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30/Robert Charles Wilson/custom

Les assoiffées

mars 18, 2019


Bernard Quiriny, Le Seuil, 2010, 400p., 8€ epub avec DRM


Le pouvoir, d'où qu'il vienne, c'est vraiment de la merde !
Léo Ferré


Et si les femmes prenaient le pouvoir ?

 

Présentation de l'éditeur :


Qu’il fait bon vivre en Belgique ! Les femmes y sont reines depuis le putsch d’Ingrid, la Bergère, féministe endurcie. Du moins, c’est la version officielle. Les frontières étant fermées, les rumeurs enflent : les hommes seraient parqués dans des camps, esclaves de ces dames, les enfants mâles éliminés. Pour la première fois depuis vingt ans, des journalistes pénètrent sur le territoire belge…


Mon ressenti :


En ces temps de féminisme, le pitch de ce roman me faisait de l'oeil, en espérant y trouver une satire mordante du politiquement correcte, une sorte de miroir inversé de La servante écarlate.
Soit, dans les années 70, une révolution féministe s'empare du pouvoir au Bénélux. Une douce utopie où la femme est libérée, délivrée, et l'homme remis à sa place, celle de chien. Peu à peu, la révolution des mentalités se transforment en utopie pour les unes, en dictature pour les uns. Les frontières se ferment et black out sur ce qui se passe à l'intérieur de l'Empire des femmes.
En 2010, une délégation journalistique est autorisée à y pénétrer.

Si c'est le renversement des consciences ou l'uchronie qui vous intéresse, passez votre chemin, il n'en est question qu'au détour de quelques scènes. Si c'est une farce antiféministe que vous voulez lire, changez de trottoir. Il ne sera questions ici que du voyage de la délégation journalistique et de resucée de notre histoire.
On voit venir de loin où veut nous mener l'auteur : Homme Femme, même combat, une fois au pouvoir, c'est le pouvoir qui mène la danse, pas le genre.

Entre la délégation journalistique pro-féministe, nous prenons connaissance du journal intime d'une femme lambda de l'empire, une femme libérée, délivrée. Enfin libérée, tout dépend de sa position sociale, faudrait pas trop déconné quand même, la révolution oui, mais pour les puissantes. Puissantes qui sont fidèles à l'imagerie : décadence, sexe et luxure.
Entre la vision idyllique présentée à la délégation, la montée de de cette femme anonyme dans les couloirs du pouvoir, rien n'est original. L'empire féministe est un mixte entre Corée du nord, URSS, royauté, nazisme et théocratie. La propagande reste ce qu'elle est, on se doute facilement de ce qui va se passer.
Mais ça se laisse lire, les pages défilent, on sourit sur quelques belles inventions, comme ce journal intitulé Féminité en lieu et place de l'Humanité, ou cette autoroute trans-impériale à 6 voies alors que seuls la classe dirigeante possède une voiture, ou encore comment l'homme doit renier son genre, en se coupant les roubignoles.

Au final, reste cependant un tout ça pour ça.

Ondes Futures du samedi 16 au vendredi 22 mars 2019

mars 15, 2019

Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.


Cette semaine sur les ondes :

Pendant que Batman, Hulk et Godzilla s'affrontent sur la TNT,
Arte vous dira pourquoi nous avons besoin de (super) héros;
Mais ces super-héros seront-ils assez héroïques pour combattre le super vilain des années à venir : Antibiorésistanz ?

En ligne sur Wakelet : http://wke.lt/w/s/3TMes


Qui a tué l'homme-homard ?

mars 13, 2019
 

J.M. Erre, 2019, Buchet Chastel, 368 p. (gros caractères), 13€ epub sans DRM



Scooby-Doo chez les Freaks. Navrant ?

