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Nicolas Martin : Courts métrages, longs frissons

septembre 21, 2020



Toutes les personnes qui s’intéressent de près ou de loin à la science connaissent Nicolas Martin, animateur/producteur de la célèbre émission La méthode scientifique diffusée sur France Culture.

Tous les passionnés de SF savent qu'il est aussi écrivain, ayant une nouvelle à son actif (dans l'anthologie Utopiales 2019), bientôt deux (dans l'anthologie Utopiales 2020).

Mais savent-ils qu'il est aussi réalisateur ?

Autant il est difficile de le critiquer sur son émission, de même pour la qualité de sa première nouvelle, mais qu'en est-il de ses talents de vidéaste ? Ne serait-ce pas son talon d'Achille ? Le ver dans le fruit ?

Sur son site Post-mortem, il y a mis quelques unes de ses réalisations. Et moi, je me suis "amusé" à les regarder. On y trouve des courts métrages, des défis et des clips musicaux.
Cependant, avant de visionner ces différents films, oubliez le Nicolas Martin gendre idéal que vous connaissez, vous allez découvrir une autre de ses facettes, plus étrange, plus arty, plus violente. Soyez prévenu, vous n’écouterez plus jamais La méthode scientifique de la même manière après visionnage. Après cela, tout sera différent, tu te demanderas si pendant le générique de La méthode scientifique, il ne demande pas à ses invités de nettoyer une truite, de faire quelques exercices avec des haltères ou encore de porter d'étranges masques ? Ou une fois la lumière du studio éteinte, n'enferme t-il pas ses collaborateurs dans les cuisines vides de la Maison de la Radio, ou dans ses caves 😉 ?


Courts métrages



Casta Diva

Nicolas Martin, 2010, 09mn
http://post-mortem.org/casta-diva-2/

Une jeune femme, un jeune homme, un repas comme chez les gens de la haute, longue table, nappe, bouquet de fleurs et chandelles. Et une musique, quasiment le seul son de ce court métrage, la Casta Diva, extrait de l'opéra Norma, de Vincenzo Bellini. Si vous êtes comme moi, inculte en opéra, vous connaissez l'air, très connu.
Des gros gros plans, entrecoupés de saccades d'enregistrement vidéo. Le repas ne se déroule pas comme prévu, du fait de deux invités masqués. Très étrange, cela m'a mis rapidement mal à l'aise, ne comprenant rien du pourquoi de la chose. Un conseil, regardez jusqu'à la fin pour avoir des pistes de réflexion, et si vous êtes aussi ignare que moi, lisez deux trois lignes sur ce fameux air.
Si le but était de mettre mal à l'aise, c'est réussi.


Remember me

Nicolas Martin, 2014, 19mn
http://post-mortem.org/remember-me/

La victime, la truite et le sadique
Voici le résumé fait par le réalisateur : "Une cuisine vide, un poisson, un couteau. Qui est cette jeune femme, d'où vient-elle, pourquoi l'enferme-t-on là, et que lui veut cet homme qui l'espionne à travers ces caméra de surveillance... ?"
Aucune échappatoire n'est donnée au spectateur, ni à la pauvre victime. Violent, sadique, malsain, on est rapidement mis mal à l'aise. J'ai regardé ce film la bouche grande ouverte, comme une truite. Une fois le générique passé, j'étais encore pétrifié.
Tout participe à l'ambiance, le ton froid et métallique de la cuisine, le bureau étouffant du bourreau et de son renard empaillé, et une musique, Remember me, en totale opposition avec les images.
Ça secoue et plus jamais je ne mangerai de truite, d'autant plus si elle s'appelle Hortense.



Films en 48h

http://post-mortem.org/films-en-48h/
Un principe simple, faire un film en 48h, de l'écriture au montage final. Pour corser le tout, au dernier moment est donné quelques contraintes...


Le dernier exercice

Nicolas Martin, 2013, 06mn

Contraintes : personnage – Perrine Lamour/geek ; objet – une facture ; phrase – « toi, tu me caches quelque chose » ; genre – horreur

Une jeune geek jouant à un jeu de combat, un jeune faisant de la gonflette d'en la pièce d'à côté. Et maman arrive, au téléphone et râlant à propos d'une facture d'hôpital.
Nous sommes vite dans le coeur du sujet, une horreur familiale intimiste. Je n'en dis pas plus, mais j'ai été très vite immergé dans l'histoire, me mettant à la place d'un des personnages, lui disant de ne surtout pas ouvrir cette putain de porte. Ajouter à cela cette musique qui se met en route lorsque l'horreur arrive et qui m'a mis les nerfs à vif...
Par contre, je me dis que le réalisateur a quelques manies (une signature diront les indulgents), les gros plans et une comédienne Héléne Roisin (pas l'Hélène que je pensais au début)
Deux interrogations au final : A qui appartient réellement le t-shirt que porte la fille ? et Pas trop dur le ménage de l'appart ?




Bora Bora

Nicolas Martin, 2014, 08mn

Contraintes : personnage – Arthur Percier/professeur ; objet – un souvenir de vacances ; phrase – « comment tu sais ça ? » ; genre – film noir

Moins convaincu par ce film où une mère discute avec le professeur de son fils. On croit deviner rapidement où cela va nous mener, mais le scénariste (Simon Riaux) est un petit filou. Même si j'ai bien aimé le petit twist, j'ai trouvé le final bancal, l'explication étant à mon sens peu convaincante, et le jeu des acteurs surjoué. Par contre, l'effet d'image avec les personnages en couleur et l'arrière plan en noir et blanc m'a plût. Et le titre est bien trouvé.




Ceci est mon corps

Nicolas Martin, 2015, 08mn

Contraintes : personnage – Ulysse Sarazin/collectionneur ; objet – une roue ; phrase – « crois moi ou pas, c’est la vérité » ; genre – fish out of water

Genre : Fish out of water ? Une lovecrafterie ? Non, pas du tout, pour l'explication, c'est par ici, je n'en avais jamais entendu parler mais c'est un truc qu'on voit très régulièrement dans les films.
Un meurtre dans une forêt, une femme amochée dans un appart, sur une thématique dont le titre ne fait aucun mystère. Celui est autre part, dans ce qui arrive aux différents personnages. Nous sommes dans une ambiance fantastique très réaliste.




Clips musicaux

Camisolatic

http://post-mortem.org/camisolatic/
Clip réalisé pour Loki Starfish
Enfin un peu de respiration, avec des gosses dans une forêt traversée par une rivière. Profitez, car cela ne va pas durer longtemps... Le côté champêtre, rempli de souvenir d'enfance, parfois bon, comme les amis, mais parfois un peu macabre. Très belle image pour cette première réalisation de clip, qui colle à l'univers du groupe, du moins de ce que j'en ai vu, amour libre et genre libre.







Always on my mind

http://post-mortem.org/799/
Clip réalisé pour The Irrepressibles
Toujours de la pop, avec cette fois aucun truc bizarre, étrange ou malsain. Nous sommes ici devant un couple qui se sépare et dont l'un se remémore leur rencontre et les moments de complicité passés. Seule chose qui change ici, il s'agit d'un couple gay. C'est extrêmement con, mais changez une femme par un homme, et on remarque que ce que l'on voit habituellement comme clip est très formaté. Cela reste une histoire d'amour, donc cela me laisse de marbre et m'ennuie profondément, mais c'est rafraichissant de voir un couple homosexuel dans un clip. Et on se dit qu'il y a encore beaucoup de choses à faire pour que les mentalités changent...






Running to the sea

http://post-mortem.org/running-to-the-sea-2/
Clip réalisé pour le concours organisé par Royksopp
Ce clip n'a pas gagné mais a été jusque dans la sélection finale. Le clip du vainqueur était à mon sens plus banal, mais il y avait une scène où un homme vide un poisson : Nicolas Martin doit se mordre les doigts de ne pas avoir mis l'idée de sa truite Hortense de Remember me.
On retrouve une ambiance étrange avec des personnes avec des têtes d'animaux. Images léchées et on retrouve un peu de l'ambiance étrange des courts métrages






Danse avec mes tripes

http://post-mortem.org/danse-avec-mes-trips-grand-bain/
Performance filmée de Julien Salaud
Un homme enfermé dans sa chrysalide de soie avec une somptueuse photographie noire et bleue fluo. Magnifique. La deuxième plaira peut-être encore plus aux amateurs de SF, avec le même personnage dans une danse qui peut rappeler un alien sortant/entrant dans l'eau




Voilà tout ce que l'on peut voir sur le site de Post Mortem, un univers sombre, glauque, violent, étrange. Toujours peu d'explications, au spectateur de se faire son propre jugement, sa propre interprétation. On en sort un peu remué, secoué, surtout moi qui ne suis pas habitué à regarder ce style de films.
L'actrice Hélène Roisin est toujours omniprésente (qu'en dirait le psy en sachant que le générique de La Méthode scientifique est auréolé d'une valeur sentimentale, hommage à une autre Hélène), le réalisateur a trouvé sa muse. Vu tout ce qu'elle subit lors des tournages, pas sûr qu'à sa place, j'aurai signé pour des contrats supplémentaires... Mais il est vrai qu'elle s'en sort très bien malgré les outrages.
Le pire dans tout cela, c'est que Nicolas Martin n'est pas un vidéaste raté, encore une corde supplémentaire à son arc. Mais je l'aurais un jour, je l'aurais...


Un autre court métrage devrait sortir sous peu, Forêts.





En voyant tout ses courts métrages avec du sang et une Hélène, difficile de ne pas conclure de cette manière.



