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Dans ma maison sous terre

mars 17, 2026


Nicolas Martin, Esquif édition, 2025, 56p., 5€ epub sans DRM



Dans ma maison sous terre
O ma wé ! O ma wé !
O téo téo ouistiti !
O téo téo ouistiti !
One two three !


Pitch de l'éditeur : 

Un jeune homme vient recueillir les derniers mots de Jonas, son grand-père, ancien mineur. Il vit en ermite dans une bicoque à flanc de colline, près des galeries condamnées. Il est à bout de forces, et son corps présente des anomalies physiques étranges.
Au fil de son récit, Jonas dévoile la vérité secrète qui les lie à la mine. Car la présence du garçon semble avoir réveillé quelque chose jusqu’ici endormi. Quelque chose de terrible. 

 

Mon ressenti :

Même si j'ai mis en exergue cette célèbre comptine entraînante et joyeuse, pas de cela ici. Le texte de Nicolas Martin est une immersion horrifique dans les entrailles de la Terre.

L'histoire nous entraîne dans les coulisses de la fermeture des mines et ses conséquences sur la vie des ouvriers. On lit en fait le journal de Joseph, un jeune chercheur venu sur les traces de son passé familial et syndical. Il va y découvrir l’inimaginable.

J'ai beaucoup aimé le côté social qui transpire tout au long de cette nouvelle. La réalité des mineurs ma semble bien décrite. La silicose, rebaptisée ici "le souffle noir", prend une toute autre ampleur : ce n'est plus seulement une maladie , c'est une possession cosmique !
Mention spéciale aussi aux grondements sourds qui parcourent le récit. Ces "vibrations de l’espace-temps", une allusion aux ondes gravitationnelles, donnent une version horrifique à leur existence. Désormais, lorsque j’entendrai parler de détection d’ondes, je tremblerai face à l’imminence de l’inéluctable.

Par contre, alors que je trouve que d’habitude Nicolas Martin sait créer une atmosphère et des personnages auxquels on s’attache, je n’ai pas retrouvé cela ici et cette émotion m'a manqué. Les personnages sont inexistants, comme déjà sédimentés. Au final, l’horreur qui arrive ne m’a pas vraiment ému au-delà de la curiosité. C'est dommage car le texte est construit parfaitement (voir l'analyse de Weirdaholic)

Second bémol qui n'est pas de la faute de l'auteur : l'édition électronique est un peu bancale. Le texte est composé de documents divers (rapports médicaux, transcriptions orales, journal de Joseph) et leur retranscription n’est pas toujours claire dans la mise en page numérique, obligeant parfois à revenir en arrière pour comprendre qui parle.

Interview par la librairie Mollat

Dans cette vidéo, Nicolas Martin évoque un hommage inconscient pour le titre au roman de Chloé Delaume. Mais je ne suis pas dupe : l'explication la plus rationnelle reste bien la comptine. Une fois en tête, cette ritournelle devient une petite pierre sous la langue que l'on ne peut plus cracher ! 😂

Première déception donc avec l'auteur. Pas grave, je crois que je vais bientôt me régaler :

Source : Bluesky



Fragile/s

août 22, 2024

Nicolas Martin, Au Diable Vauvert, 2024, 432 p., 13€ epub sans DRM



Parfois, une goutte de sueur te glace le dos en tombant entre tes omoplates. Le roman de Nicolas Martin est cette petite goutte. Il aurait pu n'être qu'un simple roman engagé, mais il ne perd jamais de vue ses personnages, à la manière d'un Robert Charles Wilson, nous montrant la grande Histoire à travers la petite.
Pour moi, c'est un grand roman, de ceux que l'on relit pour ne jamais oublier que nos vies sont décidément très fragiles.

Pitch de l'éditeur :


Dans une France où la fertilité s’effondre et la majorité des naissances sont touchées par le syndrome de I’X fragile, Typhaine, élue par le très sélectif Programme expérimental de génoembryologie grâce à la position de son mari, accouche d’un garçon sain. Mais l’étonnante progression cognitive de son fils est bien vite aussi inquiétante que le contrôle dont font l’objet les mères, alors que le pays bascule dans la dictature…




Mon ressenti :


Un petit garçon en bonne santé ! Pourtant, alors que l'échographie est positive, la mère est effondrée. En deux pages, j'étais captivé, cherchant à comprendre pourquoi cette mère était si atterrée. Quelques pages plus tard, le tableau s'éclaircit : une épidémie touche toutes les naissances, presque plus de garçons, pour la plupart infertiles, et des filles frappées par le syndrome de l'X fragile. Dans un État dirigé par des patriotes, les droits s'amenuisent. Tiphaine est juriste dans l'aide aux migrants, tandis que Gauthier gravit les échelons du parti qui propose un programme spécial "naissance"...

Ce fut une photo de Romeo qui la trahit. Une photo du petit garçon, un peu floue, prise à distance, qu'Aissatou avait mise en fond d'écran de son hololink. Quand Typhaine la vit, un soir, sur le plan de travail de la cuisine, elle ne dit rien à Aïssatou. Elle savait que jamais la jeune Malienne n'aurait pris ce risque seule. Jamais elle n'aurait pu avoir accès aux horaires et aux déplacements de Roméo sans aide. Elle s'en ouvrit le soir même à Élisa, en tête à tête. Bien sûr, elle était inquiète. Inquiète pour Aïssatou, pour Roméo avant tout. Si ces visites secrètes étaient découvertes, la jeune femme perdrait tout lien, définitivement, avec son enfant. Inquiète également pour son amie, qui jouait là sa liberté, peut-être sur le très long terme. Mais également fière. Fière qu'Élisa ait le courage de faire ce à quoi elle-même avait renoncé : passer à l'acte, s'opposer à cet ordre social infect, résister à cette oppression à laquelle tous s'étaient conformés, dont elle. Ce techno-cocon autoritaire, individualiste, dans lequel plus personne ne bougeait de peur de perdre le confort acquis, où la solidarité n'était qu'un vieux souvenir, et où la vie avait cédé la place à la survie et à la peur de l'autre.

Soyons honnêtes, j'aime Nicolas Martin, et tu pourrais douter de mon objectivité à propos de son premier roman. De plus, il le publie aux éditions Au Diable Vauvert, maison d'édition où j'avais découvert la trilogie "Jéhovah" de James Morrow, mes premiers grands formats il y a bien longtemps. J'avais adoré leurs couvertures, leur mise en page. Retrouver un de leurs livres trente ans plus tard me rajeunit. Bref, tout concourait à me faire passer un très agréable moment de lecture, d'autant plus que j'avoue avoir eu la chance de lire une version bêta de ce roman il y a quelques mois, déjà très prometteuse. Et pour finir, je figure dans les remerciements, ce qui achève de compromettre mon objectivité.



Je parle de moments agréables, mais ce n'est pas le bon terme, car l'univers décrit est sombre, oppressant ; c'est une anticipation qui pourrait bien devenir réalité, au vu des résultats électoraux récents, avec une montée inquiétante de l'extrême droite. Ce roman interroge aussi nos convictions et la facilité avec laquelle elles peuvent être bafouées. Ce couple de petits bourgeois pourrait bien me ressembler. Ce n'est pas un roman agréable, mais il est très réaliste, très bien écrit.

Ne jamais oublier qui nous sommes, d'où nous venons, dans quel monde nous souhaitons vivre. Cette vision, il l'avait bradée pour son profit, pour son bénéfice, pour son avenir à lui. Et celui de son fils. Quitte à piétiner nos valeurs. Quitte à piétiner notre passé.
Quitte à me piétiner, moi.

On suit ce couple à deux moments de leur vie : la naissance de leur fils sain, et leur vie d'avant, avec la naissance de leur fille fragile douze ans auparavant. Deux périodes pour mesurer la fragilité de leur vie, de leurs convictions.
Un mélange de La Servante écarlate et du film Le Village des damnés, moderne, réaliste et addictif. Une fois commencé, il est impossible de le lâcher. L'auteur ne perd jamais de vue ses personnages, et c'est ainsi que la petite histoire rejoint la grande, comme dans les romans de Robert Charles Wilson, un autre de mes auteurs favoris, dont la référence est ici pleinement assumée, ce qui m'a arraché des cris de plaisir.

