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Demain, les origines

février 23, 2026

Christian Chavassieux, Mnémos, 2025, 568 p., 10€ sans DRM

 

Mon Dieu, se disaient les gens, croyants ou pas,
mon Dieu que cette apocalypse était lente !

 
Gros coup de cœur pour ce futur noir, humain et terriblement crédible.

Pitch de l'éditeur : 

Dans une Europe au bord de l’abîme, les populations, soumises aux diktats de petites milices armées, vivent dans la peur de gouvernements autoritaires.
Loin de la ville, la communauté où vit Grace pensait échapper à ces violences quotidiennes. Mais il suffira d’un vieux philosophe et d’une faute impardonnable pour que toutes et tous subissent d’inimaginables épreuves.
Et alors que le grand incendie s’abat sur le continent, Grace, Malik, Robur, Syrrha et tant d’autres au milieu des ténèbres et des déshérités d’une société en délitement vont devenir les points de départ d’une histoire, d’une légende, d’un mythe qui les dépassera…

 

Mon ressenti : 

Demain, les origines, c’est une sorte de gros fix-up en six livres couvrant la période 2042-2094, où l’on découvre que demain ne sera pas rose, mais franchement brun.

La fresque s’ouvre sur le Livre de Malik, véritable chronique du fascisme ordinaire. Dans une campagne faussement idyllique, au sein d’une ferme autosuffisante, un jeune insouciant et un vieux philosophe militant se découvrent une amitié solide… avant de buter contre l’absurdité et la bêtise d’un banal barrage policier. C’est là que le grain de sable enraye la machine : Malik, par sa passivité, réalise que son indifférence au politique l’a peut-être rendu complice de la situation.

Faire confiance à l’intelligence du peuple est aussi naïf que de faire confiance à celle des élus. Chez l’un comme chez les autres, il y a trop peu d’esprits soucieux du bien commun. La grande majorité œuvre pour son plaisir immédiat ou sa survie, c’est selon, sans se soucier du long terme. L’effondrement vient de cette irresponsabilité. Cette irresponsabilité a été accouchée par la démocratie. 
 

Le roman est âpre et noir, d’une violence froide qui ne nous épargne rien, surtout dans les deux premiers livres, sans doute les plus ardus. Le Livre de Grace nous entraîne encore plus bas que celui de Malik : dérèglement climatique, tempêtes de plastique, bidonvilles — une humanité qui n’en finit pas de toucher le fond. Une fois ce cap passé, le texte devient un peu moins dur, même si le monde, lui, continue de s’aggraver. Des respirations apparaissent aussi grâce aux interventions d’un narrateur gouailleur et narquois, presque mauvais esprit, ce qui n’est pas pour me déplaire.

La force du roman tient, pour moi, à deux éléments. D’abord l’écriture, et les styles variés donnés à chacun des livres qui composent l’ensemble. Ensuite, la manière dont ces cinquante années de futur nous sont montrées à travers des destins liés au drame initial. La catastrophe reste à hauteur humaine : intime, incarnée, et du coup d’autant plus crédible.

Quand pose-t-on le point final d’une histoire ? Il me semble que je dois parler de mon frère, de Grace, de ce qu’il advint de Prima, mon récit doit intégrer le leur. Ma vie s’est poursuivie. J’ai traversé tant de crépuscules, vu tant de matins, tant d’innocents tombés pour rien, de salauds récompensés. Et il y aura d’autres matins. Les vivants baladeront leur inconséquence ; les morts inconsolables auront peur de l’oubli. Des innocents tomberont. Il y aura toujours d’autres matins. C’est impardonnable. Rien ne devrait survivre à la mort des innocents. Quelqu’un avait écrit : « Il nous faut apprendre l’indifférence de l’univers, son indifférence à la persistance des chagrins, à la permanence des fautes, à la comptabilité défaillante des actes humains. L’apprendre, c’est-à-dire l’éprouver dans sa chair par la blessure fondatrice de l’injustice. »

Sur le fond, c’est le trio Religion–Pouvoir–Science qui mène la danse vers le pire. On y croise un scientifique à l’éthique inexistante, une sainte loin d'être sainte et un petit dictateur rêvant d’un "monde pur" (non pas l’air, mais la race). L’auteur pousse à se demander ce qui fait de nous des monstres ou des prophètes, et s’il nous reste encore une part d’humanité dans cette survie permanente.