Présentation de l'éditeur :


Margoujols, petit village reculé de Lozère, abrite depuis 70 ans les rescapés d’un cirque itinérant qui proposait un freak show : femme à barbe, soeurs siamoises, homme-éléphant, nain, colosse...
L’histoire s’ouvre sur la découverte du cadavre atrocement mutilé de Joseph Zimm, dit « l’homme-homard ». Qui a tué cet ancien membre du cirque des monstres, et pourquoi ? L’enquête menée par l’adjudant Pascalini et son stagiaire Babiloune va révéler des secrets enfouis depuis des lustres dans les hauteurs du Gévaudan.
Lucie, la fille du maire de Margoujols, une jeune femme paraplégique communiquant par l’intermédiaire d’un ordinateur, va épauler les gendarmes dans leur enquête. Elle est aussi la narratrice de cette histoire rocambolesque qu’elle raconte au jour le jour à la manière d’un polar pimenté d’une bonne dose d’humour noir, tout en livrant ses réflexions décalées sur des sujets aussi variés que la littérature policière, le handicap, les artichauts, les cimetières, les réseaux sociaux et, bien sûr, les monstres...


Mon ressenti :


Mr Erre se dit écrivain alors qu'il ne sait même pas construire une intrigue comme il se doit. Déjà, le récit se passe dans le trou du cul du monde, en province, et même pas dans son fleuron architectural et culturel qu'est la ville lumière. En second lieu, il dénigre les personnages hauts en couleur illustrant les Vogue, Elle et autres presses tendances pour un légume bavant en fauteuil roulant et un cirque de monstres. Et cerise sur le gâteau, il se permet même de rire de leurs situations. Pour le respect, on repassera.

Cela ne va guère mieux en avançant dans la lecture. Les paysans sont consanguins, les gendarmes à la ramasse. Il se permet même le luxe de critiquer notre glorieuse décentralisation et l'accès de tous aux services publics, peu importe leur lieu d'habitation reculé. Si vous n'aimez pas notre France Mr Erre, vous n'avez qu'à la quitter, vos immigrés adorés vous tiendront compagnie !

Le pitch est digne de la trame éculée : le méchant du village se fait découper, un gendarme et son fidèle stagiaire débarque. Mais dans un village reculé, avec tout une bande de taiseux, difficile d'avancer. C'est sans oublier les pratiques patriotiques de délation typiquement française, selon l'auteur. Le bon français adore aider l'administration à arrêter les coupables, surtout si ils sont juifs, basanés, noirs où ont une trogne à faire peur. L'enquête offre l'occasion de faire la ballade du village et de ses habitants, tous plus tarés les uns que les autres.

L'auteur joue avec les codes du polar, les arrange à sa sauce, passe de fausse pistes en pistes fausses. Il utilise tous les codes de la narration pour mener en bourrique le lecteur.
La narratrice remporte la palme de ce livre, elle s'amuse de son handicap et de ses représentations pour déstabiliser son interlocuteur. JM Erre se croit à la pointe des bons mots, à la mode desprogienne, ça grince, le politiquement correct en prend pour son grade.

Le résultat vous vous en doutez : j'ai adoré.
Difficile d'arrêter sa lecture pour rejoindre Morphée. C'est court, c'est rythmé, la gouaille cynique du personnage principal change des feel-good sirupeux.
On se croirait dans un épisode de Scooby-Doo, avec toutes les péripéties, les coupables à foison, c'est jubilatoire.
Bref, JM Erre s'amuse du difforme, du monstrueux, du handicap pour en faire des sujets normaux. Derrière la galéjade, une critique acerbe de la différence, des médias et réseaux sociaux voyeurs et de place de la ruralité.

Chapeau bas l'artiste.

J.M. Erre sur le plateau de La Grande Librairie le 06 mars 2019



Quelques citations : 

 

depuis un mois, un nouvel équipement informatique a transformé ma vie. Mon père m’a offert le même ordinateur que celui de l’astrophysicien Stephen Hawking, cloué dans un fauteuil à cause de la maladie de Charcot. Le gars explorait les trous noirs et perçait les mystères de l’univers alors qu’il n’arrivait même pas à se curer le nez.