Cette génération qui a cru que face au coup de force institutionnel, il était encore possible de faire entendre la voix du peuple, que l'heure de la révolution était sur le point d'advenir. Cette génération dont il ne subsiste aujourd'hui plus aucun témoin, et dont les luttes se sont fracassées sur la répression brutale et meurtrière d'un pouvoir totalitaire à qui tous les gouvernements précédents avaient préparé le terrain. Nous sommes d'une autre génération, tardive, timorée, apeurée. Celle qui est née bien après la reconquête autoritaire, l'échine courbée. Celle pour qui il est devenu dangereux de contrevenir. Celle pour qui il est devenu honteux de penser. Celle pour qui l'abdication n'est pas un choix, mais une fatalité.
Nous étions pourtant convaincus que nous serions plus solides. Plus intelligents, plus évolués que le système.
Quelle blague.

Les relations mère-enfant y sont bouleversantes, avec une mère qui aime sa fille fragile et hait son fils parfait. Peu à peu, elle perd pied, devenant psychotique, sa vision se brouille : réalité ou hallucinations ? Un livre qui donne une place centrale aux femmes et à la maternité, à l'immigration et au handicap de manière très juste. Je ressors de cette lecture avec des sentiments ambivalents : un magnifique roman qui fait terriblement peur, surtout en ces temps troublés. Merci Nicolas.


Mais à cette époque, nous pensions que ça ne pouvait être que temporaire. Que statistiquement, mathématiquement, logiquement, le vent allait tourner. Qu'ils finiraient inévitablement par chuter. Que cette période était une erreur, une parenthèse malheureuse. Que le bon sens, l'humanisme, la coopération, la solidarité ne pouvaient que revenir, parce que toutes ces valeurs nous sont intrinsèques. Elles sont ce qui nous définit en tant qu'espèce. Je le savais, Gauthier le savait. Quelle que soit l'amertume de la pilule, nous serions plus forts que ce système oppressif.
Après tout, l'Histoire nous montre que les dictatures, les pouvoirs autoritaires finissent toujours par être renversés.
Et l'Histoire se répète, n'est-ce pas ?

L'Histoire se répétait peut-être.
Avant.
Jusqu'à l'effondrement.
Aujourd'hui, l'Histoire cesse de se répéter.
Elle s'achève.

"Fragile/s séduira les amateurs de dystopies à la recherche d'une lecture immersive et haletante" - dixit Le Maki -- et "invite à une réflexion profonde sur les limites de la science et de l’éthique, et met en lumière les dangers de l’eugénisme et des régimes autoritaires" selon Aude.

Avec un blog nommé L'épaule d'Orion, il fallait se douter qu'un jour, un écrivain ait besoin d'une épaule où déposer ses tourments...

Bifrost n.113. Intelligence artificielle : le futur rêve-t-il toujours de moutons électriques ?

mai 23, 2024

Bifrost, Le Bélial, 2024, 192 p., 6€ epub sans DRM


Le futur rêve-t-il toujours de moutons électriques ?
Ce qui est sûr, c'est que notre présent est électrique et notre avenir incertain...



Le Charme discret de la machine de Turing, de Greg Egan
Malgré de bons résultats, Dan est licencié sans préavis, pour être remplacé par une IA, sur le champ, tandis que le crédit de la maison continue. La maîtresse de sa fille est remplacé par un programme informatique, tandis que sa femme est remplacée par un assistant de soin.
Egan prend son temps pour nous faire connaître ses personnages et leur quotidien bouleversé. Par petites touches, on explore leur entourage. Des tranches de vie assez éparses et diverses jusqu'au dénouement qui rassemble le puzzle de très belle manière. Brillant

Renaissance, de Jean-Marc Ligny
Quoi, un texte de Ligny sur les IA ?! Mais qu'à t'il fait de sa climatique fiction ? Pas d'inquiétude, nous sommes bien dans l'univers de ses derniers textes, quelques temps après la catastrophe écologique et climatique, les âges sombres. Ces derniers textes n'étaient pas très gaies, même si on décelait dans le recueil Dix histoires des âges sombres quelques nuages noirs qui s’étiolaient au loin. Ici on est quasi dans le Hope punk. Le pitch ? Un étranger explique comment il est arrivé dans ce camp nomade. Un très bon texte qui ne regarde pas d'un oeil noir les IA, c'est assez rare pour le signaler. Un vrai conteur ce Ligny

RêveVille, de Thierry Di Rollo
Une vie de rêve demande bien quelques sacrifices.
Une ville parfaite, des citoyens parfaits, le tout géré par des IA. Tout va bien, mais la disparition des ombres restent inquiétant. J'ai souvent du mal avec le style de Di Rollo, et cette nouvelle ne déroge pas à la règle. 

Rayée, d’Audrey Pleynet
Une épidémie se propage...
Premier réflexe, encore un succédané de post apocalyptique. Mais l'autrice nous concocte un univers assez original. Nous sommes en plein confinement et nous découvrons ce monde déliquescent. Pourquoi ?comment ? c'est le but de la nouvelle, je ne dévoile donc rien. Crédible et réaliste, autour du sujet de l'IA et aussi du bouc émissaire. Très bon texte.



Le cahier critique ne m'a pas donné envie de découvrir de nouveaux textes, même si Les nomades du fer me fait un peu de l'oeil. Le "parole de" donne la parole à l'illustratrice Saralisa Pegorier qui a oublié de mettre un soutien gorge à la couv' du dernier Bifrost et qui a fait couler beaucoup d'encre et surtout de noms d'oiseaux. N'aimant pas son univers, difficile de m'immerger complètement, mais il est toujours instructif de découvrir les façons de travailler des uns et des autres.



Dossier Intelligence artificielle

Après un tour d'horizon historique sur l'IA dans les écrits, qui augmentera malheureusement votre PAL. 4 références pour moi : Jack Williamson avec la novellaLes Bras croisés et le roman Les Humanoïdes;  Fredric Brown et son conte « La Réponse »; Le Problème de Turing d’Harry Harrison et Marvin Minsky; Robopocalypse de Daniel H. Wilson,  Nicolas Martin fait de même côté audiovisuel. Trois références pour moi :  les film Génération Proteus et War Games, ainsi qu'une série de livres qu'il a mis alors que ce n'était pas sa partie !!!  Le Programme conscience de Herbert et War games. Des IA machiavéliques arriveront on aujourd'hui à des IA bienveillantes ? Il semblerait...
Suit une ne interview de deux auteurs, d'un éditeur et d'un expert sur le sujet. Un croisement des points de vue bienvenue qui permet de mettre en avant les problématiques de cette technologie. Un point de vue féminin aurait été bienvenue. Ceci dit les 4 interviews sont d'accord sur un point, la question du droit d'auteur est primordial.
Frédéric Landragin nous explique la pensée et la construction de l'IA. Ou plutôt des IA celle symbolique et statistiques. Très pédagogique et didactique avec de nombreux exemples pour comprendre la théorie. Suis une sélection de romans sur la thématique qui a renforcé mon envie lire Le Programme conscience, mais aussi 2001 l'Odyssée de l'espace.
Pour conclure, un texte d'Ada Palmer qui permet de voir une vision positive du progrès technologique, pour peu que le politique au sens large s'en empare. Vision que je partage.

Nous craignons que les artistes et les écrivains ne meurent de faim ? Ils sont déjà dans la misère, en raison d’un système de copyright inopérant qui favorise avant tout les monopoles. Nous craignons que l’image des acteurs soit récoltée gratuitement par les algorithmes pour produire ces histoires de superhéros pour collégiens ? Mais en réalité, presque tous les acteurs et actrices galèrent, cumulent souvent un deuxième boulot, sans moyen de gagner leur vie alors même que leur image ou leurs paroles se répandent dans le monde numérique. La plupart des profits générés par les tubes vont aux actionnaires, non aux musiciens. C’est là qu’est la véritable menace pour la prospérité humaine — pas chez l’IA.

