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Adieu

mai 11, 2023

Jacques Expert, Sonatine, Le livre de poche, 2011, 408 p., 11€ epub sans DRM


Règlement de compte au poulailler.

Le pitch :

2001, Châtenay-Malabry. Une mère, son fils et sa fille sont retrouvés assassinés à leur domicile. Le père est porté disparu. Est-il lui aussi victime ou bien coupable ? Les recherches s'organisent, sous la direction du commissaire Langelier. Un mois plus tard jour pour jour, c'est au tour d'une seconde famille, tout aussi ordinaire, d'être abattue dans des circonstances identiques. Là aussi le père est introuvable. Presse, politiques, police, les avis sont unanimes, un tueur en série est à l'œuvre. Seul Langelier s'entête à concentrer tous ses efforts sur la piste des pères, qu'il soupçonne d'être à l'origine des massacres. Devant son obstination et son manque de résultats, son supérieur, le commissaire Ferracci, est obligé de lui retirer l'affaire. Commence alors entre les deux hommes une guerre froide, chacun s'efforçant de démontrer sa propre vérité, qui ne prendra fin que dix ans plus tard avec la révélation d'une incroyable réalité.


Mon ressenti :

Non, ne vous inquiétez pas, il s'agit juste d'un adieu pour cause de départ à la retraite, et encore, pas le mien, celui d'un commissaire de police. Mais il a une sacrée révélation pour fêter dignement son départ : la résolution d'une affaire déjà résolue !

Retour en arrière, le commissaire Langelier est chargé d'enquêter sur le meurtre d'une mère et de ses deux enfants dans leur maison. Le père est introuvable. Un mois plus tard, des meurtres identiques ont lieu, idem un mois après. Un tueur en série ? Mais où sont les trois pères disparus ?

Une enquête qui patauge, un commissaire sûr de son flair et l'emballement médiatique et politique qui prend le relais. Un début classique pour un polar mais l'auteur prend les chemins de traverse par la suite avec la longue traversée du désert de son commissaire et aussi lors de sa soirée de départ à la retraite.
Plus que l'enquête, classique et sans surprise, c'est la psyché de Langelier qui semble intéresser Jacques Expert. L'obsession maladive du commissaire, sa longue déchéance et son possible retour en grâce. C'est une plongée glauque dans son anti héros le sel de ce roman. On se demande s'il n'a pas pété une durite, s'il se bat contre des moulins à vent alors que tout semble clair. Est-il tombé dans la névrose, la dépression ou va-t-il nous faire le coup du génie incompris ? Jacques Expert plonge le lecteur dans l'expectative avec de multiples explications possibles, savoureux.

Dommage que l'enquête soit pour moi de carton-pâte, j'aurai aimé une affaire plus tortueuse pour perdre un peu plus le lecteur que je suis. Donc on se retrouve avec un magnifique anti héros et une affaire assez linéaire. Bancal donc, mais la descente aux enfers vaut vraiment le coup d'oeil.

Roman lu sur les recommandations d'Emmanuel Quentin. Et son avis par la même occasion.

Silo 2 - Origines

août 14, 2019

Hugh Howey, Le livre de poche, Actes Sud, 2014, 576 p., 10€ epub sans DRM


Si long Silo.

Présentation de l'éditeur :

En 2049, le monde est encore tel que nous le connaissons, mais le temps est compté. Seuls quelques potentats savent ce que l'avenir réserve. Ils s'y préparent. Ils essaient de nous en protéger. Ils vont nous engager sur une voie sans retour. Une voie qui mènera à la destruction ; une voie qui nous conduira sous terre.
L'histoire du silo est sur le point de débuter. Notre avenir commence demain.


Mon ressenti :

Le premier tome vous a laissé sur votre faim ? Vous en vouliez plus ? Connaitre les origines de ces silos ?
Hugh Howey est un auteur sympathique, il a pensé à vous en sortant le préquel, c'est à dire tout pour savoir comment Jules/Juliette s'est retrouvé enfermé dans le Silo 18, comment Solo a passé une bonne partie de sa vie isolé. Et surtout, la grande question : pourquoi les silos ?

