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30/Robert Charles Wilson/custom

La nuit des cannibales

janvier 21, 2018

 

Gabriel Katz, Pygmalion, 2017, 384 p., 14€ epub avec DRM

De la trilogie Le puit des mémoires, j'ai gardé en tête une plume efficace et pleine d'humour.
Je ne pense pas avoir déjà lu de romans avec des cannibales, alors qu'en les deux sont réunis, pourquoi ne pas y regarder de plus près ?

 

Présentation de l'éditeur :


«Le réveil, déjà... Il est sept heures. Bizarre, j’aurais juré l’avoir réglé sur huit. Sous ma main, la table de nuit est plus basse que d’habitude. La radio gueule un truc qui ressemble à Madonna ou Lady Gaga, bref ce n’est pas France Info. Je me lève dans le noir et me demande d’où vient cette infâme odeur de pieds. Je n’ai jamais senti des pieds de ma vie, et même si j’ai assez bu pour me réveiller dans un lit qui n’est pas le mien, ça n’a jamais fait puer personne. L’interrupteur, enfin, me tombe sous les doigts. J’allume.
Je regarde mon bras... qui n’est pas mon bras. Mon nez me paraît pointu, mes pommettes aussi. Putain, je ne suis pas moi.»
Lorsque Maxime de Retz, homme d’affaires de 43 ans, se réveille dans le corps d’un ado, la situation est pour le moins embarrassante. Mais, quand on essaie de l’assassiner, là, tout part carrément en vrille.

Mon ressenti :


Se réveiller dans la peau d'un autre n'est pas une idée des plus originale, et peut rappeler une série de films avec un certain Christophe Lambert. Mais l'auteur se démarque un peu dans l'explication de cette métempsychose.

Gabriel Katz prend son temps pour nous révéler le pitch de départ, une centaine de pages. Le temps de faire la rencontre avec quelques personnages qui ont comme particularité de s'être réveillé dans le corps d'une autre personne. L'occasion de nombreux moments d'humour : se retrouver dans un corps adolescent avec une famille inconnue n'est pas si facile à gérer. Les vieux se rappellent leur jeunesse perdue au travers de ces corps jeunes. Les péripéties enchainent assez rapidement, les pages aussi. On se surprend à sourire face à quelques bon mots ou situations croquilognesques et on a envie de savoir ou tout cela va nous mener.
Par contre j'avais souvent l'impression qu'il s'agissait plus d'un retour dans le passé que d'un réveil dans la peau d'un autre : dans la façon que l'auteur se moque des étrangetés du quotidien, du mode de vie ou de la décoration des intérieurs. Le mode de vie entre vieux et jeunes est certes différents.mais le fait de mettre en les mains de ces ados de vieux téléphones, de décrire des intérieurs vieillissants a fait que je ne savais plus trop où j'en étais. 

Côté personnages, et bien il y en a. Et il y a de l'action surtout. Les personnages font ce que demandent la trame du livre. Si vous cherchez plus, pas de bol. Dans sa trilogie du Puits des mémoires, l'auteur nous faisait réfléchir sur l'identité, ici, nous sommes face à un page turner pur et dur et si réflexion il y a, elle se résume à deux trois phrases. Les plus jeunes d'entre vous risquent de ne pas saisir les situations où l'auteur se moque de la jeunesse, les plus vieux d'entre vous se diront sûrement que c'est un bouquin pour les jeunes vu le manque de réflexions. Bref, pas sûr que ce roman trouve son public.

Au final, nous avons Perte de mémoire + Tueurs aux trousses, soit le pitch du Puits des mémoires, on ne peut dire que Gabriel Katz se renouvelle, à part passer de la fantasy au fantastique.
Ça se lit très rapidement, sans prise de tête. Vite lu, vite oublié. Mais bon, j'ai repensé à Christophe Lambert et ça, ça n'a pas de prix, pas comme ce roman. 384 pages d'après l'éditeur : l’ayant lu en numérique, je pense que le texte a été bien aéré. Un prix élevé au vue du nombre de pages  et en plus des DRM.

Quelques citations :


Les gens ont beau savoir ce que je suis, ils s’entêtent à me voir comme ce que j’ai l’air d’être.

Bref, j’ai une agence de mannequins, qui marche assez bien pour m’avoir payé ma classe E, mon appart, et ma Rolex – d’occase, mais deux mille euros quand même. Je m’habille en noir, parce que dans mon milieu, c’est ça ou s’habiller créateur, or je me contrefous des fringues. Je me suis fait pousser une petite barbe, c’est la mode, et puis ça va bien avec mon style. Je me suis offert la dernière télé 3D, que je n’ai jamais regardée en 3D, parce qu’il n’y a pas beaucoup de films en 3D, mais quand il y en aura, j’aurai déjà la télé. J’ai un iPhone, un iPad, un iPod, trois crédits dont un sur vingt ans, et une pension alimentaire qui me rappelle tous les mois qu’il n’y a rien de plus con que le mariage.



Black Mirror saison 4 - Episode 05 et Episode 06

janvier 19, 2018

Série créé par Charlie Brooker

Petit retour sur les épisodes 5 et 6 de la saison 4 de Black Mirror

Episode 05  : Tête de métal

David Slade, 2017, 40mn



Le terminator nouveau est arrivé, et il ressemble à un chien. Méchant, très méchant.

