Featured

30/Editions 1115/custom

Célestopol 1922

septembre 23, 2021

 

Emmanuel Chastellière, Les Éditions de l'Homme sans nom, 2021, 400 p., 10€ epub sans DRM

 

Emmanuel Chastellière était-il dans la lune en pondant ce recueil ?
Je n'ai aucun doute sur le sujet, vu que j'ai eu l'impression de me balader pour de vrai dans cette ville de Célestopol.


Présentation de l'éditeur :


Une année à la découverte des mirages et des merveilles de la cité sélène, joyau de l'âme slave arraché à la Terre, entre les mains d'un duc au destin défiantle cours du temps.
Une année où croiser dans ses rues Marie Curie, l'archiduc François-Ferdinand ou Howard Carter, mais aussi humbles ouvriers, voleur volubile ou automates au cœur de cuivre. Entre ruines lunaires à explorer, un championnat du monde d'échecs à préparer ou des complots à déjouer...
Les canaux ambrés de la ville n'ont pas fini de vous dévoiler ses secrets !


Mon ressenti :


Il y a deux ans, Célestopol premier du nom m'avait laissé un goût d'inachevé, mais il est toujours resté dans ma mémoire avec quelques flashs de cette cité lunaire. Alors, lorsque ce Célestopol 1922 a fait son apparition, je n'ai pu que l'acheter (au prix fort soit dit en passant, l'epub étant en promotion quelques jours après mon achat et l'auteur n'a pas voulu me rembourser la différence)



Comme dans tout recueil, les nouvelles composant Célestopol 1922 vous emmènera avec elles sur notre satellite, d'autres vous feront garder les pieds sur terre. Mais quoiqu'il en soit, j'ai vraiment apprécié me plonger dans les tranches de vie des différents personnages. L'auteur arrive à poser l'ambiance, à nous rendre réel cette cité imaginaire. J'ai beaucoup apprécié le fond de luttes sociales qui s'en dégage, luttes sur bien des aspects de notre société. Cerise sur le gâteau, ce fond ne vient pas prendre le pas sur le récit, mais l'accompagne en douceur. Les textes se répondent parfois entre eux, dessinant peu un peu un portait de Célestopol.
Seule question que je me pose : Faut-il avoir lu le premier recueil pour le lire ? Je n'ai pas d'avis trancher. Le premier vous fera part de la construction de cette cité, vous présentera quelques personnages fil rouge, mais je me dis que l'on peut très bien s'immerger dans ce 1922 et savourer les précisions plus tard. A vous de voir, mais il y a de grandes chances qu'après votre lecture d'un des livres, vous vous jetiez sur l'autre.

Célestopol 1922, voilà un titre qui donne le LA : une ville lunaire en 1922, ce que contredit fortement le premier texte, Toungouska, se situant sur la terre principalement en 1908 ! Mais à la décharge de l'auteur, cette mise en bouche arrive à dresser un background de belles manières.

Dans Mon Rossignol, un couple d'amis se retrouvent quelques années plus tard. L'une en bas de l'échelle sociale, l'autre comme député sur la pente descendante. Leurs idéaux vont-ils accorder leur violon ? Un texte qui explore les classes et luttes sociales en montrant comment se décident les acquis sociaux. Très bon texte au goût amer.

Sur la glace nous narre la volonté du Duc, le grand manitou de la ville, d'organiser une compétition de patinage avec le meilleur patineur de la Terre qui avait mis un terme à sa carrière. Une occasion d'approcher de plus près les fameux automates qui peuplent la cité. Toujours politique, ce texte montre que quiconque est toujours sous une férule et ce qu'il en coûte de s'écarter de la norme social.

Memento Mori conte l'histoire d'un père et ses deux filles dans le quartier riche. Il élève seul ses filles alors que sa condition sociale ne cesse de se dégrader, comme la maison qu'il ne veut quitter, car elle porte en elle les souvenirs de sa femme décédée. Tous les éléments sont réunis pour le drame. Un texte qui m'a moins emporté, un peu linéaire et sans enjeux qui m'intéresserait.