La page Facebook, délaissée, de Post Mortem : https://www.facebook.com/Post-Mortem-186403089607




Ondes Futures du samedi 19 au vendredi 25 septembre 2020

septembre 18, 2020

Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.


Cette semaine sur les ondes :

Beaucoup d'interrogation cette semaine :

Pour qui votent les super-héros?
La science est-elle sexiste ?
Et si la Terre était unique ?

Tout cela et bien plus encore : https://wke.lt/w/s/EvwkXT


For all mankind - Saison 1

septembre 17, 2020

Série de Ronald D. Moore, Matt Wolpert et Ben Nedivi, 2019, 10 épisodes d'1h



Pour l'humanité entière ? Vraiment ?

Synopsis :


Imaginez un monde dans lequel la course à l'espace n'aurait jamais pris fin. Le programme spatial de la NASA est resté au coeur de la culture américaine et au plus proche des espoirs et des rêves de tout un chacun. Les astronautes de la NASA, véritables héros et rock-stars de leur époque, doivent gérer la pression qui pèsent sur leurs épaules, tout en gérant la vie de leurs familles.


Mon ressenti :


Cela commence fort dès les premières images où on voit un astronaute poser le pied sur la lune. Mais lorsqu'il relève sa visière et se met à parler, stupéfaction ! Une intrique posée de manière éblouissante.
Le reste va dérouler les conséquences de ce point de divergence.

Voilà une uchronie légère autour de la conquête spatiale. Mais pas besoin de connaître l'histoire pour bien être immergé dans cette aventure où personnages réels et fictifs s'entremêlent.
Une série qui nous emmène dans l'espace et sur la lune pour mieux nous amener sur le plancher des vaches avec ses problèmes bien terre à terre.



Conquête spatiale, progrès scientifique, et au final, progrès social. Mais que cache véritablement ce dernier progrès ? Est ce une volonté d'évolution des moeurs, d'ouverture d'esprit ? Ou tout cela n'est que calcul politique ?
Sans forceps, la série nous parle de l'égalité homme/femme, des minorités ethniques ou encore d'homosexualité. Nous sommes dans les années 60/70, la société évolue parfois à son corps défendant, comme le montre l'interview des astronautes qui se concentre sur les capacités féminines alors qu'il n'aurait jamais osé remettre en cause celles des hommes.
L'excellent titre, qui fait référence à la phrase célèbre de Neil Amstrong "That's one small step for [a] man, one giant leap for mankind", résume fort bien le questionnement qui irrigue toute cette première saison.

Tout régime politique comporte sa part d'ombre
Et tout système bureaucratique est corrompu.

Ce sont les années bon temps où l'on pouvait fumer partout, même à l'hôpital, l'alcool fort coule à flot. La bande son reflète l'époque en rythme. Les moeurs sont bien montrés, à travers par exemple la place de la femme et de l'homme dans l'éducation parentale ou cette guerre froide qui fait naitre des suspicions envers les personnes au comportement hors normes sociales. Enfin, tous ne sont pas ennemis de la même façon, comme certains scientifiques nazis...



Une série où l'on s’envoie en l'air de manière spectaculaire, un peu trop d'ailleurs dans les derniers épisodes ou les catastrophes s'enchainent et le réalisme part en torche. On flotte entre Histoire et destin individuel.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas regardé aussi rapidement toute une saison, et désormais, j'attends la suite avec impatience.

Un incontournable pour Mme RSF Blog
Une excellente série, si ce n'est plus pour Mr 233°C

Sous la lumière de Dominique Lémuri

septembre 14, 2020



Dominique Lémuri lit, tout le temps, depuis toujours. Si tu ne me crois pas, regarde les quelques photos de ses bibliothèques. Et ce qu'elle aime par dessus tout, la SF. Tellement fort qu'elle a voulu apporter sa pierre à l'édifice, à travers quelques nouvelles et un roman à paraitre. Elle fait aussi partie de l'équipe des Aventuriales de Ménétrol.
Comment la science-fiction lui est-elle venue ? En écrire a t-il changé sa façon de lire ? Comment a t-elle trouvé un éditeur ?...
Elle te dit tout, en long, en large et en travers. Oui, c'est une grande bavarde, mais ne ferions nous pas la même chose en parlant de notre passion ?
Sous la lumière de Dominique Lémuri te dévoile tout, même la photo de sa chambre !




Peux tu te présenter, nous dire comment la lecture est venue à toi ?

Je suis née en 64 dans une famille de lecteurs : ma mère adorait les polars, mon frère ainé était fan d’Anatole le Braz et de toute la littérature fantastique du XIXème, et avec mon autre frère ils collectionnaient les BD (trop long de tout lister, mais beaucoup de SF, c’était la grande époque de Druillet, de Metal Hurlant… Yoko Tsuno était mon héroïne préférée…). Donc j’ai grandi dans un environnement très porteur dans ce domaine (pas hyper classique, en revanche. Quand les profs nous donnaient Zola à lire, je posais mes lectures SF ou fantastique pour faire ce qu’on me demandait).

J’ai eu aussi la chance d’avoir une bibliothèque de collège riche en SF : Asimov, Bradbury, j’ai lu tout ça grâce à notre bibliothécaire qui nous préparait une table spéciale que j’écumais avec mes copines. Peu de fantasy, en revanche, c’est vrai. Pas sûre que dans les années 70 on employait déjà ce terme. J’ai lu Rider Haggard dans la mythique collection NEO sans savoir vraiment où classer le cycle de She, alors qu’aujourd’hui, je le classerais en fantasy sans hésitation.

Autrement, côté état civil, un mari, trois garçons, une carrière entre comptabilité et informatique (oui, rien à voir avec la SFFF, mais rien de rien de rien) et des tas de passions dans la culture et l’artistique.



Est ce que ta manière de lire est différente depuis que tu écris ? Et en quoi ?

Oui, je suis beaucoup plus difficile. En fait, c’est peut-être l’âge qui avance et qui me rend plus exigeante. Déjà, j’ai lu tous les jours depuis que j’ai appris à l’école (il y a environ 50 ans, gasp !), donc forcément je me suis retrouvée avec de vrais chefs d’œuvre au milieu de tous ces bouquins, ce qui me rend un peu blasée, je le crains. Et le fait d’écrire a accentué le syndrome parce que j’ai appris à observer et à commenter les textes en cours d’écriture par la bêta-lecture. (j’en parle à la question suivante)

Après, paradoxalement (je n’ai pas peur des paradoxes), j’ai aussi une certaine indulgence par rapport à un premier roman, par exemple. Pour y être passée, je sais la difficulté d’arriver déjà simplement à un niveau d’écriture publiable, alors d’ici à accoucher d’un chef d’œuvre… je pense qu’une plume a besoin de se construire, et que ça ne se fait pas en un seul bouquin (sauf génie inside)


Tu es aussi une béta lectrice, tu peux nous dire en quoi cela consiste et si cela influence tes lectures ?

J’ai appris à bêta-lire sur le forum CoCyclics, où les apprentis auteurs s’échangent les textes pour les commenter. Le principe est de faire un retour sur le fond et sur la forme où on pointe, avec bienveillance, ce qui a gêné dans le texte : cohérence des personnages, construction de l’histoire, grammaire, orthographe, typographie, registre de langue, rythme, variété du vocabulaire, chasse aux répétitions (de mots, de structure…) etc. tout y passe. Personnellement, j’ai autant voire plus appris en écriture en bêta-lisant les textes des autres qu’en recevant des bêta-lecture sur mes textes.

Du coup, oui, la bêta-lecture fait partie des phénomènes qui m’ont rendue difficile en matière de lecture. Si je commence à voir un défaut dans un roman ou une nouvelle, puis un autre, c’est parti, j’ai envie de prendre un crayon pour souligner ce qui cloche à mon avis. C’est une malédiction : jamais en repos, je ne suis.


Lorsque j’ai fait mon appel à candidature sur Facebook, tu t’es porté volontaire, envie de pub ?

Est-il courant de finir par avoir envie d’écrire quand on aime lire ? Je crois que oui, en tout cas c’est ce que dit le sondage IFOP de 2013 relayé par Bibliobs : 17 % des Français ont écrit un jour un manuscrit !
Donc, comment se croisent mon goût pour la lecture et celui pour l’écriture ? Il m’est arrivé, après des lectures particulièrement réjouissantes (Joe Abercrombie, récemment, par exemple, ou Peter F. Hamilton) de me dire « Mais pourquoi écrire ? Jamais tu n’arriveras à la cheville de cet auteur ». Et puis, je repense à Neil Gaiman et à ses encouragements aux auteurs, que nos voix comptent et méritent d’exister, et je me rassure sur ma légitimité.
Une histoire en devenir peut avoir un côté obsessionnel, taper à la porte jusqu’à ce qu’on s’occupe d’elle, trouver parfois un écho dans un roman que l’on lit. Je suis toujours inquiète, toujours, à l’idée qu’un de mes romans ou qu’une de mes nouvelles ressemblent trop à une œuvre déjà écrite par quelqu’un d’autre, que j’aurais lue, intégrée, digérée, oubliée, et paf ! ressortie de ma tête comme si c’était complètement de moi. J’essaie de me soigner en me souvenant de mes conversations avec des auteurs beaucoup plus décontractés que moi sur ces questions, qui m’ont dit « les idées circulent, c’est normal qu’on retrouve des thèmes communs chez des auteurs d’une époque ». Donc lecture, écriture, tout est lié, nom de Zeus ! (et cinéma, séries, etc).
Donc, cette interview m’intéressait pour jouer sur ces différents plans.

