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La terre sauvage : La mort en billes - L'île brûlée

novembre 12, 2018

Gilles Thomas / Julia Verlanger, Bragelonne, 2008, 540 p., 25€ papier (Intégrale Bragelonne)


J'avais fais la découverte de Julia Verlanger il y a peu par le premier tome d'une trilogie post apocalyptique, qu'en est-il de ses suites ?


La mort en billes, 1977

Nos protagonistes se sont réfugiés sur l'île de Porquerolles où un semblant de normalité les guettent. Mais pas facile la vie de "groupés" pour des solitaires. Las, une mission va les renvoyer dans cette France usée par les guerres bactériologiques. La Peste bleue semble vaincue, mais les billes translucides menacent la vie.

Bref, on reprend les mêmes ingrédients que dans le tome 1 et on recommence. De nouveaux protagonistes, de nouveaux lieux, mais l'originalité n'est plus de mise, d'autant que ces billes nous avait été présentées dans le tome 1. En outre, sur l'"antidote" de cette mort en bille, je n'arrêtais pas de souffler une solution à nos personnages, solution qui s'est révélé être la bonne. Mais bon, pas besoin d'avoir une intelligence hors du commun pour la trouver, on aurait pu croire que des adeptes de la survie y pensent à un moment ou à un autre. Cela se lit sans mal, j'avais toujours envie de suivre les aventures, mais rien de très exceptionnel, malgré un détour par la Suisse. Pour avoir un sentiment de nouveauté, le dernier tome réserve de bonnes et agréables surprises.


 


L'île brûlée, 1979

La Peste bleue et les Billes sont désormais des événements en passe d'être résolue, mais au retour
d'une mission, nos solitaires en équipe retrouve leur éden brûlé. Et par des Sarrasins de surcroit !!!
Je n'en menais pas très large au début : alors que j'appréciais de plus en plus la plume de l'auteure, une croisade anti pas-comme-nous ne me tentait guère. A ma plus grande joie, Julia Verlanger ne cède pas aux tentations frontistes, et nous fait découvrir l'Autre, résolument Autre.
Changement de continent pour l'Afrique du Nord, un climat différent, des populations inconnues et une faune et une flore imminemment dangereuse.
Un tome qui conclu de manière satisfaisante cette trilogie post apocalyptique, le mystère est présent, l'intrigue plus complexe, moins linéaire. 




 


Les nouvelles

Ce premier volume se clôt par 4 nouvelles de bonnes factures, au ton assez sombre sur notre humanité.

 « Elles ont été écrites à une époque où l’ombre omniprésente de "La Bombe" empoisonnait nos jours et nos nuits. Je ne sais trop si les lecteurs actuels pourront sentir passer la peur qui nous rongeait. On s’habitue à tout, même à ça… Je n’écrirais sûrement plus ce texte aujourd’hui. Non que j’ai appris la résignation, mais bien l’inutilité des phrases. »
Julia Verlanger : L’exploratrice des terres sauvages, Serge Perraud

Les Bulles, écrit en 1956 est le premier texte de l'auteure. Premier mais assez exceptionnel, dont la chute brutale augmente encore son intérêt. Nous sommes dans un avenir pas tout rose, une guerre nucléaire semble avoir semé la désolation. Les habitants survivent claquemurés dans leurs maisons. Nous suivons le récit de l'une d'elles.

Le recommencement est sa suite. Autant Les Bulles étaient désenchantées, l'espoir renait avec ce texte parue en 1989 après la mort de l'auteure.


Nous ne vieillirons pas
(1961) est une courte nouvelle, poétique et sombre sur un futur qui semble impossible. 

Les Derniers jours (1958) est tout aussi crépusculaire. L'homme est un loup pour l'homme. Alors qu'une guerre se déclare, une famille part trouver une certaine sérénité en pleine nature. Mais est ce simplement possible ? L'hiver est annoncé, et il sera impitoyable.



Laurent Genefort et Serge Perraud concluent l'ensemble, en nous donnant des éléments biographiques et des pistes de lecture. Peut-être un peu court, mais éclairant pour moi qui ne connaissait pas l'auteure. Et il reste quatre volumes de cette intégrale, et donc possiblement des autres annexes. Au passage, l'explication surle pourquoi d'un pseudo masculin ou comment Julia est devenu Gilles:

Chez cet éditeur [Fleuve noir], en effet, les dames sont absentes de l’écurie des auteurs. Est-ce une désaffection des femmes pour les genres publiés ? C’est surtout la politique de la maison, le Fleuve Noir ayant une réputation de conservatisme. Les luttes acharnées des femmes, à partir de 1973, pour acquérir une autonomie réelle, restent sans effet sur la position des éditions Fleuve noir… sauf pour Julia, qui doit cependant se cacher sous un pseudonyme masculin.
Julia Verlanger : L’exploratrice des terres sauvages, Serge Perraud


