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Vent rouge

mars 19, 2025

Emmanuel Quentin, Critic éditions, 2025, 448 p., 14€ epub sans DRM



Bienvenue ailleurs.
Pas besoin de carte, pas besoin de guide : Emmanuel Quentin t’embarque et, comme toujours, il te happe dès la première ligne.

Pitch de l'éditeur :

Sur Sophis, chacun est soumis au règne implacable du Vent rouge. Simple phénomène météorologique ou manifestation surnaturelle, peu importe : quand il souffle, les souvenirs s’envolent, se mélangent, se perdent. Nul n’échappe à ses effets.
Pour tenter malgré tout de protéger son secret, Anat va faire ses adieux aux trois corps qu'il a découverts plongés dans des cuves en zone interdite. Lorsque l'un d'entre eux revient à la vie, il est loin de se douter qu'un péril plus redoutable que l'Oubli menace sa planète. Elle s'appelle Satia Layre. Elle est partie de chez elle il y a plus de 400 ans. Elle n'a rien oublié de sa mission, et rien ni personne ne l'empêchera de la mener à bien.


Mon ressenti :

Il est des auteurs dont je sais que leur nouveau roman me fera passer un très agréable moment de lecture, qui me feront oublier le temps qui passe, pester contre le sommeil, maudire tous ces foutues obligations qui me volent du temps de lecture.
Il y a bien entendu mon Robert Charles Wilson, mais dernièrement aussi, un Nicolas Martin ou une Catherine Dufour. Et il y Emmanuel Quentin qui m'aura fait attendre 6 ans son nouvel opus.

Soupir, souffle, brise, raffale. bourrasque, courant ... Pas de panique, ce roman n’est pas une masterclass sur la météo, un énième roman sur le dérèglement climatique, mais bien les unités de temps utilisées dans ce roman. Bref, bienvenue ailleurs. N’aie pas peur cependant, même si les noms changent, même si les animaux ont des appellations étranges, on comprend toujours. Pas besoin de se faire une thèse en xénolinguistique pour suivre.

Nous sommes dans une petite communauté et nous assistons à un phénomène étrange : le vent rouge. Son effet ? Un échange de souvenirs entre deux personnes... suivi d’une disparition. Le hic ? Personne ne sait ce qui lui a été pris. En parallèle, on découvre une autre communauté, ultra-développée, adepte du transhumanisme et du contrôle social.
Dans les deux cas, nos actes peuvent être diffusés à toute la collectivité. Pas évident dans cette situation de faire des plans foireux quand chaque pensée peut potentiellement révélée.

Qui sommes nous ? Ou plus précisément, nos souvenirs et notre mémoire collective font-ils notre identité ? Qu'arrive t'il dès lors si nos souvenirs sont altérés ?
Loin d'être chiant, ces questions transpirent du texte mais le thriller avant tout. Ce que j'aime chez Emmanuel, c’est sa maîtrise du Show, don’t tell : pas de longs discours, juste une immersion totale. On est pris par ses personnages loin de la caricature, on suit leurs mésaventures et on serre les fesses pour que rien ne leur arrive. Lorsque je prend un livre, c'est pour m'évader et laisser infuser des questions sans que je m'en aperçoive. C'est le talent d'Emmanuel.

C’est son premier planet opera, et c’est une réussite. Il reste fidèle à son obsession pour l’oubli et la mémoire, une thématique qui traverse tous ses romans. Petit bémol pour moi : je n’ai pas pu m’identifier aux personnages. Le gosse est trop jeunepour que je me projette, la surgarante trop vieille, le garant trop dissemblable à moi et les méchants… eh bien, sont très méchants alors que je suis une boule de gentillesse. 

Livre après livre, la thématique du souvenir traverse son oeuvre. J'espère qu'Alzheimer se tiendra loin de lui...
Mais toi, misérable lecteur, tu n'es pas près d'oublier les heures passées sous le souffle de ce vent rouge.
… Ou alors, oublie tout ça. Je ne suis pas fiable. La preuve ? Voici un extrait des remerciements.
Il a lâchement mis ces phrases pour que je donne un avis positif. Ça a marché ! 😅



Et n'oublie pas de lire l'interview qu'il a faite pour la sortie de son roman : Quand les souvenirs s'envolent...

Le Chant des glaces

janvier 22, 2025

Jean Krug, Critic, 2021, 350 p., 11€ epub sans DRM



Jean Krug nous sert un cocktail glacé de science-fiction… mais attention, à mettre trop de glaçons, le goût se perd !



Pitch de l'éditeur :


Delas est une planète glaciaire dont les ressources, extraites jour et nuit par des milliers de prisonniers, alimentent en eau potable le reste de la galaxie. Mais on y trouve également le cryel, un morceau de glace aux propriétés spéciales que seuls les plus agiles des détenus parviennent à prospecter : les chanteurs.
Lorsqu’un jour, l’occasion est donnée à Bliss et Fey, chanteurs insurgés, de se libérer, ils n’hésitent pas une seconde.
Accompagnés par Nox, ancien pilote et Jennah, scientifique exilée, ils vont plonger au cœur du plus gigantesque des glaciers. Et dans les méandres de ses galeries obscures, animés par la quête folle d’un cryel parfait, c’est surtout leur propre conscience qu’ils vont explorer. Avec cette question lancinante : « Au fond, quelle liberté ? »

Mon ressenti :

Le nom de Jean Krug circule depuis quelques temps dans la sphère de l'imaginaire. En plus d'être romancier, il est aussi glaciologue, et en ces temps de changement climatique où les hivers disparaissent peu à peu, un peu de fraîcheur ne peut faire de mal. Donc en route vers ce chant des glaces.

