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Là où fleurissent les rêves

mars 12, 2026

Et si nos vies n’étaient que les pétales d’une même fleur ?

Une maladie-fleur sur la poitrine, une chambre d’hôpital inconnue, un médecin butineur… Lorsque Daisy reprend conscience après une consultation, rien ne lui est familier. Comment accéder à ses souvenirs ? Comment communiquer ?Et surtout, comment comprendre ces rêves étranges, cette ville de gratte-ciel, ce goût de terre, cet être de lumière ? Ces rencontres impossibles avec les membres de sa famille ? Un récit éblouissant qui nous entraîne dans de nombreux niveaux de conscience, sous des cieux inexplorés où se mêlent spiritualité et science-fiction.

 

Mon ressenti :

Difficile de résumer le dernier bouquin d’Arnauld Pontier. C'est une plongée vertigineuse dans les questions qui hantent l’humanité : qu’est-ce que la conscience ? D’où vient-elle ? Et surtout, où va-t-elle une fois la mort venue ? Entre métaphysique, spiritualité et science-fiction, l'auteur nous emmène vers différents tropes du genre, tel la fameuse planète 9 qui sert de boîte de pétri à toutes les vies de Daisy.

L’histoire, c’est celle de Daisy, dont on suit les vies qui s’entremêlent comme les racines d’une fleur. On navigue entre un Paris futuriste, une existence étrange sur le monde de Bokan, et une mission scientifique vers la mystérieuse Planète 9.

C’est une lecture courte, à peine deux heures, mais dense. L’auteur nous balade dans une structure particulière, faite de strates de souvenirs qui m'ont parfois un peu perdu, mais c’est clairement fait exprès. On est dans le flou, comme Daisy, jusqu’à ce que le puzzle se reconstitue à la fin. J'avoue que certaines références m’ont dépassé, mais le voyage dans ces contrées imaginaires est un pur plaisir. Plaisir d'autant plus intense que Pontier cite l'un de mes chouchous, Robert Charles Wilson. On y retrouve cette obsession pour l’altérité radicale et la conscience collective.

On reproche souvent à la SF d'avoir un style un peu plat, mais ici, c'est tout l'inverse. L’écriture est précise, parfois poétique. Ma seconde lecture (je vous ai dit que c'était dense !) m’a montré tous les indices parsemés tout du long, notamment autour de la fleur : le prénom, Daisy signifie marguerite, … Une des idées du texte – si j’ai bien tout compris - est que notre cerveau n’est qu'un filtre, une « valve de réduction » nous permettant de croire à l'illusion d’être unique, alors que nous appartenons à une conscience bien plus vaste.

Une lecture qui reste en tête après avoir fermé le livre grâce à ses différents niveaux de lecture et cette idée que la mort n'est, au fond, qu'un « rempart à nos futures échappées belles ».

Si tu ne connais pas l'auteur, je te conseille d'aller lire l'interview qu'il m'avait accordé et découvrir ses mille et une vies : Arnauld Pontier, de rencontre en rencontre

Clapotille

janvier 28, 2026

Laurent Pépin, Fables fertiles, 2024, 128 p., 18€ papier

 

Le triptyque se referme. Et ça clapotille fort.

 

Pitch de l'éditeur : 

Après tout, il habitait encore dans un coin de ma tête, quand je suis apparue sur cette plage, sur le sable enneigé, peut-être qu’il a éclos comme ça, lui aussi, sur une autre plage, ou dans un lac, sous la montagne, dans un océan de coquelicots, ou parmi les feuillages ardus d’une forêt de ventilateurs.

 

Mon ressenti :  

Les contes, c’est pour les enfants. Version Disney, peut-être. Mais jadis, les contes n’étaient ni sages ni mièvres. Et ça, Laurent Pépin ne l’a pas oublié.

Monstre + Ogresse = ?

Avec Clapotille, l’auteur referme son triptyque monstrueux. Après le père dans Monstrueuse Féérie, après la mère dans Angélus des Ogres, voici la fille. Et avec des parents comme les siens, on s’attend forcément au pire.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture qui fait la singularité de cette trilogie, qui ne cherche pas à expliquer mais à faire ressentir : un pied dans le conte, l’autre dans quelque chose de plus inquiétant, entre féerie fragile et cauchemar. Clapotille clapotille justement entre les deux, sans jamais choisir son camp. Le cœur du livre, c’est le lien entre Clapotille et son père. Elle ne cherche ni à le réparer ni à le normaliser. Elle fait avec ce qui est cassé. Alors elle fabrique des rêves, elle pose des pansements sur les trous de la mémoire.

Psychanalyse des contes de monstres

Car ici, rêver est devenu un délit. La société, au nom de la raison, de la santé publique et du “bon fonctionnement”, a interdit tout ce qui dépasse : la musique, la littérature, l’émerveillement… jusqu’à la météo. Les Briseurs de Rêves veillent. Rêver est suspect. Rêver est puni.