 
Dans la chambre de Dominique


Pourquoi lis tu ? Il existe pleins d’activités moins barbantes et en plus, cela prend souvent moins de temps.

La lecture est un plaisir et un besoin, que ce soit sur liseuse ou papier, voire sur téléphone dans une file d’attente. Je ne me souviens pas avoir eu de panne de lecture ni une journée sans lire.


Te faut-il ta dose quotidienne de lecture ? Quel est ton rythme de lecture ?

Oui, tous les soirs, au moins, mais pas forcément très longtemps. Tout dépend de mes occupations de la journée. Si je veux m’offrir une récompense, je me prends une heure de lecture dans la journée, quand je suis bien réveillée. (et ça se transforme souvent en bien plus, je ne lis pas très vite). J’arrive à lire environ 40 à 50 romans par an (que j’arrive à finir, ça ne comprend pas ce que je commence et abandonne), plus les nouvelles à l’unité et les bandes dessinées.


Es tu une lectrice d’un seul genre ou préfères tu piocher selon tes envies ?

C’est très variable, j’ai eu des périodes polar, romans historiques, classiques, j’aime bien piocher au hasard dans une bibliothèque. Je suis très curieuse du contenu d’un livre inconnu. Maintenant je lis quand même majoritairement de la SFFF, et surtout francophone d’ailleurs.

Paradoxalement (encore !) je viens de lancer sur mon blog un petit projet de lecture : lire autour du monde (LADM), où je vais explorer la planète en lisant des romans d’auteurs du monde entier, et pas forcément en SFFF. La section est maigrichonne pour le moment, mais j’y travaille.


Faut-il lire de la science-fiction pour en écrire ?

Oui, cela me parait indispensable. Mais c’est vrai pour tous les genres littéraires. La romance a ses codes, le fantastique les siens, etc. Même si j’aime en lire, j’aurais du mal à écrire un roman policier, par exemple.



Fais tu attention à l’éditeur, à la collection ?

Oui, je commence à avoir mes préférés, alors qu’avant d’écrire je suivais d’abord un auteur ou une autrice. Je m’intéresse au « paysage SFFF », aux livres qui sortent. Cela m’aide à me demander si j’aimerais figurer dans telle ou telle collection avec un de mes bouquins.


Lectrice de SFFF, t’as t-on déjà jeté l'opprobre par rapport à tes goûts littéraires ? Le regard sur ces littératures te dérange t-il ou assumes tu le fait d’en lire et d’en écrire ?


J’ai eu des professeurs de français qui regardaient mes goûts littéraires avec scepticisme, d’autres qui les encourageaient (du moment que je lisais…). Côté copains, ça dépend. J’ai connu plein de rôlistes durant mes études, mes deux meilleures copines sont passées à la SF avec (grâce à ? me souviens plus) moi, j’ai « converti » d’autres personnes… mais autrement, je passe pour une dingue pas dangereuse auprès de pas mal de gens dès que je parle de mes goûts littéraires, soyons lucides. A ce stade de ma vie, je m’en fiche complètement.


Que penses tu de l’effervescence des blogs (et autre supports) littéraires ?

J’aime bien bloguer, même si je suis loin d’avoir un gros lectorat. J’ai toujours plus ou moins tenu mon journal « papier » donc c’est un peu le même principe, en moins intimiste. Et puis, je trouve que c’est une activité littéraire en soi.
De plus en plus d’auteurs tiennent un blog, publient une newsletter, etc. Ce sont des outils de communication qui permettent de garder la main sur son image, c’est important. Comme lectrice de blogs, j’ai quelques abonnements, auprès d’amis ou amies auteurs que je suis particulièrement, mais pas tellement. Là aussi, je pioche quand l’envie m’en prend, bien que je n’aie pas le temps de tout lire. J’aime bien les critiques de livres, principalement pour décider ou pas d’acheter certains titres.

Autrement j’ai des copines qui publient sur Wattpad, je ne m’y vois pas. J’écris lentement, et j’ai besoin de garder la main sur ce que j’écris, pour pouvoir jeter quand c’est nécessaire sans me dire « ah zut, j’ai publié ce morceau la semaine dernière, alors que ça ne colle pas avec la suite ». Je pense aussi que c’est un réseau plutôt orienté jeunesse ou jeune adulte, ce qui n’est pas, pour le moment, un public que je vise.


Que recherches tu dans un livre ? une bonne histoire, un style, le fait d’être bousculé dans tes convictions, pour creuser un sujet, une réflexion…


Tout dépend du livre. Si j’ouvre un roman de tel ou tel auteur, l’expérience de lecture sera différente. Je n’enchaine pas les space opera, ou les livres exigeants sur le plan de la langue, ou les romans young adult, ou les essais historiques, je jongle entre mes envies de lecture et j’alterne pour ne pas émousser ce qui me parait essentiel en lecture : le plaisir.
Et dans le même genre, je peux passer d’un texte prenant, bouleversant à un texte plus léger, pour relâcher la pression et encore plus apprécier l’un et l’autre texte, chacun dans sa spécificité.
Enfin, la lecture, ça sert à faire réfléchir, à apprendre des choses, des mots, des situations, etc. C’est pour ça que je n’arrive pas à m’en passer, parce que ça nourrit le cerveau.


Et dans tes écrits, transmets tu la même chose ?

Je suis sûrement la plus mal placée pour le dire. Disons que j’ai des textes plus profonds que d’autres, plus personnels. Ma seule ambition d’une façon générale est de procurer un moment de détente agréable aux lecteurs, et de l’émotion aussi.



La représentation des femmes, des minorités est un sujet de plus en plus prégnant. Fais tu attention à ces aspects lors du choix de tes lectures ? Lors de l’écriture de tes textes ?

Lors du choix de mes lectures, non, ce n’est pas un critère a priori mais je remarque (et ça m’agace autant que ça m’agaçait adolescente) si les personnages féminins sont des potiches. Au XXIème siècle, je n’ai plus de patience pour ça, donc en général j’arrête de lire dans ce cas, mais c’est quand même de plus en plus rare. En revanche, je boycotte les couvertures racoleuses avec filles ou garçons à poil, on n’est plus dans les années 70 et ça ne donne pas une image sérieuse ou classe du contenu…
Concernant les minorités, là aussi, je suis sensibilisée à la question, j’aime quand tous les personnages ne sont pas blancs, hétéros, etc, pour refléter la diversité du monde. Ce qu’il y a de bien avec la SFFF, c’est que justement on peut imaginer des mondes imaginaires très divers à tous points de vue.

Coté écriture, je m’efforce au fil de mon apprentissage de l’écriture de développer cet aspect. C’est difficile parce qu’il ne suffit pas de décréter que tel personnage n’est pas blanc, ou est homosexuel pour que cette dimension trouve sa place de façon organique dans le récit. Dans ce monde imaginaire, est-ce que le racisme tel que nous le connaissons existe ? Est-il naturellement admis d’être homosexuel ou est-ce une situation entrainant de l’ostracisme ? Toutes ces questions en engendrent d’autres qui participent à la logique interne du monde imaginé. En tout cas, c’est intéressant comme toute construction de personnage, pour un écrivain. Si je devais n’écrire que des histoires sur des femmes blanches de 56 ans… je crois que j’arrêterais.


Doit on séparer l’auteur de son oeuvre ?

Disons que si on ne le fait pas, on jette aux orties beaucoup d’œuvres. Personnellement je ne fais pas une étude préalable de moralité sur tous les auteurs que je lis pour vérifier qu’ils n’ont jamais dérapé dans aucun domaine. Du reste, je n’ai pas la prétention d’être parfaite moi-même.
Je mets juste un gros bémol à cette position : les cas extrêmes comme celui de l’auteur qui publiait allégrement ses exploits pédophiles assumés, chez de grands éditeurs, et que je ne veux pas nommer tellement l’histoire m’écœure. Là non, je ne lirai jamais ce genre de bouse, même s’il ne me restait que ça à lire avant de claquer.


Que fais tu de tes livres une fois lu ?

Je les stocke chez moi, c’est une malédiction. J’enquiquine les gens que j’aime pour qu’ils lisent ceux que j’ai aimés. Je mets dans un carton ceux que je n’ai pas aimés pour les donner à des associations caritatives qui les revendent. Je ne veux pas savoir sur qui ça tombe in fine. Je vais être obligée de trier après avoir accumulé durant des décennies comme un écureuil.


La moyenne d’un roman grand format tourne autour de 20 euros. Trouves tu ce prix correct, inconvenant ?


C’est cher, c’est sûr. Heureusement qu’il existe des bibliothèques, des poches et des éditions numériques (enfin, celles à prix raisonnable : quand un ebook coute plus cher qu’un poche, c’est un peu se ficher du monde, non ?).


Sur ce prix, tu toucheras environ entre 1€ et 2€ (ne parlons même pas du numérique). Je trouve cette blague très drôle, et toi ?


Vu mon rythme d’écriture, heureusement que je ne compte pas sur ça pour acheter mes graines de tomates. Il fut une époque où un auteur vivait de la vente de ses livres, un musicien de celle de ses disques, c’était le cas quand j’étais ado et que je rêvais de devenir écrivain. Heureusement que mes parents m’ont poussée dans une voie, certes pas la plus drôle, mais qui m’a permis de payer les factures. Je leur en ai voulu très longtemps, aujourd’hui plus du tout.
Cependant, je tiens à préciser que mon éditeur m’a proposé un contrat tout à fait correct par rapport à ce qui se fait dans le métier, je n’ai pas à me plaindre d’Armada.


