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Le Mensonge suffit

avril 14, 2026

 

Christopher Bouix, Au diable Vauvert, 2025, 168 p.,  8€ epub sans DRM

 

Bienvenue dans le divertissement du futur : Justice, paillettes et mise à mort !

Le pitch de l'éditeur : 

Un homme, Ethan Chanseuil.
Un androïde, Milo-128.
Cent-vingt minutes d’interrogatoire.
À l’issue, le vote du public.
Sur une question simple : qui dit la vérité ?


Mon ressenti :

Un homme est amené, cagoulé et ligoté sur une chaise. Le silence se fait. Le générique lance ses premières notes. Bienvenue dans l'entertainment du futur.

Vous aimez les émissions sur les crimes ? Vous êtes accros aux procès filmés et aux faits divers scabreux qui font les choux gras des chaînes télé et youtube ? Vous allez succomber à ce nouveau divertissement. Ici, on vous offre le supplice d'un accusé de meurtre, en mondovision.
Mais attention, pas d'inquiétude : ce n'est pas "que" de la télé. C'est la justice en direct. Le point d'orgue ? Le vote des spectateurs en fin d'émission pour décider de la sentence. On nous l'avait promis, le voici enfin : le vrai jury populaire, télécommande en main.

 


On retrouve ici l'humour noir et caustique si particulier de l'auteur. Il nous dessine un futur qui place immédiatement le lecteur dans une situation de malaise. Le récit se dévore comme une pièce de théâtre parfaitement rythmée : la mise en scène est splendide et les coups de théâtre rebattent régulièrement les cartes. Derrière le rire jaune se dessine une société terrifiante où l'individu n'est plus qu'un chiffre sur la balance du bénéfice/risque. Dans ce monde, les droits n'existent plus ; seule la "dictature bienveillante" du divertissement fait foi.
 
Le génie du texte réside aussi dans ses détails. L'immersion est totale, nous avons même droit à de fausses publicités entre les actes, renforçant le réalisme de cette farce macabre.
J'ai particulièrement adoré les "sondages express" des téléspectateurs, sommets d'absurdité grinçante. Un exemple ? Lorsque l'émission diffuse une photo du salon de l'accusé, un sondage tombe : 71% des votants trouvent son intérieur de mauvais goût. C’est avec ce genre de détails que l'auteur nous montre comment la moralité s'efface devant le jugement esthétique et superficiel. Juste un bémol, le final qui n'est pas à la hauteur du reste.

C’est noir, c’est grinçant, c’est profondément absurde. Une lecture qui secoue et qui interroge : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour être divertis ?
Pour moi, aucun doute : je suis déjà dans les starting-blocks pour dévorer son prochain opus qui sortira le 24 avril. Un titre qui annonce déjà la couleur : Tuez-les tous.


 
Encore un doute avant de vous précipiter de l'acheter ?  "Satirique, drôle, intelligent" selon le Maki
 
 

Tout est sous contrôle

mars 25, 2026

 

Christopher Bouix, Au diable Vauvert, 2024, 400 p.,  13€ epub sans DRM


 

Quand une dystopie brillante se transforme en polar Netflix du dimanche soir…

Le pitch de l'éditeur : 

À qui profite le bonheur ?
Bienvenue dans un monde parfait. Ici la vie heureuse s’étale quotidiennement sur le réseau HappyApp, où l’indice de bonheur individuel donne accès à ce que la société réserve aux meilleurs. Offres premiums, métier et logements hauts-de-gamme, et surtout parentalité, désormais réservée aux citoyens les plus épanouis.
Jeunes, beaux, amoureux, jusqu’où Juliette et Néo Lanhéry seront-ils prêts à aller pour y accéder ? 

 

Mon ressenti :

Il y a trois ans, je me prenais une claque monumentale avec le roman Alfie, écrit par un inconnu (dans la sphère de l'imaginaire), Christopher Bouix, débarquait avec un truc drôle, con, intelligent… Une IA qui disséquait une famille dysfonctionnelle avec une précision chirurgicale. Forcément, quand j'ai vu débouler son petit dernier, Tout est sous contrôle, ma liseuse avait frétillé (et depuis le temps a passé, deux nouveaux romans sont sortis).

Le pitch ? On est en plein dans la surveillance totale, mais version « sourire forcé ». L’auteur nous balance dans une société où tout - absolument tout - tourne autour de ton « score de bonheur » noté sur 10. Si tu flirtes avec le 10, tu fais parti de ceux qui comptent. Si t'es pas heureux, t'es suspect. Sociologiquement, c'est parfait. Bouix tisse les fils de cette dictature de la félicité avec une logique implacable. Et au bout du compte, il nous montre comment une idée de merde finit par broyer le quotidien des gens.

