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Cristal qui songe

juin 06, 2019


Theodore Sturgeon, J'ai lu, 2018 (1ère parution 1950), 256 p., 6€ epub sans DRM



"Heureux qui n’a pas encore lu Cristal qui songe : il découvrira avec ravissement une histoire qui, sous des propos adultes, possède la force des contes d’enfant."
Telle est l'ouverture de l'avis de Claude Ecken paru dans le Bifrost n.92. Pour savoir si je partage son opinion...


Présentation de l'éditeur : 

Renvoyé de l’école à l’âge de huit ans pour avoir mangé des fourmis en cachette, Horty fuit la demeure de ses parents adoptifs qui le martyrisent et trouve refuge au sein d’un cirque ambulant où il devient le partenaire de deux naines, Zena et Bunny. Mais les personnages les plus extraordinaires du cirque restent son féroce directeur, surnommé le Cannibale, et son étrange collection de cristaux : des pierres aux pouvoirs mystérieux et néanmoins gigantesques.


Mon ressenti :


Cela commence comme Harry Potter (ou plutôt l'inverse) : un enfant est le souffre douleur de ses parents adoptifs, ce dernier prend la fuite et se retrouve dans un cirque. Harry embrasse la carrière de magicien, Horty préfère lui celle de saltimbanque chanteur. Harry a son Voldemort, Horty à son Cannibale, un misanthrope qui veut lui aussi détruire l'humanité grâce à d'étranges cristaux.
Harry a ses fidèles compagnons déviants, Hermione la métisse, Ron le roux bas du front. Horty découvre les "phénomènes", les fameux freaks qui montreront une humanité qui dépassent celles des gens "comme il faut". Les deux auteurs parlent des différences, de la camaraderie, du pouvoir. Pour le reste le récit est clairement différent même si l'ambiance est au fantastique, du moins dans une grande partie du texte.

Il y a des classiques qui passent à travers les mailles de mes lectures, comme ce cristal qui songe. Lorsqu'une nouvelle traduction est sortie je me suis dit que le moment était venu de m'y plonger, sentiment renforcé après la lecture du Bifrost consacré à l'auteur.

On entre facilement dans ce roman grâce au personnage d'Horty, l'orphelin maltraité qui n'a pour seul doudou qu'un vieux diablotin à ressort. Par contre, une fois les présentations faites, l'intrigue piétine pour nous conter le quotidien d'Horty et je me demandais où voulait m'emmener Sturgeon. Quelques événements viennent cependant titiller notre curiosité à travers des possibles dons, le cristal du titre a ses secrets. Agréable, sympathique, mais où est la SF là dedans ? Puis, arrive ce chapitre 14 ou tout s'emboîte, la compréhension se fait jour, les tranches de vies posés ça et là par l'auteur trouvent leur explications logiques et on s’aperçoit que l'auteur a très bien fait son boulot. D'une histoire classique, fantastique, on plonge dans la SF.

L’humanité est un concept familier aux anormaux : à leur grand désespoir, ils s’en sentent en effet tout proches ; ils expriment leur parenté avec elle dans un sanglot de regret et ne cessent jamais de tendre vers elle leurs bras difformes.

Même si le roman fait son âge de par ses thématiques et l'époque du récit, il s'en dégage une histoire universelle et intemporelle,
une sorte de conte un peu cruel, une fable initiatique. Théodore Sturgeon s'interroge sur notre humanité, sur l'empathie, sur la différence, sur la complexité de la vie.
Sans effet tape à l'oeil, l'auteur nous emmène vers l'autre, vers une tentative de compréhension de ce qu'il est.


Un mot sur cette édition dont la traduction a été révisée par Pierre-Paul Durastanti. N'ayant lu ni la version originale, ni l'ancienne édition, je me contenterai de dire que le texte m'a paru parfaitement fluide, tout en gardant le charme du temps jadis.
Nevertwhere partageait une anecdote dans son billet sur l'ancienne édition non révisée

On peut citer quelques anecdotes rigolotes comme l’emploi du terme geek pour désigner, je cite « quelqu’un qui avale des tas de saleté et qui coupe avec ses dents des têtes de lapins et de poulets vivants ». Le terme a sacrément évolué depuis !

Dans cette édition, le terme de geek a été remplacé par freak, qui me semble plus raccord avec le texte.
Et si vous avez peur des clowns tueurs, ne vous fiez pas à la couverture qui extrapole beaucoup du contenu, sans être "honnête" avec le texte. Mais elle est belle.

Une lecture hautement recommandée par Lorhkan , qui a donné envie à Vert d'aller vers Les plus qu'humains. BlackWolf a un autre son de cloche, loin d''avoir été captivé par ce récit.