Deux bémols toutefois. Le symbiote, d’abord, qui casse un peu le réalisme construit jusque-là. Et surtout le dernier texte, le Livre de Syrrha, sorte de spin-off où l’auteur nous entraîne dans un château peuplé de personnages étranges attendant la fin. L’idée ajoute un niveau de lecture intéressant, mais laisse aussi l’impression d’un élément tombé un peu comme un cheveu dans la soupe.

Allez-y, je vous en prie, ça ne fait rien, dit-elle. Donc, nos amis sont des littérateurs. Les littérateurs sont dangereux. Ils ont l’habitude que le monde se plie à leurs caprices. Quand ils ont le pouvoir, ils ne supportent pas que la réalité se rebiffe. Ils la tordent au besoin, ils finissent par devenir autoritaires. L’autoritarisme est l’inclination naturelle des auteurs.


Le titre Demain, les origines peut se lire de deux façons : rappel que nous sommes à l’origine de l’apocalypse à venir ; ou questionnement sur ce qui nous a menés à cette catastrophe d’un futur proche dont on avait un aperçu dans Mausolées. (Pour les habitués de l'auteur, Demain, les origines est une pièce importante reliant les livres, du Baiser de la nourrice aux Nefs de Pangée.)
 

Un gros pavé dont la noirceur ne doit pas faire peur. Car malgré tout, des lueurs d’espoir persistent. Et tant que nous lisons, c’est que nous sommes encore vivants !
Un de ces romans qu’on referme un peu sonné, avec l’impression d’avoir vécu le futur. Un futur qui se traverse à hauteur humaine, profondément incarné. Sombre, brutal parfois, mais intensément humain — et impossible à lâcher : un pavé dont on ressort étrangement vivant. Une SF noire, intime et crédible. Et un vrai coup de cœur.

Encore un doute avant de plonger dans ce demain ? Ecoute le podcast de C'est plus que de la SF en compagnie de Christian Chavassieux.

"Plus qu'un roman !
Quand l'éditeur Davy Athuil nous avait teasé ce roman en mai dernier, notre curiosité avait été plus que piquée. Un auteur qui propose une histoire d’un futur à la française, et qui démarre avec un gros pavé de 600 pages, ne pouvait que nous réjouir.
L'univers et surtout la plume de Christian Chavassieux avaient déjà été remarqués avec Les Nefs de Pangée. Avec Demain, les Origines, il nous séduit par ses ambitions littéraires autant que par la qualité de l'écriture.
Divisée en plusieurs actes, cette tragédie effraye aussi par sa vision pessimiste et radicale de l'avenir. Demain, les Origines est à nos yeux le meilleur roman imaginaire français 2025. Et nous prendrons plaisir à le défendre !"



Si vous voulez plus d'infos sur l'histoire un peu particulière de ce livre


La dissonance

février 16, 2026

Shaun Hamill, Albin Michel Imaginaire, 2025, 640p., 13€ epub sans DRM


L'amour. Que dis je, l'AMOUR est capable de soulever des montagnes. Et une bonne pipe est capable de donner une âme !


Pitch de l'éditeur :

Quand ils étaient adolescents, dans la petite ville de Clegg, au Texas, Athena, Erin et Peter ont appris à maîtriser la Dissonance, une magie qui exploite les émotions négatives – isolement, colère, mal-être, jalousie… Hal, leur ami, s’est quant à lui découvert capable de se projeter dans un lieu a priori inaccessible : le Temple de la Douleur. Puis un drame les a séparés et les trois survivants se sont dispersés à travers le pays. Sans doute pour oublier, passer à autre chose. Vingt ans plus tard, prisonniers de vies banales, les voilà invités à retourner à Clegg pour clore le chapitre le plus douloureux de leur existence. La Dissonance leur permettra-t-elle d’éviter une nouvelle tragédie ou, au contraire, accélérera-t-elle l’inévitable ?


Mon ressenti :

Quatre ados malmenés par la vie se découvrent un pouvoir qui va les marquer à jamais et leur inculquer cette fameuse maxime : de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Et une bonne pipe implique d'avoir une bouche (et un peu de magie au bout de la langue).

Le titre La Dissonance résume parfaitement mon ressenti : c’est discordant. Autant l’histoire se lit d’une traite, autant elle est remplir de maladresses. J’ai suivi les mésaventures de ce quatuor avec plaisir ; le découpage entre leur adolescence et leur vie d'adultes ratés vingt ans plus tard fonctionne très bien et donne envie de tourner les pages pour comprendre ce qui a foiré.

