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30/Nicolas Martin/custom

Les Naufragés de Velloa

juin 10, 2026

 

Romain Benassaya, 2019, Critic / Pocket, 450 p., 8€ epub sans DRM



Le Grand Soir n’a pas eu lieu, mais le Grand Exode, lui, a bien laissé les plus pauvres sur le carreau. Bienvenue dans Les Naufragés de Velloa, là où l'humanité a enfin réussi à se débarrasser de ses déchets (nous).


Pitch de l'éditeur : 

XXVIIIe siècle. Mars et Vénus dominent le système solaire, protégeant jalousement leur surface habitable des milliards de naufragés condamnés à errer dans l'espace suite à la destruction de la Terre.Quand Mark Slaska, agent des services de renseignement martiens, découvre sur Mercure un vaisseau de naufragés à qui Vénus avait refusé l'asile, a pu rejoindre l'étoile Sigma Draconis quatre cents ans plus tôt, une vive stupéfaction s'empare des deux planètes : comment un appareil à peine capable de faire la distance Terre-Vénus a-t-il pu parcourir une distance de près de 20 années-lumière, qui plus est, de manière quasi-instantanée ? Existe-t-il une force, dans l'orbite de l'étoile, qui les y aurait invités ?  
 

Mon ressenti :

Au 28e siècle, l'humanité a enfin sonné le clap de fin de la Terre, la rendant inhabitable. Une grande partie de la population a péri, tandis que les puissants ont colonisé Mars et Vénus. Reste une lie de l'humanité à qui l'on refuse toute entrée sur ces îlots : les "blattes".

On pourrait reprocher à l'auteur un pitch caricatural, digne de la lutte des classes des années 70, mais si l'on se penche sur notre société actuelle, on remarque bien vite que nous vivons nous-mêmes dans une caricature. En outre, l'auteur n'est pas naïf et nous dresse un univers malheureusement très crédible. La science-fiction, en nous contant l'avenir, ne cesse de nous interroger sur notre présent. Dont acte.

Mais ce n'est pas un essai, loin de là. C'est un pur thriller avec, principalement, trois points de vue. Chaque étape nous montre la complexité de cet univers ainsi que celle de la nature humaine. Car, au-delà de ces sociétés, la majorité des gens qui les composent ne sont pas aussi tranchés dans leurs opinions une fois que leurs œillères tombent.

Moins réussi, selon moi, est la planète lointaine découverte et son régime féodal. C'est dessiné plus grossièrement, et le thème "la religion est l'opium du peuple" aurait mérité d'être plus nuancé.

Romain Benassaya est habitué aux "big dumb objects" ; c'est un peu moins le cas ici, son grand objet stupide est tout simplement cassé. Reste à savoir par qui ? Ce fil rouge purement SF a maintenu mon intérêt tout au long. Tous les secrets ne sont pas révélés et il faudra lire l'ensemble de l'œuvre de l'auteur pour, peut-être, avoir des réponses. Même si la fin reste trop précipitée, sa nature ouverte ne m'a pas gêné.

Un très bon thriller.

Les garçons de la rue Panisperna

juin 03, 2026

 

Jean-François Chanson, Lorenzo Chiavini, Dunod, 2025, 152 p., 25€ papier


Des coulisses de la science à la folie du monde

Pitch de l'éditeur :

Dans les années 1930, les « garçons de la rue Panisperna », un groupe de jeunes physiciens dirigé par un certain Enrico Fermi à Rome, révolutionna la physique nucléaire. Il y avait Emilio Segrè, Edoardo Amaldi, Ettore Majorana ou encore Franco Rasetti. Ensemble, ils découvrirent de nouveaux noyaux artificiels et les propriétés des neutrons lents, ouvrant la voie à la fission nucléaire. Confronté à la montée du fascisme et de ses lois raciales en Italie, le groupe se dispersa. Après un Nobel pas forcément mérité, Fermi émigra aux États-Unis, jouant un rôle clé dans le projet Manhattan.
Leur héritage scientifique marque aujourd’hui encore profondément la physique moderne. De l’Italie fasciste jusqu’aux laboratoires de Los Alamos aux États-Unis, en passant par l’Allemagne, la Suède,  le Royaume-Uni, l’URSS, le Japon et la France, voici l’étonnante histoire de physiciens entraînés dans la tourmente de l’Histoire !