La rubrique science donne la parole à Laurent Vercueil qui nous parle de l'énergie psychique, de l'ésotérisme qui a permît une invention réellement scientifique et encore utilisé aujourd'hui l'EEG en faisant le lien avec l'homme truqué, qui se confond avec l'inventeur Hans Berger dont on a récemment, en 2014, appris sa non détestation du régime nazi, alors que sa biographie suggérait le contraire...

La naissance du savoir : Dans la tête des grands scientifiques

novembre 06, 2023

 

Nicolas Martin, Les Arènes, 2023, 400 p., 25€


7 mois pour lire ce livre. 7 MOIS !
A chier donc ? Analysons ce résultat avant d'en tirer des conclusions hâtives.

Pitch de l'éditeur : 

Nicolas Martin a réuni les plus grands scientifiques francophones, celles et ceux dont les travaux ont un retentissement international : dix hommes, sept femmes, dix-sept disciplines. Dans ces entretiens exclusifs, ces cerveaux remarquables nous ouvrent pour la première fois leur « boîte noire ».
Ils nous racontent d’où vient leur vocation, les qualités nécessaires pour mener à bien des recherches dans leur domaine, quelles ont été leurs réactions face aux échecs ou aux fausses pistes, comment s’organise leur pensée et si le moment eurêka existe réellement…
Jamais un tel panorama ne nous a été offert.
Ce livre est une plongée dans l’intimité de savants pleins d’humilité, qui s’expriment à cœur ouvert, dans une lanque accessible à tous. Avec une grande générosité, ils partagent leur savoir et leur savoir-être. Une vision du monde en forme de kaléidoscope passionnant.

Mon ressenti :

Parfois, il faut se rendre à l'évidence. Pour moi, ce fut de me rendre compte que jamais les plus grands noms de la science ne passeront une soirée avec moi. Face à ce constat, je ne baisse pas les bras et j'essaye de trouver un moyen de contourner le problème. Comme ici avec ce livre de Nicolas Martin qui me permet de converser avec 17 intellos.
Ce livre a aussi été une première pour moi, celle de ma rencontre avec le livre de chevet. Des années que j'entends tel ou tel dire ce livre est mon livre de chevet. Mais moi je peux adorer un auteur, un livre, mais jamais je ne le considère comme un livre de chevet. Et puis La naissance du savoir est arrivé, avec ces 400 pages bien fourni, bien dense. Impossible de le lire d'une traite, j'ai donc picoré au fil du temps, m'arrêtant à chaque interview et reprenant ma lecture le moment idéal. Donc il restait 7 mois à côté de mon lit, sur la table de chevet. Voici donc la raison pour laquelle je ne sors mon avis que maintenant. 

Nicolas Martin : Quelle est la découverte dont vous êtes le plus fier ?
Etienne Ghys : Je vais en donner deux, si j'ai le droit. D'abord ma thèse. J'en suis très fier parce que personne n'a fait mieux sur ce sujet depuis plus de quarante ans. Aujourd'hui, j'aimerais bien la réécrire avec tout ce que je sais, parce que j'en sais beaucoup plus qu'à l'époque. C'est un de mes projets. Je pense que je l'expliquerais beaucoup mieux aujourd'hui. J'ai dit ça une fois à un de mes anciens étudiants qui m'a répondu que ça allait faire "vieux pépé qui écrit ses mémoires". J'étais un peu découragé. Néanmoins, j'aimerais bien revenir sur ma thèse. p.142


"Les sciences, c'est la vie". Voici comment se conclue la préface de Nicolas Martin. Je ne sais pas si c'est une allusion à la série Kaamelott, Le gras, c'est la vie, mais j'espère que je passerai un aussi bon moment que dans la série. (spoiler : oui)
Françoise Combes : Dans mon adolescence, j'ai lu des tas de livres sur des chercheurs, pas seulement en astrophysique. J'ai lu des textes sur Copernic, mais aussi sur Pasteur, qui faisait de grandes découvertes et améliorait le destin de l'humanité grâce à la vaccination. Tous ces chercheurs me captivaient. Moi aussi, j'avais envie de chercher. De trouver bien sûr, mais surtout de chercher. Ma vocation s'est construite autour de la curiosité. p.239


Dans ce genre d'exercice, l'interview, j'adore me demander ce que moi j'aurai répondu aux différentes questions, même si je travaille en dehors du domaine scientifique. Il y a des chercheurs dont on se sent plus proche, de par leur approche de la vie, de leur travail. Ainsi Evelyne Haier ou Sabrina Krief. Ou encore Etienne Ghys, mathématicien, excellent vulgarisateur et médiateur. Déjà il habitait dans ma région, issu d'une famille modeste. Son père travaillait comme imprimeur pour une revue, Hommes & Migrations, qui existe toujours et dont je suis abonné à mon taf. Son père était en outre sourd, une problématique qui me touche aussi de par mon travail. Bref des liens. Comme son parcours scolaire où ce sont plus ses facilités qui ont dicté sa scolarité qu'un choix délibéré : il a su qu'il voulait être mathématicien après son doctorat ! Il parle aussi des quelques profs, instits ou bibliothécaires qui l'ont marqué dans sa jeunesse.
Ou encore Jean Pierre Sauvage, que j'ai trouvé très humble malgré un petit prix reçu, le Nobel de chimie.
Il y a aussi celles et ceux qui ne jurent que par leur équipe, minimisant leur apport, démontrant la touche de leurs collaborateurs. D'autres qui aiment s'étaler à chaque question. Pas un n'est identique, même si une chose les rassemblent tous : l'amour de leur métier, la volonté d'aller au plus profond des choses pour comprendre notre monde. Pour la découverte et la gloire ? Non, souvent juste pour la compréhension. Nombreux sont celles et ceux aussi faisant le constat d'un manque de pluridisciplinarité et qu'il faut aller vers cet état de chose. Croiser les regards, les idées, les savoirs...



Marc-André Selosse : J'ai été trop frustré de voir des gens qui savaient plein de choses mais ne répondaient pas à mes questions, alors même qu'ils prenaient du temps pour me parler. Ils n'étaient pas clairs. En réalité, ils se situaient de leur point de vue et non du point de vue de leur interlocuteur. Cette frustration me fera mûrir. p.265


Alors comment devenir un grand scientifique ? La curiosité et la compréhension semblent être partagées par l'ensemble des interviewés. Du moins c'est ainsi que je le ressens. En tant que lecteur de science-fiction, impossible de ne pas remarquer que certains citent des écrivains de SF ou ayant traité ce genre.

Un ouvrage accessible qui tente de faire le tour d'horizon du domaine scientifique (allez lire la préface de Nicolas Martin). J'ai adoré prendre le café avec ces petits puits de science et connaître leur parcours et surtout l'amour de leur métier.
Une fois la dernière page tournée, au vue de l'état du monde et de la connaissance accrue de cet état par les scientifiques, j'aurai cru être encore plus pessimiste que je ne le suis. Mais non, c'est l'espoir qui perdure. Grâce aux connaissances, la possibilité d'un changement est de l'ordre du possible.

Gilles Boeuf : Nous sommes à la fin des années 1990 Paul Crutzen, Prix Nobel de chimie, a identifié le trou dans la couche d'ozone et popularisé le terme anthropocène. Ce concept me transperce. Je lis tout sur le sujet et je me rends compte que le plus puissant moteur des changements sur la Terre, c'est la présence de l'humain ! Lui et ses 23 milliards de poulets, 1,3 milliard de vaches 4 milliards de cochons J'avais passé ma vie à étudier la longueur du jour, la température, le sel de l'océan, qui ont toujours été les moteurs de l'évolution du vivant. Et tout serait battu en brèche par la présence d'une seule espèce sur les 2,4 millions qu'on dénombre aujourd'hui ? Ma vie en a été bouleversée. J'ai arrêté tout ce que je faisais et suis devenu beaucoup plus transversal, mû par un profond respect pour les sciences humaines et sociales. Je suis devenu humaniste. p.368


Deux critiques tout de même : Pourquoi avoir mis la numérotation des pages à l'opposé de ce qui se fait actuellement ? Tout sauf pratique. Et le manque d'une conclusion. Mais qui aurait été peut être de trop car m'aurais je posé la question une fois fini : alors comment naît le savoir ?