Carrie Mathison, pour les non-initiés, c’est un agent du FBI dans la série télé Homeland. Elle cumule deux handicaps qui en font un personnage attachant : la féminité et la bipolarité. Excellente gestion de la fiche personnage, y a des auteurs qui bossent. La dépression et l’alcoolisme étant passés de mode, les personnages de polar affichent à présent la gamme complète des particularités physiques et psychologiques. On ne compte plus les détectives obèses, autistes, agoraphobes, philatélistes, schizophrènes, avec toutes les combinaisons possibles pour un personnage d’enfer : enquêteur claustrophobe et collectionneur de hamsters empaillés, inspecteur maniaco-dépressif et abonné à Valeurs actuelles ; commissaire asiatique, bisexuel, psoriasique et recordman de vitesse du roulage de nems.
Autant dire que Pascalini n’est pas vraiment au niveau avec son style passe-partout. Une myopie raisonnable, un IMC un peu en dessous de la moyenne, des oreilles légèrement décollées, ça fait maigre pour séduire le lectorat.

Tant que c’est le monstre qu’on assassine, le bon citoyen se sent en sécurité. Au fond, l’anormal l’a bien cherché, à toujours faire le malin avec ses difformités. En revanche, quand on commence à trucider les honnêtes contribuables, le frisson de l’angoisse devient nettement moins délicieux.

La mort violente a été évacuée de notre quotidien à tel point que son surgissement est toujours vécu comme un insupportable scandale. Les crimes de sang, infiniment moins nombreux aujourd’hui que par le passé, sont montés en épingle à la télévision et marquent au fer rouge l’esprit de nos concitoyens qui vivent dans la peur absurde d’en être un jour victimes. Inutile de leur expliquer que les statistiques sont formelles et que les chances de mourir chez eux d’un accident domestique ou à l’hôpital d’une maladie nosocomiale sont infiniment plus grandes que celles de trépasser sous les doigts d’un assassin ou sous les balles d’un terroriste : l’angoisse est fâchée avec les maths. Si, chaque soir, le journal de 20 heures s’ouvrait sur les photos des dix Français décédés dans un accident de la route pendant la journée, de quoi auraient peur les gens ? De croiser un terroriste ou de prendre le volant ?

La Terre demeure

mars 11, 2019

George Rippey Stewart, 1949, Fage éditions, 368 p., 22€ papier



Le Malevil américain, en moins flamboyant

Présentation de l'éditeur :


Une pandémie, d’origine inconnue, décime la majeure partie de la population nord-américaine (et sans doute celle de toute la planète). Ish a survécu, ainsi qu’une poignée d’autres femmes et hommes, au mal mystérieux, alors qu’il se trouvait seul dans les montagnes. Le roman relate sa découverte d’une Amérique où les animaux sont redevenus sauvages et les survivants se terrent ou errent sans but, le regard plein des horreurs qu’ils ont connues. Des parties lyriques constituant des espèces de didascalies, entrecoupent la description des aventures d’Ish : elles évoquent, dans une langue imitant le style biblique mais gorgée d’informations précises, le sort des êtres et des choses qui composent un monde. Que deviendront les voitures ? L’électricité ? Les glorieux ponts que le génie des hommes a bâti au-dessus des gouffres ? Les conduites des égouts ? Les chats, les chiens, les chevaux, les vaches… ? Ish parviendra à fonder une famille, quelques survivants s’agrégeront et formeront une petite communauté, mais cette « Tribu », confrontée à l’après, sera partagée entre la détresse, l’apathie et l’espoir, entre l’exploitation de l’héritage laissé par la civilisation effondrée (ses ressources, règles, croyances etc.) et la nécessité de tout réinventer pour redonner goût et sens à la vie.


