juste un bémol, le final qui n'est pas à la hauteur du reste.

C’est noir, c’est grinçant, c’est profondément absurde. Une lecture qui secoue et qui interroge : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour être divertis ?
Pour moi, aucun doute : je suis déjà dans les starting-blocks pour dévorer son prochain opus qui sortira le 24 avril. Un titre qui annonce déjà la couleur : Tuez-les tous.


 
Encore un doute avant de vous précipiter de l'acheter ?  "Satirique, drôle, intelligent" selon le Maki
 
 

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