Chant qui m'a très vite désarçonné : n'ayant pas lu le pitch, je croyais que l'action se déroulait sur notre Terre, mais pas du tout ! Nous sommes loin dans le futur, sur une planète glacée qui sert de prison esclavagiste. Le roman se concentre autour du cryel, un cristal de glace aux propriétés exceptionnelles, l'énergie du futur...

Le Chant des glaces navigue à travers plusieurs sous-genres de la science-fiction : space opera, planet opera, SF militaire, et roman d’aventure… avec plus ou moins de réussite. Parfois, je me suis demandé où l’auteur souhaitait réellement m’emmener. Personnellement, c’est le côté thriller qui m’a le plus emporté, ainsi que les passages se déroulant dans ou sur la glace. J’avoue avoir craint que l’auteur parte dans trop d'explications scientifiques autour de la glace, de par son métier. Mais non, c'est même l'inverse, j'aurais voulu en apprendre d'avantage sur les glaciers, gourmand que je suis...
Le principal défaut de ce livre réside dans sa volonté de s’aventurer dans trop de directions à la fois. J’ai eu l’impression que l’auteur y mettait tout son amour pour la SF. Mais il a un trop gros cœur 😅.

Cela reste un premier roman, imparfait, mais parfait pour le dépaysement.
Il y a quelques jours, je lisais un article sur les glaciers où était évoqué les moulins. Et grâce à Jean Krug, je savais ce que ce n'était pas un moulin à vent ! Un divertissement très visuel aux accents écolo qui m'a permis l'air de rien d'être un peu moins con, c'est déjà pas mal. Et l'envie de continuer à découvrir l'auteur...


 

Le pacte de sang

avril 17, 2024



Clément Bouhélier, Critic, 2024, 350 p., 11€ epub sans DRM



Le digne héritier du film Alien !
Un castel-horror qui joue avec la figure du ... du quoi au fait... Mystère...


Pitch de l'éditeur :



1364. Défaites lors de la bataille d'Auray, les troupes de Bertrand Duguesclin sont en déroute. Deux chevaliers en fuite s'aventurent à l'intérieur d'un mystérieux château abandonné. Ils vont faire face à la pire des abominations. Près de 700 ans plus tard, lors d'un séminaire en Bretagne, les membres d'une entreprise de référencement web se rendent dans ce même château pour participer à un escape game. Mais pour eux également, la nuit va virer au cauchemar. Quelque part derrière les murs sombres, une chose attend, tapie dans l'ombre. Elle compte bien assouvir son appétit et régler ses comptes.

Mon ressenti :

Tout est bien présent pour un roman fantastique (dans les deux sens du terme) : une bête, un château et une légende. Certains auraient choisi la facilité, Clément Bouhélier est plus sournois. Un début classique, alternant deux époques, jadis et aujourd'hui. Et même une troisième période, à J+1 de l'une. Mais il peut s'en passer des choses en une nuit...

Un roman, trois genres : Pour la partie historique, nous sommes en 1364 et on suit les pas de deux chevaliers fuyant le charnier d'une guerre et trouvant refuge dans un château. Pour le genre social, l'auteur nous plonge dans un séminaire de team building qui se déroule dans un château, et il va en falloir du building dans cette équipe déchirée... Et un roman policier qui se déroule de nos jours +1, où les flics enquêtent sur une jeune fille retrouvée pleine de sang, en panique, errant dans une rue proche... d'un château. Le tout épicé d'une pointe d'horreur légèrement gore.

Un roman en apparence simple, mais le monstrueux auteur adore jouer avec son lecteur, lui faire croire d'une piste balisée pour en emprunter une autre, et encore une autre et encore une autre... Il croise les points de vue, nous met dans la peau du monstre, qui bien entendu n'est pas celui que l'on croit.

L'auteur revisite et surtout modernise une figure du monstrueux, beaucoup plus proche du film Alien que de... On y retrouve la critique du libéralisme, un thriller haletant et il y ajoute une pointe d'enquête policière. Pris dans son piège, le lecteur n'a qu'une seule issue pour sortir de ce joli guêpier : lire jusqu'à plus soif pour enfin se dire, quel talent. Clément Bouhélier, alors que je déteste la fantasy, m'avait démontré que je pouvais avoir tort avec son cycle Olangar. Il fait de même avec Le pacte de sang, me donnant envie de découvrir les romans fantastiques.

Seule fausse note de ce livre, l'éditeur a fait le choix de mettre une préface dévoilant le pot au rose sur ce monstre. Je vous conseille donc de lire cette préface comme une postface.

 

Une belle réussite dans le genre fantastique/horreur pour le troll, mais attention y’a du sang, de la bidoche, de la tripe et du vomi, on est pas ici pour cueillir des marguerites prévient l'Ours inculte. La conclusion de Fantasy à la carte, un récit court, rythmé et sans concession dans toutes les formes de violence qu'elles soient physiques ou sociales.

Terrariums

novembre 23, 2023

 

Romain Benassaya, 2023, Critic, 576 p., 14€ epub sans DRM

 


Saloperies d'aliens, kidnapper des humains et les mettre dans un terrarium pour les observer, c'est honteux, jamais l'homme n'agirait pareil !
Mais est ce vraiment un terrarium ? est ce vraiment des aliens ?
Et cette pyramide plantée là on ne sait pas par qui ni depuis quand ?