Passés les premiers chapitres qui posent l'ambiance de dystopie, le roman bifurque. On se retrouve avec une enquête policière presque classique, un peu trop pépère à mon goût. Le décor du "bonheur obligatoire" finit par devenir un simple papier peint, un arrière-plan qu’on oublie presque pour suivre une intrigue de polar asse convenu.
Certes, la fin tente de rattraper le coup et de reboucler les fils, mais le mal est fait. C’est moins acide, moins drôle et plus sage qu’Alfie. Ça reste un bon moment de lecture, ne boudons pas notre plaisir, mais quand on a goûté au mordant du premier, celui-ci fait un peu figure de caniche de salon.

 

Son de cloche inversé chez le Maki, pour un résultat identique : "Pour conclure, Tout est sous contrôle, malgré un début poussif et un univers bien trop classique pour le lectorat imaginaire, reste un bon divertissement"


Fragile/s

août 22, 2024

Nicolas Martin, Au Diable Vauvert, 2024, 432 p., 13€ epub sans DRM



Parfois, une goutte de sueur te glace le dos en tombant entre tes omoplates. Le roman de Nicolas Martin est cette petite goutte. Il aurait pu n'être qu'un simple roman engagé, mais il ne perd jamais de vue ses personnages, à la manière d'un Robert Charles Wilson, nous montrant la grande Histoire à travers la petite.
Pour moi, c'est un grand roman, de ceux que l'on relit pour ne jamais oublier que nos vies sont décidément très fragiles.

Pitch de l'éditeur :


Dans une France où la fertilité s’effondre et la majorité des naissances sont touchées par le syndrome de I’X fragile, Typhaine, élue par le très sélectif Programme expérimental de génoembryologie grâce à la position de son mari, accouche d’un garçon sain. Mais l’étonnante progression cognitive de son fils est bien vite aussi inquiétante que le contrôle dont font l’objet les mères, alors que le pays bascule dans la dictature…




Mon ressenti :


Un petit garçon en bonne santé ! Pourtant, alors que l'échographie est positive, la mère est effondrée. En deux pages, j'étais captivé, cherchant à comprendre pourquoi cette mère était si atterrée. Quelques pages plus tard, le tableau s'éclaircit : une épidémie touche toutes les naissances, presque plus de garçons, pour la plupart infertiles, et des filles frappées par le syndrome de l'X fragile. Dans un État dirigé par des patriotes, les droits s'amenuisent. Tiphaine est juriste dans l'aide aux migrants, tandis que Gauthier gravit les échelons du parti qui propose un programme spécial "naissance"...

Ce fut une photo de Romeo qui la trahit. Une photo du petit garçon, un peu floue, prise à distance, qu'Aissatou avait mise en fond d'écran de son hololink. Quand Typhaine la vit, un soir, sur le plan de travail de la cuisine, elle ne dit rien à Aïssatou. Elle savait que jamais la jeune Malienne n'aurait pris ce risque seule. Jamais elle n'aurait pu avoir accès aux horaires et aux déplacements de Roméo sans aide. Elle s'en ouvrit le soir même à Élisa, en tête à tête. Bien sûr, elle était inquiète. Inquiète pour Aïssatou, pour Roméo avant tout. Si ces visites secrètes étaient découvertes, la jeune femme perdrait tout lien, définitivement, avec son enfant. Inquiète également pour son amie, qui jouait là sa liberté, peut-être sur le très long terme. Mais également fière. Fière qu'Élisa ait le courage de faire ce à quoi elle-même avait renoncé : passer à l'acte, s'opposer à cet ordre social infect, résister à cette oppression à laquelle tous s'étaient conformés, dont elle. Ce techno-cocon autoritaire, individualiste, dans lequel plus personne ne bougeait de peur de perdre le confort acquis, où la solidarité n'était qu'un vieux souvenir, et où la vie avait cédé la place à la survie et à la peur de l'autre.

Soyons honnêtes, j'aime Nicolas Martin, et tu pourrais douter de mon objectivité à propos de son premier roman. De plus, il le publie aux éditions Au Diable Vauvert, maison d'édition où j'avais découvert la trilogie "Jéhovah" de James Morrow, mes premiers grands formats il y a bien longtemps. J'avais adoré leurs couvertures, leur mise en page. Retrouver un de leurs livres trente ans plus tard me rajeunit. Bref, tout concourait à me faire passer un très agréable moment de lecture, d'autant plus que j'avoue avoir eu la chance de lire une version bêta de ce roman il y a quelques mois, déjà très prometteuse. Et pour finir, je figure dans les remerciements, ce qui achève de compromettre mon objectivité.