Autrice de quelques nouvelles, et d’un roman à paraître chez Armada, Sous le soleil d’Helios, les premiers écrits sont souvent ceux d’une plume qui demande à s’améliorer pour le dire poliment. Autant que j’attende quelques années avant de te lire non ?


Bah, tu fais comme tu veux. Je ne suis pas du genre à enquiquiner les gens pour qu’ils lisent mes textes. (le titre c’est « Sous la lumière d’Hélios », by the way 😊 ) Tu as sûrement raison d’attendre, mon meilleur texte sera celui que je suis en train d’écrire en ce moment.


Peux tu nous dire quel a été ton parcours pour trouver un éditeur ?


OMG. J’ai fait le speed dating des Imaginales en 2016, ce qui m’a obligée à me donner des coups de pied au fondement pour terminer un tome un convenable, en écrire le synopsis et apprendre à le pitcher (donc passer du stade « wanna be autrice » à « j’y crois, j’y suis, je sais vendre mon boulot »). J’ai eu quelques contacts à l’issue du SD et envoyé mon manuscrit à une première liste d’éditeurs. Eu quelques « non » brefs et rapides, d’autres « non » encourageants, et puis il y a eu des mois d’attente, avec des échanges en mode « votre roman a passé un premier tri » puis « j’ai bien aimé mais il me faut d’autres avis » … d’un gros éditeur. Pendant ce temps, j’écrivais le tome deux. Quand j’en ai eu marre d’attendre, j’ai envoyé à une deuxième vague de maisons d’édition et j’ai eu 3 oui en dix jours. Va comprendre. J’ai choisi Armada, dont je connaissais le patron Jérôme Baud et appréciais les romans et leurs belles couvertures. Je pense que c’est très important de se projeter mentalement dans une collection et se dire « ce serait génial d’être publié là ».
Donc trouver un éditeur, ce n’est pas juste avoir un manuscrit intéressant, c’est tomber au bon moment avec la bonne maison, et avoir une qualité majeure : la patience.




Sur Book-station tu présentes ce livre de cette manière “un planet opera plein d’aliens, d’héroïnes anti-potiches, de héros pas parfaits et de rebondissements”, bref, le pitch de nombre de romans. En quoi penses tu te différencier ?

Déjà, il faut que j’aille modifier cette présentation, tu as raison, c’est nul. (note du chien : c'est fait)
Voilà la quatrième officielle, c’est mieux, non ?

2420. Eltanis, planète synchrone en orbite autour de Gliese 581, à vingt années-lumière de la Terre. Une colonie humaine de quelques milliers d’âmes s’y est établie et accueille un nouveau contingent de pionniers. Parmi eux, Clara MacQueen, une jeune télépathe au lourd secret, qui devra se battre pour survivre.
Quels mystères ce monde recèle-t-il sous son crépuscule permanent ? Quelles étranges formes de vie, dangereuses et envahissantes, croiseront la route de Clara ?
Et surtout, qu’est le Vood ?
Pour le découvrir, embarquez pour Eltanis !

Je dis souvent que j’ai écrit le livre que j’aurais aimé lire à 14 ou 15 ans, quand la SF était encore une littérature d’hommes pour les hommes. Par ailleurs, il s’agit de SF pas hard science : si vous aimez Stephen Baxter, il y a de fortes chances pour que vous n’aimiez pas mon livre. (je le sais, j’ai déjà eu un retour assassin d’un fan de Baxter qui a lu le livre en avant-première, donc autant éviter les déceptions) Des lecteurs de fantasy l’ont aimé, je pense que c’est un roman facile à aborder si on n’est pas un spécialiste de la SF. Côté style, je ne fais pas d’effet de manche, j’ai opté pour une écriture efficace et sobre car c’est un roman d’aventure avant toute chose.


Fin 2017, tu annonces sur ton blog la signature d’un contrat chez Armada pour un diptyque. Nous sommes en 2020, Sous le soleil la lumière d’Helios, le tome 1, sort en septembre. Quid du tome 2 et pourquoi plus de deux ans d’attente ?

Alors, mon éditeur a voulu tout sortir en un seul tome, donc c’est l’équivalent de deux romans en même temps, un beau bébé de 450 pages grand format, avec illustrations intérieures, qu’il a fallu du temps pour terminer et peaufiner. Et puis, les corrections éditoriales chez Armada, c’est de l’approfondi.


Moi j’aime les one shot, ce roman peut-il se lire de manière indépendante ?

Yep, comme expliqué juste avant ! C’est devenu un tome unique. J’écrirai peut-être d’autres histoires dans le même univers si l’envie m’en prend mais ce n’est pas au programme pour le moment.



La couverture de ton roman fait très mystique avec ses têtes flottantes, il y a aussi un cercueil volant, et des algues noires pour l’enfer. Les athées peuvent le lire ?

Je n’arrive pas à lire cette question sans rigoler… Alors, il n’y a rien de religieux du tout dans mon bouquin. D’ailleurs, à y réfléchir, c’est parce que j’ai voulu éviter le sujet. Trop sensible, il est.
(le cercueil volant, c’est un vaisseau spatial bien mastoc qui doit voyager pendant plusieurs siècles : alors on oublie les chromes et les silhouettes profilées et on pense aux vaisseaux de la BD de la Guerre Éternelle 😉 )


Pour débuter un roman, j’imagine qu’il faut une idée, mais comment la complète tu ? Lis tu des essais, des romans sur les thématiques que tu souhaites aborder ?

J’ai lu des bouquins sur l’espace, les astronautes, sur l’apparition de la vie et ses formes bizarres, sur Gliese 581 et ce qu’on en sait aujourd’hui. J’ai interrogé des scientifiques mais c’est très compliqué de leur prendre un peu de temps, ils ont autre chose à faire qu’accompagner les délires d’une autrice inconnue. J’ai cherché des infos sur plein de choses sans me perdre non plus dans la documentation : c’est le danger quand on est curieuse comme moi, on peut passer son temps à lire et à passer d’un site à l’autre sans écrire une ligne. Il y a un moment où il faut mettre les mains dans le cambouis et écrire.

Quant aux romans sur les mêmes thématiques : j’ai évité de trop en lire pour ne pas piquer des idées aux autres inconsciemment. Cela m’est déjà arrivé et c’est rageant.



Tu es trésorière des Aventuriales, un salon littéraire rapporte de l’argent ou en perd ?
Le mouvement #PayeTonAuteur a t-il eu des conséquences sur ce festival ?



Les Aventuriales ont une trésorerie saine grâce à une gestion en mode « bon père de famille ». On a un peu de sous de côté pour faire face aux éventuels coups durs, comme par exemple acheter du matériel afin d’assurer la sécurité sanitaire en période de Covid… Comme on ne fait pas payer les entrées, que nos stands et notre buvette sont peu chers, nous serions déficitaires sans les subventions et aides que nous recevons.

Oui, #PayeTonAuteur nous a influencés : il y a plusieurs autrices parmi l’organisation (dont moi) qui se sentent solidaires de la question. En conséquence, nous avons décidé l’an dernier de partager le bénéfice du salon entre tous les auteurs invités. Cette année, nous pourrons rémunérer leur présence au festival au tarif officiel grâce à un financement de la Sofia et de la DRAC que nous remercions. C’est une démarche que nous espérons pérenniser au fil des éditions.


En quoi ce salon se différencie des autres salons ?

La truffade de En Attendant Louise, le super restaurant de Ménétrol, je suppose ! Plus sérieusement, l’ambiance est conviviale (cela revient régulièrement dans les retours que nous recevons), il y a un mélange d’animations et de salon du livre. Il est vraiment tout public, les visiteurs viennent en famille car les enfants y trouvent aussi leur compte. Et puis, je ne sais pas, peut-être que l’équipe s’entend suffisamment bien pour que, malgré les imprévus, tout roule dans la bonne humeur. C’est un salon à taille humaine, avec le grain de folie qui nous a fait inviter une troupe d’animation du Rocky Horror Picture Show l’an dernier, ou organiser une soirée de projection spéciale Nanars cette année. Si tu viens, tu verras par toi-même !


Les livres en compétition pour le prix Aventuriales sont pour la grande majorité d’auteurs quasi inconnus et publiés par de petits éditeurs. Une volonté ou vous n’avez trouvé personne pour participer ?

C’est une volonté claire d’en faire le prix des romans des petites maisons d’édition qui n’ont pas de diffuseur, donc qui ne se trouvent pas spontanément sur la table des libraires. Il faut les commander en librairie ou à l’éditeur pour se les procurer (ou les acheter en salon). Parfois, on tombe sur de très bons romans qui n’ont pas la visibilité qu’ils méritent et c’est parce que nous sommes des lecteurs frustrés de ne pas voir leurs poulains récompensés dans les prix littéraires que nous avons créé celui-là.
Nous avons aussi souhaité en faire un prix de lecteurs. Nous sélectionnons les livres mais ce sont les usagers de médiathèques participantes qui votent.

Les résultats du prix 2020 seront proclamés aux Aventuriales. C’est un peu tôt pour tirer un bilan d’autant que le confinement a fermé les bibliothèques durant des mois, ce qui a empêché la circulation des romans. Néanmoins, nous avons assez de votes pour désigner un roman lauréat.
C’était un gros projet, un peu compliqué à mettre en place la première année, mais c’est parti : nous sommes en train de sélectionner les romans pour le prix 2021.
Un détail important : aucun des romans écrits par un des membres des Aventuriales ou de leurs proches ne peut entrer dans la sélection, question d’éthique.