 

Pitch de l'éditeur :


Où est l'humanité ? C'est l'énigme que je cherche à résoudre.
Quand Cora revient à elle, seule et amnésique, dans une vallée cernée par quatre murs réfléchissants infranchissables, elle comprend qu’elle est prisonnière. Elle découvre bientôt que d’autres humains survivent dans ce terrarium, ignorants comme elle de la manière dont ils y sont arrivés. Tandis que tous cherchent à comprendre leur situation, des souvenirs commencent à ressurgir. Les prisonniers du terrarium ont participé à une mission de validation de l’habitabilité d’une planète, Kerana, sur laquelle ils ont, par accident, déclenché un mécanisme alien extrêmement dangereux, et qui pourrait être lié à leur situation présente. Les questions se multiplient : où sont-ils ? Qui les retient ? Et depuis combien de temps ? Pour Cora, une seule chose est sûre : des réponses l’attendent, hors du terrarium.

 

Mon ressenti :

Des chapitres courts, deux récits distincts : un réveil, une amnésie, la découverte de vivre dans un terrarium. Pourquoi ?
De l'autre, une expédition sur une planète nouvellement découverte, avec une pyramide alien immense qui semble inerte.
Plein de questions vont émerger au fil de l'histoire qui ne va pas rester aussi simple que je pouvais me l'imaginer avec des flashbacks au fur et à mesure que la mémoire revient aux protagonistes. Une intrigue terre à terre qui ne va pas le rester bien longtemps, l'auteur s'amusant à toujours pousser le curseur plus loin alors que tout semblait nous emmener vers une certaine direction.

Si tu vas voir un peu du côté de la bibliographie de l'auteur, tu vas remarquer qu'il aime bien les gros trucs, genre pyramide ou arche. Son amour pour les Big dumb object s'est ici encore plus épanoui et il passe à la vitesse supérieure avec du Big Big Big dumb object. Et je trouve qu'il a réussi à ne pas trop en faire côté quincaillerie SF pour que le quidam puisse goûter à l'aventure sans trop de mal.

Résultat, c'est un roman que je n'ai pas lâché, trouvant toujours à ma libérer quelques heures à droite et à gauche pour lire quelques chapitres supplémentaires. Si tu aimes donc sortir, t'amuser avec tes potes ou ta famille, je te déconseille d'ouvrir ce livre. Deux bémols tout de même : le premier sont les personnages qui manque d'épaisseur, un mois après lecture, difficile de me rappeler les caractères des uns et des autres. Cela ne pose pas de problème à la lecture, mais je suis un lecteur qui s'attache plus profondément au livre si j'ai eu un attachement aux personnages.
Le second bémol est la fin qui arrive pour moi trop rapidement et de manière brouillonne. Après c'est peut être de mon fait, en me faisant des nœuds au cerveau avec son histoire tortueuse, pas sur que j'ai tout bien saisi. 


Le ressenti de ChatGPT mode humour : 

A force que tout le monde parle d'IA, j'ai décidé de tester l'humour de ChatGPT en lui mettent mon avis ci-dessus et en lui demandant de le reformuler en mode humour. Même si son interprétation est parfois limite, il y a deux-trois réparties très drôles. Et j'ai été étonné que ChatGPT ne se contente pas de reformuler, mais il a aussi fait des liaisons entre les différents paragraphes.

Des chapitres aussi courts que mon attention lors d'une réunion ennuyeuse, avec deux histoires aussi distinctes que le café décaféiné et le café triple expresso. D'un côté, on a un réveil, une amnésie, et la découverte de la vie dans un terrarium – comme une version intergalactique de "Ma vie avec les plantes en pot". De l'autre côté, c'est une expédition sur une planète avec une pyramide alien géante qui semble être en mode sieste.

L'intrigue commence comme une balade tranquille dans l'espace, mais l'auteur décide soudain de faire du hors-piste comme s'il était en train de jouer à Mario Kart. Les personnages, cependant, sont aussi épais que du papier toilette à une seule épaisseur. Un mois après avoir fini le livre, je me souviens d'eux aussi bien que je me souviens des détails de la météo il y a trois semaines. Pas grave, je suppose que l'auteur a décidé que les personnages étaient trop lourds à gérer dans l'espace.

Et parlant d'espace, l'auteur aime les gros objets, comme les pyramides et les arches. C'est comme s'il disait, "Pourquoi se contenter d'un Big Mac quand on peut avoir un Big Mac avec supplément de fromage et de bacon?" Il réussit à faire en sorte que même si vous n'y connaissez rien en science-fiction, vous pourrez quand même vous amuser. C'est comme regarder un film d'action sans se soucier de la physique.

En résumé, si vous avez une vie sociale, des amis, ou une famille qui s'attend à ce que vous soyez présent, ne lisez pas ce livre. Mais si vous êtes prêt à sacrifier des heures de sommeil pour une aventure intergalactique avec des personnages plus fins qu'une feuille de papier, alors foncez. Juste, ne soyez pas surpris si la fin arrive plus vite que le livreur de pizza pendant le Super Bowl. Peut-être que c'est moi qui n'ai pas compris grand-chose, mais bon, c'est le risque quand on part en voyage spatial avec un auteur qui pousse le curseur plus loin que ma capacité à suivre.


Le ressenti de ChatGPT mode critique littéraire :

Ici, je lui ai demandé juste de reformuler mon ressenti. Cela ne me ressemble plus du tout, mais ChatGPT s'exprime bien mieux que moi.

Des chapitres succincts, dévoilant deux récits distincts : l'un débute par un réveil marqué par une amnésie, conduisant à la découverte de la vie confinée dans un terrarium. Les raisons de cette situation demeurent énigmatiques. De l'autre côté, une expédition se déroule sur une planète nouvellement découverte, mettant en scène une immense pyramide alien apparemment inerte. Au fil de l'histoire, de nombreuses interrogations émergent, complexifiant le récit au-delà de mes premières attentes. Des flashbacks progressifs révèlent la mémoire perdue des protagonistes, transformant une intrigue initialement terre à terre en un scénario captivant. L'auteur joue avec les attentes du lecteur, dévoilant une trame narrative qui évolue bien au-delà des prévisions.