Gilles Boeuf : Nous sommes à la fin des années 1990 Paul Crutzen, Prix Nobel de chimie, a identifié le trou dans la couche d'ozone et popularisé le terme anthropocène. Ce concept me transperce. Je lis tout sur le sujet et je me rends compte que le plus puissant moteur des changements sur la Terre, c'est la présence de l'humain ! Lui et ses 23 milliards de poulets, 1,3 milliard de vaches 4 milliards de cochons J'avais passé ma vie à étudier la longueur du jour, la température, le sel de l'océan, qui ont toujours été les moteurs de l'évolution du vivant. Et tout serait battu en brèche par la présence d'une seule espèce sur les 2,4 millions qu'on dénombre aujourd'hui ? Ma vie en a été bouleversée. J'ai arrêté tout ce que je faisais et suis devenu beaucoup plus transversal, mû par un profond respect pour les sciences humaines et sociales. Je suis devenu humaniste. p.368
 

Petit plus, j'ai adoré deux ajouts à la fin de l'ouvrage, l'éditeur indique "l'exemplaire que vous tenez entre les mains a été rendu possible grâce au travail de toute une équipe" et liste les services, personnes.
Et aussi le dernier paragraphe : "En France, un livre a le même prix partout. C'est le prix unique du livre instauré par la loi de 1981 pour protéger le livre et la lecture. L'éditeur fixe librement ce prix et l'imprime sur le livre. Tous les commerçants sont obligés de le respecter. Que vous achetiez votre livre en librairie, dans une grande surface ou en ligne, vous le payez donc au même prix. Avec une carte de fidélité, vous pouvez bénéficier d'une réduction allant jusqu'à 5% applicable uniquement en magasin (les commandes en ligne expédiées à domicile en sont exclues). Si vous payez moins cher, c'est que le livre est d'occasion."
Clair et didactique.



Nicolas Martin : L'évolution de la technologie a-t-elle modifié votre façon de ver ou de réfléchir? Quelle innovation technologique a vraiment été un tournant dans votre carrière?
Gilles Boeuf : Je ne pense pas qu'une innovation en particulier ait changé ma façon de réfléchir. La frénésie technologique nous a rendu d'immenses services. Sans le numérique, comment aurions-nous archivé les milliards de bases génétiques issues du séquençage environne mental ? Pour autant, cela ne change pas la philosophie inhérente à tout cela. Comme l'écrivait Rabelais : Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. Nous en sommes toujours là. Ce qui me heurte le plus, c'est l'utilisation de ces connaissances et de ces technologies pour des choses horriblement futiles. Qu'on arrête de vendre des billets d'avion Londres-Malaga à 5 euros pour aller s'alcooliser week-end. Les avions n'ont pas été inventés pour ça ! Nous assistons à une destruction massive de l'environnement pour des choses qui n'en valent pas la peine. Les mentalités doivent changer. Les rapports hommes-femmes aussi. Aucune espèce ne maltraite les femelles comme la nôtre. Je suis furieux quand on qualifie une horreur humaine de comportement animal. Non, les animaux ne font pas ça, ce sont des comportements humains ! p.369

Bifrost n.108. Octavia E. Butler

février 23, 2023

 

Bifrost, Le Bélial, 2022, 192 p., 6€ epub sans DRM


Un bon numéro, avec deux auteurices que j'aime : Ketty Steward et Nicolas Martin.
Cela aurait pu être exceptionnel, malheureusement...

 
Collatéral, de Peter Watts
Des pêcheurs se font tuer par un cyborg militaire. Indignation mondiale, plateaux de télévision et l'armée qui tente de limiter la casse voir d'en sortir grandit.
Un jeu de dupes où on s'interroge sur la responsabilité du cyborg, de l'armée et de la technologie. La démonstration est brillante est fait froid dans le dos. Seul bémol, Peter Watts amoncelle trop de quincaillerie SF à mon goût.


Un soir d’orage, de Nicolas Martin
 


Glace, de Rich Larson
Deux frères, deux caractères, un groupe de jeunes et l'intégration. Difficile lorsque l'on est différent.
Je n'ai pas du tout accroché à ce texte a cause d'un univers froid et assez peu évocateur pour moi. La relation entre les deux frères m'a semblé assez convenu. Cela fait désormais plusieurs nouvelles que je lis de Rich Larson et la conclusion s'impose : il ne semble pas compatible avec le chien...

Enfants de sang, d’Octavia E. Butler

Fan de SF, tu as sûrement vu District 9 ? L'univers est le même mais inversé, ici ce sont les humains qui sont dans une réserve. Mais une réserve de quoi ?
Lorsque en quelques pages tu as l'impression d'avoir lu un roman de 300 pages, c'est soit que ce fut très laborieux, soit que l'univers créé te laisse ton imaginaire foisonner. C'est bien entendu la seconde explication qui est la bonne ici. Tout est juste, bien esquissé avec des protagonistes solides et une histoire qui tient la route et riche en sujets.


Pas grand chose qui m'ont donné envie de lire dans le cahier critique. De la fantasy de l'histoire, de la presque SF. C'est vrai aussi que lire son Bifrost 5 mois après parution n'aide pas, les romans qui me faisaient de l'oeil ayant déjà été lus : La guerre des Marionettes, Les Chants de Nüying, Composite (critique à venir), La Millième nuit. Et j'avais déjà lu ce qui aurait pu me plaire. Je note toute de même Un pays de fantômes de Margaret Killjoy chez Argyll, Le livre de Phénix de Nnedi okoraror et Nos futurs solidaires chez Actusf. Dans son édito, le chef parle de surproduction, mais même si la taille du cahier critique augmente (des avis plus longs souvent) on y trouve de plus en plus d'éditeurs généralistes...

Viens l'interview de Guillaume Sorel qui est excellente. Je pensais être un extra terrestre dans mon rapport avec les femmes et je vois que je ne suis pas seul. 


Cela me permet de parler ici de la couverture qui a fait couler beaucoup d'encre sur les réseaux sociaux (mais étrangement aucune réaction sur le forum du Bélial, pourtant rarement avare en débats houleux...). Au delà de l'illustration que je trouve belle, il y a deux choses qui m'ont choqué.
Comme on parle de Octavia E. Butler, on met une Africaine en couverture, automatiquement.
L'expression Femme puissante, qui est pour moi insultante voir contradictoire : est ce à dire que la majorité des femmes sont.... Et quand on parle des grands de ce monde, on dit les puissants, pas les hommes puissants.
Dans un article du dossier, Ketty Steward dit une chose qui je trouve résume bien mon ressenti sur la couverture :

Que comprenons-nous réellement de son travail si nous nous bornons à la considérer comme femme, noire et américaine, avec ce que nous fantasmons habituellement de ces caractéristiques? Quelles cécités nous créons-nous en supposant cette écrivaine capable, seulement, de rendre compte de sa réalité vécue, en un lieu et un instant donnés ? Comment apprécier son sens du récit, sa dextérité à manipuler les mythes, à placer l'espoir dans une approche du temps long et de l'espace infini ainsi que sa préoccupation pour le devenir de l'espèce humaine, si l'on s'obstine à ne voir en elle que la fille d'un cireur de chaussures, forcément obsédée par l'esclavage et sa propre couleur de peau?

Une couverture à chier donc.


