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L'équateur d'Einstein

mars 24, 2022

Liu Cixin, Actes Sud, 2022, 576 p., 19€ epub

 
Liu Cixin trace sa
ligne imaginaire

Présentation de l'éditeur :

Porte-étendard incontesté de la science-fiction chinoise, Liu Cixin apparaît dans ses textes courts comme un maître de la dramaturgie cosmique en même temps qu’un écrivain profondément humaniste. Qu’il mette en scène une inversion du temps, revisite de façon très vernienne le voyage au centre de la Terre, interroge les conséquences d’une miniaturisation des êtres humains ou imagine l'application météorologique de la théorie du chaos pour stopper les guerres, Liu Cixin ne cesse d’explorer et de distordre avec profondeur et inventivité les mystères les plus insondables de la science.
Dans cette édition complète de ses nouvelles qui comptera un second volume, l’auteur de la trilogie du Problème à trois corps démontre comment, dès ses premiers récits et en quelques pages seulement, il parvient à créer des mondes complexes et passionnants. Toujours empreintes d’une réflexion mélancolique — et souvent humoristique — sur le sens de la vie et l’avenir de la Terre, les nouvelles et novellas de Liu Cixin rappellent avec une posture parfois presque taoïste l’insignifiance des existences et des actions humaines dans le cours ordonné (ou chaotique ?) de l’Univers.

 

Mon ressenti :

Lorsque je vois le nom d'Actes Sud sur une couverture, mon premier réflexe est de ne pas lire la quatrième de couverture. Comme il s'agit ici d'un recueil de 17 textes, divulgacher serait presque impossible, une oeuvre d'art post-moderne, mais à l'impossible Actes Sud n'est tenue ! (spoil : vous pouvez le lire, YEAH)
Seconde chose, je sais que je vais raquer le prix fort : 19€ pour du numérique, ça fait mal au fondement, fut-il d'Einstein. Mais pour ce prix désormais, plus de DRM, on salue l'effort.

17 textes donc datant de... De quelles années au fait ? Alors il faut un peu fouiller pour trouver l'info, mais dans les mentions d'édition, on remarque un 1999-2022. Quel est la date du premier, du dernier ? Est ce un ordre chronologique ?
Comme en outre il s'agit du premier des recueils qui devraient sortir, la réponse pourrait être intéressante, mais la réponse ne se trouve pas dans ce recueil. Aucun paratexte non plus, bref, du grand format comme les lecteurs n'en veulent plus.

Edit du 25 mars 2022 : le traducteur Gwennaël Gaffric a eu la gentillesse via FB de me donner les dates pour chaque texte. Cela a du lui prendre une minute pour me coller l'info et une minute pour que je la colle moi même dans ce billet. Total : 2mn de boulot. Conclusion : je pense qu'Actes Sud auraient pu en faire autant !
Je parle rarement des traducteurs dans mes billets, car je ne vois, ni ne réalise pleinement leur travail derrière. Mais si je lis un texte et que l'écriture est fluide, belle, je sais qui il faut remercier.

Passons sur ces frivolités, et voyons ce que cet équateur nous offre à part ce titre intriguant.
En SF, c'est le réalisme qui prévaut je pense aujourd'hui, fini les textes des années folles où on faisait feu de tout bois, ou seul l'imagination était la limite.
Liu Cixin n'est, je pense, pas de cet avis car de nombreux textes prennent pour cadre l'irréalisme mais avec un traitement réaliste. Parfois cela fonctionne à merveille, activant le sense of wonder, la pilule euphorisante des lecteurs de SF. Parfois, la suspension de crédulité demande plus d'effort ou tombe carrément en panne.

Qu'est ce que j'en ai pensé ? Pas le vertige que j'attendais. Pourquoi ? En partie pour ce que je disais deux lignes plus haut, mais aussi pour autre chose que je n'arrive pas à mettre la main dessus. L'auteur a un traitement différent de bien des sujets et une façon particulière de créer son univers. Donc cela a été pour moi une lecture autre à celle que je m'attendais. Comme c'est de la SF, l'autre, c'est très bien aussi.

J'en parlais il y a quelques jours sur Twitter et Le maki me résumait ce qu'était pour lui Liu Cixin :

De la SF chinoise vertigineuse qui pousse (trop) loin
L'amour des sciences, de l'exploration et des découvertes.
Un mélange de modernisme et de traditions.
Le respect des "petites gens"

Et il a parfaitement raison.
Lune complétait par un

Liu Cixin est taré et très humain, et beaucoup trop misogyne.
J'aime son écriture et le vertige qu'elle me procure malgré tous ses défauts.

que je partage aussi.

Petit tour d'horizon des différents textes

Le chant de la baleine (1999)
Une nouvelle courte qui m'a fait penser au merveilleux scientifique et aussi à Vernes. Plaisant. Un trafiquant de drogue cherche un moyen de faire passer sa drogue malgré la surveillance technologique.

Aux confins du microscopique (1999) reste dans la même veine où une expérience est menée pour savoir si la matière a une fin ou non. Macro et micro vont ils s'unifier ?

L'effondrement (1999)
Fini l'expansion de l'univers, elle a fait son temps. Place à son effondrement. Mais ça ressemble à quoi un effondrement de l'univers ?
Une fois lu ce texte, la compréhension ne peut se faire à cause de cet effondrement...

Avec ses yeux (1999)
Un texte initialement publié dans la revue Bifrost, voilà ce que j'en pensais à l'époque : "Le proche espace est désormais colonisé, des gens y travaillent mais faire les allers retour domicile travail s'avère encore compliqué. Une nouvelle technologie permet de voir et ressentir les pérégrinations à travers des yeux d'humains consentants sur terre. Nous suivons le voyage de deux personnes. Un hommage à un célèbre roman... A déconseiller aux claustrophobes. Une ode aussi à la nature, à la technologie, l'espace étant assez froid. Ne me laissera pas un souvenir impérissable."
Cette seconde lecture m'a donné plus de sensations que la première.

Le feu de la Terre (2000)
Un jeune ingénieur débordant d'innovation tente d'améliorer le sort des mineurs de charbon. Une méthode révolutionnaire qui va chambouler la vie des habitants.
L'innovation est faite d'erreur, de non écoute des anciens, de risques et aussi de rapidité. Une histoire affreuse, un drame évitable qui m'a emmené avec lui. Dommage que les personnages manquent cruellement d'épaisseur.

Terre errante (2000)
Paru en novella en 2020, j'ai été assez étonné de la retrouver ici mais comme c'est un recueil des nouvelles complètes...
Pas ma came : https://lechiencritique.blogspot.com/2020/06/terre-errante.html

L'instituteur du village (2001)
Dans un coin paumé et reculé de Chine se nichent quelques villageois tirés du siècle dernier. Un vieil instituteur tente contre et vents marrées d'éduquer.
Dans un coin paumé de notre voie lactée, une guerre incommensurable se fait entre le clan Carbone et le clan Silice.
Deux univers très éloigné qui vont bien entendu se rejoindre. J'ai beaucoup aimé la partie sur le village, l'auteur décrivant merveilleusement bien l'isolement, la pauvreté et la rudesse.