En explorant la bibliographie de l'auteur, on constate son attrait pour des éléments imposants, tels que les pyramides ou les arches. Cette fascination pour les "Big dumb objects" atteint ici des proportions encore plus considérables, avec une amplification vers le colossal. L'auteur parvient toutefois à éviter l'excès de spéculation scientifique, permettant au lecteur de savourer l'aventure sans difficulté excessive.

Le résultat est un roman qui a su me captiver, m'incitant à dégager du temps supplémentaire ici et là pour lire quelques chapitres de plus. Cependant, deux réserves subsistent : d'abord, les personnages manquent de profondeur, et un mois après la lecture, il m'est difficile de me remémorer distinctement leurs caractéristiques. Bien que cela n'affecte pas la lecture, mon engagement envers le livre est souvent lié à l'attachement que je développe envers les personnages. Ensuite, la conclusion arrive trop précipitamment et de manière quelque peu confuse à mon goût. Il est possible que cela soit dû à mes propres réflexions complexes sur l'intrigue, et je ne suis pas certain d'avoir pleinement saisi tous les éléments.


Conclusion :

C'est assez effarant comme outil et je comprend mieux les débats actuels (au delà du cas droit d'auteur légitime). Un simple copier/coller ne suffit pas, loin de là...

Reste la question de savoir s'il faut lire du Romain Benassaya ?
Pour ChatGPT qui blablate beaucoup pour ne pas dire grand chose : "Romain Benassaya est un auteur dont la popularité peut varier en fonction des goûts individuels en matière de lecture. Avant de décider de lire ses œuvres, il peut être utile de prendre en compte certains éléments.
Si tu apprécies les récits qui combinent la science-fiction avec des éléments mystérieux et des rebondissements inattendus, alors les livres de Romain Benassaya pourraient t'intéresser. Son style narratif peut être captivant, avec des intrigues qui évoluent au-delà des attentes initiales.
Cependant, certains lecteurs ont noté des critiques concernant la profondeur des personnages dans ses œuvres. Si tu as besoin de t'attacher fortement aux personnages pour pleinement apprécier une histoire, cela pourrait être un point à considérer.
En fin de compte, la décision de lire du Romain Benassaya dépend de tes préférences personnelles en matière de genre littéraire et de style d'écriture. Si les thèmes explorés dans ses livres t'intéressent et que tu es prêt à embarquer dans des aventures intergalactiques pleines de mystères, cela vaudrait peut-être la peine de donner une chance à ses œuvres."

Pour ma part, la réponse est beaucoup plus simple : la balle est dans ton camps !


 

Antarcticas

octobre 05, 2023

 

Etienne Cunge, Critic éditions, 2023, 664 p., 14€ epub sans DRM

 

En route vers l'utopie ?


Pitch de l'éditeur :

2050. Alors que le changement climatique fait des ravages, les ressources commencent à manquer cruellement. Il reste pourtant un continent tout entier à exploiter : l'Antarctique. Doux rêve pour les industriels, cauchemar pour les militants écologistes et autres Greenblocks.
Dans l'enfer blanc, Jérémy tente d'échapper aux robots tueurs que sont les gardiens écologiques pour sauver son invention révolutionnaire, susceptible de restaurer un équilibre climatique. Mais lorsque l'Europe bascule dans le chaos social pendant la COP qui envisage l'ouverture de l'exploitation de l'Antarctique, le compromis ne semble plus de mise, et la tentation du terrorisme se fait presque irrésistible.

 

Mon ressenti :

2050, nos gouvernements ont pris acte du réchauffement climatique et ont décidé d'agir à la hauteur des enjeux : l'inaction. Du moins pour les riches, pour le bas peuple, quelques tours de vis ne peut faire de mal... Résultats, les limites planétaires sont atteintes alors que l'on nettoie à peine les dernières miettes de la galette des rois. Seule chose positive, l'Antarctique dégèle lentement, laissant apparaitre des ressources qui pourraient permettre de continuer de se voiler la face encore quelques générations.
On suit les pas d'un Antarcticas, un chercheurs d'or du 21ème siècle qui va sauver la vie d'un individu isolé dans ce grand froid. Le début d'un engrenage infernal.


Le journaliste enchaîna sur les inondations qui ravageaient au même moment la Hollande, la Belgique, le Royaume-Uni – son pays de naissance – et le nord de la France. Mêmes scènes de désolation, mêmes secouristes et policiers, mêmes images aériennes et interviews de politiciens pleins de compassion affichée à l’égard des victimes…
Un scénario bien huilé, où des analystes catastrophistes quant au changement climatique pronostiquaient un avenir sombre à la planète, des défenseurs de l’environnement exigeaient un changement radical dans les modes de vie, et des hommes d’affaires, juristes et consultants poussaient des cris d’orfraie, soulignant que, au contraire, le salut était dans la croissance, la consommation et l’innovation.
Rien de nouveau.