Dans Une nuit à l'opéra Romanova, le plus célèbre des tours de magie est en vente aux enchères, rameutant les magiciens de la terre. Célèbre, car il contient une malédiction : chaque magicien l'ayant eu entre les mains est mort avant de montrer son tour. On continue d'explorer les us et coutumes de Celestopol et aussi d'en apprendre plus sur certains personnages récurrents. Un bon texte, mais je suis toujours émerveillé devant un tour de magie.

Le Correcteur de fortune, un être ayant le don de chance quitte la terre pour Célestopol. Mais la chance semble tourner... Même si la chute se devine assez vite, on passe un bon moment à se demander si la chance va nous sourire ou si l'auteur va nous rouler dans la farine.

Katarzyna : Un bar interlope, une femme, une cuite et une relation non consentie. Pas la soirée idéale. .. nous allons découvrir l'histoire de cette femme. Un texte d'ambiance, plus SF que les précédents qui va nous emmener sur des chemins priestiens.

Place au féminisme dans Le revers de la médaille, l'histoire d'une femme passionnée de livres et de liberté qui va faire la rencontre d'une personne qui va faire changer sa vie. Avant de faire la révolution, que faut il faire pour préparer les mentalités ? Un texte un peu trop rapide pour être tout à fait crédible. Quelques dizaines de pages n'auraient pas été de trop pour cerner la psychologie des personnages et rendre cela réaliste.

Un visage dans la cendre : Un voleur de bas étages accepte une mission de la dernière chance pour avoir un peu de thune : retrouver le chat d'une bande de gosses de rues. Une escapade fantastique dans des entrailles de Celestopol que j'ai beaucoup apprécié

La malédiction du pharaon m'a laissé un peu de marbre, avec son histoire mettant en scène un certain Howard Carter, un archéologue sur le déclin se voit offrir une offre irrésistible.

Un vétéran de guerre, une fabriquante de masque en porcelaine et une maison close, les protagonistes de Paint Pastel Princess. Lui tente d'oublier son passé traumatique, elle d'oublier sa laideur en créant de la beauté, et la maison utilise les automates pour assouvir le plaisir de riches. Je n'ai pas été trop étonné par le dénouement trop convenu, mais l'histoire offre quelques belles péripéties et se focalisent sur l'esclavage des automates.

La fille de l'hiver : Une sauvageonne erre dans les rues de Célestopol et semblerait être dotée de pouvoirs surnaturels. Un ton plus dramatique pour ce récit fantastique et SF qui met enfin en avant le personnage qui ne cesse d'hanter ce recueil, le fameux Duc.

Danser avec le chaos clôt ce recueil, une lovecrafterie qui ne m'a pas emballé. 

Les bras de Morphée

septembre 20, 2021

 

Yann Bécu, Les Éditions de l'Homme sans nom, 2019, 296 p., 6€ epub sans DRM

 

Une dystopie peut elle être drôle ?
Yann Bécu a son avis sur la question.


Présentation de l'éditeur :


Morpheus est un mystère.
Il laisse songeur, littéralement. On s’assoupit en un clin d’œil, on dort d’une traite, on se réveille comme une fleur. Rien de déplaisant en soi. C’est tout le reste qui nous tue.

Morpheus, c’est ce sommeil qui nous cueille sans prévenir, pour une durée qu’on ne choisit pas.

Morpheus, c’est le nom plutôt musical d’une belle saloperie. Il faut l’imaginer comme une berceuse, un requiem.

Voici un futur proche où l’on veille en moyenne quatre heures par jour. En amour, à l’école, au travail, la routine a forcément l’allure d’un sprint : faire vite, faire court, ne pas trop ramener sa fraise… Trois lois sacrées que Pascal Frimousse profane au quotidien.




Mon ressenti :


Un jour, l'humanité se prend un virus étrange sur la tronche qui endort de plus en plus l'humanité. Conséquence immédiate, un sacré boxon. Difficile de faire tourner la machine alors que la main d'oeuvre manque. Nous sommes quelques années après ce grand cataclysme, la République tchèque s'en sort un peu mieux que le reste du monde...
 