Partages tu tes lectures ? A travers un club de lecture ou autres ?
Peux tu nous dire ce que cela t’apporte ?


Je fais partie du forum CoCyclics et nous avons un fil d’échange autour de nos piles à lire. C’est très intéressant parce que nous sommes tous des auteurs de SFFF et lecteurs dans ces genres et nous pouvons vraiment nous conseiller et discuter.

J’ai rejoint il y a quelques mois l’équipage formidable du Galion des Etoiles, où je poste des avis, parfois des fiches de lecture. Je suis impressionnée par la richesse de ce site, Koyolite Tseila a fait un boulot remarquable dessus. Et je participe tous les ans au printemps de l’imaginaire francophone, un challenge de lecture qui se déroule sur trois mois, ainsi qu’au challenge « autrices de SFFF ».

Je ne participerais pas à un club de lecture autre parce que, autant je me sens capable de lire et d’apprécier à peu près tout ce qui sort, du polar à la littérature générale, en passant par la romance, etc., autant je pense que la réciproque n’est pas vraie. Je connais des lecteurs pas familiers du tout avec la science-fiction ou à la fantasy et qui sont complètement réticents à en lire. J’ai déjà tenté le coup lors de cafés littéraires auprès de personnes qui lisaient beaucoup. Je me souviens des regards navrés qu’on me lançait quand je parlais de ma dernière lecture SFFF. Jamais compris pourquoi. Ça me scie.


Ton entourage te lit-il ? Et que pense t il de tes talents d’écrivain, enfin pas les faux jetons, les autres ?

Mon mari m’a fait un jour un retour si sévère sur l’embryon de début de commencement de mon roman que j’ai arrêté d’écrire pendant 6 ans. Depuis, il a appris à me dire les choses plus diplomatiquement, à ne pas relever que les défauts, et surtout j’ai appris à accepter la critique. La bêta-lecture est une très bonne école pour ça. Ma belle-mère adore tout ce que j’écris. Mon fils ainé aime bien, les deux autres m’encouragent mais ne me lisent pas. Ils lisent d’autres trucs, des mangas, des livres de jeu de rôle, et des rapports de la Fondation SCP, un site incroyable d’écriture collaborative en ligne. Du moment qu’ils lisent, ça me va. Me lire n’est pas obligatoire, pour personne, et surtout pas mon entourage.



Si un jour je lis ton roman et que j’en fais un retour assassin, comment penses tu réagir ? As tu déjà subi ce genre de retour ?



Cela ne fait jamais plaisir de se faire étriller, mais quand on publie un livre, c’est pour être lu. On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est normal.
Si tu n’aimes pas mon bouquin, bah, je m’en remettrai. Je suis capable d’écouter la critique si elle est argumentée, elle peut même aider à progresser. Tant qu’il n’y a pas d’attaque personnelle, c’est le jeu.
J’ai déjà eu un retour pas très agréable sur ma deuxième nouvelle publiée. Avec le recul, je pense qu’elle n’était en effet pas très bonne. Globalement, les nouvelles en anthologie sont peu lues, et surtout rarement chroniquées, donc j’ai un nombre ridicule de retours sur mon travail mais jusqu’à présent la tendance est plutôt positive.


Tu as un site web (L’oeil du lémurien), bravo, je pense que c’est indispensable pour un auteur aujourd’hui. Par contre, quel bordel, difficile de s’y retrouver, j’ai eu du mal à trouver une info sur ton premier roman. Une explication ?


Non, aïe aïe aïe. Entre les Aventuriales, mes vacances, mes autres écrits…la quatrième de couverture définitive ne date que de quelques semaines, et j’ai un article quasi près à publier sur le roman mais j’attendais la sortie ou presque pour le faire. Il est largement temps de pallier ce manque ! (note du chien : c'est fait) Autrement, on trouve une fiche complète sur le livre sur le site d’Armada.


Quels sont les livres qui t’ont le plus marqué et pourquoi ? Te souviens tu de l'éditeur et de la collection ?



Dune, de Frank Herbert, suivi du Messie et des Enfants, chez Pocket avec la couverture de Siudmak qui est toujours aussi fabuleuse.



A la poursuite des Slans, de Van Vogt, édition jeunesse, je dirais les deux Coqs d’or.(nan, c’était Mille Soleils chez Gallimard, un cadeau des mes frangins qui m’avaient bien captée 😊 ).

Après, je pourrais lister 1984, Le meilleur des mondes, les classiques, quoi. J’ai lu tout ça en poche parce qu’il m’en fallait beaucoup pour étancher ma soif et que les grands formats coutaient trop cher et prenaient trop de place.




Aussi, la géniale anthologie du fantastique de Roger Caillois, aussi un cadeau de mes frères. Je crois que ma tendresse pour l’art de la nouvelle vient de là, et d’Asimov aussi. Et Dracula de Bram Stoker chez Marabout, lu à 12 ou 13 ans pendant que ma mère cousait sur la terrasse en écoutant le Tour de France à la radio.



Et un jour arriva la collection Néo et tout mon argent de poche y passa.



Le goût de l’immortalité de Catherine Dufour chez Mnemos de mémoire : une claque.



La horde du contrevent d’Alain Damasio à la Volte : pour la narration et la construction du monde.



Ah si ! Pierre Bottero, les trois trilogies de la Quête d’Ewilan, Ellana et les Mondes d’Ewilan, lus chez Rageot avec mon fils cadet puis rachetés pour moi en grand format relié toile. Cet auteur est un modèle pour moi de fluidité narrative et d’intelligence du propos. On parlait de diversité : Salim est un merveilleux personnage et quelles héroïnes !! Bottero m’a rendu l’envie d’écrire et je n’ai jamais eu l’occasion de le rencontrer pour lui dire mon admiration.


As tu des auteurs dont tu lis tout ce qui sort ? Qu’est ce qui te plaît chez ces auteurs ?

Aurélie Wellenstein : je pense avoir tout ce qu’elle a sorti, et je n’ai pas tout à fait tout lu, mais j’y travaille. J’aime la sincérité de ses romans, leur côté sans concession, et leurs univers barrés (exemple : la Mort du temps, ou Mers Mortes). Sa plume est très poétique, aussi.
Autrement, le prix Aventuriales et ma curiosité m’empêchent de me cantonner aux œuvres d’un nombre limité d’auteurs. Il y a beaucoup d’auteurs et d’autrices dont je n’ai lu qu’un seul livre.


Je te laisse clore cet entretien sur les sujets qui te tiennent à cœur

Nan, mais je suis assez bavarde comme ça, hein. Merci beaucoup pour cette interview aux questions très pertinentes !


Concours :

Après tout ce blabla, tu as peut-être envie de découvrir son roman à paraitre. Et quoi de mieux de le recevoir directement dans ta boite aux lettres, gratuitement, et avec une petite dédicace en bonus ?

Pour cela, c'est simple, il suffit de répondre à une question : que lire à la plage ?
Indice : mieux vaut avoir un oeil de lémurien pour le savoir.
(Indice 2 pour les QI de moins de 90 grâce au commentaire de Papa Ours : le site de l'autrice s'intitule L'oeil du Lémurien)

Je suis quelqu'un d’extrêmement corruptible, les tentatives de bakchich en remerciant son éditeur pour sa gentillesse et Dominique Lémuri pour son talent seront bien entendu les bienvenus et auront nettement plus de chances de gagner, même avec une réponse fausse !

Tu as jusqu'au vendredi 18 septembre à 23h59mn59s pour répondre.
Envoie de la réponse et de la corruption sur mon mail : lechiencritique@gmail.com


Et si tu es paresseux, ou que tu n'as jamais de chance, alors je te dis juste que si tu précommandes la version papier sur le site d'Armada, tu recevras en plus la version ebook, une dédicace.
Si tu es pas content car tu lis en numérique et tu ne peux pas participer, l'ebook est à 6€, alors tu arrêtes de chialer et tu sors ton e-carte bleu

Concours terminé : La réponse était Xavier Otzi ou Frédéric Czilinder.
Sur le site de Domique Lémuri, il y avait deux billets A lire à la plage, (ici et ici) la fonction recherche vous donnait la bonne réponse.
C'est Papa Ours qui remporte le lot, une personne extrêmement chanceuse !




Site internet : https://dominiquelemuri.com/
Facebook : https://www.facebook.com/dominique.lemuri/

noosfere : https://www.noosfere.org/livres/auteur.asp?NumAuteur=2147193820

Une autre interview
https://gwengeddes.wixsite.com/monsite/post/interview-de-dominique-l%C3%A9muri-dimension-rock

et à 10mn30 : https://www.youtube.com/watch?v=9ZEWEDh6OZ8&t=631s
(interview par l’équipe d’Imagina’livres)




Avec cheveux longs et lunettes noires



Avec moins de cheveux, lunettes rouges
et à la mode covid



Réponses au teasing sur Facebook :

Vendredi : Dominique Lavenant

Rapport à son prénom

Samedi :

Allusion à son site, l'oeil du lémurien

Dimanche : Hélios

Clin d'oeil à son roman

Ondes Futures du samedi 12 au vendredi 18 septembre 2020

septembre 11, 2020

Ondes Futures, une télé et une radio résolument SFFF !
Chaque semaine, ma sélection de programmes SFFF pour ne plus jamais vous endormir devant la petite lucarne ou au volant.