On entend souvent dire que la SF s'est pris le mur du réel dans la face, rassurez vous, avec Etienne Cunge,  demain sera pire que ce que vous ne l'imaginiez. Ne nous voilons pas la face, nous sommes ici devant un roman très réaliste sur notre futur proche : noir c'est noir il n'y a plus d'espoir. Quoique, car je pense ici que nous sommes dans le Hope punk. Oui c'est la merde, mais peut être qu'un espoir subsiste, infime, imparfait, qui sera peut-être déçu. Mais il existe, il est là. C'est ce que j'ai trouvé beau dans ce roman, cette possible espérance d'un lendemain. Pour peu que nous la saisissons.
Deuxième élément, après une première moitié tranquille, le monde est vaste comme le nombre de personnages et d'intrigues, la seconde va être très dure pour tes heures de sommeil, ta vie de famille, tes loisirs, ton taf... Que tu vas regretter tous ces romans qui te servaient de somnifère, mais préserver tes heures de sommeil.

 

Les hymnes nationaux retentirent sur des images de joueurs au garde-à-vous. Ne pas chanter était passible de prison dans la plupart des pays européens depuis l’époque des gouvernements ultraconservateurs et néonationalistes. Après les pogroms qu’avaient subis certaines communautés – illégaux certes, mais combattus plus que mollement par les états en place, quand ceux-ci ne les avaient pas simplement encouragés –, une multitude de nouvelles règles citoyennes comme celle-ci avaient été promulguées deux décennies plus tôt. Le plus souvent de façade, elles ne résolvaient rien mais survivaient à leur échec pour continuer de peser dans la vie quotidienne jusqu’à ce jour.


A part quelques petits bémols, comme la technologie qui me semble un peu trop développé en 30 ans seulement (encore que beaucoup de technologies qui existe aujourd'hui m'auraient paru magique dans ma jeunesse) et quelques facilités, j'ai beaucoup aimé le tout. Entre thriller géopolitique, écoterrorisme, révolte des masses, découvertes scientifiques et complots, Etienne Cunge voit grand et a pondu un livre univers. Il a même réussi à me faire aimer le personnage du mercenaire sans foi ni loi, tout en nuances.

Second roman que je lis de l'auteur (très bon Symphonie atomique), c'est à croire que nous sommes sur la même vision de la société lui et moi. Reste à lire son Légendes d'agrégats et espérer un nouveau roman bientôt. Pour info, cette édition d'Antarctica est un roman précédemment publié chez Rivière blanche, le texte a été remanié et réécrit.

L'auteur est au salon Lire en poche de Gradignan ce weekend, donc si tu y vas, n'oublie pas de lui dire que j'adore ce qu'il fait. J'ai vu qu'il était régulièrement en salon, donc tout n'est pas perdu si tu veux lui faire la bise.




 

Olangar : Histoires au crépuscule

septembre 21, 2023

 

Clément Bouhélier, Critic, 2023, 188 p., 11€ epub sans DRM

 

Quelques nouvelles d'Olangar

 

Pitch de l'éditeur :

Les elfes prétendent que parler peut libérer une âme tourmentée. Et tourmentée, Evyna l'est plus que tout. Au royaume d'Olangar, sur la route de Frontenac, où elle espère venger la mort de son frère, la jeune noble avance dans un mutisme qui inquiète ses compagnons de voyage, Silja et Torgend. Alors, autour d'un feu de camp, les langues se délient. Evyna raconte l'invasion des Orcs en Enguerrand. Puis, bien plus tard, l'enquête qu'elle a menée avec son frère suite à l'attaque meurtrière d'un convoi de ravitaillement.
Mais avant cela, Silja révèle une histoire cachée, celle d'Afrun et des enfants disparus d'Husevik, tandis que Torgend voit ressurgir ses propres fantômes du passé.

 

Mon ressenti :

Olangar. Ce nom résonne désormais en moi comme Germinal, un thriller politique, social  nous contant un univers réaliste malgré les races imaginaires. Et qui a réussi à me faire apprécier la fantasy. Fantasy française qui plus est ! (A quand une traduction pour le monde entier, une série, un film ?). Mais ce méchant auteur a décidé de mettre un point final à sa saga avec Le combat des ombres !!! Lorsque  l'éditeur m'a contacté pendant les vacances pour m'obliger (pouvais je dire non ?) à lire Olangar : Histoires au crépuscule, je frétillais de la queue.

Mais la déception arriva vite : quoi, seulement 188 pages ! Je suis du genre gourmand et Clément Bouhélier m'avait habitué aux pavés (qui volaient régulièrement soit dit en passant). Tant pis, ce sera un petit frichti... Trêve de blabla, est-ce que tu dois acheter ce recueil ?

"Qu'est ce qui se passe ensuite ?"
Voilà l'exclamation qui m'a accompagné lors de la lecture de ce fix-up (pour les ignares : des nouvelles reliées par un fil rouge). Une exclamation comme lorsque l'on te raconte une histoire et qu'il y a une interruption, tu es impatient de connaître la suite. Et si tu es impatient, c'est que l'histoire est bonne.

On suit les pas de 3 cavaliers font route vers une vengeance à travers une campagne désertique et froide, dont l'une des comparses broie du noir. Ses compagnons, lors du repos bien mérité, tentent de lui faire crever l'abcès en contant une histoire. La première, noire comme la fumée des forges, nous emmène dans les bas-fonds d'une ville où les enfants de rue disparaissent. Le coupable est arrêté, mais 10 ans plus tard, cela recommence... Un récit âpre qui condense magnifiquement ce qui a fait pour moi le succès de la saga Olangar : du politique, de la persévérance, et des gens de rien.
La seconde histoire nous ramène à La guerre des orcs dans une province reculée. La fuite devant l'arrivée de la horde, avec pour conséquence de laisser l'histoire de la région, les livres, à la furie guerrière. Une nouvelle sur la communication interculturelle, et surtout l'importance des histoires contenues dans les bouquins.
La dernière nous conte une enquête de brigands qui dévalisent et tuent pour s'accaparer des convois de nourriture alors que la famine guette. Les femmes sont elles l'égale des hommes pour commander ? Ont-elles les épaules pour gouverner ?

