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La parfaite équation du bonheur - Une Invasion mentale - Quantique pour la liberté - Le Cruciverbiste - Dans les mines de Mars

novembre 13, 2022

 

Depuis avril de cette année, les éditions ActuSF se sont lancées dans la publication de nouvelles unitaires au format epub. Avec quelques beaux noms à l'affiche. Un format idéal pour découvrir une autrice ou un auteur ou continuer à explorer ses écrits. 

Certains noms ont résonné en moi : Emilie Querbalec et sa façon d'aborder la SF, Marc Ang-Cho, un blogueur concurrent, Nicolas Martin, alieniste émérite, Ketty Steward et ses imaginaires multiples et Jean Pierre Andrevon, le vieux de la vieille. Je n'ai même pas lu les résumés et j'ai sorti la CB. C'est là que ça a fait un peu mal : 2€ la nouvelle. C'est peu et beaucoup. Peu car il y a le travail de l'écrivain, de l'éditeur et de la mise en page. Beaucoup de la place du lecteur, certaine nouvelle étant très courte. En raisonnant coût à la page, par rapport à un roman, ça fait mal. 

Mais peu importe ses considérations financières, que valent ces nouvelles ?


La parfaite équation du bonheur
Émilie Querbalec, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

« Vous rêvez de rencontrer l’âme sœur, mais la vie vous refuse cette opportunité ? Vous souffrez de solitude, mais vous hésit tu hez à confier votre cœur au hasard des rencontres ? Avec Meetiel, plus d’inquiétude ! Forte de ses milliards de données et de ses algorithmes à la pointe du progrès, cette application saura vous accompagner au mieux dans votre expérience amoureuse. Des premiers émois aux grandes décisions, laissez-vous guider en toute confiance. »
C'est ainsi que je me laissai persuader, et que je fis la connaissance de Manal, un soir de mai 2034...

Mon ressenti :

Voilà le genre de titre qui me donne envie de changer le trottoir. Mais que voulez-vous, j'ai vu le nom de l'autrice et je suis faible, il me faut ma dose de bonheur de lecture. Alors ai je bien fait de me fier à un nom plutôt qu'à mon flair ? Non malheureusement. On commence de suite avec une histoire d'amour. Particularité ici, la rencontre s'est faite via un site de rencontre, le Meetic du futur. Lui il connaît tout de votre vie et de votre santé, voir plus encore. On suit les hauts et les bas en fonction des diktats du logiciel... Je suis passé complètement à côté du texte. Pas mon genre. 

 


Une Invasion mentale
Marc Ang-Cho, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

Ille se réveille. Ille sort de son lit. Ille mange. Ille travaille. Ille recommence. Voici un quotidien léché, tout prêt, indémodable. Ses meubles connaissent la routine, son vase communicant lui prépare son petit-déjeuner, son bureau l’accueille pour le laisser écrire, et écrire, et écrire des lignes de code. Et puis un jour, sans crier gare, rien ne se passe comme prévu. Ille croit être fatigué, mais impossible d’ignorer les signes. La parquet s’ouvre. La pourriture rampe. Le cauchemar vient.

Mon ressenti :

Une personne, seule, lever, manger boulot dodo.
Mais c'est sans compter...
Premier texte publié de MarcAng-Cho, monsieur Les chroniques du chroniqueurs est c'est très particulier, très étrange. Voilà un texte malaisant, dégoûtant (ne pas le lire comme moi en mangeant son sandwich) et qui devrait être livré avec un mode d'emploi pour comprendre ce que l'auteur a voulu dire. Bon après, partant du titre, je me suis imaginé soit un cauchemar de la vie quotidienne, soit une dépression sévère suite au quotidien.
Le résumé donne une bonne idée de la forme. Je ne peux dire que j'ai adhéré (je suis sain d'esprit moi, enfin...) car c'est très loin de ma littérature de prédilection, mais les images sortent des mots (à mon corps défendant) et je suppose que c'est ce que voulait en partie Marc.

 


Le Cruciverbiste
Nicolas Martin, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

À 54 ans, dont 28 à faire des mots croisés tous les jours pour un grand quotidien national, M. n’est pas moins qu’une petite star dans le domaine, dévoué et assidu. Mais voilà qu’il se fait tout de même renvoyer, de la manière la plus impersonnelle qui soit. Peu importe ; il a gardé ses livres. Des livres précieux. Rares. Qu’il est parti chercher loin. Il n’y a plus qu’eux qui comptent aujourd’hui. Ce n’est pas grave, s’il les entend… les sons… les murmures… Au contraire. M. va devoir jouer de nouveau, et composer les mots qui sont chuchotés dans le silence.