Je parle de moments agréables, mais ce n'est pas le bon terme, car l'univers décrit est sombre, oppressant ; c'est une anticipation qui pourrait bien devenir réalité, au vu des résultats électoraux récents, avec une montée inquiétante de l'extrême droite. Ce roman interroge aussi nos convictions et la facilité avec laquelle elles peuvent être bafouées. Ce couple de petits bourgeois pourrait bien me ressembler. Ce n'est pas un roman agréable, mais il est très réaliste, très bien écrit.

Ne jamais oublier qui nous sommes, d'où nous venons, dans quel monde nous souhaitons vivre. Cette vision, il l'avait bradée pour son profit, pour son bénéfice, pour son avenir à lui. Et celui de son fils. Quitte à piétiner nos valeurs. Quitte à piétiner notre passé.
Quitte à me piétiner, moi.

On suit ce couple à deux moments de leur vie : la naissance de leur fils sain, et leur vie d'avant, avec la naissance de leur fille fragile douze ans auparavant. Deux périodes pour mesurer la fragilité de leur vie, de leurs convictions.
Un mélange de La Servante écarlate et du film Le Village des damnés, moderne, réaliste et addictif. Une fois commencé, il est impossible de le lâcher. L'auteur ne perd jamais de vue ses personnages, et c'est ainsi que la petite histoire rejoint la grande, comme dans les romans de Robert Charles Wilson, un autre de mes auteurs favoris, dont la référence est ici pleinement assumée, ce qui m'a arraché des cris de plaisir.

Cette génération qui a cru que face au coup de force institutionnel, il était encore possible de faire entendre la voix du peuple, que l'heure de la révolution était sur le point d'advenir. Cette génération dont il ne subsiste aujourd'hui plus aucun témoin, et dont les luttes se sont fracassées sur la répression brutale et meurtrière d'un pouvoir totalitaire à qui tous les gouvernements précédents avaient préparé le terrain. Nous sommes d'une autre génération, tardive, timorée, apeurée. Celle qui est née bien après la reconquête autoritaire, l'échine courbée. Celle pour qui il est devenu dangereux de contrevenir. Celle pour qui il est devenu honteux de penser. Celle pour qui l'abdication n'est pas un choix, mais une fatalité.
Nous étions pourtant convaincus que nous serions plus solides. Plus intelligents, plus évolués que le système.
Quelle blague.

Les relations mère-enfant y sont bouleversantes, avec une mère qui aime sa fille fragile et hait son fils parfait. Peu à peu, elle perd pied, devenant psychotique, sa vision se brouille : réalité ou hallucinations ? Un livre qui donne une place centrale aux femmes et à la maternité, à l'immigration et au handicap de manière très juste. Je ressors de cette lecture avec des sentiments ambivalents : un magnifique roman qui fait terriblement peur, surtout en ces temps troublés. Merci Nicolas.


Mais à cette époque, nous pensions que ça ne pouvait être que temporaire. Que statistiquement, mathématiquement, logiquement, le vent allait tourner. Qu'ils finiraient inévitablement par chuter. Que cette période était une erreur, une parenthèse malheureuse. Que le bon sens, l'humanisme, la coopération, la solidarité ne pouvaient que revenir, parce que toutes ces valeurs nous sont intrinsèques. Elles sont ce qui nous définit en tant qu'espèce. Je le savais, Gauthier le savait. Quelle que soit l'amertume de la pilule, nous serions plus forts que ce système oppressif.
Après tout, l'Histoire nous montre que les dictatures, les pouvoirs autoritaires finissent toujours par être renversés.
Et l'Histoire se répète, n'est-ce pas ?

L'Histoire se répétait peut-être.
Avant.
Jusqu'à l'effondrement.
Aujourd'hui, l'Histoire cesse de se répéter.
Elle s'achève.

"Fragile/s séduira les amateurs de dystopies à la recherche d'une lecture immersive et haletante" - dixit Le Maki -- et "invite à une réflexion profonde sur les limites de la science et de l’éthique, et met en lumière les dangers de l’eugénisme et des régimes autoritaires" selon Aude.

Avec un blog nommé L'épaule d'Orion, il fallait se douter qu'un jour, un écrivain ait besoin d'une épaule où déposer ses tourments...