Rien de révolutionnaire dans ces textes, mais un plaisir de lecture bien présent. Il semblerait que c'était pourquoi elle écrivait :

Son but n’était pas de décrire un système quelconque, social ou autre, son ambition était de raconter des histoires et de distraire ses lecteurs.
L’imaginaire marqué au fer rouge : Verlanger par ses pairs, Laurent Genefort

Pour ceux et celles qui ont raté mon avis sur le premier tome L'autoroute sauvage :

Mon avis

Quelques citations :


Le problème, avec le mouton, c’est qu’il est trouillard. Et qu’il accepte n’importe quoi pour sauver sa carcasse. Y compris lécher les orteils d’un petit tyran de bazar. Un dictateur, ça ne reste pas en place par l’opération du Saint-Esprit. Ça y reste parce que ses asservis sont trop péteux pour le faire dégringoler de son piédestal.
La mort en billes

Je t’assure, Gérald, t’as été verni de rester hors du coup. Ça ne t’aurait pas plu. Garanti. Alex n’a pas aimé davantage que moi. Il n’y avait que Hans pour se sentir à l’aise dans cette foire… Pour les guerres à grande échelle, on n’a pas la mentalité qui convient. En plus, le civilisé, quand ça se déchaîne… J’ai des tripes qui tiennent le coup, mais là, j’ai vu des trucs à dégueuler… Ils ne savent pas tuer proprement…
L'île brûlée

Être les témoins de l’Apocalypse ne nous est pas aisé. Il y faudrait une âme mieux trempée que la nôtre. Nous ne sommes que terreur, ténèbres et souffrance. Tout est si noir. Il n’y aura plus jamais de lumière.
L'île brûlée





Ondes Futures du samedi 10 au vendredi 16 novembre 2018

novembre 09, 2018


Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.


Cette semaine sur les ondes :

Une tortue rouge sur une île mystérieuse,
en compagnie de Jean Baptiste Charcot,
qui a vu des singes descendre d'ovnis
et un docteur devenir une légende !
Voilà que je me mélange les pinceaux...
En ligne sur Wakelet : http://wke.lt/w/s/cAiLK



La fin du monde est plus compliquée que prévu

novembre 08, 2018

Franck Thomas, Aux forges de Vulcain, 2018, 432 p., 18€ papier


La littérature blanche est tout de même plus en avance que nombre de romans SF dans la survenue du Rien : après Trois fois la fin du monde, voici que cette dernière est plus compliquée que prévue. Mais originalité ne rime pas forcément dire qualité.


Présentation de l'éditeur :


A la mort de Kim Jong-un, le monde entier espère que la perspective d'une guerre totale s éloigne. Hélas, lors d'une conférence de presse, son fils de treize ans annonce qu'il a fait placer des bombes nucléaires dans toutes les grandes capitales, et l'Occident n'a que quelques jours pour se repentir. D'abord dubitatifs, la population et les dirigeants commencent à prendre peur. L'occasion pour un fan de petits trains électriques, une lieutenante de gendarmerie portée sur la boisson et un fonctionnaire de l'ONU un peu trop pépère d'être emportés dans une farce surréaliste.

Mon ressenti :

Un traducteur misanthrope, fan de trains électriques, une lieutenante nymphomane et alcoolique, trois cailleras que personne ne respecte, une agent immobilière à la ramasse, une conseillère Pôle emploi à la langue bien pendue, des bretons nationalistes et un dictateur farceur. Voici quelques uns des protagonistes de ce roman barré.
L'histoire débute sur les chapeaux de roues, tout en ironie et en second degré et au bout de quelques pages, et en regardant celles qui me restaient à lire, je me suis vite interrogé sur la faisabilité de l'ensemble. Sur une centaine de pages, une pochade satirique peut me plaire, sur 400 pages, cela devient vite laborieux et répétitif. C'est le seul reproche, mais de taille, que je ferais à ce premier roman.

Religion, nationalisme, armée, instances internationales, individualisme, société qui marche sur la tête, tous les éléments étaient présents pour me faire passer un moment agréable, d'autant qu'une légère touche anar baigne l'ensemble. La fin grand-guignolesque est très réussie. Mais que le périple fut long pour moi. J'ai fini le livre en diagonale, afin de savoir où tout cela aller m’amener, mais j'ai failli lâcher prise de nombreuse fois.
A vous de voir si vous aimez l'humour sur la longueur...

