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30/Robert Charles Wilson/custom

Les derniers jours du paradis

octobre 23, 2017

Robert Charles Wilson, Folio SF, 2014, 400 p., 8€ epub avec DRM


La violence est le grand attracteur de l’histoire de l’humanité, professeur Iverson. Une force presque aussi irrésistible que la gravité.

Le paradis est présent et l'auteur nous annonce que ses derniers jours sont arrivés. Fichtre !
Bienvenue en uchronie.


Présentation de l'éditeur :

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et regarde par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée... et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.

Mon ressenti : 

Une nuit, une fenêtre , une jeune s’aperçoit qu'elle est épiée. La chose s'avance sur la route et meure dans une collision avec une voiture. La chose saigne vert. La jeune fait partie de la Correspondance Society qui sait qu'il existe un autre monde imbriquée dans le notre.
Un début qui fait étrangement penser à de la fantasy pour adolescents, avec compagnie secrète, monde caché et tout le toutim. Mais c'est un roman de Robert Charles Wilson, les apparences peuvent être trompeuses. Ce texte est surtout l'histoire d'une invasion extra terrestre cachée. C’est aussi l'histoire d'un symbiotisme entre alien et humain, les derniers ne sachant cependant pas qu'ils participent à cet échange. Et même si la société secrète ressemble a une "blague grotesque", elle a cependant eu parmi ses membres quelques éminences scientifiques : Dirac, von Neumann, Fermi, ...

Nous sommes en pleine uchronie mais cette dernière est au service de l'intrigue, donc mineure pour ceux qui aime ce genre. Dans ce monde autre, l’utopie est là : La société des nations (l'ancêtre de notre ONU) existent et offre une paix relative au monde depuis 1914 et la fin de la grande guerre. La société des nations veillent au grain, à moins que ce ne soit autre chose. Pas un monde meilleur, des altercations, la violence ou le racisme existent, mais pas de grand barnum incendiaire et ses cortèges de mort. "Cela n’avait été le siècle de la Paix qu’en comparaison avec les précédents." La conquête de l'espace n'a pas eu lieu, l'homme reste ancré sur sa bonne vielle terre. Les avions à réaction montrent timidement le bout de leurs ailes, les ordinateurs à carte perforée existent encore.

On pourrait presque penser ici à une réécriture de Spin, du moins à une autre piste qui n'avait pas été exploré. En poussant le bouchon un peu plus loin, on pourrait mème dire que dans cette uchronie, les hypothétiques (les aliens de Spin) ont suivi un chemin différent, la mise en abime est alors prodigieuse. Cette impression de réécriture est d'autant plus présente que ce roman a été écrit juste après cette fameuse trilogie. Lors de ma première lecture à sa sortie, ce roman ne m'avait pas convaincu, j'avais trop d'attente : un futur Spin ? Cette relecture était dans un autre registre, du style vas y Robert, divertit moi.

D'un pessimisme assez virulent sur la nature humaine, Les derniers jours du paradis, qui portent très bien son nom, vous fera réfléchir à la notion de libre arbitre, de morale, de la violence, de la surveillance des communications et de l’asservissement des moutons médiavores. Et surtout, vous fera réfléchir à cet alien souvent trop semblable à l'homme. Avec Wilson, l'autre est différent, parfois incompréhensible, le concept de Bien et de Mal leur est totalement étranger mais cela reste la vie.
Mieux qu'un long discours, voici ce qu'en dis l'auteur dans une interview accordé à ActuSF 

Le paradis cité dans le titre n’est pas une utopie littérale, c’est simplement un meilleur monde que le nôtre. Un monde qui s’est tourné vers la paix et le bon sens à la fin du XXe siècle. Le personnage principal est une jeune femme qui apprend qu’il y une force non humaine derrière ce long et plaisant siècle « idéal », que cette paix a été construite pour une raison. Plusieurs questions apparaissent alors : comment évalue-t-on l’autonomie humaine ? Devrions-nous rejeter une puissance extraterrestre manipulatrice, même si elle contribue à un bénéfice tangible pour nous ? Avons-nous un devoir moral de « brûler ce paradis » ?


Au final, nous avons un thriller angoissant, paranoïaque : les personnages sont-ils ce qu'ils disent ou des simulacres. Une variation du livre Les enfants d'Icare ou du roman Le vaisseau des voyageurs. Parsemé de références, Le Village des damnés, L’Invasion des profanateurs, The thing pour le test ou encore aux grands anciens avec l'hypercolonie "une force très ancienne et en réalité cosmique ", Les derniers jours du paradis se lit vite et de manière très plaisante. Nous avons ici des personnages adultes et adolescents à la psychologie bien caractérisée. Une bonne porte d'entrée à son univers pour les plus jeunes qui pourront se reconnaitre avec les personnages de Cassie et de ses camarades.



Je trouve la couverture assez laide et peu représentative du roman. Donc si vous achetez ce livre, faites moi plaisir : arrachez là, imprimez la couverture américaine et scotchez la à ce qui reste de votre livre. Avantage du numérique, on met les mains dans le code et c'est fait.


Xapur a aimé le road movie mouvementé, 
Lorhkan a eu l’impression de chausser des pantoufles un peu trop confortables, mais tout cela est juste une affaire de libre arbitre
Ne faisons pas la fine bouche devant un roman de Wilson.

Challenge Lunes d'encre

 

Quelques citations :


"à quoi ça ressemblait d’être l’hypercolonie.
— Je suis à peu près sûre que ça ne ressemble à rien, répondit Cassie. C’est comme demander à quoi ça ressemble d’être un interrupteur. Ou si un virus est heureux d’envahir une cellule."