Les hypothèses allaient bon train : vengeance de Dame Nature, punition divine, fuite d’un laboratoire polonais, invasion des Atlantes, coup de pute des Slovaques, pour n’évoquer que les plus raisonnables.
 
L'auteur tire les conséquences sociétales d'un monde où tout part à vau l'eau et où il faut tenter de survivre par tous les moyens.
Encore un livre qui met le moral dans les chaussettes ? Que nenni, ici on se marre su désespoir. Humour potache, acide, noire, cynique, l'auteur nous sort le grand jeu. Sous la pochade surréaliste, quelques belles saillies sur les travers de notre temps et la connerie humaine.

Brassards, pétards rutilants et coups de sifflets, rires sonores des mômes qui sillonnent la foule en riant, tourniquets des matraques, toute cette agitation revêt un petit air jovial de kermesse fasciste

J'ai pris un énorme plaisir à lire ce roman qui m'a fait parfois penser à La Trilogie Trademark de Jean Baret. Seul souci, quelques semaines après ma lecture, l'intrigue a quasi disparu de ma mémoire, l'occasion de le relire ?

l’échafaud scolaire de Prague 4 est enfin réparé, un grand bravo aux élèves de la 6e techno du lycée Kepler et à leur professeur pour ce beau projet pédagogique ; dès jeudi les exécutions reprennent aux heures de récréation habituelles…


Le roman se termine par un petit glossaire, car oui, la connaissance, avec si peu de temps de réveil disponible, en a pris un sacré coup dans la gueule.
 
Dadaïstes : Folklore, Litt. Autre nom des chevaliers de la Table ronde, ordre légendaire au service du roi Arthur. Passent leur vie sur leur monture.
 
Hara-kiri : Médecine, Japon féodal. Césarienne pratiquée sur l’épouse d’un samurai au moyen d’un scalpel sacré (wakizashi). L’intervention chirurgicale doit permettre la mise au monde d’un guerrier (bushi) parfait. Variante : le seppuku (coutelas tantō ingurgité par la mère, le bébé samurai pratiquant l’incision libératrice in utero).
 
Rainbow Warrior : Années 1990. Navire porte-drapeau du mouvement homosexuel maori (voir All Blacks). Emblème : la licorne.
 
Théorie du genre : Années 2000, Théolog. Clame le caractère acquis de la sexualité des anges, et par-delà de tous les êtres vivants : « On ne naît pas ange, on le devient. » Théorie très largement invalidée par la preuve de l’existence des femmes (2040).
 
J'ai remarqué qu'un nouveau roman de l'auteur était sorti, L’effet coccinelle :
Quand la preuve indubitable de l’existence de Dieu est publiée sur Terre, l’exaltation du premier soir est de courte durée : « Dieu existe », d’accord, mais au fait… lequel ?
 

 — Donc, dès qu’on m’interroge, je me tais et je regarde de haut ?
Il hoche la tête :
— Ta taille rend pas la chose évidente, mais je te crois assez gymnaste pour réussir à regarder de haut depuis le bas. Tout en souplesse, Frimousse.


Drôle, vif, décapant selon Gromovar, Yuyine vous donne un ordre : "Lisez-le!"
Le maki préfère lui le réalisme au surréalisme.

 

La nuit du Faune

septembre 16, 2021

 

Romain Lucazeau, Albin Michel Imaginaire, 2021, 256 p., 10€ sans DRM


 

Dans les interstices de la science, certains décèlent des complots, d'autres imaginent du Merveilleux.

Présentation de l'éditeur : 

Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, avec pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune en quête de gloire et de savoir. Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un ennui mortel, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie. Et sous son apparence d’enfant, se cache une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables. À la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du Système solaire jusqu’au centre de la Voie lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables.
 

Mon ressenti : 

Voilà qui commence mal avec ce livre, dès le titre, je tique : ne serait-ce pas plutôt la nuit de la faune ?
Je dégaine mon dico et non, un faune est bon, c'est un être mythologique. (Après semiosis, étiage, gnomon et hiérophante, l'éditeur s'est-il donné comme but secret de me rendre moins inculte ?)