Mon ressenti :

Publié pour la première fois en France en 1951 sous le titre Le Pont sur l'abîme, puis dans les années 1980 dans la collection Ailleurs et demain, les éditions Fage ont sorti de l'oubli ce texte l'année dernière.
Le titre évoque un passage de l’ecclésiaste : 


Une génération s'en va et une génération vient, mais la terre demeure toujours

Et si vous vous réveillez un matin seul ? Que feriez vous ?
Ish, lui, est un savant, "l’homme qui, un peu à l’écart, observait les événements et ne se perdait jamais en faisant lui-même des expériences." Il est le dernier de son espèce, et il va tenter de ressusciter l'humanité.
Dans les autres livres du même genre, la société revit somme tout assez facilement, malgré quelques événements pour dramatiser l'ensemble. Ici les gens se laissent aller à la facilité, ne prennent pas leur destin en main. On voit que tout cela n'est guère simple, d'autant avec des citadins habitués aux facilités de la vie moderne.
Les causes de la pandémie restent obscures, et le peu d'hypothèses données n'est clairement pas très scientifiques, mais reflètent bien les peurs d'une époque, entre la guerre froide, le développement des voyages internationaux. Mais là n'est pas le propos.

Le roman se découpe en différentes parties, plus ou moins séparées dans le temps, sur quelques générations. La première, celle de l'après catastrophe, est assez lente, reflétant l'état d'esprit du narrateur, entre isolement, tentative de découverte et envie de faire renaitre la civilisation.

Le livre fait son âge, et malgré la tentative de l'auteur de prôner le progrès dans les moeurs et normes sociales, difficile de dépasser les conventions de son époque, surtout lors d'une lecture 70 ans plus tard. Au final, les idiotes, les moins intellectuels restent les femmes, le savoir, comme chacun le sait étant la panacée du mâle ! Pas très heureux, mais à lire avec les yeux de l'époque pour comprendre que ce livre est en avance sur son temps, notamment sur le racisme.

Seule une intelligence exceptionnelle était assez forte pour imposer au monde sa volonté.

Non, ce qui m'a le plus dérangé, c'est la légère condescendance, cette supériorité du narrateur, le savant, envers les autres métiers plus manuels. Lui seul sait qu'il ne faut pas vivre insouciant en pillant les ressources du passé, mais recréé une sorte de société nouvelle.

Toi et moi, Joey, disait-il, nous sommes de la même race, nous pouvons comprendre ! Ezra, George et tous les autres, ce sont de braves gens. Ils appartiennent à l’humanité moyenne et le monde a besoin de beaucoup d’hommes comme eux, mais il leur manque l’étincelle. C’est à nous à fournir l’étincelle !


Par contre, j'ai beaucoup aimé l'approche de l'auteur, pas d"effets pyrotechniques, nous sommes plus dans l'introspection. En outre, il aborde un point souvent laissé de côté dans les oeuvres similaires que j'ai lus : comment affronter le traumatisme et continuer à avancer. La question du recommencement ou du commencement est au coeur du récit.
Un roman très nuancé, l'auteur aimant souffler le chaud et le froid. Il nous laisse croire à des préjugés et prend leur exact opposé quelques chapitres plus loin
Cependant, le personnage principal est assez agaçant dans son rôle de savant qui sait mieux que les autres, mais n'est ce pas ce que l'auteur voulait ? Le rythme a rendu aussi ma lecture pénible.
Des défauts certes, mais un texte riche, beaucoup plus profond qu'il ne laisse entrevoir. A découvrir .


Lu dans sa version Ailleurs et demain, le roman est préfacé par un John Brunner très enthousiaste.Un petit essai clôture le tout : Après les cendres, quel phénix ? Un aspect des recommencements post-catastrophiques par Rémi Maure, à lire pour les fans de post apo, car il comporte de nombreuses références sur ce genre, certes ancienne, mais c'est qui en fait tout l'attrait.