Le Micro-âge (2001)
Sur une arche destinée à trouver un monde habitable, le silence se fait avec la Terre. Devenu seul face à ce calme de leur terre natale, le dernier survivant va tenter de comprendre ce qui s'est passé.
On comprend l'histoire peu à peu, pour nous amener vers un sujet plus guère traité en SF. Une sorte de fable qui se conclut néanmoins trop rapidement

Fibres (2001)
Un aviateur se prend la quatrième dimension dans la gueule. Incompréhension des protagonistes qui se demandent se qu'ils font là. Ils se rendent compte que leurs réalités volent en éclats. Pourquoi ?
Une petite ballade dans les univers parallèles qui manquent toujours de développement.

Le destin (2001)
Des touristes spatiaux sauvent le monde en détournant un astéroïde qui allait s'écraser sur terre. Leur acte héroïque va avoir des conséquences bien fâcheuses.
Petite navigation dans l'espace temps, une petite friandise fort agréable

Brouillage de toute la bande de fréquences (2001)
La guerre fait rage entre les forces de l'OTAN et la Russie. Cette dernière ploie sous le feu des occidentaux, les brouillages électromagnétiques étant le point faible de l'armée Russe. On suit les pas d'un haut gradé et de son fils qui ne sont pas sur la même longueur d'onde en ce qui concerne la guerre.
Un texte plus long qui permet à l'auteur de prendre le temps de construire son intrigue et de nous prendre avec lui dans cette relation père fils.
En ces temps d'actualité guerrière, cette longue nouvelle prend une ampleur aigre douce.

Le messager (2001)
Un vieux scientifique amateur de violon est hanté par le désespoir. Un soir, il remarque un jeune homme l'écoutant jouer...
Jusqu'ici, on ne peut dire que les fins à chute soient la spécialité de l'auteur. Vous dire donc comme je l'ai apprécié, d'autant avec la nostalgie qui s'en dégage et le dernier message livré.

Le battement d'ailes d'un papillon (2002)
L'auteur prend la maxime au premier degré, et nous en donne une autre plus chinoise.
La guerre en Yougoslavie, l'OTAN bombarde mais un scientifique a un atout dans sa manche, le battement d'aile d'un papillon.
Foutu guerre, foutus politicards, il ne restera rien, sauf cette nouvelle douce amère.

Le soleil de chine
(2002)
Exode urbain d'un paysan qui va découvrir le monde.
Un texte qui part du milieu rural pour nous emmener loin. A la gloire des gens de peu, qui n'ont que leurs mains pour vivre. Mais aussi une autre caractéristique.
Très bon texte

La mer des rêves (2002)
Une compétition de sculpture sur glace à laquelle va s'inviter un alien.
Nombreux sont les auteurs à aborder art et SF. Et souvent je m'ennuie. Un de plus à ajouter à la liste

L'ère des anges (2002)
Le conseil de la sécurité se voit adjoindre un nouveau grand conseil, celui de la bioéthique. Et justement une session s'ouvre à cause d'un pays africain crevant sous la famine.
Lorsque l'on a plus rien à perdre, nous avons tout à gagner. Un texte qui met le merveilleux au goût du jour et démontre que l'éthique suit la science mais ne l'a précéde pas. Ou quand l'intérêt prime sur d'autres considérations morales.

L'équateur d'Einstein
(2002) clôt admirablement le recueil, mais je vous en dirais rien !

 
La grande interrogation de Lorhkan : l’absence totale de marquages chronologiques permettant de les situer, comment est-ce possible ?? Le Nocher des livres regardent différemment le monde qui l’entoure désormais. Liu n'est pas le fils caché de Damasio nous dit Gromovar. Le troll a eu 17 fois le vertige tandis que Soleil vert propose à Cixin d’ôter les doigts de la couture de son pantalon.

 

Challenge
Winter short stories of SFFF

Les couvertures de livres de SF : avec ou sans clichés ?

avril 12, 2020


Du difficile choix de la couverture

En ces temps où les éditeurs de SF trouvent un peu trop palot leur chiffre d'affaire par rapport à leur camarades du polar ou encore plus de la littérature blanche, il me semble que les éditeurs font de plus en plus attention à leur couvertures.
Mais ils ont le cul entre deux chaises : plaire au amateurs de SF tout en faisant de l'oeil à un lectorat plus généraliste.
Alors faut-il mettre des robots qui explosent, des femmes obus, des paysages d’exoplanètes, des couleurs criardes ?
Ou opter pour le conservatisme, en suggérant, sans choquer le lectorat généraliste, ni faire fuir l'amateur ?

En outre, les acheteurs ne sont jamais contents, certains voient des vulves, d'autres du gore, alors que pour la maison d'édition et l'illustrateur y voyaient autres choses
Bref, c'est la quadrature du cercle.

Pour moi, pas de soucis, je lis en numérique, le problème est vite réglé, cela ne se verra pas sur mes étagères, et je n'ai pas peur du ridicule dans les transports en commun ou ailleurs...
Mais avant de lire, il faut avoir envie de lire. Et on en revient au problème principal.
Pour moi, qui ne fréquente guère les librairies, la couverture n'est pas ce qui va m'attirer le plus. Amateur de SF, je fais plus attention au marketing des éditeurs, plane sur les forums et les blogs. C'est le contenu qui prime, mais je ne suis qu'une infime minorité.

J'ai décidé d'en faire un billet "pratique" suite aux mésaventures de Gilles Dumay, le boss d'Albin Michel Imaginaire à propos de la couverture d'Une cosmologie de monstres (mésaventure est un peu fort, mais il faut bien que je vous incite à lire mon billet).

Aujourd’hui on me reproche d’avoir trop Lovecraftisé Une Cosmologie de monstres au niveau de l’emballage, mais il faut comprendre un truc : au début je n’avais qu’un roman fantastique d’un inconnu total acheté sur un coup de cœur. Il fallait trouver un angle pour le présenter, j’ai choisi l’angle lovecraftien.

Gilles Dumay, Octobre 2019, Au pays des Cave Trolls

Alors, Une cosmologie de monstres, vous préférez avec ou sans tentacules ?




Peut être que le lectorat de la romance est plus important, auquel cas :




Ou une version alternative et premier degré des livres du Bélial.




Ou encore, toujours chez Le Bélial, on peut tenter le mode savant :





Chez La Volte, l’événement Les furtifs auraient-ils été le même avec une couverture genrée ?



Ou John Scalzi serait-il devenu prix Nobel de littérature si L'atalante avait joué le classicisme ?




Manuel Tricoteaux, Directeur de la collection Exofictions chez Actes Sud, a fait le choix de couvertures non centrées sur la SF (Comment éditer la science-fiction en 2017, La méthode scientifique)
La trilogie d'horreur soft d'Ezekiel Boone donnait à voir de jolies images de bourgades paisibles,



Mais en mettant un peu de frayeur et de gore, on aurait pu avoir cela




Mais pas besoin de jouer avec Photoshop, parfois la réalité suffit :
Après une parution grand format classique chez La Volte, La Horde du Contrevent s'est pris dans les vents furieux des graphistes de Folio SF, (ou tentative de bouffer à tous les râteliers ?)