Romain Lucazeau est normalien, agrégé de philo, auteur d'un livre de notes de bas de page inspiré du théâtre antique, et surtout un vendu à la solde militariste. De quoi cocher pas mal de cases de mon a priori négatif... Les 4B (Apophis, Feyd Rautha, Gromovar et Nicolas Winter) l'ont encensé, mais ce sont des gens intelligents, qui aiment malmener leurs neurones. Moi j'ai une relation bienveillante avec elles.
Bref, pas pour moi. C'était cependant sans compter Nicolas Martin et son émission estivale Infiniment qui m'a chamboulé et décidé à le lire.

Le pitch est simple : une petite fille rencontre un monstre gentil, mais c'est la fille qui va faire peur au monstre !
Mais ce roman n'est pas du tout cela. Si vous avez été un tant soit peu attentif durant vos cours de sciences, vous savez un certain nombre de trucs autour de la création de la Terre, la Lune qui tourne autour, la gravité. Avec un tant soit peu d'attention supplémentaire, vous avez même entendu parler du système solaire, des galaxies, voir des amas et super amas de galaxies, des trous noirs, de la théorie des cordes et de certaines particules très particulières.
Des notions parfois complexes auxquelles Romain Lucazeau va s'amuser en inventant dans les interstices des choses que la science n'a pas su encore expliquer. Il comble les trous et nous conte l'espace connu et inconnu. L'auteur parle de "poétisation de la science" et je suis d'accord avec lui. À force de trainer ses guêtres à La méthode scientifique, il nous fait un spin off : La méthode littéraire.
Ajouter à cela une écriture très musicale, une poésie basée sur la science et un côté assez sombre, le compte est bon.

Las, il y a un hic pour moi, c'est que ce n'est pas ce que j'appelle un roman, avec une histoire, des personnages. Il s'agit plus d'une expérience de pensée, de philosophie : la connaissance est elle une malédiction ? Les civilisations portent elles en elle les germes de la destruction ?... D'une expérience littéraire aussi, l'impression que l'auteur ne s'amuse pas à écrire un roman sur le cosmos, mais veut apporter sa pierre à l'édifice de la littérature.  Il le dit lui-même dans La méthode scientifique : 

Faire entrer la science-fiction dans la littérature.

Alors c'est beau, le traitement est original et foutrement bien fichu, mais impossible pour moi d'adhérer aux pérégrinations mythiques des personnages. J'ai adoré sa vulgarisation littéraire de l'espace, une très belle idée et réalisation, par contre j'ai détesté le côté prétentieux et hautain de la démonstration.

La nuit du Faune est-elle pour toi ? Tout dépend de ce que tu attends d'un roman... 


l’artefact démontrait quelque chose de la civilisation qui l’avait conçue. Une sophistication, une délicatesse, encore capables de tendre d’envie l’expression d’Alexis, d’émerveiller Polémas, mais aussi, de rendre un peu de joie à Astrée. Un je ne sais quoi, une approche esthétique plutôt que fonctionnelle des choses, la cristallisation d’un rêve d’ingénieur, issu d’une période moderniste, agressive. La suggestion qu’un peuple capable de bâtir une telle merveille de métal ne jurait que par le style, la beauté, l’art, entremêlés de technologie. Une pièce de musée, issue d’un futur antérieur, en quelque sorte, une promesse d’avenir qui ne s’était pas réalisée.

 

Tous les avis sur le fil du forum du Bélial

Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse.

 

La nuit du Faune, roman de l'année ? Sûrement au vue des émissions de radio qui en parlent :

Grand
Infiniment du 11 juillet 2021
Les confins de notre système solaire sont à un peu plus de 100 000 fois la distance Terre Soleil, soit 15 mille milliards de kilomètres. L’autre extrémité de la Voie Lactée, 100 millions de milliards de kilomètres et les distances rapportées à l’univers observable ne font plus sens tant elles sont importantes. Mais jusqu’où peut-on aller dans l’observation et la compréhension de l’infiniment grand… Et pour nous servir de phare dans ces immensités obscures : Françoise COMBES, Romain LUCAZEAU.