Récapitulatif

La porte de cristal. Les Livres de la terre fracturée Tome 2

septembre 27, 2018


N. K. Jemisin, J'ai lu, 2018, 448 p., 16€ epub sans DRM


Seule bonne nouvelle avec ce tome 2, pas besoin de dépenser mon argent pour le tome 3 !

Attention, tome 2 oblige,
Lire la 4ème de couverture va vous dévoiler un élément important de l'intrique du tome 1,
Lire mon ressenti dévoile aussi certains éléments, mais pas l'élément important !


Présentation de l'éditeur : 

La Cinquième Saison jette les derniers vestiges de la civilisation dans une froide nuit sans fin. Essun – jadis Damaya, puis Syénite, mais qui n’est plus aujourd’hui que vengeance – a trouvé un abri, mais pas sa fille. Son chemin croise à nouveau celui d’Albâtre, le destructeur du monde revenu d’entre les morts, porteur d’une demande qu’elle seule peut satisfaire et dont il ne peut résulter que le chaos...
Pendant ce temps, le pouvoir de Nassun, sa fille, ne cesse de croître. Elle a suivi son père, Jija, loin au sud, où l’attend un autre fantôme du passé de sa mère.

Mon ressenti :


Nous avions quitté nos protagonistes devant LA révélation, la Cinquième Saison pointe dès lors le bout de son nuage de poussières toxiques. Alors qu'Essun remuait ciel et terre dans le tome 1 pour retrouver sa fille enlevée par son mari meurtrier de leur fils (oui, ça parait compliqué mais ça ne l'est pas : papa tue son fils et se barre avec sa fille. Maman veut retrouver sa fille, et par la même son mari pour avoir avec ce dernier une petite discussion que l'on se doute être assez virulente, voir violente). Donc Essun, après des milliers de kilomètres parcourus la rage au ventre, décide de se reposer dans une petite communauté troglodyte. (Qui pourrait lui en vouloir en cette période sombre, à part sa fille ?) Ici, elle et son espèce, les orogènes, sont bien vus et accueillis les bras ouverts, alors pourquoi allez tenter le diable en affrontant une saison pour retrouver son meurtrier de mari alors qu'il est peut être clamsé depuis des mois et sa fille avec lui. Un peu de repos ne peut pas faire de mal, surtout en compagnie de son vieil ami et amant Albatre. Essun se sédentarise, une conversation amicale au coin du feu avec un mangeur de pierre à ses pieds, c'est tout de même la belle vie.

Ce qu'elle ne sait pas, c'est que son mari et sa fille ne sont pas morts ! Papa ayant une vision assez restrictive de ce que doit être et faire un enfant (il ne faut pas transformer en glaçon ses camarades, il ne faut pas transformer en glaçon ses camarades,...), il décide d'envoyer sa fille dans un centre de réadaptation. Les orogènes, c'est comme les homosexuels (dixit notre gentil et humaniste pape), un bon psychiatre et ça repart ! Mais existe t-il seulement un bon psy ? Ne sont-ils pas tous des pervers cachés comme les religieux ? (mais je m'égare...)

Nous allons donc suivre les aventures de maman chez les troglodytes et de Nassun chez le psy. Présenté comme cela, ce n'est pas très vendeur, donc Jemisin va vous parler un peu plus des Gardiens, des Mangeurs de pierre et des Obélisques. De cette manière, l'aventure n'avance pas, et le lecteur s'impatiente fortement, mais cela permet de faire une trilogie.
L'histoire de Maman chez les troglodytes est tout ce qui est de plus connu des amateurs de post apo : une communauté fermée qui va s'entredéchirer. Et comme seul envie de continuer, pourquoi Albâtre a fait ce qu'il a fait. Bref, c'est assez mince et long pour avoir l'info.
L'histoire de Nassun chez le psy est aussi convenue : papa ne m'aime pas, maman ne m'aime pas, personne ne m'aime : VENGEANCE. Et l'étrange impression que tout cela finira par un tome 3 en forme de : "Essun, je suis ta fille". (à lire avec la voix de Dark Vador en tête)

Bref, ce fût long, très long. La seule qualité que j'y ai vu est sur le style : j'avais trouvé cela assez pompeux sur le tome 1, cela est mieux passé sur le tome 2, soit car je l'ai lu à la suite de l'autre et je commençais péniblement à m'y faire, soit car je me désintéressais de plus en plus de cette histoire. Et la question primordiale qui demeure lorsque le mot Fin apparait : comment ai-je pu lire ce roman jusqu'au bout ? Soit je suis un peu pervers (mais je ne suis ni psy, ni prêtre !), soit Jemisin sait, un peu, légèrement, tenir une intrigue !
Inutile de vous dire que je me suis ennuyé ferme et que je me contrefous de la suite des aventures de nos protagonistes, les cieux se transformeront en pierre sans moi, pas l'envie d'être pétrifié par cette longue et ennuyeuse histoire.

