lundi 30 janvier 2017

Water knife

Paolo Bacigalupi, Au diable vauvert, 2016, 496 p., 13€ epub sans DRM

 

Pas de place ici pour la bonté, la gentillesse, la générosité. Pas de place non plus pour les chevaliers servants, les redresseurs de torts, les lanceurs d'alerte. Ici est le règne de l'injustice, de la violence et de l'horreur. Deux solutions pour survivre, faire profil bas, ou faire partie des vainqueurs.

Présentation de l'éditeur :


La guerre de l’or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l’eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d’une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane… Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert : un homme doit saigner pour qu’un homme boive.


Mon ressenti :


Oh qu'il m'a énervé ce roman. Des poncifs, des poncifs, et encore des poncifs.


Pour faire simple,
Trois personnages : Lucy Monroe, une fouille-merde de journaliste, Angel, un 007 un peu spécial, un peu barbouze, Maria, l'ado orpheline et réfugiée climatique. Soit, l'idéaliste, le méchant gentil tout plein et la pov'tiote. Un chapitre chacun et on alterne jusque tout ce petit monde se rencontre.
Des tempêtes de sable, des riches qui se murent derrière des "dômes", des trafiquants de tous poils et des pauvres hères.
Des méchants-méchants mais cons comme des balais : des fouilles pour récupérer un papier qui doit valoir des milliard de dollars mais on n'oublie de regarder sous le matelas. Il est vraiment con ce Régis !
L'intrigue sur les droits sur l'eau est vite comprise, même par les moins finauds tel que moi.
Des tortures à une p'tite dame et la voilà qui se relève comme si de rien était.
J'me prends plein de balles dans la gueule mais moi j'suis pas une chiffe molle de lavette, même pas mal !
Çà flingue de partout, tout le monde meurt, sauf qui ? Allez, un petit effort d'imagination.
Un moment, j'ai même retourné mon epub dans tous les sens pour voir si ce n'était pas de la, mauvaise, littérature jeunesse.
Ajouter une pincée, légère, de sexe, de sang et de violence pour choquer le chaland.
Et voilà un thriller efficace certes, mais qui ne casse pas trois pattes à un canard.

Plus fâcheux à mon avis : L'auteur a décider d'éviter le manichéisme et de dire que nous sommes tous coupables de la situation, les gentils et les méchants. C'est son choix. Mais de fait, on reste sur un certain fatalisme : à leur place, vous n'agiriez pas différemment, si je ne me comporte pas comme eux, ils le feront tout de même. Et je pense que même si individuellement nous avons tous un rôle à jouer face à la catastrophe écologique qui s'annonce, il y en a qui sont plus responsables que d'autres.

Comme le fait dire l'auteur par un de ses personnages, Water knife est une "Pornographie du désastre typique" "Du matériel de masturbation pour les voyeurs.". Dans son entretien sur France Culture, l'auteur disait des romans environnementaux, féministes qu'ils étaient trop péremptoires, didactiques. Ici, il est vrai que le thriller marque le pas, mais en alignant tellement les poncifs que j'ai trouvé que cela dessert le propos.
Reste une critique de l'individualisme et du délitement étatique...


Pour ma part, je vous conseille de lire la nouvelle Le chasseur de tamaris du même auteur (dans le recueil La fille-flûte). En 20 pages, vous avez tout l'arrière plan écologique de Water Knife. Pas de sexe, pas de torture, mais quelle violence !

« L'homme est un loup pour l'homme, ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup. » Les loups, en effet – et contrairement peut-être aux hommes – « ne se mangent pas entre eux » Serge Bouchard, Quinze lieux communs


La blogosphère est assez unanime sur la qualité de Water Knife, à vous de juger, même si leurs avis sont beaucoup moins intéressants que le mien. Mais si vous avez du temps à perdre !!!


Les avis Ouaf-Ouaf : Blog-O-livre, Les lectures du Maki, Lorhkan, Reflets de mes lectures, RSF blog, Un papillon dans la lune
Les avis Gggrrr : Noosfere



Quelques citations :


— S’ils n’essayaient pas de me faire exploser la tête, j’aurais vraiment pitié d’eux. Tous ces… gens fiévreux, si gonflés de leur… (Elle s’interrompit, cherchant ses mots.) gonflés de leur foi. Oui, leur foi. (Elle hocha la tête, à l’aise avec le mot qu’elle avait choisi.) Ils pensent que, parce qu’ils ont la foi, le monde devrait être tel qu’ils le désirent, que leurs prières suffisent à apporter le changement. Quand on y pense, ce sont des innocents. Tous ces garçons et ces filles jouant les combattants de la liberté du bout de leurs carabines au milieu du désert. Ce ne sont que d’innocents petits enfants.
— Des petits enfants avec des flingues.
— Selon mon expérience, les enfants avec des flingues ont tendance à se tirer dessus.