Alors on entame les premières pages avec avidité, et le soufflet tombe malheureusement assez vite. Le roman est découpé en trois parties, et il faudra attendre le dernière pour en savoir plus sur les évènements du tome 1. Les autres parties nous emmènent dans les pas de l'architecte du Silo, un jeune député naïf qui va se trouver au centre d'une machination apocalyptique. Au centre, mais pas au coeur ! Et c'est ici que le bât blesse. Ayant une vision parcellaire de la situation, on se ballade en compagnie de Donald pour tenter de comprendre comment la situation a pu dégénérer. Bref, l'auteur nous ballade en tirant à la ligne, ses personnages subissant comme le lecteur les événements, ou pour le dire autrement nous envoie de mission en mission comme le jeune livreur. Et tome 3 oblige, beaucoup de choses garderont leur secret. 

Tout n'est pas que noir, la dernière partie permet de retrouver les personnages du premier tome, et les pages commencent à se tourner avec envie. C'est surtout l'histoire de Solo qui nous sera contée, sa métamorphose d'un gamin prénommé Jimmy qui suit le cours des événements sans se questionner sur son monde, à la triste désillusion de la réalité, de son isolement.

La mécanique est la même que pour le tome 1 : des chapitres courts ponctués de cliffhanger, des  points de vue multiples et, petite nouveauté, une narration sur plusieurs périodes. Le principal défaut est que l'auteur tourne autour de son sujet, sans nous dévoiler beaucoup de choses : on s’ennuie ferme. En outre, le point de départ, le comment tout cela a pu arrivé m'a tout de même semblé tirer par les cheveux.
Je lirai tout de même le dernier tome, pour connaitre le but ultime du Silo, mais la niaque n'est plus présente.


Silo, c'est aussi une aventure éditoriale et un auteur atypique. Pour tout savoir, écouter La méthode scientifique :

Grand entretien avec Hugh Howey

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/grand-entretien-avec-hugh-howey
La méthode scientifique du 27 juin 2019
Lien direct (enregistrer sous)

Pour conclure cette troisième saison, nous avons mis les petits plats dans les grands. En cette avant-dernière émission, nous partons au bout du monde pour retrouver celui qui a été tour à tour réparateur d’ordinateur, skipper, capitaine de yacht, puis commis dans une librairie universitaire. Il publie ses premiers romans sans grand succès, puis décide de publier ses nouvelles directement en ligne et d’un coup, c’est le grand emballement. Une nouvelle, deux, trois, les lecteurs se les arrachent, Hollywood se précipite. Il est avec nous sur son voilier depuis les îles Fidji. Hugh Howey, auteur de la trilogie Silo est notre grand invité de SF de cette fin de saison.
Une heure avec Hugh Howey : c’est le programme de luxe qui est le nôtre pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.


Mon avis

Mon avis


Quelques citations : 


Tout était fait en respect du protocole. Ils pouvaient faire confiance au système – il était conçu pour fonctionner pratiquement tout seul. Il fallait simplement que chacun fasse son travail et laisse les autres s’occuper du reste.

— Non. Je suis simplement en train de te dire que tu regardes trop de films de science-fiction. Je me demande même pourquoi toutes ces grosses têtes rêvent de coloniser une autre planète. Tu as une idée de ce que ça coûterait ? Non, c’est ridicule. Absolument pas rentable.
Donald haussa les épaules. Il ne trouvait pas ça ridicule. Il reboucha sa bouteille.
— C’est dans notre nature de rêver de grands espaces, dit-il. De trouver un endroit où prospérer. N’est-ce pas comme ça que nous nous sommes retrouvés ici ?
— Ici, en Amérique ?
Le sénateur rit.
— On n’est pas venus ici pour les grands espaces. On a infecté tout un peuple avec nos maladies, on les a tués et là, on a eu de la place.




Si chacun faisait en sorte de ne plus avoir besoin des autres, comment était-ce censé les aider à s’entendre ?

Donald, lui, commençait à comprendre que l’humanité avait frôlé l’extinction à cause de la folie de quelques hommes au pouvoir se suivant les uns les autres, chacun pensant que les autres savaient où ils allaient.