On n’a pas seulement besoin de le tuer, on a besoin de savoir comment tuer n’importe quelle chose dans son genre. Parce que le ciel est une espèce de forêt et que personne n’a jamais entendu parler d’une forêt ne contenant qu’un seul arbre, il me semble. Ou qu’une seule fourmilière. Ou qu’un seul loup.

—  je me souviens que tu détestais les armes à feu. »
Il les détestait toujours. En tenir une lui donnait l’impression d’assumer une responsabilité dont aucun être humain sain d’esprit ne devrait vouloir. Mais une fois installé dans cette ferme, il avait pris des cours de maniement et de tir du côté de Jacobstown et s’était découvert plutôt bon tireur. Il s’était habitué au poids du pistolet dans sa main tout comme à la puanteur de contreplaqué brut et d’acier brûlant caractéristique du centre de tir. Chasser le cerf au fusil avait été plus difficile à encaisser. Tuer l’écœurait.

Madame Iverson, quand vous regardez le ciel, la nuit, est-ce qu’il vous semble sans vie ? Il ne l’est pas du tout. Chaque étoile est une oasis dans le désert… un endroit chaud, riche de substances nutritives et d’une chimie complexe. De nombreux organismes se disputent l’accès à ces richesses. Leurs luttes sont éthérées, très longues, et quasi invisibles pour des êtres dans votre genre. Elles sont néanmoins implacables et aussi mortelles que tout ce qui peut se produire dans une forêt ou sous la mer.

Quelles sont les limites de l’intelligence sans esprit ? Ou alors, question encore plus troublante, une intelligence sans esprit pourrait-elle réussir à imiter celle d’un esprit ? Une entité (un organisme, une ruche, un écosystème) pourrait-elle apprendre à parler une langue humaine, peut-être même nous faire croire qu’elle est comme nous et nous amener à la laisser nous exploiter pour ses propres besoins ?
Une telle entité n’aurait pas vraiment conscience de sa propre existence. Elle n’aurait pas cette vie intérieure dont nous avons discuté dans un chapitre précédent. Mais avec un échantillon suffisamment large de comportement humain à imiter, il est presque certain qu’elle arriverait à nous dissimuler ces carences-là.
Pourquoi une entité de ce genre voudrait-elle nous abuser ? Peut-être ne le voudrait-elle pas. Mais le mimétisme est une stratégie classique pour prendre l’avantage sur les espèces concurrentes. On peut espérer que la question reste à jamais hypothétique. La possibilité existe malgré tout bel et bien.

Contes du Soleil Noir : Invisible

octobre 19, 2017

Alex Jestaire, Au diable Vaubert, 2017, 128 p., 3€ epub sans DRM


Voici l'histoire d'un super SDF avec son Super Pouvoir qui lui permet de faire de Supers Conneries.
Et il fait aussi dans l'outrancier, faux pas déconner, c'est un punk à chien ! Alors il montre sa bite, son cul, ça pelote sec et ça picole dur.


Présentation de l'éditeur :

À la dérive dans les rues de Bruxelles, un SDF prend conscience qu'il est en train de devenir invisible
aux yeux des passants — réellement invisible. Facétieux, il tire parti de cette nouvelle donne en se jouant des barmen, des touristes, des policiers et des femmes...
Après Stephen King, Clive Barker ou Cronenberg, les Contes du Soleil Noir déclinent les visages de l'horreur d’aujourd’hui, matérielle, sociale, morale... une horreur de fin de civilisation.


Mon ressenti :

Les invisibles, tout le monde connait, il y en a dans toutes les villes, grandes ou petites, de France et de Navarre. Ils sont là, à tenir les murs, avinés, gueulant des orduries aux biens pensants passants près d'eux. Ils puent, ils gueulent. Bien visibles en fait, trop. Alors Monsieur et Madame Tout le Monde préfèrent se les rendre invisibles. Plus simple pour sa tranquillité et sa conscience.
Josh fait partie de ces visibles nuisibles, et à force, il en est devenu réellement invisible. Josh, c'est le parfait punk à chien, con et blasé. Alors qu'en il découvre son "super pouvoir", son soleil noir vodkaien, son monde va changer. Pas trop en fait, il reste dans sa zone de confort : alcool, médoc, provoc. Il n'a même pas l'idée de sortir de sa condition, tellement elle est ancrée dans sa peau. Il en profite seulement pour boire plus et se défoncer encore plus vite. Et surtout, quand on est Sdf, les relations affectives sont souvent à la ramasse. Alors il en profite : il touche, il palpe, il s’excite sur le corps des femmes, la morale, c'est bon pour les bourgeois ! On assiste à sa longue descente en enfer, mais comme l'enfer est sur terre, cela pourrait être, peut-être, une porte de sortie heureuse...

Les contes du soleil noir, c'est la quatrième dimension version cradingue, le black mirror de notre présent version horreur/fantastique. Ce que j'aime dans ces contes, c'est l'écriture de l'auteur, une écriture du rentre dedans sans fioritures, très visuelle. Ce style ne plaira pas à tout le monde, c'est sale, crade, rempli de stupre, mais je le prend comme un bol d'air dans cette littérature parfois un peu trop policé. Les sujets sociétaux sont abordés loin de tout politiquement correct, Alex Jestaire écrit crument. Il n'enjolive pas la réalité, son SDF est tout sauf convenant. Je ne suis normalement pas très fan de ce style, mais ici, c'est passé comme une lettre à la poste, j'avais envie de savoir comment tout cela allait se terminer. Et étrangement au vu du comportement du marginal, j'ai trouvé le personnage attachant.