Noosfere

On peut aussi se tourner vers les classiques du genre pour voir l'évolution de l'illustration des couvertures
Ici avec La Planète des singes de Pierre Boole



Et la question ne date pas d'aujourd'hui. Déjà à l'époque, après des couvertures très sobres, Opta et son Club du Livre d'Anticipation optait pour des couvertures plus visuelles et accrocheuses :





Pour ma part, je trouve que les couvertures d'aujourd'hui reflètent assez bien le contenu du livre et sont de très belles factures.
Ce qui n’empêche pas quelques hiatus de temps en temps, pour notre plus grand bonheur !

Merci à NooSFere, grâce à qui j'ai pu trouver sans peine les couvertures adéquates.

Silo 3 - Générations

septembre 09, 2019

 

Hugh Howey, Le livre de poche, Actes Sud, 2014, 417 p., 10€ epub sans DRM

 

Boum
Quand notre silo fait Boum
Tout avec lui dit Boum
Et c'est le lecteur qui trinque.
 

 

Présentation de l'éditeur :

À la suite d'un soulèvement, les habitants du silo 18 sont face à une nouvelle donne. Certains embrassent le changement, d'autres appréhendent l'inconnu. Personne n'est maître de son destin. Le silo est toujours sous la menace de ceux qui veulent le détruire. Et Juliette sait qu'elle doit les arrêter. La bataille pour le silo a été gagnée. La guerre pour l'humanité ne fait que commencer.


 Mon ressenti :

Après un tome 1 addictif, un préquel en demi teinte, voici enfin venue la fin de la trilogie Silo. Nous retrouvons Jules/Juliette dans son costume de Maire, secondé par son amant qui tient les rênes des communications. Juliette veut tenir sa promesse faite à Jimmy/Solo de venir le rechercher et rêve de quitter le Silo pour reconstruire.
L'ancien monde est mort, des microsociétés existent enfermées dans des silos gigantesques, des générations sont passées, ont oublié l'ancien temps, leurs géniteurs sont devenus des dieux, une nouvelle religion  interdit de parler de certaines choses. Les dieux avaient pensé et mise en branle ce système coercitif sous la houlette du Silo 1 où les cadres sont soumis au lavage de cerveau au sens littéral du mot. Mais quelque soit le silo, certains veulent du changement.

Changement que le lecteur n'aura pas : tout a été dit dans les tomes précédents, la grande révélation fait pschitt. Cela commençait pourtant bien, on retrouvait nos héros enfermés pour suivre la fin de leurs aventures. Mais l'auteur attend trop, nous ballade dans les divers  niveaux et le thriller prend le pas sur l'étude de moeurs et une vision de la société.
Il manque clairement une dimension sociologique plus poussée pour me satisfaire totalement. Le système de castes, de division du travail,  de la communication freinée pour tenir les hommes dans l'ignorance est bien présent, mais l'auteur reste à mon sens, le comble, en surface, et après quelques passages, préfère revenir au thriller pour maintenir l’intérêt du lecteur. la base reste identique : chapitres courts + cliffhanger + changement de personnages. A la longue, cela lasse.

Et puis il faut conclure, alors autant le faire vite et mal, dans de l'action qui part dans tous les sens, et met le réalisme en très fâcheuse position. En outre, le pourquoi de tout cela me semble tiré par les cheveux, le peu qu'il me restait après toutes ces courses poursuites. Bref, l'origine des silos étant brinquebalante, la fin ne pouvait que l'être d'autant plus.

Une trilogie trop longue et donc trop diluée qui a quand même quelques bons côtés, dont celui, extraordinaire, d'avoir obligé Actes Sud a renoncé à ses fidèles verrous numériques sur ces ebooks, Hugh Howey étant partisan du libre. Pour celles et ceux qui ont quitté à regret les silos, d'autres romans, des fanfiction, dans le même univers existent, en anglais.



Aileurs, le son de cloche est identique :
Lorhkan ne veut pas cracher dans la soupe à l'excès, Zina n’a pas été emportée par les aventures et Lune n'a pas ressenti plus de surprises.


Silo, c'est aussi une aventure éditoriale et un auteur atypique. Pour tout savoir, écouter La méthode scientifique :

Grand entretien avec Hugh Howey

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/grand-entretien-avec-hugh-howey
La méthode scientifique du 27 juin 2019
Lien direct (enregistrer sous)

Pour conclure cette troisième saison, nous avons mis les petits plats dans les grands. En cette avant-dernière émission, nous partons au bout du monde pour retrouver celui qui a été tour à tour réparateur d’ordinateur, skipper, capitaine de yacht, puis commis dans une librairie universitaire. Il publie ses premiers romans sans grand succès, puis décide de publier ses nouvelles directement en ligne et d’un coup, c’est le grand emballement. Une nouvelle, deux, trois, les lecteurs se les arrachent, Hollywood se précipite. Il est avec nous sur son voilier depuis les îles Fidji. Hugh Howey, auteur de la trilogie Silo est notre grand invité de SF de cette fin de saison.
Une heure avec Hugh Howey : c’est le programme de luxe qui est le nôtre pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.


Mon avis
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Quelques citations :



Quelqu’un à sauver. La folie de l’homme… la folie de ces foutus silos dont il était l’un des créateurs. Cette supposition qu’il y avait des choses à sauver. On aurait dû les laisser tranquilles, les hommes autant que la planète. L’humanité avait le droit de disparaître. De s’éteindre. C’est ce que la vie faisait : elle s’éteignait. Ça faisait de la place pour les suivants. Mais les hommes, en tant qu’individus, s’étaient souvent insurgés contre l’ordre des choses. Ils avaient leurs enfants – clonés illégalement –, leurs traitements aux nanomachines, leurs pièces de rechange et leurs cryopodes. Comme ceux qui avaient créé cette folie.


Vous nous promettez le paradis, hein ? Mais qu’est-ce que vous connaissez de notre enfer ?


Destruction

septembre 05, 2019

Ezechiel Boone, Alexi Zentner, Actes Sud, 2019, 368 p., 16€ epub avec DRM



Destruction de la menace arachnide ?
Destruction de l'humanité ?
Ou simplement destruction d'une bonne trilogie par un final grand guignol ?

Présentation de l'éditeur :

Toujours plus nombreuses, toujours plus grosses, toujours plus affamées, les araignées sont de retour.
Mais contre elles, que faire ? Les détruire toutes, au risque d’anéantir l’humanité elle-même dans une gigantesque explosion nucléaire ? Ou se laisser dévorer en attendant de trouver une solution scientifique et vraiment efficace ? Mourir ou mourir : il est des dilemmes plus rassurants.
Mais le monde est au bord de l’apocalypse et l’hésitation n’est plus de mise. L’heure de l’affrontement final a sonné. Face à ce monstrueux Jugement dernier en chair et en pattes, la civilisation trouvera-t-elle les ressources qui lui permettront de survivre ? S’enferrera-t-elle encore dans les conflits qui sans cesse la minent ? Saura-t-elle se transcender pour échapper à la double menace de destruction qui pèse sur elle ?
Dans cet ultime volet de sa trilogie à huit pattes, Ezekiel Boone peint le portrait halluciné d’une humanité aux prises avec ses propres démons et d’autres, rampants, qu’elle n’imaginait pas dans ses pires cauchemars.

