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30/Nicolas Martin/custom

Le Test de Rungholt

avril 23, 2026

Laurent Genefort, Albin Michel Imaginaire, 2026, 304 p., 13€ epub sans DRM


Pitch prometteur, lecture anesthésiante.
Entre deux autopsies d’aliens, j’ai cherché l’intrigue… elle est toujours portée disparue.
Même les cadavres avaient plus de vie que le récit.

Pitch de l'éditeur : 

L’humanité est sur le point d’entrer dans la Mosaïque, une vaste communauté extraterrestre.
Pour cela, un test de cohabitation est nécessaire et c’est Rungholt, une ville européenne, qui a été sélectionnée pour une période probatoire de vingt ans, pendant laquelle elle servira d’avant-poste.
Alors des milliers d’espèces différentes débarquent.
Ingrid Belloc, médecin légiste, est chargée d’aider l’inspecteur en chef Mendoza à résoudre les crimes liés aux visiteurs d’outre-Terre. Chaque corps à autopsier se révèle un nouveau monde à explorer, mais aussi une énigme redoutable. Le duo est chapeauté par un alien chargé de contrôler les enquêtes. Dénuée de la moindre once de diplomatie, Belloc possède un talent unique pour comprendre comment fonctionnent les corps extraterrestres.
Mais ce talent sera-t-il suffisant pour sauver le test de Rungholt ? 

 

Mon ressenti : 

D'ordinaire, un Laurent Genefort, ça s'achète les yeux fermés. D'ordinaire... A l'annonce de la sortie du livre, j'étais sûr à 80% que ce livre finirait dans ma liseuse ; il en est ressorti avec la même excitation qu'un bulot en fin de vie sur un étal de poissonnier. Le pitch promettait de l'aventure, le résultat m'a filé une ordonnance pour des antidépresseurs.

Bienvenue à la morgue. On suit Belloc, une légiste tellement aimable qu'on a envie de s'auto-disséquer pour ne plus l'entendre. Elle nous fait visiter l'Institut Légal avec un alien, et avant même qu'on puisse demander où sont les toilettes, paf ! Un cadavre. Le premier d’une longue et interminable liste…
Genefort nous balance des viscères et des termes techniques, mais oublie un détail : nous expliquer ce qu'on fout là. Le "Test" ? On s'en tape. Le monde ? Une salle d'attente de dentiste, mais avec des tentacules et sans les vieux magazines Gala.

La foire aux macchabées : C'est plat, c'est froid, c'est chiant :
Le deuxième crime : Un alien ressemblant à une étoile de mer est retrouvé mort. L'exoautopsie peut commencer. Le problème, c'est que nous n'assistons pas à l'enquête, nous aurons juste un résumé à la fin. Ce qu'il reste ? Une autopsie et des hypothèses. Zéro info sur l'univers, mais on sait que le cadavre puait. Super.

La troisième enquête : Un alien mort dans un terrain vague. On découvre que Belloc a une relation sentimentale et fait "crac crac" (histoire de vérifier si son propre cœur fonctionne encore, j'imagine). Et là, le sommet du livre : l'inspecteur Mendoza et le comparse alien de Belloc se tapent un match de foot dont tout le monde se fout. Le lecteur est laissé sur la touche, faute d'avoir tous les éléments pour résoudre l'énigme par lui-même. L'arrivée d'une maire froide ajoute une couche politique, mais sans chaleur humaine.

Le quatrième crime : Des aliens en pièces détachées dans la forêt. Enfin un peu de "puzzle" ! Le texte s'allonge, on parle enfin du Test de Rungholt. Les personnages commencent doucement à dégeler, on frôle presque l'émotion humaine. J'y crois !

Le cinquième crime : Un alien est retrouvé sans que l'on sache si c'est un crime ou une mort naturelle. Est-ce un meurtre ? Est-ce que le lecteur va s'endormir ? Je pensais que ce dernier cadavre lancerait enfin la grande aventure, mais le récit reste confiné dans sa stature clinique. La politique s'en mêle, ce qui permet de rajouter des dialogues froids comme une porte de chambre froide. Belloc continue de tripatouiller des organes, mais elle mène aussi l'enquête : vive la pluridisciplinarité !