Mon ressenti :

Une entrée en matière très intrigante : des extraits de discours d'un animateur malheureusement célèbre, un fait divers terroriste, et une silhouette étrange qui goûte enfin à la paix. Un texte en plein dans le thème des Utos 2019: coder/décoder (cette nouvelle est parue initialement dans l'anthologie Utopiales 2019), avec ce cruciverbiste qui tente de comprendre la complexité du monde face à son apparente simplicité. Et décoder n'est pas si simple quand on a l'esprit envapé, embrouillé, possédé... J'étais impatient de découvrir ce texte car j'aime beaucoup ce que faisait Nicolas Martin dans La méthode scientifique. Mais il s'agit du travail d'une équipe, différent de celui de se retrouver seul face à la page blanche. Il s'en tire de belle manière, en hommage à un grand ancien. Seule la fin m'a laissé un peu désemparé, m'attendant à une explication plus "rationnelle" alors qu'elle reste ouverte et libre d'interprétation. Ce que j'ai surtout aimé, c'est cette retranscription de l'horreur dans le monde d'aujourd'hui : Robotisation capitaliste de la société, un monde qui dévient déliquescent, anonyme et ultra violent socialement. Hommage oui, pâle copie non ! 

Bande d'enfoirés... M. se tient debout, dans l'entrée. Il n'a pas enlevé son imperméable. Il tient la lettre, anonyme, pas même une signature, pas un mot personnel, des blancs remplis par la machine pour le virer comme une vieille merde. Dehors. Foutez le camp. Devenir un intrus, un indésirable en moins de 1000 caractères. 54 ans, 28 ans à faire ces putains de mots croisés, tous les jours. Tous les jours chercher des combinaisons, des définitions, tous les jours se plonger, se noyer dans la lecture pour trouver de nouvelles idées, de nouveaux arrangements de la grille, tous les jours recevoir des le.es de cruciverbistes, se laisser griser en pensant que l'on est en quelque sorte devenu la star d'un petit monde de passionnés, glisser des indices aux lecteurs, raffiner encore un peu les sous-entendus, le second degré. Le diable se cache dans les détails. Et puis les courriers s'espacent, deviennent plus rares. La communauté s'étiole. Les échanges se tarissent. Qui fait encore aujourd'hui des mots croisés

 

Quantique pour la liberté
Ketty Steward, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

Marla Vigner a perdu sa position professionnelle et sait que sa fonction d’onde risque de s’effondrer si elle ne parvient pas à se remettre en mouvement. Son univers, régi par les lois dérivées de la physique quantique, fait tout pour le lui rappeler. Sarah Lavigne, dans un monde plus proche du nôtre, s’inquiète de la fin prochaine de son contrat à terme fixe, car sa productivité a beaucoup baissé.

Mon ressenti :

Après l'économie libérale, voici l'économie quantique. Deux femmes, deux époques mais deux chemins identiques : la perte de croyance en l'économie de marché.
Je suis un peu passé à côté de ce texte. D'un autre côté, cela me rassure car j'avais beaucoup apprécié les derniers textes de l'autrice et cela prouve qu'elle est faillible. Va peut-être falloir faire gaffe Ketty, car le monde de l'édition SF est petit et si on montre une certain relâchement, difficile de pouvoir gagner des appels à texte et/ou voir renouveler la confiance de ses éditeurs (pour comprendre, il faut avoir lu le texte). J'ai trouvé le texte trop démonstratif.

 

 

 

Dans les mines de Mars
Jean-Pierre Andrevon, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

Pour régler les problème de chômage, des missions sur Mars sont organisées, afin d'exploiter ses sous-sols. Steve fait partie des volontaires : selon son contrat, il doit rester trois ans dans les mines de la planète rouge. Mais rapidement, alors que les conditions de travail sont dignes d'un bagne, le doute s'installe : pourquoi n'y a-t-il pas le moindre gramme de fer dans les roches qu'ils exploitent ? Et pourquoi fait-on croire aux Terriens que leur vie sur Mars est idyllique ?