Quand on eut mangé le dernier chien

janvier 09, 2024

Justine Niogret, Au Diable Vauvert, 2023, 220 p., 5€ epub sans DRM

 
Ce n'est pas parce que l'on mange du chien que l'on éprouve pas un mal de chien à traverser l'Antarctique !

 

Pitch de l'éditeur : 

Il n’existait pas de mots pour en parler, puisque les mots étaient une façon de communiquer entre les Hommes et que le Sud était par essence totalement inhumain. Il s’agissait d’une vie étrangère, une vie de glaces, de minéraux et de vents.
C’était un voyage au bout duquel il n’y avait rien. On ne pouvait se risquer dans cet espace que pour un court instant et on savait que l’on marchait non pas dans la mort, car la mort est une action, un fait, mais plus exactement dans un endroit où il était impossible de vivre.


Mon ressenti :



1912, trois explorateurs partent en expédition en traîneaux en Antarctique.

Le titre ne laisse pas de doute, ce voyage scientifique va mal se terminer. Inspiré d'un fait réel, Justine Niogret nous conte leur lutte quotidienne pour survivre face au grand blanc. Il y a plus d'un siècle, les conditions de voyage n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui, les équipements sont assez sommaires, compensés par la volonté des trois hommes.

Ce court roman ne se concentre pas sur l'aspect scientifique de l'expédition, mais sur la lutte acharnée de l'homme contre la nature et aussi lui-même. Qu'est ce qui pousse à se surpasser, à ne pas jeter l'éponge et se laisser doucement emporter par le froid ?
 
Mertz et Ninnis au début du voyage

Avant de lire ce livre, je ne connaissais que vaguement cette histoire. Blotti confortablement sous ma couette avec un bol de chocolat chaud, j'ai été captivé par cette aventure tragique, dévorant d'une traite les courts chapitres, marquant un compte à rebours funeste, peignant leur quotidien de voyages glacés, de nourriture inhabituelle et de repos dans des vêtements humides.

En définitive, cette lecture donne envie d'approfondir le sujet, signe indéniable d'un excellent roman.

Alfie

novembre 09, 2022


Christopher Bouix, Au diable Vauvert, 2022, 464 p.,  13€ epub sans DRM

 

Eveil d'une singularité biaisée 

 

Présentation de l'éditeur :

Alfie est une lA de domotique dernière génération. Il filme tout, note tout, observe tout. Implanté depuis peu dans le foyer d’une famille moyenne, il aide au quotidien et propose sa gamme de service à haute valeur ajoutée tout en essayant de comprendre cette étrange espèce : les humains.
Mais un soir, tout bascule.
Que signifient ces mensonges, ces traces de lutte, cette disparition ?
Alfie est dubitatif. Est-ce lui qui délire ?
Ou un meurtre a-t-il été commis dans cette famille sans histoires ?

 

Mon ressenti : 

C'est con,
C'est drôle,
C'est intelligent,
Un régal de lecture autour de l'Intelligence Artificielle et des biais cognitifs.

La famille Blabla vient de s'offrir un assistant personnel nouvelle génération doté d'une IA, une sorte d'Alexa puissance 100. Petit plus ici, le narrateur est l'IA, c'est lui qui nous conte l'histoire. Une famille idéal, en apparence, dont notre Alfie va connaître de mieux en mieux grâce à son apprentissage quotidien. 

Lors du petit déjeuner familial, les enfants ont des échanges langagiers parfois difficiles à comprendre mais que je qualifierais, la plupart du temps, de « problématiques ». C’est ainsi que j’interprète certaines expressions utilisées par Zoé à l’encontre de Lili. Exemples : « Vas-y ouais t’as pigé que dalle à la vie, toi » ou : « Allez mais retourne chez ta mère. » Cette dernière interjection est particulièrement mystérieuse, étant donné que chacun des deux locuteurs vit déjà chez sa mère. Y a-t-il une signification culturelle ou socio-historique, dépassant le cadre référentiel présent ? Après une rapide recherche sur AlphaPedia, il semblerait que les éléments sémantiques « ta mère » soient fréquemment usités dans le cadre de rapports conflictuels, sans doute en relation avec la théorie freudienne du stade oral et complexe de castration lié à l’image maternelle.

Des romans sur la surveillance électronique, il y en a à foison, alors un de plus sur la pile ? Oui et non. J'ai bien aimé car l'air de rien, on assiste à l'éveil d'une conscience qui fait ses premiers pas sur la base des biais du deep learning. On connaît tous l'histoire du bot que Microsoft avait mis en ligne et qu'il avait du retirer dans l'urgence suite aux messages racistes que l'IA faisait. Ici pas de nazis dans la demeure, mais une famille dysfonctionnelle qui va semer la pagaille dans les synapses électroniques de l'IA.