Mon ressenti :

En tant que lecteur de science-fiction, le nom de Fermi m'évoque immédiatement le fameux paradoxe : « Si des civilisations extraterrestres existaient, leurs représentants devraient déjà être chez nous. Où sont-ils donc ? »
Pas d'aliens ici, pourtant. Cette bande dessinée s'intéresse à la facette principale de l'homme, le physicien. L'histoire nous plonge au cœur d'une université romaine, située rue Panisperna. Mené par un Enrico Fermi, ce petit groupe passionné par la physique quantique va rapidement acquérir une aura internationale, alors même que l'Europe sombre dans les tensions géopolitiques et la montée des extrémismes.

Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que l'ouvrage n'édulcore pas la réalité. Il met en lumière les zones d'ombre de ces génies : leurs éventuelles accointances (parfois opportunistes) avec le fascisme, les guerres d'égos qui prennent le pas sur l'éthique, des vies entièrement sacrifiées sur l'autel de la recherche et de l'expérimentation, souvent au détriment de leurs propres familles.

Si le sujet est fascinant, la lecture n'en demeure pas moins exigeante. C'est un album dense, qui nécessite de bien connaître les grandes lignes de cette période sombre, car le récit préfère explorer les recoins méconnus de la Grande Histoire plutôt que de survoler les évidences.
L'auteur fait le choix d'une narration fragmentée. Le scénario abuse malheureusement des flashbacks, ce qui complexifie inutilement le suivi de la chronologie. De plus, la vulgarisation scientifique demande un certain bagage : les concepts physiques ne sont pas toujours évidents à appréhender pour le néophyte.

Les Garçons de la rue Panisperna est une œuvre pointue. Elle demande, à mon sens, quelques connaissances préalables (tant historiques que scientifiques) pour en apprécier pleinement tout le potentiel et ne pas se perdre en chemin. À réserver aux amateurs d'histoire des sciences et de récits d'époque documentés.

Colla Scura

mai 18, 2026

 

Richard Canal, Critic éditions, 2026, 546 p., 14€ epub sans DRM


Bienvenue chez la mafia du temps


Pitch de l'éditeur :

Pendant que le commun des mortels vieillit en silence, certains êtres exceptionnels sont capables d’emmagasiner du temps au point de devenir quasi immortels. Dernièrement, toutefois, les sources auxquelles ils s’approvisionnent semblent se tarir, et les rangs des time-hoppers se clairsèment dangereusement. C’est le début d’une course contre la montre – et un ennemi inconnu. Pour percer les mystères du temps et des sabliers très convoités de la famille Malaterre, ils vont devoir faire taire des haines centenaires et œuvrer ensemble. Reste à savoir à qui ils peuvent réellement se fier…


Mon ressenti :

J'étais assez intrigué par ce titre, même si le côté "Immortels" me faisait un peu peur. Mais j'avais envie de lire un bon thriller, le genre de livre dont les pages se tournent toutes seules. Ayant déjà apprécié la plume de Richard Canal dans Upside Down, j'ai décidé de sauter le pas.

En temps normal, lorsque le fric coule à flots, les relations entre mafieux sont stables. Par contre, dès qu'il commence à manquer, les ennuis arrivent. Ici, l'argent n'est pas le sujet principal (quoique…), la vraie monnaie d'échange, c'est le temps.
Certains individus très rares possèdent un talent particulier : celui de repérer des lieux où leur corps peut absorber du temps. Une fois cette substance assimilée, ils cessent de vieillir. Pourquoi ? Comment ? Les membres de la famille Malaterre n'ont que des hypothèses. Le problème, c'est que leurs sources temporelles semblent se tarir... et qu'un membre de la famille est assassiné.

Même si j'aime d'ordinaire les romans avec un côté plus rationnel, les explications de l'auteur permettent ici de passer outre. Richard Canal sait mener une intrigue : les presque 600 pages s'avalent à toute vitesse, comme si les personnages nous volaient notre propre temps (Quand l'imaginaire du roman rejoint la réalité !).

Bref, c'est un très bon blockbuster rempli d'action et de suspense. Une fois que l'on pense savoir où tout cela va nous mener, les rebondissements arrivent pour tout relancer. On pourra regretter des personnages qui manquent parfois un peu d'épaisseur, mais la dynamique des relations entre eux permet de l'oublier. De même, les réflexions philosophiques sur le temps sont parfois moins bien amenées et coupent un peu l'action, mais heureusement, elles prennent peu de place.