Synopsis :
En explorant un entrepôt abandonné, trois pillards en quête de ressources déclenchent un monstre impitoyable qui s’élance à leur poursuite dans un désert inhospitalier.

Mon ressenti :

Nous suivons trois personnes roulant dans une voiture discutant d'un plan surement illégal. Ils n'ont pas l'air des malfrats habituels et la peur suinte de tous leurs pores. Les paysages entraperçus évoquent un monde post apocalyptique. Et au milieu de ce désert d'épaves, un entrepôt gigantesque et bien entretenu.




Charlie Brooker nous refait Duel en version moderne. L'épisode est tout en noir et blanc qui manque toutefois d'un peu de beauté, mais nécessaire au vue du sang qui va vite devenir le personnage principal.  Lors qu’apparait l'entrepôt, nous avons l'impression d'un long plan séquence mais il va bien vite faire Pschitt, dommage. Ceci dit, je crois que j'ai du rester bouche bée les 2/3 de l'épisode. On se doute un peu de la futilité du braquage, mais le twist final réserve tout de même quelques surprises.
On est happé par l'histoire, mais une fois le générique passé, il m'a manqué les réflexions auxquelles Black mirror m’avait habitué.
Il paraitrait que le réalisateur ait coupé certaines scènes au montage, comme celles montrant que le chien androïde était piloté par un humain, évoquant alors les drôles de guerres livrées dans des pays à l'aide de drones meurtriers.







Episode 6 : Black Museum

Colm McCarthy, 2017, 50mn


Le petit musée de l'horreur, version Black Mirror

Synopsis : 

Sur un tronçon d'autoroute vétuste, une touriste tombe sur un musée vantant des artefacts criminels rares. Mais le clou de l'exposition lui réserve une surprise de choc.


Mon ressenti :

Ce dernier épisode se compose comme un fix up. Attention, avant de le visionner, mettez vous en position latérale de sécurité, ça va secouer.
Black Mirror nous entraine dans l'un de ses meilleurs épisodes.



Petite visite dans un musée de l'horreur ayant comme pièces des rappels à de nombreux épisodes de la série et dont le propriétaire-guide était dans une autre vie salarié d'une entreprise de recherche médicale technologique
On commence par un implant destiné aux chirurgiens permettant de ressentir la douleur des patients, et ainsi de poser un diagnostic absolu. C'est glauque à souhait, nous naviguons dans la noirceur totale de l'âme humaine. Âme sensible, s’abstenir.
On poursuit par un transfert d'identité qui va se révéler bien complexe à gérer. Le gore est moins présent, mais ce transfert va se révéler cauchemardesque.
La dernière pièce, un simple hologramme, va vous montrer que l'horreur se tapie dans le moindre interstice.
Un épisode d'une noirceur absolue. La mise en bouche horrifique et visuelle va être supplanté par la touche finale glaçante, qui bien que moins tape à l'oeil, va vous démontrer que la torture peut révéler bien des touches de subtilité.



Au final, une saison 4 bien horrifique, mais qui m'a moins amené à réfléchir sur le côté obscur de la technologie. Néanmoins, cette saison va marquer les esprits et amène quelques petites touches d'optimisme.


L'émission La méthode scientifique est revenu sur la série le vendredi 12 janvier :

Black Mirror a des limites car aujourd'hui la série nous confine à ce rôle de spectateur de la critique. Il est un peu paradoxal de voir nos usages critiqués et de le regarder comme un spectacle.
Laurence Allard,
sociologue des usages numériques

Les dérives de nos sociétés contemporaines prophétisées par la série sont-elles si éloignées de la réalité ? Notre présent n’est-il pas déjà dystopique ?
Imaginez… imaginez un monde où tout le monde se noterait, à tout moment, et où cette note déterminerait notre position sociale. Imaginez un monde où l’on pourrait, après la mort d’une personne aimée, la faire revivre numériquement en analysant toute sa vie sur les réseaux sociaux. Imaginez un monde où une vedette virtuelle de télé réalité vulgaire et stupide est élue président des Etats-Unis. Ce monde-là, c’est le monde de la série britannique de SF dystopique Black Mirror. A moins que ce ne soit déjà le nôtre…
Black Mirror, quand la technologie vire au cauchemar. C’est le problème qui occuper La Méthode scientifique dans l’heure qui vient.
Et pour nous emmener dans ces méandres d’un univers parallèle où la technologie, loin de nous libérer, nous a durablement asservis et avoir, qui sait, un aperçu de ce qui nous attend après-demain, voire demain, nous recevons Laurence Allard, sociologue des usages numériques, chercheuse à l’Université Paris III IRCAV et Romain Nigita, journaliste spécialiste des séries, auteur avec Alain Carrazé de « Séries’ Anatomy, le 8ème art décrypté » aux éditions Fantask.




Les perséides

janvier 17, 2018

Robert Charles Wilson, Le Bélial, 2014 (parution originale 2000), 320 p., 12€ epub


Le premier Wilson sans DRM !
Champagne.