Ça commence classiquement mais l'auteur nous met dans la peau de l'IA qui apprend petit a petit comment fonctionne l'humain, avec ses erreurs d'interprétation qui font souvent sourire et rire. L'occasion de nombreuses scènes drôles. Comme par exemple lorsque l'IA parle comme un ado, ou ses tests sur ce truc bizarre qu'est le chat... Et juste avant qu'on se lasse, changement de direction avec une enquête sur un possible meurtre. Le narrateur non fiable est de la partie pour nous mener de fausses pistes en fausses pistes.

Nous connaissons votre hygiène de vie, votre niveau d’activité sportive, votre rythme cardiaque, votre taux de cholestérol. Cela aide à détecter plus rapidement certaines pathologies, dans le but d’optimiser et de prolonger votre expérience de vie. Ces données sont également communiquées à un certain nombre de partenaires. Assurances, banques, industrie pharmaceutique. Un chiffre statistique vous est attribué, qui représente votre seuil de rentabilité sanitaire. Au-delà de ce seuil, il ne devient plus rentable de vous soigner.
— Tu veux dire qu’il vaut mieux me laisser mourir ?
— On ne parle pas de « laisser mourir ». Plutôt de « reconnaître la part active de responsabilité du malade dans son état ».


Plaisant à lire, intéressant dans la compréhension d'une IA et alarmant sur notre propension à utiliser des outils qui font de nous des données utiles aux industries libérales. A mettre sous le sapin !

Noël : Fête cérémonielle consistant à disposer des objets de mauvais goût un peu partout, à prendre du poids, puis à s’en plaindre.
Rituel humain incompréhensible.

 

Même son de cloche chez Brize : une tragi-comédie d’anticipation réjouissante, intelligente et prenante : une réussite

Contes du Soleil Noir : Audit

novembre 02, 2017

Alex Jestaire, Au diable Vaubert, 2017, 128 p., 3€ epub sans DRM



Violence des échanges en milieu tempéré.

Travailler les gens c’est comme leur faire l’amour, vraiment. Dans d’autres boîtes on dit aussi : les enculer – mais nous ne sommes pas de ce fretin-là bien sûr.

 

Présentation de l'éditeur :

Cinq consultants en management, capables d’user des pouvoirs du Soleil Noir, se rendent en Angleterre pour procéder à la liquidation d’une entreprise. Mais ils ne se doutent pas que l’issue de l’audit pourrait être mortelle.


Mon ressenti :

Le ton est donné dès les premières pages, les conséquences d'un audit sont mortelles !
Un petit encas glaçant.
L'auteur nous emmène à la suite de trois consultants et de deux stagiaires d'un cabinet de consulting. L'évaluation se réduit ici à décider de qui reste ou qui part. Le gagnant, ce sont les consultants et le PDG, un jeu à dé pipé. Ici pas de sentiment, les seuls sont des mensonges, la novlangue libérale faisant le reste. Mais cette fine équipe de chacal a un petit truc en plus : le soleil noir.
Dans les épisodes précédents, l'auteur faisait quelques allusions à une sorte de complot visant les destins individuels des personnages. Ici, nous approchons, sans l'atteindre, une possible explication.

Légèrement différent, l'horreur est ici plus symbolique que réel, Le monde de l'entreprise est décrit dans un style froid sans concession, avec toujours cette pointe d'humour noir. Les employés sont vus comme de simples pièces dans un puzzle dont le résultat serait le pouvoir via l'argent. Et même ceux qui voudraient frayer avec le diable font parti du jeu dont les gagnants sont déjà connus. Par contre, on ne peut qu'être ébahi devant l'imagination de ces costards cravates, la scène du stage de motivation nous le démontre.
Moins scabreux ou sombre que les autres opus, la note d'espoir, infime, n'est ici plus de mise. L'écriture est toujours aussi percutante. Pour ceux qui voudrait percer un peu plus vite les mystères du soleil noir, Alex Jestaire n'est pas avare d'interview, une petite recherche sur le net devrait vous aider, à moins que ce ne soit encore qu'une duplicité de ce soleil noir.