Sans conteste l’un des tout meilleurs romans post-apocalyptiques (SFemoi), un beau roman qui aborde intelligemment des questions essentielles (Quoi de neuf sur ma pile)
Et surtout, un texte qui rappelle "on n’a jamais trop de conserves dans ses placards..." (TmbM)

 

 


 

Quelques citations :


Le rideau s’était baissé sur l’homme, soit ; devant ses yeux de savant se déroulait le premier acte d’un drame inouï. Depuis des milliers d’années, l’homme était le maître du monde. Et voilà qu’il disparaissait pour longtemps, sinon pour toujours. Même si la race humaine n’était pas complètement éteinte, les survivants mettraient des siècles à retrouver leur suprématie. Que deviendraient le monde et ses créatures sans l’homme ? Eh bien, lui, Ish, allait le savoir.
Un chat gisait sur le comptoir ; Ish le crut mort, mais, sous ses yeux, il revint à la vie, et le jeune homme se rendit compte que l’animal avait simplement emprunté une attitude chère à ceux de sa race. Le chat le toisa avec la froide insolence d’une duchesse qui dévisage sa chambrière. Gêné par ce regard, Ish se rappela que c’était là les façons de la gent chatte. L’animal paraissait heureux et bien nourri.

Un homme qui se croit chargé d’une mission divine n’est pas loin de se prendre pour Dieu lui-même et sombre alors dans la folie.

Malgré l’horreur de la situation, il gardait la curiosité détachée d’un spectateur qui assiste au dernier acte d’une tragédie. Et c’était, il s’en rendait compte, l’essence même de sa personnalité. Il restait ce qu’il était, ou avait été – le temps du verbe importait peu – un intellectuel, un savant en herbe, porté à analyser les événements plutôt qu’à y participer. 

« Les malheurs attendus n’arrivent jamais ; c’est du côté où l’on ne regarde pas que tombe la tuile. » L’humanité tremblait d’effroi à l’idée d’une destruction totale par la guerre, elle vivait dans un cauchemar d’explosions, de villes qui sautaient avec leurs habitants, d’hécatombes d’animaux, tandis que toute végétation disparaissait de la surface du globe. Mais en réalité, semblait-il, c’était l’humanité seule qui avait été supprimée catégoriquement, sans trop de remous.

Les fables nous ont induits en erreur. Ce n’était pas le lion, mais l’homme, qui était le roi des animaux. Et son règne a été souvent cruel et tyrannique.

Ish, dans son enfance, avait fréquenté le catéchisme, mais, lorsque Maurine lui demanda quelle était sa religion, il répondit qu’il était sceptique. Maurine, qui ne connaissait pas ce mot, le comprit de travers et en conclut qu’Ish était membre de l’Eglise sceptique.

Ondes Futures du samedi 09 au vendredi 15 mars 2019

mars 08, 2019

Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.


Cette semaine sur les ondes :

Arte vous envoie dans le futur du passé, qui n'est autre qu'une vision du présent, de quoi vous laisser une sensation de Déjà-vu;
Les cyborgs existent, seront-ils la norme de beauté du futur ?;
Et vous apprendrez comment les volcans peuvent changer le monde;
En ligne sur Wakelet :  http://wke.lt/w/s/WEr9B


Black Mirror : Bandersnatch

mars 06, 2019

Série créé par Charlie Brooker, 2018, Episode spécial, 1h30

Vous étiez jeune et beau dans les années 80, cet épisode spécial de la série d'anticipation Black Mirror est pour vous, une petite madeleine de Proust 2.0

Synopsis : 


En 1984, un jeune programmeur remet en question la notion de réalité en adaptant un roman fantastique en jeu vidéo. Une histoire hallucinante aux multiples dénouements.


Mon ressenti

Frankie Goes To Hollywood, Eurythmics, Le jour sans fin, le livre dont vous êtes le héros, Philip k; Dick et ses réalités parallèles, les jeux vidéo, ... Un petit concentré des années 80


Pour ceux qui - comme moi - ont l’inculture qui vire au pathologique, le titre Bandersnatch fait référence à De l'autre côté du Miroir de Lewis Carroll. Une référence loin d'être anodine ici car plutôt que nous renvoyer notre reflet, ce sera l'occasion d'aller voir ce que trouve derrière ce miroir. Une mise en abyme autour de la réalité, de la création, et du libre arbitre. Un épisode stimulant intellectuellement. Mais l'intellect ne fait pas tout, quand est-il de l'affect ?