Malheureusement, cela ne compense pas un système de magie peu crédible, « ta gueule, c’est magique ». Les vies amoureuses et leurs revirements émotionnels m’ont clairement saoulé. Ces romances adolescentes font dérailler le récit principal sans rien apporter, voire l’alourdissent.

Certaines thématiques, comme le racisme ou l’obésité, sont abordées sur quelques pages puis oubliées pendant des centaines de pages, pour ne réapparaître que par intermittence, ce qui donne un rendu plutôt bancal. Sans oublier quelques retournements de situation étonnants et des deus ex machina.

Mon avis se focalise grandement sur ces défauts, alors qu’ils ne représentent que peu de place dans le roman, mais cela révèle ma frustration alors que ce roman se lit facilement, qu'il est plaisant, mais qu’il aurait pu être beaucoup plus.

Ce que je sais désormais, c’est qu’en cas de danger apocalyptique, conter fleurette, rouler une pelle ou faire une pipe semble être une nécessité absolue pour sauver sa peau, voire le monde.

Kyklos

février 09, 2026

Jean Christophe Gapdy, Franck Selsis, Rivière blanche, 2026, 318 p., 22€ papier

 
Kyklos, une planète en trois dimensions

Pitch de l'éditeur : 

Lorsqu’il jaillit dans un système totalement inconnu, le vaisseau spatiographe Marmaréen se retrouve face à une planète dont l'étrange climat sépare les deux hémisphères aux saisons extrêmes d'une infranchissable ceinture glacée équatoriale. Contraint de séjourner sur ce monde curieusement habitable et peut-être habité, son équipage va avancer de surprise en surprise au cœur de celle qu’il a baptisée Kyklos.

 

Mon ressenti : 

Pour une fois, le résumé est très bien fait : je peux donc passer directement au cœur du sujet. Disons-le tout de suite : ce roman m’a à la fois enchanté… et parfois franchement horripilé. Le roman suit l'équipage, mais aussi les points de vue de trois espèces d’êtres vivants sur Kyklos. Et ce sont clairement ces dernières que j'ai le plus aimé.
Le récit est réaliste, renforcé par le fait que la planète a été simulée par l’astrophysicien Franck Selsis bien connu de la sphère SF, intégrant des données sur les vents, les précipitations ou encore l’évolution de la banquise. Cette approche « hard SF » permet de découvrir un monde cohérent, où la géographie dicte directement les conditions de survie.

L’obliquité de Kyklos est plus ou moins comparable à celle d’Uranus : les pôles se retrouvent à l’équateur, et inversement. À cela s’ajoute l’existence d’une immense bande de terre, surmontée de hautes montagnes, qui fait presque le tour du globe et le scinde quasiment en deux. De quoi imaginer l’évolution de deux biosphères distinctes, séparées depuis des millénaires. Car ce qui fait le sel roman réside dans sa faune et sa flore, fondées sur une organisation tripartite : des êtres dotés de trois ou six membres, de trois yeux et de trois mâchoires. L’auteur évite aussi l’écueil classique des extraterrestres parlant humain ou traduit par une IA magique : les aliens de Kyklos communiquent par des flux sémiochimiques, les savoirs sont stockés dans des polyèdres de souvenirs, les xiomps, que les individus peuvent « inhaler » pour revivre l’histoire de leurs ancêtres. Bref, l'anthropocentrisme ne fait pas réellement parti du livre. Cette mémoire olfactive permet de connaitre le périple de Klisj, Mklihis et Hanjna, 6 000 ans plus tôt, et offrant une perspective sur l’évolution d’espèces conscientes sur le long terme.

Au delà de l'aventure, le roman interroge notre rapport à la découverte. Face à la richesse de Kyklos et à l’émergence de civilisations comme les Adüßs qui pratiquent l’élevage et développent des formes d’art, l’équipage humain se retrouve face à un dilemme moral : observer ou coloniser ? Faire disparaître cette découverte ou prendre le risque que l’humanité anéantisse ces formes de vie ?

En parallèle, on suit cet équipage humain étrange, dont on ne sait presque rien au départ. Le couple semble détester les adolescents, sans que l’on comprenne immédiatement pourquoi. Les éléments de réponse arrivent progressivement, mais je n’ai jamais vraiment cru à ces personnages, que j’ai trouvés creux. Chacun vit dans sa bulle, sans réelle dynamique collective. Bref, ce sont les humains qui m’ont le plus embêté dans cette histoire.