Présentation de l'éditeur :


C’est l’histoire de deux géographies intriquées : celle des ruelles nocturnes de Toronto et celle de l’étrange librairie Finders, deux géographies qui ne sont pas ce qu’elles semblent être car non, décidément, la carte n’est pas le territoire... C’est l’histoire des abîmes vertigineux de l’espace et du temps et de ce qu’ils abritent, de l’étrange et de l’occulte, là, au coin de la rue, au détour d’un rayonnage de bibliothèque ou sur une case d’échiquier... C’est l’histoire de ce qui ne peut être vu et que l’on voit quand même, de ce qui ne peut être dit et qu’il nous faut dire, malgré tout... C’est l’histoire des Perseides, neuf récits se répondant les uns les autres pour tisser l’ébauche d’un paysage indicible, un livre à l’ombre des grands maîtres tutélaires de l’œuvre wilsonienne : Jorge Luis Borges, Howard Phillips Lovecraft et Clifford D. Simak en tête. Peut-être le livre le plus personnel de Robert Charles Wilson.

Mon ressenti :


Si vous aimez flâner chez votre librairie d'occasion, Wilson va vous en faire passer l'envie.
Wilson est-il à la solde des grandes chaines culturelles où l'on vend les livres au kilos ? Mais où va le monde !

Robert Charles Wilson nous convie dans la ville de Toronto, mais pas dans le Toronto des guides touristiques, mais celui où les repères connus n'existent pas, où les genres littéraires sont floues et fluctuants. Vous y rencontrerez une boutique de livre d'occasion, une maison qui cache derrière son toit des scènes où l'individuel s'accouple au cosmique. Vous y découvrirez des rues connues que par les marcheurs nocturnes, des bistrots où vous pouvez boire un café même sans argent.
Le tout sous le regard inquiétant d'un ciel étoilé menaçant.

Le personnage principal est donc Toronto, à travers ses vagues d'immigration, de culture et de contre culture et à travers le cours du temps.
Mais il y a aussi les autres personnages. Jacob, tourmenté entre prendre soin de lui et prendre soin de sa soeur aliénée. Thomas dans Les perséides, le solitaire social, ainsi que tous les autres, certains passant de personnage secondaire à celui de narrateur principal. En deux trois phrases, l'auteur arrive à leur donner une existence propre.

Au delà d'une suite de textes plus ou moins mis bout à bout, nous avons ici de réels liens entre les histoires, la librairie Finders se taillant la part du lion. On pourrait même se croire devant un roman dont l'auteur n'aurait pu, su, comment relier tous les fils imbriqués. Un travail d’orfèvre entre SF et Fantastique qui ont pour point commun une certaine noirceur et une certaine horreur cosmique. L'angoisse est tapie entre chaque ligne, chaque mot.

Neuf nouvelles, dont les deux tiers inédites en français, composent ce recueil qui se termine par une bibliographie. Et une postface de l'auteur qui revient sur chaque texte, donnant soit leur intention, leur histoire ou encore certaines explications. C'est aussi, peut-être, le livre qui donne une vision du Robert Charles Wilson, pas l'écrivain, mais l'homme ordinaire.
A ma première lecture, ce recueil m'avait laissé un goût mitigé, car il n'est pas trop dans la veine des habituels romans de l'auteur, ou alors peut être de ces premières tentatives comme La cabane de l'aiguilleur ou Les fils du vent. Cette seconde lecture m'a permis d'apprécier tout le talent de conteur de l'auteur.

C'est aussi des personnages avec des trajets de vie en déshérence aux préoccupations humanistes 

Et une petite interview de l'auteur lors de la sortie du recueil

Source : Manchu
Rapide tour d'horizon des nouvelles :

Les champs d'Abraham.
Le choix d'Abraham et HG Wells réunis dans cette nouvelle à atmosphère. Je crois que c'est depuis la lecture de ce texte que je lis en numérique : flâner chez les libraires est bien trop dangereux.
Nous sommes durant l'hiver 1911 à Toronto dans ce lot d'immigrants où se débat Jacob pour survivre. Entre deux parties d'échec et des cours de langue pour gagner sa pitance, il profite comme loisirs de trainer dans les rayons de la librairie Finders, obtenant quelques livres contre une partie d'échec.
La banalité du quotidien dans toute sa splendeur dans ce Toronto du début du siècle mais dont la chute va nous révéler la vrai visage d'un des protagonistes. La fin m'a fait penser à certains textes précurseurs de la SF, emprunt de mondes étranges.

Les perséides.
A ne pas lire en cas d'angoisse cosmique.
L'espace est infini, l'occasion de réfléchir au paradoxe de Fermi et au temps humain face au temps cosmique. Une histoire qui se déroule de nos jours avec un narrateur solitaire perdue dans une ville nouvelle pour lui. Sa rencontre avec quelques individus va être l'occasion de s'interroger sur ce que l'on ne voit pas à moins d'avoir le troisième oeil. La fin m'a un peu laissé sur le bas côté mais j'ai aimé toute le terreur de la prise en compte de notre infini petitesse. La nouvelle Le miroir de Platon peut aider à la compréhension.

Est-ce le diable qui trouve de l’ouvrage aux mains désœuvrées, ou les mains désœuvrées qui recherchent l’œuvre du diable ?

Les quelques corps célestes qu’on parvient à voir briller malgré la pollution sont à peu près aussi excitants qu’un poisson échoué sur la plage. Mais en s’éloignant suffisamment de la ville, on voit encore le ciel de la même manière que nos ancêtres, comme un abîme au-delà du bout du monde dans lequel les étoiles évoluent, aussi implacables et inabordables que les âmes des morts d’antan.