Pour moi, Black Mirror est la série la plus revigorante du moment, celle qui interroge notre présent, n'hésitant pas à aborder de sombres sujets, celle où il faut se mettre en position latérale de sécurité en la visionnant. C'est la série Kiss Cool. Premier effet par son traitement des dérives technologiques. Et le second effet, la chute qui vous cloue dans votre canapé. (notamment l'épisode de la saison 3 Tais-toi et danse). Après l'avoir visionner, je ne peux que constater que le partenariat avec Kiss Cool a été abrogé. Les producteurs ont préféré mettre leur pognon dans l'interactivité.
C'est amusant au premier visionnage, nous avons l'illusion du choix, on se prend au jeu et comme nous avons dix secondes pour faire le choix, il faut aller vite. Mais on se doute souvent ou tout cela va aboutir, le libre arbitre n'est qu'une coquille vide. (sur l'interactivité, je vous conseille d'écouter le podcast de La méthode scientifique : David Cage : le jeu vidéo à fleur de peau)
Au visionnage suivant pour explorer les différentes fins la trame est connue, ne reste plus que la découverte des scènes et fins alternatives et c'est assez redondant. Il faut en effet se retaper tout le début. Si vous avez fait le mauvais choix, vous revenez devant le dernier choix crucial. Au final, L'impression d'être devant un jouet et de découvrir les différents possibilités offertes, puis on passe au cadeau suivant.
L'imbrication des différentes scènes est souvent bien faites parfois plus hasardeuse lorsqu'il s'agit de reconstituer le puzzle de manière différente.
Il y a bien quelques fulgurances ici ou là, comme la scène paranoïaque et complotiste dans l'appartement qui est magnifique visuellement et narrativement, ou bien la scène du duel Patient / Psychologue.

 
Pour moi, un film permet d'apprécier une histoire et découvrir l'imaginaire et la virtuosité du réalisateur et du scénario. Ici c'était moi le pseudo réalisateur, la surprise n'est plus présente. Reste le scénario. Mais comme vous pouvez le constater après avoir lu ces quelques lignes, j'ai plus parler de l'interactivité que de l'histoire qui n'est pas au niveau du standard de la série.

Après toutes mes mésaventures pour déguster ce Bandersnatch, reste une semi déception. C'est rempli de références comme dans l'épisode Black Museum, les plus fanatiques s'amuseront comme des petits fous. La mise en abyme est exploitée à son paroxysme, la plus réussie est sûrement celle où l'interactivité de cet épisode sert à Netflix de suivre nos comportements à la trace : dénoncer les dérives technologiques tout en dérivant soi-même (cf Télérama)
Nous sommes derrière le miroir de la série, mais moi, je préfère regarder son reflet sombre.

Petit avertissement pour les plus sensibles d'entre vous, certaines scènes sont assez flippantes et/ou gore et/ou violente

Un autre avis sur Just a word



Pour les plus fainéants d'entre vous, quelques liens

Les clins d'oeil aux épisodes précédents
http://www.allocine.fr/diaporamas/cinema/diaporama-18678017/?page=6

Les différentes fins + la fin cachée et son easter egg
http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18677939.html

La scène cachée
http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18677939.html

Tous les arcs narratifs
en anglais : https://www.reddit.com/r/blackmirror/comments/aa9oym/almost_4_hours_after_release_and_i_think_i_have/

en francais :

https://www.numerama.com/tech/451353-black-mirror-bandersnatch-quelquun-a-deja-liste-tous-les-arcs-narratifs-possibles.html

Comment construire un jeu vidéo interactif :
https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-du-jeudi-28-juin-2018


Blues pour Irontown

mars 04, 2019
 

John Varley, 2019, Denoël Lunes d'encre, 272 p., 16€ epub avec DRM


Deux raisons d'acheter Blues pour Irontown :
- la chouette couverture
- le chien.