La Nuit du Faune par Romain Lucazeau
C'est plus que de la SF du 30 août 2021
Si le podcast devait décerner un prix (un jour peut-être), alors la palme de l’année 2021 irait sans aucun doute à La Nuit du Faune de Romain Lucazeau. Après une entrée en fanfare dans le monde de la science-fiction avec son space opera Latium en 2017, le normalien et agrégé de philosophie fait son grand retour avec un roman atypique, qui mêle conte philosophique, hard-science, poésie et voyage intergalactique. Avec La Nuit du Faune, Romain Lucazeau prouve, une nouvelle fois, qu’il joue dans la cour des grands et qu’il est possible de produire de la SF française avec de l’ambition littéraire et du « sense of wonder ».


Calvo, Lucazeau : la rentrée littéraire SF
La méthode scientifique du 10 septembre 2021
Ils ont tous les deux gagné le Grand Prix de l’Imaginaire. Ils sont tous les deux considérés comme les meilleurs représentants de la nouvelle génération d’autrices et d’auteurs de science-fiction en France. Leur univers est aux antipodes, ils tracent l’un comme l’autre les contours d’un univers littéraire cohérent et représentent pour autant deux visages radicalement différents de la SF contemporaine et ils sortent à quelques jours d’écart les deux romans les plus attendus, et les plus saisissants de cette rentrée littéraire SF. Un conte philosophique qui flirte avec la hard SF, “La Nuit du Faune”, et un uchronie politique punk radicale, “Melmoth Furieux”, Romain Lucazeau et Sabrina Calvo sont nos invités.

Retour de Dune et de Métal Hurlant : le futur lointain serait-il bloqué dans la science-fiction du passé ? 
Affinités culturelles du 11 septembre 2021
Sortie au cinéma de "Dune" adapté par Denis Villeneuve, reprise du magazine Métal Hurlant, parution du nouveau roman de Romain Lucazeau : le futur lointain n'appartient-il plus qu'à la SF du passé ?

 

Une Heure-Lumière - Hors-série 2021

septembre 13, 2021

 

Greg Egan, Le Bélial, 2021, 112 p., presque gratuit

 

 

Un château sous la mer

 
Greg Egan est un auteur dont la majorité des lecteurs ne comprennent rien à ce qu'il écrit, c'est Monsieur Hard SF version SM hardcore.
Un château sous la mer ne déroge pas à la règle, je n'ai rien bité au schmilblick ! Mais pour une fois, pas pour les raisons habituelles  : 99.99% est compréhensible, mais la chute est une chute obscure façon XXL. La première fois que j'ai lu la fin, j'ai pensé avoir loupé trois pages. A la seconde lecture, j'ai pensé être mal réveillé. A la troisième tentative, il a fallu me rendre à l'évidence, c'est Feyd Rautha le coupable. Pourquoi lui ? Il faut bien un coupable et ce ne peut être mon intelligence exceptionnelle. Et comme il est le traducteur de ce récit, c'est qu'il a fait un boulot de merde !
J'ai même une théorie hautement savante : l'ayant lu et n'ayant rien compris, il a traduit les dernières lignes de manière littérale et fanfaronne depuis en disant que la fin peut avoir plusieurs significations. Bref, il n'a rien compris non plus.

https://lepauledorion.com/2020/10/05/you-and-whose-army-greg-egan/


Mais nous sommes dans la hard SF. Greg Egan est un scientifique et il approuverait la méthode. Montrer ne sert à rien il faut aussi démontrer : ce que j'ai fait en lisant le texte en VO. Et là j'ai tout compris ! Si ce n'est pas une preuve... J'attends donc les excuses publiques de ce Feyd.
Preuve supplémentaire que cet ersatz de traducteur est un usurpateur : le titre VO est "You and Whose Army ?" qu'il traduit par "Un Château sous la mer" !!!
Donc s'il vous plaît Le Bélial, arrêter d'employer des amateurs et engagez de vrais professionnels, la profession n'en manque pas !

