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Cristal qui songe

juin 06, 2019


Theodore Sturgeon, J'ai lu, 2018 (1ère parution 1950), 256 p., 6€ epub sans DRM



"Heureux qui n’a pas encore lu Cristal qui songe : il découvrira avec ravissement une histoire qui, sous des propos adultes, possède la force des contes d’enfant."
Telle est l'ouverture de l'avis de Claude Ecken paru dans le Bifrost n.92. Pour savoir si je partage son opinion...


Présentation de l'éditeur : 

Renvoyé de l’école à l’âge de huit ans pour avoir mangé des fourmis en cachette, Horty fuit la demeure de ses parents adoptifs qui le martyrisent et trouve refuge au sein d’un cirque ambulant où il devient le partenaire de deux naines, Zena et Bunny. Mais les personnages les plus extraordinaires du cirque restent son féroce directeur, surnommé le Cannibale, et son étrange collection de cristaux : des pierres aux pouvoirs mystérieux et néanmoins gigantesques.


Mon ressenti :


Cela commence comme Harry Potter (ou plutôt l'inverse) : un enfant est le souffre douleur de ses parents adoptifs, ce dernier prend la fuite et se retrouve dans un cirque. Harry embrasse la carrière de magicien, Horty préfère lui celle de saltimbanque chanteur. Harry a son Voldemort, Horty à son Cannibale, un misanthrope qui veut lui aussi détruire l'humanité grâce à d'étranges cristaux.
Harry a ses fidèles compagnons déviants, Hermione la métisse, Ron le roux bas du front. Horty découvre les "phénomènes", les fameux freaks qui montreront une humanité qui dépassent celles des gens "comme il faut". Les deux auteurs parlent des différences, de la camaraderie, du pouvoir. Pour le reste le récit est clairement différent même si l'ambiance est au fantastique, du moins dans une grande partie du texte.

Il y a des classiques qui passent à travers les mailles de mes lectures, comme ce cristal qui songe. Lorsqu'une nouvelle traduction est sortie je me suis dit que le moment était venu de m'y plonger, sentiment renforcé après la lecture du Bifrost consacré à l'auteur.

On entre facilement dans ce roman grâce au personnage d'Horty, l'orphelin maltraité qui n'a pour seul doudou qu'un vieux diablotin à ressort. Par contre, une fois les présentations faites, l'intrigue piétine pour nous conter le quotidien d'Horty et je me demandais où voulait m'emmener Sturgeon. Quelques événements viennent cependant titiller notre curiosité à travers des possibles dons, le cristal du titre a ses secrets. Agréable, sympathique, mais où est la SF là dedans ? Puis, arrive ce chapitre 14 ou tout s'emboîte, la compréhension se fait jour, les tranches de vies posés ça et là par l'auteur trouvent leur explications logiques et on s’aperçoit que l'auteur a très bien fait son boulot. D'une histoire classique, fantastique, on plonge dans la SF.

L’humanité est un concept familier aux anormaux : à leur grand désespoir, ils s’en sentent en effet tout proches ; ils expriment leur parenté avec elle dans un sanglot de regret et ne cessent jamais de tendre vers elle leurs bras difformes.

Même si le roman fait son âge de par ses thématiques et l'époque du récit, il s'en dégage une histoire universelle et intemporelle,
une sorte de conte un peu cruel, une fable initiatique. Théodore Sturgeon s'interroge sur notre humanité, sur l'empathie, sur la différence, sur la complexité de la vie.
Sans effet tape à l'oeil, l'auteur nous emmène vers l'autre, vers une tentative de compréhension de ce qu'il est.


Un mot sur cette édition dont la traduction a été révisée par Pierre-Paul Durastanti. N'ayant lu ni la version originale, ni l'ancienne édition, je me contenterai de dire que le texte m'a paru parfaitement fluide, tout en gardant le charme du temps jadis.
Nevertwhere partageait une anecdote dans son billet sur l'ancienne édition non révisée

On peut citer quelques anecdotes rigolotes comme l’emploi du terme geek pour désigner, je cite « quelqu’un qui avale des tas de saleté et qui coupe avec ses dents des têtes de lapins et de poulets vivants ». Le terme a sacrément évolué depuis !