Mon ressenti :

Après l'usage du protocole espagnol pour stopper l'invasion arachnide sur le sol américain, transformant le pays en petits îlots isolés, la Présidente des Etats Unis se laisse tenter par les militaires pour vitrifier les principales villes infectées. Résultat : plus d'une trentaine de grandes villes disparaissent du paysage américain. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin et ne pas pratiquer la politique de la terre brulée. Les bas du front ne rêvent que d'atomiser le reste.
Nous voilà de plein pied dans la politique et les enjeux de pouvoirs entre civils et militaires. Pendant ce temps, certains profitent du chaos pour établir de petites cités états, sous la menace mercenaire ou via la religion. Pendant ce temps, la menace arachnide se propage et évolue.

Une première moitié prenante qui nous emmène dans les étages où des hommes doivent décider d'appuyer sur un bouton, ou pas, comment appuyer alors que cela signe la mort de votre famille et amis ? Et à qui obéir ? Suivre le commandement civil ou militaire. On explore les les enjeux éthiques des décisions politiques et ce que veux dire obéir aux ordres, alors que des vies sont en jeu.
Pour l'anecdote, une petite histoire, bien réelle, qui failli transformer notre bonne vielle terre en territoire radioactif : le 26 septembre 1983, Stanislav Petrov, l'officier chargé d'appuyer sur le bouton russe, décida de ne rien faire, alors qu'une attaque nucléaire américaine était détecté. Plus d'infos ici

le boulot le plus important du monde ! consistait principalement à rester dans son box à tuer le temps en attendant de quitter le service, sachant qu’on ne vous demanderait jamais de faire ce que vous aviez été entraîné à faire.
Jusqu’à ce que, tout d’un coup, on vous demande de le faire.


Puis, dernier tome oblige, il faut bien conclure l'ensemble. Bien est une façon de parler, car c'est ici que la trilogie prend du plomb dans l'aile. Je ne sais pas si l'auteur devait partir en vacances, si ce sont ses enfants qui ont décidé de conclure l'histoire, mais une chose est certaine, il en fait trop, la crédibilité en prend pour son grade et on nage de plus en plus vers le grand guignol, le nanar hollywoodien.
Dommage car l'ensemble était de bonne tenue, un divertissement légèrement horrifique qui m'a embarqué avec lui durant 900 pages, les cent dernières ne servant qu'à faire effondrer le chateau de cartes.

Et puis, un roman qui vous donne l'eau à la bouche, ce n'est pas tous les jours que l'on en croise :


Aux États-Unis, ce serait sans doute un genre de resto branché qui se présenterait lui-même comme servant de la street food. Ce soir, il avait commandé un sanguche de chicharrón : un sandwich au porc croustillant avec de la sauce, des oignons et de la coriandre, accompagné de riz et de haricots.
[...] Le pain était léger et moelleux, le porc, croustillant et chaud, et la sauce coula sur sa main et son poignet quand il croqua la première bouchée. Bon Dieu, pensa-t-il, c’est le meilleur sandwich du monde. Maintenant qu’il avait mangé ce sandwich, il pouvait mourir heureux.
S'agissant du dernier tome d'une trilogie, Eclosion pouvait se lire de manière indépendante, ce n'est plus le cas ici, il faudra vous plonger avant dans Infestation, mais autant tout lire, quitte à oublier les dernières centaines de pages.

Quelques citations :


Et puis, honnêtement, quand on aura sauvé le monde, on sera des héros. On fera une cérémonie en notre honneur, avec plein de monde et des médailles comme à la fin du premier Star Wars.
— Le premier Star Wars, tu veux dire le vieux, ou l’épisode un ?
Gordo ne put pas s’empêcher de lancer un regard noir à Teddie :
— Le premier Star Wars. Le premier Star Wars, ce sera toujours l’épisode 4 : Un nouvel espoir.

Il n’avait jamais aimé Pilgrim. Ne lui avait jamais fait confiance. Il aurait probablement admis qu’il y avait une part de vérité dans les accusations de misogynie. Il était de la vieille école et assez vieux pour que l’idée de femmes exerçant des responsabilités et allant au combat lui reste un peu en travers de la gorge. Il voulait bien accepter que le monde change, mais recevoir des ordres d’une femme président… Non, ce n’était pas vraiment ça, le problème. C’était qu’elle soit cent pour cent civile. Il comprenait que la diplomatie l’emporte parfois sur la force militaire, mais la manière douce n’était pas toujours la solution. Parfois, la seule chose que les gens étaient en mesure de comprendre, c’était un bon vieux coup de pied au cul et pour ça, l’armée américaine était douée.


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Infestation

août 19, 2019

Ezechiel Boone, Alexi Zentner, Actes Sud, 2018, 368 p., 16€ epub avec DRM



Pâques est en avance, la chasse aux oeufs est lancée.
Attention cependant, si vous en oubliez un, vous êtes mort !

Présentation de l'éditeur :

Il y a d’abord eu la nuée noire qui a englouti un homme, les irrégularités sismiques qui ont intrigué les scienti­fiques en Inde, la bombe atomique que la Chine a, de façon incompréhensible, lancée sur son propre territoire. Puis le laboratoire de la zoologue Melanie Guyer a reçu un colis contenant un mystérieux sac d’oeufs. Personne ne se doutait encore que, du jour au lendemain, la Terre serait consumée par des araignées tueuses en sommeil depuis des millénaires.
Très vite, Los Angeles n’est plus qu’un champ de ruines. New Delhi, une rumeur. Quant à Paris… Ravalée au rang de simple maillon dans une chaîne alimentaire dominée par le plus puissant prédateur que la nature ait connu, l’humanité semble avoir rejoint le contingent des espèces en voie de disparition.
Malgré l’ampleur des dégâts, politiques, scientifiques, survivalistes, bons pères de famille, tous tentent de s’or­ganiser pour lutter contre la menace. Quand, soudain, contre toute attente, les araignées semblent se retirer et mourir. L’humanité serait-elle sauvée ? N’y aurait-il plus qu’à panser les plaies du plus grand fléau de l’histoire ?