Mon ressenti : 

Mars, la solution idéale a la misère galopante sur une terre à bout de souffle. Devenir mineurs pour un salaire de misère mais un salaire tout de même. Loin de l'image d'Épinal que nous offre Musk et consorts, l'auteur nous parle surtout de notre quotidien dans un futur très proche, une société profondément injuste où peu importe la couleur, c'est l'argent et la condition sociale qui fait la seule différence. J'aurai préféré que l'action se déroule en France plutôt qu'aux États-Unis mais c'est ce qu'il faut pour que cela se passe mieux, une situation telle que décrite est impossible dans la patrie des droits de l'homme. A réserver à celles et ceux qui n'ont plus d'espoir en l'humanité.

Les Chants de Nüying

septembre 10, 2022

Émilie Querbalec, Albin Michel Imaginaire, 2020, 464 p., 12€ epub sans DRM

 

Tu aimes sortir ?
Tu aimes faire la fête ?
Alors n'achète pas ce bouquin,
Car dès les premières pages lues,
Impossible de le lâcher

Avec Emilie Querbalec,
Ta vie sociale s'évanouit,
Ton imaginaire s'épanouit


Présentation de l'éditeur :


La planète Nüying, située à vingt-quatre années-lumière du Système solaire, partage de nombreux traits avec la Terre d’il y a trois milliards d’années. On y trouve de l’eau à l’état liquide. Son activité volcanique est importante. Ses fonds marins sont parcourus de failles et comportent quantités de sources hydrothermales. Elle possède une magnétosphère et une atmosphère dense, protectrice. Tout cela en fait une bonne candidate pour héberger la vie. La sonde Mariner a transmis des enregistrements sonores de Nüying : des chants qui évoquent par analogie ceux des baleines. Quand elle était enfant, Brume a entendu cet appel. Désormais adulte, spécialisée dans le domaine de la bioacoustique marine, elle s’apprête à participer à la plus grande aventure dans laquelle se soit jamais lancée l’Humanité : rejoindre Nüying au terme d’un voyage spatial de vingt-sept années. Que va-t-elle découvrir là-bas ? Une civilisation extraterrestre ou une remise en cause totale de ses certitudes ?


Mon ressenti :

D'Emilie Querbalec, j'ai lu son premier livre, puis son second. A l'annonce de la sortie de son nouveau roman le 31 août, il a de suite rejoint la liseuse. Et j'ai encore plus rapidement commencé à le lire. Et dès les premières pages, avec un préambule écrit de manière poétique, j'ai été happé. Émilie a une plume, c'est certain. Mais jamais elle ne l’étale, on revient vite dans une écriture classique qui nous conte l'aventure de Brume qui va quitter notre cailloux pour un autre cailloux, peut être identique, qui aurait peut-être accueilli la vie. Nous sommes au 26ème siècle, l'homme existe toujours mais les problèmes sont bien présents, trop présents. La découverte de cette planète pourrait remplacer la notre, usager, sale... Mais pas si vite, pas si simple surtout que cette planète recèle un chant, celui du titre. Et c'est parti pour un voyage de 27 ans, destination la planète Nuying, située à vingt-quatre années-lumière du système solaire.

Ce que j'ai aimé, ou disons plutôt adoré soyons honnête, est fait de petites choses qui font pour moi de grands romans : L'histoire individuelle face à la grande Histoire. (Tu as déjà lu du Robert Charles Wilson ?). Ici c'est centré sur l'individu. Pourquoi vouloir quitter sa famille, sa planète dans un voyage peut-être sans retour ? L'autrice nous narre le point de vue de 4 personnages pris dans le tourbillon de la Vie et happé par le chant des sirènes de Nuying. Des personnages "avec des problèmes d'homme, simplement, des problèmes de mélancolie" (bien vu Weirdaholic)
Il y a aussi la manière de l'autrice de combler l'amateur éclairé de SF et le petit nouveau. Pas de grand étalage technique, mais au détour d'une phrase, elle montre son savoir faire et sa connaissance du genre. Un exemple : sur une station en apesanteur, des olives servies comme amuse gueule dans un ballon et qu'il faut attraper à l'aide d'une pince. Tout est dit sans trop ennuyé le lecteur peu féru de sciences. De l'anecdotique qui a du sens. Son interrogation autour de la science m'a emporté, mais chut. Et impossible de ne pas faire de nombreux parallèles avec notre monde.