Tu es une toute petite souris dans un grand vieux désert, reprit-il. J’aurais cru que tu l’aurais compris, maintenant. Il y a des faucons, des chouettes, des coyotes et des serpents et tout ce qu’ils veulent c’est te manger. Alors, rends-moi service, quand tu croises des types comme Cato ou Esteban. Souviens-toi que tu es la souris. Tu baisses la tête et tu restes hors de vue. Tu oublies ça une seconde et ils te boufferont du bout de ton nez au bout de ta queue, ils ne se rendront même pas compte qu’ils t’ont avalée. Ils n’en roteront même pas. N’auront pas la moindre indigestion. Tu n’es qu’une bouchée sur la route vers leur vrai dîner.

On ne juge pas les gens, parce qu’ils craquent sous la pression, on les juge pour ces quelques fois où ils ont la chance de pouvoir choisir.


16 commentaires:

  1. Je te trouve dur et ne suis pas forcement d'accord avec toi... ;-)

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    1. Dur mais juste.
      Je m'attendais à un excellent moment de lecture au vue des critiques élogieuses, la chute a été longue et douloureuse. Donc c'est vous les responsables de ma dureté !
      ;-)

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  2. OOoooh!
    Je comptais être éblouie par ce roman, cela casse un peu mon enthousiasme.
    Je te remercie beaucoup, car du coup mes attentes seront moindre et je garderai à l'esprit que c'est loin d'être le roman parfait que je pensais.

    Merci!

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    1. J'espère pour toi que ton ressenti sera moins amer que le mien. J'en ai encore des palpitants.

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  3. "La blogosphère est assez unanime sur la qualité de Water Knife, à vous de juger, même si leurs avis sont beaucoup moins intéressants que le mien. Mais si vous avez du temps à perdre !!!"
    Pas très sympa cette phrase.

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    1. Oh, c'est de la pure dérision de la part du Chien Critique.

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    2. @Lhisbei : Moi aussi j'ai un ego hypertrophié !

      @lutin82 : Dérision, dérision... Il y a le chien, la terre tourne autour, ainsi que le reste de l'univers !
      Merci de prendre le relais pendant que je prends l'apéro)

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  4. Woof ! Bon je dois avouer, la nouvelle m'avait beaucoup marquée, et à terme me restera plus en mémoire que le roman. Mais la thématique, encore plus maintenant avec Trump, justifie qu'on se penche sur le bouquin. Ainsi que le sourire de Paolo of course :p

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    1. Ben voilà, il suffit d'avoir un joli sourire.
      N'empêche que sur sa page facebook, il met des jolies sourires de femmes, mais pas de licorne !

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  5. Je persiste : c'est un très bon bouquin, et plus accessible que "La fille automate". Pas parfait sans doute, mais le chien a la dent un peu dure... ;)

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  6. Ceci dit, pour aller dans ton sens, je m'attendais à ce que la problématique des droits sur l'eau soit plus au centre du roman. Alors que ce n'est finalement "qu'un" très bon thriller.

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    1. Ce livre m'a profondément énervé sur les lieux communs. Après La fille automate et La fille flute, je ne m'attendais pas à cela de l'auteur.
      Peut être aussi que j'ai trouvé l'ensemble assez américain dans ses problématiques, même si la question de la privatisation des ressources soient assez universelle.

      Après, les goûts et les couleurs...

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  7. J'en ai effectivement entendu beaucoup beaucoup de bien. Mais je suis contente de voir une critique un peu plus mitigée, ça enlève un peu des attentes que je pouvais avoir, et du coup j'ai plus de chances de bien aimer !

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    1. Ravi d'avoir essuyer les plâtres et que cela serve

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  8. Les lieux communs ont parfois leur utilité.
    The Water Knife dépeint déjà une situation apocalyptique et son lot de misères et d'exactions, sans offrir au lecteur la perspective d'une solution technologique miracle.
    Si en plus les mafieux sont intelligents, si l'héroïne se prend une balle dans la tête dès qu'on lui tire dessus, ou si la torture s'accompagne de syndromes traumatiques qui rendent l'héroïne catatonique, alors il n'y a plus qu'à fermer boutique (ou se tourner vers Thierry di Rollo) :)
    Je trouve que le lecteur a besoin de cette naïveté dans le scénario (quitte à ce qu'il soit parfois cousu de fil blanc) pour contrebalancer une sombre et réaliste perspective écologique. C'est juste une manière de rendre la pilule plus digeste...

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    1. Je comprend ton point de vue, mais à mon sens, le réalisme du monde décrit s’accommode mal de la naïveté des personnages et situations. Mais le roman ayant eu bonne presse, espérons que cela ouvrira les yeux à certains lecteurs sur la catastrophe annoncée.

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