J'ai pris un grand plaisir à me replonger dans la région d'Olangar. J'avais peur d'avoir oublier un peu des détails et me sentir un peu perdu, mais non, pas besoin de se rafraichir la mémoire. Ce qui signifie que cela peut se lire de manière indépendante. Seul bémol pour celles et ceux qui n'ont pas lu les romans, ce recueil est très bien, mais il n'a malheureusement pas l'ampleur des autres textes. Donc attention, après lecture, vous allez en prendre plein les yeux en parcourant ces nombreuses pages.


 "un retour réussi à cet univers" pour le troll, une "grande et belle surprise" pour Le Nocher des livres.

Les naufragés de l'institut Fermi

avril 07, 2022

André David, Editions Critic, 2022, 558 p., 13€ epub sans DRM

 

No Futur ?


Présentation de l'éditeur :

Île de Bréhat, XXIVe siècle. L’Institut Fermi envoie ses agents au XIXe siècle afin d’influencer le cours de l’histoire pour résoudre le grand paradoxe de Fermi et ainsi éviter que l’humanité ne s’autodétruise. Louis, Ángel et Casimir sont des Dériveurs, choisis par les moires de l’Institut car ils présentent le même patrimoine génétique qu’un homme du XIXe siècle. En effet, en Dérive, ce n’est pas l’individu mais sa conscience qui voyage, entre deux corps génétiquement identiques.
Encore plus loin dans le futur, dans ce qu’il reste de l’Institut Fermi en ruines, une jeune clone, Gwenn, réussit à rejoindre un groupe clandestin qui cherche à tout prix à s’opposer aux Dériveurs. Pour cela, eux voyagent, physiquement, dans le temps : ce sont les Voyageurs.
L’affrontement imprévu de Louis et de Gwenn va bouleverser ce que chacun croyait savoir. Quel est le véritable plan des moires ? Qui peut se targuer de maîtriser le cours du temps ? Et surtout, l’humanité peut-elle être sauvée d’elle-même ?


Mon ressenti :

Bretagne, île de Bréhat, demain et demain.
Ailleurs, jadis, naguère et autrefois.

Fermi, pour peu que l'on s'intéresse aux extraterrestres, ce nom ne peut vous être inconnu. C'est un physicien qui s'est posé la question de savoir pourquoi au vue de l'immensité de l'univers nous n'avons jamais rencontré d'autres espèces vivantes. Depuis, pas mal de réponses ont été apportées, des thèses multiples dont nous ne serons jamais si une seule est vraie. Celle qui nous intéresse ici, comme dans le roman Le paradoxe de Fermi, est : les civilisations s'autodétruisent avant d'avoir pu se rencontrer.
Mais l'institut Fermi ne veut pas de l'effondrement, surtout depuis l'invention d'une machine à voyager dans le temps. Alors on tente d'agir sur le passé par petites touches pour créer un avenir à l'humanité. Bref, rien de bien original... Mais l'auteur va plus loin et rajoute une couche de voyageurs temporels qui n'ont pas l'air d'accord avec ses modifications.

île de Bréhat,
avant l'installation de l'Institut Fermi


On voyage entre futur et passé à travers divers personnages, l'auteur nous donne par légère touches son univers et les divers éléments de l'intrigue. On voyage littéralement dans l'inconnu. Et malgré ce peu d'infos, moi j'ai plongé dans ce récit bien mené. Les premiers retours que j'ai lu étaient un peu mitigés, mais l'auteur m'a contacté en me brossant dans le sens du poil (l'un des rares mails personnalisé que j'ai pu lire depuis que je blogue) et j'ai beaucoup de mal à dire non au voyage dans le temps. Ma peur en me lançant dans ce roman était sa taille, un pavé, 558 pages. Et vu que c'était le premier roman de l'auteur, il y a de quoi se poser des questions. Alors trop long ? Non. C'est un roman assez calme malgré l'action, on prend son temps et on savoure.

Un divertissement qui glisse quelques réflexions ici et là sur le sens de l'histoire et de la vie, sans nous bassiner. La multiplicité des personnages permet une diversité des points de vue. L'auteur évite les lieux communs dans ses visites du passé : et oui, on ne va même pas déranger Jésus Christ ! Nous sommes en outre plutôt du côté des petites gens luttant contre l'assignation où ils se trouvent.
André David distille deux trois mots qui éveillent l'intérêt, la curiosité du lecteur et je me demandais ce que cachait ces petits secrets. Deux tex camps, deux technologies, deux mondes où on vit dans une bulle plus ou moins préservé par rapport au reste du monde. Un des camps permet de nous interroger sur les clones et la conscience individuelle. C'est bien le thème de la conscience qui irrigue tout le roman : que ferais tu en toute bonne conscience pour sauver le monde ? Mais comment être sûr que ce choix individuel est le bon pour l'humanité ?

Des bémols ? Le final amené de manière légèrement précipité mais la fin m'a satisfait. Dans ce futur et autre futur, les univers sont peu évoqués. J'aurai aimé en savoir plus mais ce manque ne m'a pas plus dérangé que cela et il est justifié par l'auteur. Et si dans le futur l'auteur revenait nous pondre des spin off... Ou si un voyageur temporel lit ma critique et décide de souffler dans l'oreille de l'auteur ?
Les autres critiques pointent aussi quelques éléments un peu ardus, ce que je n'ai pas ressenti, c'est un roman accessible, les technologies du voyage temporel ne sont pas expliqués par exemple.