Le quotidien de ces exclus est, à mon sens, bien retranscrit : des difficultés pour avoir une place dans un accueil de jour ou de nuit, ou le manque de moyens fait que son admission se joue à la loterie; les bitures et défonces qui se terminent sur le macadam, comme un chien. Mais dans toute cette noirceur, quelques exemples d'initiatives salutaires tel que ces "chambres d’amour pour les SDF". Les premières pages sont frappantes de justesse : vous moi face à un jeune sdf. Tout est dit dans une économie de mot : indifférence, manque de temps, représentation, se défausser sur les autres, bref tout ce qu'on fait ou dit pour garder bonne conscience. Et c'est tellement rare que la littérature de l'imaginaire parle des exclus, alors profitons en.


Bon j'arrête là, je ne vais pas faire une critique plus longue que cette novella et m'en vais lire le quatrième opus Audit.


Et je ne résiste pas à la tentation de vous mettre la chanson SDF de Allain Leprest, reprise ici par Les Ogres de Barback et La Rue Kétanou


 

mon avis mon avis A venir

 

Quelques citations :


Joffrey est tout entier plongé dans un grand présent, sur la crête instable de l’instantanéité – nous autres trimballons tellement de passé et de futur en permanence qu’il nous arrive rarement d’être simplement présents. Joffrey n’a rien d’autre que sa présence, à vrai dire pas grand-chose. Il les regarde passer, quelques mots fleuris aux lèvres – il se rend compte qu’il aime de moins en moins les gens – de son point de vue il est comme une vache qui regarde passer des trains, il ne se sent même plus de la même espèce. Les gens sont des trains – même pas vraiment des êtres vivants, juste des grappes qui suivent des rails d’informations, une sorte de plancton.

Lui, l’école l’a toujours mis mal à l’aise, il sentait que c’était quelque chose de potentiellement important et utile, en même temps il n’a jamais compris la règle comme quoi on ne peut pas déconner – jamais compris pourquoi l’école punit les conneries au lieu de les enseigner. « Tout le monde sait bien que c’est les plus gros connards qui s’en sortent le mieux ! »

Après il n’a eu que quelques pas à faire pour se retrouver au cœur de l’action, sur une des plus belles scènes du monde : juste devant le Manneken-Pis. Déjà c’est une statue qui montre sa bite, ça pose l’ambiance – et puis c’est un spot parfait pour se foutre de la gueule de tous ces gens qui veulent prendre des photos, des drôles, des selfies – c’est bien simple : s’ils n’ont pas un appareil photo, une caméra ou un smartphone en main, c’est qu’ils mangent une glace.

La longue utopie

octobre 17, 2017

Terry Pratchett, Stephen Baxter, L'atalante, 2016, 416 p., 10€ sans DRM



Que faire avec un moteur de Dyson ?

Réponse A - Un aspirateur
Réponse B - Une sphère... de Dyson
Réponse C - Une fin spectaculaire

(Indice : la réponse se trouve dans mon avis)


Présentation de l'éditeur :


Milieu du XXIe. Fuyant la Primeterre plongée dans l’hiver volcanique, l’humanité s’est réfugiée dans les mondes parallèles, où elle s’organise tant bien que mal en de nouvelles microsociétés. Josué Valiente, bon gré, mal gré, s’est mis en quête du secret de ses origines, un secret qui a vu le jour dans l’Angleterre victorienne.
De son côté, Lobsang a renoncé à ses desseins grandioses. Accompagné d’Agnès et de leur fils adoptif, il s’est retiré sur la lointaine Terre-Ouest 1 217 756 pour y mener incognito une existence frugale. C’est sur ce monde pourtant qu’apparaissent les signes d’un dérèglement qui menace, au-delà de la communauté clairsemée qui l’habite, au-delà de la planète elle-même, la Longue Terre dans son ensemble.
Lobsang, Josué, Sally Linsay, les Suivants eux-mêmes, ces nouveaux enfants de l’humanité à l’intelligence surhumaine, tous devront s’unir pour faire face à la catastrophe. Et certains se résoudre au sacrifice ultime…

Mon ressenti :

Résumé très succinct à destination de ceux qui ont loupé les épisodes précédents :
En ce jour du passage, l'humanité prend conscience de l'existence de nombreuse terres parallèles que l'on peut visiter grâce à une patate (!) ou à son talent (tome 1). S'ensuit la découverte d'une faune ayant suivi un chemin de l'évolution différent, notamment les trolls, une sorte de Yéti un peu brusque certes, mais corvéable à merci (tome 2). La Primeterre, notre terre originelle, fait cependant face à l'éruption d'un gigantesque volcan provoquant un afflux de réfugiés dans les terres parallèles (tome 3).

1850 - 2050, deux siècles de passeurs.


Quatrième tome des aventures de Josué et de ses compagnons, après avoir exploré la Terre et Mars, nos comparses vont explorer l'espérance qu'ils avaient placé en l'humanité - l'utopie - après la découverte de la longue terre.
Josué, la chevelure grisonnante, se tape sa crise de la cinquantaine. A la différence des mâles de notre espèce qui recherche une jeunesse perdue via des minettes affriolantes, sa crise se résume à la tentative de découvrir son histoire familiale. De là, nous partons dans les années 1850 durant le mouvement des chartistes qui fût à l'origine de la création des syndicats anglais. Cette recherche généalogique tombe admirablement bien car nous lecteurs étions intrigué par les passeurs. Ce talent était-il du à une évolution soudaine, ou cette possibilité était existante dans le passé ? Se pourrait-il que certains personnages célèbres et historiques soient en fait des passeurs, tel ce brigand qui détroussait les riches au profit des pauvres ? Ou ces anges de Mons durant la première guerre mondiale ? A ceux qui étaient dans le fond de la classe durant les cours d'histoire, les auteurs ne s'attardent pas longuement sur ces différentes époques, cela passe très bien. 
De même, un début de réponse est donné sur les raisons de cette longue terre, de quoi ingurgiter quelques légères touches quantiques.