Un roman en trois actes, la préparation, le voyage et enfin l'arrivée. Classique, comme les thématiques, le premier contact, le transhumanisme, la religion et la science. Mais ici le traitement dans une ambiance asiatique est magnifiquement fait, tout en douceur pour nous interroger sur le sens de notre vie. Si tu aimes les histoires, ce livre est pour toi. En outre, j'ai cru savoir où voulait m'emmener ce voyage, mais Emilie a plus d'un tour dans son sac... Je suis certain de me replonger dans ce roman dans quelques années.
Alors Le Chien, pourquoi il faut lire Les Chants de Nüying ? "Parce que le vertige"



Tous les avis, et ils vont être nombreux, sur le forum du Bélial


 Lu dans le cadre du

Summer Star Wars – Obi-Wan Kenobi

Quitter les monts d'automne

septembre 03, 2020

 

Émilie Querbalec, Albin Michel Imaginaire, 2020, 448 p., 11€ epub sans DRM



Les histoires sont comme les nuages : on a beau vouloir les saisir, elles finissent toujours par s’effilocher au vent. Mais elles ne disparaissent pas. Elles restent là, cachées sous les voiles invisibles du Flux, près de nous, prêtes à renaître au moindre souffle.


Une jeune campagnarde s'en va découvrir la vi(ll)e.

 

Présentation de l'éditeur :


Recueillie par sa grand-mère après la mort de ses parents, la jeune Kaori vit dans les monts d’Automne où elle se destine à être conteuse. Sur Tasai, comme partout dans les mondes du Flux, l’écriture est interdite. Seule la tradition du « Dit » fait vivre la mémoire de l’humanité. Mais le Dit se refuse à Kaori et la jeune fi lle se voit dirigée vers une carrière de danseuse.Lorsque sa grand-mère meurt, Kaori hérite d’un rouleau de calligraphie, objet tabou par excellence, dont la seule détention pourrait lui valoir une condamnation à mort. Pour percer les secrets de cet objet, mais aussi le mystère qui entoure la disparition de ses parents, elle devra quitter les monts d’Automne et rejoindre la capitale.Sa quête de vérité la mènera encore plus loin, très loin de chez elle.


Mon ressenti :

Kaori est orpheline, issue d'une d'une famille d'artistes réputés, des conteurs AFP, Appellation Flux Contrôlé. Sauf Kaori la petite dernière, elle ne peut donc être barde et devra se contenter de la danse. Mais lorsque mamie meurt....

Des troupes d'artistes dans un paysage japonisant, très descriptif au début, j'ai eu un peu de mal à voir où tout cela aller m'emmenait mais cela reste très intriguant. Puis, lorsque la petite quitte enfin sa campagne, les fameux monts d'automne, quelques éléments m'intriguent plus encore et alors que nous étions dans une ambiance assez fantasy, la SF se fait jour, pleinement.
Pleinement, mais autrement à la fois, l'autrice se saisit des tropes science fictif pour en user à sa guise, l'attirail est identique et différent à la fois. Plus poétique, moins technologique. L'ambiance m'a beaucoup fait penser à Des milliards de tapis de cheveux pour vous donner une idée, un planet/space opera qui ne dit pas son nom.

Nous sommes aussi un peu en terre dystopique, avec ce monde où l'écrit est interdit, ou seul le Dit - la parole - a droit de vivre et encore... Et si la mémoire de ce qui a été disparait, il n'y a plus d'histoires, l'Histoire s'arrête. Et sans passé, comment se forger une identité ? Ces questionnements irriguent le roman de belle manière.

Côté bémol, Kaori ne décide rien et les hasards heureux la mettent toujours sur la bonne voie. Alors qu'elle vivait dans un monde où la technologie est quasi absente, elle ne semble que peu stupéfaite des diverses choses qu'elle va découvrir pour la première fois. Elle se laisse balloter au fil de l'eau, du flux, sans se poser trop de questions.

Mon ignorance d’alors me fait sourire, mais tel était l’environnement dans lequel j’avais grandi : un monde pré-technologique, où le Flux, seul détenteur du Verbe et du Savoir, nous condamnait à la pensée magique en lieu et place de science.

Certaines parties de la fin m'ont aussi déplu, explorant des contrées plus oniriques, ce qui n'a jamais été ma tasse de thé, avec ou sans cérémonie. Mais la fin vous emmènera aussi très très loin...