Malgré ce bémol humain (et cette couverture…), Kyklos reste une aventure dépaysante, et j’ai quitté cette planète à regret.
A la fin du roman, Jean Christophe Gapdy, Franck Selsis nous expliquent la genèse du roman et c'est particulièrement intéressant : cela éclaire à la fois la manière dont une idée de fiction peut naître, et propose une vulgarisation des effets de l’obliquité sur le climat et les saisons.


Si tu as un doute, n'hésite pas à aller lire les infos sur Kyklos sur le site de l'auteur : 
https://jc.gapdy.fr/index.php/univers/kyklos

Hautes tensions : 9 scénarios pour penser nos futurs énergétiques

février 04, 2026

Romain Lucazeau, Marguerite Imbert, Olivier Paquet, Amaury Bündgen, Lloyd Chéry, édition Tallandier, 2025, 144 p., 21€ papier


À lire à 19 degrés : prospective sous contrainte énergétique

Pitch de l'éditeur : 

En nous propulsant en 2040 et jusqu’en 2150, le recueil Hautes Tensions propose neuf scénarios se déroulant dans le « monde d’après » la transition énergétique et environnementale. Ces histoires (huit nouvelles et une bande dessinée) sont le fruit d’un travail inédit entre des auteurs de science-fiction, des dessinateurs et des experts de la prospective et de l’innovation d’EDF. Tantôt dystopiques, tantôt contemplatives ou satiriques, elles offrent une nouvelle manière d’aborder les enjeux énergétiques et géopolitiques. Que se passerait-il si chaque citoyen produisait sa propre énergie ? À quoi ressemblerait une société sans énergie fossile ? Et si le climatoscepticisme devenait la norme ? À quoi ressembleront nos ruines du monde des énergies fossiles, quand nos sociétés utiliseront pleinement le potentiel de l’électricité ? Et si les géants de la tech devenaient fournisseurs d’énergie gratuite ? Autant de questions – parfois radicales, toujours plausibles –, auxquelles ces scénarios nous invitent à réfléchir.

Mon ressenti :

Grand habitué des textes de science-fiction, je le suis nettement moins en ce qui concerne les livres de prospective commandés par de grands groupes. J’étais pourtant intrigué par ces commandes institutionnelles. Il y a quelque temps, je voulais lire le résultat de la Red Team : l’armée avait demandé à des auteurs de SF d’imaginer des scénarios futurs. Mais le prix du bouquin, financé par l’armée — elle-même financée par mes impôts — m’avait fait jouer l’objection de conscience. Ici, c'est financé avec le paiement de mes factures EDF, et en plus c'est un service de presse. Et ce recueil, Hautes tensions, a tout de même un petit goût de Red Team, avec des auteurs y ayant participé.

Avouons-le : j’ai plus tendance à lire de la SF des petites gens, de la contestation, de la pensée critique. Ici, on est plutôt à l’opposé : cols blancs et grosses entreprises. Je ne vous le cache pas, ça fait bizarre à la lecture. J’avais parfois l’impression d’être en terre étrangère, à découvrir des us et coutumes aliens, étranges, incompréhensibles.
Et puis, une fois cette étrangeté acceptée, on parcourt avec plaisir ces différents textes. On découvre une pensée radicalement différente, celle des gens de droite, et cela permet de confronter les points de vue. Même mon côté mauvaise langue fut parfois pris de court, avec des textes plutôt à gauche. Ce n’est pas encore aujourd’hui que je prendrai ma carte au MEDEF, mais découvrir des opinions différentes s’est révélé intéressant et instructif.

Le livre s’ouvre sur une courte BD, Nihil novo, montrant le discours corporate d’un grand entrepreneur américain. Son business plan ? Rien de bien nouveau. Mais difficile de le reprocher à la BD au vu du titre. Certains réussiront toujours dans la vie : sans éthique, la vie est plus facile.

Premier bon point : une illustration couleur ouvre chaque texte. Je les ai trouvées plutôt bien réalisées et en rapport avec les nouvelles.

La remédiatrice
Futur proche. La France a su, grâce à l’énergie nucléaire, passer la crise de la fin des hydrocarbures. Dans un monde désormais plus vert, de vastes zones urbanisées doivent être démantelées et rendues à leur état primordial. J’ai un peu de mal à croire à cette utopie où l’homme rendrait vraiment la nature à la nature. Quoi qu’il en soit, c’est optimiste et ça donne envie de lire jusqu’au bout.