Pas de version numérique (la raison ici), un site web qui ne mentionne pas les dernières nouveautés (la raison dans les commentaires). Autant je peux comprendre l'abandon des epubs, un site web est tout de même la vitrine de l'éditeur au 21ème siècle. Dommage car le catalogue contient de nombreux romans à la lisière de la blanche et de l'imaginaire toujours originaux.

Critique réalisée dans le cadre d'une opération Masse critique Babelio.

Les étoiles sont Légion

novembre 05, 2018


Kameron Hurley, Albin Michel Imaginaire, 2018, 416 p., 12€ epub sans DRM




Qu'est ce qui bouge le cul des Katazyrn ?

S'en sortir vivante grâce à un tentacule après avoir reçu un céphalopode Bhavaja lorsque l'on chevauche une limace de l'espace près de la Mokshi n'est pas donnée à tout le monde. Zan de Katazyrna est de celle là !!! 


Présentation de l'éditeur :


Quelque part aux franges de l’univers, une armada de vaisseaux-mondes en sursis, connue sous le nom de Légion, glisse doucement dans les zones d’obscurité qui séparent les étoiles. Depuis des générations, des conflits très violents opposent celles qui désirent prendre le contrôle de cette flotte.
Alors que les vaisseaux-mondes se meurent, un plan désespéré est mis à l’œuvre.
Zan se réveille sans souvenir, prisonnière d’un peuple qui dit être sa famille. On lui explique qu’elle est leur seule chance de survie – la seule personne capable d’embarquer dans la Mokshi, un vaisseau-monde porteur du plus précieux des pouvoirs : celui de quitter l’armada. Mais la nouvelle famille de Zan n’est pas la seule à vouloir désespérément prendre le contrôle du vaisseau légendaire.

Mon ressenti :

Voilà un roman qui m'a fait vomir pas seulement une fois, ni deux, mais trois fois ! Un record auquel on ne peut que s'attarder. Alors, qu'est ce qui a mis à mal mon estomac ?

Premier vomi ?
Si vous avez lu les premiers avis sur ce roman, vous n'êtes pas sans savoir que c'est un roman assez organique, sale, trash. L'auteure vous emmène dans un vaisseau monde ressemblant à l'intérieur d'un utérus en pleine menstruation. Et l'impression que l'auteure veut en rajouter des tonnes dans le dégueu, l’immondice, sans que cela ne serve l'intrigue. Pas très ragoutant, mais une fois passé la surprise, cela reste du décorum, du vrai. Car jamais nous n'aurons d'explications sur la raison de ce monde organique. Un univers assez original, mais dont aucune explications rationnelles ne sera donné.  Le "T'as gueule, c'est magique" fonctionne très bien en fantasy, mais en SF, il y a un minimum décent à respecter. Avec les premières pages, je pensais que Kameron Hurley lorgnait du côté de Reynolds et son vaisseau tumeur dans la trilogie des inhibiteurs, qu'elle allait peut être le surpassait. Mais non, cela fait Pschitt très vite. Au final, l'impression d'avoir lu une Fantasy dans l'espace, mais pas de la SF.
Résultat : cela peut choquer le chaland, mais moi, cela ne m'a pas fait vomir.

Deuxième vomi ?
Un livre dont tous les protagonistes sont des femmes. L'auteure pousse le bouchon un peu loin ? Mais moi je suis de la race canine assez ouverte. Pour peu, sans les autres avis, je ne suis pas sûr que je l'aurais remarqué. Reste une question, cela suffit-il à en faire un roman féministe ? Ben je m'en fous un peu aussi. Si le sujet est bien traité, qu'il me fait réfléchir, m'ouvre l'esprit, me chamboule dans mes certitudes, le pari est gagné. Mais pas ici. Car c'est ici un sujet sous jacent, jamais vous n'aurez de longues digressions philosophiques sur la femme dans la société. (mais les quelques fois où cela est abordé frontalement, c'est fais au forceps) Et tant mieux. Ou pas. Car quelques semaines après sa lecture, ce roman m'a tout de même fait réfléchir à la question de la place de la femme, son rôle et tout le toutim. Et je cherchais où et comment l'auteure avait fait germer ces réflexions. Alors est ce qu'il vaut mieux un livre qui vous interpelle pendant sa lecture ou après, à vous de décider.
Résultat : des femmes partout qui n'ont pas heurté ma sensibilité masculine, même pas vomi.