J'ai beaucoup aimé le final et son aspect plus science-fictionnel. Cerise sur le gâteau : la fin offre la possibilité de revenir dans cet univers. Si le succès est au rendez-vous, je ne serais pas contre perdre à nouveau quelques heures de mon temps pour en explorer la suite !

 

Coeurpol

mai 07, 2026

 

Marie-Catherine Daniel, Géphyre éditions, 2024, 320 p., 8€ sans DRM


Une chèvre, un chameau, des rats, des mouettes et des éclopés...

 

Pitch de l'éditeur : 

Deux histoires dans une société post-apocalyptique, où l’entraide, la solidarité, et l’allégresse permettent de surmonter maladies et difficultés liées aux handicaps, dans la joie et beaucoup d’amour.

 

Mon ressenti : 

Dès les premières pages, je me suis demandé où je mettais les pieds. Le démarrage est déconcertant : la femme de Pedro est morte, son fils s’appelle Chameau et sa mère est une chèvre. Simple, non ? Vous comprenez pourquoi j’ai d’abord été décontenancé, avant de saisir, quelques pages plus tard, la logique sans faille de cet état de fait.

Nous sommes ici dans un post-apocalyptique original et iconoclaste, qui réussit l’exploit d’être lumineux malgré son décorum. Cette clarté, on la doit à une galerie de personnages qui se démène pour s'en sortir. Dans cette ville, la pollution a ravagé les corps et les esprits : tous sont handicapés, physiquement ou mentalement. C’est un texte profondément humain et inclusif sans même que l'on s’en rende compte. C'est d'ailleurs à regret que j'ai quitté cette bande de dingues si attachants.

La seconde partie nous offre un autre point de vue, à peine esquissé dans le premier texte: celui de  Nouvelle Aube, une société qui a su préserver sa technologie malgré l'apocalypse. Une expédition est envoyée chez les tarés après avoir repéré de la verdure sur des images satellites. Le monde, qui n'était que lointainement dessiné, prend ici toute sa mesure. En revanche, on progresse en terrain plus connu : le voyage va révéler que l'humanité se trouve davantage chez les exclus que dans cette société préservée. Si le premier texte intégrait l'inclusivité avec subtilité, ce n'est plus tout à fait le cas ici : le propos devient plus démonstratif, délaissant un peu le « show don't tell » au profit du message.

Ceci dit, il est si rare de trouver des récits post-apocalyptiques joyeux et découvrir ces tarés fut un immense plaisir.


Le Test de Rungholt

avril 23, 2026

Laurent Genefort, Albin Michel Imaginaire, 2026, 304 p., 13€ epub sans DRM


Pitch prometteur, lecture anesthésiante.
Entre deux autopsies d’aliens, j’ai cherché l’intrigue… elle est toujours portée disparue.
Même les cadavres avaient plus de vie que le récit.

Pitch de l'éditeur : 

L’humanité est sur le point d’entrer dans la Mosaïque, une vaste communauté extraterrestre.
Pour cela, un test de cohabitation est nécessaire et c’est Rungholt, une ville européenne, qui a été sélectionnée pour une période probatoire de vingt ans, pendant laquelle elle servira d’avant-poste.
Alors des milliers d’espèces différentes débarquent.
Ingrid Belloc, médecin légiste, est chargée d’aider l’inspecteur en chef Mendoza à résoudre les crimes liés aux visiteurs d’outre-Terre. Chaque corps à autopsier se révèle un nouveau monde à explorer, mais aussi une énigme redoutable. Le duo est chapeauté par un alien chargé de contrôler les enquêtes. Dénuée de la moindre once de diplomatie, Belloc possède un talent unique pour comprendre comment fonctionnent les corps extraterrestres.
Mais ce talent sera-t-il suffisant pour sauver le test de Rungholt ? 

 

Mon ressenti : 

D'ordinaire, un Laurent Genefort, ça s'achète les yeux fermés. D'ordinaire... A l'annonce de la sortie du livre, j'étais sûr à 80% que ce livre finirait dans ma liseuse ; il en est ressorti avec la même excitation qu'un bulot en fin de vie sur un étal de poissonnier. Le pitch promettait de l'aventure, le résultat m'a filé une ordonnance pour des antidépresseurs.