Pour une trilogie qui a reçu trois Hugo, le nombre de lecteurs sur Babelio est assez étonnant : 140 pour le tome 1, 30 pour sa suite ! Apophis sera-t'il le seul lecteur babeliote du tome 3 ?

Chez les blogueurs SFFF, Apophis a lu un roman non seulement riche, mais qui, plus encore, est subtil. Blackwolf a passé un très bon moment de lecture bien porté par une plume efficace, soignée et entraînante. La pipelette Zina y a découvert une histoire riche et intense qui ne ménage pas ses héros. Sylvie Sagnes a trouvé ce roman bien fichu, bien mené, bien traduit, ce deuxième tome appelle le troisième, vite, viiiiite ! Anudar a apprécié le véritable talent de conteur de N. K. Jemisin
Une note discordante chez Xapur qui s'est parfois un peu ennuyé dans ce tome qui fleure trop la transition.

Mon avis sur La cinquième saison



Citation : 


Une seule citation, qui m'a fait rire et sortir de ma stupeur léthargique, d'autant qu'elle se situe vers la fin.


Nassun se montre toujours très polie avec Nida et Umber. Ce n’est pas parce qu’ils ont envie de la tuer qu’elle doit oublier les bonnes manières.



La cinquième saison. Les Livres de la terre fracturée Tome 1

septembre 13, 2018
 

N. K. Jemisin, J'ai lu, 2017, 480 p., 16€ epub sans DRM


Les jeunes avaient, ont, Harry Potter, les adultes ont désormais le leur. Moins rigolo, plus cru et plus noir.
Alors, à quand le Fulcrum en Lego ? A quand un BOB Nike Hansaplast ? A quand le jeu de société, si tu perds, tu es brulé au troisième degré ?



Présentation de l'éditeur :


La terre tremble si souvent sur votre monde que la civilisation y est menacée en permanence. Le pire s’est d’ailleurs déjà produit plus d’une fois : de grands cataclysmes ont détruit les plus fières cités et soumis la planète à des hivers terribles, d’interminables nuits auxquelles l’humanité n’a survécu que de justesse. Les gens comme vous, les orogènes, qui possédez le talent de dompter volcans et séismes, devraient être vénérés. Mais c’est tout l’inverse. Vous devez vous cacher, vous faire passer pour une autre. Jusqu’au jour où votre mari découvre la vérité, massacre de ses poings votre fils de trois ans et kidnappe votre fille.
Vous allez les retrouver, et peu importe que le monde soit en train de partir en morceaux.

Mon ressenti :


Il n'est pas bon de naître différent dans certaines communautés, car cela présage souvent le pire à venir, cela entraine le mauvais sort dans le village. Sur cette planète (laquelle ? la terre dans le futur), la couleur de peau ne pose aucun problème, mais avoir un don pour parler à la Terre et en obtenir certains dons est un sacré handicap. On appelle ces gens là les Orogènes. Alors certains parents compatissants, hérétiques ou imbéciles les cachent. Mais la vérité finira toujours par advenir. Surtout lorsque cette planète ressemble à notre Pangée d'il y a quelques années. Un super continent où les forces telluriques modèlent le paysage. Et provoquent, de temps en temps, une cinquième saison, un hiver nucléaire en quelque sorte qui peut durer jusque un siècle, voir plus ! Et les Orogènes, pour leur plus grand malheur, évitent de se faire carboniser en épargnant leur village de la catastrophe. Dès lors, la chasse aux sorcières est lancée. N'allait pas croire que ce destin soit funeste, il est même assez charitable car si vous êtes repéré par une âme empathique comme orogène, l'école de Poudlard le Fulcrum a des méthodes d'enseignements, et de châtiments, assez innovantes dans la cruauté.

Voici une infime partie de l'univers créé par N.K. Jemisin, le reste est à l'avenant. Pour nous faire découvrir sa terre fracturée, nous suivons les pas de trois femmes à différents âges de la vie. Point commun, elles sont toutes orogènes et une cinquième saison, la plus belle, la plus mortelle, approche.
Trois personnages, trois styles d'écritures, trois histoires pour une histoire.
Un style assez particulier pour le récit de Essun, écrit à la deuxième personne du pluriel, une sorte de livre dont vous êtes le héros qui ne facilite pas l'entrée dans le roman. D'autant que vous êtes confrontés directement au monde sans en connaître les codes, qui vous seront donnés au fil de votre périple. Cela ne m'a pas dérangé outre mesure, tout est expliqué en tant et en heure et participe au mystère. Et vous avez un glossaire et un repère chronologique en fin pour vous aider. 