Troisième vomi ?
Et l'histoire dans tout ça ? Parce que moi, ce qui me fait aimer ou pas un livre, c'est son intrigue, l'envie de tourner la page pour savoir ce qui va se produire. Et ici, cela coince sévère, une histoire sans queue ni tête. Ce livre m'a fait penser au livre Le monde vert : un périple initiatique niais au possible, ressemblant aux pires romans publiés à la chaîne dans les années 60-70. Je ne pensais pas que des écrivains pouvaient nous pondre encore des inepties pareilles. Je ne vais pas vous dire tout ce qui cloche, reportez vous pour ça à la critique d'Apophis à laquelle je souscris entièrement.
Au mieux, cela ressemble à de la très mauvaise littérature jeunesse.
Résultat :  avec une intrigue pareille, je n'étais pas loin de vomir, mais non.

Mais alors, qu'est ce qui a mis mon estomac dans de si horribles états ? J'ai beau être un dur à cuire (hum hum), il y a une chose que je ne supporte pas. Et là me voilà servi. Quand je lis :

– Va savoir à quel point la situation a changé, depuis mon départ. Les Bhavaja sont mauvaises. Il me faudra une armée, pour les vaincre.
– Tu n’as pas besoin d’une armée : tu nous as, nous.

Ben moi, je vomi. Manquerai plus que l'on parle d'amour derrière.
Alors quand quelques pages plus loin, je tombe sur :

« Qu’est-ce qui les y contraint ? demandé-je.
– La peur. La peur de notre mère, Seigneure Katazyrna.
– C’est ça, votre moteur ? »
Elle hésite, mais répond avec sincérité. « Oui. Je suis sûre que ton peuple tue pour toi par peur.
– Non, par amour.
– Par amour ?
– Et rien que par amour. Pour celles derrière elles. Pour celles qui viendront après elles. Par amour. »

je re-vomi de suite
A peine retiré les derniers morceaux restés collés autour de ma bouche, Hurley m'assassine, le coup de grâce.

Ça suffit avec le passé. Nous bâtissons l’avenir, maintenant.
– J’ai peur.
– Je sais, mais c’est la peur qui nous a blessées. Il faut qu’on arrête d’avoir peur.
– Je ne sais pas comment faire.
– Nous apprendrons ensemble », dis-je.

Troisième vomi ! Et je vous pris de croire que lorsque l'estomac est vide, cela fait mal, très mal...
400 pages de crade-fantasy pour en arriver là, je dis chapeau bas l'artiste !
Alors, pour répondre à la question qui ouvrait mon billet : Qu'est ce qui bouge le cul des Katazyrn ? C'est l'amour. Si vous aimez Léopold Nord & Vous, vous aimerez Les étoiles sont légion.

Lu dans le cadre d'un service de presse

Certaines ont aimé : 
"Une histoire vibrante, une quête d’identité à la fois classique dans son cheminement mais originale dans son exécution." Tiger Lilly

D'autres aussi : 
"Space opera déjanté et carnassier, Les Etoiles sont Légion est un roman radical" FeydRautha
"Excellent moment de lecture avec ce livre qui offre, je trouve, un roman de Space Opera différent, entraînant et intelligent." Blackwolf
"je conseille à tous ceux qui cherchent une science-fiction qui sorte des sentiers battus." Alias

Certains sont plus mesurés :
"Ce roman de Kameron Hurley flirte trop avec les codes de la Fantasy pour me plaire." Yogo

Et d''autres ont du goût :
"Sur le plan de la singularité, ce roman gagne donc son pari, mais c’est un peu le seul, à mon sens."  Apophis
"le roman me laisse un goût amer" Célindanaé

Ondes Futures du samedi 03 au vendredi 09 novembre 2018

novembre 02, 2018


Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.


Cette semaine sur les ondes :

France Culture se promène dans les allées des Utopiales;
Des jeunes qui se suicident malgré l'immortalité sur Arte;
Le mois de l'imaginaire se poursuit en novembre à la télé : Fantastique, Horreur, SF investissent les grilles;
Stephen King à l'honneur avec cinq adaptations;
Et les extra terrestres ne font qu'embêter les gentils américains, pas glop !

En ligne sur Wakelet : http://wke.lt/w/s/b0ayU


L'autoroute sauvage

octobre 31, 2018

Gilles Thomas / Julia Verlanger, Fleuve noir, 1976, 222 p., 25€ papier (Intégrale Bragelonne)


Julia Verlanger, vous connaissez ? Mais si le prix remis lors des Utopiales, la grande messe SFFF nationale.
Et bien derrière ce prix se cache un homme, Gilles Thomas, ou plutôt une femme, Julia. Ou serait ce plutôt Éliane Taïeb ?
Et vous savez quoi, il/elle écrivait de la SF. Le monde est décidément bien fait.