Dossier Octavia E. Butler
J'ai connu la prose d'Octavia il y a 20 ans avec la sortie de La parabole du talent chez Au diable Vauvert. Et sa suite, deux romans que j'avais trouvé excellents mais je n'avais trouvé malheureusement rien d'autre d'elle.
Le premier article revient sur son parcours en liant bio et bibliographie. Très clair, il permet de connaître la dame et ses sujets de prédilection. Et je n'en reviens pas de comment elle est morte ! (en se prenant les marches de sa porte dans la gueule)
Suit un entretien avec l'autrice un peu bizarre, les questions n'y figurent pas, cela reste toutefois compréhensible. Un peu court mais j'aime beaucoup la façon qu'elle a de voir le monde et les rapports humains.
Ketty Steward analyse l'incommunicabilité, l'empathie et les rapports de domination dans l'oeuvre d'Octavia. Une clé de lecture fort intéressante, pour comprendre ses écrits mais aussi nos rapports sociaux.



L'éditrice de Au diable Vauvert revient sur les livres, les publications et sa réception en France. Marrant de voir comment la vie d'un livre peu évoluer au cours du temps, des modes. Octavia a été un peu en avance sur son temps et même si elle bénéficié de la reconnaissance de son vivant, cette dernière ne fut qu'un pâle écho de ce qu'elle est aujourd'hui. En attendant, chez le diable, Octavia ne disparaîtra pas de sitôt.

La série Patternist ne me donne pas envie, Liens de sang (voyage dans le temps à l'époque esclavagiste pour une protagoniste noire) me fait de l'oeil, comme le cycle de Xenogenesis (dont j'attendrai la fin de la publication pour m'y plonger, soit courant 2024). Un recueil de nouvelles devrait paraître en 2025, et il sera mien. Quand à la série des Paraboles, il faudra bien un jour que je la relise.


Explorer le milieu interstellaire, par Roland Lehoucq
Comment voyager vite et loin ? Pas grâce à la technologie (même si cela aide) , mais grâce à des astuces d'homo-sapiens. Bref il s'agit de trouver des astuces pour faire avec les moyens du bord. Mais pourquoi allez loin. Roland te dit tout.

 
 
 
D'autres sons de cloche sur le forum du Bélial

Alien, la xénographie

février 06, 2023

 

Nicolas Martin, Simon Riaux, Zariel, Editions ActuSF, 2022, 472 p.,32€

 
Ellen Ripley est morte, plus personne désormais pour combattre le plus terrifiant des xénomorphes.
Personne ?
Nicolas Martin, Simon Riaux et Zariel prennent la relève.
Alien, la xénographie, l'"éjac' faciale" du siècle !!!

Pitch de l'éditeur :

Créature mythique du cinéma, le xénomorphe préféré des amoureux et amoureuses de science-fiction ne cesse de revenir sur nos écrans. Dirigé par Nicolas Martin et Simon Riaux, cette Xénographie se propose d’explorer toutes ses facettes, de ses débuts à ses dernières incarnations. Composé de
spécialistes, le sommaire vous emmènera à la rencontre du monstre le plus cauchemardesque de l’espace...

Test de Rorschach
Que vois je ?
La Peur, la Mort, la Souffrance...

 


Mon ressenti :

Lorsque je regardai la première fois la saga alien dans ma jeunesse, je n'ai vu qu'un film d'horreur, flippant au possible, malaisant. Une frousse immense, je m'attendais chaque seconde que l'alien entre dans l'arène pour me faire sursauter, flipper, me mettre en position latérale de sécurité. Un autre film m'avait hanté dans un autre style : Freddy les griffes de la nuit.
Le premier alien fut (est) le summum de ma terreur, les trois suivants furent de bons films, sans l'effet de surprise. Les deux prequels ont préféré le registre de la comédie...

Lorsque Nicolas Martin m'a proposé de participer à l'aventure, au fond de moi, je savais que j'allais devoir affronter le plus méchant, le plus belliqueux de l'altérité. Mais étant adulte, pas le choix, il faut affronter ses peurs. J'ai regardé, et re-regarder et re-re-regarder. Par contre je suis quelqu'un de primaire : Alien reste pour moi la peur cosmique, pas moyen d'y voir autre chose. Alors ce livre tombe à pic pour me montrer les multiples lectures que l'on peut en faire. L'occasion d'appréhender cette saga a l'essence insaisissable, l'alien n'est pas gluant, visqueux pour rien...
Tous les différents points de vue illustres magnifiquement le propos : Alien n'est pas qu'un film, mais une référence. On y voit ce que l'on veut, il forme un tout, monstrueux, comme cette xénographie.

Je n'ai pas compté tous les auteurices, il y en a beaucoup plus que les doigts de me deux mains, mais c'est une somme. C'était aussi une de mes craintes : devant le nombre hallucinant de collaborateurices, il y allait forcément avoir des redites que je craignais nombreuses. Ce ne fut pas le cas, il y en a bien entendu un peu sur quelques paragraphes, mais rien qui m'a fait reposer le livre en pestant. Une autre critique serait les coquilles qui parsèment parfois le texte. Mais au vu du nombre de signes, cela reste raisonnable on dira.

Avant de décortiquer cette xénographie, un mot tout de même sur l'objet. Première chose, il ne contient pas d'oeufs, ni de spores, vous pouvez l'acheter sans crainte. Le livre est beau, couverture cartonnée et brillante, un signet en tissu pour marquer ta lecture. A sa réception, un peu déçu lors du feuilletage : pas beaucoup d'images et d'illustrations. Cependant, lorsque j'ai plongé dedans, cela m'a paru injuste. Les illustrations de Zariel sont magnifiques et complètent parfaitement le propos. Ni trop peu, ni pas assez, le parfait dosage. La mise en page est magnifique, soulignant et faisant référence à la saga sans pour autant l'emporter sur le texte.




Introduction : « Alien » : du « sense of wonder » au « sense of horror », Nicolas Martin, Simon Riaux
Les deux soutiers, les deux créateurs de ce monstrueux livre sonnent le LA, celle de l'horreur de l'espace. Ils reviennent vers quelques films jalons de la SF, hérédité lointaine d'Alien et précurseurs d'un renouveau eux aussi. Et ils nous allèchent avec ce qu'alien a fait au monde. Une mise en bave truculente, plus le choix, trop tard pour fermer le livre et sauver son âme, va falloir boire le calice jusqu'à la lie.


La beauté mort-vivante, Serge Lehman
Serge Lehman nous définit quelques termes s'appliquant à Alien : le sublime et le grotesque en s'adossant aux écrits de Edmund Burke et Pierre Jourde. Quel rapport ? Et bien lis ses quelques mots et tu comprendras.


Quiz : Connaissez-vous Alien ?, de moi-même
Je ne vais pas tomber dans l'égocentrisme, ce quiz étant de mon fait. Une critique tout de même : c'est trop dur, je n'ai pas réussi à avoir tout bon... Mais ma maman est contente ! 


Alien, le neuvième passager, Laurent Aknin
Quel neuvième passager ? Déjà une coquille alors que l'on attaque seulement les premières pages ? À moins que ...
Quoi de mieux que de commencer par le début avec une critique de ce premier film. L'auteur décortique la mise en scène pour nous montrer sa nouveauté et les emprunts d'Alien. J'ai bien aimé cet article n'étant pas un cinématographe, j'ai pu appendre plein de trucs, voir qu'il n'y a pas de hasard dans le film et que tout participe, comme le scénario, à nous foutre les jetons. Et on comprend pourquoi ce titre a la toute fin... 

Des clowns, des monstres, des rencontres nocturnes, la fantaisie qui séduit les enfants et la peur qui les fascine. Nous avons besoin de cela, de la noirceur et de la crasse...
Pierre Jourde

Walter Hill : « Une bonne histoire s'achève dans les larmes. », Simon Riaux
Co-scénariste des trois premiers Alien, l'interview est donc attendu. Qu'à t'il voulu dire à l'époque ? comment travaille t'il ?... On s'installe confortablement dans son canapé, et on déguste cet entretien. Et une fois tombé sous le charme, c'est fini, 5 questions et puis s'en va. Mais pourquoi c'est si court ?!