Silo

juillet 25, 2019

 Hugh Howey, Le livre de poche, Actes Sud, 2013, 560 p., 10€ epub sans DRM


Êtes vous Taupe ou Oiseau ?
L'été, c'est la saison des tests pour connaitre votre moi intérieur.
Alors, pour savoir si vous êtes du style casanier ou explorateur;
Pour savoir si vous avez la fibre Révolutionnaire, ou si vous préférez le style Dictateur;
Pour savoir si vous êtes Mouton ou Berger;
Passez le test du Silo.

Présentation de l'éditeur :


Dans un futur indéterminé, des survivants vivent depuis plusieurs générations dans un immense silo creusé dans la terre, à l’abri d'une atmosphère devenue toxique. Seul un immense écran relayant les images filmées par des caméras les relie au monde extérieur. Lorsque cette société bannit l’un des siens, il est envoyé dehors, vers une mort certaine, et pourtant, tous sans exception vont, avant de mourir, nettoyer les capteurs des caméras. Pourquoi ?


Mon ressenti :


Un homme, le shérif des lieux, s'enferme en prison. La raison ? Il veut sortir nettoyer des caméras !
Une première partie qui ouvre à pleins de mystères : Où sont tous ces gens ? Pourquoi la loi prohibe le fait de vouloir sortir ? Quelle est cette peine du nettoyage des caméras ? Des questions qui vont rapidement trouver leurs réponses, qui apporteront elles aussi leur lots de questions.

Un huis-clos dans une atmosphère claustrophobe, un post-apocalyptique dystopique qui m'a fait penser à l'atmosphère de la série Métro de Dmitry Glukhovsky, en moins politique.   
L'auteur dévoile peu à peu les clés de sa société, ses us et coutumes. ses étages et aussi son histoire, parcellaire. Nous allons suivre quelques personnages qui vont nous faire découvrir ce fameux Silo. J'ai beaucoup aimé les Ombres, de jeunes apprentis qui se mouvent dans l'ombre de leur Maitre pour apprendre leur sacerdoce futur, car dans cette société en vase clos, la redondance est la clé de la survie. Dans cette société très codifié, certains préfèrent rester dans leur quotidien, et d'autres qui préfèrent explorer, s'aventurer hors des sentiers battus. Des héroïnes fortes, un questionnement politique autour du fonctionnement d'une société, des chapitres courts et nombreux (82), des points de vue multiples font que cela se lit très rapidement.
Les sujets abordés sont nombreux : la stratification et reproduction sociale, avec pour seule récompense la mobilité dans les étages; les conséquences du pouvoir, avec la censure de l'information...
Pour celles et ceux qui n'aiment pas trop le côté sombre du post-apo, Silo pourrait vous plaire, l'auteur préférant l'optimisme au désespoir.


Quelques bémols tout de même : les personnages sont assez binaires, quelques grosses ficelles sont présentes, des hasards heureux, une petite guimauve sentimentale, des sujets largement déjà explorés dans les romans de SF, une pratique abusive du cliffhanger liée au changement de point de vues font que cela reste très formaté pour plaire au plus grand nombre. 
En outre, malgré un nombre de pages conséquent, nous apprendront peu sur les raisons qui ont amenés à l'enfermement d'une partie de la population. Et pour cela, il faudra lire les deux autres tomes, un préquel et la suite.
Mais ne crachons pas dans la soupe, ne jetons pas bébé avec l'eau du bain, ne poussons pas mémé dans les orties, cela reste un très bon divertissement qui se lit d'une traite.


Blackwolf est moyennement convaincu, Zina a pris beaucoup de plaisir, tout comme Xapur qui a trouvé sa lecture agréable, tandis que Lune a éprouver des difficultés à le lâcher. Bref, l'essentiel y est conclue Lorhkan. Lekarr76 ne voulait pas le lire, mais il l'a lu !