J'ai beaucoup aimé l'écriture et le style de l'autrice, qui démontre si cela était encore nécessaire que l'on peut faire des romans de SF au-delà des caricatures du genre. Allez Émilie, un peu plus de rythme la prochaine fois, un personnage moins chamalow et tu pourras faire jeu égal avec Ursula !

Quand bien même ces quelques défauts, l'autrice tire son épingle du jeu en nous déployant un univers atypique. Un roman pour celles et ceux allergiques au verbiage techno-scientifique mais qui veulent tout de même se prendre le vertige du Sense or Wonder.
Une certitude, je lirai avec plaisir prochain roman (si c'est de la SF va sans dire) et cela reste le second roman de l'autrice, une femme, française de surcroit, on lui pardonnera donc ces quelques hiatus.

Avec ses deux derniers romans publiés en date (La marche du Levant pour le second), la collection Albin Michel Imaginaire nous démontre que l'appellation Imaginaire n'est pas usurpée, les genres sont floues et se brouillent pour nous offrir toujours plus d'imaginaire et se déjouer des stéréotypes S, F ou F ou encore F.

Seule question qui demeure, qui a pondu ce magnifique titre ?

Pour vous faire une idée de la plume de l'autrice, son éditeur offre une de ses nouvelles en numérique, Le deuxième sang. Alors on télécharge et on dit Merci, c'est tellement rare ce genre de cadeau.

 


Tous les autres avis sur le fil du forum Le Bélial

Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse 


Le Deuxième Sang

août 30, 2020

Emilie Querbalec, Albin Michel Imaginaire, 2020, 20 p., epub gratuit


Serviette ou tampon ?
Pourquoi ne pas plutôt tester la lamelle de cuir ? Une initiative écologique et durable.
Cuirbalec™ est une marque déposée par Albin Michel Technologies.


Présentation de l'éditeur :


Dans le monastère du Bainalung, Lha-mi s’entraîne dur pour devenir une guerrière d’élite. Bientôt en âge de devenir femme, il lui faudra cependant accomplir le Rituel du Sang pour obtenir la protection de la déesse Kamasapa. Ce n’est qu’à ce prix qu’elle gagnera le droit de rejoindre la cité impériale. En tout cas, c’est ce qu’on lui a toujours fait croire...


Le mont Nuptse (source)

Mon ressenti :

Après nous avoir fourré dans un utérus en pleine menstruation, Albin Michel Imaginaire déroule la suite de cette thématique en s'intéressant au fluide qui en découle. Au temps avec le premier roman j'avais vomi trois fois, j'ai pris un grand plaisir, pas/plus comme la protagoniste, à lire cette nouvelle autour de la puberté féminine.
Dans une ambiance extrême orientale en un temps indéterminé, nous suivons les pas de Lha-mi qui doit bientôt suivre le rituel du premier sang, la première étape pour devenir une guerrière.

- C’est tout de même dommage qu’il faille choisir, murmura celle qui désirait enfanter. Pourquoi ne peut-on devenir à la fois guerrière, et mère ?
- Parce que c’est ainsi ! la rabrouèrent les autres, scandalisées par cette réflexion impie.

Belle ambiance légèrement fantastique, beaux personnages, sujet féminin qui peut être lu/interprété de manière différente : place des femmes dans la société, maternité, excision, rites ancestraux... Bref, faire rentrer tout cela en une vingtaine de pages n'est sûrement pas chose aisée, mais c'est pourtant une réalité. Les images sortent du texte et j'ai eu l'impression de voir un film.

Pour t'éviter des recherches durant ta lecture, il sera question dans ce texte de Dzum, qui peut être un chien


ou la femelle du yak,
ou encore dans ce texte, une "créature au corps de yak et à tête de femme".



L'éditeur précise dans l'epub qu'une première version de ce texte a été publiée en juin 2019 dans l’anthologie Rouge de Nice Fictions, sous le titre Le Prix du sang.

On télécharge cette nouvelle chez son libraire numérique et on remercie son éditeur Gilles Dumay pour ce bonus gratuit qui te permet de tester la plume de l'autrice avant de te ruer sur son second roman, Quitter les monts d'automne qui sort le 02 septembre.



"thématiquement parlant, c’est du solide" nous dit Apophis, pendant que Gromovar te parle d'Apple et de Facebook.