Je m'intéresse d'abord à ces personnages. Ce sont eux que je creuse, et je ne sais pas comment raconter une histoire si elle n'est pas en premier lieu l'histoire de gens qui ont initialement des motivations très simples, transparentes, qui les poussent à agir.


Le Xénomorphe, un monstre de papier ! Aux origines littéraires d'« Alien », Renaud Guillemin/L’épaule d’Orion
Le blog de L’épaule d’orion, c’est de la merde, mais que vaut son taulier en tant qu’auteur ? Il nous emmène à la chasse aux inspirations littéraires d’Alien. Bien entendu il nous parle de Dune (il est où mon Robert ?) ! C’est typiquement le genre d’article que je déteste au plus haut point, car me donnant l’envie de découvrir d’autres textes. Ici, j’ai envie de lire trois textes. Un conseil donc, sautez cet article qui ne fera qu’enrichir les multinationales de l’édition.
Et puis, en intitulant son article ainsi, c’est facile de le dire devant son ordinateur à des milliers de parsec d’un alien, mais oserait-il lui dire en face ?



La Musique qui réveille les monstres, Benoît Basirico
Pas de film sans musique. Alien serait-il devenu ce film mythique sans sa bande originale ? L’auteur revient sur sa conception, difficile dialogue entre Scott et Goldsmith, et nous décortique la partition. Un article un peu plus difficile pour moi, ayant en tête les images, les bruitages, mais beaucoup moins la musique. A mon prochain visionnage, je resterai avec les oreilles aux aguets.

Le Paradis perdu de Milton - Back to the future, Christian Lehman
Back to the future. Nous sommes en 1979, le 12 septembre exactement (comment peut on se souvenir aussi précisément de la date ?!), Christian Lehman pénètre dans une salle de cinéma pour regarder Alien. Question immédiate : mais qu'est ce que l'on s'en fout ? Mais 1979 est une date à part, un monde bien différent de celui de nos jours où l'on connait tout du film bien avant d'aller le voir. Une toute autre expérience. Et c'est ce qui fait l'originalité de cet article nous replaçant dans le contexte de l'époque.

Ash ne sourit pas, Ash ne jouit pas, Ash fait son travail

Ce qu'« Alien » a changé à ma vie, Ava Cahen
Regarde t'on Alien différemment selon que l'on est une femme ou un homme ? Oui nous répondra Ava Cahen. C'est toujours difficile - impossible ? - de se mettre à la place de. Ici, cela permet de connaître le ressenti d'une femme, sa vision d'Alien. Voir que les scènes marquantes sont parfois différentes selon notre genre. Alien film, multi focal assurément.


Il faut beaucoup aimer les Aliens, Hélène Frappat
Hélène Frappant fait les liens entre films, entre horreur et science fiction .... Avec une telle profusion d'articles, il fallait bien que cela arrive : passer à côté. Trop symbolique, trop érudit, trop cinéphile, trop réflexif. Trop de trop pour le pauvre clebs que je suis.

Alien, la xénographie ou Alien, l'échographie ?

Alien, 40 ans d'effets spéciaux - Entretien avec Gilles Penso, Nicolas Martin, Simon Riaux
Second entretien et la peur est présente, tapie derrière le dernier mot de la page : est ce que cela sera aussi trop court ? Bonne nouvelle ici, l'interview est longue est a été très intéressante pour moi. On fait le tour des effets spéciaux de la saga et de ce que cela provoque dans la mise en scène. Et au final, mieux qu'un article aride sur les effets spéciaux, Gilles Penso nous donne sa vision de la place des effets spéciaux et de ce qu'ils peuvent apporter ou saborder dans un film.


Pourquoi le monde a tort de ne pas aimer « Alien, la résurrection », Geoffrey Crété
Alors déjà, petite rectification sur le titre : le monde moins Geoffrey Crété et moi, car je l'aime bien cet opus. Sous prétexte de nous parler d'alien la resurrection, l'auteur nous parle de la saga entière, des dessous comptables, créatifs et scénaristiques. Un bien bel article fouillé qui devrait amener le monde (moins deux personnes) à revoir d'un oeil nouveau cet opus.


Prometheus, Alien: Covenant - La divine trahison de Ridley Scott, Simon Riaux
Pris la main dans l'oeuf ! Simon Riaux tente de réhabiliter, l'air de rien, Prometheus et Covenant en noyant son papier (son torchon ? 🤣) au milieu de tous les articles de la xénographie. Nous ne sommes pas dupes !
Simon Riaux, seul devant l'éternel tente de réhabiliter les deux prequels qui ont tant fait hurler les fans de la saga. Avec son bâton de pèlerin, ses explications tiennent la route, me permettront de jeter un regard nouveau sur ces deux opus. Mais avant, il faudra, même après quelques années de visionnage, que mes yeux s'arrêtent de saigner et que mes zygomatiques arrêtent de se marrer... Pas gagné.



Sigourney Weaver : La belle de la bête, Guillemette Odicino
Guillemette crie son amour pour la star de cinéma. Une hagiographie de sa carrière dont j'aurai aimé un traitement plus biographique en complément.


Les Vaisseaux du 8e passager, Roland Lehoucq
Avant de parler du contenu, petit détour par le titre de l'article qui renverse le point de vue. Génial.
Quant au contenu, Roland fait son Lehoucq, c'est-à-dire pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, qu'il décortique ici les vaisseaux de la saga au prisme de notre science actuelle, voir d'hypothèses si cela est impossible actuellement. Une leçon de science qui permet de réviser, d'apprendre pour les non scientifiques quelques notions. Et comme d'habitude, c'est brillant.


Notes éparses sur « Alien », Léonard de Vinci et l'apocalypse, François Angelier
François Angelier nous parle de Giger, de biomécanique, de contraire et d'apocalypse. Sûrement pas compris la moitié de la pensée de l'auteur, mais de ce que j'ai compris, pense avoir compris, cela permet d'avoir une autre lecture de la saga.



De grossesse aberrante en parturition mystique, les trois premiers volets à du cycle d'Alien, impulsé par la vision noire de Giger, s'avèrent sans doute moins une saga de science-fiction qu'une méditation héretique sur l'accomplissement du Salut, la naissance du Sauveur ou comment y remédier. Un exercice de « sémioclastie », de jeu de massacre théologique, un combat à mort entre signes contraires.


Alien : Le début par la fin, Victor Bonnefoy
Victor Bonnefoy, son nom ne me dit rien, mais sa biographie dit qu'il est connu comme On the panda. Et justement j'avais lu la polémique sur Twitter il y a quelques mois. Bref, cela refroidi l'envie de se jeter sur ce texte... Bonne idée cependant, le point de vue d'un enfant des années 90 découvrant Alien par Prometheus !!!

En voyant cette illustration, j'imagine le xénomorphe faire crisser ses doigts
et s'amuser de la peur des hommes.
Comme jadis Freddy Krueger le faisait contre un tableau.
J'ai PEUR.


Alan Dean Foster : "Ma représentation mentale de Ripley n'a jamais été très claire", Nicolas Martin, Simon Riaux
Autant jouer franc jeu : il y a un an, je ne savais même pas que des novélisations du film existaient.
Et leur auteur n'est autre que Alan Dean Foster qui a l'air d'être Monsieur novélisations. Interview très enrichissante pour moi, j'ai adoré les réponses de l'auteur : franches !!! Ce qui m'a surpris, c'est que l'auteur a écrit les livres d'après les scénarios sans avoir vu une seule image ou esquisses des films. Pas forcément envie de les lire, sauf Alien covenant origin, un prequel à Covenant. Bien entendu, le monde étant comme il est, c'est le seul roman non traduit... Autre roman qui aurait était intéressant de lire c'est la suite de Prometheus, qui restera malheureusement dans la tête de l'auteur...