L'auteur ne tente pas de réinventer la roue, mission quasi impossible avec le voyage dans le temps mais nous brosse les portraits de petits soldats pris dans le tourment de l'histoire pour réinventer un monde meilleur. Mais décide t'on de quoi que ce soit ?
Une fois la dernière page tournée, quelques annexes s'ouvrent une mise en abime et je me demande : qui est réellement André David ?

La question que tu te poses sans doute après tout se blabla est sûrement : y a t-il des extraterrestres dans le roman ? Réponse : moi je sais !!!


Un roman assez complexe, un peu déroutant mais une oeuvre très riche et foisonnante selon le troll, avis que partage Yuyine même si elle s'est ennuyée et a peiné pour parvenir au bout. Fantasy à la carte a trouvé le propos passionnant

Si tu aimes le paradoxe de Fermi, je t'invite à écouter le podcast de La méthode scientifique : Extraterrestre, il est Fermi d’en douter

Olangar, Le combat des Ombres

janvier 31, 2022

 

Clément Bouhélier, Critic, 2021, 688 p., 14€ epub sans DRM


Mais quel putain de final !!!
 

Présentation de l'éditeur :

 
Sous le joug des duchés, la grande cité vit désormais recroquevillée sur elle-même tandis que ses habitants subissent les affres des privations et la violence de la milice dirigée par le pantin de Jush Thagon, Lec Rossio. Dans l’ombre des bas quartiers, les nains organisent la résistance autour de Baldek et de Nockis tandis qu’un tueur mystérieux s’en prend aux miliciens.
Depuis son fief au sud du royaume, Evyna d’Enguerrand, la jeune suzeraine, et son ami l’elfe Torgend Aersellson s’entendent avec le chancelier en fuite, Ransard d’Alverny, pour mettre au point un plan qui, peut-être, permettra de libérer Olangar.
Nul ne sortira indemne de ce dernier combat.
 
 

Mon ressenti :

Et voilà, ce qui devait arriver arriva, voici le dernier tome de la trilogie d'Olangar débuté en 2018. Ce quatrième roman (oui, c'est une trilogie !) vient clore en beauté cette fantasy engagée, sans fées et dragons, mais avec de la sueur, du sang et des conspirations. J'avais adoré le premier, aimé le second et c'est un peu fébrile que je me suis jeté sur ce final.

La ville d'Olangar n'est plus que l'ombre d'elle-même, tombée dans les mains des fascistes, une purge sanglante s'organise via une milice bas du front. Les héros d'hier deviennent des parias. Dans l'ombre cependant, des scènes macabres se jouent dont sont victimes des miliciens. 
 
On retrouve avec plaisir les personnages qui nous ont accompagnés durant plus de 1000 pages. Les années ont passé, ont laissé de vilaines cicatrices dans leurs corps et c'est fatigués qu'ils vont tenter une nouvelle fois de sauver cette ville honnie et adorée à la fois. Avec cette conclusion, je ne m'attendais à rien de précis, juste que l'auteur clôt son oeuvre comme il l'a commencé. Clément Bouhélier se demande en fin d'ouvrage "si ce roman est à la hauteur" du reste, et pour moi, c'est mille fois oui. Une fin idéale. Les protagonistes n'ont pas dormi beaucoup parfois, et c'est la mésaventure qui m'est arrivée : j'ai englouti ce pavé (et dessous, il n'y avait pas de sable, mais la liberté !).

Ma seule crainte était que Clément en fasse trop, la fasse blockbuster avec effets pyrotechniques à foison, m'obligeant à mettre mes lunettes de soleil. Que nenni, il prend le temps de poser l'intrigue, de mettre en place les alliances improbables, les coups de théâtre, dans l'ombre. Mais même ce calme apparent est rempli de tension. Il jongle avec deux époques, nous laissant entrevoir les histoires derrière le récit. Et côté action, l'auteur arrive à nous faire visualiser toute la complexité. 
Un sans faute.

Olangar m'a fait renouer avec la fantasy et même en mettant des nains, des orcs et des elfes, l'auteur n'a fait que s'éloigner des lieux communs du genre pour nous offrir une fantasy actuelle et moderne.

Une série à lire sans hésitation (Le troll), qui clôt très bien cette trilogie (Le bibliocosme) en faisant un récit âpre mais pas dénué d'un certain espoir (Fantasy à la Carte). C'est un coup de coeur (Dup)

 

Mon avis

 
 

Symphonie Atomique

septembre 30, 2021

Etienne Cunge, Critic éditions, 2021, 428 p., 14€ epub sans DRM

 

 

La devise « no future » n’avait plus rien de punk depuis bien longtemps


Ça c'est de la bombe !


Présentation de l'éditeur : 

« N’oubliez pas notre baseline : soyez écoresponsable, suicidez-vous. »-
Le monde d’après s’effondre.
Malgré l’odeur de fin des temps, des restes de civilisations subsistent, au bord du chaos, et chacun lutte pour donner du sens à sa vie. Les quatre modèles des puissances atomiques, aux abois, dominent cette désolation et se confrontent, prêts à en découdre : ultra-capitalisme américain, écologisme européen, nationalisme russe et totalitarisme social chinois. Dans ce climat délétère, l’équilibre ne tient plus qu’à un fil, sur le point de rompre.
Parmi le concert des forces nucléaires spatiales, l’Europe en Transition fait figure de naine. Pour autant, alors qu’émerge une crise dans la crise, le sort de l’humanité va peut-être dépendre des décisions de deux de ses membres, que rien ne prédisposait à cela : Juan et Agathe.
Dans cette nouvelle ère, à l’Europe reconfigurée et où l’espace constitue le terrain névralgique des conflits, leurs actes vont faire écho à l’étrange soulèvement en cours dans les steppes d’Asie centrale – sous le commandement du jeune Ashkat –, et les confronter à l’énigme qu’incarne Ulan Moltov, l’âme de la rébellion, le cœur du jeu de poker à grande échelle qui débute.