Le plus gros écueil pour moi, c'est une écriture alambiquée, ampoulée, faite de circonvolution. Jamais de lignes droites, on prend des chemins détournés pour raconter le moindre événement. L'impression que l'autrice voulait à tout prix gagner un prix littéraire avec ce roman, et donc j'en fais des tonnes pour épater la galerie. Cela m'a paru pompeux, un peu vain et très long parfois.

Un roman entre fantasy et SF, intelligent dans ses thématiques (discriminations, violences, et écologie,...), foisonnant dans son univers, un roman qui avait tout pour me plaire mais m'a néanmoins moyennement convaincu du fait de ses choix stylistiques. N'en reste pas moins l'envie d'aller voir ce qui se cache derrière cette porte de cristal. (teasing : c'est encore plus long et chiant !)

Des avis unanimes :
A lire absolument, un alliage d'une pureté inégalable entre dépaysement et réflexion. Apophis
Un roman captivant, proposant un univers torturé et une lutte pour exister savoureuse. Aldoblog - Et comme c'est tellement bien, un deuxième billet
Un premier tome intelligent, percutant efficace. Blog O Livre
De l'aventure, de l'émotion et du suspense, un vrai plaisir de lecture Les lectures du Maki 
Une œuvre ambitieuse qui interroge notre capacité à se réinventer. Les pipelettes
Un monde passionnant et de beaux personnages. Quoi de neuf sur ma pile 
J'ai fini le livre en larmes et impatiente de lire la suite. Un papillon dans la lune
Un très bon début de série De livres en livres 
Et bien d'autres encore (seule Nevertwhere ne l'a pas lu, mais il est dans la PAL de son mari, elle le lira après !)

Et une fausse note
La lecture de la cinquième saison a été pénible pour moi. Ours inculte

Prix Hugo du meilleur roman 2016, ses suites ont toutes deux connues la même punition.
Il vient de remporter le prix Planète SF :

La cinquième saison gagne le prix PSF 2018 car c’est un excellent roman. Worldbuilding, construction, personnages, traitement thématique, écriture, rien ne peut être reproché à ce texte, bien au contraire, tout peut y être loué.

Si si, on peut lui reprocher des choses...


Mon avis sur La porte de cristal


Le dernier apprenti sorcier, tome 1 : Les rivières de Londres

janvier 29, 2018
 

Ben Aaronovitch, J'ai lu, 2014, 413 p., 8€ papier

Plaisant, mais long.

 

Présentation de l'éditeur :


L'agent Peter Grant ne croyait pas aux fantômes, jusqu'au jour où un étrange personnage lui affirme avoir assisté au meurtre sur lequel il enquête. Un témoin providentiel... s'il n'était mort depuis plus d'un siècle ! Et Peter n'est pas au bout de ses surprises : recruté par l'inspecteur Nightingale, il intègre l'unité de la police londonienne chargée des affaires surnaturelles. Au programme, traquer vampires. sorcières et autres créatures de la nuit ; maintenir la paix entre les forces occultes de Londres ; tenir à distance les divinités trop entreprenantes ; et bien sûr apprendre le latin, le grec ancien et une montagne d'incantations bizarres et pour le moins rébarbatives. Peter doit en passer par là, s'il veut un jour devenir à son tour le dernier sorcier de Londres... 

Mon ressenti :  

Un jeune policier va découvrir le vrai visage de Londres suite à une enquête sur une décapitation. Les rivières de Londres, c'est un humour pince sans rire, une pointe de critique sociale, un soupçon de fantasy et une pincée de roman policier. Une recette éprouvée mais qui marche toujours, avant que la lassitude ne se fasse ressentir.
Son principal défaut est d'être une série, les personnages, la magie sont juste esquissées, il faut savoir en garder sous la semelle pour les autres volumes : Les personnages sont brossés trop rapidement, la relation maitre-apprenti à peine esquissée. Et moi, ça me frustre. L'intrigue principale m'a plu, mais la secondaire, sur les fleuves et rivières de Londres m'a laissé sceptique et dubitatif. Ajoutez à cela quelques astuces dures à avaler : l'apprenti qui ne s’étonne que très peu de la nouvelle réalité qui s'ouvre à lui, une histoire qui passe de rebondissements en rebondissements de plus en plus invraisemblables. Le tout sans véritables anicroches, le livre se déroule de manière linéaire.