Ça vous est déjà arrivé de vous retrouver seul quelque part une nuit de grand vent, une nuit noire d’hiver, par exemple ? Et de commencer à avoir un peu peur ? De vouloir jeter un coup d’œil par la fenêtre pour voir s’il neige beaucoup, mais de vous dire que si vous ouvrez les rideaux, quelque chose de vraiment horrible sera en train de vous regarder de l’autre côté de la fenêtre ? Vous avez beau vous trouver puéril, vous n’ouvrez pas les rideaux pour autant. Vous n’arrivez tout simplement pas à vous y résoudre.

Quelqu’un ou quelque chose nous regardait presque certainement. Les chiffres sont simples : avec pas moins de cent milliards d’étoiles et plusieurs centaines de milliards de planètes dans la galaxie, même si la vie est rare et l’intelligence un accident de l’évolution, les probabilités veulent que quand on contemple les étoiles, il y a quelque part dans cette infinité sans horizon un autre œil braqué sur vous.


La ville dans la ville.
Une ballade dans une ville cachée. Si jamais vous la trouvez, Fuyez, pauvres fous !
Une nouvelle fantastique qui nous emmène on ne sait où, mais l'important n'est-il pas le voyage ? Décidément, la carte n'est pas le territoire. J'ai aimé le traitement différent de ce genre d'histoire qu'apporte Wilson. Et c'est aussi une allégorie sur le couple.
Et au détour de l'invention d'une religion, on trouve l'idée de Darwinia.


Ce qui peut paraître étrange, c’est que la ville me faisait la même impression. Nous distinguons l’urbain du naturel, mais c’est un mythe de notre époque. Nous sommes des animaux, après tout : nos villes sont des produits biologiques, tout aussi « naturels » (quoi que puisse vouloir réellement dire ce mot) qu’une termitière ou un terrier de lapin. Mais ô combien plus intéressants, ô combien plus complexes, parés des subtilités et exfoliations de la culture humaine, simples motifs réitérés à l’infini avec des variations. Et pleins de secrets, d’innombrables secrets.

Michelle ne croyait pas aux horloges numériques… elle les détestait. Le seul appareil de l’appartement avec un affichage numérique de l’heure était la montre que je portais au poignet. Michelle croyait que le temps tournait en rond.

Le jour vient après la nuit, le soleil parcourt les rues cadran solaire, les saisons défilent, mais le passé se dévore lui-même et le futur est le présent, mais moins présent.

L’Observatrice.
Une nouvelle qui pourrait être la suite de Les perséides.
Une jeune adolescente sujette à, peut être, des troubles psychiatriques, quitte sa ville de Toronto pour se ressourcer auprès de son oncle astronome en Californie. L'occasion d'y rencontrer un certain Hubble.
Comme dans Les perséides, si l'immensité de l'espace vous angoisse, passer à la nouvelle suivante.
Lu pour ma part en plein milieu d'une nuit venteuse et pluvieuse d'hiver, ce texte n'en a pris que plus de saveurs mais a eu pour conséquences fâcheuses de me faire flipper.
Assez rare d'avoir comme personnage une jeune adolescente et de se retrouver dans les deux régions de la vie personnelle de RCW.
Une nouvelle qui laisse libre court à l'imagination du lecteur, entre poésie de l'enfance, rencontre de personnages célèbres, hard SF et fantastique. Géniale. Ma préférée du recueil

Hubble s’est à nouveau touché les lèvres, l’air solennel. « On n’a pas besoin de comprendre pour regarder. On a besoin de regarder pour comprendre. »

Protocoles d’usage.
Le Canada a le médicament psychiatrique facile, mais à dérégler les fluides chimiques de l'homme, n'ouvrons nous pas la porte à quelque chose de plus dérangeant. Une métaphore angoissante de l'homme et de la faune.
D'une certaine manière, ce texte m'a fait penser à Bios.

Ulysse voit la lune par la fenêtre de sa chambre.
Paul Bridger m’a invité chez lui pour me montrer ce qu’il avait déterré d’insolite dans son jardin. J’ai accepté son invitation parce que je comptais séduire sa femme
Voilà une introduction qui donne le ton
Où l'on apprend que La librairie Finders ne vend pas que des livres d'occasion, mais aussi des presse papiers mais aussi d'autres breloques.
Ici la question est "Et s’il y avait une créature supérieure à nous sur tous les plans où nous sommes nous-mêmes supérieurs à Ulysse ? Saurions-nous seulement qu’elle existe ? »
Un texte à chute manipulateur mais dispensable.

Le miroir de Platon.
Un auteur reçoit d'une fan un vieux miroir qui révèle beaucoup plus que ne devrait le faire un reflet.
Cette nouvelle répond au texte les perséides. Ce que l'on voit lors de la danse des deux protagonistes ne serait-il pas l essence même de ces personnes et ce qu'ils ressentent ?
Wilson laisse entendre de tels choses de ce reflet que je m'attendais a beaucoup plus. La déception domine.

Divise par l'infini.

L’année qui a suivi la mort de Lorraine, j’ai envisagé six fois de me suicider. Envisagé sérieusement, je veux dire : je me suis installé six fois avec le gros flacon de clonazépam à portée de main et j’ai échoué six fois à le prendre, trahi par un instinct de survie ou dégoûté par ma propre faiblesse.
Je ne peux pas dire que je souhaite avoir réussi, parce que selon toute probabilité, j’ai bel et bien réussi, j’ai réussi à chaque fois. Six morts. Non, pas seulement six. Une infinité.
Fois six.
Il y a des infinis plus ou moins grands.