Bienvenue à la morgue. On suit Belloc, une légiste tellement aimable qu'on a envie de s'auto-disséquer pour ne plus l'entendre. Elle nous fait visiter l'Institut Légal avec un alien, et avant même qu'on puisse demander où sont les toilettes, paf ! Un cadavre. Le premier d’une longue et interminable liste…
Genefort nous balance des viscères et des termes techniques, mais oublie un détail : nous expliquer ce qu'on fout là. Le "Test" ? On s'en tape. Le monde ? Une salle d'attente de dentiste, mais avec des tentacules et sans les vieux magazines Gala.

La foire aux macchabées : C'est plat, c'est froid, c'est chiant :
Le deuxième crime : Un alien ressemblant à une étoile de mer est retrouvé mort. L'exoautopsie peut commencer. Le problème, c'est que nous n'assistons pas à l'enquête, nous aurons juste un résumé à la fin. Ce qu'il reste ? Une autopsie et des hypothèses. Zéro info sur l'univers, mais on sait que le cadavre puait. Super.

La troisième enquête : Un alien mort dans un terrain vague. On découvre que Belloc a une relation sentimentale et fait "crac crac" (histoire de vérifier si son propre cœur fonctionne encore, j'imagine). Et là, le sommet du livre : l'inspecteur Mendoza et le comparse alien de Belloc se tapent un match de foot dont tout le monde se fout. Le lecteur est laissé sur la touche, faute d'avoir tous les éléments pour résoudre l'énigme par lui-même. L'arrivée d'une maire froide ajoute une couche politique, mais sans chaleur humaine.

Le quatrième crime : Des aliens en pièces détachées dans la forêt. Enfin un peu de "puzzle" ! Le texte s'allonge, on parle enfin du Test de Rungholt. Les personnages commencent doucement à dégeler, on frôle presque l'émotion humaine. J'y crois !

Le cinquième crime : Un alien est retrouvé sans que l'on sache si c'est un crime ou une mort naturelle. Est-ce un meurtre ? Est-ce que le lecteur va s'endormir ? Je pensais que ce dernier cadavre lancerait enfin la grande aventure, mais le récit reste confiné dans sa stature clinique. La politique s'en mêle, ce qui permet de rajouter des dialogues froids comme une porte de chambre froide. Belloc continue de tripatouiller des organes, mais elle mène aussi l'enquête : vive la pluridisciplinarité !

Une fois la dernière page tournée, je me sens comme un stagiaire qu'on a forcé à vider des poubelles de viscères pendant 300 pages. Je ne sais rien du monde, juste des hypothèses. Ce livre est le premier tome d’une série, et nul doute que les éléments nous seront donnés au fil des volumes, mais cela m’étonnerait fort que je fasse partie de l’aventure pour la suite.

Ce livre, c’est un pur malentendu entre les intentions de l'auteur et mes envies de lecteur. J'ai détesté Belloc, sa morgue (au sens propre comme au figuré) et son côté "Cheffe-je-sais-tout-poussez-vous-je-découpe" m'a sérieusement tapé sur le système. J'ai eu l'impression de regarder un monde incroyable à travers le trou d'une serrure... et la serrure était bouchée par un morceau de foie d'alien.

Verdict : 2/5 🔬👽 (Et je suis généreux parce que j'aime bien les étoiles de mer.) (Et la couverture est magnifique)

Le Mensonge suffit

avril 14, 2026

 

Christopher Bouix, Au diable Vauvert, 2025, 168 p.,  8€ epub sans DRM

 

Bienvenue dans le divertissement du futur : Justice, paillettes et mise à mort !

Le pitch de l'éditeur : 

Un homme, Ethan Chanseuil.
Un androïde, Milo-128.
Cent-vingt minutes d’interrogatoire.
À l’issue, le vote du public.
Sur une question simple : qui dit la vérité ?


Mon ressenti :

Un homme est amené, cagoulé et ligoté sur une chaise. Le silence se fait. Le générique lance ses premières notes. Bienvenue dans l'entertainment du futur.

Vous aimez les émissions sur les crimes ? Vous êtes accros aux procès filmés et aux faits divers scabreux qui font les choux gras des chaînes télé et youtube ? Vous allez succomber à ce nouveau divertissement. Ici, on vous offre le supplice d'un accusé de meurtre, en mondovision.
Mais attention, pas d'inquiétude : ce n'est pas "que" de la télé. C'est la justice en direct. Le point d'orgue ? Le vote des spectateurs en fin d'émission pour décider de la sentence. On nous l'avait promis, le voici enfin : le vrai jury populaire, télécommande en main.