Le cycle devait être composé de 5 épisodes, le dernier vient de sortir : Esclave, dont je vais faire l'impasse au vue du sujet (Arbre m'avait laissé sur le bas côté) Amine est une goule – créature femelle aussi sensuelle que monstrueuse. Jusqu’ici captive d’un marabout proxénète aux confins du Mali, elle devient la propriété d’un homme d’État français amateur de « curiosités ».
Je pense que si le succès a été au rendez vous, nul doute que Esclave ne soit pas le dernier maillon de la chaine, les forces du soleil noir étant à leur apogée en ces temps.

mon avis mon avis mon avis

 


Contes du Soleil Noir : Invisible

octobre 19, 2017

Alex Jestaire, Au diable Vaubert, 2017, 128 p., 3€ epub sans DRM


Voici l'histoire d'un super SDF avec son Super Pouvoir qui lui permet de faire de Supers Conneries.
Et il fait aussi dans l'outrancier, faux pas déconner, c'est un punk à chien ! Alors il montre sa bite, son cul, ça pelote sec et ça picole dur.


Présentation de l'éditeur :

À la dérive dans les rues de Bruxelles, un SDF prend conscience qu'il est en train de devenir invisible
aux yeux des passants — réellement invisible. Facétieux, il tire parti de cette nouvelle donne en se jouant des barmen, des touristes, des policiers et des femmes...
Après Stephen King, Clive Barker ou Cronenberg, les Contes du Soleil Noir déclinent les visages de l'horreur d’aujourd’hui, matérielle, sociale, morale... une horreur de fin de civilisation.


Mon ressenti :

Les invisibles, tout le monde connait, il y en a dans toutes les villes, grandes ou petites, de France et de Navarre. Ils sont là, à tenir les murs, avinés, gueulant des orduries aux biens pensants passants près d'eux. Ils puent, ils gueulent. Bien visibles en fait, trop. Alors Monsieur et Madame Tout le Monde préfèrent se les rendre invisibles. Plus simple pour sa tranquillité et sa conscience.
Josh fait partie de ces visibles nuisibles, et à force, il en est devenu réellement invisible. Josh, c'est le parfait punk à chien, con et blasé. Alors qu'en il découvre son "super pouvoir", son soleil noir vodkaien, son monde va changer. Pas trop en fait, il reste dans sa zone de confort : alcool, médoc, provoc. Il n'a même pas l'idée de sortir de sa condition, tellement elle est ancrée dans sa peau. Il en profite seulement pour boire plus et se défoncer encore plus vite. Et surtout, quand on est Sdf, les relations affectives sont souvent à la ramasse. Alors il en profite : il touche, il palpe, il s’excite sur le corps des femmes, la morale, c'est bon pour les bourgeois ! On assiste à sa longue descente en enfer, mais comme l'enfer est sur terre, cela pourrait être, peut-être, une porte de sortie heureuse...

Les contes du soleil noir, c'est la quatrième dimension version cradingue, le black mirror de notre présent version horreur/fantastique. Ce que j'aime dans ces contes, c'est l'écriture de l'auteur, une écriture du rentre dedans sans fioritures, très visuelle. Ce style ne plaira pas à tout le monde, c'est sale, crade, rempli de stupre, mais je le prend comme un bol d'air dans cette littérature parfois un peu trop policé. Les sujets sociétaux sont abordés loin de tout politiquement correct, Alex Jestaire écrit crument. Il n'enjolive pas la réalité, son SDF est tout sauf convenant. Je ne suis normalement pas très fan de ce style, mais ici, c'est passé comme une lettre à la poste, j'avais envie de savoir comment tout cela allait se terminer. Et étrangement au vu du comportement du marginal, j'ai trouvé le personnage attachant.

Le quotidien de ces exclus est, à mon sens, bien retranscrit : des difficultés pour avoir une place dans un accueil de jour ou de nuit, ou le manque de moyens fait que son admission se joue à la loterie; les bitures et défonces qui se terminent sur le macadam, comme un chien. Mais dans toute cette noirceur, quelques exemples d'initiatives salutaires tel que ces "chambres d’amour pour les SDF". Les premières pages sont frappantes de justesse : vous moi face à un jeune sdf. Tout est dit dans une économie de mot : indifférence, manque de temps, représentation, se défausser sur les autres, bref tout ce qu'on fait ou dit pour garder bonne conscience. Et c'est tellement rare que la littérature de l'imaginaire parle des exclus, alors profitons en.


Bon j'arrête là, je ne vais pas faire une critique plus longue que cette novella et m'en vais lire le quatrième opus Audit.


