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L'équateur d'Einstein

mars 24, 2022

Liu Cixin, Actes Sud, 2022, 576 p., 19€ epub

 
Liu Cixin trace sa
ligne imaginaire

Présentation de l'éditeur :

Porte-étendard incontesté de la science-fiction chinoise, Liu Cixin apparaît dans ses textes courts comme un maître de la dramaturgie cosmique en même temps qu’un écrivain profondément humaniste. Qu’il mette en scène une inversion du temps, revisite de façon très vernienne le voyage au centre de la Terre, interroge les conséquences d’une miniaturisation des êtres humains ou imagine l'application météorologique de la théorie du chaos pour stopper les guerres, Liu Cixin ne cesse d’explorer et de distordre avec profondeur et inventivité les mystères les plus insondables de la science.
Dans cette édition complète de ses nouvelles qui comptera un second volume, l’auteur de la trilogie du Problème à trois corps démontre comment, dès ses premiers récits et en quelques pages seulement, il parvient à créer des mondes complexes et passionnants. Toujours empreintes d’une réflexion mélancolique — et souvent humoristique — sur le sens de la vie et l’avenir de la Terre, les nouvelles et novellas de Liu Cixin rappellent avec une posture parfois presque taoïste l’insignifiance des existences et des actions humaines dans le cours ordonné (ou chaotique ?) de l’Univers.

 

Mon ressenti :

Lorsque je vois le nom d'Actes Sud sur une couverture, mon premier réflexe est de ne pas lire la quatrième de couverture. Comme il s'agit ici d'un recueil de 17 textes, divulgacher serait presque impossible, une oeuvre d'art post-moderne, mais à l'impossible Actes Sud n'est tenue ! (spoil : vous pouvez le lire, YEAH)
Seconde chose, je sais que je vais raquer le prix fort : 19€ pour du numérique, ça fait mal au fondement, fut-il d'Einstein. Mais pour ce prix désormais, plus de DRM, on salue l'effort.

17 textes donc datant de... De quelles années au fait ? Alors il faut un peu fouiller pour trouver l'info, mais dans les mentions d'édition, on remarque un 1999-2022. Quel est la date du premier, du dernier ? Est ce un ordre chronologique ?
Comme en outre il s'agit du premier des recueils qui devraient sortir, la réponse pourrait être intéressante, mais la réponse ne se trouve pas dans ce recueil. Aucun paratexte non plus, bref, du grand format comme les lecteurs n'en veulent plus.

Edit du 25 mars 2022 : le traducteur Gwennaël Gaffric a eu la gentillesse via FB de me donner les dates pour chaque texte. Cela a du lui prendre une minute pour me coller l'info et une minute pour que je la colle moi même dans ce billet. Total : 2mn de boulot. Conclusion : je pense qu'Actes Sud auraient pu en faire autant !
Je parle rarement des traducteurs dans mes billets, car je ne vois, ni ne réalise pleinement leur travail derrière. Mais si je lis un texte et que l'écriture est fluide, belle, je sais qui il faut remercier.

Passons sur ces frivolités, et voyons ce que cet équateur nous offre à part ce titre intriguant.
En SF, c'est le réalisme qui prévaut je pense aujourd'hui, fini les textes des années folles où on faisait feu de tout bois, ou seul l'imagination était la limite.
Liu Cixin n'est, je pense, pas de cet avis car de nombreux textes prennent pour cadre l'irréalisme mais avec un traitement réaliste. Parfois cela fonctionne à merveille, activant le sense of wonder, la pilule euphorisante des lecteurs de SF. Parfois, la suspension de crédulité demande plus d'effort ou tombe carrément en panne.

Qu'est ce que j'en ai pensé ? Pas le vertige que j'attendais. Pourquoi ? En partie pour ce que je disais deux lignes plus haut, mais aussi pour autre chose que je n'arrive pas à mettre la main dessus. L'auteur a un traitement différent de bien des sujets et une façon particulière de créer son univers. Donc cela a été pour moi une lecture autre à celle que je m'attendais. Comme c'est de la SF, l'autre, c'est très bien aussi.

J'en parlais il y a quelques jours sur Twitter et Le maki me résumait ce qu'était pour lui Liu Cixin :

De la SF chinoise vertigineuse qui pousse (trop) loin
L'amour des sciences, de l'exploration et des découvertes.
Un mélange de modernisme et de traditions.
Le respect des "petites gens"

Et il a parfaitement raison.
Lune complétait par un

Liu Cixin est taré et très humain, et beaucoup trop misogyne.
J'aime son écriture et le vertige qu'elle me procure malgré tous ses défauts.

que je partage aussi.