Dans cette édition, le terme de geek a été remplacé par freak, qui me semble plus raccord avec le texte.
Et si vous avez peur des clowns tueurs, ne vous fiez pas à la couverture qui extrapole beaucoup du contenu, sans être "honnête" avec le texte. Mais elle est belle.

Une lecture hautement recommandée par Lorhkan , qui a donné envie à Vert d'aller vers Les plus qu'humains. BlackWolf a un autre son de cloche, loin d''avoir été captivé par ce récit.


Récapitulatif

Bifrost n.92. Theodore Sturgeon : le trop humain

novembre 28, 2018

Bifrost, Le Bélial, 2018, 196 p., 6€ epub sans DRM


En attendant les prochains dossiers sur Peter Watts et John W. Campbel, Bifrost s'attarde sur un vieux de la vieille en la personne de Theodore Sturgeon. Cela tombe plutôt bien, je ne connais pas l'auteur et je voulais lire Cristal qui songe. L'envie est elle toujours présente après la lecture de ce numéro ?


Les nouvelles


Tandy et le Brownie de Theodore Sturgeon
Sturgeon avait dans l'idée d'écrire une nouvelle sur chacun de ses sept enfants, expérience qui s'est vite stoppée. Nous avons donc ici une histoire d'une petite fille et d'un brownie, mais pas celui qui se mange.
Si vous avez déjà parlé à un père ou à une mère qui vous raconte dans le détail une tranche de vie de son gosse dont vous n'avez rien à foutre, vous touchez du doigt ce que j'ai ressenti à sa lecture : gênant, chiant et ennuyeux. Si vous aimez les mioches, vous pourriez trouver cela émouvant, à vous de voir.
Ce qu’il y avait de plus remarquable dans son cas, c’est qu’elle ne se laissait jamais entraîner à des excès justifiant une punition. Jamais on ne l’avait mise au piquet. Elle savait s’arrêter à la juste limite de l’outrance. Elle était les pieds qui traînent, la dissipation supportable, la mauvaise volonté qui demeure en deçà du point critique.

Brumes fantômes de Thierry Di Rollo
Un retour aux sources à ses origines pour une nouvelle espèce d'assassin. C'est bien écrit, mais j'ai déjà lu ce genre d'histoire. En outre, on devine assez rapidement la fin.
Reste le propos sur le genre humain, toujours incisif avec l'auteur :

Le genre que l’on dit humain a besoin de tueurs, parce que c’est le moyen le plus simple de régler un problème, ou de refuser de le régler —les deux notions signifiant presque systématiquement la même chose. Partout, on entretient le chaos au bénéfice d’un pouvoir inutile et incompétent. L’ordre est une illusion qui rassure les honnêtes gens ; il n’existe pas. L’unique réalité qui vaille, ce sont les jalons posés pour dégager un chemin, de préférence le sien, au mépris de tous les autres. Pourquoi ? Parce que la vie reste la plus forte. La vie et son pendant ultime, admirable : la mort, la seule loi universelle qui arrive à soumettre toute cette absurdité.

Aux portes de Lanvil de Michael Roch
Une sorte de Frankenstein revisitée. L'univers est original, l'histoire moins. Si vous avez une âme de marin au coeur bien accroché.

L'Homme qui a perdu la mer de Theodore Sturgeon
Un astronaute, ou un plongeur en scaphandre, échoué sur une plage est dérangé par un enfant.
Une construction éclatée pour mieux perdre le lecteur, ce qui a été mon cas, mais aussi celui de l'agent de Sturgeon :

L’agent de Ted lui renvoya la nouvelle, disant qu’il n’y comprenait rien.
in Theodore Sturgeon, conteur, par Paul Williams

Ce dernier Bifrost de l'année ouvre les votes pour le prix des lecteurs 2018, aucune de ses nouvelles de cette livraison n'ayant eu ma préférence, voici mon vote, les deux textes ayant été publié dans le numéro 90 consacré à Edmond Hamilton :

Meilleure nouvelle étrangère : « Comment c'est là-haut », de Edmond Hamilton
De la SF crépusculaire, rien que ça. Les nouvelles ne sont pas ma tasse de thé, mais celle-ci m'a cloué sur mon canapé.Un astronaute fait le tour des popottes à son retour sur Terre avant de rentrer sagement chez lui. Pour tout ceux qui ont des étoiles dans les yeux face aux navigateurs de l'infini, la désillusion va vous happer. Une finesse dans le traitement psychologique des personnages couplée au mur de la réalité économique, médiatique et politique.Plus rien ne sera comme avant.