Avec tout cela, j'ai zappé de vous parler de l'histoire : Des quadruplés deviennent triplés, se sentent diminués et partent à la recherche du quatrième larron. Littéralement diminué, car ils sont le fruit d'une expérience scientifique ayant lié à jamais leurs cerveaux et souvenirs. L'histoire est prenante, Greg Egan nous livre peu à peu les éléments de compréhension jusqu'à la fin sabotée par Feyd Rautha !

Pas d'interview par contre cette année dans le hors série, Feyd Rautha doit prendre trop cher (pour un boulot merdique). Il faudra se contenter du catalogue une heure lumière. L'éditeur a trouvé la solution pour que les blogueurs ne râlent pas face à ce manque d'entretiens : inclure sur chaque livre de la collection une citation tirée de leur blog !
Mais votre serviteur n'est pas du genre à se laisser influencer, je critique tout de même. (J'entends les mauvaises langues persiflées que c'est à cause du fait que je n'ai pas de citation ! A ceux-là je leur tire la langue.)

Quand à Feyd, je n'ai qu'une chose à lui recommander, abandonner la traduction et trouver une place chez Ducros !
 
 
 
 
Un immense merci à Célinedanaë de m'avoir offert ce livre.
Vous pouvez retrouver son avis ici
Quant à moi, comme chaque année, j'ai refilé ce HS au célèbre maki Yogo
Pour les autres, il suffit de surfer sur le fil du forum Le Bélial


Projet Harmonie

septembre 09, 2021

 

Christophe Nicolas, Argyll éditions, 2021 (1ère édition : 2012), 300 p., 8€ epub sans DRM


 
Plus c'est gros mieux ça passe ?

 

Présentation de l'éditeur :

Au sein d’un laboratoire pharmaceutique, le professeur Guiraud tente une ultime expérience. Sa conscience lui pèse, le monde doit savoir…
Au même moment, Yannick Diaz défend à la télévision le livre qui lui a valu son licenciement, un essai sur les collusions entre médias et intérêts privés. Et alors que la tension monte sur le plateau, voilà que le journaliste s’effondre en direct, inconscient.
Ailleurs, une jeune célibataire désargentée accepte l’aide d’une maternité privée qui lui propose de l’accompagner gratuitement. Mais l’accouchement se passe mal, on doit l’anesthésier. À son réveil, Nathalie apprend que son bébé est mort-né. Pourtant, elle est certaine de l’avoir entendu pleurer.
Trois personnages plongés au cœur d’une terrible machination. De leurs actions dépend l’avenir du monde…


Mon ressenti :

De nos jours en France, on suit les pas d'un journaliste engagé, d'un scientifique et d'une femme enceinte dans un monde qui ressemble étrangement au nôtre.

J'ai acheté ce roman après avoir lu le très bon Trackés, où il était fait allusion à l'enquête journalistique Projet Harmonie. J'avais envie d'en découvrir plus sur ce journaliste lanceur d'alerte.
Et dès le début, j'ai commencé à tiquer : plus c'est gros, plus la vraisemblance s'en prend dans les dents ! Cela sera identique tout du long, c'est toujours énorme. L'auteur ne prend pas le temps de construire une crédibilité à son monde réaliste.

Mais en bon amateur de SF, j'ai dégainé ma "suspension consentie de l'incrédulité", volume à fond.
Et une fois le mode opérationnel, j'étais sur l'autoroute du thriller, pas d'arrêt aux aires d'autoroute, pédale d’accélérateur au plancher. On ne peut que louer ce divertissement, un véritable page turner. Dès le début, qu'une envie, finir au plus vite, garder les yeux ouverts pour lire un chapitre supplémentaire.

Je me doutais avant d'entamer ma lecture qu'il y aurait quelques hiatus, ce roman étant le second de l'auteur. Car oui, il s'agit d'une réédition, information que je n'ai trouvée ni dans l'epub, ni sur le site de l'auteur. Bref, de quoi se sentir un peu floué si on ne s'est pas informé avant l'achat.  

Troisième roman de Christophe Nicolas, nul doute que je lirai son prochain roman, en espérant qu'il s'assagisse dans les quelques invraisemblances.