Cette semaine sur les ondes :

Écoute les dernières nouvelles du cosmos;
Nage avec les mammifères marins;
Ou encore prend toi pour un Phone Phreaks, un Flower Hackers ou autres geeks précurseurs.

Tout cela et bien plus encore : https://wke.lt/w/s/TlbIdJ



Aurore Lescure, pilote d'astronefs

septembre 10, 2020

Théo Varlet, BNR, 1943, 259 p., domaine public





Voyage spatial, place de la femme, décroissance, écologie, et même shakehands !
Et tout ça dans un roman écrit il y a près d'un siècle.

Présentation de l'éditeur :


Après la catastrophe de la « La Grande Panne » l’exploration astronautique et la construction d’astronefs a été interdite. Aurore Lescure qui a épousé Gaston Delvart se contente d’un poste d’assistante auprès du professeur Nathan. Elle rêve pourtant encore de piloter des vaisseaux spatiaux. Mais le climat international s’obscurcit et beaucoup craignent qu’une deuxième guerre mondiale ne soit le prélude à la destruction de l’humanité, maintenant que l’art des fusées et des missiles est maîtrisé.


Mon ressenti :


Après la mésaventure de La grande panne, on retrouve notre couple chez son oncle et sa tante où leur rejeton tout juste promu journaliste leur fait part de sa découverte en Antarctique d'une fusée à réaction. Fait étrange alors que les vols interplanétaire ont été interdits suite à l'invasion de lichen et qu'aucun essai n'a été signalé. Le début d'un périple...
Pas de soucis si vous n'avez pas lu le titre précédent, un petit résumé de quelques pages est présent pour ceux qui ont loupé le train en marche.

Situé dans l'entre deux guerres, l'auteur brode son canevas de crainte envers la science au service de la guerre mais se prononce résolument pour la science bienfaitrice de l'humanité.
Un roman d'aventure scientifique, mais nous ne sommes pas chez Jules Verne qui se prend au passage une petite rouste pour ses raccourcis avec la réalité scientifique. Cela en fait un roman très moderne nous donnant un aperçu des connaissances de l'époque sur l'espace et les fusées. Le mal de l'espace est connu et seul un voyage test peut démonter qui supportera ou non le vide sidéral.

La Lune a toujours été considérée, vu sa proximité, comme la première étape d’un raid extra-terrestre. Mais elle est à éliminer, pour nous qui disposons des moyens matériels d’aller plus loin. La Lune est un astre mort. Pas d’atmosphère, c’est scientifiquement démontré. Aucun avenir de colonisation. Et il est étrange qu’un metteur en scène de cinéma ait osé, en 1930, nous montrer les personnages du film Une femme sur la Lune, s’y baladant sans le moindre masque respiratoire, comme sur la terre. C’est abuser de la crédulité du public et négliger les règles les plus élémentaires de la vraisemblance.


90 ans après parution, on peut être agréablement étonné de ce roman qui n'aurait pas à rougir d'être de nos jours sur les étals des libraires. Même si il prend la forme de bons nombres d'aventures spatiales, il s'en démarque par son côté vulgarisateur, très based science (avec les connaissances de l'époque) et alors que bon nombre jouent les conquêtes coloniales sur des planètes lointaine ici on reste dans notre bon vieux système solaire sans volonté colonisatrice et l'action va se dérouler pas sur la lune ni sur Mars mais sur... Je vous laisse la surprise.
L’anthropocentrisme non plus n'a pas lieu d'être, l'auteur sait que les chemins de l’évolution sont complexes.

Pourquoi voulez-vous que le roi de la création sur toutes les planètes soit nécessairement et uniformément l’Homo Sapiens, comme sur la terre ? Les ressources de la nature sont plus variées : la diversité dans l’unité. J’admets que, tous les corps du système solaire étant faits des mêmes matériaux arrachés à la Nébuleuse primitive, la vie se soit manifestée ici et là par des évolutions organiques homologues, équivalentes… Mais la pensée… le miracle psychique de chaque planète, a dû faire son apparition plus ou moins tôt, en profitant des circonstances, à un niveau différent de la série animale.

Où je suis très surpris de lire le terme shakehands - et même double shakehands  - dans un roman daté de 1930 (publié en 1943 à titre posthume). Moderne, vous dis-je, comme avec la place de la femme qui tient ici le haut du pavé. C'est le mari qui se laisse porter par les évènements, n'étant que là que pour nous conter les aventures de son intrépide épouse.

Quand Aurore m’est tombée du ciel, voici deux ans, ce fut l’entrée, dans ma vie, de la plus merveilleuse aventure. Mais il ne s’ensuit pas que ce soit fini, que notre amour n’ait plus qu’à se laisser vivre. Quand on a gagné le gros lot, si on n’est pas un niais, c’est pour s’en servir intelligemment. Je n’admets pas que tout soit dit pour nous avec le bonheur égoïste d’avoir joint nos deux sorts. Il faut que cet amour, qui sert d’exposant à notre valeur individuelle, serve à nous hausser au-dessus de nous-mêmes, dans une entreprise commune, poursuivie en joie parce que nous sommes deux. Je sais : l’entreprise commune tout indiquée, dans la vie, des êtres ordinaires qui s’aiment, c’est d’avoir des enfants. Mais Aurore n’est pas une femme ordinaire. Avec sa science et son exceptionnelle intelligence, elle a un rôle plus haut à jouer dans le monde que de travailler à la repopulation.


C'est aussi un roman qui nous parle de la dégradation de notre environnement par la consommation, par les guerres. Il n'aurait pas à rougir face à quelques romans qui sortent encore aujourd'hui autour de la décroissance, de l'écologie. Bref je suis très agréablement surpris par le fond de ce texte, seul le récit sent un peu la naphtaline, et on sent une certaine froideur dirons nous vis à vis des communistes. Mais il reste très visionnaire sur les événements à venir.

Voici les villes, centres encore épars du machinisme, d’où s’allongent à l’accéléré les constructions des chemins de fer défrichant les prairies de ces Far-West et ces vierges forêts. Branchées sur les grandes lignes, dont le réseau se resserre, des exploitations minières implantent leurs « derricks » et leurs cheminées, creusent leurs puits, fouillent les entrailles du globe, en extraient les réserves de houille, fer, plomb, zinc, argent, or, mercure, toute la série des métaux et des minéraux, font jaillir par centaines de forages le pétrole, engendré dans les feuillets géologiques par la lente maturation des temps immémoriaux. Tout cela est dispersé, pompé, aspiré par les villes tentaculaires grondantes, qui grandissent, grossissent, s’étalent, débordent de toutes parts…


La lutte économique s’aggrave entre les Rouges et les Blancs. On voit les autos, les vêtements, tout le superflu, sortir des usines, s’amonceler plus vite qu’on ne parvient à les user. Chaque continent s’obstine à expédier vers l’autre des cargaisons par pleins navires. Les machines tournent toujours, sur un rythme plus enragé. Les avions transocéaniques passent par vols continus sur les routes de l’air d’où ils ont chassé les oiseaux…



Comme toujours avec les livres tombés dans le domaine public, certains pseudo éditeurs vous feront ouvrir votre porte monnaie. Ne tombez pas dans le piège, il y a rarement d'appareils critique et ils ne sont que des copies des livres faits par des bénévoles et mis gracieusement à disposition.
Un grand merci donc à la Bibliothèque numérique romande d'avoir composé cette édition numérique.
Vous pouvez le télécharger gratuitement sur leur site
ou trouver d'autres livres ici : https://ebooks-bnr.com/


Pour celles et ceux qui parfois peinent à trouver des éditions numériques, comme ce fut le cas pour moi avec ce roman, je vous signale l'agrégateur Noslivres.net qui interrogent un grand nombre de site proposant des ebooks libres de droit et qui m'a permis de découvrir cette édition.


Merci à Carmen dans son commentaire sur La grande panne de m'avoir fait découvrir ce roman.

Mon avis




Charlotte Bona : médecin le jour, autrice de SF la nuit

septembre 07, 2020


Un auteur lit il de manière différente ? Est-il condamné à écrire le livre qu'il veux lire ? Vaste sujet qui n'a nullement fait peur à Charlotte Bona.
Elle est lectrice, autrice et sa vie est un roman, la preuve, elle est docteur et elle a quatre filles !
Elle répond en toute franchise et avec humour à mes questions cons. Et une de ses bibliothèques va vous faire saliver.

Et si tu découvres qu'elle est ton médecin traitant, tu pourras tailler le bout de gras SF pendant qu'elle te diagnostique un cancer en phase 4.



Peux tu te présenter, nous dire comment la lecture est venue à toi ?

Je m’appelle Charlotte Bona, je suis médecin et j’écris des livres. Je vis en Bretagne avec mon mari et nos quatre filles.
Le livre et la bande dessinée ont été LA grande révélation de mon enfance. Mes premières lectures ? Les aventures de Tintin et de Blake et Mortimer pour la bande dessinée et la bibliothèque rose puis verte. Ensuite, je suis allée piocher dans la bibliothèque paternelle, pas toujours adaptée à mon âge, donc forcément très attirante.


Est ce que ta manière de lire est différente depuis que tu écris ? Et en quoi ?

Ma manière de lire est en effet très différente depuis que j’écris. L’apprentissage des techniques d’écriture et notamment de l’art du storytelling ont considérablement modifié mon regard sur les intrigues, les personnages. Disons – pour rester polie – que je vois les grosses ficelles de certains livres « grand public » et que je me réfugie dorénavant dans une littérature plus exigeante, plus originale.