Une fois la dernière page tournée, je me sens comme un stagiaire qu'on a forcé à vider des poubelles de viscères pendant 300 pages. Je ne sais rien du monde, juste des hypothèses. Ce livre est le premier tome d’une série, et nul doute que les éléments nous seront donnés au fil des volumes, mais cela m’étonnerait fort que je fasse partie de l’aventure pour la suite.

Ce livre, c’est un pur malentendu entre les intentions de l'auteur et mes envies de lecteur. J'ai détesté Belloc, sa morgue (au sens propre comme au figuré) et son côté "Cheffe-je-sais-tout-poussez-vous-je-découpe" m'a sérieusement tapé sur le système. J'ai eu l'impression de regarder un monde incroyable à travers le trou d'une serrure... et la serrure était bouchée par un morceau de foie d'alien.

Verdict : 2/5 🔬👽 (Et je suis généreux parce que j'aime bien les étoiles de mer.) (Et la couverture est magnifique)

Le Mensonge suffit

avril 14, 2026

 

Christopher Bouix, Au diable Vauvert, 2025, 168 p.,  8€ epub sans DRM

 

Bienvenue dans le divertissement du futur : Justice, paillettes et mise à mort !

Le pitch de l'éditeur : 

Un homme, Ethan Chanseuil.
Un androïde, Milo-128.
Cent-vingt minutes d’interrogatoire.
À l’issue, le vote du public.
Sur une question simple : qui dit la vérité ?


Mon ressenti :

Un homme est amené, cagoulé et ligoté sur une chaise. Le silence se fait. Le générique lance ses premières notes. Bienvenue dans l'entertainment du futur.

Vous aimez les émissions sur les crimes ? Vous êtes accros aux procès filmés et aux faits divers scabreux qui font les choux gras des chaînes télé et youtube ? Vous allez succomber à ce nouveau divertissement. Ici, on vous offre le supplice d'un accusé de meurtre, en mondovision.
Mais attention, pas d'inquiétude : ce n'est pas "que" de la télé. C'est la justice en direct. Le point d'orgue ? Le vote des spectateurs en fin d'émission pour décider de la sentence. On nous l'avait promis, le voici enfin : le vrai jury populaire, télécommande en main.

 


On retrouve ici l'humour noir et caustique si particulier de l'auteur. Il nous dessine un futur qui place immédiatement le lecteur dans une situation de malaise. Le récit se dévore comme une pièce de théâtre parfaitement rythmée : la mise en scène est splendide et les coups de théâtre rebattent régulièrement les cartes. Derrière le rire jaune se dessine une société terrifiante où l'individu n'est plus qu'un chiffre sur la balance du bénéfice/risque. Dans ce monde, les droits n'existent plus ; seule la "dictature bienveillante" du divertissement fait foi.
 
Le génie du texte réside aussi dans ses détails. L'immersion est totale, nous avons même droit à de fausses publicités entre les actes, renforçant le réalisme de cette farce macabre.
J'ai particulièrement adoré les "sondages express" des téléspectateurs, sommets d'absurdité grinçante. Un exemple ? Lorsque l'émission diffuse une photo du salon de l'accusé, un sondage tombe : 71% des votants trouvent son intérieur de mauvais goût. C’est avec ce genre de détails que l'auteur nous montre comment la moralité s'efface devant le jugement esthétique et superficiel. Juste un bémol, le final qui n'est pas à la hauteur du reste.

C’est noir, c’est grinçant, c’est profondément absurde. Une lecture qui secoue et qui interroge : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour être divertis ?
Pour moi, aucun doute : je suis déjà dans les starting-blocks pour dévorer son prochain opus qui sortira le 24 avril. Un titre qui annonce déjà la couleur : Tuez-les tous.


 
Encore un doute avant de vous précipiter de l'acheter ?  "Satirique, drôle, intelligent" selon le Maki
 
 

Tout est sous contrôle

mars 25, 2026

 

Christopher Bouix, Au diable Vauvert, 2024, 400 p.,  13€ epub sans DRM


 

Quand une dystopie brillante se transforme en polar Netflix du dimanche soir…

Le pitch de l'éditeur : 

À qui profite le bonheur ?
Bienvenue dans un monde parfait. Ici la vie heureuse s’étale quotidiennement sur le réseau HappyApp, où l’indice de bonheur individuel donne accès à ce que la société réserve aux meilleurs. Offres premiums, métier et logements hauts-de-gamme, et surtout parentalité, désormais réservée aux citoyens les plus épanouis.
Jeunes, beaux, amoureux, jusqu’où Juliette et Néo Lanhéry seront-ils prêts à aller pour y accéder ? 

