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30/Robert Charles Wilson/custom

Le massacre de l'humanité

octobre 15, 2018

Stephen Baxter, Bragelonne,  2017, 648 p., 13€ epub sans DRM



Un beau gâchis.

Présentation de l'éditeur :


Treize ans après, le monde guette encore le ciel mais se rassure : on a su contrer la menace martienne. Nul ne s’inquiète donc des nouveaux lancements détectés sur la planète rouge. Sauf Walter Jenkins, le narrateur du livre de H.G. Wells. Il est convaincu que les Martiens ont adapté leur stratégie après leur défaite...

Mon ressenti :


Plusieurs années ont passé depuis les évènements de La guerre des mondes. En découle une réalité uchronique : les diverses technologies martiennes ont donné un coup d'élan à la recherche scientifique mais le cours de l'histoire n'est pas aussi malléable qu'il ne le paraît : l'Allemagne a toujours envie d'espace et l'Angleterre affaiblie a traité avec elle, laissant ses alliés seuls. Une dictature se met en place décrétant l'anathème sur l'astrologie. Mais les martiens n'en n'ont cure et décide de revenir découvrir les pluies londoniennes.

Un début dans la droite ligne du roman de Wells, nous retrouvons certains personnages malmenés par Walter Jenkins. L'occasion d'une mise en abîme salutaire, les protagonistes en veulent de leur descriptions souvent négatives faites par Jenkins. Nous avons vraiment l'impression d'être dans la réalité plus que dans un roman.
Même si un goût de déjà vu berce cette seconde guerre au début du roman, Baxter sème quelques éléments titillant notre curiosité. Outre la source d'énergie du rayon ardent dévoilé, les joviens et les habitants de Vénus dont les premières pages nous parlent laissent supposer des évènements beaucoup plus large que les martiens. Les femmes sont aussi beaucoup plus présentes et ont même le beau rôle, après leur absence dans le roman de Wells.

Malgré cela, j'ai souvent pensé refermer le livre durant les cent premières pages, puis petit à petit, l'envie de découvrir vers où voulez m'emmener Baxter se faisait plus pressant : une écriture plus moderne, gardant toutefois le style de l'époque, les intrigues des fils laissés par Wells sont développés et il parvient à en faire une bonne intrigue. Et ne s'en sert pas, ou si peu ! Qu'en est-il des martiens humanoïdes si vite survolés, de même pour les Cythéréens, les habitants de Vénus, qu'en est-il de cette communauté collaborationniste vivant en vase clos. Bref, l'auteur ne fait que survoler quelques items qui auraient pu embarquer le lecteur vers un ailleurs.
Les personnages sont grossièrement dessinés. De nombreuses fois j'ai du tenter de me remémorer qui était qui, même après avoir passé 400 pages en leur compagnie, un comble ! Et comme seul suspense, le fait de toujours remettre  à plus tard les révélations et au bout de la énième fois, cela agace fortement : "J’ignorais encore que je ne le reverrais pas avant plusieurs jours", "Mais j’y reviendrai.", "dont je traiterai plus tard", jusqu'à plus soif.
Les dernières pages font penser au cinéma d'action type blockbuster, avec ces scènes aux quatre coins du globe. Cela permet d'éviter un regard unique et de caractériser un peu plus l'uchronie, mais cela est bien trop bref.  Un petit tour et puis s'en va.

Stephen Baxter titille notre curiosité, mais jamais ne la comble, reste un sentiment de déjà vu et de frustration, l'hommage se transforme en pâle copie. Reste une chose que l'on ne peut lui enlever, c'est  son humanisme et son pacifisme. Pas suffisant cependant pour éviter le naufrage.
Tous les éléments étaient là pour faire un roman plein de sense of wonder, à un prochain auteur d'utiliser les pistes de Baxter.

Cette édition comprend le roman La guerre des mondes révisé pour l'occasion afin de coller au mieux à cette suite.

Nébal est sur un ressenti proche : Mais Le Massacre de l’humanité ? Ce n’est pas vraiment la peine… même si c’est inutile plutôt que mauvais à proprement parler.


Mon avis

Quelques citations :


- Ce qui me surprend le plus, dans cette histoire, docteur, c’est à quel point vos hommes sont jeunes.
- En effet. Les gens plus âgés ne sont pas assez bêtes pour aller faire la guerre.

Et parmi les soldats, même ici au cœur du riche Berlin, moderne et électrifié, je vis des blessés, beaucoup d’hommes, mais pas uniquement, portant d’élégants uniformes, le visage ou le bras bandés, certains dans des fauteuils roulants, d’autres amputés. Ils étaient splendides, comme le sont toujours les vétérans. La guerre commencée par les Allemands en 1914 continuait toujours, malgré la présence des Martiens sur Terre à quelques centaines de kilomètres de là, et elle s’était transformée en boucherie à l’est, où les Allemands s’enfonçaient encore dans l’Empire russe chancelant. C’est ce que l’on disait, en tout cas. Il y avait peu d’informations disponibles au public. Les yeux ou les membres manquants de ces vétérans berlinois livraient toutefois des témoignages silencieux de ce qui se passait sur ces lointains champs de bataille.