Trackés

septembre 06, 2021

Christophe Nicolas, Argyll éditions, 2021, 376 p., 10€ epub sans DRM

 
L'été fut morose, tu as envie de te faire un bon thriller au cinéma ?
Mais toi, on ne te l'a fait pas, tu n'as pas envie de faire implanté une puce GPS comme Akhenaton. Donc pas de pass sanitaire, pas de cinoche !
Bonne nouvelle pour toi, pas besoin de pass pour rentrer dans une librairie et acheter Trackés.

 

Présentation de l'éditeur :

France, pays des droits de l’homme et du citoyen. Dans un climat de tensions sociales, un célèbre journaliste et lanceur d’alerte est froidement exécuté dans son appartement parisien.
Sur les lieux du crime, alors que certains concluent déjà à un acte terroriste, la capitaine de police Florence Roche exige d’être chargée de l’enquête. Placardisée pour raisons politiques, elle est déterminée à découvrir la vérité, quitte à ce que celle-ci déplaise à sa hiérarchie.
La policière trouve une alliée naturelle en Julia, fille du journaliste, mêlée malgré elle à l’affaire lorsqu’une des sources de son père la contacte, et la pousse dans les rouages d’une machination qui pourrait ébranler jusqu’aux fondations de notre démocratie.


Mon ressenti :

De nos jours, lors de manifestations en soutien au décès d'un jeune dans l'affrontement avec les forces de l'ordre, un jeune se fait arrêter par la police pour avoir participé à la manif.
D'un autre côté, un journaliste d'investigation qui a eu son heure de gloire est sur la piste d'un scoop. Peu de temps après, il est retrouvé assassiné.
Toute ressemblance avec des faits réels est totalement assumée : nous sommes à l'époque de Nuit debout et de la mort de Rémi Fraisse. L'auteur change les noms des personnes et des entreprises permettant un côté intemporel et fait quelques raccourcis avec la réalité pour nous dérouler son histoire de complot politique.

Trackés est construit comme un thriller mais ne fait pas l'impasse sur la réflexion autour du secret d'Etat, des lanceurs d'alerte, de l'informatique et des médias. Une fois commencée, l'écriture de Christophe Nicolas ne nous laisse qu'une seule échappatoire : finir au plus vite pour connaitre le dénouement. Une franche réussite.

Deux bémols afin que l'auteur garde les pieds sur terre :
Certains événements font un peu trop gros, trop irréalistes, l'impression d'une main un peu lourde dans le dosage des faits. Cela donne un côté légèrement caricatural. Ceci dit, lorsque l'on se remémore tous les bla-bla leaks, les révélations tonitruantes autour des GAFAM et tout le toutim, on se dit que l'espèce humaine à une propension phénoménale à l'oubli. Et qu'au final, l'histoire de Trackés pourrait très bien être réelle.
Le second bémol est plus éditorial : j'aurai aimé retrouver à la fin un mot de l'auteur sur ce qui est véridique et ce qui a été romancé pour les besoins de l'histoire.

Mais Trackés est un thriller qui se dévore et peut faire réfléchir sur le fonctionnement de la société.
J'ai pris un immense plaisir à lire et je vais donc de ce pas me replonger dans la plume de l'auteur avec son Projet Harmonie dont il est fait allusion dans le roman.

Le réactionnaire Yogo a trouvé le roman binaire, et l'orientation politique ne l'a pas laissé Dup
Heureusement, les progressistes sont là pour rétablir la vérité : Le Syndrome Quickson qui s'est pris quelques mandales, et Lune qui nous sort son programme : lisez Trackés !


Je ne peux que conclure en mettant le texte de Daniel Mermet en Hommage à Rémi :

C’est l’histoire de deux enterrements.
Voilà deux enterrements qui tombent nez à nez, face à face.
Le premier c’est un enterrement très important…
C’est l’enterrement du roi du pétrole, le patron de Total mort accidentellement.
Hommage de la nation unanime !
Hommage de tous les médias !
Hommage de la terre entière ! Un hommage vibrant !