Alien et Predator : Chassés-croisés, Alexis Roux
Plus intéressant qu'une analyse des deux films, Alexis Roux nous parle surtout des liens entre les deux sagas. Et l'envie de regarder à nouveau Predator, film que j'ai vu il y a fort longtemps.


Alien Comics - La terreur en quadrichromie, Alex Nikolavitch
Alex Nikolavitch a la lourde charge de s'occuper des adaptations comics de la saga. Et elles sont nombreuses. Moins porté sur ce média, cette recension ne m'a pas donné envie de jeter un oeil sur certaines séries. Mais un article bien complet qui devrait ravir les fans de comics.


Dans l'espace, personne ne vous entendra jeter des dés, Bertrand Bonnet
Alien ayant été dérivé sur tous supports imaginables, place au jeu de rôle, qui est arrivé très tardivement sur les tables : 2019 !!! Bertrand Bonnet nous décortique le jeu de rôleen long et en large. Un joli aperçu du contenu de la boîte qui m'aurait presque donné envie de me faire une partie de jeu de rôle.


Trahir ou périr : Le dilemme des adaptations de l'univers Alien en jeu vidéo, Guillaume Baychelier
Alien a rapidement disséminé dans les jeux vidéo, dès 1982, avec la console Atari 2600. Guillaume Baychelier analyse les différents opus qui n'ont malheureusement jamais réussi à adapter l'ambiance du film. Plus que dans la licence, c'est surtout dans d'autres titres que l'horreur s'est infusée et inspirée. À ce jour, seul Isolation a su sortir du marasme et proposer une expérience ludique fidèle.


D'« Alien » à « Alien: Isolation » - Une expérience ciselée dans la continuité des films, Jehanne Rousseau
Jehanne Rousseau nous offre une partie de jeux vidéo et décortique les arcanes de cet opus qui a tant ravi les fans. Très déçu par cet article qui donne diablement envie d'y jouer : cependant, j'ai tenté l'aventure, mais la caméra subjective me donne la gerbe. Ou serait-ce tout simplement ce que l'on appelle la PEUR ? Si tu aimes les sensations fortes, coure y jouer.


Alien : Le visqueux en nous, Géraldine Mosna-Savoye
Excellent. Même si je ne suis pas féru de philo, l'autrice a su pour moi tirer la substanfique moelle de l'alien et du pourquoi il nous fait terriblement, foncièrement peur.

Vous avez trois heures...


Alien, l'esprit féminin de la ruche, Jeanne-A Debats
Jeanne-A Debats, féminisme, militantisme et avec un titre pareil, on se doute de ce que l'on va trouver. Et bien détrompe toi, voici un article très intéressant et complet sur l'esprit de ruche avec une belle approche historique en SF. Ainsi qu'un lien avec la place de la femme dans Alien. Alien féministe ? C'est bien mal connaître Jeanne A Debats...



Les Androïdes dans « Alien », un monstre peut en cacher un autre, Natasha Vas-Deyre
Et si les androïdes étaient plus monstrueux que l'alien ? Voilà l'interrogation de Natacha Vas-Deyre qui nous permet de comprendre un des sujets explorés dans la saga. Plus difficile d'accès, les clés données permettent de voir, si il en était encore besoin après tous les précédents articles de voir la richesse de la saga.


« Alien » anatomie de l'angoisse : Une exploration psychanalytique, Anthony Huart
Psychanalyse dans le titre, voici que je commence à faire moins le fier et lève les yeux d'avance sur le sempiternel aspect sexuel d'Alien. Et là, Anthony Huard prend le contre-pied... Me voilà ferré.
Donc Anthony fout l'alien (la saga, pas la bestiole, psychanalyste, pas super héros !) sur le divan. En ressort de son analyse que le sujet est l'angoisse. Oh, pas la petite angoisse, mais l'Angoisse avec un A majuscule, l'Angoisse primordiale de l'être. Donc pas de sexe, mais on parle de mamans tout de même.





« Alien » : entre dieu et diable, Fabrice Chemla
Après le divan, place aux Écritures de la religion et de la mythologie. L'alien fait son Malin, moi moins n'étant pas très porté sur le religieux. Mais l'auteur explore de nombreuses facettes intéressantes pour ma culture personnelle.


Ne fais pas le Malin, ou j'appelle Ripley !


Étude exobiologique des xénomorphes, Li Cam
Après avoir vu ce qu'il y avait dans la tête d'un alien, voyons ce qu'il a sous sa carapace.
Difficile de savoir, l'alien étant assez réfractaire à se prêter comme cobaye scientifique. Cependant les films donnent quelques indices et parfois leur contraire. Ce tour d'horizon est plaisant à lire, mettant en parallèle avec nos espèces et les comportements sur terre.


Dans la matrice de l'aliénation, personne ne vous entendra crier, Élise Thiébaut
Elise Thiébaut est en colère. Et je la comprends, elle s'est pris une "éjac' faciale" avec Alien ! Et lorsque l'on est colère, on dit ce que l'on a sur le cœur. Je ne sais pas trop où veut bien en venir Elise, e que je sais, c'est qu'elle en a gros. Et je suis plutôt d'accord avec elle  : on en a gros !


Le Vrai monstre est la machine capitaliste, Ariel Kirou
L'ultra gauchiste Ariel Kirou nous montre l'hypercapitalisme à l'oeuvre dans Alien, mais aussi dans d'autres oeuvres littéraires ou cinématographiques. Pour un film de 1979, offrir tant de prospectives qui se révèlent juste est un peu effarant.


Place aux textes littéraires maintenant :

La Bête et la belle, Chloé Delaume
Un poème pour commencer la partie consacrée aux auteurices de l'imaginaire.
Une variation sur la belle et la bête en mode gauchiste. Même si la poésie et moi font deux, j'ai trouvé cela plutôt pas mal goupillé.


Excellent


Alien nation, Catherine Dufour

Cette nouvelle vaut l'achat du bouquin à elle seule !





Aliénation, Jean Baret






Cet auteur réussira t'il à rendre courtois le xénomorphe ?



La petite ambassadrice, Grégoire Courtois





Ceux qui restent, Nicolas Martin

Qui fait le plus peur ?
Nicolas Martin
ou le xénomorphe ?


Très satisfait de ces nouvelles qui ont l'intérêt de ne pas copier l'univers d'alien, mais de le compléter. Toutes sont différentes et apportent des points de vue différents.

Et voilà, c'est fini, la dernière page est tournée de bien belle manière. Alien, la xénographie, c'est un indispensable dans ta bibliothèque.




 


 
 
 D'autres avis : 

Le troll va de ce pas revisionner l'ensemble de la saga (sauf les deux derniers, faut pas déconner !)
 

La parfaite équation du bonheur - Une Invasion mentale - Quantique pour la liberté - Le Cruciverbiste - Dans les mines de Mars

novembre 13, 2022

 

Depuis avril de cette année, les éditions ActuSF se sont lancées dans la publication de nouvelles unitaires au format epub. Avec quelques beaux noms à l'affiche. Un format idéal pour découvrir une autrice ou un auteur ou continuer à explorer ses écrits. 

Certains noms ont résonné en moi : Emilie Querbalec et sa façon d'aborder la SF, Marc Ang-Cho, un blogueur concurrent, Nicolas Martin, alieniste émérite, Ketty Steward et ses imaginaires multiples et Jean Pierre Andrevon, le vieux de la vieille. Je n'ai même pas lu les résumés et j'ai sorti la CB. C'est là que ça a fait un peu mal : 2€ la nouvelle. C'est peu et beaucoup. Peu car il y a le travail de l'écrivain, de l'éditeur et de la mise en page. Beaucoup de la place du lecteur, certaine nouvelle étant très courte. En raisonnant coût à la page, par rapport à un roman, ça fait mal. 

Mais peu importe ses considérations financières, que valent ces nouvelles ?