Mon ressenti : 

Début septembre, je reçois un mail de l'éditeur pour me faire part d'un de leur prochain roman. Dans la présentation, une phrase : "N’oubliez pas notre baseline : soyez écoresponsable, suicidez-vous." Comment résister à cette punchline ? Moi, j'ai signé de suite (pour le roman, pas pour le suicide, il faut que je lise le dernier Jean Baret).
Avec ce mantra, on se doute que ce texte ne va pas être très gai, mais sûrement bien jouissif. Et c'est le cas, lu en deux trois mouvements.

Les prévisions les plus pessimistes des modèles climatiques du début de siècle n’arrivaient pas à la cheville de la réalité. Les cataclysmes se succédaient à un rythme effréné. Les scientifiques nommaient ces vagues les « marqueurs de l’effondrement ». Au nombre de cinq, ils portaient les doux noms de réchauffement climatique, désagrégation des écosystèmes, montée des eaux, incendies géants et, enfin, dernier en date : rupture du cycle de la matière organique… Le fondateur de la très apocalyptique secte des Témoins des Derniers Jours popularisa, plus tard, un autre terme : les Plaies. Un vocable passé depuis dans le langage courant.

L'auteur nous conte le monde dans 50 ans. Et le moins que l'on puisse dire, il va mal, très mal. Il a été placé en soins palliatifs même si l'espoir guide encore quelques esprits. L'Europe s'est lancée dans une décroissance contrainte. Les États-Unis restent sur leur lancée, il ne faut pas restreindre la liberté d'entreprendre, la Chine et l'Union soviétique musellent leur population.
Un nouvel équilibre de la terreur a été établi entre ses 4 puissances, mais certains aimeraient bien que tout ce merdier se termine au plus vite. Un voyage sans retour sur Terre et dans l'espace.

Deux ans plus tôt, sa maman aurait dû participer au Jour du Don, le nom attribué à la cérémonie de suicide assisté, autrefois volontaire, désormais imposé, aux anciens à leurs soixante ans. Selon le gouvernement, c’est indispensable pour réduire leur impact environnemental, comme les coûts sociaux, à un niveau acceptable.

Voilà un roman assez désespérant sur le monde des puissants, dirigeants politiques ou économiques. Si tu es riche, très riche, tu t'en sortiras, sinon... Un thriller sur fond écologique où l'on suit quatre personnages qui vont tenter de faire l'histoire parfois à leur corps défendant. Et tous vont devoir faire des choix qui auront leur empreinte sur le futur.
Chaque chapitre s'ouvre sur un extrait de Radio Collapse, la radio qui vous fout le bourdon en racontant des tranches de vie bousculées par le dérèglement climatique. 

Et pourtant, comme beaucoup, elle ne parvenait pas à s’empêcher d’écouter Radio Collapse. La fréquence qui foutait le bourdon et encourageait ce genre d’idées. Un véritable vice… comme on ne peut s’abstenir, malgré la douleur, de jouer avec sa langue sur une dent branlante.

J'avais peur que le roman soit un peu didactique, un cri d'alarme pour agir au plus vite, mais Étienne Cunge (prononcé queunnege et pas quinge comme je le pensais), bref un texte à message au forceps, mais que nenni, place au thriller 48h chrono qui va vous empêcher de dormir (par sa qualité et par sa noirceur). J'avais peur aussi que ce soit un roman rempli de bienveillance sirupeuse, ce qu'il n'est pas du tout, c'est dur et c'est âpre : Réfugiés climatiques, écoanxiété et difficultés à changer sa mentalité consumériste, rien ne nous est caché.

Son doigt presse la détente, le silencieux fait son office et seul un court éclair blanc trahit leur présence. L’octogénaire ressent une grande jouissance en voyant le corps s’effondrer. Il enchaîne les coups au but, exterminant en à peine une minute sept des huit migrants.
Pour cette traque un peu spéciale, Grisham débourse plusieurs dizaines de milliers de dollars, mais, selon sa philosophie, l’argent sert à se faire plaisir. Et puis, un quart de ce montant est déductible des impôts, alors…


Un petit bémol, les relations entre grandes puissances m'ont semblé un peu maladroites, mais la raison d'État est bien rendue.
Et un gros bémol, je trouve cependant le prix du livre un peu cher, mais comme nous allons bientôt crever, autant se faire plaisir...

En proie à des montées d’angoisse soudaines, il ne put retenir une bouffée de haine envers les générations de la seconde moitié du vingtième siècle et du début du vingt et unième. Leurs grands-parents, leurs aïeux, tous les avaient abandonnés. Tous étaient des traîtres à leur descendance. Et celle-ci payait le prix du désespoir.
Pouvait-on concevoir crime plus abominable ?
Comment ne pas considérer leurs prédécesseurs comme responsables ? Ou plutôt, comme irresponsables ?

L'éditeur a cependant eu la bonne idée de demander à son auteur de réaliser deux vidéos sur son parcours et qui présente le livre. 

Attention toutefois , risque de torticolis élevé lors du visionnage, car Etienne Cunge a une grosse tête avec beaucoup de neurones à l'intérieur. La preuve ? Sa tête penche d'un côté, puis de l'autre, puis... Jamais droite. Mais on lui pardonne, il a l'air très sympathique et son roman est de la bombe !

Et n'oubliez pas, soyez écoresponsable, suicidez-vous. 


8/10 selon Gepe

Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse

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