Silo, c'est aussi une aventure éditoriale et un auteur atypique. Pour tout savoir, écouter La méthode scientifique :

Grand entretien avec Hugh Howey

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/grand-entretien-avec-hugh-howey
La méthode scientifique du 27 juin 2019
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Pour conclure cette troisième saison, nous avons mis les petits plats dans les grands. En cette avant-dernière émission, nous partons au bout du monde pour retrouver celui qui a été tour à tour réparateur d’ordinateur, skipper, capitaine de yacht, puis commis dans une librairie universitaire. Il publie ses premiers romans sans grand succès, puis décide de publier ses nouvelles directement en ligne et d’un coup, c’est le grand emballement. Une nouvelle, deux, trois, les lecteurs se les arrachent, Hollywood se précipite. Il est avec nous sur son voilier depuis les îles Fidji. Hugh Howey, auteur de la trilogie Silo est notre grand invité de SF de cette fin de saison.
Une heure avec Hugh Howey : c’est le programme de luxe qui est le nôtre pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.


Mon avis
Mon avis


Quelques citations :


Même dans l’obscurité, son sourire projetait des ombres.

C’était trop facile de réagir à la colère immédiate qui s’apaisait à coups de canon. Pour écarter le risque d’extinction, il fallait autre chose, une vision, et une patience infinie.

Holston sentait les vibrations dans la rampe luisante, polie jusqu’au métal. Ça l’avait toujours ébahi : comment des siècles de paumes nues et de semelles traînantes pouvaient éroder l’acier massif. Une molécule après l’autre, supposait-il.

Le monde qui l’entourait était stratifié. C’était de plus en plus clair à ses yeux. Le haut ne se souciait que de la vue qui se brouillait et tenait pour acquis le jus pressé du petit-déjeuner. Pour les gens qui vivaient au-dessous et travaillaient dans les jardins ou nettoyaient des cages d’animaux, tout tournait autour de leur monde de terre, de verdure et d’engrais. Pour eux, la vue du monde extérieur était périphérique, on l’oubliait jusqu’au prochain nettoyage. Et puis il y avait le fond, les ateliers d’usinage et les laboratoires chimiques, le pompage du pétrole et le roulement des engrenages, le monde concret des ongles enluminés de cambouis et le parfum musqué du labeur. Pour ces gens-là, le monde extérieur et la nourriture qui s’écoulait lentement jusqu’à eux n’étaient que des rumeurs et un moyen de subsistance. Pour eux, le silo était là pour permettre aux gens de faire tourner les machines, alors que, sa vie entière, Jahns avait pensé exactement le contraire.

Le goût de l'immortalité

février 14, 2019


Catherine Dufour, Mnémos, Livre de poche, 2005, 320 p., 7€ papier


Confessions d'un zombie

Présentation de l'éditeur :


Mandchourie, en l'an 2213 : la ville de Ha Rebin dresse des tours de huit kilomètres de haut dans un ciel jaune de pollution. Dans les caves grouille la multitude des damnés de la société, les suburbains.
Une maladie qu'on croyait éradiquée réapparaît. Cmatic est chargé par une transnationale d'enquêter sur trois cas. Une adolescente étrange le conduira à travers l'enfer d'un monde déliquescent, vers ce qui pourrait être un rêve d'immortalité.
Mais vaut-il la peine d'être immortel sur une Terre en perdition ?

Mon ressenti :

Optimistes de toutes obédiences, passez votre chemin, ce monde futur n'est que souffrance et noirceur, les gens honnêtes n'y font pas de vieux os. Pour preuve le récit de deux protagonistes qui vont croiser le chemin de notre narratrice. 
Le propos : la narratrice le dit très bien en début de texte :

je peux déjà vous promettre de l’enfant mort, de la femme étranglée, de l’homme assassiné et de la veuve inconsolable, des cadavres en morceaux, divers poisons, d’horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon nymphomane et une... non, deux belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose. À défaut de style, j’ai au moins une histoire. En revanche, n’attendez pas une fin édifiante. N’attendez pas non plus, de ma part, ni sincérité, ni impartialité : après tout, j’ai quand même tué ma mère.
Ce n’est pas un sujet qui peut se passer de mensonges.
Trois récits pour une histoire, une ado figée dans le temps, un entomologiste pris dans des enjeux géo-industrio-politiques et une musicienne qui va tenter d'adoucir les moeurs. Ajouter à cela des tours immenses qui ne sont pas sans rappeler certaines monades, une variation de paludisme extrêmement meurtrier, une utopie dictatoriale et une sorcière vaudoue. Et au milieu de tout ça, des hommes qui se battent pour survivre dans ce monde déliquescent. Seuls les plus forts survivent. 