Beaucoup d'avis sur les ressemblances avec Harry Potter ou Dr Who. Moi ça m'a fait penser à Connie Willis et son Blitz. Nous sommes à Londres, l'auteur nous détaille certains monuments, places, rues et rivières et il y a beaucoup - trop ? - de dialogues.
Par contre, j'ai aimé le portrait que l'auteur dresse de la police britannique, épinglant quelques travers sans avoir l'air d'y toucher. Il prend souvent ses lecteurs au dépourvu, que ce soit dans les situations ou les personnages.
Bon point aussi que d'avoir choisi un duo pour qui la magie a une explication différente, le maitre pour qui peu importe comment cela fonctionne, il faut la maitriser, et le jeune qui tente de comprendre et d'en décrypter les mécanismes.

Au final, je sors frustré de cette lecture devant le peu d'éléments donné sur l'univers, bref la magie n'a pas opéré sur moi.

Lutin82 a "été agréablement surprise par cet excellent divertissement bourré d’humour british"
Mes imaginaires c'est souvenu de ses cours d'anglais : Let’s get started !
Et Nevertwhre, sans aller jusqu’à se jeter sur la suite, a trouvé ce roman plaisant


Quelques citations :


Quand je réfléchis à ça, je trouve utile de citer mon père, dont la sagesse n’a jamais été prise en défaut : « Pourquoi les choses arrivent ? Putain, comment tu veux savoir ? »

— Alors la magie, ça existe, dis-je. Vous… vous êtes quoi, au juste ?
— Un sorcier.
— Comme Harry Potter ? »
Nightingale soupira. « Non, pas comme Harry Potter.
— C’est quoi, la différence ?
— Je ne suis pas un personnage de fiction. »

L’ambulance arriva la première ; les auxiliaires médicaux se précipitèrent dans le jardin et passèrent vingt minutes à essayer vainement de réanimer le bébé. Ils réagissent toujours ainsi avec les enfants, sans se soucier des dégâts occasionnés à la scène de crime. Il n’y a pas moyen de leur faire entendre raison, alors autant les laisser faire.

Tout le monde aime parler de soi ; c’est un truisme. Neuf fois sur dix, les aveux obtenus par la police sont entièrement dus à l’instinct naturel de l’être humain à raconter sa vie à tout auditeur attentif, même si le récit comprend l’épisode où le narrateur en vient à tuer son partenaire de golf à coups de club. Mama Tamise n’était pas différente ; en fait, je pris conscience que les dieux avaient encore plus besoin de s’expliquer.

Les journaux sérieux avaient titré Folie en mai, ce qui sonnait un peu comme un thé dansant. La presse à scandale avait préféré adopter des manchettes du genreTerreur à Covent Garden. La télévision avait tourné quelques bonnes images de femmes d’âge moyen en robes longues en train de lancer des briques sur la police. Personne n’avait la moindre idée de ce qui avait bien pu se passer, et des experts avaient été mobilisés en force afin d’expliquer quel facteur sociopolitique — facteur qui faisait immanquablement l’objet du livre qu’ils venaient de publier — avait provoqué les troubles. Chacun y allait de son réquisitoire virulent contre la société moderne, mais tout ça restait très flou.

Demain les chiens

octobre 03, 2017

 

Clifford D. Simak, 1952, J'ai lu, 352 p., 7€ epub sans DRM


Bienvenu dans un futur où l'homme a enfin arrêté de maltraiter la nature, de tuer ses semblables et d'éradiquer toutes formes de vie "inférieures".
Comment est ce possible ? En faisant disparaitre l'humanité pardi !


Présentation de l'éditeur :

Les hommes ont disparu depuis si longtemps de la surface de la Terre que la civilisation canine, qui les a remplacés, peine à se les rappeler. Ont-ils véritablement existé ou ne sont-ils qu’une invention des conteurs, une belle histoire que les chiens se racontent à la veillée pour chasser les ténèbres qui menacent d’engloutir leur propre culture ?

 

Mon ressenti :


Demain les chiens n'est pas un roman. Publié initialement en nouvelles dans la revue Astounding Science Fiction de 1944 à 1951. En 1952, l'ensemble des nouvelles est publié dans un livre et y est ajouté une note avant chaque nouvelle reliant l'ensemble en un fix up.
Pour compliquer la chose, en 1973 est publié une nouvelle Epilog qui vient "finaliser" le tout. Les éditions américaines intègrent cette nouvelle dans le roman, mais l'éditeur français, avare à mon avis, préfère agir comme si de rien n'était et attend 2013 pour intégrer cette dernière nouvelle et offrir une nouvelle traduction de l'ensemble. (La nouvelle a cependant été publié en 1981 dans le recueil Des souris et des robots, publié aux éditions Lattès.)
Aujourd'hui, il faut entre 5 et 10 mois pour aller sur Mars, mais traduire et intégrer un texte d'une dizaine de pages aura pris 40 ans !
J'ai donc acquis la dernière édition en date, intégrant le neuvième conte ainsi qu'en annexe un avant-propos de l'auteur ainsi qu'une préface de Robert Silverberg qui revient sur l’édition de ce livre. (passons sur le fait que l'avant propos devienne un dernier propos et la préface une postface)

Le livre débute par une préface de l'éditeur imaginaire qui a publié ce livre dans ce futur où l'homme est une légende qu'on raconte le soir aux chiots. Comment en est-on arrivé là ? A travers huit contes, on comprend peu à peu le pourquoi de cette disparition.