Pépin pousse encore sa critique de la normalisation des esprits. Te dire que j’ai tout compris ? Je ne m’y risquerai pas - et je ne pense pas que ce soit le but. Son écriture est une décompensation poétique assumée. Quand Clapotille est malade, elle ne crache pas des mots : elle crache de l’or et des pierreries.

Je me suis encore dit que ce livre n’était pas pour moi. Et encore une fois, Pépin m’a eu. Parce que ce n’est pas un roman sur la “psy”, mais un livre sur le deuil, la survie, et les fictions qu’on invente pour rester debout dans un monde qui préférerait nous voir bien rangés.

Clapotille est une ode aux sans, à ceux qui ont dû inventer un “truc”, un rêve, une fable, une folie, pour tenir debout. Une conclusion sombre, marquante, mais surtout pleine d’espérances.


"Laurent Pépin dit l’indicible" (L'épaule d'Orion), "un antidote à l'uniformisation ambiante et un chant d'amour à l'imagination" (Weirdaholic)

L’agneau égorgera le lion

mai 14, 2025

 

Margaret Killjoy, Argyll éditions, 2024, 128 p., 6€ epub sans DRM


J'avoue que j'aurais peut-être préféré que l'agneau soit en fait un mouton… Ça aurait totalement changé la donne, non ?

Pitch de l'éditeur :

Après des années passées sur la route, Danielle Cain débarque à Freedom, une ville de l’Iowa squattée par des anarchistes, à la recherche d’indices sur le suicide soudain de son meilleur ami.
Sur place, l’ambiance a tourné à l’aigre depuis que les habitants ont invoqué un esprit protecteur, un cerf rouge sang à trois bois. À la fois juge et bourreau, l’animal commence à se retourner contre ses invocateurs.
Danielle espérait élucider les circonstances d’une mort mystérieuse, mais c’est peut-être bien tout une communauté anarchiste qu’elle devra sauver !

Mon ressenti :

L’agneau égorgera le lion est un court roman d’une centaine de pages. On y découvre, à travers les yeux de Danielle, une bourgade reculée, autoproclamée commune libre, où l’autogestion se dévoile en filigrane, sur fond d’enquête teintée de fantastique. La lecture est sympathique, mais j’en ressors avec un sentiment mitigé : le format court nuit, selon moi, à la profondeur du récit.

Les personnages m’ont semblé trop peu fouillés, parfois réduits à des rôles presque caricaturaux. Mis à part Danielle, à laquelle on pourrait s’identifier, les autres habitants de Freedom n’ont guère plus qu’un prénom et une fonction (gentil/méchant). Cela limite l’attachement, et donne l’impression de survoler la communauté, là où j’aurais aimé plonger dans ses contradictions et ses espoirs.

Côté crédibilité, certaines ellipses m’ont déstabilisé : Danielle comprend parfois en quelques heures ce qui aurait pu demander des jours, et le « combat final » laisse des zones d’ombre, notamment sur le rôle des forces de l’ordre... Cette histoire sympathique reste en surface. Peut-être est-ce le format qui veut ça, mais j’ai eu la sensation d’un trop-plein d’idées dans un espace trop restreint. Certes, on pourra me dire qu’il s’agit du premier tome d’une série (ce qui n’est pas clairement indiqué), mais si j’achète un one shot, j’attends une histoire bouclée et aboutie – même si, à la décharge du livre, l’intrigue principale trouve tout de même sa conclusion.

Je ne suis sans doute pas le cœur de cible de cet « urban fantasy » libertaire. J’avais choisi ce livre pour son ambiance anarchiste : elle est bien là, et l’autrice sait la rendre presque vivante, mais malheureusement les aventures ne semblent pas crédibles (cela aurait pu faire un bon épisode de Scoobidoo). J’aurais voulu plus : plus de chair autour des personnages, plus de gourmandise, plus de moyens de m’immerger dans cette utopie. Bref, le même ressenti lors de ma précédente lecture de l'autrice avec son Un pays de fantômes. Il y a cependant quelques réussites : ce cerf rouge qui juge et exécute les habitants, donne une originalité. La parabole sur le pouvoir et la dérive des utopies est bien vue, et l’ambiance fonctionne. Sans compter la très belle couverture.

Au cœur des Méchas

mai 10, 2024

Denis Colombi, Editions 1115, 2024, 96 p., 9€ papier


Une histoire de petites mains dans un monde de géants

Pitch de l'éditeur : 

Quand on ne peut plus faire l’économie des combats titanesques face aux assauts répétés de la menace extraterrestre, ne reste qu’une solution pour sauver l’humanité : l’amputer d’une fraction de sa population en l’envoyant travailler au cœur des Méchas. Mais pour combien de temps, encore ?