Et je ne résiste pas à la tentation de vous mettre la chanson SDF de Allain Leprest, reprise ici par Les Ogres de Barback et La Rue Kétanou


 

mon avis mon avis A venir

 

Quelques citations :


Joffrey est tout entier plongé dans un grand présent, sur la crête instable de l’instantanéité – nous autres trimballons tellement de passé et de futur en permanence qu’il nous arrive rarement d’être simplement présents. Joffrey n’a rien d’autre que sa présence, à vrai dire pas grand-chose. Il les regarde passer, quelques mots fleuris aux lèvres – il se rend compte qu’il aime de moins en moins les gens – de son point de vue il est comme une vache qui regarde passer des trains, il ne se sent même plus de la même espèce. Les gens sont des trains – même pas vraiment des êtres vivants, juste des grappes qui suivent des rails d’informations, une sorte de plancton.

Lui, l’école l’a toujours mis mal à l’aise, il sentait que c’était quelque chose de potentiellement important et utile, en même temps il n’a jamais compris la règle comme quoi on ne peut pas déconner – jamais compris pourquoi l’école punit les conneries au lieu de les enseigner. « Tout le monde sait bien que c’est les plus gros connards qui s’en sortent le mieux ! »

Après il n’a eu que quelques pas à faire pour se retrouver au cœur de l’action, sur une des plus belles scènes du monde : juste devant le Manneken-Pis. Déjà c’est une statue qui montre sa bite, ça pose l’ambiance – et puis c’est un spot parfait pour se foutre de la gueule de tous ces gens qui veulent prendre des photos, des drôles, des selfies – c’est bien simple : s’ils n’ont pas un appareil photo, une caméra ou un smartphone en main, c’est qu’ils mangent une glace.

Contes du Soleil Noir : Arbre

octobre 12, 2017

 

Alex Jestaire, Au diable Vaubert, 2017, 128 p., 3€ epub sans DRM


Perplexe. Voilà mon état après cette lecture.

Présentation de l'éditeur :


Une journaliste use du pouvoir du Soleil Noir pour obtenir le matériau de ses articles, tandis qu'en Inde, l'ascension d'un Soleil Noir au-dessus d'un arbre sacré connecte un couple d'éleveurs, un riche philanthrope et un temple hindouiste.


Mon ressenti :


J'avais lu il y a quelques temps Crash qui sans être inoubliable, m'avait assez intrigué pour lire la suite. Pour les retardataires, Les contes du soleil noir est un cycle de 5 textes dont la parution s’étale sur une année. Depuis ma lecture, trois nouveaux textes sont parus dont Arbre qui nous occupe aujourd'hui. Notez que les différents chapitres peuvent se lire de manière indépendante.
Ces histoires nous sont contés par Mr Geek dont j'avais trouvé la plume un peu trop présente dans Crash. Ce n'est plus le cas ici, Mr Geek a su s'effacer derrière le conte.

Mon avis va être assez rapide, je n'ai pas du tout compris où l'auteur voulait en venir. Partant de ce constat, j'ai lu les lignes sans aucune immersion dans l'intrigue et les personnages. La nouvelle est dans le domaine du fantastique, avec quelques passages assez glauques, ce qui à l'air d'être la marque de fabrique de ces contes.
Une journaliste se sert du charme du Soleil noir pour obtenir des informations du gotha aristocratique anglais. Parallèlement, l'auteur nous narre l'histoire d'un arbre isolé dans un désert en Inde, ainsi que de quelques personnages. Ces deux récits ont un style très différent, froid et distancié pour la partie anglaise, chaude et poétique pour l'Inde.
Alors pourquoi ces deux récits, qu'elle est leur similitude, la métaphore et/ou la symbolique derrière ? Aucune idée. Nada. Que dalle. Le texte fait beaucoup référence à un film bollywoodien, Kali Yuga. M'a t il manqué des références culturelles hindoues pour comprendre ? Ce qui est certain, c'est que je n'ai pas aimé.

Pour me faire un avis définitif sur ces contes du soleil noir, je compte tout de même lire le troisième opus Invisible dont le résumé m'attire beaucoup plus : À la dérive dans les rues de Bruxelles, un SDF prend conscience qu’il est en train de devenir invisible aux yeux des passants – réellement invisible. Facétieux, il tire parti de cette nouvelle donne en se jouant des barmen, des touristes, des policiers et des femmes…

Illustrations de Pablo Melchor tirées du livre

L'arche de Darwin

juillet 27, 2017

James Morrow, Au diable Vauvert, 2017, 596 p., 13€ epub sans DRM


"La seule excuse de Dieu est qu'il n'existe pas"


"La seule chose plus admirable qu’un univers créé par un véritable être surnaturel serait un univers créé par un être surnaturel inexistant."

Une controverse autour de l'évolution, de la sélection naturelle et de Dieu en mode satire burlesque.