A travers ces trois tranches de vie, Catherine Dufour nous dessine un futur pas très glorieux, où les Etats n'existent plus que derrière des multinationales qui se font la guerre. L'éternelle lutte entre classe laborieuse et classe dirigeante se creuse, ce n'est plus un fossé qui les sépare, mais un gouffre, avec quelques petites passerelles pour certains joueurs à l'éthique inexistante.
Rien de nouveau sous le soleil, mais l'auteure a une approche différente de bien ses confrères, un style incisif, parfois cynique et des personnages complexes. Le roman ne restera peut-être pas dans mes annales, mais le destin de ses trois personnages malmenés par l'histoire continueront de ma hanter, un petit goût d'immortalité en quelques sortes.



Prix Bob-Morane 2006.
Prix Rosny aîné 2006.
Prix du Lundi 2006.
Grand prix de l'Imaginaire 2007.


Récapitulatif

Quelques citations :

[à propos des scientifiques] Pour le moment, j’ai besoin de techniciens capables d’assurer la maintenance des générateurs d’air, pas de branleurs rêvant aux trous de Vers.

[...] on ne peut pas commencer quoi que ce soit de juste comme ça. Parce qu’affronter une maladie, une catastrophe naturelle, c’est dans l’ordre des choses. Les humains ont toujours lutté contre le monde et lutter, c’est perdre souvent. Mais le meurtre, c’est autre chose. Un être humain qui en tue un autre, c’est qu’il accepte de devenir lui-même une catastrophe naturelle. Il devient son pire ennemi, il pactise avec la force écrasante du monde. Quelle utilité de sauver une vie au prix de l’envie de vivre ?

[...] que peut-on attendre de gens qui, au bout de cent années d’existence, ne sont morts ni d’amour, ni de dégoût, ni d’épuisement ? Un peu de sagesse ? J’en cherche les effets autour de moi et je ne vois rien. Que peut-on espérer d’un monde que dirigent d’inusables vieillards ? Nous qui avons le temps, la connaissance et le pouvoir, nous ne savons que durer. Nous n’avons appris qu’à nous survivre. Nous sommes des monstres, mon ami.

[...] je ne crois pas à cette sagesse des anciens pour laquelle vous avez tant de respect. Car les vieillards sont ceux qui ont beaucoup vécu et donc beaucoup souffert. Je suis morte et j’ai tué, j’ai vu tuer et mourir, j’ai eu un temps immense pour la douleur et la méditation, ai-je pour autant grandi en force morale ? En discernement ? La souffrance n’élève pas, elle abaisse. Elle ne rend pas intelligent, elle abrutit ; elle ne rend pas plus fort, elle fêle ; elle n’éclaircit pas la vue, elle crève les yeux ; elle ne mûrit pas l’esprit, elle le blettit.

Mais peut-être est-il encore possible, avec beaucoup de soin, de science et de patience, de rendre la terre aux hommes et les hommes à la terre ? De rogner les tours à défaut de les abattre, épurer nos sols, nos eaux et notre air pour y relâcher, ressuscitées, toutes les Espèces dont nous conservons l’adn avec un soin pathétique ? Et ensuite, oser risquer un œil hors du Réseau sous un ciel moins jaune de crasse ? La tâche est immense, il y faudrait une parfaite maîtrise du présent, une connaissance intime des erreurs passées et beaucoup de temps.

Légion : à fleur de peau

mai 05, 2017

Brandon Sanderson, Le livre de poche, 2016, 224 p., 6€ epub avec DRM



Sur un sujet d'actualité posant quelques questions éthiques, le corps humain comme espace de stockage, Brandon Sanderson préfère s'attarder sur son exploration ludique de la psyché de Stephen Leeds. Et on en redemande.