La parfaite équation du bonheur
Émilie Querbalec, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

« Vous rêvez de rencontrer l’âme sœur, mais la vie vous refuse cette opportunité ? Vous souffrez de solitude, mais vous hésit tu hez à confier votre cœur au hasard des rencontres ? Avec Meetiel, plus d’inquiétude ! Forte de ses milliards de données et de ses algorithmes à la pointe du progrès, cette application saura vous accompagner au mieux dans votre expérience amoureuse. Des premiers émois aux grandes décisions, laissez-vous guider en toute confiance. »
C'est ainsi que je me laissai persuader, et que je fis la connaissance de Manal, un soir de mai 2034...

Mon ressenti :

Voilà le genre de titre qui me donne envie de changer le trottoir. Mais que voulez-vous, j'ai vu le nom de l'autrice et je suis faible, il me faut ma dose de bonheur de lecture. Alors ai je bien fait de me fier à un nom plutôt qu'à mon flair ? Non malheureusement. On commence de suite avec une histoire d'amour. Particularité ici, la rencontre s'est faite via un site de rencontre, le Meetic du futur. Lui il connaît tout de votre vie et de votre santé, voir plus encore. On suit les hauts et les bas en fonction des diktats du logiciel... Je suis passé complètement à côté du texte. Pas mon genre. 

 


Une Invasion mentale
Marc Ang-Cho, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

Ille se réveille. Ille sort de son lit. Ille mange. Ille travaille. Ille recommence. Voici un quotidien léché, tout prêt, indémodable. Ses meubles connaissent la routine, son vase communicant lui prépare son petit-déjeuner, son bureau l’accueille pour le laisser écrire, et écrire, et écrire des lignes de code. Et puis un jour, sans crier gare, rien ne se passe comme prévu. Ille croit être fatigué, mais impossible d’ignorer les signes. La parquet s’ouvre. La pourriture rampe. Le cauchemar vient.

Mon ressenti :

Une personne, seule, lever, manger boulot dodo.
Mais c'est sans compter...
Premier texte publié de MarcAng-Cho, monsieur Les chroniques du chroniqueurs est c'est très particulier, très étrange. Voilà un texte malaisant, dégoûtant (ne pas le lire comme moi en mangeant son sandwich) et qui devrait être livré avec un mode d'emploi pour comprendre ce que l'auteur a voulu dire. Bon après, partant du titre, je me suis imaginé soit un cauchemar de la vie quotidienne, soit une dépression sévère suite au quotidien.
Le résumé donne une bonne idée de la forme. Je ne peux dire que j'ai adhéré (je suis sain d'esprit moi, enfin...) car c'est très loin de ma littérature de prédilection, mais les images sortent des mots (à mon corps défendant) et je suppose que c'est ce que voulait en partie Marc.

 


Le Cruciverbiste
Nicolas Martin, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

À 54 ans, dont 28 à faire des mots croisés tous les jours pour un grand quotidien national, M. n’est pas moins qu’une petite star dans le domaine, dévoué et assidu. Mais voilà qu’il se fait tout de même renvoyer, de la manière la plus impersonnelle qui soit. Peu importe ; il a gardé ses livres. Des livres précieux. Rares. Qu’il est parti chercher loin. Il n’y a plus qu’eux qui comptent aujourd’hui. Ce n’est pas grave, s’il les entend… les sons… les murmures… Au contraire. M. va devoir jouer de nouveau, et composer les mots qui sont chuchotés dans le silence.

Mon ressenti :

Une entrée en matière très intrigante : des extraits de discours d'un animateur malheureusement célèbre, un fait divers terroriste, et une silhouette étrange qui goûte enfin à la paix. Un texte en plein dans le thème des Utos 2019: coder/décoder (cette nouvelle est parue initialement dans l'anthologie Utopiales 2019), avec ce cruciverbiste qui tente de comprendre la complexité du monde face à son apparente simplicité. Et décoder n'est pas si simple quand on a l'esprit envapé, embrouillé, possédé... J'étais impatient de découvrir ce texte car j'aime beaucoup ce que faisait Nicolas Martin dans La méthode scientifique. Mais il s'agit du travail d'une équipe, différent de celui de se retrouver seul face à la page blanche. Il s'en tire de belle manière, en hommage à un grand ancien. Seule la fin m'a laissé un peu désemparé, m'attendant à une explication plus "rationnelle" alors qu'elle reste ouverte et libre d'interprétation. Ce que j'ai surtout aimé, c'est cette retranscription de l'horreur dans le monde d'aujourd'hui : Robotisation capitaliste de la société, un monde qui dévient déliquescent, anonyme et ultra violent socialement. Hommage oui, pâle copie non ! 

Bande d'enfoirés... M. se tient debout, dans l'entrée. Il n'a pas enlevé son imperméable. Il tient la lettre, anonyme, pas même une signature, pas un mot personnel, des blancs remplis par la machine pour le virer comme une vieille merde. Dehors. Foutez le camp. Devenir un intrus, un indésirable en moins de 1000 caractères. 54 ans, 28 ans à faire ces putains de mots croisés, tous les jours. Tous les jours chercher des combinaisons, des définitions, tous les jours se plonger, se noyer dans la lecture pour trouver de nouvelles idées, de nouveaux arrangements de la grille, tous les jours recevoir des le.es de cruciverbistes, se laisser griser en pensant que l'on est en quelque sorte devenu la star d'un petit monde de passionnés, glisser des indices aux lecteurs, raffiner encore un peu les sous-entendus, le second degré. Le diable se cache dans les détails. Et puis les courriers s'espacent, deviennent plus rares. La communauté s'étiole. Les échanges se tarissent. Qui fait encore aujourd'hui des mots croisés

 

Quantique pour la liberté
Ketty Steward, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

Marla Vigner a perdu sa position professionnelle et sait que sa fonction d’onde risque de s’effondrer si elle ne parvient pas à se remettre en mouvement. Son univers, régi par les lois dérivées de la physique quantique, fait tout pour le lui rappeler. Sarah Lavigne, dans un monde plus proche du nôtre, s’inquiète de la fin prochaine de son contrat à terme fixe, car sa productivité a beaucoup baissé.

Mon ressenti :

Après l'économie libérale, voici l'économie quantique. Deux femmes, deux époques mais deux chemins identiques : la perte de croyance en l'économie de marché.
Je suis un peu passé à côté de ce texte. D'un autre côté, cela me rassure car j'avais beaucoup apprécié les derniers textes de l'autrice et cela prouve qu'elle est faillible. Va peut-être falloir faire gaffe Ketty, car le monde de l'édition SF est petit et si on montre une certain relâchement, difficile de pouvoir gagner des appels à texte et/ou voir renouveler la confiance de ses éditeurs (pour comprendre, il faut avoir lu le texte). J'ai trouvé le texte trop démonstratif.

 

 

 

Dans les mines de Mars
Jean-Pierre Andrevon, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

Pour régler les problème de chômage, des missions sur Mars sont organisées, afin d'exploiter ses sous-sols. Steve fait partie des volontaires : selon son contrat, il doit rester trois ans dans les mines de la planète rouge. Mais rapidement, alors que les conditions de travail sont dignes d'un bagne, le doute s'installe : pourquoi n'y a-t-il pas le moindre gramme de fer dans les roches qu'ils exploitent ? Et pourquoi fait-on croire aux Terriens que leur vie sur Mars est idyllique ?

Mon ressenti : 

Mars, la solution idéale a la misère galopante sur une terre à bout de souffle. Devenir mineurs pour un salaire de misère mais un salaire tout de même. Loin de l'image d'Épinal que nous offre Musk et consorts, l'auteur nous parle surtout de notre quotidien dans un futur très proche, une société profondément injuste où peu importe la couleur, c'est l'argent et la condition sociale qui fait la seule différence. J'aurai préféré que l'action se déroule en France plutôt qu'aux États-Unis mais c'est ce qu'il faut pour que cela se passe mieux, une situation telle que décrite est impossible dans la patrie des droits de l'homme. A réserver à celles et ceux qui n'ont plus d'espoir en l'humanité.

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