Mon ressenti :



Après l'arachnocaplypse, le monde retrouve un second souffle, les araignées ayant décidé de mourir aussi vite qu'elles n'étaient apparues. Mais certains pensent que l'invasion ne fait que commencer...
On reprends les mêmes ingrédients ici : point de vue choral et international, nous retrouvons les personnages du tome 1.
L’action est un peu moins présente car nous suivons les pistes du nettoyage des oeufs disséminés à travers le monde. Une intrigue plus politique aussi, nous sommes dans les pas de la présidente des Etats Unis tentant de sauvegarder l’intérêt national. Mais le commandement militaire préférerait de loin faire mumuse avec l’arsenal nucléaire, les zones de confinements ayant montrer leur limite. Les soldats suivent les ordres : protéger la population, c'est cette dernière qui devient l'ennemie invisible, avec peut être cacher dans leur corps, des sacs d'oeufs près à éclore. Que faire ?
Les citoyens étant livré à eux mêmes, certains en profitent pour montrer leurs vrais visages.
Les derniers chapitres renouent avec l'action horrifique, la sourde menace éclatant nous donne quelques belles scènes effrayantes, les araignées aimant bien manger de la chair fraiche. Et c'est peu dire qu'elles connaissent le moyen de conserver la nourriture...
L'auteur essaime toujours quelques pastilles d’humour, de légèreté, s'amuse même des théories du complot, comme pour son explication sur la disparition des dinosaures.

Un post apocalyptique toujours aussi entrainant qui interroge sur la prise de décision politique.
Pas besoin nécessairement de lire le tome 1 pour entamer ce tome 2, l'auteur étant un brave gars, il vous fait un bon résumé de l'épisode précédent disséminé à travers les différents chapitre. De même pour Actes Sud dans sa quatrième de couverture.
Avec Infestation, petit changement, il vous sera nécessaire d'enchainer avec Destruction pour connaitre le fin mot de l'histoire. Et il va sans dire que je me suis lancée dans sa lecture dès la dernière page tournée.


Mon avis
A venir







Quelques citations :


Nous avons considéré la situation de manière trop simpliste. Il faut adopter une approche latérale. Bien sûr, si nous avions su littéralement que cette espèce existait, nous aurions essayé de nous y préparer. Des araignées qui se reproduisent si vite, qui se servent d’humains pour transporter leurs œufs, qui peuvent blanchir les os d’un homme en moins de quinze secondes, et éclosent par millions ? Ouais, je me doute que le gouvernement se serait préparé si nous avions su à quoi nous attendre. Vous n’avez pas un plan B en cas d’invasion extraterrestre, nom de Dieu ?
— Sept, répondit Manny.
— Quoi ?
— En fait, sept, ajouta-t-il. Sept plans B différents pour les invasions extraterrestres en fonction du genre d’extraterrestres et de la façon dont ils se présentent et, oh, laisse tomber. Aucune importance. Continue.

Pourquoi tant de gens ont peur des araignées ? Il y a un certain nombre d’araignées venimeuses, mais la probabilité qu’un humain meure à cause d’une morsure d’araignées est très faible. Il y a plus de gens tués par des vaches que par des araignées chaque année aux États-Unis. La faucheuse ? Toxique comme pas deux, mais une faucheuse ne peut même pas mordre un humain.
En réalité, la probabilité pour qu’un être humain soit tué ou blessé par une araignée est si faible que le nombre significatif d’araignées venimeuses pourrait tout aussi bien être nul. Et pourtant, la plupart des gens en ont une peur bleue. Je pense qu’il y a une raison. Du coin de l’œil, vous voyez un truc dégoûtant qui rampe et alors, ce n’est pas la partie de votre cerveau qui parle au téléphone, commande des sushis, surfe sur Internet qui réagit. C’est ce petit morceau gris qui est un vestige évolutionnaire de l’époque où taper deux pierres l’une contre l’autre était un exploit scientifique. C’est cette partie de notre cerveau qui crie.

Je voyais bien que le désastre était imminent et, même si je n’avais pas prévu que ce serait une attaque d’araignées, j’avais raison sur la fin du monde. Mais maintenant qu’on est vraiment en train de la vivre, malgré tout ce à quoi j’ai pensé, tout ce que j’ai prévu, ce n’est pas comme je l’imaginais, dit-il. Je ne veux pas me cacher sous terre et sortir la tête dehors dans quelques années pour voir comment le reste du monde s’en est tiré. Ça n’a aucun intérêt. Je me disais que survivre à la fin du monde, ce serait la grande aventure. Mais non. C’est chiant. Chiant, chiant à mourir.

Tous ceux qui en avaient les moyens avaient déjà quitté Los Angeles. La ville n’était pas un refuge, elle ne l’avait jamais été. Malgré les bombardements de l’armée de l’air qui détruisaient les ponts et les échangeurs, rendant les autoroutes impraticables, ceux qui avaient pu sortir n’avaient pas hésité, contournant dans leur pick-up les ruines d’autoroutes, échangeant tout leur argent liquide et leurs bijoux contre une place sur un bateau bondé.
Dans un cas au moins, un cas d’une délicieuse ironie, un fervent militant anti-immigration avait crevé en essayant de franchir une route détruite par les bombes, avant de décider de faire le reste du trajet à pied et de mourir finalement de soif en approchant de la frontière mexicaine, une trentaine d’heures plus tard.

Silo 2 - Origines

août 14, 2019

Hugh Howey, Le livre de poche, Actes Sud, 2014, 576 p., 10€ epub sans DRM


Si long Silo.

Présentation de l'éditeur :

En 2049, le monde est encore tel que nous le connaissons, mais le temps est compté. Seuls quelques potentats savent ce que l'avenir réserve. Ils s'y préparent. Ils essaient de nous en protéger. Ils vont nous engager sur une voie sans retour. Une voie qui mènera à la destruction ; une voie qui nous conduira sous terre.
L'histoire du silo est sur le point de débuter. Notre avenir commence demain.


Mon ressenti :

Le premier tome vous a laissé sur votre faim ? Vous en vouliez plus ? Connaitre les origines de ces silos ?
Hugh Howey est un auteur sympathique, il a pensé à vous en sortant le préquel, c'est à dire tout pour savoir comment Jules/Juliette s'est retrouvé enfermé dans le Silo 18, comment Solo a passé une bonne partie de sa vie isolé. Et surtout, la grande question : pourquoi les silos ?

Alors on entame les premières pages avec avidité, et le soufflet tombe malheureusement assez vite. Le roman est découpé en trois parties, et il faudra attendre le dernière pour en savoir plus sur les évènements du tome 1. Les autres parties nous emmènent dans les pas de l'architecte du Silo, un jeune député naïf qui va se trouver au centre d'une machination apocalyptique. Au centre, mais pas au coeur ! Et c'est ici que le bât blesse. Ayant une vision parcellaire de la situation, on se ballade en compagnie de Donald pour tenter de comprendre comment la situation a pu dégénérer. Bref, l'auteur nous ballade en tirant à la ligne, ses personnages subissant comme le lecteur les événements, ou pour le dire autrement nous envoie de mission en mission comme le jeune livreur. Et tome 3 oblige, beaucoup de choses garderont leur secret. 

Tout n'est pas que noir, la dernière partie permet de retrouver les personnages du premier tome, et les pages commencent à se tourner avec envie. C'est surtout l'histoire de Solo qui nous sera contée, sa métamorphose d'un gamin prénommé Jimmy qui suit le cours des événements sans se questionner sur son monde, à la triste désillusion de la réalité, de son isolement.