Présentation de l'éditeur :


Vous suivez l'autoroute, en direction du sud. A pied, bien sûr, parce que la civilisation : kaputt !
Vous avez déjà pas mal de problèmes : l'eau, la bouffe quotidienne et votre peau à défendre contre les groupés. Ceux-là, quand ils vous découvrent, ils ont une fâcheuse tendance à vous voir sous la forme d'un joli rôti.
Alors si, en plus, vous tombez sur une fille très chouette, mais qui a hélas une idée fixe dans le crâne : aller à Paris...
Paris ! Vous imaginez ça ? Les rats pesteux, les poches de gaz hallucinogènes, les mares de bactéries... Paris ! Autant dire tout de suite : « Viens donc, Gérald, on va faire un petit tour en enfer ! »


Mon ressenti :


Pendant près de 50 ans jusque la fin du siècle dernier, une collection a fait énormément parler d'elle, trois lettres : FNA,  à ne jamais prononcer aujourd’hui devant un fan de SF de 40 à 60 ans, sinon, vous aurez le droit à des heures de tirades nostalgiques.
Cette collection a fait paraitre de nombreux auteurs français, sous pseudos généralement, dont certains sont devenus des grands noms de la SF : Genefort, Brussolo, Wagner, Pagel, Ligny...
Fleuve Noir Anticipation, des romans de gare populaire, un brin viril, avec de l'extraterrestre, de l'espace, du post apo, et des femmes peu farouches !
J'arrête là le topo sur le FNA, si vous êtes jeunes, allez voir à vos risques et périls un vieux de la vieille.

Donc L'autoroute sauvage, qui porte très mal son nom car justement les autoroutes de ce post apo sont beaucoup plus sûr et moins sauvages que le reste du territoire.
Rien de très original dans ce récit apocalyptique : un solitaire endurcit qui rencontre quelques compagnons, une petite équipe qui se forme et va aller de péripéties à péripéties, de problèmes en problèmes. Les passages obligés sont là, les facilités aussi. Mais les personnages sont crédibles, le style agréable, le roman court. On se doute de la fin, que rien de très désagréable ne vas arriver. Mais on n'y croit, et j'avais envie que nos protagonistes s'en sortent. Et loin de me déplaire, un petit côté anar se dégage des lignes.

Ce voyage vous dévoilera que les armes bactériologiques ne sont pas bonnes pour l'environnement, que l'homme est accro au bifteck, et que si les vaches n'existent plus, ils restent tout de même des humains pour avoir sa part de bidoche à tous les repas. Vous découvrirez que la Peste bleu porte bien son nom, et que des billes translucides peuvent faire un zombi-like impressionnant. Les femmes sont dans le rôle qu'elles n'auraient jamais du quitter : fourneau, serpillère et pieu. Gilles Thomas prend son rôle à coeur pour se fondre dans les standards misogynes, mais Julia Verlanger, par petite touche, sème quelques éléments qui rendent la femme supérieure à l'homme.


Bref, du très classique qui ne m'a pas empêché de le lire d'une traite, et de me jeter sur la suite car il s'agit d'une trilogie que les éditions Bragelonne ont ressorti dans l'intégrale 1 consacré à Julia Verlanger, intégrale qui comprend 5 tomes.
Mon avis


Une BD en a été tiré  aussi



Quelques citations :


Un squelette tassé étreignait le volant à pleins bras, comme s’il se cramponnait à une bouée de sauvetage. Ses longues dents jaunes me souriaient. Il ne me gênait pas. Rien de plus paisible que les morts. Les casse-bonbons, c’est les vivants.

Il faut supposer que le meurtre, quand tu faisais dans le détail, c’était pas convenable, et que ça devenait correct dès que tu travaillais en gros. Jo disait que dans ces cas-là, on baptisait ça patriotisme, ou nationalisme, alors, bien sûr, les pires saloperies étaient couvertes par un drapeau. Comment ils s’arrangeaient avec leurs principes, c’est pas à moi qu’il faut demander. Mais je pense comme toi, ils étaient vicieux.

Le Dragon Griaule

octobre 29, 2018

Lucius Shepard, 2011, Le Bélial, 480p., 11€ epub sans DRM


Une colline reculée avec quelques villages de-ci, de-là, un dragon échoué là, allez savoir pourquoi. Terrassé pas un charme, mais toujours l'esprit vivant, le dragon Griaule hante les habitants.
Et moi, simple blogueur, je dois désormais chanter ses louanges.