Tu es aussi une béta lectrice, tu peux nous dire en quoi cela consiste et si cela influence tes lectures ?

La bêta-lecture est une lecture critique et argumentée d’une œuvre littéraire. En gros, cela consiste à rédiger une analyse synthétique qui portera aussi bien sur le fond que sur la forme, en s’attachant à expliquer les points qui posent problème et ceux qui sont réussis. Le but ? Aider l’auteur à améliorer son écrit.
Cela a effectivement influencé mes habitudes de lecture : je suis devenue beaucoup plus critique sur les romans, au point d’éprouver des difficultés sur des œuvres moyennes. Je me mets en mode « bêta-lecture », pointe inconsciemment les défauts et s’ils sont trop nombreux, je lis en diagonale ou plus rarement, j’abandonne.
Je suis donc condamnée à ne plus lire que de très bons romans (d’où mes recherches sur les blogs littéraires ;))


Lorsque j’ai fait mon appel à candidature sur Facebook, tu t’es porté volontaire, envie de pub pour ta trilogie ?

Mince, démasquée ! Mon super plan marketing tombe à l’eau !
Plus sérieusement, non, je ne cherche pas à faire de la pub pour mes écrits, je possède une page auteure pour cela sur FB et sur mon fil Insta. Je n’aime pas trop mélanger les genres. Quand je discute livres, je suis avant tout une lectrice, pas une autrice.


Pourquoi lis tu ? Il existe pleins d’activités moins barbantes et en plus, cela prend souvent moins de temps.


Si je ne lis pas, je dépéris, donc je n’ai pas le choix. Plus qu’un « loisir », la lecture fait réellement partie de moi.


Te faut-il ta dose quotidienne de lecture ? Quel est ton rythme de lecture ?

Oui, pour la dose quotidienne, sinon pas de survie possible (Oui, la lecture est une drogue dure). Lire est aussi vital pour moi que de respirer.
Mon rythme de lecture s’est considérablement modifié depuis que j’écris et que je suis publiée. Auparavant, je lisais en moyenne 100 à 150 livres par an. Je suis actuellement à une grosse cinquantaine de livres par an.


Es tu une lectrice d’un seul genre ou préfères tu piocher selon tes envies ?

Je ne me restreins à aucun genre avec néanmoins une prédilection pour la science-fiction. Je lis aussi bien des fictions en blanche et en polar que des essais, des biographies, des mooks comme la revue America.
J’adore lire également des bandes dessinées et des comics.


Faut-il lire de la science-fiction pour en écrire ?

Oui, indispensable ! Pour écrire un genre, il faut l’aimer et donc le lire.
Corollaire, pour écrire, il faut aimer lire.


Fais tu attention à l’éditeur, à la collection ?

Oui. J’ai mes éditeurs « chouchous », notamment en littérature de l’imaginaire (L’Atalante ; la collection Lunes d’Encre chez Denoël) et en policier (La collection Métailié Noir chez Métailié et la collection Actes noirs chez Actes Sud).


Lectrice de SFFF, t’as t-on déjà jeté l'opprobre par rapport à tes goûts littéraires ? Le regard sur ces littératures te dérange t-il ou assumes tu le fait d’en lire et d’en écrire ?

Oui, bien sûr que j’ai déjà eu droit à des regards de commisération ou des commentaires ironiques lorsque je cite mon genre préféré. J’assume parfaitement d’en lire ou d’en écrire. Pourtant, ces avis péremptoires m’interrogent : que faut-il faire pour convaincre le grand public de la qualité des littératures de l’imaginaire ?
J’ai néanmoins beaucoup d’espoir avec les nouvelles générations, plus ouvertes d’esprit.


Que penses tu de l’effervescence des blogs (et autre supports) littéraires ?

Nous sommes de plus en plus nombreux à nous percevoir auteur et/ou chroniqueur littéraire et à oser franchir le pas, notamment grâce à la facilité des outils informatiques. Tout ce qui rapproche de la lecture et de l’écriture me paraît une bonne chose.
Après, c’est au lecteur de faire ses choix sur le sérieux du chroniqueur ;)


Que recherches tu dans un livre ? une bonne histoire, un style, le fait d’être bousculé dans tes convictions, pour creuser un sujet, une réflexion…

Je veux être bousculée dans mes convictions, mes croyances. Je veux découvrir de nouveaux horizons, de nouveaux modes de vie, je veux souffrir avec le personnage ! Et tout cela en sécurité, au fond de mon canapé ou de mon lit. N’est-ce pas formidable de pouvoir vivre des émotions aussi fortes dans un tel confort ?


Et dans tes écrits, transmets tu la même chose ?

Oui. Que ce soit dans mes nouvelles ou mes romans, cela a toujours été l’objectif principal, au-delà de vouloir écrire une bonne histoire. J’espère sincèrement réussir à bousculer le lecteur en lui présentant des personnes ambiguës, des choix impossibles à faire, des situations sombres.


Spin, Mysterium, Le vaisseau des voyageurs, Charlotte Bona a très bon goût !


La représentation des femmes, des minorités est un sujet de plus en plus prégnant. Fais tu attention à ces aspects lors du choix de tes lectures ? Lors de l’écriture de tes textes ?

Absolument pas concernant le choix de mes lectures. Je lis de tout et sur tous les sujets depuis très longtemps. J’irais même jusqu’à avouer que je me contrefiche de savoir si l’auteur d’un roman est noir, blanc, hétéro ou homosexuel. Son genre n’impacte pas non plus.
Dans Havensele, mes personnages sont de toutes les ethnies et/ou appartiennent à des minorités, car ils sont le reflet de l’humanité. J’ai néanmoins pris un grand plaisir à ce que deux des membres de l’instance dirigeante soient Maghrébin pour l’un et noir africain pour l’autre afin de casser ce côté « white Power ».
Dans mes nouvelles, l’ethnie des personnages principaux n’est pas spécifiquement mentionnée, car sans intérêt ni conséquence pour l’histoire.


Doit on séparer l’auteur de son oeuvre ?

Oui ! (Et là, je me protège des tomates trop mûres que je ne manquerais pas de recevoir !)
Je pense que cela vient de mes études. Je me souviens de chirurgiens, véritables maestros du bistouri, sauvant des vies même dans des situations désespérées et franchement odieux avec le personnel ou les étudiants. Donc, très jeune, j’ai compris que rien n’était noir ou blanc, et qu’il fallait séparer l’homme de ses actes dans les cas où l’œuvre était belle et l’auteur beaucoup moins.


Que fais tu de tes livres une fois lu ?

La très grande majorité transite sur la PAL de mon conjoint avec un commentaire enthousiaste, avant de terminer dans une de mes bibliothèques. Ceux qui m’ont le plus marquée sont relus régulièrement, les autres époussetés avec amour.


La moyenne d’un roman grand format tourne autour de 20 euros. Trouves tu ce prix correct, inconvenant ?

C’est un prix correct, si on considère le prix de l’objet papier.
Il n’est pas assez élevé, si on considère qu’un auteur touche entre 6 et 10 % en général du prix de vente. Il est trop élevé si on se place du côté du lecteur (et encore plus du gros lecteur). Mais dans ce cas, le prix du livre numérique est souvent plus accessible et la France offre un réseau important de médiathèques pour lire sans casser son budget.


Sur ce prix, tu touches environ entre 1€ et 2€ (ne parlons même pas du numérique). Je trouve cette blague très drôle, et toi ?

Ce qui est encore plus drôle, c’est de calculer mon revenu horaire. Pour l’instant, avec les deux premiers tomes de la trilogie, je suis environ à quarante centimes de l’heure de travail.
Les auteurs sont les équivalents des paysans. Sans eux, pas de produit, mais dans les deux cas, ils sont ceux qui perçoivent le moins de leur labeur.
La très grande majorité des autrices et auteurs en imaginaire – où les tirages sont plus faibles que dans les autres genres – exercent un métier à côté de l’écriture ou vivent de manière très précaire.

"Espace restauration de la librairie Dialogues à Brest,
où j'ai écris une grande partie de la trilogie sur ma pause de midi."


Autrice de trois nouvelles, et d’autant de romans avec la trilogie Havensele, les premiers écrits sont souvent ceux d’une plume qui demande à s’améliorer pour le dire poliment. Autant que j’attende quelques années avant de te lire non ?

J’aime beaucoup ta politesse ! Oui, bien sûr, plus on écrit, plus on s’améliore. Écrire, c’est 95 % de travail, souvent acharné, et 5 % de talent.
Quant à lire la trilogie Havensele, je te le déconseille. Elle comporte des histoires d’amour, non centrales certes, mais je sais que ce n’est pas ta tasse de thé !


Moi j’aime les one shot : un roman, un début, un milieu et une fin. Et je pense qu’un jeune auteur devrait d’abord se lancer dans un roman plutôt que de voir grand. Pourquoi une trilogie ? Tu as du mal à synthétiser ta pensée ?

Au contraire, fort heureusement, je possède un bon esprit de synthèse, car sinon la trilogie Havensele serait devenue une… quadrilogie. Et, tout comme un one-shot, c’est une histoire avec un début, un milieu et une fin. Comme l’écrit Lavandier, il faut toujours que le lecteur obtienne son paiement.

Pourquoi ce format ? Parce qu’Havensele est un roman choral, avec quatre à cinq points de vue différents en focalisation interne. C’est très intéressant pour générer du conflit et de l’ironie dramatique, mais cela prend un peu de place… surtout quand on s’amuse avec les intrigues principales et secondaires pour essayer d’emmener le lecteur sur de fausses pistes. Sans oublier la caractérisation et l’évolution des personnages, plutôt sur le mode show que tell, ce qui prend aussi pas mal de place. Et j’adore écrire des scènes d’action où je fais souffrir mes personnages. (En espérant que ce ne soit pas le lecteur qui souffre !)