Mon ressenti :

Lorsque une personne a des compétences dans un domaine et se met à pondre un texte littéraire, ma crainte est : et si son bouquin n'était qu'un prétexte pour nous asséner un cours magistral ? En l'occurrence, il s'agit d'un sociologue, donc de la science molle, ça s'étale mieux ! et de voir de longs passages bien didactiques pour te montrer qu'il est celui qui sait. D'autant plus quand le savant n'est pas le plus médiatisé, il faut prouver encore plus son talent. Bref, voici mon état psychologique qu'en j'ai ouvert le livre dont le pitch me faisait bien envie.

Si vous avez déjà vu Neon Genesis Evangelion ou Pacific Rim, vous savez ce qu'est un mécha, un robot géant piloté par un humain. Mais on sait moins d'autres trucs, c'est qu'il y a toute l'équipe d'ingénierie qui se trouvent à l'intérieur de la bestiole pour la réparer. Le job de notre protagoniste, c'est mécano, qui raconte son histoire à un quidam venant admirer le prochain combat entre un mécha et un méchant alien.
Un protagoniste goguenard et cynique qui prends conscience de sa place dans la société, un rouage indispensable mais invisible et méprisé. Une réflexion profonde mais jamais lourde sur la condition humaine.

Un texte lu d'une traite, et dont la chute, géniale, permet de continuer l'histoire. Cela m'a fait penser au livre Le vieil homme et la guerre de John Scalzi, un sujet proche, de la chair à canon, et un ton léger pour une réflexion profonde. Le bémol aurait pu venir d'un univers un peu limité au vue du nombre de pages, la menace alien est présente et peu développé, le peu de personnages idem. Mais je n'ai pas trouvé de manque. J'ai cru à l'univers et au personnages, comme au traitement de l'homme, du moins ici de la femme, car notre mécano est une femme. Une belle réussite, même si les thèmes abordés ne vous séduisent pas d'emblée.

Qu'en est il de l'étalage de sciences de l'auteur ? Il n'y en a pas ! On en redemande. Pas de lourdeurs conceptuelles ni d'étalage de connaissances sociologiques à l'horizon ! Juste une histoire prenante, un personnage attachant et une critique sociale fine et intelligente.

Une interview de l'auteur est disponible : Denis Colombi : Le Socio-Combattant de l'Imaginaire

Même son de cloche chez De l'autre côté des livres : le résultat est un texte à la fois intelligent et amusant qui se lit également très bien et vous offre un moment de détente, avant de vous fournir matière à réflexion.

L'angélus des ogres

novembre 14, 2023

 

Laurent Pépin, Fables fertiles, 2023, 106 p., 18€ papier


Hors normes

Pitch de l'éditeur : 

Les Voix avaient fini par apprendre à se taire. Jusqu’à cette rencontre avec Lucy, une patiente thanatopractrice en mesure de percevoir et de capturer les fragments de vie résiduelle chez les défunts, ces traces infimes d’existence que l’on ne peut pas nous enlever quand on meurt. Mais à l’heure des ombres, Lucy devenait énorme et terrifiante…
L’angélus des ogres est le deuxième volet de trois d’un conte où la plume résolument percutante de Laurent Pépin prolonge ce fascinant esprit de fugue que l’auteur déploya dans Monstrueuse féérie.
Candidats à la sublimation d’un monde qu’il convient de rendre plus respirable, voici L’angélus des ogres.


Mon ressenti :

Voilà un conte cruel et noir, se cachant sous la poésie pour nous mettre dans la tête d'un ... D'un quoi au fait ? Nous savons juste qu'il est le narrateur est qu'il travaille dans un centre psychiatrique comme psychologue. Enfin, c'est ce qu'il dit, car il est très peu fiable ce narrateur.

Comment vivre avec le traumatisme, avec ses monstres intérieurs ? Comment vivre avec les autres alors que vivre avec soi est impossible ? Laurent Pépin nous met dans la tête de son personnage pour tenter de nous faire vivre une pensée singulière, très singulière. Cela pourrait être malaisant au possible, mais son écriture poétique permet de jeter des ponts entre le malaise et la beauté, son narrateur devenant plus humain au fil des pages malgré la monstruosité qui se déchaîne.

J'ai beaucoup aimé me plonger dans cette altérité radicale et ouvrir les portes du placard, jeter un oeil sous le lit pour voir quelles sortes de monstres aller surgir. L'auteur réussit à rendre humain son narrateur malgré sa folie destructrice. Et j'espérais qu'il puisse s'en sortir. Mais comment aider ? Toute la question est là...

Second tome de la trilogie, le narrateur nous paraît moins allégorique, nous dévoile un peu de son passé et présent. Parue initialement aux éditions Flatland, cette réédition s'est accompagnée d'une réécriture. La noirceur y est beaucoup plus présente, le drame plus prégnant. Un conte sortant de l'ordinaire, la découverte d'une plume atypique dans l'imaginaire.

Reste à attendre la suite et fin. J'ai hâte. Et toi pauvre lecteur, sauras-tu affronter ces mystères alors que les cloches sonnent l'angélus ?

Fourni par Blogger.