« Un lecteur de mon récit, m’avait dit un jour Walter Jenkins, a critiqué la façon dont j’ai relaté la fin des Martiens sur Terre en 1907. »
Je lui avais répondu :
« Vous voulez dire leur anéantissement par la bactérie ? Pourquoi l’a-t-il critiqué ? C’était un récit équilibré et juste, me semble-t-il.
— Je crois qu’il parlait plutôt des qualités théâtrales de cet incident. Du style littéraire de mon livre, si vous préférez. Notre combat contre les Martiens s’achevait sur un deus ex machina. D’après lui, les germes surgissaient de nulle part et tout finissait bien. Comme si j’avais triché dans ma narration. Comme si j’avais inventé cette histoire ! Qu’il s’agissait d’une simple fiction !
— Ce n’était pas l’auteur de Year Million Man, par hasard ?
— Non, pas cette fois, même si lui m’avait déjà bien agacé. J’ai fait remarquer à notre critique amateur que je m’étais appliqué à introduire de façon discrète cette révélation dans le premier paragraphe, pour peu qu’on le lise attentivement, où je parlais des Martiens qui nous examinaient “d’aussi près qu’un savant peut étudier avec un microscope les créatures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau”. Puis j’ai pris bien soin de noter comment la rouille s’attaquait à l’herbe rouge et à la végétation martienne avant que la bactérie ne s’en prenne aux Martiens eux-mêmes… Et ainsi de suite ! Il y a des germes partout, du début à la fin.
« Et j’ai également essayé d’expliquer à ce lecteur que l’intérêt du livre lui avait échappé. Il ne s’agissait pas d’un roman, mais d’un récit historique. Et l’apparition de la bactérie à la fin du conflit était logique, nécessaire tant sur le plan historique que biologique. Tout est affaire de contexte, Julie. Il n’a jamais été question d’une guerre des Martiens contre les humains. Nous leur barrions simplement la route, plus exactement nous nous trouvions à l’endroit qu’ils voulaient envahir. Il s’agissait d’une guerre de Mars contre la Terre, d’organismes martiens face à des milliards d’années d’évolution terrestre. Et la résolution n’avait rien d’un deus ex machina. La Terre l’a emporté… »

 

Ondes Futures du samedi 13 au vendredi 19 octobre 2018

octobre 12, 2018


Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.

Au programme :
Si vous avez raté la neuf cent quatre-vingt-dix-neuf millions neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neufièmes rediffusions de X-men, Divergentes et autres I-robot, les chaines françaises volent à votre rescousse;
Si vous faites partis des nantis, vous pourrez profiter d'une visite dans la charmante ville de Castle Rock;
Sinon, vous pourrez toujours écouter Le procès de Kafka, en espérant que le Docteur vienne vous sortir de ce labyrinthe bureaucrate.

En ligne sur Wakelet



Les Attracteurs de Rose Street

octobre 11, 2018

Lucius Shepard, 2018 (parution originale 2011), Le Bélial, 136p., 5€ epub sans DRM


L'aspirateur de Jeffrey tombe en panne, mais comme il n'a pas souscrit au contrat de confiance de Darty, il doit se rabattre sur un psy comme réparateur !
Résultat : un cluedo gothique et sulfureux doublé d'une revisite du spiritisme via un attirail scientifique.

Présentation de l'éditeur :


Londres, fin du XIXe siècle. Une métropole enfumée, étouffant sous le smog et les remugles de l’industrialisation en pleine explosion… Samuel Prothero est aliéniste. L’un des meilleurs de sa profession. Membre du sélect Club des Inventeurs, jeune homme respecté, son avenir est tout tracé dans cette société victorienne corsetée. Jusqu’à ce que Jeffrey Richmond, inventeur de génie mais personnage sulfureux, sollicite son expertise sur le plus étrange des cas. Troublante mission, en vérité, pour laquelle le jeune Prothero devra se résoudre à embrasser tout entier l’autre côté du miroir, les bas-fonds de la ville-monde impériale et ceux, bien plus effrayants encore, de l’âme humaine… 

Mon ressenti : 


Jadis, naguère, un vieux manoir dans un quartier malfamé de Londres. La création d'un inventeur réprouvé tourne mal et il fait appel à un aliéniste. Pourquoi faire appel à un psy plutôt qu'à un réparateur ?