Il sera donc question ici de l'Homme, du Chien et du Robot, dont le fameux Jenkins, robot qui ressemble plus à un androïde. Sur environ douze mille ans, nous allons suivre la famille Webster qui jouera un rôle crucial dans cet apocalypse humaine.
Ce qui change du tout venant post apo est que le monde n'est pas ici meurtri, défiguré par des guerres et des luttes de clans. Une apocalypse presque sereine, celle de l'extinction d'une race et de l'arrivée d'une autre.
La construction en fix up permet d'aborder de nombreuses thématiques (violence, religion, évolution, robotisation, aliens, les mondes parallèles, la vie en société et l'individualisme, ...) qu'il aurait été difficile de faire cohabiter dans un roman. Comme le récite est étalé sur un temps long, cela donne un récit plausible, à défaut d'être réaliste. Mais tout cela n'est peut être que mythe, peu importe dès lors la réalisme des histoires.
Chaque nouvelle est introduite d'une note critique sur la légende à venir. Les hypothèses passent de la symbolique à l'histoire, en passant par le déni de l'existence en des temps anciens de l'Homme. Ce sont ces notes que j'ai le plus apprécié car elles permettent de s'interroger sur nos propres mythes fondateurs. En outre, le point de vue est celui des chiens, le regard autre permet aussi un renversement du point de vue anthropomorphe très intéressant.

J'ai beaucoup aimé les textes sur la ville et le "retour aux sources", ceux sur l'utopie jupitérienne. Par contre, j'ai eu plus de mal avec ceux sur les mondes parallèles.
L'épilogue ajouté 20 ans plus tard n'était à mon sens pas nécessaire. Il rompt en outre avec le style mythique des autres textes. La fin initiale était ouverte, l'auteur précise seulement quelques éléments. Dans son avant-propos, il doutait encore quelques années après de la nécessité de ce rajout.
Un moment de lecture qui aurait du être agréable mais ...

J'ai eu beaucoup de mal avec la nouvelle traduction qui a ralenti grandement ma lecture de ce roman et de mon immersion dans ce futur canin. Au delà d'une musicalité que j'ai trouvé absente, j'ai souvent du revenir en arrière pour comprendre ce qui était écrit. Certains paragraphes m'ont semblé pour tout dire confus. En cours de route, j'ai préféré me rabattre sur l'ancienne traduction
J'ai été assez étonné de voir que le traducteur est Pierre Paul Durastanti. Ayant lu quelques traductions à son actif, c'est la première fois que je bute sur son travail. A qui la faute, au traducteur, à l'éditeur, au manque de temps ou d'argent mis sur la table, je ne serais dire. Ou plus prosaïquement la cause est à chercher du côté de ma personne. En l'état, je ne peux que vous conseiller de vous procurer d'occasion l'ancienne version traduite par Jean Rosenthal. Il vous manquera l'épilogue et les annexes cependant, un petit plus bienvenu dans cette nouvelle édition.

Pour comprendre un peu mieux, j'ai même téléchargé le texte original pour comparer qui avait raison. Je vous laisse juger sur pièces.

Exemple 1
Le langage y est fort déroutant. Depuis des siècles, des expressions tel le classique « plutôt fort de café » laissent les sémanticiens perplexes. Aujourd’hui encore, on n’a guère plus de pistes sur le sens de nombreux termes qu’à l’époque où les premiers chercheurs ont entrepris leurs études.
Nouvelle traduction

La langue même est particulièrement déroutante. Des locutions comme « satané gosse » ont intrigué les sémanticiens depuis bien des siècles et le problème n’est pas plus près de sa solution aujourd’hui qu’il ne l’était quand les savants ont commencé à s’intéresser à la légende.
Ancienne traduction

The language of the tale is particularly baffling. Phrases such as the classic "dadburn the kid" have puzzled semanticists for many centuries and there is today no closer approach to what many of the words and phrases mean than there was when students first came to pay some serious attention to the legend.
Texte original


Exemple 2


Le soleil crissa sous ses semelles tandis qu’il s’avançait en clignant des yeux pour s’accoutumer à l’éclat aveuglant du soleil.
Nouvelle traduction (Il faut en outre remplacer le premier soleil par sable !)