 

Mon ressenti :

Il y a trois ans, je me prenais une claque monumentale avec le roman Alfie, écrit par un inconnu (dans la sphère de l'imaginaire), Christopher Bouix, débarquait avec un truc drôle, con, intelligent… Une IA qui disséquait une famille dysfonctionnelle avec une précision chirurgicale. Forcément, quand j'ai vu débouler son petit dernier, Tout est sous contrôle, ma liseuse avait frétillé (et depuis le temps a passé, deux nouveaux romans sont sortis).

Le pitch ? On est en plein dans la surveillance totale, mais version « sourire forcé ». L’auteur nous balance dans une société où tout - absolument tout - tourne autour de ton « score de bonheur » noté sur 10. Si tu flirtes avec le 10, tu fais parti de ceux qui comptent. Si t'es pas heureux, t'es suspect. Sociologiquement, c'est parfait. Bouix tisse les fils de cette dictature de la félicité avec une logique implacable. Et au bout du compte, il nous montre comment une idée de merde finit par broyer le quotidien des gens.

Passés les premiers chapitres qui posent l'ambiance de dystopie, le roman bifurque. On se retrouve avec une enquête policière presque classique, un peu trop pépère à mon goût. Le décor du "bonheur obligatoire" finit par devenir un simple papier peint, un arrière-plan qu’on oublie presque pour suivre une intrigue de polar asse convenu.
Certes, la fin tente de rattraper le coup et de reboucler les fils, mais le mal est fait. C’est moins acide, moins drôle et plus sage qu’Alfie. Ça reste un bon moment de lecture, ne boudons pas notre plaisir, mais quand on a goûté au mordant du premier, celui-ci fait un peu figure de caniche de salon.

 

Son de cloche inversé chez le Maki, pour un résultat identique : "Pour conclure, Tout est sous contrôle, malgré un début poussif et un univers bien trop classique pour le lectorat imaginaire, reste un bon divertissement"


Dans ma maison sous terre

mars 17, 2026


Nicolas Martin, Esquif édition, 2025, 56p., 5€ epub sans DRM



Dans ma maison sous terre
O ma wé ! O ma wé !
O téo téo ouistiti !
O téo téo ouistiti !
One two three !


Pitch de l'éditeur : 

Un jeune homme vient recueillir les derniers mots de Jonas, son grand-père, ancien mineur. Il vit en ermite dans une bicoque à flanc de colline, près des galeries condamnées. Il est à bout de forces, et son corps présente des anomalies physiques étranges.
Au fil de son récit, Jonas dévoile la vérité secrète qui les lie à la mine. Car la présence du garçon semble avoir réveillé quelque chose jusqu’ici endormi. Quelque chose de terrible. 

 

Mon ressenti :

Même si j'ai mis en exergue cette célèbre comptine entraînante et joyeuse, pas de cela ici. Le texte de Nicolas Martin est une immersion horrifique dans les entrailles de la Terre.

L'histoire nous entraîne dans les coulisses de la fermeture des mines et ses conséquences sur la vie des ouvriers. On lit en fait le journal de Joseph, un jeune chercheur venu sur les traces de son passé familial et syndical. Il va y découvrir l’inimaginable.

J'ai beaucoup aimé le côté social qui transpire tout au long de cette nouvelle. La réalité des mineurs ma semble bien décrite. La silicose, rebaptisée ici "le souffle noir", prend une toute autre ampleur : ce n'est plus seulement une maladie , c'est une possession cosmique !
Mention spéciale aussi aux grondements sourds qui parcourent le récit. Ces "vibrations de l’espace-temps", une allusion aux ondes gravitationnelles, donnent une version horrifique à leur existence. Désormais, lorsque j’entendrai parler de détection d’ondes, je tremblerai face à l’imminence de l’inéluctable.

