Quitter les monts d'automne

 

Émilie Querbalec, Albin Michel Imaginaire, 2020, 448 p., 11€ epub sans DRM



Les histoires sont comme les nuages : on a beau vouloir les saisir, elles finissent toujours par s’effilocher au vent. Mais elles ne disparaissent pas. Elles restent là, cachées sous les voiles invisibles du Flux, près de nous, prêtes à renaître au moindre souffle.


Une jeune campagnarde s'en va découvrir la vi(ll)e.

 

Présentation de l'éditeur :


Recueillie par sa grand-mère après la mort de ses parents, la jeune Kaori vit dans les monts d’Automne où elle se destine à être conteuse. Sur Tasai, comme partout dans les mondes du Flux, l’écriture est interdite. Seule la tradition du « Dit » fait vivre la mémoire de l’humanité. Mais le Dit se refuse à Kaori et la jeune fi lle se voit dirigée vers une carrière de danseuse.Lorsque sa grand-mère meurt, Kaori hérite d’un rouleau de calligraphie, objet tabou par excellence, dont la seule détention pourrait lui valoir une condamnation à mort. Pour percer les secrets de cet objet, mais aussi le mystère qui entoure la disparition de ses parents, elle devra quitter les monts d’Automne et rejoindre la capitale.Sa quête de vérité la mènera encore plus loin, très loin de chez elle.


Mon ressenti :

Kaori est orpheline, issue d'une d'une famille d'artistes réputés, des conteurs AFP, Appellation Flux Contrôlé. Sauf Kaori la petite dernière, elle ne peut donc être barde et devra se contenter de la danse. Mais lorsque mamie meurt....

Des troupes d'artistes dans un paysage japonisant, très descriptif au début, j'ai eu un peu de mal à voir où tout cela aller m'emmenait mais cela reste très intriguant. Puis, lorsque la petite quitte enfin sa campagne, les fameux monts d'automne, quelques éléments m'intriguent plus encore et alors que nous étions dans une ambiance assez fantasy, la SF se fait jour, pleinement.
Pleinement, mais autrement à la fois, l'autrice se saisit des tropes science fictif pour en user à sa guise, l'attirail est identique et différent à la fois. Plus poétique, moins technologique. L'ambiance m'a beaucoup fait penser à Des milliards de tapis de cheveux pour vous donner une idée, un planet/space opera qui ne dit pas son nom.

Nous sommes aussi un peu en terre dystopique, avec ce monde où l'écrit est interdit, ou seul le Dit - la parole - a droit de vivre et encore... Et si la mémoire de ce qui a été disparait, il n'y a plus d'histoires, l'Histoire s'arrête. Et sans passé, comment se forger une identité ? Ces questionnements irriguent le roman de belle manière.

Côté bémol, Kaori ne décide rien et les hasards heureux la mettent toujours sur la bonne voie. Alors qu'elle vivait dans un monde où la technologie est quasi absente, elle ne semble que peu stupéfaite des diverses choses qu'elle va découvrir pour la première fois. Elle se laisse balloter au fil de l'eau, du flux, sans se poser trop de questions.

Mon ignorance d’alors me fait sourire, mais tel était l’environnement dans lequel j’avais grandi : un monde pré-technologique, où le Flux, seul détenteur du Verbe et du Savoir, nous condamnait à la pensée magique en lieu et place de science.

Certaines parties de la fin m'ont aussi déplu, explorant des contrées plus oniriques, ce qui n'a jamais été ma tasse de thé, avec ou sans cérémonie. Mais la fin vous emmènera aussi très très loin...

J'ai beaucoup aimé l'écriture et le style de l'autrice, qui démontre si cela était encore nécessaire que l'on peut faire des romans de SF au-delà des caricatures du genre. Allez Émilie, un peu plus de rythme la prochaine fois, un personnage moins chamalow et tu pourras faire jeu égal avec Ursula !

Quand bien même ces quelques défauts, l'autrice tire son épingle du jeu en nous déployant un univers atypique. Un roman pour celles et ceux allergiques au verbiage techno-scientifique mais qui veulent tout de même se prendre le vertige du Sense or Wonder.
Une certitude, je lirai avec plaisir prochain roman (si c'est de la SF va sans dire) et cela reste le second roman de l'autrice, une femme, française de surcroit, on lui pardonnera donc ces quelques hiatus.

Avec ses deux derniers romans publiés en date (La marche du Levant pour le second), la collection Albin Michel Imaginaire nous démontre que l'appellation Imaginaire n'est pas usurpée, les genres sont floues et se brouillent pour nous offrir toujours plus d'imaginaire et se déjouer des stéréotypes S, F ou F ou encore F.

Seule question qui demeure, qui a pondu ce magnifique titre ?

Pour vous faire une idée de la plume de l'autrice, son éditeur offre une de ses nouvelles en numérique, Le deuxième sang. Alors on télécharge et on dit Merci, c'est tellement rare ce genre de cadeau.

 


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Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse 


9 commentaires:

  1. C'est vrai qu'il est sublime ce titre.
    "L'ambiance m'a beaucoup fait penser à Des milliards de tapis de cheveux". Oh. Là y'a un argument qui achève de me donner envie.

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  2. Le titre flottait dans le Flux... quelqu'un a su le saisir au bon moment.

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    1. @Baroona : Commentaire juste au bon moment pour que Gilles voit que je suis un influenceur influent !
      Je pense que tu devrais apprécier.

      @Gilles Dumay : Tu remercieras donc ce Quelqu'un du Flux si tu le croises.

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  3. Tout comme toi, je n'ai pas été emballé par la dimension onirique mais la plume d'Emilie est délicieuse, on en redemande et donc si c'est de la SF je lirai le prochain roman avec plaisir.

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  4. La citation d'en tête est magnifique et me donne envie de le lire,tout comme le titre et ce que j'en lis par ailleurs.

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    1. C'est une très belle ouverture, et le reste est à l'avenant.

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  5. Le côté onirique pourrait bien me plaire à moi, par contre le côté passif et naïf.... à voir.

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    1. Maintenant que tu sais où est le défaut du roman, cela devrait bien se passer, pas de mauvaise surprise en perspective.

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