Présentation de l'éditeur :


Christopher Bach était policier lors de la Grande Panne, ce jour où le Calculateur central, qui contrôle tous les systèmes de survie sur Luna, a connu une défaillance fatale. La vie de Chris a alors irrémédiablement basculé, et il essaie désormais d’être détective privé. Assisté de son chien cybernétiquement augmenté, Sherlock, il tente de résoudre les quelques missions qu’on lui confie en imitant les héros durs à cuire qui peuplent les livres et films noirs qu’il adore.
Lorsqu’une femme entre dans son bureau et prétend avoir été infectée volontairement par une lèpre incurable, Chris est tout disposé à l’aider à retrouver celui qui l’a contaminée. Mais il va vite déchanter en comprenant que son enquête doit le mener là où personne n’a réellement envie d’aller de son plein gré : à Irontown…

Mon ressenti :


Un détective privé féru des années 1930 comme il se doit, une enquête qui apparait simple, la lune et surtout Sherlock. Voilà le point de départ. Tout cela se passe dans l'univers des Huit Mondes, que l'auteur a développé dans plusieurs romans et nouvelles.
Tout cela se lit avec plaisir, l'humour et la légèreté baigne l'ensemble. Mais une fois la dernière page tournée, j'étais bien en peine de savoir de quoi avait voulu parler l'auteur, si tant est qu'il est voulu parlé d'un sujet précis.
L'enquête est assez linéaire, et on a vite compris les tenants et les aboutissants, elle est surtout présente pour amener à l'histoire d'Irontown et du traumatisme du détective.

Reste surtout une sensation de survol. Je pense qu'il m'a manqué pas mal d'éléments pour profiter pleinement de l'univers. N'ayant jamais lu du Varley, j'ai l'impression - renforcé après lectures du pitch des deux tomes précédents - que pleins de références s'y trouvent. Blues pour Irontown peut se lire de manière indépendante, mais un goût de trop peu demeure. (quelques pistes de compréhension dans le fil du livre sur le forum de Planète-SF.
Autre référence qui m'a fait défaut, c'est la lecture de Robert A. Heinlein. On sent l'hommage aux écrits de l'auteur (les habitants de Heinlein-Ville sont des Heinleinistes, un vaisseau s'appelle le Heinlein). Mais je crois que de nombreux clins d'oeil aux textes d'Heinlein parsèment le texte.


Dans l'avant-propos, John Varley précise :

Saviez-vous qu’un bon paquet de directeurs littéraires, et même certains auteurs, emploient désormais des gens qu’on appelle des « détecteurs de points délicats » ? Leur travail consiste à lire votre bouquin et à vous prévenir s’il contient quoi que ce soit qui pourrait choquer quelqu’un, quelque part, à quelque moment que ce soit. Si ces lecteurs repèrent dans un roman un élément susceptible d’offusquer un groupe de lecteurs sensibles, l’auteur peut se voir soumis à une pression considérable pour le réécrire ou le retirer.
C’est comme ces « signaux d’alerte » populaires qui infestent les campus d’université de nos jours. Si quelque chose dans un livre est trop terrifiant pour que les gens l’affrontent — des choses effrayantes comme évoquer l’esclavage ou écrire une scène de viol —, certains étudiants exigent à présent qu’on les mette en garde de façon à éviter un ouvrage qui pourrait les troubler.
On m’a encouragé à effectuer quelques changements pour rendre le manuscrit plus politiquement correct. Je ne dis pas qu’il s’agissait de choses énormes. Ce n’était pas le cas. Mais le livre (ou sa traduction) que vous tenez actuellement entre vos mains est l’édition approuvée par l’auteur de ce roman, avec toutes les modifications retirées. Et, chers lecteurs, je peux vous assurer que si vous trouvez dans un de mes romans quelque chose qui vous dérange ou vous effraie… mon but était bien de vous déranger ou de vous effrayer, bordel !

Au delà de l'aspect aberrant de l'existence de « détecteurs de points délicats », profession dont je ne sais si elle existe en France (mais il existe l'auto-censure, tout aussi efficace), il n'y a rien dans ce roman qui m'a dérangé, ou effrayé. Tout au plus quelques lignes où l'auteur parlent de la peine de mort ou du port d'armes (clin d'eil à Heinlein ?)