Meilleure nouvelle francophone : « Les Torches », de Michael Rheyss
La dernière "lettre" de papi à son petit fils, ou comment revisiter l'histoire de la SF. Michael Rheyss signe ici une nouvelle complotiste de manière virtuose. Le grand secret des auteurs de SF nous est enfin dévoilé. Brillant et référencé.


Carnets de bord


Suit le fameux Cahier critique sur l'actualité du genre SF. Afin de pouvoir prévoir ses futurs achats. Indispensable pour ne pas jeter de l'argent par les fenêtres. Le nombre de pages de la revue n'étant pas illimité, quelques critiques en ligne ici et aussi ici
Beaucoup de blogueurs ont travaillé dur dans cette livraison : RSF blog, Just a word, Nébal est un con... Karine Lhisbei à écoper du lot "oiseau", et m'a même donner envie de lire Hier, les oiseaux de Kate Wilhelm et Tous les oiseaux du ciel de Charlie Jane Anders. J'y ai remarqué aussi De grands et beaux lendemains de Cory Doctorov, ainsi que Super-héros de troisième division de Charle Yu me fait envie, en espérant une édition électronique pour ses deux livres.


Thomas Day dit tout le mal qu'il pense des revues SFFF avec sa mauvaise foi (?) habituelle. J'aimerai retrouvé autant de mordant dans la cahier critique.
(Voir les commentaires pour le droit de réponse de Thomas Day)

"Paroles de" s'attarde sur une médiathèque spécialisée en SFFF. Cela donne envie d'en avoir une comme celle là près de chez soi, va falloir que je me délocalise à Paris un jour.

Au travers du Prisme : Theodore Sturgeon

Vient le dossier consacré à Theodore Sturgeon à travers cinq articles et une bibliographie.

Le théâtre d'une vie, par Francis Valéry
Le genre d'article où deux hypothèses ont ma préférence sur leur rédaction :
- le rédac chef qui appelle pour avoir un article pour un trou dans le dossier et qu'il faut rendre en urgence pour hier...;
- Un article commandé de longue date et dont l'auteur a oublié d'honorer, jusqu'au jour où le rédac en chef appelle pour avoir le texte.
J'ai un penchant pour la seconde hypothèse, nous sommes dans un dossier sur Sturgeon, l'homme qui remet au lendemain : "Ted continue de vivre — non dans le passé, mais dans un éternel présent, où, quelques instants plus tôt, on lui a apporté cet objet et où, dans quelques instants, il va le remettre à neuf, dès qu’il se sera occupé d’un truc ou deux dans l’intervalle."
Sous forme de pièce de théâtre, je trouve que Francis Valéry s’éparpille beaucoup : il joue le rôle d'éditeur en refaisant la nouvelle Killdozer et nous offre une histoire du rayon fantastique ! Ne reste qu'une énumération rapide de la bibliographie de Sturgeon et de quelques événements marquants de sa vie. De toute manière, le résultat est le même : une impression de paraphrase bâclée de l'article suivant, couplé à un "Un point de vue extérieur, personnel, certes, mais avant tout de lecteur." "long article un peu fourre-tout au titre pompeux où FV parle pas mal de lui" (dixit org) 'Bref, c’est bordélique, un poil autocentré," (dixit le même org ) et j'ajouterai un peu hors sujet, mais il faut bien remplir les blancs du temps qui presse...