La mécanique est la même que pour le tome 1 : des chapitres courts ponctués de cliffhanger, des  points de vue multiples et, petite nouveauté, une narration sur plusieurs périodes. Le principal défaut est que l'auteur tourne autour de son sujet, sans nous dévoiler beaucoup de choses : on s’ennuie ferme. En outre, le point de départ, le comment tout cela a pu arrivé m'a tout de même semblé tirer par les cheveux.
Je lirai tout de même le dernier tome, pour connaitre le but ultime du Silo, mais la niaque n'est plus présente.


Silo, c'est aussi une aventure éditoriale et un auteur atypique. Pour tout savoir, écouter La méthode scientifique :

Grand entretien avec Hugh Howey

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/grand-entretien-avec-hugh-howey
La méthode scientifique du 27 juin 2019
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Pour conclure cette troisième saison, nous avons mis les petits plats dans les grands. En cette avant-dernière émission, nous partons au bout du monde pour retrouver celui qui a été tour à tour réparateur d’ordinateur, skipper, capitaine de yacht, puis commis dans une librairie universitaire. Il publie ses premiers romans sans grand succès, puis décide de publier ses nouvelles directement en ligne et d’un coup, c’est le grand emballement. Une nouvelle, deux, trois, les lecteurs se les arrachent, Hollywood se précipite. Il est avec nous sur son voilier depuis les îles Fidji. Hugh Howey, auteur de la trilogie Silo est notre grand invité de SF de cette fin de saison.
Une heure avec Hugh Howey : c’est le programme de luxe qui est le nôtre pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.


Mon avis

Mon avis


Quelques citations : 


Tout était fait en respect du protocole. Ils pouvaient faire confiance au système – il était conçu pour fonctionner pratiquement tout seul. Il fallait simplement que chacun fasse son travail et laisse les autres s’occuper du reste.

— Non. Je suis simplement en train de te dire que tu regardes trop de films de science-fiction. Je me demande même pourquoi toutes ces grosses têtes rêvent de coloniser une autre planète. Tu as une idée de ce que ça coûterait ? Non, c’est ridicule. Absolument pas rentable.
Donald haussa les épaules. Il ne trouvait pas ça ridicule. Il reboucha sa bouteille.
— C’est dans notre nature de rêver de grands espaces, dit-il. De trouver un endroit où prospérer. N’est-ce pas comme ça que nous nous sommes retrouvés ici ?
— Ici, en Amérique ?
Le sénateur rit.
— On n’est pas venus ici pour les grands espaces. On a infecté tout un peuple avec nos maladies, on les a tués et là, on a eu de la place.




Si chacun faisait en sorte de ne plus avoir besoin des autres, comment était-ce censé les aider à s’entendre ?

Donald, lui, commençait à comprendre que l’humanité avait frôlé l’extinction à cause de la folie de quelques hommes au pouvoir se suivant les uns les autres, chacun pensant que les autres savaient où ils allaient.

Eclosion

août 12, 2019
 

Ezechiel Boone, Alexi Zentner, Actes Sud, 2018, 368 p., 16€ epub avec DRM



L'apocalypse zombies, c'est cool, mais l'arachnocalypse, c'est top.

Présentation de l'éditeur :


Au cœur de la jungle péruvienne, une étrange et menaçante masse noire s’abat sur un groupe de touristes amé­ricains en excursion. Et les dévore vivants. Dans le Nord des États-Unis, un agent du FBI enquête sur le mysté­rieux crash de l’avion d’un milliardaire. Un peu partout dans le monde, des phénomènes anormaux et inexpli­qués se produisent. Jusqu’à ce qu’une bombe nucléaire explose en Chine, transformant tout l’Ouest du pays en un vaste champ de ruines atomiques.
Que contient ce colis en provenance d’Amérique du Sud, qu’une scientifique renommée, spécialiste des araignées, vient de recevoir ? Est-ce là, à l’intérieur de ce fossile qui semble lutter pour revenir à la vie après un sommeil de plusieurs milliers d’années, que se trouve la clef de l’énigme ?



Mon ressenti :


Cela commence comme Indiana Jones : nous sommes au Pérou, près des géoglyphes, un milliardaire, flanqué de ses mannequins, de son bodyguard et d'un guide, doit marquer des pauses régulières afin de soulager ses intestins. Alors qu'il s'écarte du sentier, ses compagnons vont faire une rencontre qui va mettre un terme douloureux à leurs vies. Le riche prend ses jambes à son cou pour sauter dans son jet privé pour rejoindre les Etats Unis. Mais...

Sur un pitch assez improbable, une invasion d'araignées tueuses qui n'est pas sans rappeler quelques nanars, l'auteur réussit à faire prendre la mayonnaise. A travers de nombreux personnages, du troufion de base à la présidente des Etats Unis en passant par un agent du FBI ou une scientifique,
Ezechiel Boone brosse le désastre internationale de cette nuée arachnide qui ravage tout sur son passage.
L'action est présente, mais l'auteur n'oublie pas ses personnages en s'attardant sur leur vie durant quelques pages. Ils prennent dès lors de l'épaisseur et échappent au manichéisme. Plus jouissif, et assez étonnant au vue du divertissement formaté, il n'hésite pas à s'en prendre régulièrement aux racistes, survivalistes ou suprématistes blancs. Il met à la tête des Etats Unis une femme forte, nous parle d'homosexualité dans l'armée et la société. Bref, les fachos et patriotes en prennent pour leur grade via un humour parfois noir. 
L'horreur est parfois présente dans certaines scènes, les détails sur l'éclosion d'araignées au sein d'un être humain n'auront plus de secrets pour vous.

Un roman simple mais addictif grâce au point de vue choral, aux chapitres courts et aux cliffhangers multiples. Je me suis jeté sur sa suite et j'entame le dernier tome ! Une trilogie qui peut cependant se lire de manière indépendante.

Encore plus étonnant, la quatrième de couverture, pourtant signée Actes Sud ne contient pas de spoil ! Reste un prix élevé et des DRM, mais cette trilogie est disponible même dans les petites médiathèques numériques.

Ce roman a obtenu le prix Masterton 2019 qui récompense chaque année des textes à caractère d'horreur ou de fantastique.


Mon avis

A venir

Quelques citations :


Il exclut immédiatement tous les endroits occupés par des survivalistes animés par une idéologie qu’Amy et lui trouvaient répugnante, comme les suprémacistes blancs qui parsemaient les montagnes, ou pire : les hippies, les véganes, les pacifistes, les survivalistes écolos qui construisaient des abris avec des matériaux recyclables et refusaient de stocker même les armes les plus rudimentaires pour assurer leur défense.
[...] Il savait qu’il fallait être un peu dérangé pour venir préparer la fin du monde à Desperation en Californie et y construire un abri, mais il y avait un monde entre le brin de folie qu’il partageait avec Shotgun et la folie furieuse de certains survivalistes. La plupart d’entre eux vivaient dans un monde où le gouvernement était toujours sur le point de nous réduire tous en esclavage, où il fallait se tenir constamment prêt à une conspiration mondiale manigancée par les Juifs, un complot des Noirs, une invasion des Chinois ou un attentat terroriste de plus. Certains étaient racistes, antisémites ou paranos, mais la plupart étaient tout simplement complètement tarés.