Un manoir, un meurtre, un mystère, des fantômes, des secrets enfouis. Qui cache quoi ? Dans le brouillard londonien, nos repères vacillent et l'enquête paranormale va mettre à mal les conventions sociales.
Qui dit texte court dit souvent, à mon sens, personnages stéréotypés et/ou univers vite dessinée et/ou intrigue prétexte. Sur ce dernier point, je l'ai trouvé assez fade, l'auteur donnant rapidement aux lecteurs les clés de sa résolution. Par contre, côté ambiance et caractérisation des personnages, c'est du grand art. Je suis de suite entré dans l'histoire, les images venant d'elle même. J'ai même cette impression que dans quelques années, ce sont les images qui me resteront et je penserais avoir vu un film ! Avec même une apothéose finale. Le style emporte le tout pour que l'on ressente au mieux le malaise des protagonistes.
Shepard retranscrit bien les rapports (dans tous les sens du terme) entre élite bourgeoise et bas peuple. Et au final, les frontières ne sont pas si étanches entre ces deux groupes que tout semble séparer, même en cette fin de 19ème siècle.

Un texte bourré de secret, de non-dit qui emprunte beaucoup à la psychanalyse. C'est ce côté qui m'a le plus chagriné, n'étant pas un adepte du bon docteur Freud. Je n'ai pas non plus apprécié l'inventeur Jeffrey Richmond, dont une partie du rôle consiste à faire le mystérieux personnage énigmatique et bourru.

Alors, reste la question finale : pourquoi faire un texte fantastique aux saveurs d'antan de nos jours ? L'hommage est réussi mais assez convenu à mon sens.
Première incursion dans l'univers de l'auteur, sa plume m'a cependant conquis, à moins que ce ne soit Griaule qui tire les ficelles, je vais aller voir cela de plus près.

Je laisse la conclusion aux camarades blogueurs :

Les Attracteurs rend un très bel hommage aux sources des littératures de l’imaginaire (FeydRautha),
l’ambiance est immersive à souhait (Aelinel). La foultitude de détails distillée en quelques mots nous plonge littéralement dans cette époque victorienne (Yogo). La plume de l’auteur est ciselée, poétique et entraînante (BlackWolf) et une belle maestria lorsqu'il s'agit de donner vie à des personnages complexes, malgré la brièveté de son histoire (Artemus Dada). Le mélange de fantastique et de science fonctionne très bien et renforce le côté angoissant et sombre du récit (Celindanae).
Malgré toutes ces belles qualités, l’intrigue de cette novella ne m’a pas totalement happée (Shaya), reste une impression mitigée (Lutin82)




Conséquences d'une disparition

octobre 08, 2018


Christopher Priest, Denoël Lunes d'encre, 2018, 336p., 16€ epub avec DRM


Les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être.


Le roman le plus simple de Christopher Priest, addictif au possible, mais aussi le plus complexe tant toutes les explorations de l'auteur se trouve ici condensé.

Présentation de l'éditeur :


2000. Ben Matson noue une relation passionnée avec Lilian Viklund. Il ne le sait pas encore mais, dans moins d’un an, la jeune femme aura disparu. Plus de vingt ans après, le décès de Kyril Tatarov, un scientifique de renom que Matson a jadis interviewé, fait la une des journaux, alors que les débris de ce qui ressemble à un avion sont retrouvés dans l’Atlantique, à une centaine de miles des côtes américaines. Ces deux événements, a priori sans rapport, replongent inexorablement Ben dans les souvenirs de son histoire avec Lil. Se pourrait-il qu’il y ait un lien entre la disparition de la jeune femme, celle de Tatarov et celle d’un avion inconnu ? Et le monde que nous connaissons serait-il en train d’en subir les conséquences ?

Mon ressenti : 

Conjecture : 
Voilà bien un auteur qui m'agace, provoque en moi une dissonance cognitive sur mon ressenti sur ses romans : j'aime,  mais je ne sais jamais si j'ai bien tout compris.

Alors, appliquons un raisonnement mathématique 


Objet A : 
Une histoire assez simple, banale : un homme, une femme, une disparition, un deuil, un mensonge (?) et une lente reconstruction. On se croirait chez Lelouch, mais Priest évite toute mièvrerie, tout sirupeux dans son histoire. Et se permet même d'y ajouter une dose de suspense : Lilian Viklund est-elle vraiment morte, ou simplement disparu ? Christopher Priest nous déroule les conséquences de cette absence sur la vie d'un homme. Comment faire son deuil, comment réussir à dépasser cette tristesse, cette colère.
Moi qui déteste les histoires d'amour dans les romans, cela est passé comme une lettre à la Poste. Le lecteur s'interroge sur les zones de floues de cette  histoire, d'autant que nous n'avons que le point de vue de Ben Matson, forcément sujet à caution et à l'interprétation qu'il se fait de leur romance. Bref, nous sommes bien dans du Priest, leur histoire est elle réelle, véridique ? Sur un fait, rien n'est jamais tout blanc, tout est question de perception. Cette réalité trompeuse est un sujet que Priest poursuit inlassablement tout au long de son oeuvre. Ici, il met en parallèle le quotidien, banal, d'un couple dont le tragique va révéler des zones d'ombres. Que sait on au final de l'autre ? L'histoire individuel, le récit de vie rejoint ici la grande Histoire, ou du moins un certain récit national.