 


On retrouve ici l'humour noir et caustique si particulier de l'auteur. Il nous dessine un futur qui place immédiatement le lecteur dans une situation de malaise. Le récit se dévore comme une pièce de théâtre parfaitement rythmée : la mise en scène est splendide et les coups de théâtre rebattent régulièrement les cartes. Derrière le rire jaune se dessine une société terrifiante où l'individu n'est plus qu'un chiffre sur la balance du bénéfice/risque. Dans ce monde, les droits n'existent plus ; seule la "dictature bienveillante" du divertissement fait foi.
 
Le génie du texte réside aussi dans ses détails. L'immersion est totale, nous avons même droit à de fausses publicités entre les actes, renforçant le réalisme de cette farce macabre.
J'ai particulièrement adoré les "sondages express" des téléspectateurs, sommets d'absurdité grinçante. Un exemple ? Lorsque l'émission diffuse une photo du salon de l'accusé, un sondage tombe : 71% des votants trouvent son intérieur de mauvais goût. C’est avec ce genre de détails que l'auteur nous montre comment la moralité s'efface devant le jugement esthétique et superficiel. Juste un bémol, le final qui n'est pas à la hauteur du reste.

C’est noir, c’est grinçant, c’est profondément absurde. Une lecture qui secoue et qui interroge : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour être divertis ?
Pour moi, aucun doute : je suis déjà dans les starting-blocks pour dévorer son prochain opus qui sortira le 24 avril. Un titre qui annonce déjà la couleur : Tuez-les tous.


 
Encore un doute avant de vous précipiter de l'acheter ?  "Satirique, drôle, intelligent" selon le Maki
 
 

Tout est sous contrôle

mars 25, 2026

 

Christopher Bouix, Au diable Vauvert, 2024, 400 p.,  13€ epub sans DRM


 

Quand une dystopie brillante se transforme en polar Netflix du dimanche soir…

Le pitch de l'éditeur : 

À qui profite le bonheur ?
Bienvenue dans un monde parfait. Ici la vie heureuse s’étale quotidiennement sur le réseau HappyApp, où l’indice de bonheur individuel donne accès à ce que la société réserve aux meilleurs. Offres premiums, métier et logements hauts-de-gamme, et surtout parentalité, désormais réservée aux citoyens les plus épanouis.
Jeunes, beaux, amoureux, jusqu’où Juliette et Néo Lanhéry seront-ils prêts à aller pour y accéder ? 

 

Mon ressenti :

Il y a trois ans, je me prenais une claque monumentale avec le roman Alfie, écrit par un inconnu (dans la sphère de l'imaginaire), Christopher Bouix, débarquait avec un truc drôle, con, intelligent… Une IA qui disséquait une famille dysfonctionnelle avec une précision chirurgicale. Forcément, quand j'ai vu débouler son petit dernier, Tout est sous contrôle, ma liseuse avait frétillé (et depuis le temps a passé, deux nouveaux romans sont sortis).

Le pitch ? On est en plein dans la surveillance totale, mais version « sourire forcé ». L’auteur nous balance dans une société où tout - absolument tout - tourne autour de ton « score de bonheur » noté sur 10. Si tu flirtes avec le 10, tu fais parti de ceux qui comptent. Si t'es pas heureux, t'es suspect. Sociologiquement, c'est parfait. Bouix tisse les fils de cette dictature de la félicité avec une logique implacable. Et au bout du compte, il nous montre comment une idée de merde finit par broyer le quotidien des gens.

Passés les premiers chapitres qui posent l'ambiance de dystopie, le roman bifurque. On se retrouve avec une enquête policière presque classique, un peu trop pépère à mon goût. Le décor du "bonheur obligatoire" finit par devenir un simple papier peint, un arrière-plan qu’on oublie presque pour suivre une intrigue de polar asse convenu.
Certes, la fin tente de rattraper le coup et de reboucler les fils, mais le mal est fait. C’est moins acide, moins drôle et plus sage qu’Alfie. Ça reste un bon moment de lecture, ne boudons pas notre plaisir, mais quand on a goûté au mordant du premier, celui-ci fait un peu figure de caniche de salon.

 

Son de cloche inversé chez le Maki, pour un résultat identique : "Pour conclure, Tout est sous contrôle, malgré un début poussif et un univers bien trop classique pour le lectorat imaginaire, reste un bon divertissement"


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