Dans le tome précédent, une nouvelle race avait vu le jour : les bien nommés "suivants". Et voilà que cette race supérieure veut le bonheur de l'humanité. Les suivants étant surtout des esprits logiques et rationnels, les sentiments étant bon seulement pour les races inférieures, on se demande si il n'y aurait pas anguille sous roche.
Dans le même temps, sur une lointaine colonie, la découverte d'étranges créatures va chambouler le tout.

La majorité du roman suit ces différentes intrigues. Dans le dernier tiers, la science revient sur le devant de la scène, avec ce fameux moteur de Dyson dont une illustration ouvre le texte. Une rencontre du troisième type se concrétise, il sera aussi question de machines de von Neumann réplicantes, de terraformation "inversée". Cela reste accessible aux lecteurs profanes de ces théories et nos yeux s'émerveillent. Les conséquences de ce maelstrom donnent une fin spectaculaire.

Un bon divertissement, les pages se tournent très facilement, mais il m'a manqué quelques profondeurs qui parsemaient le tome 3. Les auteurs parlent de guerre, d'extinction des espèces autochtones, de racisme et de différences mais cela reste assez bref. Les conséquences sociétales de cet événement sont traités légérement, et malgré l'infini de monde possible, nous ne pouvons que constater que l'homme demeure un loup pour lui.
En outre, l'histoire de Stan Berg, un jeune suivant qui se découvre est un peu trop rapidement traité et sert plus de Deus ex machina que de moteur à l'intrigue.
Quelques petits bémols mais dans l'ensemble le spectacle est bien présent.

Réponse à la devinette
Vous avez répondu
A : Élargissez  votre culture scientifique en lisant ce roman
B : Oui, on peut faire une sphère de Dyson, mais ce concept est juste effleuré ici. Pour ceux qui voudrait savoir à quoi ressemblent la vie dans une telle sphère, lisez le cycle d'Omale de Laurent Gennefort
C : Bravo, vous savez lire


Quelques citations :


L’intelligence des Suivants était un don à double tranchant : on ne pouvait trouver réconfort dans aucune illusion.

Nous ne goûtons guère les arts visuels, au contraire de vous autres. Nous les comprenons, mais ils ne nous émeuvent pas. »
L’aveu choqua Rocky. Il pensa aux bandes dessinées dont il avait nourri sa liseuse. « Vous n’avez pas d’œuvres d’art ?
— Pas visuelles, non. Nous n’aimons pas beaucoup non plus la fiction, les contes. Il nous manque apparemment la capacité à nous immerger dans l’imaginaire.
— Elle est polie, Rocky, ricana Stan. Il ne lui manque aucune capacité. Ce qu’elle veut dire, c’est que c’est à vous autres humains qu’il “manque la capacité” de résister aux ruses hypnotiques des conteurs.





Contes du Soleil Noir : Arbre

octobre 12, 2017

 

Alex Jestaire, Au diable Vaubert, 2017, 128 p., 3€ epub sans DRM


Perplexe. Voilà mon état après cette lecture.

Présentation de l'éditeur :


Une journaliste use du pouvoir du Soleil Noir pour obtenir le matériau de ses articles, tandis qu'en Inde, l'ascension d'un Soleil Noir au-dessus d'un arbre sacré connecte un couple d'éleveurs, un riche philanthrope et un temple hindouiste.


Mon ressenti :


J'avais lu il y a quelques temps Crash qui sans être inoubliable, m'avait assez intrigué pour lire la suite. Pour les retardataires, Les contes du soleil noir est un cycle de 5 textes dont la parution s’étale sur une année. Depuis ma lecture, trois nouveaux textes sont parus dont Arbre qui nous occupe aujourd'hui. Notez que les différents chapitres peuvent se lire de manière indépendante.
Ces histoires nous sont contés par Mr Geek dont j'avais trouvé la plume un peu trop présente dans Crash. Ce n'est plus le cas ici, Mr Geek a su s'effacer derrière le conte.

Mon avis va être assez rapide, je n'ai pas du tout compris où l'auteur voulait en venir. Partant de ce constat, j'ai lu les lignes sans aucune immersion dans l'intrigue et les personnages. La nouvelle est dans le domaine du fantastique, avec quelques passages assez glauques, ce qui à l'air d'être la marque de fabrique de ces contes.
Une journaliste se sert du charme du Soleil noir pour obtenir des informations du gotha aristocratique anglais. Parallèlement, l'auteur nous narre l'histoire d'un arbre isolé dans un désert en Inde, ainsi que de quelques personnages. Ces deux récits ont un style très différent, froid et distancié pour la partie anglaise, chaude et poétique pour l'Inde.
Alors pourquoi ces deux récits, qu'elle est leur similitude, la métaphore et/ou la symbolique derrière ? Aucune idée. Nada. Que dalle. Le texte fait beaucoup référence à un film bollywoodien, Kali Yuga. M'a t il manqué des références culturelles hindoues pour comprendre ? Ce qui est certain, c'est que je n'ai pas aimé.

Pour me faire un avis définitif sur ces contes du soleil noir, je compte tout de même lire le troisième opus Invisible dont le résumé m'attire beaucoup plus : À la dérive dans les rues de Bruxelles, un SDF prend conscience qu’il est en train de devenir invisible aux yeux des passants – réellement invisible. Facétieux, il tire parti de cette nouvelle donne en se jouant des barmen, des touristes, des policiers et des femmes…

Illustrations de Pablo Melchor tirées du livre

Zones de divergence

octobre 09, 2017

John Feffer, 2017, Inculte Edition, 140 p, 13€ epub avec DRM



Économie géopolitique du désastre.