Le mari d'une salariée décédée de la librairie Finders y découvre des éditions anciennes de livres SF d'auteurs connus mais dont les titres semblent faux. Wilson nous invite dans l’étrange avec une plume agréable et subtile. Puis vient l'explication sur cette étrangeté des titres inconnus et là le lecteur est emmené dans un monde hommage à la SF.
Au fil des nouvelles, nous ne pouvons que constater que de nombreux salariés ayant travaillé dans cette fameuse librairie ont connu des destins assez sombres, notamment des décès dû au cancer : la lecture est elle cancérigène ?
Le mot magnifique de l'auteur sur cette nouvelle
« Divisé par l’infini » a figuré cette année-là parmi les finalistes du prix Hugo, non, j’imagine, parce que c’est une nouvelle particulièrement originale ou réussie, mais parce que j’essayais si fort de pincer la corde fondamentale de la science-fiction qu’elle a fini par vibrer un instant.



Bébé perle.
La nouvelle propriétaire, Deirdre, de la librairie Finders aime bien la fumette, la fille d'un de ses ex, mais n'aime pas partager ses découvertes. En quelques pages, nous semblons connaitre Deirdre intimement. Ce texte m'a aussi fait penser aux précurseurs du genre, avec cette vie minérale.

L’amour que Deirdre porte à l’étrange représente, je pense, une impulsion esthétique véritable et tout à fait légitime, bien que sous-estimée. La science-fiction et le fantastique satisfont ce besoin de la même manière que la fiction « littéraire » satisfait le besoin humain de bavardage intelligent. Si le xixe siècle a rendu justice à cette impulsion (ce Xanadu, ce Corbeau), le XXe l’a laissé tomber comme une patate chaude freudienne.
Aussi l’Étrange a-t-il revêtu son costume-cravate d’Apollon pour aller vivre dans le quartier modeste d’Astounding Stories et deThrilling Wonder.
On entend de temps à autre parler de la mort de la science-fiction, mais j’imagine que le XXIe siècle sera bon avec nous… que, bouillonnant de possibilités, l’Étrange bondira au grand jour avec son pistolet à rayons dans une main et sa bouteille de laudanum dans l’autre.

Drone land

janvier 15, 2018


Tom Hillenbrand, Piranha éditions, 2017, 320p., 14€ epub sans DRM


Roman idéal entre deux gueules de bois. 


Présentation de l'éditeur :

Dans un futur proche où les citoyens européens sont constamment surveillés par les drones fédéraux, le meurtre d’un politicien à la veille du Brexit va bouleverser le système établi.
Dans un monde dévasté par les catastrophes climatiques et ravagé par les guerres pour le contrôle des rares ressources encore exploitables, les citoyens de l’Union européenne font l’objet d’une surveillance permanente grâce aux nouvelles technologies. Lorsqu’un membre du Parlement européen est retrouvé froidement exécuté dans la région de Bruxelles, le commissaire Westerhuizen est certain de pouvoir résoudre l’affaire rapidement grâce à l’ordinateur omniscient d’Europol. Mais malgré l’identification rapide d’un suspect, de nombreux indices laissent à penser que le programme de l’ordinateur a pu être altéré et que le meurtre cache un scandale qui pourrait ébranler les fondements de l’Union.
 

Mon ressenti :

Lu après une critique de yogo, les premières pages m'ont vite fait douter. Dans cette anticipation sur les drones et la société de surveillance, on entre de plein pied dans une intrigue sur l'assassinat d'un député européen de second plan par un meurtrier professionnel, orientant la piste vers un complot étatique plutôt que d'une banale histoire de moeurs.
L'auteur remplie ses pages de gadgets SF censément nous immerger dans son monde futuriste qui m'a cependant fait soulever bien des fois les sourcils : peu vraisemblable, trop too much. Moi ce que j'aime, ce n'est pas le décor, mais les conséquences politiques, sociales et individuelles des technologies. Ici, tout cela est vite survolé, voir inexistant.
Ajouter à cela des personnages vites dessinées, une histoire d'amour qui se profile et me voila très dubitatif. Je venais de finir Reproduction interdite qui utilisait certaines de ces technologies nouvelles mais dans le Truong, celles ci étaient réalistes et utile à l'intrigue, donnant une vraisemblance au récit.
Dans les deux livres, il y est question d'IA logicielle. Truong en fait un bon analyste de données, Hillenbrand en fait un studio de cinéma en 3D ! En outre, pour pouvoir donner des images haute définition du territoire, cela demande une armada conséquente de drones. Quid du financement de l’ensemble, on ne sera jamais !
Ici l'auteur connait la quincaillerie SF et l’enquête policière, on ne peut lui enlever, tout y est  : voiture autonome, lunettes connectées, écran souple, drone sans oublier le changement climatique (il y pleut beaucoup !). On ajoute quelques ingrédients du polar  : meurtre chez les puissants, magnat de l'industrie, snuff movie, corruption. En personnages, le flic solitaire (dont la femme est décédée !), une collègue sexy (on peut être solitaire et aimer la compagnie du sexe opposé), un journaliste de scoops, ... On badigeonne le tout de coréens, de brésiliens et de portugais pour donner une consistance géopolitique à l'ensemble.