Theodore Sturgeon, conteur, par Paul Williams
Voilà L'ARTICLE de ce dossier, qui donne envie de découvrir Sturgeon, ou plutôt ses histoires, la pièce maitresse à mon sens du dossier. Connaisseur, ami (?) de l'homme, Paul Williams, sans panégyrique, mais avec la dose d'amour pour son oeuvre, nous raconte la vie de Sturgeon, de ce qu'il a mis dans ses textes, pas de l'autobiographie, mais ses tripes, son regard sur le monde, de manière différente de la meute du troupeau. 
Voilà d’où proviennent les miracles de Sturgeon : de sa capacité à considérer le monde ordinaire et à le voir d’un autre point de vue, de le renverser et le rendre fascinant sans en retirer sa réalité palpable. Ces miracles viennent de l’empathie qu’il ressent pour tous ces gens qui voient les choses différemment et de son talent à augmenter l’empathie du lecteur jusqu’à des degrés étonnant, jusqu’à ce que nous soyons forcé de tomber d’accord avec le dramaturge romain Terence : « Je suis humain et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. »



Le splendide aliéné, par Gérard Klein
Trop ampoulé à mon goût, je n'ai même pas réussi à terminer l'article. De grands mots, de l'emphase, du boursoufflé, bref, c'est chiant à lire.
Paru initialement en 1957 dans la revue Fiction, vous pouvez lire ce texte sur le site des quarante-deux

La forme courte : l'essence de l'art, par Philippe Boulier et Les songes superbes : un guide de lecture sturgeonien
Vous ne savez par où commencer la lecture de Sturgeon ? Philippe Boulier et l'équipe de Bifrost décortiquent les quelques romans et nombreuses nouvelles de l'auteur. Difficile de ne pas trouver quelques textes à se mettre sous les dents. Pour ma part, deux recueils ont ma préférence (L’Homme qui a perdu la mer et Les Talents de Xanadu, tous deux épuisés), ainsi que Cristal qui songe, dans sa nouvelle traduction et Les plus qu'humains, mais j'attendrai pour cela la nouvelle traduction, la précédente étant ... La preuve avec un post de Pierre-Paul Durastanti :

Vis ma vie de réviseur des Plus qu'humains...
Original : A l’école du dimanche j’ai remporté l’épreuve de marche sur la tête
Vraie traduction : Au pique-nique du catéchisme, j’ai remporté la course en sac
Et mon préféré...
Original : Ensemble, ils firent de la périssoire sur les vagues qui roulaient jusqu'à la plage
Vraie traduction : Ensemble, ils firent un tour de montagnes russes

Vous pouvez retrouver la bibliographie d'Alain Sprauel en ligne

Ne connaissant pas Sturgeon, ce dossier a posé les jalons pour mieux connaitre l'écrivain et son oeuvre. Si vous êtes un familier de l'auteur, pas sûr que ce numéro vous contente.



Scientifiction

Frédéric Landragin et Roland Lehoucq nous parlent d'astrolinguistique pour éclairer la forêt sombre. Article que je n'ai pas lu, étant dans la lecture de la trilogie de Liu Cixin. Le premier tome avalé, je me posais des questions sur la véracité scientifique d'un traducteur automatique de langue alien, j'espère y trouver une réponse.



J'attends toujours la version électronique pour me plonger dans la lecture de la revue, et cela pique pas mal les yeux, l'équipe du Bifrost nous a offert un florilège des pires erreurs à ne pas commettre, et je mesure mes paroles ! En lisant les remerciements, on comprend que même les ordinateurs Apple peuvent tomber en rade, au bon moment comme toujours. Ceci expliquant cela ? Recevant cette version électronique à titre gracieux, étant abonné à la revue, cela ne me gêne pas trop, d'autant le problème d'ordinateur. Mais si vous voulez cependant acheter ce numéro en version epub, attendez quelques semaines que les bugs soient corrigés.
La version papier a connu aussi certaines péripéties,
Une livraison dont l'équipe de la revue se souviendra longtemps à mon avis.

D'autres avis ici et là

Un numéro intéressant, pas mon préféré au niveau des nouvelles mais toujours très agréable à lire et enrichissant.
Au pays des cave trolls


On reste donc sur une belle pente qualitative avec ce Bifrost, encore une fois doté d’un dossier solide et complet.
Lorhkan et les mauvais genres

Iimpossible de pas vouloir ouvrir un de ses textes à l’issue de ce numéro.
Albedo, univers imaginaire


La bonne nouvelle, c’est que ma wishlist sort indemne de la lecture ce numéro !
Les lectures de Xapur
Fourni par Blogger.