Présentation de l'éditeur :


Il y a trente ans, en 2020, l’universitaire Julian West a publié un best-seller visionnaire, Zones de divergence, qui anticipait les catastrophes survenues depuis : le réchauffement climatique, la montée des nationalismes, la propagation du terrorisme islamiste, la fin de l’État-nation. Désormais, l’Europe saturée de réfugiés s’est effondrée ; le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine se sont disloqués ; Washington a été détruit par l’ouragan « Donald » en 2022... Au crépuscule de sa vie, le vieil homme qui veut saluer une dernière fois sa femme et ses trois enfants entame un tour du monde pour les retrouver. Depuis le fond de son lit, West traverse les cinq continents sous la forme d’un avatar numérique et ne peut que constater la triste réalité de ses prédictions les plus noires et dystopiques...

Mon ressenti : 

Les zones de divergence s'observent là où deux plaques tectoniques s'éloignent l'une de l'autre. Elles font l'objet d'un volcanisme intense.
Futura sciences

Les américains ont Feffer et ses zones de divergence, les français ont Boudine et son paradoxe de Fermi. Même sujet, des lendemains désenchantés, même cri d'alerte, Ouvrez les yeux, même personnage, un universitaire et même forme, un essai déguisé.
Plébiscité par Libé, les inrocks, le canard et autres médias, je ne peux, après lecture, douter du charme de l'attaché(e) de presse des éditions incultes. Pas mauvais certes, invitant à la réflexion, certes, mais en tant que roman, c'est le néant.

Il y a plus de vingt-cinq ans, assis sur le toit de la maison à regarder les meubles des voisins dériver dans la rue, je ne voyais pas comment les choses auraient pu être pires. Tout ce que je possédais était sous les eaux. La capitale de mon pays était en ruine. Notre mère la Terre exerçait sa vengeance sur ses habitants les plus arrogants.
En fin de compte, les choses ont largement empiré.

Voilà comment débute ce livre. Cela m'a mis de suite en appétit, moi les catastrophes, ça me fait saliver.

Zones de divergence est le livre qui a prophétisé l'avenir et créé une nouvelle profession, la géo-paléontologie. Son auteur est devenu reconnu dans le monde entier. Trente ans plus tard, au crépuscule de sa vie, il tente d'écrire l'essai qui lui apportera une seconde gloire médiatique. Ce qu'il a prédit : la fragmentation du monde en de multiples Etats-Idéologies par les "prophètes de la désintégration" qui ne sont que les nationalistes d'aujourd'hui.

De son périple géographique d’adieu familial, (Enfin, famille éclatée elle aussi : une femme dont il a divorcé et trois enfants en révolte contre ce père absent et dont le seul enfant semble être son livre culte), il nous fait découvrir ces années 2050 et comment nous en sommes arrivés là.

Je ne peux qu'être d'accord avec l'analyse géopolitique de l'auteur, l'individualisme a gagné, le capitalisme gouverne et la solidarité, le bien commun et la société sont des coquilles vides. Il déroule seulement les conséquences des germes d'aujourd'hui. Ajouter à cela un climat qui se dégrade, favorisant le retranchement de soi et la construction de murs qui ne font que précipiter la chute.

Édition critique et annotée de son dernier rapport, les notes de l'éditeur imaginaire sont très ironiques et apportent un contrepoint bienvenu à la noirceur du reste. Ex : l'auteur parle, en le regrettant, de la désintégration du système scolaire public américain en oubliant de mentionner qu'il a envoyé ses trois enfants dans des écoles privées à Washington.
Elles permettent d'ancrer le récit dans la réalité en renvoyant à d'autres livres ou sources (certaines véridiques) les études complémentaires. Elles permettent surtout d'avoir une distanciation critique sur les écrits des prophètes du futur.

Ecrit parfois avec ironie, et second degré, tel cet ouragan qui dévaste les États Unis et qui se nomme Donald ! Ou ce passage

De même que ceux qui n’habitent pas le Nord de l’Arctique manquent de vocabulaire sophistiqué pour décrire la neige, nous n’avions pas encore trouvé les mots pour les catastrophes qui nous tombaient dessus. Pour l’heure, « c’est la merde » suffisait.

Malgré ces petites touches bienvenues, cela reste assez noire sur la nature humaine, si ce n'était une infime lueur d'espoir vers la fin :

Seulement, aujourd’hui nous pouvons tous clairement constater que, comme je l’ai écrit il y a tant d’années, l’essor des zones de divergence est la véritable tragédie de l’humanité. Voilà ce que j’ai appris au cours de mes recherches, de mes « voyages ». L’incapacité des cultures à trouver des compromis avec les États a précipité l’ère actuelle, où les États-nations qui se multiplient sont incapables à leur tour de trouver un compromis pour éradiquer les fléaux qui se développent à l’échelle planétaire. Ce qui nous faisait tenir ensemble – c’est-à-dire la solidarité quelles que soient notre religion, notre ethnie et notre classe – a perdu de sa force. Nous n’avons plus la capacité d’éprouver cette humanité commune qui nous rattache les uns aux autres, malgré nos différences. Mais peut-être pouvons-nous recréer ces liens, famille par famille, communauté par communauté – non sur l’aride planète Mars mais ici, dans les quelques poches vertes qu’il reste sur Terre…

Là où le bât blesse, c'est que je n'ai jamais eu l'impression de lire un roman, mais un essai de géopolitique du présent et du futur. les subterfuges que l'auteur usent pour faire passer la pilule paraissent bien mince pour maintenir mon intérêt le long de ces 140 pages. Vers la fin, le thriller prends le pas sur l'essai, mais cela arrive bien trop tard. Un livre intéressant, qui interroge notre présent, mais dont John Feffer a oublié une chose : les idées seules ne font pas un bon roman.