En m'attardant de plus près sur l'édition, je remarque que ce roman est paru dans la collection Black Piranha, donc polar. Ce public sera peut être conquis par l'aspect anticipation. Mais pour l'adepte de SF, ce dernier risque la désillusion.
Lu après Reproduction interdite, je pense que là ce trouve l'écueil principal de mon désintérêt pour ce livre. Drone land est parfait comme divertissement, beaucoup moins pour questionner l'impact des bouleversements technologiques sur la société.

yogo a trouvé le tout inquiétant et fascinant, Mes imaginaires se réjouit de la belle intelligence de Drone Land qui choisit la subtilité et la suggestion. Mr K. trouve que Drone land offre une belle réflexion sur le genre humain et sa propension à causer sa propre perte. Et Raphaël Gaudin dans Bifrost y a trouvé un paquet de bonnes raisons de se jeter sur ce livre. Bref, nous n'avons pas lu le même texte.

Reproduction interdite

janvier 10, 2018
 

 Jean Michel Truong, Folio Sf, 2015, 576 p., 9€ epub avec DRM


Une forme originale, un fond percutant, mais quelques longueurs à déplorer.


Présentation de l'éditeur :


Un vieil homme est retrouvé mort dans une chambre d'hôtel. Il s'agit du professeur Ballin, qui reçut le prix Nobel pour avoir été le premier à réussir le clonage d'un être humain. Dans le même temps, onze personnes décèdent dans un incendie à la maison d'arrêt, suite à des émeutes. Ces deux affaires atterrissent sur le bureau du juge Rettinger. Il n'y a, a priori, aucun lien entre elles, pourtant, certains faits troublants vont alerter le juge. Mais la recherche de la vérité pourrait lui coûter cher. Surtout quand des intérêts supérieurs sont en jeu.

 

Mon ressenti :


Bien que souvent classé comme auteur de science-fiction, Jean Michel Truong préfère se définir comme « balisticien » : non pas préfigurer l’avenir, mais « évaluer le point d’impact d’un projectile déjà parti. Je parle de choses dont il existe un commencement d’exécution ». (Clémence Boulouque, Le Figaro, 25 février 2003, page 24 ) Après lecture de deux de ces romans, je ne peux qu'être d'accord.
  
Ecrit en 1988, revu en 2015, c'est cette dernière version que j'ai lu, l'auteur s'interroge sur les conséquences du clonage d'ici à quelques années.
"Roman" composé uniquement de pièces d'un dossier des services secrets qui mis bout à bout forme un tout cohérent. Cela demande un petit temps d'adaptation pour comprendre où veut nous mener l'auteur, mais après, la construction est un vrai plaisir.

On commence tranquillement par une enquête policière classique avec peut-être complot à la clé : une grosse multinationale, des politicards, des bas fonds, un commissaire de police et un juge d'instruction. Le tout est est relié avec brio, parsemé de fausses pistes et de doutes sur les tenants de l'affaire.
L'auteur ancre son récit dans un futur proche. Son anticipation reste très réaliste, les technologies invoquées existent déjà, seul leur perfectionnement diffère. Les personnages sonnent vrais et l'auteur réserve même quelques surprises aux lecteurs.

Certains passages sont criants de vérité et de cynisme à toute épreuve. Vous pouvez lire en bas de billet les quelques citations sur comment "préparer" au mieux l'opinion publique ou comment amadouer les instances religieuses et éthiques.  Rien de bien nouveau mais c'est énoncé d'une manière tellement cru et cynique que l'effet joue à plein.

Reste à vous parler du clonage. L'auteur dépasse le débat sur l'humanité du clone, pour lui, là n'est pas la question, les clones sont justes des machines, mais il déploie toute une analyse des conséquences de ce clonage : vie politique, législation, géopolitique, économie, religion, éthique, sciences. Une réelle anticipation à laquelle on pourra reprocher un manque de romanesque. Sur ce défaut, Jean Michel Truong a la réponse :

"On n'a pas le droit de faire de la littérature sur de tels sujets. "
"C'est une monstration a-littéraire. Il faut que le lecteur sache reconnaître l'horreur. Je la lui montre, dans une sorte de test de lecture. S'il ne la voit pas, tant pis. "

Comme dans Eternity Express, Jean Michel Truong a une vision sans concession de notre avenir. Conseillant les grands groupes, il ne fait de doute qu'il sait de quoi il parle.
Reste à lire son Successeur de Pierre qui a remporté le Grand Prix de l'Imaginaire du roman francophone en 2000.

Ce roman a reçu le prix Mannesmann-Tally 1989 récompensant le meilleur ouvrage lié à l'informatique.

L'auteur en parle à l'occasion du festival "Les imaginales d'Épinal" 2015 :


Quelques citations :