Présentation de l'éditeur :

En 1853, dans un lointain pays du Sud, en un monde séparé du nôtre par la plus infime marge de possibilité, la vallée de Carbonales, une région fertile entourant la cité de Teocinte et réputée pour sa production d’argent, d’acajou et d’indigo, était placé sous la domination d’un dragon nommé Griaule. Il y avait d’autres dragons en ce temps-là, vivant pour la plupart sur des îlots rocheux à l’ouest de la Patagonie — de minuscules créatures irascibles, dont la plus grande avait à peine la taille d’une alouette. Mais Griaule était l’une des Bêtes géantes qui avaient régné sur un âge antique. Au fil des siècles, il avait grandi jusqu’à mesurer sept cent cinquante pieds au garrot et plus de six mille pieds de la queue au museau…
 

Mon ressenti :


Quelques lieux, en France ou dans le monde, sont rattachés à une légende autour d'un dragon : le puits du dragon de Cordes-sur-ciel; la Fosse au Dragon, à Mézières; le lac de Sameura au Japon; ou encore le Rio Sao Francisco au Brésil, photographié vu du ciel par notre astronaute national. Ces contes locaux enjolivent la réalité historique, nous savons tous que les dragons n'existent pas, n'ont jamais existé. Tous sauf un, dont Lucius Shepard va nous narrer quelques épisodes. Ce dragon véritable est située dans une réalité parallèle à la notre, dans une Amérique du Sud. Il se nomme Griaule. Voici son histoire.


Sous forme de nouvelles et de novellas, l’influence maléfique du dragon Griaule nous est conté durant ces deux derniers siècles. La force de ce recueil de fantaisie est de ne pas offrir la sempiternelle histoire de dragon, mais d'emprunter le chemin des légendes anciennes. Y a toujours il réellement un dragon ou n'est ce que la forme de la montagne qui a nommé le lieu, une lointaine rumeur ridicule ? Pas de chevaliers, de trésors, de combats épiques. Juste la réalité. Jouant sur différents genres, du roman noir à l'enquête judiciaire, du conte à la réalité la plus sordide, chaque texte apporte un éclairage différent sur la banalité du mal. Car Griaule est mauvais, foncièrement. Et de son aura maléfique, il influence l'humanité, son jouet. Ou bien est-ce les hommes qui se cherchent une excuse face à leurs bassesses ?

Le style de l'auteur est tout en poésie, mais qui se permet des notes de familiarité, de crudité. L'écriture toute en finesse qui m'avait déjà plu dans Les attracteurs de Rose Street est ici toujours présente. Dans la novella, nous avions quelques éléments politiques, ce recueil enfonce le clou. L'auteur était un bourlingueur qui s'est un peu attardé en Amérique du Sud, ce qu'il y a vu, le totalitarisme, les juntes militaires, le pouvoir, les relations riches/pauvres, les relations Amérique du Nord / Sud, transparaissent dans les textes, dont le dernier, Le crane, éminemment politique et sûrement biographique.

Dans sa postface, Lucius Shepard s'attarde un peu et avec beaucoup d'humour et de recul sur les origines de l'univers du dragon Griaule :

J'ignore pour quelle raison je n'ai cessé par la suite de revenir à Griaule. En règle générale, je déteste de tout mon cœur les elfes, les sorciers, les changelins et les dragons. Peut-être est-ce parce que j'ai vu un jour une liste de dragons de fiction classés par ordre de taille, avec le mien en tête de liste. Ça m'a donné l'idée de booster ma carrière en me consacrant à toutes sortes de créatures énormes. Une taupe gigantesque, un puceron gros comme une planète, un mouton gargantuesque, et cætera. Fort heureusement, je n'ai jamais exploité cette idée.


Un gros fil de discussion sur le recueil est disponible sur le forum du Bélial, l'occasion d'en apprendre aussi sur le travail de traduction de Jean-Daniel Brèque (ainsi qu’une discussion houleuse sur ce que doit ou pas être une critique sur un blog ! p.22)
Ce fil m'a permis de répondre à une interrogation que j'avais : Pourquoi le nom Griaule ?

Comme il l'a reconnu lors de l'entretien qui sera diffusé dans l'émission "Mauvais genres", Lucius s'est inspiré pour le nom de son dragon de celui de l'ethnologue français Marcel Griaule -- tout simplement parce que ça sonnait bien.
Jean-Daniel Brèque

Ce recueil ce clôt sur une petite postface en forme de notes sur chaque texte, de quoi comparé son ressenti à celui de l'auteur. Une impressionnante bibliographie termine l'ensemble.