Objet B :
Une histoire assez simple : un État, un attentat, une disparition, une guerre, un mensonge (?) et une lente reconstruction. Bref, c'est une simple histoire de gosses, tu me tapes, je te tapes et cela finit en pugilat. Mais à un niveau national, les choses se compliquent sérieusement surtout si l'un des États est le Maitre du monde.
Il me semble assez naturel que Priest s'empare du sujet des attentats du 11 septembre, tant la vision des uns et des autres sur cet événement est dissonante. Pour moi, le 11 septembre n'est pas un sujet qui me passionne, j'en ai suivi son déroulement et ses conséquences, mais sans jamais aller approfondir la chose. J'avais peur de me trouver ici dans une histoire américaine qui ne me concerne pas, ne m’intéresse guère. Et Priest m'a plongé dans cet évènement totalement, j'ai été happé par ce qu'il me racontait. Seul bémol, à un moment, en milieu de roman, j'ai eu plus l'impression d'être dans un essai que dans un roman, mais cela s'est rapidement dissipé.

Objet C :
Quelle est cette histoire qu'il nous raconte ? Est elle réelle, fiable ? Ou l'auteur s'amuse t-il à nous embobiner en conjuguant le vrai et le faux ?
Ben Matson nous relate aussi un épisode de sa vie, lorsque sa belle mère affirme des choses qui ne se sont pas passées, qui ne peuvent s'être déroulées. Est on dans une même réalité, ou une réalité alternative ? Sentiment renforcé par les intitulés des chapitres :
En ce temps-là, En ce temps-ci. D'autres éléments viennent , de ci, de là, renforcer cette impression.
En outre, même si ce roman ne se déroule pas dans son archipel du rêve, mais principalement en Écosse, les îles sont omniprésentes : En ce temps-ci se déroule dans le firth de Clyde, sur l'île de Bute; En ce temps-là sur l'île de Manhattan. De quoi avoir des doutes sur cette histoire américaine.

Théorême :
Priest fait son Priest. 


Néanmoins, le consensus demeurait autour de l’explication officielle. Ce semblait être trahir les victimes, trahir la nation, que de soulever des interrogations quant à ce que tout le monde pensait avoir vu à la télévision. Il devenait acquis que le doute était du domaine des asociaux, des groupes aux idéaux révolutionnaires, des adeptes des théories complotistes. L’explication officielle était patriotique — c’était une histoire américaine.


L'intelligence de Priest est d'avoir contourné les thèses complotistes en se plaçant dans le récit d'un homme qui a perdu sa compagne lors des attentats de 2001 , celui notamment sur le Pentagone, et cherche des explications sur cette disparition qui comporte quelques zones de floues : pourquoi son corps n'a jamais été retrouvé ? Pourquoi si peu d'images alors que c'est le bâtiment les plus surveillé ? Il ne remet jamais en question la réalité de l'évènement, le 11 septembre a bien eu lieu, mais interroge l'Histoire officielle de ces attentats. En ce sens, il se rapproche de la novella de Ken Liu, L'Homme qui mit fin à l'Histoire. En ces temps de Fake news, excusez moi, d'Infox, ce roman tombe à point nommé.
Et comme il l'écrit lui même dans sa dédicace, Conséquences d'une disparition, c'est

A story of a story - not an event

C'est un roman que je considère aussi très science-fictionel : nous sommes en plein dans la soft-Sf de psychologie sociale, avec un soupçon de hard-SF à travers les mathématiques.
L'édition française a été splendidement conçue, tant sur la couverture, que sur le titre. Seul ombre au tableau, pas de sommaire , ce qui aurait un plus pour s'y retrouver plus facilement, Priest étant un grand joueur.

J'ai gagné, de manière malhonnête, ce roman suite à un concours pour son lancement, ce qui m'a permis de le recevoir dédicacé :



"Ce roman a plusieurs niveaux de lecture possible et chacun trouvera ce qu'il est venu y chercher", "on y retrouve aussi la capacité de l’auteur à jouer avec le lecteur, à remettre légèrement en cause la tangibilité de son monde","Conséquences d’une disparition est un roman pertinent, documenté, intelligent, et qui contient donc l’essence même des romans priestiens"

Quelques citations :


Réinventer un événement réel dans une version romancée m’avait fait toucher du doigt l’importance de la fiction, de la narration, lorsque la vérité était trop malséante ou trop complexe, ou tout simplement une chose que l’on préférait ne pas révéler. On pouvait toujours raconter une histoire.



