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Drone land

janvier 15, 2018


Tom Hillenbrand, Piranha éditions, 2017, 320p., 14€ epub sans DRM


Roman idéal entre deux gueules de bois. 


Présentation de l'éditeur :

Dans un futur proche où les citoyens européens sont constamment surveillés par les drones fédéraux, le meurtre d’un politicien à la veille du Brexit va bouleverser le système établi.
Dans un monde dévasté par les catastrophes climatiques et ravagé par les guerres pour le contrôle des rares ressources encore exploitables, les citoyens de l’Union européenne font l’objet d’une surveillance permanente grâce aux nouvelles technologies. Lorsqu’un membre du Parlement européen est retrouvé froidement exécuté dans la région de Bruxelles, le commissaire Westerhuizen est certain de pouvoir résoudre l’affaire rapidement grâce à l’ordinateur omniscient d’Europol. Mais malgré l’identification rapide d’un suspect, de nombreux indices laissent à penser que le programme de l’ordinateur a pu être altéré et que le meurtre cache un scandale qui pourrait ébranler les fondements de l’Union.
 

Mon ressenti :

Lu après une critique de yogo, les premières pages m'ont vite fait douter. Dans cette anticipation sur les drones et la société de surveillance, on entre de plein pied dans une intrigue sur l'assassinat d'un député européen de second plan par un meurtrier professionnel, orientant la piste vers un complot étatique plutôt que d'une banale histoire de moeurs.
L'auteur remplie ses pages de gadgets SF censément nous immerger dans son monde futuriste qui m'a cependant fait soulever bien des fois les sourcils : peu vraisemblable, trop too much. Moi ce que j'aime, ce n'est pas le décor, mais les conséquences politiques, sociales et individuelles des technologies. Ici, tout cela est vite survolé, voir inexistant.
Ajouter à cela des personnages vites dessinées, une histoire d'amour qui se profile et me voila très dubitatif. Je venais de finir Reproduction interdite qui utilisait certaines de ces technologies nouvelles mais dans le Truong, celles ci étaient réalistes et utile à l'intrigue, donnant une vraisemblance au récit.
Dans les deux livres, il y est question d'IA logicielle. Truong en fait un bon analyste de données, Hillenbrand en fait un studio de cinéma en 3D ! En outre, pour pouvoir donner des images haute définition du territoire, cela demande une armada conséquente de drones. Quid du financement de l’ensemble, on ne sera jamais !
Ici l'auteur connait la quincaillerie SF et l’enquête policière, on ne peut lui enlever, tout y est  : voiture autonome, lunettes connectées, écran souple, drone sans oublier le changement climatique (il y pleut beaucoup !). On ajoute quelques ingrédients du polar  : meurtre chez les puissants, magnat de l'industrie, snuff movie, corruption. En personnages, le flic solitaire (dont la femme est décédée !), une collègue sexy (on peut être solitaire et aimer la compagnie du sexe opposé), un journaliste de scoops, ... On badigeonne le tout de coréens, de brésiliens et de portugais pour donner une consistance géopolitique à l'ensemble.

En m'attardant de plus près sur l'édition, je remarque que ce roman est paru dans la collection Black Piranha, donc polar. Ce public sera peut être conquis par l'aspect anticipation. Mais pour l'adepte de SF, ce dernier risque la désillusion.
Lu après Reproduction interdite, je pense que là ce trouve l'écueil principal de mon désintérêt pour ce livre. Drone land est parfait comme divertissement, beaucoup moins pour questionner l'impact des bouleversements technologiques sur la société.

yogo a trouvé le tout inquiétant et fascinant, Mes imaginaires se réjouit de la belle intelligence de Drone Land qui choisit la subtilité et la suggestion. Mr K. trouve que Drone land offre une belle réflexion sur le genre humain et sa propension à causer sa propre perte. Et Raphaël Gaudin dans Bifrost y a trouvé un paquet de bonnes raisons de se jeter sur ce livre. Bref, nous n'avons pas lu le même texte.

Swastika night

novembre 27, 2017

Katharine Burdekin, 2016 (parution originale 1937), Piranha éditions, 240p., 13€ epub sans DRM


Pour 13 euros, vous avez le droit à un roman satirique et à un essai.  L'un assez réussi, bien qu'outrancier par endroit, l'autre ennuyeux.
Reste l’intérêt historique...

Présentation de l'éditeur :


Sept cents ans après la victoire d’Hitler, le Saint Empire germanique a soumis la moitié du monde à l’idéologie nazie. La nouvelle société, empreinte de mythologie et d’ignorance, repose sur une stricte hiérarchie : les chevaliers et les nazis en occupent le sommet, tandis que les étrangers servent de main d’œuvre servile et les femmes, uniquement destinées à la perpétuation de la race, sont réduites à l’état animal. Lorsqu’Alfred, mécanicien anglais en pèlerinage en Allemagne, est impliqué dans une rixe, il est conduit devant le chevalier von Hess, gouverneur du comté. Séduit par sa personnalité, von Hess ne tarde pas à lui révéler un secret qui le bouleverse. Mais la connaissance a un prix : celui du sang.

Mon ressenti :


Hitler a gagné, la moitié du monde est libéré de la démocratie et du communisme. Le bonheur ?
Pas si sûr. voyons ce qu'il en est. 700 ans après la victoire nazie, le monde est divisé en deux parties, l'empire allemand et l'empire du soleil levant. Soit bonnet brun contre brun bonnet ! Hitler est devenu un Dieu et la mythologie a fait le reste.

L’Unique et Saint, le Héros-Dieu, lui, n’avait naturellement jamais fumé, ni mangé de viande, ni bu bière ou vin. Sa colossale stature (deux mètres dix, mesurait-Il) et les phénoménales prouesses que Lui autorisait Sa force ne devaient rien à la nourriture riche et grossière que prisent les Allemands inférieurs.