D'autres avant moi se sont laissés influencés par le dragon Griaule
Lucius Shepard tisse un univers plein de noirceurs assez fascinant, et il a une sacrée plume pour mettre tout cela en forme (Vert)
Lorhkan se lance dans la dissection du dragon
En vrai super-héros qui ne s'en laisse pas compter, Xapur n'a pas succombé à l’influence subtile et perverse du Dragon Griaule !
Le mot de la fin à Baroona, qui influence depuis sa lecture tous les blogs de ses commentaires pour nous inciter à lire ce recueil, et qui me vole ma conclusion :

Au final, malgré des textes qui ne m'ont pas tous complètement emballés, Le Dragon Griaule est un recueil exceptionnel, pour au moins trois raisons. Tout d'abord, l'univers créé autour du dragon est inédit et superbement bien décrit. Dans cette continuité, il faut saluer la plume de Lucius Shepard : les descriptions sont magistrales et le texte est aiguisé. Mais surtout il sait terminer ses histoires. Même sans chute étonnante, chaque page finale est ciselée pour finir en toute beauté. Enfin, et peut-être même surtout, Le Dragon Griaule offre de nombreux moments réflexions, avec le libre-arbitre et la question des influences au coeur de tout. Mais peut-être est-ce Griaule qui influence ces mots pour vous inciter à le lire, qui sait ?

Ce recueil a reçu le prix Imaginales de la meilleure nouvelle en 2012

Petit tour d'horizon des textes
L’Homme qui peignit le Dragon Griaule
Une courte nouvelle dont le titre résume parfaitement le propos. Premier texte de cet univers, je pensais y trouver un texte bluffant, ce qui n'a pas été le cas. Juste un récit plaisant. Une mise en bouche pour connaitre un peu mieux la légende et le paysage où dort le dragon. C'est aussi l'un des textes politiques du recueil.

La Fille du chasseur d’écailles
Après avoir parcouru les environs géographiques du dragon, une petite incursion dans ses entrailles est nécessaire. Une expédition assez cauchemardesque qui m'a fait penser à certaines chimères du film Annihilation avec cette symbiose organique et végétale.
Prix Locus, novella / Court roman, 1989

Le Père des pierres
Un culte voué à la grandeur de Griaule, teinté d'occultisme, de magie noire et de luxure. Le prêtre est tué par le père d'une de ses ouailles. A t-il agit par vengeance ou sur la volonté de Griaule ? Nous suivons les pas d'un avocat aux dents jadis longues et qui se fait une raison sur comment fonctionne la société. Les pauvres restent pauvres les riches restent riches. Une enquête judiciaire en forme de lutte des classes.
Prix Locus, novella / Court roman, 1990

La Maison du menteur
Petit cour de biologie ici : comment naissent les enfants dragons ? De bien belle manière en tout cas. L'occasion d'en découvrir un peu plus aussi sur l'Amour chez les dragons.

L’Ecaille de Taborin
Les dragons controlent-ils l'espace temps ? Un texte qui permet d'en apprendre beaucoup sur la mythologie de notre dragon.

Le Crâne
Alors que les autres textes nous contaient des temps anciens, Le crâne nous transporte aujourd'hui au Temalagua (toute ressemblance avec des pays existants ou ayant existé....) Le texte le plus politique du recueil, le plus dur, le plus cynique, mais aussi l'un des meilleurs pour moi. Une sorte de conclusion de tous les sujets que l'auteur voulait parlé à travers son dragon : origine du mal, junte militaire et libre arbitre. Bien que très ancré dans la réalité, le récit n'oublie pas cependant que cela reste une histoire.



Quelques citations :


Au large de la pointe, la mer était une plaine couleur de jade parsemée de gerbes d'écume, dont la beauté semblait souligner l'élégance des résidences les plus cossues ; de l'autre côté, les récifs qui envoyaient des brisants sur les plages d'Almintra étaient souillés d'algues, d'immondices et de bois flotté. Il songea que les habitants du quartier, à la réputation naguère flatteuse, devaient avoir le cœur serré par ce panorama respirant la beauté et l'opulence qui contrastait si vivement avec leur quotidien, qui voyait les rats grouiller dans les tas de légumes pourris, les crabes-fantômes trottiner sur le pavé crasseux, les mendiants hanter les rues et les maisons pourrir lentement.
Le Père des pierres

Durant les neuf ans qui avaient suivi l'obtention de son diplôme, il s'était voué corps et âme à son travail, parvenant à un certain degré de réussite mais sans jamais dépasser le niveau d'un fils de paysan ayant accédé à la classe supérieure ; des avocats moins doués que lui avaient connu une réussite plus éclatante que la sienne, et il avait fini par comprendre ce qu'il aurait dû savoir dès le début : la loi écrite est subordonnée à la loi tacite des liens du sang et de la position sociale.
Le Père des pierres