Par contre, alors que je trouve que d’habitude Nicolas Martin sait créer une atmosphère et des personnages auxquels on s’attache, je n’ai pas retrouvé cela ici et cette émotion m'a manqué. Les personnages sont inexistants, comme déjà sédimentés. Au final, l’horreur qui arrive ne m’a pas vraiment ému au-delà de la curiosité. C'est dommage car le texte est construit parfaitement (voir l'analyse de Weirdaholic)

Second bémol qui n'est pas de la faute de l'auteur : l'édition électronique est un peu bancale. Le texte est composé de documents divers (rapports médicaux, transcriptions orales, journal de Joseph) et leur retranscription n’est pas toujours claire dans la mise en page numérique, obligeant parfois à revenir en arrière pour comprendre qui parle.

Interview par la librairie Mollat

Dans cette vidéo, Nicolas Martin évoque un hommage inconscient pour le titre au roman de Chloé Delaume. Mais je ne suis pas dupe : l'explication la plus rationnelle reste bien la comptine. Une fois en tête, cette ritournelle devient une petite pierre sous la langue que l'on ne peut plus cracher ! 😂

Première déception donc avec l'auteur. Pas grave, je crois que je vais bientôt me régaler :

Source : Bluesky



Là où fleurissent les rêves

mars 12, 2026

Et si nos vies n’étaient que les pétales d’une même fleur ?

Une maladie-fleur sur la poitrine, une chambre d’hôpital inconnue, un médecin butineur… Lorsque Daisy reprend conscience après une consultation, rien ne lui est familier. Comment accéder à ses souvenirs ? Comment communiquer ?Et surtout, comment comprendre ces rêves étranges, cette ville de gratte-ciel, ce goût de terre, cet être de lumière ? Ces rencontres impossibles avec les membres de sa famille ? Un récit éblouissant qui nous entraîne dans de nombreux niveaux de conscience, sous des cieux inexplorés où se mêlent spiritualité et science-fiction.

 

Mon ressenti :

Difficile de résumer le dernier bouquin d’Arnauld Pontier. C'est une plongée vertigineuse dans les questions qui hantent l’humanité : qu’est-ce que la conscience ? D’où vient-elle ? Et surtout, où va-t-elle une fois la mort venue ? Entre métaphysique, spiritualité et science-fiction, l'auteur nous emmène vers différents tropes du genre, tel la fameuse planète 9 qui sert de boîte de pétri à toutes les vies de Daisy.

L’histoire, c’est celle de Daisy, dont on suit les vies qui s’entremêlent comme les racines d’une fleur. On navigue entre un Paris futuriste, une existence étrange sur le monde de Bokan, et une mission scientifique vers la mystérieuse Planète 9.

C’est une lecture courte, à peine deux heures, mais dense. L’auteur nous balade dans une structure particulière, faite de strates de souvenirs qui m'ont parfois un peu perdu, mais c’est clairement fait exprès. On est dans le flou, comme Daisy, jusqu’à ce que le puzzle se reconstitue à la fin. J'avoue que certaines références m’ont dépassé, mais le voyage dans ces contrées imaginaires est un pur plaisir. Plaisir d'autant plus intense que Pontier cite l'un de mes chouchous, Robert Charles Wilson. On y retrouve cette obsession pour l’altérité radicale et la conscience collective.

On reproche souvent à la SF d'avoir un style un peu plat, mais ici, c'est tout l'inverse. L’écriture est précise, parfois poétique. Ma seconde lecture (je vous ai dit que c'était dense !) m’a montré tous les indices parsemés tout du long, notamment autour de la fleur : le prénom, Daisy signifie marguerite, … Une des idées du texte – si j’ai bien tout compris - est que notre cerveau n’est qu'un filtre, une « valve de réduction » nous permettant de croire à l'illusion d’être unique, alors que nous appartenons à une conscience bien plus vaste.

Une lecture qui reste en tête après avoir fermé le livre grâce à ses différents niveaux de lecture et cette idée que la mort n'est, au fond, qu'un « rempart à nos futures échappées belles ».

Si tu ne connais pas l'auteur, je te conseille d'aller lire l'interview qu'il m'avait accordé et découvrir ses mille et une vies : Arnauld Pontier, de rencontre en rencontre

Rumba Mariachi

mars 09, 2026

Fabrice Caro, Esquif édition, 2025, 32p., 3€ epub sans DRM


Il voulait mourir tranquille. Il va vivre la pire journée de sa vie.