Présentation de l'éditeur :


Stephen Leeds, surnommé « Légion », est un homme aux capacités mentales singulières lui permettant de générer une multitude d’avatars : des hallucinations aux caractéristiques individuelles variées et possédant une vaste gamme de compétences très spécifiques. Leeds est investi d’une nouvelle mission : retrouver un corps qui a été dérobé à la morgue locale. Il ne s’agit pas de n’importe qui. Le cadavre est celui d’un pionnier dans le domaine de la biotechnologie expérimentale, un homme qui travaillait sur l’usage du corps humain en tant qu’espace de stockage. Il se peut qu’avant sa mort il ait incorporé des données dans ses propres cellules. Ce qui pourrait se révéler dangereux…

 

Mon ressenti :

 

Deuxième épisode des aventures de Stephen Leeds, détective schizophrène, dont les hallucinations sont un aspect à part entière de sa personnalité et de son entourage.

Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires

mars 30, 2017

Brandon Sanderson, Le livre de poche, 2010, 312 p., 12€ epub avec DRM (intégral des 4 tomes)


Un complot mondial ourdi par des bibliothécaires. Heureusement que j'emprunte en numérique, sinon, j'aurais mordu les mollets de ces infâmes !

Présentation de l'éditeur : 

 

Je m'appelle Alcatraz. J'ai treize ans, je suis orphelin et je ne suis pas un gentil. Laissez-moi vous dire une bonne chose : si un vieux bonhomme à la santé mentale douteuse débarque chez vous sous prétexte qu'il est votre grand-père et que vous devez l'accompagner dans une espèce de quête mystique... refusez sans hésiter. J'ai été obligé d'enfreindre cette règle ; c'était un cas de force majeure. Mais croyez-moi, c'est à ce moment-là que mon destin a basculé, direction sacrifices, dinosaures, magie noire et infâmes bibliothécaires.

Mon ressenti :

 

Alcatraz est un jeune adolescent balloté depuis sa tendre enfance de famille d'accueil en famille d'accueil. De ses parents, il ne connait rien, si ce n'est qu'ils lui ont laissé comme prénom le nom d'une célèbre prison. De quoi entrer dans la vie avec de sérieux handicaps. A cela s’ajoute une sérieuse propension à casser, détruire... Pas très florichon. Jusqu'au jour où....

Legion

février 13, 2017

Brandon Sanderson, Le livre de poche, 2012, 96 p., 5€ epub avec DRM


Voyage dans le temps + maladie mentale + humour = une agréable distraction.

Présentation de l'éditeur :


« Mon nom est Légion, parce que nous sommes nombreux. » Ainsi parle le démon dans l’Évangile de Marc. Le héros de cette nouvelle, Stephen Leeds, surnommé Légion, est un être multiple : très intelligent, il peut apprendre n’importe quoi en très peu de temps, mais extériorise tous ses savoirs sous forme d’hallucinations, qui sont autant d’aspects de lui-même. Il vit reclus dans une grande maison, entouré de ces nombreuses entités hallucinatoires, toutes dotées de compétences hautement spécialisées. Il est riche, car il loue ses services à qui peut se les payer. Un jour, il est engagé pour enquêter sur la disparition d’un scientifique, inventeur d’un objet très particulier : un appareil photo capable de prendre des photos du passé…

 

Mon ressenti :

 

Sur une trame des plus classiques - un détective de génie, reclus dans un manoir gigantesque, un major d’homme au petits soins et une enquête à la lisière du surnaturelle - Brian Sanderson arrive à sortir des sentiers battus grâce à son personnage schizophrène de Stephen Leeds.
Las, ces hallucinations très nombreuses sont toutes dotées de caractères différents, avec leur susceptibilité. Pas facile la vie en communauté !

Les Monades urbaines

août 12, 2016

Robert Silverberg, Le livre de poche, 1971, 256 p., épuisé

 

2351, 75 milliards d’habitants qui s’entassent dans des immeubles hauts de trois milles mètres. Avec une telle population, n‘importe quelle société s’interrogerait sur le développement démographique. Pas celle-ci.

« Créer la vie est un devoir sacré. Quand on cesse de croître, on commence à périr ; ce qui est vrai d’une seule personne l’est tout autant de la population d’une monade urbaine, ou d’une constellation urbaine – d’un continent – d’un univers. »

Robert Silverberg nous explique comment une telle société est possible, quelles sont les règles qui la régissent, sa religion déguisée et son eugénisme social. Sous des apparences utopiques, nous constatons que tout n’est pas si rose, loin de là.