3.2.1. Impact de l’opinion publique
Ce facteur est à la fois le plus déterminant – dans la mesure où une hostilité généralisée reviendrait à une interdiction pure et simple de l’activité envisagée par RSA – et le plus facile à contrôler. Pour cette raison, RSA attachera une très grande importance à la qualité de ses relations publiques, celles-ci représentant près de 18 % du budget prévisionnel d’exploitation. Seront particulièrement privilégiées les relations avec les journalistes de l’audiovisuel et de la presse web, ainsi que les blogs destinés aux femmes et aux jeunes.
L’accent sera porté sur la dimension humanitaire de cette activité, en exploitant les cas dramatiques non résolus par les méthodes de transplantation traditionnelles, ou encore ceux imputables à la pénurie d’organes, et en leur opposant les réussites obtenues grâce à RSA. Dans cet ordre d’idées, la société offrira gracieusement des organes aux pupilles de l’État ou aux enfants des pays en voie de développement.
À l’inverse, on atténuera les aspects de cette activité qui pourraient paraître choquants, par exemple sa dimension industrielle. On promouvra plutôt l’apparence de « laboratoire » ou de « clinique » de RSA, en masquant son caractère d’usine.
Des études sont en cours pour préciser la thématique de cette politique d’image.
[...]
Toutefois, dans le but de désamorcer les préventions résiduelles des autorités spirituelles ou philosophiques et de promouvoir une image de haute tenue morale, RSA créera un comité international d’éthique, dont le rôle sera de conseiller le P-DG de la société sur les cas litigieux, et dont les membres, désignés par leurs institutions d’origine (Églises, Académie de médecine, ordre des médecins, Ligue des droits de l’homme), seront indemnisés de façon significative par RSA. Dans le même ordre d’idées, la société créera une fondation pour la recherche en éthique qui financera substantiellement les travaux des principaux leaders d’opinion du domaine et distribuera des bourses à leurs chercheurs. Le budget de cette fondation sera financé par un prélèvement proportionnel aux bénéfices de la société.

Fabriquer un robot met en œuvre des processus industriels complexes et réclame des ingénieurs et des techniciens hautement qualifiés ; élever un clone, à l’opposé, tient davantage de l’agriculture et reste à la portée de simples paysans. Les compétences à réunir pour programmer un robot sont rares et onéreuses ; celles requises pour conditionner un clone sont rustiques, proches des méthodes de dressage des animaux ou d’instruction des militaires. De la même façon, les clones ne réclament pas d’autres soins que ceux dispensés au bétail, alors que l’exploitation et l’entretien des robots exigent du personnel hautement qualifié et des outillages sophistiqués.
Il ne fait donc pas de doute que l’économie plaide en faveur du clone.



La reproduction interdite de René Magritte


Darwinia

janvier 08, 2018

Robert Charles Wilson, Folio SF, 1998, 448 p., 9€ epub avec DRM

 

Vous croyez que c’est un miracle, capitaine ?
- Plutôt une tragédie, à mon avis.



Vertigineux dans ses idées. Branlant dans sa construction.

Présentation de l'éditeur :


Mars 1912, l’Europe et une partie de l’Angleterre disparaissent subitement, remplacées par un continent à la faune et à la flore non terrestres que l’on ne tarde pas à nommer la Darwinie. Pour le jeune Guilford Law, cette tragédie n’a rien d’un miracle ou d’une punition divine ; plutôt une énigme que la science pourra un jour résoudre.
Fort de cette certitude, il va tout sacrifier pour faire partie de la première grande expédition d’exploration destinée à s’enfoncer au coeur du continent inconnue ; une expédition qui, de mort violente en mort violente, le mènera plus loin qu’il ne pouvait l’imaginer...


Mon ressenti :


Chez Wilson, il arrive toujours, souvent, un événement extraordinaire qui bouleverse l’équilibre sociétale en place. Darwinia ne déroge pas à la règle mais ici, au lieu de garder le mystère et de doucement tenter une compréhension autre, nouvelle, Wilson préfère l'explorer de pied en cap.
Sans toutefois oublier que l'extraordinaire ne doit masquer les destinées individuelles :

Ce jour-là marqua le plus grand tournant de l’Histoire, séparant net ce qui suivit de ce qui avait précédé, mais avant de représenter cette rupture, avant tout, il fut simplement l’anniversaire de Guilford.

L'événement c'est :
- Un tour de passe passe qui remplace une grande partie de l'Europe par un continent inconnu.
- Une expédition sous la houlette d'un géologue religieux
- Un complot contre les aventuriers.
- Un spirite visité par une puissance indicible.
Du fantastique ? Un roman d'aventure ? Non, Wilson brouille les genres  : on passe de l'uchronie au roman d'aventure via de petits détours par la Hard-SF, les univers virtuels. Sans oublier une ballade fantastique. Un périple aux dimensions cosmogoniques. Mais :

Le roman d'aventure et d'exploration :
L'Amérique, devant l'impossibilité rationnelle d'un tel événement, préfère y voir le signe d'une puissance supérieure. La science est impuissante à expliquer ce phénomène, la religion à son explication toute faite. Une expédition scientifique et religieuse est envoyé dans une contrée désormais inconnue, la vieille Europe pour explorer en pionnier cette faune et flore étrangère. La mise en place se déroule sans problème, mais là où l'on aurait voulu en connaitre plus sur les végétaux, animaux et insectes, Wilson survole le tout assez rapidement et reste un sentiment de frustration.

Le roman complotiste :
Les explorateurs, en la personne de Guilford Law, mettent leur vie de familles entre parenthèses pour tenter de dissiper ou confirmer ce mystère : l’éternel lutte entre la religion et la science, débat toujours d'actualité aux Etats Unis, via le créationnisme. Mais ce débat est vite relégué à l’arrière plan.
Et au final, peu importe la foi, l'intérêt pour les grandes puissances étatiques est l'hégémonie territoriale et les ressources qui s'y glissent permettant de juteux profits.  L'expédition va se trouver au milieu d'enjeux qui la dépasse. Et ce n'est pas forcément les parties que l'on croit qui mènent la danse.

Le roman uchronique :
Et si les américains avaient découvert l'Europe ?
Le point de divergence se situe en 1912 par cet bouleversement continental mystérieux. De quoi rebattre les cartes entre les puissances internationales. Les conséquences sont vites reléguées aux oubliettes, deux trois informations et c'est tout.