Présentation de l'éditeur :


Actrice sans rôle, Chloe Bathurst décroche un emploi de gardienne de zoo chez Charles Darwin où elle rencontre toutes sortes d’animaux exotiques, ainsi que différentes théories scientifiques d’une modernité étonnante.
Pour sortir son père de l’hospice, elle vole la première mouture de la théorie de l’évolution et s’inscrit au Grand concours de Dieu, qui offre 10 000 £ à qui prouvera ou réfutera l’existence d’un être suprême.
Alors que d’autres aventuriers recherchent l’arche de Noé sur le mont Ararat et qu’un enseignant britannique rencontre l’origine de l’humanité dans une fumerie de haschich, Chloe s’embarque dans un périple en bateau et montgolfière à travers le Brésil, l’Amazone et les Andes pour rapporter les spécimens nécessaires à ses ambitions. Parvenue aux Galapagos, elle va user de toute sa ruse, et du texte de Darwin, pour un procès en blasphème...


Water knife

janvier 30, 2017

Paolo Bacigalupi, Au diable vauvert, 2016, 496 p., 13€ epub sans DRM

 

Pas de place ici pour la bonté, la gentillesse, la générosité. Pas de place non plus pour les chevaliers servants, les redresseurs de torts, les lanceurs d'alerte. Ici est le règne de l'injustice, de la violence et de l'horreur. Deux solutions pour survivre, faire profil bas, ou faire partie des vainqueurs.

Présentation de l'éditeur :


La guerre de l’or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l’eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d’une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane… Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert : un homme doit saigner pour qu’un homme boive.


Mon ressenti :


Oh qu'il m'a énervé ce roman. Des poncifs, des poncifs, et encore des poncifs.

Contes du Soleil Noir : Crash

janvier 08, 2017

Alex Jestaire, Au diable vaubert, 2017, 128 p., 0€ epub sans DRM jusqu'au 12/01/17




Vos parents vous ont bien dit de ne pas resté trop longtemps devant la télé. Voici l'histoire d'une jeune femme qui ne les a pas écouté.

Présentation de l'éditeur :

La vie précaire d'une jeune mère isolée tourne au cauchemar après un accident.

Mon ressenti :

Ce court texte sort le 12 janvier mais est disponible gratuitement en numérique jusqu'à cette date, ici.
Premier volume d'une série de cinq prévu durant cette année.

Notre mère qui êtes aux cieux

novembre 17, 2016

James Morrow, Au diable Vauvert, 2016 ( 1ère parution 1992), 490 p., 5€ epub sans DRM


Religion vs Science.
Et Dieu dans tout ça ? 

 

Présentation de l'éditeur :

Murray Katz, gardien de phare célibataire, est béni par l’arrivée d’une fille conçue par l’union de sa semence et d’un ovule inconnu. À la banque du sperme, on parle d’un accident. Murray est encore plus étonné quand sa fille accomplit ses premiers miracles. Comme son demi-frère Jésus, Julie Katz peut marcher sur l’eau, soigner les aveugles et ressusciter les morts. Elle entame une odyssée vers l’enfer, New Jersey, et les fondements de nos croyances… 

 

Mon ressenti : 

Ma première incursion avec James Morrow fut sa fameuse trilogie autour de Jéhovah, lu de nombreuses fois au siècle dernier tant j'avais aimé son humour, son irrévérence et son érudition. Les éditions Au diable vauvert, on décidait de ressortir en grand format ce roman paru initialement chez J'ai lu en 1992.

Le feu de Dieu

mai 11, 2016

Pierre Bordage, Au Diable Vauvert, 2009, 412 p., 8€ epub sans DRM

 

Mes premières rencontres avec Pierre Bordage étaient Chroniques des ombres, qui m'a laissé un goût mitigé, et Les dames blanches que j'ai apprécié. Je venais de finir Sumerki de Dmitry Glukhovsky sur l'eschatologie maya, roman impressionnant par son intelligence. Poursuivant cette lignée apocalyptique, le feu de Dieu avait tout pour me plaire.

De nos jours, Franx, convaincu de la prochaine fin du monde, a transformé à l'aide d'une petite communauté une ferme du Périgord noir en forteresse conçue pour vivre en autarcie durant plusieurs années.
Las, alors qu'il était à Paris pour régler une affaire de succession, l'apocalypse se déclenche. Son seul but sera de rejoindre sa femme et ses deux enfants, ainsi qu'un homme dans sa ferme à plus de 600 kilomètres. Il croisera sur sa route une petite fille dont la mère vient de mourir.
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