Je me rappelle de la première fois où j’ai vu la couverture de ton roman Cité blanche, voici ma réaction : couverture hideuse + allemande + cité blanche + élu = idéologie raciste de retour ? (merci les préjugés)


Pour la couverture hideuse, comment dire… je te laisserai en discuter avec mon éditeur et l’illustrateur. Pour le reste, ta première impression se révèle la bonne. La thématique de l’eugénisme et du peuple élu est très présente dans toute la trilogie. Est-ce un bien, un mal lorsqu’il est question de survie ? Je ne tranche pas, c’est au lecteur de se faire sa propre opinion.
Et pour l’instant, un seul d’entre eux a deviné la véritable signification des couleurs dans les titres, en rapport avec l’eugénisme.


Pour débuter un roman, j’imagine qu’il faut une idée, mais comment la complète tu ? Lis tu des essais, des romans sur les thématiques que tu souhaites aborder ?

L’idée initiale était d’inventer un système politique nouveau, de lui donner un contexte et ensuite de le pervertir (plus amusant). Et j’avais très envie d’écrire du pré-apocalyptique, parce que je me lassais du post-apo, omniprésent en 2012.
L’idée d’une troisième guerre mondiale, nucléaire, un peu abandonnée depuis la fin de la guerre froide, s’est imposée, tout comme le personnage de Cité. Celui d’une entité extra-terrestre, convaincue de notre disparition imminente et chargée d’une mission : préserver une parcelle de l’humanité dans une arche de Noé secrète.
Je possédais déjà une bonne connaissance générale sur les thématiques abordées dans le livre. Par contre, j’ai dû sérieusement me documenter sur la climatologie, la géopolitique de l’Asie centrale, les nombreux pays étrangers où interviennent mes personnages, les armes nucléaires, les armes russes, etc.
Un tiers du temps d’écriture de la trilogie a été consacré à la documentation pure.


As tu déjà participé à des salons littéraires en tant que lectrice puis autrice ? Si oui, quel est ton avis dessus ? Si non, pourquoi ?
Le mouvement #PayeTonAuteur a t-il eu des conséquences bénéfiques pour toi ?


Je participe depuis plusieurs années à des salons littéraires en tant que lectrice et à chaque fois, c’est comme si j’étais une enfant entrant dans un magasin de bonbons. Une véritable gourmandise. C’est merveilleux pour moi de discuter avec les auteurs de leurs œuvres.
Mes premières dédicaces se sont déroulées l’année dernière aux Imaginales (Épinal) et aux ImaJ’nères (Angers) et je suis devenue vite addicte des échanges avec les lecteurs. Pour moi, cela fait vraiment partie du métier d’écrivain. 2020 restera – entre autres – une immense frustration de ce côté-ci.

Concernant le mouvement #PayeTonAuteur, il n’a pas eu d’impact sur moi, car pour être invité et rémunéré sur les salons, il faut être connu et/ou édité par une grande maison d’édition, ce qui n’est pas mon cas.

Partages tu tes lectures ? A travers un club de lecture ou autres ?
Peux tu nous dire ce que cela t’apporte ?


Je partage constamment mes lectures, que ce soit avec mes proches, mes collègues ou sur les réseaux sociaux (Instagram) et les forums de type Babelio. J’appartiens également à un club de lecteurs de SFFF de ma ville qui se réunit environ tous les trois mois.
Cela m’apporte une plus grande diversité de lecture, car on me conseille ainsi des auteurs vers lesquels je ne serais pas allée spontanément. Et sinon, j’adore parler des livres qui m’ont plu, les recommander, savoir que mes amis pourront passer un agréable moment en leur compagnie.

Et ce n'est qu'une de ses bibliothèques.
Fait étrange : les bouquins ne sont pas mis en double rangée, et il reste de la place !

Ton entourage te lit-il ? Et que pense t il de tes talents d’écrivain, enfin pas les faux jetons, les autres ?

Mon entourage me lit, ce qui me surprend, car à part mon mari, aucun ne lit de la science-fiction.
Il y a eu bien sûr un mouvement de curiosité et aussi la volonté et la gentillesse de m’encourager.
Quant à leur opinion, je pense qu’elle est assez positive : un de mes amis a avoué à mon conjoint avoir lu le tome 1 « parce que c’était Charlotte » et avoir lu les tomes 2 et 3 « parce que c’était bon ».
Quant à mon mari, mon premier bêta-lecteur, lorsqu’il me dit qu’une scène est réussie, je le crois, tant il est généralement très critique sur mes écrits.


Tu as des avis assez élogieux sur Babelio, des services de presse que tu as donné ? Des amis, de la famille ?

J’ai très peu de services presse, car mon éditeur n’y croit pas. Il a seulement accepté de participer l’année dernière à une masse critique mauvais genre et il y a eu trois retours, deux positifs et un mitigé. Des auteurs ou autrices rencontrés en salons ou sur les réseaux sociaux m’ont lu aussi.
Des amis ou des connaissances ont plutôt rédigé des avis sur Amazon, plus accessible pour eux qu’un forum comme Babelio.
Des lecteurs m’envoient régulièrement des retours très sympathiques. Je les encourage à poster leurs avis sur Amazon et certains ont la gentillesse de le faire, ce qui augmente la visibilité de mes romans.



Si un jour je lis ta trilogie et que j’en fais un retour assassin, comment penses tu réagir ? As tu déjà subi ce genre de retour ?

J’aurai une petite larme, j’irai geindre auprès de mes bêta-lectrices et mon mari m’offrira une bière… Non, je plaisante (enfin, pas pour la bière).
Je n’ai aucun problème avec les retours négatifs s’ils sont argumentés, ayant bien conscience qu’il s’agit de mes premiers écrits et donc qu’ils comportent forcément des défauts.
Dans mes souvenirs, je n’ai eu qu’un retour très négatif, avec une lectrice qui avait trouvé l’intrigue trop complexe et s’était offusquée d’un langage trop « vert » dans certains passages.


Quels sont les livres qui t’ont le plus marqué et pourquoi ? Te souviens tu de l'éditeur et de la collection.



En premier, je citerais l’œuvre de Marcel Pagnol, pour la simplicité de sa langue et l’humanité profonde de ses écrits, avec une nette préférence pour Marius, Fanny et César.



Ensuite, il y a bien sûr René Barjavel et Robert Merle qui m’ont initiée à l’anticipation avec Ravage et Malevil.



Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell et la trilogie Kristin Lavransdatter de Sigrid Undset pour la combativité incroyable de leur personnage féminin principal.



Plus récemment, Pierre Lemaitre a été une révélation. Aussi bien pour son prix Goncourt Au revoir là-haut que sa trilogie policière Verhoeven. Il a tout bon sur tous les plans : la qualité de l’intrigue, sa faculté à surprendre le lecteur, à l’amener sur de fausses pistes, à dénoncer les hypocrisies, les faux-semblants. Sa plume est magnifique et sa grande force réside en la construction de personnages principaux et secondaires d’une intensité incroyable.



Mais je pourrais aussi te citer la trilogie écossaise de Peter May, la trilogie berlinoise de Philip Kerr (oui, j’aime les trilogies !), la Saga Malaussène de Daniel Pennac, Dune de Franck Herbert, la romance de Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley, Si c’est un homme de Primo Levi, la Stratégie Ender d’Orson Scott Card, le cycle de l’élévation de David Brin et… Ah ! La liste est bien trop longue !





Il s’agit en majorité de livres lus il y a plus de trente ans, donc je ne me souviens ni de l’éditeur ni de la collection. Et par la suite, j’ai beaucoup lu en poche, avec une prédilection pour la collection Pocket.


J’ai lu que tu aimais beaucoup Pierre Bordage, as tu lu toute sa bibliographie ? Sa plume t’a t-elle aidé dans ton métier d’écrivaine ?


Même si je le suis depuis plus de trente ans, je suis loin d’avoir tout lu de cet auteur prolixe. J’ai découvert par exemple récemment le tome 1 de la Faternité du Panca.
Et en effet, sa plume m’a influencée et continue de m’influencer. L’écriture de Bordage est simple, ne cherche pas l’effet à tout prix. Et surtout, j’aime la profonde humanité qui se dégage de ses écrits.


Je te laisse clore cet entretien sur les sujets qui te tiennent à cœur

Je vais donc prêcher pour ma paroisse ! Blogueurs et lecteurs, osez les petits éditeurs. Il leur est difficile de faire connaître leurs œuvres par les voies classiques : pas de diffuseur, pas de budget promo, pas de service presse, mais cela ne les empêche pas de publier des histoires qui méritent d’être lues. Je vous conseille d’aller faire un tour chez mon éditeur, Rroyzz éditions, mais aussi chez Noir d’Absinthe, le collectif Hydralune, les éditions du 38, Géphyre éditions. (Et non, je n’ai pas d’actions chez eux, mais j’y ai lu de chouettes romans !)




Site internet : https://charlotte-bona.com
Facebook : https://www.facebook.com/CharlotteBonaAuteure/

Une autre interview : https://www.humanafterhal.com/havensele-charlotte-bona/

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Solutions au teasing sur Facebook :


Vendredi : Charlotte Bona est médecin et a 4 filles



Samedi
: elle est beta-lectrice




Dimanche
: son prénom






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