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30/Nicolas Martin/custom

Clapotille

janvier 28, 2026

Laurent Pépin, Fables fertiles, 2024, 128 p., 18€ papier

 

Le triptyque se referme. Et ça clapotille fort.

 

Pitch de l'éditeur : 

Après tout, il habitait encore dans un coin de ma tête, quand je suis apparue sur cette plage, sur le sable enneigé, peut-être qu’il a éclos comme ça, lui aussi, sur une autre plage, ou dans un lac, sous la montagne, dans un océan de coquelicots, ou parmi les feuillages ardus d’une forêt de ventilateurs.

 

Mon ressenti :  

Les contes, c’est pour les enfants. Version Disney, peut-être. Mais jadis, les contes n’étaient ni sages ni mièvres. Et ça, Laurent Pépin ne l’a pas oublié.

Monstre + Ogresse = ?

Avec Clapotille, l’auteur referme son triptyque monstrueux. Après le père dans Monstrueuse Féérie, après la mère dans Angélus des Ogres, voici la fille. Et avec des parents comme les siens, on s’attend forcément au pire.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture qui fait la singularité de cette trilogie, qui ne cherche pas à expliquer mais à faire ressentir : un pied dans le conte, l’autre dans quelque chose de plus inquiétant, entre féerie fragile et cauchemar. Clapotille clapotille justement entre les deux, sans jamais choisir son camp. Le cœur du livre, c’est le lien entre Clapotille et son père. Elle ne cherche ni à le réparer ni à le normaliser. Elle fait avec ce qui est cassé. Alors elle fabrique des rêves, elle pose des pansements sur les trous de la mémoire.

Psychanalyse des contes de monstres

Car ici, rêver est devenu un délit. La société, au nom de la raison, de la santé publique et du “bon fonctionnement”, a interdit tout ce qui dépasse : la musique, la littérature, l’émerveillement… jusqu’à la météo. Les Briseurs de Rêves veillent. Rêver est suspect. Rêver est puni.

Pépin pousse encore sa critique de la normalisation des esprits. Te dire que j’ai tout compris ? Je ne m’y risquerai pas - et je ne pense pas que ce soit le but. Son écriture est une décompensation poétique assumée. Quand Clapotille est malade, elle ne crache pas des mots : elle crache de l’or et des pierreries.

Je me suis encore dit que ce livre n’était pas pour moi. Et encore une fois, Pépin m’a eu. Parce que ce n’est pas un roman sur la “psy”, mais un livre sur le deuil, la survie, et les fictions qu’on invente pour rester debout dans un monde qui préférerait nous voir bien rangés.

Clapotille est une ode aux sans, à ceux qui ont dû inventer un “truc”, un rêve, une fable, une folie, pour tenir debout. Une conclusion sombre, marquante, mais surtout pleine d’espérances.


"Laurent Pépin dit l’indicible" (L'épaule d'Orion), "un antidote à l'uniformisation ambiante et un chant d'amour à l'imagination" (Weirdaholic)

Les rencontres oniriques d'Elric Marvie

janvier 21, 2026


Eric Marie, autoédition, 2024, 187 p., 5€ epub sans DRM


Un voyage onirique réussi… à condition d’avoir grandi sans Google et avec une télé cathodique. 

Le pitch de l'éditeur : 

Je tiens à vous mettre en garde, tous les faits énoncés qui vont suivre sont rigoureusement exacts. Par-ci, par-là, quelques enjolivures ont trouvé une accointance avec les mots, mais rien qui ne saurait dénaturer la vérité. Si le cœur vous en dit, par vos propres recherches, vous pourrez marcher sur les traces d’un voyageur peu ordinaire qu’un heureux hasard m’a permis de connaître, d’apprécier, j’ai nommé : Élric Marvie.
Son moyen de transport : Les Rêves.


Mon ressenti : 

Elric Marvie fait du rêve lucide comme d’autres font leurs courses. Il se retrouve dans les contrées oniriques, il cavale, croise des tronches connues et nous raconte tout ça, à la frontière du songe, de la mémoire et de l’hommage artistique.

Mais à force de lire les différentes nouvelles, une question s’impose : quel âge à l’auteur du livre ? Centenaire je pense car au vue des célébrités du recueil : Philippe Noiret, Alain Bashung, le mime Marceau, Sophie Daumier, Queen, Raimu, Romy Schneider ; bref, on navigue clairement du côté des références d’avant les années 80. Un choix assumé, sans doute, mais qui risque de laisser une partie du lectorat plus jeune un peu sur le bas-côté. Et même moi, qui ne suis pas exactement de première fraîcheur, certaines figures m’étaient inconnues, ce qui m’a parfois empêché d’en saisir toute la saveur. 