Il aborde aussi l'élément le mieux réussi du roman :

Un mot sur les chiens. J’adore les chiens.  J’en ai inclus dans plusieurs de mes histoires, y compris les trois volets de la trilogie du métal. [...] Quand je me suis demandé quelle sorte de chien un détective pourrait posséder, il a tout de suite été évident que ce devait être un limier, un saint-hubert. 

Au vue du nom de mon blog, je ne pouvais être indifférent à cette mise en avant canin.
Car Sherlock est l'un des deux personnages principaux du roman. Et là, l'imaginaire de l'auteur s'en donne à coeur joie. Déjà, il détourne le fameux concept de l'homme augmenté pour le dévoyer en chien augmenté.Ce sont des chiens CCA : des canidés cybernétiquement améliorés.
En outre, les auteurs adorent nous créer des aliens plus vrais que nature, mais oublie que l'autre est parfois juste à côté de nous. Et ici, nous rentrons réellement dans la tête du chien, sa façon de penser, de voir le monde, sa relation avec son maître. C'est très bien réalisé. Et puis le livre se termine par un épidogue !
Cependant, comme mon reproche principal, c'est trop peu utilisé, et de manière un peu trop linéaire dans l'intrigue.

Autre bon point pour moi, le monde cyberpunk hard-boiled. Je ne suis pas trop fan de ce genre et John Varley n'en rajoute pas inutilement, à mon goût. Nous avons ce côté plus dans l'ambiance. Bref, encore une impression, jamais de détails, mais cette fois, cela m'a plu.

Au final, pleins de bonnes idées, j'ai préféré ne pas développé le monde de Luna pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais qui m'ont laissé sur une certaine frustration, comme Blackwolf qui regrette "remplit parfaitement le rôle de divertissement entre deux lectures plus denses, même si j’avoue j’attendais peut-être plus." Même son de cloche chez Yuyine : "manque d’approfondissement et l’intrigue d’intérêt." Le chien a aussi frappé chez Artemus Dada " Un roman qu'on pourrait ne pas lire, si ce n'était la présence de Sherlock.". Les makis aiment les chiens, mais pas les livres ennuyeux.
Gromovar s'est laissé bercé par "l'histoire d'amour infini, énorme, larger than life" et Just a word y a trouvé un divertissement de qualité qui se dévore en un clin d’œil.
Mariejuliet a passé un moment de lecture agréable, et Lune a apprécié ce divertissement lunaire. Un seul mot d'ordre chez Lorhkan : À lire !
Et la palme à Baroona, qui comptabilise au fil des avis et de ses commentaires, les statistiques du j'aime/j'aime pas.

Récapitulatif


Quelques citations :



La mafia charonaise était composée de légendaires pirates, assassins, bourreaux et, dans l’ensemble, plutôt de sales types. On racontait qu’ils mangeaient leurs enfants, manquaient de respect à leurs mères, mâchonnaient des plaques d’acier et recrachaient des boulons, flanquaient des coups de pied aux petits chiens et ne tiraient pas la chasse d’eau après avoir fait caca.
Bon, d’accord, je prends ça à la blague, sans doute parce qu’une plaisanterie aide à tenir à distance la réalité de ce qu’ils sont. C’est comme siffloter en longeant un cimetière, comme disait une vieille expression.

Une des maximes non écrites des Heinleinistes dit : « Une société armée est une société polie. » C’est de la connerie. Dans dix mille ans, peut-être, quand tous les excités et les tarés se seront exterminés sans élever de progéniture au sein de leur violence antisociale… mais j’en doute. « Une société armée est une société où beaucoup de gens vont se faire flinguer. » Ce n’est pas encore arrivé, mais ça viendra. Ça viendra.

Nous ne nous apercevions pas qu’on nous trompait sur la marchandise, en partie au moins parce que nous étions déjà convaincus. Certes, Luna ne subissait aucune attaque, mais c’était au concept de la loi et de l’ordre que nous jurions allégeance.

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