Les attentats de New York et de Washington avaient laissé des cicatrices, non seulement dans le tissu des bâtiments et des cités, mais aussi dans des milliers de vies. Au-delà de cela, les mensonges et omissions de certaines personnes non identifiées avaient laissé, subrepticement, occultement, indécemment, des cicatrices dans la démocratie, dans l’histoire et l’image de l’un des plus grands pays libres du monde, dans toute la société occidentale et dans le monde dans son ensemble.

La dernière raison pour laquelle je ne pouvais accepter l’idée d’un complot était la plus difficile à écarter : c’était la peur.
Pour moi, considérer qu’une quelconque officine gouvernementale américaine pût être complice de la mort de tous ces innocents impliquait d’infirmer une vie entière de postulats sur le monde dans lequel j’avais grandi.
Je présumais que, dans une société civilisée éclairée, disposant d’une presse libre et d’une justice indépendante, où les libertés individuelles étaient des droits inaliénables, où les sciences et les arts étaient fortement développés et culturellement intégrés à nos vies — en d’autres termes, dans une démocratie occidentale moderne —, les personnes que nous avions élues ne représentaient aucun danger.
Remettre en question cette présomption revenait à créer ce que les psychologues appelaient une dissonance cognitive. Ce qui signifie que, lorsque les cognitions commencent à faillir, lorsque nous voyons soudain le monde différemment, nous perdons notre impression de sécurité.
Nous supposons que le gouvernement est généralement de notre côté, même si nous n’avons pas voté pour le parti ou le président au pouvoir. Nous continuons de le supposer même si nous ne sommes pas d’accord avec leur politique. Si l’on perd cette confiance, naissent la peur et l’anxiété, et nos défenses entrent en scène.
La seule défense dont je disposais personnellement contre ce genre d’anxiété était le déni. Je ne pouvais pas en supporter plus. J’avais déjà perdu Lil, ce qui était bien assez. Ajouter à cette perte intime la prise de conscience qu’elle pouvait être morte par la faute du gouvernement américain eût été intolérable.


Ondes Futures du samedi 06 au vendredi 12 octobre 2018

octobre 05, 2018


Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.

Au programme :
Le Docteur revient dans un nouveau corps;
Arte fête la science;
Et une merveilleuse histoire du temps nous est contée, de quoi partir à la poursuite de demain.

En ligne sur Wakelet

Les littératures de l'imaginaire, à l'assaut de la BU d'Arras

octobre 04, 2018

Bibliothèque universitaire d'Arras, du 03 au 30 octobre 2018


Les littératures de l'imaginaire occupent une fac de lettre. La ministre de l'Enseignement supérieur va t'elle demander leur évacuation ? Les éditeurs de SFFF devront-ils payer pour les dégradations commises sur la personne de la littérature classique ?
Si vous n'avez pas peur des mauvais genres, c'est à la Bibliothèque Universitaire d'Arras que cela se passe.



Après m'avoir fait ravaler mon dédain lors de leur première exposition consacrée à nos genres l'année dernière (Welcome : Cabinet de curiosités de la Science Fiction), les bibliothécaires de la BU de Lettres d'Arras remettent le couvert et s'attaquent en ce mois de l'imaginaire aux prémices de la SFFF et leur filiation dans la BD, les films, les jeux vidéos et même la musique, ainsi qu'aux différents genre.
Diverses panneaux ont été disséminés à travers la BU, accompagnés de quelques ouvrages, BD ou films chaudement recommandés par leurs soins.


Si la SFFF arrive à pénétrer l'austère lieu de la culture académique, c'est que : soit nos genres sont déjà moribonds et qu'on leur tire leur épitaphe, soit que la SFFF a toute sa place dans la littérature.
Alors, agonisantes les littératures de l'imaginaire ? Cette exposition nous montre plutôt que les littératures de l'imaginaire sont anciennes, protéiformes, et qu'elles continuent à irriguer la culture, populaire ou non, notre présent et surtout notre futur.


Bref, au vue des nombreux panneaux (18 si mes compétences en mathématiques sont bonnes) riches en informations, je ne peux que constater que les bibliothécaires ont pas mal de temps libre pour organiser une expo pareille. En plus, les panneaux sont graphiquement très bien réalisés. Et dire que ce sont mes impôts qui payent pour toutes ces bêtises d'extraterrestre, de vampires ou de fantômes ! (Sors de ce corps, diable de Macron). En outre, comme l'expo est assez complète, j'ai perdu une heure pour tout lire et regarder, ils/elles sont diaboliques ces gardiens/nes du savoir.