Le deuxième enterrement…
C’est celui de Rémi, Rémi Fraisse, 21 ans, tué par une grenade offensive tirée par un gendarme, dans une manif’ contre le barrage de Sivens.
Hommage beaucoup moins vibrant !
Le premier ministre parle de « casseurs », on parle de « bavure », on dit que « si l'on veut mourir pour des idées il faut assumer ».

A l’enterrement du patron de Total le roi du pétrole, on l’a peu souligné, il y avait des oiseaux.
Des oiseaux endeuillés. Des mouettes. Des goélands tout en noir.
Le noir de la marée noire.
Le noir de l’Erika. Le naufrage pour lequel Total a été condamné.
C’était des oiseaux du parti des oiseaux, le parti de Rémi, le parti des « djihadistes verts ».
Rémi Fraisse est un « djihadistes verts » ! C’est l’expression de Xavier Beulin de la FNSEA.

Passé le respect à l’égard des morts, les deux figures en quelques jours sont devenues les symboles de notre présent.
Deux symboles inconciliables.
Il faut choisir son camp : l’assassinat ou l’accident.
L’oligarchie a choisi !
Le gouvernement a choisi !
Le cynisme, la violence, le mépris, et tout ce qui dégoute et fait gonfler les rangs de la Marine.
Alors choisi ton camps camarade.
Le vent se lève, il n’y a pas d’arrangement.
Cours camarade !
Les oiseaux noirs en mourant te regardent.
Cours camarade !
Le vieux monde est derrière toi !



Replis

septembre 01, 2021

 

Emmanuel Quentin, Mnémos, 2021 (Mü éditions, 2019), 264 p., 6€ epub sans DRM



Un jeune homme reçoit la plus belle des propositions, avoir une relation fusionnelle avec son père, et refuse... Pourquoi ?

Présentation de l'éditeur :

Dans une France ravagée par le changement climatique et la Grande Guerre des Frontières qui s’en est suivie, l’État contrôle tout et abreuve la population de fake news. Daniel Sagnes est l’un de ces monteurs/menteurs, simple rouage de la grande machinerie du mensonge institutionnalisé. Et à ce titre, il sait que l’Assimilation, qui permet de transférer aux enfants la conscience d'un de leurs parents en fin de vie, présentée comme seul espoir de survie dans ce monde de centres, est une supercherie. Alors quand vient le moment d’accueillir en lui la conscience d’un père honni, il n’a d’autre alternative que la fuite.


Mon ressenti : 


Second roman de l'auteur que je lis sans savoir de quoi il retourne, bonne idée ou pas ?
Ai-je tenté un repli après quelques lignes ?

Daniel Sagnes est monteur vidéo travaillant pour l'État. Son rôle est de faire de la propagande en faisant dire aux images ce qu'elles ne sont pas. C'est le monsieur Photoshop de la vidéo. Comme le personnage de 1984, nous sommes aussi en pleine dystopie dans quelques dizaines d'années. Un monde apocalyptique après une hécatombe végétale ayant eu des effets dévastateurs sur la vie. La science a tout de même fait une percée significative : la possibilité de transfert de la conscience dans la tête de sa progéniture.

Encore un roman sur des lendemains qui déchantent comme je les aime, plein de cynisme et de misanthropie. On rigole, jaune, noir et je me suis bien marré avec les répliques du personnage principal.
Emmanuel Quentin nous parle du mensonge, des fake news vidéos auxquels nous aurons de plus en plus dans quelques années. C'est un véritable page turner, un thriller efficace lu en deux jours. Encore un auteur qui fait baisser cruellement ma productivité au boulot... Un auteur à éviter si tu travailles dans une centrale nucléaire...
Un bémol cependant, la fin est un peu trop rapide, j'aurai aimé rester un peu plus dans ce monde. Mais bon, si on veut du rabe, c'est que le plat est bon.

Ne me reste que Dormeurs à lire de l'auteur, mais comme il n'a pas fait d'effort pour choisir un éditeur avec format numérique, moi je vais aller dormir afin de récupérer les heures de sommeil que l'auteur m'a volé.

Ce roman existe aussi en poche chez Pocket


Fourni par Blogger.