Il s’avança et le sable crissa sous ses pieds.
Ancienne traduction

Sand gritted underneath his feet as he walked forward, eyes adjusting themselves to the blaze of sunlight.
Texte original

AC de Haenne a trouvé, lui, la nouvelle traduction impeccable.



Quelques citations :

L’être humain nécessitait l’approbation de ses semblables au sein d’un compagnonnage. Il éprouvait le besoin presque physiologique de voir validés ses pensées et ses actes. Cette adhésion, qui l’empêchait de prendre des tangentes asociales, garantissait la sécurité et la solidarité ; elle assurait ainsi le fonctionnement harmonieux de la famille humaine.
Pour l’obtenir, des hommes mouraient, ils en sacrifiaient d’autres, ils menaient des vies qu’ils détestaient. Ou ils se retrouvaient seuls, exilés, tels des animaux expulsés de la meute.
Tout ça entraînait des conséquences épouvantables, bien sûr : l’instinct de la foule, la persécution raciale, les atrocités au nom du patriotisme ou de la religion. Mais, dans le même temps, cet instinct assurait la stabilité de la race ; depuis le commencement, il rendait possible l’existence d’une société humaine.

S’il faut en croire la légende, il a quitté les grottes un million d’années plus tôt. Pourtant, c’est à peine cent ans avant le premier récit qu’il parvient à éliminer le meurtre en tant qu’élément de son mode de vie. Voici donc la mesure véritable de sa sauvagerie : au bout d’un million d’années, il s’est débarrassé de sa tendance homicide et considère cela comme une grande réussite.

Dans ces contes, j’évoquais l’obsession de l’homme pour la société mécaniste. D’autres écrivains, et moi parmi eux, en parlent encore de nos jours, même s’ils la désignent sous le nom de société technologique. La technologie n’a rien de problématique en soi ; le problème, c’est l’obsession qu’elle nous inspire. Nous avons déifié nos machines ; de bien des façons, nous leur avons vendu nos âmes. Du temps où je rédigeaisDemain les chiens, il me semblait qu’il y avait des valeurs différentes, des valeurs supérieures à celles que nous trouvons dans la technologie, et je n’ai pas changé d’avis. De nos jours, certains condamnent les machines à cause des ressources irremplaçables qu’elles consomment, mais, pour l’essentiel, le péril est ailleurs. Ce qui m’inquiète par-dessus tout, c’est la déshumanisation de notre société et de notre point de vue.
Avant-propos de l’auteur

un fascinant cocktail qui mêlait les robots, l’immortalité, l’exploration des autres planètes du système solaire et la mystique des univers parallèles, le tout découlant sans effort d’une unique prémisse, la décentralisation de la civilisation urbaine.
Préface de Robert Silverberg

« J’ai écrit cette série par dégoût envers les massacres et pour protester contre la guerre, devait déclarer l’auteur, bien des années plus tard. J’y ai aussi, en quelque sorte, réalisé un vœu. Je souhaitais créer le monde tel qu’il aurait, à mon avis, dû être, pétri de la gentillesse, de la douceur et du courage que je croyais nécessaires ici-bas. C’était une série nostalgique parce que j’éprouvais de la nostalgie pour le passé que nous avions perdu, et le futur que nous venions de perdre… J’ai fait des robots et des chiens les gens avec lesquels j’aurais aimé vivre. Tout est là : il devait s’agir de robots et de chiens, puisque les humains n’étaient pas cette sorte de gens. »
Préface de Robert Silverberg citant Simak



Planetfall

juillet 10, 2017

Emma Newman, J'ai lu, 2017, 320 p., 15€ epub sans DRM


Exercice de science-fiction simpliste avec 77 fois le mot imprimante chez la dingue et les bigots.

Présentation de l'éditeur :


Touchée par la grâce, Lee Suh-Mi a reçu la vision d’une planète lointaine, un éden où serait révélé aux hommes le secret de leur place dans l’Univers. Sa conviction est telle qu’elle a entraîné plusieurs centaines de fidèles dans ce voyage sans retour à la rencontre de leur créateur. Vingt-deux ans se sont écoulés depuis qu’ils sont arrivés là-bas et qu’ils ont établi leur colonie au pied d’une énigmatique structure extraterrestre, la Cité de Dieu, dans laquelle Lee Suh-Mi a disparu depuis lors. Ingénieur impliquée dans le projet depuis son origine, Renata Ghali est la dépositaire d’un terrible secret sur lequel repose le fragile équilibre de la colonie, qui pourrait voler en éclats avec l’entrée en scène d’un nouveau membre, un homme qui ressemble étrangement à Suh-Mi, trop jeune pour faire partie de la première génération de colons...