Le roman fantastique :
Nous faisons la connaissance d'un spirite dans une autre trame qui semble être véritablement possédé par une puissance supérieure et indicible. Wilson brouille les pistes et le lecteur se demande où tout cela va nous mener. Le lien est fait avec nos pionniers via une découverte étrange. Nous sommes en plein récit lovecraftien,  et l'on pense sombrer dans le fantastique. C'est cette trame que j'ai le plus apprécié en lien avec la révélation.

Le roman Hard-SF :
Wilson relie toutes ses trames via des interludes hard-SF poétique et un poil métaphysique, qui prend le lecteur par surprise. Les cartes sont entièrement rebattues. Les enjeux cosmogoniques sont renversants, Greg Egan n'aurait pas, à mon avis, renié l'idée.
Un roman très ambitieux, voir trop. Pour moi, Wilson a vu grand mais n'a pas réussi à faire monter la mayonnaise. Les idées sont là, mais la construction du roman pêche, la révélation arrive beaucoup trop rapidement et la fin, courue, fait dès lors Pschitt. A vouloir trop mélanger les genres, l'auteur ne fait que les survoler et c'est une semi déception qui s'empare du lecteur. Ajouter à cela des personnages qui manquent de soins, loin des standards dont l'auteur nous a habitué.
Robert Charles Wilson connait ses classiques, joue avec, mais ne les a pas encore tous digéré. Un roman que je conseille malgré tout car les idées sont magistrales, notamment via les interludes qui dévoilent enfin les raisons de ce mystère si miraculeux.

La fin des temps était proche, car la Galaxie s’effondrait sur sa propre singularité – les étoiles devenaient aussi rares que stériles, tandis que les systèmes stellaires s’étaient à ce point éloignés les uns des autres que même les distorsions du champ de Higgs ne se propageaient plus instantanément.


Lutin82 attendait aussi le clou du spectacle avec impatience, en vain.

Citation :

Le professeur Sullivan m’a dit un jour que « miracle » n’était qu’un autre nom pour « ignorance ».



Black Mirror saison 4 - Episode 03 et Episode 04

janvier 06, 2018

Série créé par Charlie Brooker

Petit retour sur les épisodes 3 et 4 de la saison 4 de Black Mirror

Episode 03  : Crocodile

John Hillcoat, 2017, 1h




Synopsis :
Mia, une architecte, pourra-t-elle taire son terrible secret quand Shazia, enquêtrice d'assurance, sonne à sa porte, glanant les récents souvenirs d'un accident voisin ?

Mon ressenti :

Une enquêtrice d’assurance travaille sur un accident de la circulation. Elle tente de retrouver les témoins de l’accident grâce à une petite valisette grise.
Futur proche, la technologie a évolué sans être toutefois omniprésente : les pizzas sont livrés via des voiturettes autonomes, et il y a aussi cette petite valisette grise… Deux technologies dont l’une va nous en révéler les conséquences sociétales.




Assez classique dans sa forme, le petit gadget sort des sentiers battus de la quincaillerie SF classique. Car derrière se profile une société qui semble déléguer de plus en plus de ses services publics sur le privé ayant force de loi sur les citoyens.
Sous couvert de plus de facilités dans le règlement des conflits du quotidien, notre vie privée devient obsolète et non avenue. Si vous pensez après avoir vu l’épisode que cela n’arrivera jamais, pensez à l’existant dans l’attirail des assureurs : bracelet connecté pour surveiller notre santé, petit boitier à connecter sur son véhicule pour plus de sécurité. Tout cela pour gagner quelques euros sur sa facture d’assurance. Et attention, cela peut être bénéfique par certains côtés, mais aussi se retourner contre nous.
Big Brother is Watching You






Episode 4 : Pendez le DJ

Tim Van Patten, 2017, 50mn




Synopsis :
Selon ce système de rencontres, toute relation a une date de fabrication et d'expiration. Mais Frank et Amy remettent vite en question cette logique stérile.

Mon ressenti :

Un début qui m'a fait penser en partie au roman Love Star d'Andri Snær Magnason, roman que je vous invite à lire si ce n'est déjà fait.

Le quotidien dans toute sa banalité : un couple fait connaissance dans un restaurant. La mayonnaise à l’air de prendre entre les deux partenaires de dating. Mais les sites de rencontre ont une nouveauté dans leur valise. Bienvenue dans le dating 3.0
L’humour dans la relation des deux protagonistes donnent à l’ensemble un sentiment de légèreté qui laisse cependant une sensation d’étrangeté.




L’atout de cet épisode est de ne pas nous en apprendre trop rapidement sur ce futur enchanté. Quelques éléments ont l’air de clocher : où sont les vieux, les enfants, les couples ? Qu’est ce que ce mur à peine entrevu ? Certains point restent en suspens lors de la révélation, frustrant.
Sous le masque du manque de confiance en soi, nous déléguons facilement notre libre arbitre à des algorithmes censés être impartiaux et infaillibles. Se profil aussi le besoin de contrôle absolu sur nos vies, abandonnant l’insouciance de la vie à un « pourquoi persévérer si l’issue est défavorable »
Seul le happy end final m’a laissé sur ma faim. J’attends de Black Mirror de me laisser pantelant et horrifié de ces futurs possibles et/ou probables, en me donnant le coup de grâce final sur un twist effrayant. Pas le cas ici, mais dans l’ensemble un bel épisode.








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