En outre, 13 euros la version numérique vérolée (10€ chez Amazon !), 18 euros en papier pour 140 pages, je vous conseille fortement de ne pas l'acheter et de l'emprunter dans votre médiathèque numérique. Quand je pense qu'une novella chez Le bélial ou Actusf vous en coutera 4€, le monde marche décidément sur la tête. Encore un symptôme de cette fichue désintégration ?
Le paradoxe de Fermi vous coutera moitié prix pour une cinquantaine de pages supplémentaires, mais toujours verrouillé. Bref, préférez la limonade au coca !

Quelques citations :


De nos jours, nous écoutons nos enfants ; eux ne nous écoutent plus. Vu ce que nous avons fait de la planète, ils n’ont peut-être pas tort. Au moment de passer le témoin, comme des centaines de générations avant nous, mon équipe a raté la transmission.

En effet, après 1989, une étrange convergence idéologique semblait avoir lieu. Fini, l’affrontement bipolaire entre communisme et capitalisme. Cependant, au lieu de voir les pays progresser vers une social-démocratie heureuse, comme certains théoriciens des années 1960 l’avaient prophétisé, le monde se dirigeait vers un autoritarisme de marché, amalgame du pire des deux mondes. Lequel semblait toutefois représenter une sorte d’intégration, puisque les supposés communistes de Beijing finissaient par tenir le même langage que les soi-disant islamistes d’Ankara, les eurosceptiques de Paris et Budapest, et les partisans de « L’Amérique d’abord » à Washington. Ils formaient un genre d’Internationale nationaliste.

quand l’histoire appuie sur le bouton « marche arrière », comme elle l’a fait ces trois dernières décennies, elle peut transformer les réactionnaires en visionnaires.

En fin de compte, le commerce et sa recherche permanente de l’avantage compétitif requalifièrent purement et simplement le nationalisme en produit marketing. Les voyages et les communications accroissaient la possibilité d’incompréhensions et de conflits. Et un brouillard aveuglant d’amnésie fit oublier que la guerre, c’est l’enfer. Sous-estimé comme toujours, le nationalisme ne glissa pas gentiment dans la nuit. Au contraire : il redessina littéralement le monde dans lequel nous vivons. Cet esprit de désintégration allait finalement atomiser les frontières du XXe siècle.

Ma femme et moi nous étions toujours inquiétés de ce qui nous semblait être, chez Gordon, une absence de sens moral. Au départ, nous avions cru à une forme de syndrome d’Asperger, étant donné qu’il préférait les nombres aux gens. Mais en définitive, il n’avait aucun problème à communiquer ou à se conformer aux codes sociaux. Pendant quelques années, à l’insu de ma femme, je l’avais même soupçonné d’être tout bonnement un socio-pathe, à cause de ce qui ressemblait à un manque total de conscience. Mais en me familiarisant avec les cercles qu’il fréquentait, j’ai fini par réaliser que mon fils était plus proche de la norme que j’aurais voulu l’admettre. À en juger par leur attitude, toute une classe parfaitement fonctionnelle de gens – capitaines d’industrie, leaders d’institutions financières, de partis politiques – méritaient la même étiquette, car ils n’avaient absolument rien à faire du bien-être de la société. Leur prétendu intérêt pour « l’ordre social » venait simplement de ce qu’ils préféraient un environnement stable pour exercer le pouvoir et gagner de l’argent.

Welcome : Cabinet de curiosités de la Science Fiction

octobre 04, 2017


Lorsque j'entends que des bibliothécaires d'une BU de Lettres et de Sciences humaines font une exposition sur la SF, excusez moi, mais je pouffe.
Bien décidé à leur montrer que la SF ne se résume pas à Star Wars, et aussi et surtout, de critiquer leur expo qui ne pouvait être qu'immanquablement  ratée, je me dépêche d"aller sur les lieux.
Mal m'en a pris, moi qui pensait pouvoir déverser mon fiel sur ces infâmes bibliothécaires, j'ai du ravaler mon venin. Au lieu des Divergentes et autres Hunger Games que je pensais voir, me voilà face à un cabinet de curiosités bien troussé. Fichtre !

Présentation de l'exposition :

Voyage dans le temps, Exploration spatiale, Intelligence artificielle, Transhumanisme, Espèces xénogène.... Ces termes vous indiffèrent ? Vous interpellent ? Vous fascinent? Vous effraient ? Laissez-vous guider dans cette exposition dont vous ne sortirez pas indemne.
Visitez notre cabinet de curiosités itinérant composé d’artefacts tirés des œuvres des maitres de la SF.
Empruntez, lisez sur place leurs écrits dans notre bibliothèque créée à cet effet.
Informez-vous via nos "fake" news afin de tout connaître des secrets de notre monde.
Voyagez à travers le temps et observez via notre planisphère les nombreuses créatures qui peuplent notre planète.
Visionnez et découvrez avec nos 12 écrans des courts métrages, des documents radiophoniques "témoignages de la vie, de l’univers et tout le reste".
Laissez nous vous convaincre que la science-fiction, dont la créativité est infinie, est un genre méritant votre attention.

Mon ressenti :

Petite découverte d'une exposition consacrée à notre genre de prédilection à la Bibliothèque Universitaire d'Arras (Pas-de-Calais) du 02 au 29 octobre 2017.
C'est entièrement gratuit, donc si vous habitez dans le coin, je vous invite chaudement à visiter ce cabinet de curiosité. Et prévoyez d'y passer au moins une heure, il y a pas mal d'objets tirés des romans, cela prend du temps de flâner dans nos mémoires littéraires.

Qu'est ce qu'on y trouve ? Surtout des objets provenant de quelques oeuvres SF.
C'est fait avec beaucoup d'humour, parfois de second degré et c'est très bien vu. J'ai adoré la soucoupe volante enlevant une vache, le bouton "Simplicité d'une guerre nucléaire" pour nous projeter dans un monde post apo. Et il y a même un Groot pour les fans.
Moi qui me pensait amateur, beaucoup d'objets m'ont été difficilement identifiables, mes lacunes en SF se sont rappelées à moi.
Mieux qu'un long discours, quelques photos.