Le dernier oil angel
À la campagne. Alors que le monde entier s’est converti à l’électrique, un vieux briscard continue de polluer l’air avec son deux-roues. C’est drôle et cocasse, ça retourne un peu les rôles : les écolos sont la norme, les hydrocarbures les marginaux. Seul bémol : ça sonne un peu comme « la modernité a toujours raison ».

Le péril blanc
Un train peut en cacher un autre.
Rassurez-vous, les Blancs ne vont pas envahir notre chère patrie. Le péril blanc, c’est l’extraction de l’hydrogène dit blanc dans les collines du Luberon. Sur le site d’extraction, une alarme retentit. Catastrophe industrielle, réseaux sociaux et piratage informatique : les bureaux de gestion d’EDF sont sur le pied de guerre. Nous sommes ici dans le silence feutré des pôles de décision.

Hello Juno
Un géant de l’électricité doit annoncer la hausse de ses tarifs à la télévision. Mais sa maison connectée va lui jouer des tours. Une nouvelle absurde et pleine d’humour.

Les vieux pots
Futur proche. Le réarmement démographique n’a pas eu lieu et les compétences, connaissances et expériences des spécialistes risquent de se perdre. Un nouveau programme est lancé : les retraités forment des IA. Un sujet intéressant, dont le traitement m’a étonné. Le résultat est une pochade branlante d’espionnage. Bof.

Tarjak sur Mirador
Dans un coin reculé, une prison voit arriver un militant extrémiste condamné à une lourde peine. Je disais en introduction que cela faisait étrange de lire un livre de droite : voici l’exception. Une sorte d’apocalypse utopique. Plaisant à lire et crédible, malgré le côté conte.

L’étrange rêve d’Abou 
Un village perdu et un bistrot où presque personne ne vient, subventionné par le conseil régional. Perplexe au début sur l’idée de ce texte — le réseau électrique comme lien entre les habitants — j’ai finalement apprécié cette nouvelle qui mêle autosuffisance, classes sociales, réfugiés climatiques et service public. Dans une veine utopiste qui montre que, même lorsque le monde devient une somme d’individualités, on peut toujours faire société.

La guerre de la Rance
Dans deux siècles, l’État n’existe plus et la France ressemble au Moyen Âge. Nous assistons à la bataille d’une place forte. Dommage de finir par ce texte, qui manque cruellement d’originalité et d’enjeux.


Résultat des courses, c'est bien mieux que ce à quoi je m'attendais : j'avais peur de l'ébauche de scénarios, sans véritables univers, ni personnages caractérisés, et au final, l'immersion fonctionne très bien. Seul bémol, ce n'est pas l'originalité pour les lecteurs de SF, loin de là. Le prix est cher pour le contenu, mais sache qu'une fois lu, cela peut servir de combustible à ta cheminée, de quoi faire baisser ta facture électrique...


Lloyd Chéry fait sa propre pub dans son podcast, à écouter ici

Le maki a plutôt bien aimé : "l'ensemble reste captivant, il soulève un questionnement légitime, propose des solutions sciences-fictives plausibles "


Clapotille

janvier 28, 2026

Laurent Pépin, Fables fertiles, 2024, 128 p., 18€ papier

 

Le triptyque se referme. Et ça clapotille fort.

 

Pitch de l'éditeur : 

Après tout, il habitait encore dans un coin de ma tête, quand je suis apparue sur cette plage, sur le sable enneigé, peut-être qu’il a éclos comme ça, lui aussi, sur une autre plage, ou dans un lac, sous la montagne, dans un océan de coquelicots, ou parmi les feuillages ardus d’une forêt de ventilateurs.

 

Mon ressenti :  

Les contes, c’est pour les enfants. Version Disney, peut-être. Mais jadis, les contes n’étaient ni sages ni mièvres. Et ça, Laurent Pépin ne l’a pas oublié.

Monstre + Ogresse = ?

Avec Clapotille, l’auteur referme son triptyque monstrueux. Après le père dans Monstrueuse Féérie, après la mère dans Angélus des Ogres, voici la fille. Et avec des parents comme les siens, on s’attend forcément au pire.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture qui fait la singularité de cette trilogie, qui ne cherche pas à expliquer mais à faire ressentir : un pied dans le conte, l’autre dans quelque chose de plus inquiétant, entre féerie fragile et cauchemar. Clapotille clapotille justement entre les deux, sans jamais choisir son camp. Le cœur du livre, c’est le lien entre Clapotille et son père. Elle ne cherche ni à le réparer ni à le normaliser. Elle fait avec ce qui est cassé. Alors elle fabrique des rêves, elle pose des pansements sur les trous de la mémoire.