La mécanique est efficace mais répétitive : Elric s’éveille sans trop savoir où ni quand il se trouve, puis quelques indices disséminés permettent d’identifier peu à peu une époque, une scène de film ou une personnalité culte. C’est bien mené, l’humour affleure avec légèreté et la plume est agréable, mais la succession des rêves finit par donner une impression de déjà-lu. Et j’avoue que j’ai senti mes paupières lourdes à force de me dire « encore un rêve années 70… encore une star d’avant l’Internet ».

Par contre le chapitre 10, là…. La rencontre avec William Sheller (oui, lui aussi il est vintage) se démarque toutefois nettement. Il quitte le registre de l’hommage nostalgique pour proposer une scène plus inattendue : une attaque aussi absurde que réjouissante de drones vivants, qui apporte un peu de fraicheur au recueil.

Ayant dit déjà assez de mal, je ne parlerai pas de la couverture du recueil !

D'autres avis, positifs, sur le site du Galion des étoiles


Le téléphone carnivore

janvier 08, 2026

Jo Nesbø, Gallimard, 2024, 14€ epub avec DRM

 

Après le sirupeux Le téléphone pleure, voici venu Le téléphone carnivore, d’une tout autre trempe.

 

Pitch de l'éditeur : 

Richard Elauved, quatorze ans et mal dans sa peau, est recueilli, après la mort de ses parents, par son oncle et sa tante dans une petite ville où il s'ennuie ferme, ne fréquentant que Tom, bègue et moqué de tous. Le jour où ce dernier se volatilise, on accuse Richard de l'avoir poussé dans la rivière. Personne ne le croit quand il raconte que le téléphone de la cabine publique où il avait entraîné son camarade pour faire des blagues a dévoré l'oreille, puis la main, le bras et... le reste du corps de Tom. Personne sauf l'énigmatique Karen, qui l'encourage à mener une investigation jugée superflue par la police. Envoyé en centre de redressement, Richard réussit à s'enfuir avec la complicité de jumeaux maléfiques et aboutit à un manoir abandonné dans la forêt, où se succèdent des phénomènes paranormaux qui semblent tous dirigés contre lui.

 

Mon ressenti : 

Moi, j’aime les romans de SFFF réalistes, ou du moins crédibles. Avec un titre aussi alléchant que Le téléphone carnivore, je savais que j’allais faire un pas de côté — qui, au final, s’est révélé plus réaliste que bien des bouquins censés l’être.

Richard est recueilli par son oncle et sa tante dans un village paumé, lui le jeune ado des villes. Déjà catalogué comme paria avant même son arrivée, son image va encore se dégrader avec la disparition de son ami, mangé par le combiné d’une cabine téléphonique. (Pour les plus jeunes : demandez à chatGPT ce qu'est une cabine téléphonique)
Comme quoi, le titre annonce la couleur. Sa situation va encore empirer avec la disparition d’un second camarade.

D’après vous, de quelle manière son deuxième ami va disparaître ?
A : il se fait manger par un minitel (demande à chatGPT ce que c'est)
B : il se fait manger par un mange-disque (demande à chatGPT ce que c'est)
C : il se fait manger par un téléphone

Bravo, tu es le meilleur !!!

Des ados, un pitch improbable… et j’imaginais déjà la bluette sentimentale. Tout était réuni pour me faire fuir, et c’est exactement l’inverse qui s’est produit : je tournais les pages avec délectation.
Rien de très original, de grosses ficelles sont présentes pour rappeler que nous sommes dans la littérature jeunesse. Mais l’auteur a d’autres atouts dans sa manche et rebat les cartes dans les deux dernières parties. Plus les pages défilent, plus le sous-texte émerge : ce divertissement aborde, mine de rien, le harcèlement scolaire et le trouble de stress post-traumatique.

L’éditeur parle de roman d’horreur ; je parlerais plutôt de fantastique avec une pointe horrifique. Mais peu importe : j’ai pris un plaisir fou à lire ce court roman. La seule ombre au tableau, le prix du livre numérique : 14€ avec des DRM pour moins de 300 pages. Résultat : allez prendre un abonnement dans votre médiathèque !

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