Mort(s) : 18 mauvaises nouvelles

août 03, 2020

Les Artistes Fous Associés, 2016, 322 p., gratuit epub sans DRM (15€ papier)


Mauvaise nouvelle, la Mort rode et 18 fois tu vas trépasser.

Présentation de l'éditeur :


Les Artistes Fous Associés ont la profonde douleur de vous annoncer la disparition définitive du bon goût littéraire et de la consensualité bien-pensante à l’occasion de la sortie de leur cinquième anthologie : “MORT(S)”. Dans un pied de nez à la Faucheuse, 18 auteurs plus ou moins vivants vous livrent leur déraison funèbre et leurs récits mortels. Pour mettre un point final à l’absurdité de l’existence !


Mon ressenti :


Une obscure maison d'édition associative, gérée par des fous, une édition numérique gratuite : de quoi avoir de sérieux doutes sur la qualité de l'ensemble.
Et pourtant, voici un recueil de très haute tenue qui n'aurait pas à rougir de figurer dans le catalogue d'une grande maison d'édition.
Un mélange de textes de science fiction et de fantastique avec quelques plumes connues ou à connaître. Point commun, ces auteurs savent manier la plume de belle manière.
En outre, c'est bien édité, avec une préface de Vincent Leclercq et chaque nouvelle est brièvement introduite, donnant juste l'envie de découvrir le texte. Quand à l'epub, rien à redire, c'est parfait, prenez en de la graine, maisons d'édition ayant pignon sur rue. Mon seul bémol, les auteurs ne bénéficient pas d'une courte bio, mais leur bibliographie est tout de même présente.

Alors n'hésitez pas, associez vous à ces fous et appréciez ce voyage vers la Mort.

Pour télécharger (ou acheter la version papier), c'est sur leur site


Ne va pas par là, de Martin Lopez
Une petite fille, le jardin des grands parents, et les fameuses interdictions parentales : fais pas ci, fais pas ça. A l'occasion d'une surveillance en berne, la fillette de 5 ans va t-elle braver les interdits ? Et pour quelles conséquences ?
L'auteur nous met dans la tête de cet enfant et nous fait suivre ses aventures de sa hauteur. Un jardin non défriché devient une forêt vierge, une araignée dans un cabanon affole. Un texte sensible dont les visées dramatiques s'emballent peu à peu pour nous cueillir à rebrousse poil.


Cold Mind Art

Le moine copiste et la Blanche-Face, de Olivier Boile
Je connaissais la science-fiction, la science fantasy mais pas la science fantastique. Voilà chose faite.
Un monastère isolé, quelques moines et un invité mystère.
Assez classique, l'auteur parvient à bien rendre cette atmosphère monacal et les tentations qui s'y déroulent. Même si l'univers n'est qu'esquissé, il participe à l'ambiance de l'ensemble.


Le manoir aux urnes, de NokomisM
Un séminaire sur les corvidés se déroulent dans un vieux manoir hanté (?) et isolé, ravitaillé par les corbeaux !
Texte dans la veine fantastique, l'ambiance et le style m'ont plu, mais j'ai trouvé l'ensemble bien trop convenu, alors que je ne suis pas un inconditionnel du genre. En outre, on devine assez facilement la fin.


Ambre Solis, de Gallinacé Ardent
Une médium a la capacité de se projeter dans les scènes venant d'une photographie. Cependant, ses clients veulent tous des infos sur la mort de leur proche...
Un texte au sujet classique mais traité de manière de plus en plus angoissante. A ne pas lire avant de dormir.


Le fils du tyran, de Stéphane Croenne
Le tyran est mort. Vive le tyran.
Alors que le châtelain pousse son dernier souffle de vie, son fils reprend le flambeau.
Des pensées malsaines pour ce conservateur réactionnaire qui veut répandre la vraie foi. Glaçant.


Oh oui… , de Bruno Pochesci
Et voilà, ce qui devait arriver arriva, dixit Thomas Day, Bruno Pochesci a fini à Pôle Emploi à force d'écrire de la merde. Mais con comme il est, il en a profité pour nous pondre une nouvelle en patientant son tour au guichet, histoire de partir en beauté de ce métier d'ecrivaillon italo-nanard.
Avec ce titre, je pensais me prendre plein la gueule de foutre, mais non, l'auteur me prends à rebrousse poil et préfère se foutre de la gueule de LA mort. Ça casse pas trois pattes à un canard, mais parfait pour patienter avant son tour.