Pitch de l'éditeur :

« Quand le téléphone a sonné, j’étais en train de me pendre. »

Interrompu en plein suicide, notre narrateur descend de son tabouret et décroche, sans se douter qu’il va vivre la journée la plus folle et bizarre de son existence.


Mon ressenti :


Rater son suicide semble être un véritable art que possède le narrateur. Interrompu dans l’installation de sa corde par un coup de téléphone, un simple presse-agrumes va transformer sa journée, prévue courte, en une longue péripétie.

Quiproquos, dialogues absurdes, rencontres improbables et petites catastrophes du quotidien s’accumulent jusqu’à l’épuisement pour le narrateur pour mon plus grand bonheur.

L’enchaînement de situations improbables, de personnages atypiques et d’absurdités du quotidien m’a fait tourner les pages avec frénésie.

Court et con, le genre de livre parfait pour commencer une triste journée de labeur.

Malvie

mars 02, 2026

Jean-Marc De Vos, Autoédition, 2024, 469 p., 6€ epub sans DRM

 

Je partais pour lever les yeux au ciel. J’ai fini par tourner les pages.

 

Pitch de l’éditeur : 

Au 50e millénaire de l’Ère Sidérale, l’homme s’était établi sur une cinquantaine de planètes dans un rayon de soixante années-lumière autour de la Terre. Avec la mainmise sur l’ensemble des fabuleux cargos interstellaires de classe «sanctuaire», la Confrérie Marchande s’était attribué le monopole du commerce entre les mondes.
Toutefois, bien que ces engins atteignissent la moitié de la vitesse de la lumière, au vu des colossales distances entre les colonies, les trajets duraient au minimum quarante ans. Dès lors, chaque destination ne pouvait espérer l’accostage d’un de ces vingt vaisseaux qu’une fois par siècle. Aussi, le passage de l’un d’eux suscitait toujours un engouement planétaire. Pour beaucoup d’humains, il s’agissait même de l’évènement d’une vie, qu’ils n’auraient manqué sous aucun prétexte. L’escale du Pèlerin sur Rivages n’échappait pas à la règle…

 

Mon ressenti :  

Le pitch ? Une jeune diplômée décroche le job de rêve : intégrer l’équipage d’un vaisseau intersidéral pour découvrir des mondes qu’elle n’aurait jamais osé imaginer. Sur le papier : un roman de Jean-Marc de Vos ? Chouette. Un space opera ? Me voilà moins emballé. Un pitch suranné ? Et merde... Mon « Scalzi belge » allait passer un sale quart d’heure.

Ce roman traînait depuis quelques mois sur ma liseuse sans que j'ose cliquer. À la faveur des fêtes, je cherchais du léger, du divertissant, de l'entraînant. Quoi de mieux qu'une histoire belge pour ça ? Côté scénario, je ne vais pas vous refaire le monde : c'est du vu et revu, à la limite de la fantasy. Une jeune héroïne découvre l'univers, se découvre elle-même et finit par accomplir l'inimaginable. En deux mots : l'Élu et sa destinée.

Pourtant, une trame éculée peut surprendre par ses détails. Et c'est là que le charme opère. Bien que je ne sois pas un mordu de space op’ (ici, on flirte d'ailleurs avec le planet opera), l'héritage littéraire est là. La référence à la psycho-histoire d'Asimov est clairement assumée. De Vos m'a entraîné dans un périple bourré d'imagination. Avec sa plume gouailleuse, il m’a forcé à une seule chose : tourner les pages frénétiquement pour savoir où il comptait m'emmener. J’ai particulièrement aimé ce passage qui rappelle Johnny s'en va-t-en guerre : ce moment où le réveil et la prise de conscience de son propre corps deviennent un combat. On est loin de la balade spatiale.

Sous ses apparences légères, le roman cache une dent dure contre notre époque. On y lit une critique des "marchands", analogie de notre logique libérale et consumériste. Le portrait de ceux prêts à tous les arrangements avec leur conscience pour prospérer, quitte à sacrifier la connaissance sur l’autel du profit, sonne juste.

Une lecture qui prouve qu'avec du style et des idées, on peut faire du neuf avec du vieux.

 

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