Les femmes ont enfin reprit leur place naturelle : au poulailler. Le viol est considéré comme un simple acte sexuel, les hommes allemands, ont tous les droits. Plus de famille, les enfant sont retirés à leur mère dès leur plus jeune âge, les femmes restent parquées dans des camps, réduites à un simple statut reproducteur.

Qu’un homme puisse exprimer une préférence sexuelle pour une femme en particulier (hors celle que pouvaient susciter l’état de santé et la force musculaire de cette femme) était une faiblesse, une preuve d’absence de virilité.

Et pour diriger cette douce société utopique, il faut bien un cadre. Donc, hiérarchie pyramidale : les chevaliers, les religieux, les simples nazis, les populations asservies, les chrétiens (les juifs ayant été exterminé, il faut bien trouver un nouveeau bouc émissaire) et en bout de chaine les femmes considérés comme de simples animaux.
Le tout avec falsification de l’histoire allant jusqu'à son oubli.

Pour l’intérêt historique, c'est réussi même si parfois la projection est un peu trop satirique, outrancière et appuyée. Mais quelle clairvoyance. Écrit en 1937, l'anticipation de l'idéologie nazie est parfaitement juste.
Pour ceux dont l'histoire ennuie, l'anticipation se suffit-elle seule ?
Nous sommes dans une veine assez satirique, avec des personnages réduits à leur simple expression : le candide, l'initié et l'apprenti. Leurs aventures peuvent donc sembler à la limite du rocambolesque.
Quelques moments assez hilare cependant à mon sens : comme la découverte du vrai Hitler par Alfred et Hermann sur une photographie, l'exacte opposée du mythe. Voilà pour une première partie. Et puis patatras, rupture de ton, on assiste à un dialogue érudit sans fin contredisant la psychologie des personnages. Et comme Hermann, j’avais envie de me présenter devant les rhétoriciens et de leur dire que je préférais continuer ma vie d'avant, ou qu'un résumé me suffirait.

si vous aviez la bonté de m’y autoriser, j’aimerais mieux continuer à travailler aux champs plutôt que d’entendre parler du livre de votre trois fois noble ancêtre. Veuillez le croire, je ne suis pas un lâche ; cependant, lorsque vous discutez avec Alfred, je n’y comprends rien. Je préfère qu’il me l’explique après vos conversations. Je vous prie donc, Bien-Né, de bien vouloir me congédier.

Et de deviser sur le nazisme, la virilité, les civilisations, les gouvernements, l'histoire,les femmes et les arts. J'avais l'impression d'être en cours face à un prof ennuyeux, la lecture en diagonale comme seule évasion. Et parfois, l'impression que Katharine Burdekin avait plus à dire sur le féminisme que le nazisme.

N'est pas romancier qui veut. Dommage car le sujet était intéressant et l'anticipation juste

Une postface, Cauchemars éveillés : Et si le Troisième Reich l’avait emporté ?, de Bertrand Campeis clôture le roman. Il revient sur l'uchronie et la seconde guerre mondiale. Paru en 1937, le livre est une dystopie, pourquoi nous parler d'uchronie via une petite pirouette ?
Mise à jour : La postface sur l'uchronie a été faite d'après la demande de l'éditeur. Pour tout savoir sur la classification de ce roman (anticipation, uchronie,...) le fil dédié du roman sur le forum du Bélial est fait pour vous.

Je voudrai saluer l'audace des éditions Piranha de ne pas cacher la vieillesse de ce roman, que ce soit dans la version numérique ou sur la page de présentation du livre sur leur site. Tant de maisons d'éditions préfèrent cacher la date de parution original pour faire croire à une "nouveauté". J'en arrive donc à saluer un fait qui devrait être banal. Le monde à l'envers. Alors, bravo les éditions Piranha, au moins sur ce point.
Car au niveau de la politique des prix entre la version epub et poche, on est à la ramasse : 13€ l'ebook, 7€ le poche ! En langage anti langue de bois, je pense que cela dit : piratez moi.

J'avais découvert ce texte sur le blog Mes imaginaires, l'avis de Bifrost était plus mesuré, j'aurais du écouter Gromovar !





Quelques citations :



Je ne comprends pas, répéta Hermann, au bord du désespoir. Pourquoi doit-on nous dire ces choses et nous aider ensuite ? Pourquoi ne pas nous laisser tranquilles ?

Les femmes se sont toujours conformées aux normes établies :comment pourraient-elles avoir une quelconque substance ?

Il y a deux façons de gouverner un empire. On peut faire en sorte que les sujets conquis se sentent mieux dans l’empire qu’en dehors, qu’ils soient fiers d’en faire partie, qu’ils en épousent la civilisation, meilleure que la leur, et qu’ils puissent, s’ils le méritent, en acquérir la nationalité. C’est la conception romaine. Il y avait dans l’Empire romain des milliers d’hommes qui, bien que n’ayant pas une goutte de sang romain dans les veines, se reconnaissaient avec joie et fierté dans l’Empire. Ils avaient le droit de se déclarer Romains et partageaient les prérogatives de leurs conquérants. Mais on peut aussi maintenir les races soumises en état d’infériorité essentielle et leur donner à penser qu’elles sont gouvernées par une nation sacrée constituée d’hommes entièrement différents, leur refusant à jamais l’accès à une égale citoyenneté. C’est notre conception. Il est inimaginable pour nous qu’un individu puisse s’arroger le droit d’être allemand s’il ne l’est pas de naissance. Nous sommes le Sang. Et vous autres êtes le non-Sang.

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