Xavier Deiber


Le chemin de la vallée inondée, de Diane

Nous suivons les pas d'un androïde de nouvelle génération, doté d'une vraie IA. Mais l'accès à la conscience n'est pas un chemin facile.
Assez classique, mais très bien écrit.


Demain sera un autre jour, de Crazy
Réunion de famille suite à un enterrement, où un père dit adieu à son fils. Un sujet très "blanche" et traité comme tel à la grande différence qu'il s'agit ici de mutants. Comment vivre lorsque l'on est quasi immortel. Un très beau texte tout en sensibilité.

Plus tu t’attaches, plus tu souffres. Moins tu t’attaches, moins la vie est intéressante.



Mammam-IA, de Tesha Garisaki
Dur de perdre un être cher dans une société technologique.
Un texte a l’humour grinçant qui fait feu à la bienpensance tout en s'interrogeant sur une des conséquences du clonage numérique. J'ai adoré. Comme quoi on peut faire simple en disant beaucoup de choses. Et ce titre.


Venus Requiem, de Émilie Querbalec
Futur, le voyeurisme fait toujours recette et lorsque des riches ne savent plus somment dépenser leur argent, cela permet d'entrevoir des bénéfices insoupçonnés. Mais qui tire les ficelles de ce jeu de dupe ?
Un univers effrayant avec des jeux qui le sont tout autant. Nous sommes immergé rapidement et on se laisse berner en beauté.


Sebastian “Stab” Bertoa

Le temps des moissons, de Southeast Jones
Les espèces vivantes reviennent à la vie après leur mort. Un scientifique étudie cette maladie dans un labo militaire. Il nous livre ses mémoires.
Pas des zombies méchants, ils aiment ici prendre le soleil et se prélasser à longueur de journée.
Assez classique dans sa thématique, son final rompt avec ce que l'on est en droit d'attendre de ce genre de récit pour mon plus grand bonheur.
En outre, un passage m'a fait penser à un texte de Léo Ferré : 'Tu nais tout seul tu meurs tout seul entre les deux, il y a des faits divers, des faits divers que je te souhaite de choisir, parce que la plupart du temps, ces faits divers, ils te sont imposés, alors fais tout ce que tu peux pour garder tes faits divers à toi"
Je ne sais pas si l'auteur connait, mais dans la nouvelle, ce passage en est clairement une paraphrase :

L’existence peut se résumer en trois étapes : la naissance, la vie et la mort ; bien que seules la première et la dernière aient une réelle importance. À l’échelle d’un univers que l’on suppose infini et dont la durée de vie est, de notre point de vue humain, ce qui se rapproche le plus de l’éternité, tout ce qui se passe entre les deux n’est qu’une succession de points de détail insignifiants.


Robô, de Xavier Portebois

Des gamins des favelas trouvent un cyborg dans une décharge. Que faire ? Aider ou vendre les pièces détachées.
J'ai bien aimé le fait que cela se situe dans des favelas, ça se lit avec plaisir mais il m'a manqué un peu de développement pour tout à fait me plaire.


Cham

Die Nachzehrermethode, de Quentin Foureau
L'art est dangereux.
Un docteur tombe en admiration devant un tableau et va tenter de lui rendre vie.
Pour les amateurs de fantastique, de savant fou et d'horreur.


Le mécanisme de la mort du langage, de Mort Niak

Si vous receviez un colis qui n'a que votre adresse, l'ouvririez vous ? Et si dedans se trouvait...
Voilà la mésaventure qui arrive à une famille.
Présenté comme absurde et conceptuel, je ne peux que plussoyer.


Délivre-nous du mal, de Ria Laune
Si tu aimes rire jaune ou une histoire de résilience qui de passe mal. Très mal.
Sujet rarement abordé dans l'imaginaire, la maltraitance sur enfant. Ici nous sommes dans une veine fantastique avec une chute horrible.


Les âmes de la foire, de Vincent T.
Un réalisateur tombe sous le charme d'une de ses actrices, le début d'une épopée étrange.
Je n'ai pas réussi à entrer dans d'histoire ni dans l'ambiance. Cependant, la fin donne un fond inattendu à ce texte.


Tri Nox Samoni, de Jérôme Nédélec
Place a la fantasy avec l'histoire d'un combat entre chefs de clans, l'un respectant les coutumes et l'honneur, l'autre les baffouant sans vergogne.
Le récit m'a pris dans ses filets épiques et a réussi à faire naître des images de cet affrontement ou les dieux observent.