Pour moi dont la SFFF est surtout de la lecture détente, non un objet d'étude, j'ai appris pas mal de choses. Pour l'anecdote, je n'avais jamais entendu parler du mouvement sturm und drang. Je ne savais pas non plus que Michael Moorcock poussait la chansonnette à ses heures perdues.
J'ai bien aimé qu'à chaque petite vignette sur l'histoire, les genres ou supports, il y a toujours une référence à un roman, film, jeux vidéo. De quoi remplir sa PAL ou sa wishlist. 



Deux écrivains sont mis à l'honneur : Isaac Asimov et J.R.R. Tolkien



Parce qu'il faut bien faire honneur à mon nom de blog, un petit bémol, une petite critique, deux panneaux sur les MOOC Fantasy et SF organisés devinez par qui : l'université d'Artois et Anne Besson, maitre de conférence à la même fac. Bon, après, faut bien appâter le chaland, et j'ai entendu dire que ces Moocs étaient très instructifs... On ne va pas cracher dans la soupe pour une fois que la SFFF fait le buzz !


D'après la page Facebook de la BU, cette expo est aussi visible à la BU de Calais, et fera un petit tour dans les antennes de la fac :

Le mois d'octobre est consacré au mois de l'imaginaire. Dans ce cadre, la bibliothèque universitaire d'Arras et la BULCO accueillent dès le 3 octobre une exposition sur les littératures de l'imaginaire, conçue par les bibliothèques de l'Université d'Artois, de l'Université Picardie Jules Verne et la BULCO. L'exposition sera visible à la BU d'Arras et à la BU de Calais du 3 au 31 octobre, puis elle circulera dans les BU de Dunkerque (du 4 au 21 décembre), de Saint-Omer (du 8 janvier au 1er février) et de Boulogne (du 4 février au 1er mars).


Donc si vous habitez le nord de la France, n'ayez pas peur de pénétrer dans cet antre du savoir. Vous ne risquez au pire qu'à un CHHUUTTTT de la part des bibliothécaires si vous poussez trop de OHHH d'admiration devant cette expo.
Comme si cela ne suffisait pas, mon petit doigt me dit que Xavier Mauméjean devrait venir y faire une petite conférence ce mercredi 10 octobre.



Et comme l'année dernière, en partant, n'ayant vu aucun roman de Robert Charles Wilson signalé sur les affiches, je leur ai lancé un "Expo de merde" !
(Et pourquoi pas une expo doublée d'une conférence avec Robert Charles Wilson l'année prochaine ?)

Il n'y avait pas plus petit comme taille de police pour l'immense Wilson ?

La Guerre des mondes

octobre 01, 2018


Herbert George Wells, 1898, 256 p., Domaine public

C’était le commencement de la déroute de la civilisation,
du massacre de l’humanité.

Les martiens débarquent et ils ne sont même pas verts. Shocking !

Présentation :


Un jour de 1894, un météore s'abat près de Londres, bientôt suivi de nombreuses autres. Des cratères calcinés qu'ils ont creusés dans le sol émergent alors d'énormes tripodes de métal, terrifiants engins de guerre venus de Mars pour envahir la Terre ! Face à leur rayon mortel, les armes terrestres s'avèrent dérisoires, et les survivants ne peuvent que fuir à travers les ruines fumantes des villes et les campagnes ravagées pour tenter d'échapper à une mort qui semble inéluctable.


Mon ressenti :


Des astronomes remarquent des explosions à la surface de Mars. Quelques temps plus tard, des météores s'écrasent sur la Terre. Des martiens en sortiront, et sans coups de semonce, sèmeront la désolation. Ainsi commence la guerre des mondes.


Récit à la première personne, nous découvrons peu à peu les conséquences de l'invasion martienne. Nous sommes un siècle plus tôt, les moyens logistiques de la guerre sont autres. Cette attaque surprise prend au dépourvu et pour tenter de comprendre ce qui se passe, une seule solution aller voir sur place et tenter de comprendre l'impensable.
Les villages se vident de leurs habitants, chacun tentant d'emporter les choses qui lui sont chères :de l'argent, des meubles de famille, des pots d'orchidées. Futilité de la vie... La foule panique et en oublie l'entraide, les bas instincts se réveillent. La société s'écroule dans une belle anarchie. L'institution religieuse n'est d'aucun secours, dont Wells dresse le portrait via un prêtre :

Mais c’était une de ces faibles créatures, âmes dépourvues de fierté, timorées, anémiques et haïssables, toutes de souplesse rusée, qui n’osent regarder en face ni Dieu ni homme, pas même s’affronter soi-même.