Les déportés du Cambrien

août 08, 2016

Robert Silverberg, Le livre de poche, 1968, 192 p., 6€ papier

 

Que faire d’opposants politiques jugés irrécupérables ?
Les envoyer dans un bagne sur une île isolée ? Dans un goulag au froid polaire ? Trop de possibilités d’évasion.
Leur faire subir la peine de mort ? Pas assez démocratique
Les déporter dans le Cambrien ? Cela semble une bonne idée, surtout lorsque la technologie du voyage temporel est incapable de remonter le temps. Pourquoi cette période historique ? Eviter que les déportés puissent modifier le futur. La faune se résume juste à quelques petits brachiopodes et autres trilobites. Il y a l’eau et la roche.
Pour les ignares, le Cambrien est une époque très lointaine située il y a environ cinq cent millions d’années. Robert Silverberg situe dans le roman le Cambrien il y a 1 milliard d’années : erreur de l’auteur, du traducteur ou insuffisances des connaissances de l’époque ?

Les temps parallèles

août 01, 2016

Robert Silverberg, Le livre de poche, 1969, 320 p., 7€ papier

 

2059, Jud Elliott est un jeune un peu paumé, ne sachant pas quoi faire de sa vie. Un de ses passe temps est l'histoire de la culture bizantine et de Constantinople. Par hasard, il fait la rencontre de Sam, qui lui fera découvrir le métier de guide temporel. Cette profession permet d'amener des touristes visités le passé, en particulier les grands événements. Nous suivons la formation de Jud ainsi que ses premiers pas comme guide.

La formation permet de faire comprendre aux apprentis les différents paradoxes découlant du voyage temporel. Et ces derniers sont nombreux : le paradoxe de l’assistance cumulative, le paradoxe de l’Accumulation Temporelle, l’ultime Paradoxe, le paradoxe du Déplacement Transitoire, la loi des Paradoxes Moindres, le paradoxe de la Discontinuité, le paradoxe de la Duplication et le paradoxe des paradoxes. Je n'entre pas dans le détail pour éviter de vous gâcher leurs découvertes.

Les déserteurs temporels

juillet 29, 2016

Robert Silverberg, Le livre de poche, 1967, 218 p., 7€ papier

 

C'était mieux avant ?

Vingt-cinquième siècle, le monde est pollué, surpeuplé, le taux de chômage atteint des sommets. Selon leur utilité, les hommes sont divisés dans différentes classes. Dans les premières, vous avez le droit à l'eau, l'oxygène. A l'autre extrémité, le rationnement sera votre raison de vivre. Pour fuir cet enfer, un quidam aurait inventé la possibilité de vous envoyer dans un autre siècle plus accueillant, les déserteurs temporels se recrutent en masse...


Nous suivons les aventures de Quellen, bureaucrate de Septième Classe au Secrétariat Criminel, chargé de résoudre l'affaire et d'interrompre les désertions.

En parallèle à cette histoire, une deuxième trame vient s'y greffer, celle de la soeur de Quellen et de son mari Hélène et Norman Pomrath, chômeur de Quatorzième Classe.

Le roi en jaune

mai 12, 2016

Robert William Chambers, Le livre de poche, 2007, 210 p., 9€ epub avec DRM


C'est un recueil de nouvelles ayant pour point commun le livre le roi en jaune, du moins certaines…

Le Restaurateur de réputations : Suite à une chute de cheval, Hildred Castaigne est soigné dans un hôpital psychiatrique. Quelques années plus tard, guéri et rendu à la vie civile, il ne cesse de se croire être le roi en jaune.
Nouvelle autour de la perception de la réalité qui, sans être mauvaise, aurait gagné à avoir une fin plus ouverte.
Le parallèle avec Lovecraft est ici le livre maudit le roi en jaune, rendant fou celui qui le lit.

Le Masque : Boris Yvrain, sculpteur, expérimente un mystérieux liquide capable de transformer les êtres vivants en statues de marbre.
Nouvelle autour de deux amis amoureux de la même femme et inversement sans grande originalité. J'avais l'impression que la référence au livre le roi en jaune y a été ajoutée afin de pouvoir l'intégrer au corpus sans apporter de réel intérêt.
Fourni par Blogger.