Mon ressenti :


Après quelques critiques assez élogieuses, je me suis lancé dans l'aventure vers La Cité de Dieu et à l'instar de mon avis sur Water knife, mon ressenti est à l'opposé de l'ambiance générale.

Voyage

février 23, 2017

Stephen Baxter, J'ai lu, 1999, 516 p., 9€ papier
Stephen Baxter, J'ai lu, 1999, 347 p., 7€ papier


Mieux qu'un long discours : j'ai dévoré ces 800 pages bien tassées en trois jours, rognant sur mon temps de sommeil afin de lire toujours quelques lignes supplémentaires.

Présentation de l'éditeur :


1969 : Neil Armstrong fait, au nom de l'humanité, un premier pas sur la lune. C'est l'apogée du programme spatial américain, un grand moment de l'histoire contemporaine. Mais quand Kennedy survit à sa tentative d'assassinat, tout bascule. Sous l'aiguillon de son adversaire politique, Nixon va pousser la NASA à atteindre un nouvel objectif encore plus spectaculaire : la conquête de Mars.
Natalie York est géologue, passionnée par la planète rouge au point d'y consacrer sa vie. Ralph Gershon, un pilote, rêve d'aller dans les étoiles. Pour être de ce voyage, ils seront prêts à tout sacrifier. Et c'est bien ce qu'on exigera d'eux...

Mon ressenti :


Une claque monumentale.

Je ne suis pas un fanatique des voyages dans l'espace, ni même un amateur. J'ai comme tout le monde une curiosité pour les 2-3 gugusses qui s'envoient en l'air de temps en temps. Mais là.
J’étais dans la salle des commandes lors de la débâcle. Je pilotais la fusée quand tout s'est mis à aller à vau-l’eau. J'étais cet ingénieur chargé de construire ce putain de Mem pour Mars. J'ai suffoqué dans l'atmosphère de Vénus. J'étais cet astronaute qui s'effondre en apprenant qu'il ne volera plus jamais.
Bref, j'ai vécu quasi chaque ligne racontant ce long périple, de l'idée utopique de départ à sa réalisation.

La guerre éternelle

novembre 28, 2016

Joe Haldeman, J'ai lu, 1976, 288 p., 8€ papier



Les dindons de la farce.

"A lire absolument" "bijoux de SF" "grand classique du genre" "S'il ne fallait retenir qu'un ouvrage du sous-genre "sf militaire", ce serait peut-être celui-ci" "Un excellent roman" "Magnifique" "un modèle du genre"
Voici quelques qualificatifs sur ce roman piochés sur le web.
Ajouter à cela les prix Hugo, Locus et Nebula...

Présentation de l'éditeur :

En 1997, la Terre entre pour la première fois en contact avec des extraterrestres, les Taurans. Cette rencontre marque le début d'une guerre sans merci. Les autorités terriennes décident d'envoyer un contingent d'élite, et mettent au point un programme d'entraînement d'une rudesse inhumaine, destiné à “ produire ” des soldats capables de tout subir.
William Mandella est l'un d'eux, et c'est sans crainte qu'il part au combat. Mais le voyage dans l'espace n'est pas sans inconvénients  : aux confins de l'univers, l'armée terrienne va franchir sans le savoir des portes de distorsion spatio-temporelle. Pour William, qui survit miraculeusement d'une mission à l'autre, cette guerre semble partie pour durer...

Vice Versa

octobre 27, 2016

Robert Charles Wilson, J'ai lu, 1992, 256 p., épuisé

 

Un Robert Charles Wilson inédit ? Non, seulement un vieux roman épuisé et plus réédité depuis.
Variation moderne et neurologique autour des mythes de ‎Frankenstein et du docteur Jekyll et de M. Hyde, par l'auteur de la trilogie Spin.
Alors, bonne pioche ou bon sens éditorial ? C'est ce que nous allons voir.


Présentation de l'éditeur : 

John Shaw avait l'impression de se dissoudre dans le crépuscule. Etait-ce le signe avant-coureur du changement qui s'opérait en lui ? Il se sentit bientôt incapable d'enrayer le processus... Le sang se mit à battre dans ses tempes. Des images défilèrent dans son cerveau. Sans fracas, elles se brisèrent, entraînant avec elles des pans entiers de son être. Il se réveilla dans la peau d'un Autre...
John ou Benjamin ? Qui est-il ? Le premier, doté d'une intelligence suprahumaine, mais complètement désincarné ? Le second, falot mais pétri de sensibilité ? Créature hybride, produit d'une manipulation génétique voulue par le Dr Kyriakides ou projection de sa propre imagination ? Tandis que Susan, jeune médecin, se penche sur cette énigme et s'éprend de John, celui-ci voit de nouveau basculer le fragile équilibre de sa vie...
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