Quelques affiches donnent des indications sur la science-fiction, tel cette parabole du chat qui sert à distinguer si une oeuvre relève de la SF, de la fantasy ou du fantastique. Ou le planisphère monstrueux.







En vagabondant, vous tomberez sur quelques fakenews. Je ne suis pas tombé sur la momie, mais je ne désespère pas.







Pour une BU de lettres, ils ont tout de même quelques romans, BD ou films pour égayer les soirées estudiantines.





J'y suis passé lors des préparatifs, donc tout n'était pas encore installé, en particulier une installation vidéo avec des court-métrages et des films libres de droit. Le tout bricolé à la main avec des tablettes. Pas mal.



Pourquoi une expo SF dans une BU de lettres ?
Il faut bien appâter le chaland. Et les bibliothécaires ont eu vent du Mois de l'imaginaire, ils ont décidé de profiter de ce moment pour mettre en avant leur fonds SF, mais tout a été fait sans partenariat avec les éditeurs. L'équipe n'ayant aucun amateur du genre, je ne peux que saluer l’initiative.

Les photos illustrant l'article sont de moi (les floues) ou du facebook de la BU

En partant, n'ayant vu aucun roman de Robert Charles Wilson, je leur ai lancé un "Expo de merde" ! (mais c'est bien le seul défaut que j'y ai trouvé)

Demain les chiens

octobre 03, 2017

 

Clifford D. Simak, 1952, J'ai lu, 352 p., 7€ epub sans DRM


Bienvenu dans un futur où l'homme a enfin arrêté de maltraiter la nature, de tuer ses semblables et d'éradiquer toutes formes de vie "inférieures".
Comment est ce possible ? En faisant disparaitre l'humanité pardi !


Présentation de l'éditeur :

Les hommes ont disparu depuis si longtemps de la surface de la Terre que la civilisation canine, qui les a remplacés, peine à se les rappeler. Ont-ils véritablement existé ou ne sont-ils qu’une invention des conteurs, une belle histoire que les chiens se racontent à la veillée pour chasser les ténèbres qui menacent d’engloutir leur propre culture ?

 

Mon ressenti :


Demain les chiens n'est pas un roman. Publié initialement en nouvelles dans la revue Astounding Science Fiction de 1944 à 1951. En 1952, l'ensemble des nouvelles est publié dans un livre et y est ajouté une note avant chaque nouvelle reliant l'ensemble en un fix up.
Pour compliquer la chose, en 1973 est publié une nouvelle Epilog qui vient "finaliser" le tout. Les éditions américaines intègrent cette nouvelle dans le roman, mais l'éditeur français, avare à mon avis, préfère agir comme si de rien n'était et attend 2013 pour intégrer cette dernière nouvelle et offrir une nouvelle traduction de l'ensemble. (La nouvelle a cependant été publié en 1981 dans le recueil Des souris et des robots, publié aux éditions Lattès.)
Aujourd'hui, il faut entre 5 et 10 mois pour aller sur Mars, mais traduire et intégrer un texte d'une dizaine de pages aura pris 40 ans !
J'ai donc acquis la dernière édition en date, intégrant le neuvième conte ainsi qu'en annexe un avant-propos de l'auteur ainsi qu'une préface de Robert Silverberg qui revient sur l’édition de ce livre. (passons sur le fait que l'avant propos devienne un dernier propos et la préface une postface)

Le livre débute par une préface de l'éditeur imaginaire qui a publié ce livre dans ce futur où l'homme est une légende qu'on raconte le soir aux chiots. Comment en est-on arrivé là ? A travers huit contes, on comprend peu à peu le pourquoi de cette disparition.

Il sera donc question ici de l'Homme, du Chien et du Robot, dont le fameux Jenkins, robot qui ressemble plus à un androïde. Sur environ douze mille ans, nous allons suivre la famille Webster qui jouera un rôle crucial dans cet apocalypse humaine.
Ce qui change du tout venant post apo est que le monde n'est pas ici meurtri, défiguré par des guerres et des luttes de clans. Une apocalypse presque sereine, celle de l'extinction d'une race et de l'arrivée d'une autre.
La construction en fix up permet d'aborder de nombreuses thématiques (violence, religion, évolution, robotisation, aliens, les mondes parallèles, la vie en société et l'individualisme, ...) qu'il aurait été difficile de faire cohabiter dans un roman. Comme le récite est étalé sur un temps long, cela donne un récit plausible, à défaut d'être réaliste. Mais tout cela n'est peut être que mythe, peu importe dès lors la réalisme des histoires.
Chaque nouvelle est introduite d'une note critique sur la légende à venir. Les hypothèses passent de la symbolique à l'histoire, en passant par le déni de l'existence en des temps anciens de l'Homme. Ce sont ces notes que j'ai le plus apprécié car elles permettent de s'interroger sur nos propres mythes fondateurs. En outre, le point de vue est celui des chiens, le regard autre permet aussi un renversement du point de vue anthropomorphe très intéressant.

J'ai beaucoup aimé les textes sur la ville et le "retour aux sources", ceux sur l'utopie jupitérienne. Par contre, j'ai eu plus de mal avec ceux sur les mondes parallèles.
L'épilogue ajouté 20 ans plus tard n'était à mon sens pas nécessaire. Il rompt en outre avec le style mythique des autres textes. La fin initiale était ouverte, l'auteur précise seulement quelques éléments. Dans son avant-propos, il doutait encore quelques années après de la nécessité de ce rajout.
Un moment de lecture qui aurait du être agréable mais ...