Il lui confia qu'il aimait s'asseoir la nuit venue en haut d'une colline, pour contempler Port-Chantay en contrebas et rêver qu'il posséderait un jour une de ses belles demeures.
« Et aujourd'hui, votre rêve s'est réalisé, dit-elle.
— Eh non. Il y a une loi qui l'interdit. Les belles demeures appartiennent à ceux qui jouissent d'un certain statut social et qui ont l'histoire de leur côté. Il existe des lois contre les gens de mon espèce, des lois qui les maintiennent à leur place.
Le Père des pierres

Notre législation repose sur un code moral qui découle à son tour de la foi religieuse. Ne touche-t-on pas à la métaphysique ? La métaphysique transformée en loi au moyen d'un consensus moral, celui qui régit notre société du fait de la religion qui lui dicte sa notion du bien et des limites du comportement de chacun. Ce que je veux démontrer ici, c'est qu'il existe un consensus portant sur l'influence de Griaule. Si j'allais interroger les gens dans la rue, je n'en trouverais aucun qui ne croie pas en Griaule d'une façon ou d'une autre. La croyance en Dieu ne bénéficie même pas d'une telle unanimité.
Le Père des pierres

Il n'existait rien de sûr, aucune voie sans danger, aucune certitude morale. Tu fais ce que tu peux, pour toi et pour tes proches, en espérant que cela suffira à préserver ton âme. Sinon… eh bien, à quoi bon se tourmenter ? Pourquoi te soucier de ta culpabilité dans ce monde où nous sommes tous coupables ?
Le Père des pierres

Pour lui, l'élément le plus mémorable de la scène n'était pas Griaule mais la route qui venait des faubourgs de la ville. Bien que la majorité des morts aient été incinérés par la flamme magique du dragon et réduits en petits tas de cendres, ladite flamme avait du perdre de sa puissance sur la fin, car plusieurs milliers de cadavres calcinés décoraient la colline, identiques à ce qu'ils étaient de leur vivant mais si noirs et si fragiles que la simple pression d'un doigt suffisait à les pulvériser. Ce n'étaient que des statues de poussière dont l'intégrité reposait sur la seule habitude, mais qui paraissaient pourtant solides, une complexe tapisserie de formes humaines que l'on eût pu considérer comme le chef-d'œuvre d'un artiste de l'apocalypse.
L’Ecaille de Taborin

- Yara. » Le gamin sortit un tube de colle de sa poche et en versa quelques gouttes dans son sac.
« Pardon ? dit Snow.
- Elle s’appelle Yara. Elle est folle.
- En quoi ça la distingue de tous les autres ? »
Snow songea qu’il allait devoir expliquer sa conception du genre humain, à savoir que nous ne sommes tous qu’une collection de pulsions aléatoires contenues par le maillage des contraintes sociétales, mais le gamin semblait savoir cela d’une façon innée, car, sans qu’une clarification fût nécessaire, il précisa : « Yara n’est pas folle comme un singe. Elle est folle comme un serpent. » Il fit mine de plonger la tête dans son sac saturé de vapeurs mais se ravisa et le tendit à Snow, qui, ému par cette soudaine démonstration de politesse, s’empressa de l’accepter.
Le Crâne

Pendant la première année de son séjour au Temalagua, il travaillait comme correspondant d'une ONG bidon du nom d'Aurora House : on lui demandait de rédiger d'une écriture enfantine des lettres écrites dans un anglais approximatif et censées témoigner de la reconnaissance des enfants à demi illettrés dont Aurora House finançait l'éducation. Ces lettres étaient envoyées à des Américains crédules qui versaient vingt dollars par mois pour venir en aide à une Pilar, un Esteban ou une Marisol méritants. Il y ajoutait des formulaires de versement et des photos volées montrant des enfants en uniforme scolaire, heureux et épanouis, preuves irréfutables des effets de la charité sur les bambins victimes de malnutrition dont les images étaient jointes aux précédents envois. Au risque d'insister, précisons qu'aucun enfant du Temalagua, qu'il ait figuré ou non sur ces photos, ne reçut un seul centime d'Aurora House.
Le Crâne

De toutes les choses que j’avais vues, le crâne était la première qui parût en mesure d’ébranler ma vision du monde. Sa taille et son apparence incroyable, les décorations barbares dont l’homme et la nature l’avaient orné au fil des siècles, ces graffiti de mousse et de lichen, ces enluminures de jade laiteux et d’onyx noir, ces crocs gainés de vert-de-gris, cette gueule recouverte d’arabesques fanées, appliquées par quelque tribu disparue depuis des lustres, tout cela éclairé par la lueur mouvante des torches… à un instant donné, je croyais découvrir le visage grotesque d’un clown, un gigantesque masque de mardi gras en papier mâché, l’instant d’après je frémissais de terreur, persuadé qu’il allait s’animer et hurler.
Le Crâne
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