Face à eux, les martiens dans leur tripode ont une supériorité technologique terrifiante avec leur fameux rayon ardent et leur fumée noire. Les humains sont écrasés comme des fourmis.
Comme des fourmis ? Wells tend ici le miroir à l'humanité : que n'avons nous fait à cause de notre présupposé supériorité ? Le méchant martien ne se comporte t-il pas comme l'homme le fait devant une espèce inférieure ? Devant les sauvages ? Une belle réflexion sur notre humanisme, nos volontés impérialistes et de notre domination sur le monde animal.



Le résultat de cette guerre des mondes est très réaliste, une revisite scientifique de David contre Goliath. La fin ouverte sur la possibilité d'un ailleurs et de voyages dans l'espace clôt de belle manière l'ensemble.

Il serait difficile d’exagérer le merveilleux développement de la pensée humaine, qui fut le résultat de ces événements. Avant la chute du premier cylindre, il régnait une conviction générale qu’à travers les abîmes de l’espace aucune vie n’existait, sauf à la chétive surface de notre minuscule sphère. Maintenant, nous voyons plus loin. Si les Martiens ont pu atteindre Vénus, rien n’empêche de supposer que la chose soit possible aussi pour les hommes. Quand le lent refroidissement du soleil aura rendu cette terre inhabitable, comme cela arrivera, il se peut que la vie, qui a commencé ici-bas, aille se continuer sur la planète sœur. Aurons-nous à la conquérir ? 

Quelques "défauts" pour le lecteur moderne : écrit il y a plus d'un siècle, le style est légèrement suranné, les descriptions prennent parfois trop le pas sur le récit, cassant le rythme. Le récit du frère du narrateur, même s'il apporte une vision plus large de cette guerre, n'est guère concluant et un peu inutile à mon sens. Gênant à la lecture, ces désagréments ne l'emportent pas au final sur ce qu'il reste de ce roman une fois terminé.


Une suite en a été donnée par Stephen Baxter, Le massacre de l'humanité parue en 2017 chez Bragelonne et comprenant le roman La guerre des mondes dans une traduction révisée. C'est cette version que j'ai lu.



Les illustrations sont tirées de la première édition illustrée par  Henrique Alvim Corrêa (L. Vandamme, Bruxelles, 1906), vous pouvez les retrouver sur le site de La boite verte

Le livre illustré sur Gallica. Merci à Jean-Daniel Brèque pour le lien

A télécharger gratuitement ici https://www.ebooksgratuits.com/details.php?book=963
Version audio gratuite : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/wells-herbert-george-la-guerre-des-mondes.html

 

 

Quelques citations :



Ce sont des arcs et des flèches face à la foudre, dit l’artilleur. Ils n’ont pas encore vu ce diable de rayon de feu.

Les gens honorables de l’endroit, en costume de sport, leurs épouses élégamment mises, se hâtaient de faire leurs paquets, énergiquement aidés par tous les fainéants des environs, tandis que les enfants s’agitaient, absolument ravis, pour la plupart, de cette diversion inattendue à leurs habituelles distractions dominicales. Au milieu de tout cela, le digne prêtre de la paroisse célébrait fort courageusement un service matinal et le vacarme de sa cloche s’efforçait de surmonter le tapage et la confusion qui remplissaient le village.

Je ressentis alors une émotion des plus rares, une émotion cependant que connaissent trop bien les pauvres animaux sur lesquels s’étend notre domination. J’eus l’impression qu’aurait un lapin qui, à la place de son terrier, trouverait tout à coup une dizaine de terrassiers creusant les fondations d’une maison. Un premier indice d’une idée qui se précisa bientôt et m’oppressa pendant de nombreux jours : la révélation de mon détrônement, la conviction que je n’étais plus un maître, mais un animal parmi les animaux sous le talon des Martiens. Il en serait de nous comme il en est d’eux. Il nous faudrait sans cesse être aux aguets, fuir et nous cacher ; la crainte et le règne de l’homme n’étaient plus. [...]
À coup sûr, si nous ne retenons rien d’autre de cette guerre, elle nous aura cependant appris la pitié… la pitié pour ces âmes dépourvues de raison qui subissent notre domination.

Alors, tandis que derrière moi les Martiens se préparaient ainsi à leur prochaine sortie, et que devant moi l’humanité se ralliait pour la bataille, avec une peine et une fatigue infinies, à travers les flammes et la fumée de Weybridge incendié, je me mis en route vers Londres.