Melanie n’avait jamais compris la panique que ressentaient les gens à cause des araignées. Qu’est-ce qui faisait qu’ils en avaient tellement peur ? Leurs huit pattes, chaque membre étant séparé de l’araignée tout en faisant partie d’elle ? Ou les poils, comme sur les araignées plus grosses ? Est-ce que c’était le fait de voir quelque chose d’aussi familier que des poils sur quelque chose d’aussi étrange qu’une araignée qui faisait perdre la tête aux gens ? Même si on savait que la sous-espèce des Mygalomorphae, dont font partie les tarentules, possédait des poils urticants, ce n’était pas vraiment comme si les poils urticants étaient une menace pour l’humanité. Au pire, ils causaient une légère irritation. Et les rares espèces en mesure de blesser ou de tuer un être humain n’étaient pas toujours celles qui faisaient le plus peur aux gens. Pour Melanie, rien de tout cela n’avait le moindre sens. Les morsures de chiens envoyaient environ un million de personnes par an aux urgences mais, franchement, les araignées – à moins qu’une recluse brune ne vous morde, ce qui était quand même sacrément rare – ne font rien de plus que réguler le nombre de moustiques sur terre.


Silo

juillet 25, 2019

 Hugh Howey, Le livre de poche, Actes Sud, 2013, 560 p., 10€ epub sans DRM


Êtes vous Taupe ou Oiseau ?
L'été, c'est la saison des tests pour connaitre votre moi intérieur.
Alors, pour savoir si vous êtes du style casanier ou explorateur;
Pour savoir si vous avez la fibre Révolutionnaire, ou si vous préférez le style Dictateur;
Pour savoir si vous êtes Mouton ou Berger;
Passez le test du Silo.

Présentation de l'éditeur :


Dans un futur indéterminé, des survivants vivent depuis plusieurs générations dans un immense silo creusé dans la terre, à l’abri d'une atmosphère devenue toxique. Seul un immense écran relayant les images filmées par des caméras les relie au monde extérieur. Lorsque cette société bannit l’un des siens, il est envoyé dehors, vers une mort certaine, et pourtant, tous sans exception vont, avant de mourir, nettoyer les capteurs des caméras. Pourquoi ?


Mon ressenti :


Un homme, le shérif des lieux, s'enferme en prison. La raison ? Il veut sortir nettoyer des caméras !
Une première partie qui ouvre à pleins de mystères : Où sont tous ces gens ? Pourquoi la loi prohibe le fait de vouloir sortir ? Quelle est cette peine du nettoyage des caméras ? Des questions qui vont rapidement trouver leurs réponses, qui apporteront elles aussi leur lots de questions.

Un huis-clos dans une atmosphère claustrophobe, un post-apocalyptique dystopique qui m'a fait penser à l'atmosphère de la série Métro de Dmitry Glukhovsky, en moins politique.   
L'auteur dévoile peu à peu les clés de sa société, ses us et coutumes. ses étages et aussi son histoire, parcellaire. Nous allons suivre quelques personnages qui vont nous faire découvrir ce fameux Silo. J'ai beaucoup aimé les Ombres, de jeunes apprentis qui se mouvent dans l'ombre de leur Maitre pour apprendre leur sacerdoce futur, car dans cette société en vase clos, la redondance est la clé de la survie. Dans cette société très codifié, certains préfèrent rester dans leur quotidien, et d'autres qui préfèrent explorer, s'aventurer hors des sentiers battus. Des héroïnes fortes, un questionnement politique autour du fonctionnement d'une société, des chapitres courts et nombreux (82), des points de vue multiples font que cela se lit très rapidement.
Les sujets abordés sont nombreux : la stratification et reproduction sociale, avec pour seule récompense la mobilité dans les étages; les conséquences du pouvoir, avec la censure de l'information...
Pour celles et ceux qui n'aiment pas trop le côté sombre du post-apo, Silo pourrait vous plaire, l'auteur préférant l'optimisme au désespoir.


Quelques bémols tout de même : les personnages sont assez binaires, quelques grosses ficelles sont présentes, des hasards heureux, une petite guimauve sentimentale, des sujets largement déjà explorés dans les romans de SF, une pratique abusive du cliffhanger liée au changement de point de vues font que cela reste très formaté pour plaire au plus grand nombre. 
En outre, malgré un nombre de pages conséquent, nous apprendront peu sur les raisons qui ont amenés à l'enfermement d'une partie de la population. Et pour cela, il faudra lire les deux autres tomes, un préquel et la suite.
Mais ne crachons pas dans la soupe, ne jetons pas bébé avec l'eau du bain, ne poussons pas mémé dans les orties, cela reste un très bon divertissement qui se lit d'une traite.


Blackwolf est moyennement convaincu, Zina a pris beaucoup de plaisir, tout comme Xapur qui a trouvé sa lecture agréable, tandis que Lune a éprouver des difficultés à le lâcher. Bref, l'essentiel y est conclue Lorhkan. Lekarr76 ne voulait pas le lire, mais il l'a lu !


Silo, c'est aussi une aventure éditoriale et un auteur atypique. Pour tout savoir, écouter La méthode scientifique :

Grand entretien avec Hugh Howey

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/grand-entretien-avec-hugh-howey
La méthode scientifique du 27 juin 2019
Lien direct (enregistrer sous)

Pour conclure cette troisième saison, nous avons mis les petits plats dans les grands. En cette avant-dernière émission, nous partons au bout du monde pour retrouver celui qui a été tour à tour réparateur d’ordinateur, skipper, capitaine de yacht, puis commis dans une librairie universitaire. Il publie ses premiers romans sans grand succès, puis décide de publier ses nouvelles directement en ligne et d’un coup, c’est le grand emballement. Une nouvelle, deux, trois, les lecteurs se les arrachent, Hollywood se précipite. Il est avec nous sur son voilier depuis les îles Fidji. Hugh Howey, auteur de la trilogie Silo est notre grand invité de SF de cette fin de saison.
Une heure avec Hugh Howey : c’est le programme de luxe qui est le nôtre pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.


Mon avis
Mon avis


Quelques citations :


Même dans l’obscurité, son sourire projetait des ombres.

C’était trop facile de réagir à la colère immédiate qui s’apaisait à coups de canon. Pour écarter le risque d’extinction, il fallait autre chose, une vision, et une patience infinie.

Holston sentait les vibrations dans la rampe luisante, polie jusqu’au métal. Ça l’avait toujours ébahi : comment des siècles de paumes nues et de semelles traînantes pouvaient éroder l’acier massif. Une molécule après l’autre, supposait-il.