J'ai eu beaucoup de mal avec la nouvelle traduction qui a ralenti grandement ma lecture de ce roman et de mon immersion dans ce futur canin. Au delà d'une musicalité que j'ai trouvé absente, j'ai souvent du revenir en arrière pour comprendre ce qui était écrit. Certains paragraphes m'ont semblé pour tout dire confus. En cours de route, j'ai préféré me rabattre sur l'ancienne traduction
J'ai été assez étonné de voir que le traducteur est Pierre Paul Durastanti. Ayant lu quelques traductions à son actif, c'est la première fois que je bute sur son travail. A qui la faute, au traducteur, à l'éditeur, au manque de temps ou d'argent mis sur la table, je ne serais dire. Ou plus prosaïquement la cause est à chercher du côté de ma personne. En l'état, je ne peux que vous conseiller de vous procurer d'occasion l'ancienne version traduite par Jean Rosenthal. Il vous manquera l'épilogue et les annexes cependant, un petit plus bienvenu dans cette nouvelle édition.

Pour comprendre un peu mieux, j'ai même téléchargé le texte original pour comparer qui avait raison. Je vous laisse juger sur pièces.

Exemple 1
Le langage y est fort déroutant. Depuis des siècles, des expressions tel le classique « plutôt fort de café » laissent les sémanticiens perplexes. Aujourd’hui encore, on n’a guère plus de pistes sur le sens de nombreux termes qu’à l’époque où les premiers chercheurs ont entrepris leurs études.
Nouvelle traduction

La langue même est particulièrement déroutante. Des locutions comme « satané gosse » ont intrigué les sémanticiens depuis bien des siècles et le problème n’est pas plus près de sa solution aujourd’hui qu’il ne l’était quand les savants ont commencé à s’intéresser à la légende.
Ancienne traduction

The language of the tale is particularly baffling. Phrases such as the classic "dadburn the kid" have puzzled semanticists for many centuries and there is today no closer approach to what many of the words and phrases mean than there was when students first came to pay some serious attention to the legend.
Texte original


Exemple 2


Le soleil crissa sous ses semelles tandis qu’il s’avançait en clignant des yeux pour s’accoutumer à l’éclat aveuglant du soleil.
Nouvelle traduction (Il faut en outre remplacé le premier soleil par sable !)

Il s’avança et le sable crissa sous ses pieds.
Ancienne traduction

Sand gritted underneath his feet as he walked forward, eyes adjusting themselves to the blaze of sunlight.
Texte original

AC de Haenne a trouvé, lui, la nouvelle traduction impeccable.



Quelques citations :

L’être humain nécessitait l’approbation de ses semblables au sein d’un compagnonnage. Il éprouvait le besoin presque physiologique de voir validés ses pensées et ses actes. Cette adhésion, qui l’empêchait de prendre des tangentes asociales, garantissait la sécurité et la solidarité ; elle assurait ainsi le fonctionnement harmonieux de la famille humaine.
Pour l’obtenir, des hommes mouraient, ils en sacrifiaient d’autres, ils menaient des vies qu’ils détestaient. Ou ils se retrouvaient seuls, exilés, tels des animaux expulsés de la meute.
Tout ça entraînait des conséquences épouvantables, bien sûr : l’instinct de la foule, la persécution raciale, les atrocités au nom du patriotisme ou de la religion. Mais, dans le même temps, cet instinct assurait la stabilité de la race ; depuis le commencement, il rendait possible l’existence d’une société humaine.

S’il faut en croire la légende, il a quitté les grottes un million d’années plus tôt. Pourtant, c’est à peine cent ans avant le premier récit qu’il parvient à éliminer le meurtre en tant qu’élément de son mode de vie. Voici donc la mesure véritable de sa sauvagerie : au bout d’un million d’années, il s’est débarrassé de sa tendance homicide et considère cela comme une grande réussite.

Dans ces contes, j’évoquais l’obsession de l’homme pour la société mécaniste. D’autres écrivains, et moi parmi eux, en parlent encore de nos jours, même s’ils la désignent sous le nom de société technologique. La technologie n’a rien de problématique en soi ; le problème, c’est l’obsession qu’elle nous inspire. Nous avons déifié nos machines ; de bien des façons, nous leur avons vendu nos âmes. Du temps où je rédigeaisDemain les chiens, il me semblait qu’il y avait des valeurs différentes, des valeurs supérieures à celles que nous trouvons dans la technologie, et je n’ai pas changé d’avis. De nos jours, certains condamnent les machines à cause des ressources irremplaçables qu’elles consomment, mais, pour l’essentiel, le péril est ailleurs. Ce qui m’inquiète par-dessus tout, c’est la déshumanisation de notre société et de notre point de vue.
Avant-propos de l’auteur

un fascinant cocktail qui mêlait les robots, l’immortalité, l’exploration des autres planètes du système solaire et la mystique des univers parallèles, le tout découlant sans effort d’une unique prémisse, la décentralisation de la civilisation urbaine.
Préface de Robert Silverberg

« J’ai écrit cette série par dégoût envers les massacres et pour protester contre la guerre, devait déclarer l’auteur, bien des années plus tard. J’y ai aussi, en quelque sorte, réalisé un vœu. Je souhaitais créer le monde tel qu’il aurait, à mon avis, dû être, pétri de la gentillesse, de la douceur et du courage que je croyais nécessaires ici-bas. C’était une série nostalgique parce que j’éprouvais de la nostalgie pour le passé que nous avions perdu, et le futur que nous venions de perdre… J’ai fait des robots et des chiens les gens avec lesquels j’aurais aimé vivre. Tout est là : il devait s’agir de robots et de chiens, puisque les humains n’étaient pas cette sorte de gens. »
Préface de Robert Silverberg citant Simak



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