Nous, les hommes, créatures qui habitons cette terre, nous devons être, pour eux du moins, aussi étrangers et misérables que le sont pour nous les singes et les lémuriens. Déjà, la partie intellectuelle de l’humanité admet que la vie est une incessante lutte pour l’existence, et il semble que ce soit aussi la croyance des esprits dans Mars. Leur monde est très avancé vers son refroidissement, et ce monde-ci est encore encombré de vie, mais encombré seulement de ce qu’ils considèrent, eux, comme des animaux inférieurs. En vérité, leur seul moyen d’échapper à la destruction qui, génération après génération, se glisse lentement vers eux est de s’emparer, pour y pouvoir vivre, d’un astre plus rapproché du soleil.
Avant de les juger trop sévèrement, il faut nous remettre en mémoire quelles entières et barbares destructions furent accomplies par notre propre race, non seulement sur des espèces animales, comme le bison et le dodo, mais sur les races humaines inférieures. Les Tasmaniens, en dépit de leur conformation humaine, furent en l’espace de cinquante ans entièrement balayés du monde dans une guerre d’extermination engagée par les immigrants européens. Sommes-nous de tels apôtres de miséricorde que nous puissions nous plaindre de ce que les Martiens aient fait la guerre dans ce même esprit ?

Dépourvus d’entrailles, ils ne mangeaient pas et digéraient encore moins. Au lieu de cela, ils prenaient le sang frais d’autres créatures vivantes et se l’injectaient dans leurs propres veines. Je les ai vus moi-même se livrer à cette opération et je le mentionnerai quand le moment sera venu. Mais si excessif que puisse paraître mon dégoût, je ne puis me résoudre à décrire une chose dont je ne pus endurer la vue jusqu’au bout. Qu’il suffise de savoir qu’ayant recueilli le sang d’un être encore vivant – dans la plupart des cas, d’un être humain – ce sang était transvasé au moyen d’une sorte de minuscule pipette dans un canal récepteur.
Sans aucun doute, nous éprouvons à la simple idée de cette opération une répulsion horrifiée, mais, en même temps, réfléchissons combien nos habitudes carnivores sembleraient répugnantes à un lapin doué d’intelligence. 

Tous les gens qui habitaient ces maisons et tous ces maudits petits employés qui vivaient dans ces banlieues, tous ceux-là ne sont bons à rien. Ils n’ont ni vigueur, ni courage, ni belles idées, ni grands désirs. Seigneur ! un homme qui n’a pas tout cela peut-il faire autre chose que trembler et se cacher ? Tous les matins, ils se trimballaient vers leur emploi – je les ai vus, par centaines –, emportant leur déjeuner, s’essoufflant à courir, pour prendre les trains d’abonnés, avec la peur d’être renvoyés s’ils arrivaient en retard. Ils peinaient sur des boulots qu’ils ne prenaient pas même la peine de comprendre. Le soir, du même train-train, ils retournaient chez eux avec la crainte d’être en retard pour dîner ; n’osant pas sortir, après leur repas, par peur des rues désertes ; dormant avec des femmes qu’ils épousaient non parce qu’ils avaient besoin d’elles, mais parce qu’elles avaient un peu d’argent qui leur garantissait une misérable petite existence à travers le monde. Ils assuraient leurs vies, et mettaient quelques sous de côté par peur de la maladie ou des accidents. Et le dimanche… c’était la peur de l’au-delà, comme si l’enfer était pour les lapins ! Pour ces gens-là, les Martiens seront une bénédiction : de jolies cages spacieuses, de la nourriture à discrétion, un élevage soigné et pas de soucis. Après une semaine ou deux de vagabondage à travers champs, le ventre vide, ils reviendront et se laisseront prendre volontiers. Au bout de peu de temps, ils seront entièrement satisfaits. Ils se demanderont ce que les gens pouvaient bien faire avant qu’il y ait eu des Martiens pour prendre soin d’eux.
Et les traîneurs de bars, les tripoteurs, les chanteurs… je les vois d’ici, ah ! oui, je les vois d’ici ! s’exclama-t-il avec une sorte de sombre contentement. C’est là qu’il y aura du sentiment et de la religion. Mais il y a mille choses que j’avais toujours vues de mes yeux et que je ne commence à comprendre clairement que depuis ces derniers jours. Il y a des tas de gens, gras et stupides, qui prendront les choses comme elles sont, et des tas d’autres aussi se tourmenteront à l’idée que le monde ne va plus et qu’il faudrait y faire quelque chose. Or, chaque fois que les choses sont telles qu’un tas de gens éprouvent le besoin de s’en mêler, les faibles, et ceux qui le deviennent à force de trop réfléchir, aboutissent toujours à une religion de rien-faire, très pieuse et très élevée, et finissent par se soumettre à la persécution et à la volonté du Seigneur. Vous avez déjà dû remarquer cela aussi. C’est de l’énergie à l’envers dans une rafale de terreur. Les cages de ceux-là seront pleines de psaumes, de cantiques et de piété, et ceux qui sont d’une espèce moins simple se tourneront sans doute vers – comment appelle-t-on cela ? – « l’érotisme ».

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