Le monde qui l’entourait était stratifié. C’était de plus en plus clair à ses yeux. Le haut ne se souciait que de la vue qui se brouillait et tenait pour acquis le jus pressé du petit-déjeuner. Pour les gens qui vivaient au-dessous et travaillaient dans les jardins ou nettoyaient des cages d’animaux, tout tournait autour de leur monde de terre, de verdure et d’engrais. Pour eux, la vue du monde extérieur était périphérique, on l’oubliait jusqu’au prochain nettoyage. Et puis il y avait le fond, les ateliers d’usinage et les laboratoires chimiques, le pompage du pétrole et le roulement des engrenages, le monde concret des ongles enluminés de cambouis et le parfum musqué du labeur. Pour ces gens-là, le monde extérieur et la nourriture qui s’écoulait lentement jusqu’à eux n’étaient que des rumeurs et un moyen de subsistance. Pour eux, le silo était là pour permettre aux gens de faire tourner les machines, alors que, sa vie entière, Jahns avait pensé exactement le contraire.

La mort immortelle

janvier 09, 2019

Liu Cixin, Actes Sud, 2017, 816 p., 20€ epub avec DRM




La civilisation humaine n’était encore qu’une enfant.
Elle avait entrouvert la porte de sa maison pour jeter un regard vers l’extérieur,
mais elle avait été terrorisée par la nuit sans fin qui régnait au-dehors.
Devant l’immensité et la profondeur de ces ténèbres,
elle avait frissonné,
et avait rapidement refermé la porte.

Ça vous dit une petite ballade dans l'univers sur quelques éons ?
Et au bout du voyage, la réponse à la grande question sur la vie, l’univers et le reste que je vous dévoile sans tralala : pourquoi ce titre à la con ?

Présentation de l'éditeur :


Un demi-siècle après l’Ultime Bataille, l’équilibre précaire dû à la dissuasion de la forêt sombre continue de maintenir les envahisseurs trisolariens à distance. La Terre jouit d’une prospérité sans précédent grâce au transfert des connaissances et des technologies trisolariennes. La science humaine connaît des progrès pour ainsi dire quotidiens, les Trisolariens découvrent avec fascination la culture humaine et l’espoir grandit que les deux civilisations puissent bientôt coexister pacifiquement sans la terrible menace d’une annihilation réciproque. Mais lorsqu’une ingénieure en aéronautique originaire du début du xxie siècle sort de son hibernation, elle réveille avec elle le souvenir d’un programme qui menace cet équilibre. Bientôt, l’humanité aura à faire un choix : partir à la conquête d’autres univers ou mourir dans son berceau.

La Nuit étoilée - Vincent van Gogh


Mon ressenti :


Liu Cixin nous ayant très gentiment éviter le gros cliffhanger à la fin du tome 2, l'enjeu en début de cette mort immortelle (il me tue ce titre) était assez vague. L'auteur nous prend à contrepied en nous transportant en 1453, durant la chute de Constantinople.
Après cette interlude, l'auteur nous reprend à rebrousse poil en nous narrant les aventures des précédents tomes d'un autre point de vue. La ligne politique paraissait assez claire lors des premiers évènements mais voyons y de plus près. Liu Cixin nous montre le cynisme des dirigeants, qui sous prétexte d'empathie se servent des populations à leur guise. La démonstration est sans bavure a travers l'histoire d'un petit scientifique solitaire déclarant secrètement sa flamme. C'est magnifique de cruauté.
Autant les deux précédents tomes péchés par une certaine froideur dans l'histoire et les personnages, ici les premières pages sont clairement d'un autre style.
L'intrigue principal va se concentrer sur une astrophysicienne, Cheng Xin et son compatriote Luo Ji.
La psychologie des uns et des autres est plus fine et permet de mieux cerner qui est qui, malheureusement vers la fin, les personnages redeviennent plus caricaturaux, voir un peu benêt.

Récit sur plusieurs siècles, cela permet une vue d'ensemble des progrès  - ou non - sociétal, économique et scientifique. Mais cela donne aussi un écueil, celui de la répétition : hibernation réveil présentation du nouveau monde lancement de l'intrigue et re-hibernation. Bref, cela casse le rythme et donne parfois l'impression que l'histoire n'avance pas.
Autre écueil, l'auteur nous a habitué à nous balancer des indices incompréhensibles pour les positionner plus tard dans son puzzle. Au tome 3, l'effet de surprise ne joue pas et il faut attendre la révélation.

Ceci dit, son récit crépusculaire sur une éternité de temps permet un émerveillement scientifique, permet de jouer sur tous les registres de la SF, entre utopie, dystopie, avancées majeures. La métaphore se joue à tous les niveaux, individuels, mondiales et universelles. C'est grand, c'est immense, c'est prodigieux. Le tout en continuant de nous parler de l'instant présent, de notre humanité, de notre perception des événements, à travers le prisme de l'Histoire, et de ses revirements.
C'est clairement le tome que j'ai le plus apprécié. Et malgré le tragique de l'ensemble, la dernière page tournée, c'est bien un sentiment d'espérance qui prédomine, le sombre se fait lumineux.

Difficile de ne pas parler du titre La mort immortelle. Titre qui a eu des vertus assez positives car il m'a fait étrangement penser à un épisode de Kaamelott, Le poème :
Et ben c'est nul. Nul, nul, nul, zéro.
« L’arbre moqueur », déjà ; ils peuvent pas s’empêcher de foutre des épithètes à tout ce qui bouge, ces poètes, même à ce qui bouge pas !
« La fleur goguenarde »,
« L’abeille malicieuse »,
« Le roseau pliable »,
« L’ourson rabat-joie ».
Et même, des fois, ils le mettent avant le mot, comme ça, ça fait genre !
«Le gai souriceau »,
« Le prompt madrigal »,
« La frisottée moustache » !

Si vous voulez connaitre le pourquoi de ce titre, allez faire un tour sur le site du traducteur
http://gwennaelgaffric.blogspot.com/2018/10/parution-de-la-mort-immortelle.html
 (référence trouvé sur le site de Gromovar


La mort n'a laissé aucun souvenir désagréable à Anudar, à même captiver Maman et à donner un avenir plausible à BlackWolf




Quelques citations : 


Comme tous ceux qui avaient étudié la navigation spatiale, Yun Tianming était terrifié par l’espace. Plus que quiconque, il connaissait ses dangers, il savait que l’enfer ne se trouvait pas sous terre mais dans le ciel.

Pourquoi un meurtrier était-il passible de peine capitale ? Réponse : parce qu’il avait tué. Mais ce n’est qu’une réponse parmi d’autres. On pourrait aussi répondre : parce qu’il avait tué trop peu. Le meurtre d’un individu vous valait la peine de mort, et c’était la même chose si vous en tuiez deux, ou des dizaines. Tuez des milliers, et vous étiez condamné à des milliers de sentences capitales. Plus encore, des centaines de milliers ? Bien entendu, encore la peine capitale. Mais pour ceux qui connaissent un peu l’histoire, la réponse devient maintenant moins évidente… Et en allant encore plus loin : si le meurtrier tuait des millions de gens ? Eh bien, il n’était pas condamné à mort, pas même puni. Si vous refusez de me croire, vous n’avez qu’à relire vos manuels d’histoire : ces criminels à l’origine de la mort de millions de gens étaient appelés héros ou grands hommes ! Et si le meurtrier détruisait un monde entier, ôtant d’un seul coup la vie de tous ses habitants ? Eh bien, on faisait de lui le sauveur du monde !

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