Lenté Chris

La dette du psychopompe, de Guillaume G. Lemaître
J'ai appris un nouveau terme avec ce texte , epectase, dont il joue - jouit - sur les deux sens. L'histoire d'un nécrophile, du comment il trouve ses partenaires et bien d'autres choses. C'est rempli de sexe, de gore, c'est morbide à souhait mais l'humour noir qui baigne l'ensemble fait passer le tout. Pour public très averti cependant.


Les oubliés d’Ushtâr

juillet 08, 2020

Emilie Querbalec, Nats éditions, 2018, 468 p., 5€ epub sans DRM (promo à 2€ jusque fin août 2020)


Pierre, ciseau, feuille,
Une main tendue pour un rendu,
Vaut mieux que doigts perdus !

David contre Goliath, qui va gagner ?


Présentation de l'éditeur :

Ushtâr, planète-océan des confins.
Lorsque, après une guerre aussi brève qu’inégale, le Gouvernement tombe aux mains du régime autoritaire et ultra-patriarcal d’Albâr, Gul-Yan n’a d’autre choix que de fuir avec les autres Infants. Objectif : sauver la Gemme de Vie, dépositaire de la mémoire de son peuple. Mais cette évacuation ne se déroule pas comme prévu… Dans les méandres d’une cité à moitié engloutie, la traque commence. Or, rien n’arrête les Nadjams, ces soldats programmés pour tuer.
Rien, sauf peut-être l’Arme-Vie. Mais celle-ci n’est-elle pas une simple légende ?

Mon ressenti :


Emilie Querbalec sort, en automne comme il se doit, son dernier roman chez Albin Michel Imaginaire, avec un joli titre "Quitter les Monts d’Automne", une belle couverture et un pitch faisant allusion aux écrits d'Ursula Le Guin. Assez pour m'intriguer et aller fouiner du côté de son premier roman.
En outre, et surtout, elle me permet de cocher la case Bretagne du Défi Cortex alors qu'elle n'est pas originaire de cette région. Donc pour la remercier, j'ai décidé de me pencher sur ses oubliés.

Cela commence assez violemment par un abordage de vaisseaux, mais l'écriture et le style laisse présager autre chose que le Space op des années 70. Et j'ai été particulièrement étonné de cette plume pour une autrice inconnue avec seulement quelques nouvelles à son actif.

Pureté, force et spiritualité, songea Pi-Yan avec écœurement – un symbolisme qui justifiait les pires atrocités

Mais au delà de cet aspect purement littéraire, est ce que l'histoire nous emporte avec elle? Assez classique sur le fond, c'est le worldbuilding et l'ambiance générale qui m'ont surtout agréablement étonné. Deux planètes, trois cultures différentes qui vont s’affronter. Alors que j'avais peut d'un roman initiatique, on découvre peu a peu ces deux sociétés qui se font la guerre et dessine par moment de manière assez juste les gens de la haute et le peuple, leurs manières différentes de voir la vie. Et d'un objet assez banal, une gemme qui orne le front de certains membres du peuple, l'altérité se fait jour.

Loin d'être sans défauts - des erreurs de jeunesse ? - avec une intrigue un peu fluctuante, une fin plus que brouillonne, et des ruptures de style entre un texte descriptif mais poétique et des scènes d'action, bien faites, mais dont l'écriture est trop différente. L'impression aussi que l'autrice ne savait pas trop dans quel direction faire aller son texte, qui est à la lisière du space/planet opera, et du récit initiatique.
Mais les sujets abordés, domination masculine, libre arbitre, religion, pouvoir et société égalitaire étaient assez forts pour faire oublier ces faiblesses.

A voir si Emilie Querbalec transforme l'essai avec son prochain roman, même si ce qu'en dit son éditeur me laisse dubitatif :

C’est un roman de science-fiction a priori très classique qui navigue dans les eaux douces de Robert Silverberg et d’Il est difficile d’être un Dieu des frères Strougatski. Pour moi la vraie singularité du texte vient de la collision d’une influence miyazakienne avouée et d’un érotisme, assez cruel, justement totalement absent de l’œuvre de Miyazaki. Quitter les monts d’automne est très sensuel.
Source : Albin Michel Imaginaire





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