Psychanalyse des contes de monstres

Car ici, rêver est devenu un délit. La société, au nom de la raison, de la santé publique et du “bon fonctionnement”, a interdit tout ce qui dépasse : la musique, la littérature, l’émerveillement… jusqu’à la météo. Les Briseurs de Rêves veillent. Rêver est suspect. Rêver est puni.

Pépin pousse encore sa critique de la normalisation des esprits. Te dire que j’ai tout compris ? Je ne m’y risquerai pas - et je ne pense pas que ce soit le but. Son écriture est une décompensation poétique assumée. Quand Clapotille est malade, elle ne crache pas des mots : elle crache de l’or et des pierreries.

Je me suis encore dit que ce livre n’était pas pour moi. Et encore une fois, Pépin m’a eu. Parce que ce n’est pas un roman sur la “psy”, mais un livre sur le deuil, la survie, et les fictions qu’on invente pour rester debout dans un monde qui préférerait nous voir bien rangés.

Clapotille est une ode aux sans, à ceux qui ont dû inventer un “truc”, un rêve, une fable, une folie, pour tenir debout. Une conclusion sombre, marquante, mais surtout pleine d’espérances.


"Laurent Pépin dit l’indicible" (L'épaule d'Orion), "un antidote à l'uniformisation ambiante et un chant d'amour à l'imagination" (Weirdaholic)

Les rencontres oniriques d'Elric Marvie

janvier 21, 2026


Eric Marie, autoédition, 2024, 187 p., 5€ epub sans DRM


Un voyage onirique réussi… à condition d’avoir grandi sans Google et avec une télé cathodique. 

Le pitch de l'éditeur : 

Je tiens à vous mettre en garde, tous les faits énoncés qui vont suivre sont rigoureusement exacts. Par-ci, par-là, quelques enjolivures ont trouvé une accointance avec les mots, mais rien qui ne saurait dénaturer la vérité. Si le cœur vous en dit, par vos propres recherches, vous pourrez marcher sur les traces d’un voyageur peu ordinaire qu’un heureux hasard m’a permis de connaître, d’apprécier, j’ai nommé : Élric Marvie.
Son moyen de transport : Les Rêves.


Mon ressenti : 

Elric Marvie fait du rêve lucide comme d’autres font leurs courses. Il se retrouve dans les contrées oniriques, il cavale, croise des tronches connues et nous raconte tout ça, à la frontière du songe, de la mémoire et de l’hommage artistique.

Mais à force de lire les différentes nouvelles, une question s’impose : quel âge à l’auteur du livre ? Centenaire je pense car au vue des célébrités du recueil : Philippe Noiret, Alain Bashung, le mime Marceau, Sophie Daumier, Queen, Raimu, Romy Schneider ; bref, on navigue clairement du côté des références d’avant les années 80. Un choix assumé, sans doute, mais qui risque de laisser une partie du lectorat plus jeune un peu sur le bas-côté. Et même moi, qui ne suis pas exactement de première fraîcheur, certaines figures m’étaient inconnues, ce qui m’a parfois empêché d’en saisir toute la saveur. 

La mécanique est efficace mais répétitive : Elric s’éveille sans trop savoir où ni quand il se trouve, puis quelques indices disséminés permettent d’identifier peu à peu une époque, une scène de film ou une personnalité culte. C’est bien mené, l’humour affleure avec légèreté et la plume est agréable, mais la succession des rêves finit par donner une impression de déjà-lu. Et j’avoue que j’ai senti mes paupières lourdes à force de me dire « encore un rêve années 70… encore une star d’avant l’Internet ».

Par contre le chapitre 10, là…. La rencontre avec William Sheller (oui, lui aussi il est vintage) se démarque toutefois nettement. Il quitte le registre de l’hommage nostalgique pour proposer une scène plus inattendue : une attaque aussi absurde que réjouissante de drones vivants, qui apporte un peu de fraicheur au recueil.

Ayant dit déjà assez de mal, je ne parlerai pas de la couverture du recueil !

D'autres avis, positifs, sur le site du Galion des étoiles


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