Petit tour d'horizon des différents textes

Le chant de la baleine (1999)
Une nouvelle courte qui m'a fait penser au merveilleux scientifique et aussi à Vernes. Plaisant. Un trafiquant de drogue cherche un moyen de faire passer sa drogue malgré la surveillance technologique.

Aux confins du microscopique (1999) reste dans la même veine où une expérience est menée pour savoir si la matière a une fin ou non. Macro et micro vont ils s'unifier ?

L'effondrement (1999)
Fini l'expansion de l'univers, elle a fait son temps. Place à son effondrement. Mais ça ressemble à quoi un effondrement de l'univers ?
Une fois lu ce texte, la compréhension ne peut se faire à cause de cet effondrement...

Avec ses yeux (1999)
Un texte initialement publié dans la revue Bifrost, voilà ce que j'en pensais à l'époque : "Le proche espace est désormais colonisé, des gens y travaillent mais faire les allers retour domicile travail s'avère encore compliqué. Une nouvelle technologie permet de voir et ressentir les pérégrinations à travers des yeux d'humains consentants sur terre. Nous suivons le voyage de deux personnes. Un hommage à un célèbre roman... A déconseiller aux claustrophobes. Une ode aussi à la nature, à la technologie, l'espace étant assez froid. Ne me laissera pas un souvenir impérissable."
Cette seconde lecture m'a donné plus de sensations que la première.

Le feu de la Terre (2000)
Un jeune ingénieur débordant d'innovation tente d'améliorer le sort des mineurs de charbon. Une méthode révolutionnaire qui va chambouler la vie des habitants.
L'innovation est faite d'erreur, de non écoute des anciens, de risques et aussi de rapidité. Une histoire affreuse, un drame évitable qui m'a emmené avec lui. Dommage que les personnages manquent cruellement d'épaisseur.

Terre errante (2000)
Paru en novella en 2020, j'ai été assez étonné de la retrouver ici mais comme c'est un recueil des nouvelles complètes...
Pas ma came : https://lechiencritique.blogspot.com/2020/06/terre-errante.html

L'instituteur du village (2001)
Dans un coin paumé et reculé de Chine se nichent quelques villageois tirés du siècle dernier. Un vieil instituteur tente contre et vents marrées d'éduquer.
Dans un coin paumé de notre voie lactée, une guerre incommensurable se fait entre le clan Carbone et le clan Silice.
Deux univers très éloigné qui vont bien entendu se rejoindre. J'ai beaucoup aimé la partie sur le village, l'auteur décrivant merveilleusement bien l'isolement, la pauvreté et la rudesse.

Le Micro-âge (2001)
Sur une arche destinée à trouver un monde habitable, le silence se fait avec la Terre. Devenu seul face à ce calme de leur terre natale, le dernier survivant va tenter de comprendre ce qui s'est passé.
On comprend l'histoire peu à peu, pour nous amener vers un sujet plus guère traité en SF. Une sorte de fable qui se conclut néanmoins trop rapidement

Fibres (2001)
Un aviateur se prend la quatrième dimension dans la gueule. Incompréhension des protagonistes qui se demandent se qu'ils font là. Ils se rendent compte que leurs réalités volent en éclats. Pourquoi ?
Une petite ballade dans les univers parallèles qui manquent toujours de développement.

Le destin (2001)
Des touristes spatiaux sauvent le monde en détournant un astéroïde qui allait s'écraser sur terre. Leur acte héroïque va avoir des conséquences bien fâcheuses.
Petite navigation dans l'espace temps, une petite friandise fort agréable

Brouillage de toute la bande de fréquences (2001)
La guerre fait rage entre les forces de l'OTAN et la Russie. Cette dernière ploie sous le feu des occidentaux, les brouillages électromagnétiques étant le point faible de l'armée Russe. On suit les pas d'un haut gradé et de son fils qui ne sont pas sur la même longueur d'onde en ce qui concerne la guerre.
Un texte plus long qui permet à l'auteur de prendre le temps de construire son intrigue et de nous prendre avec lui dans cette relation père fils.
En ces temps d'actualité guerrière, cette longue nouvelle prend une ampleur aigre douce.

Le messager (2001)
Un vieux scientifique amateur de violon est hanté par le désespoir. Un soir, il remarque un jeune homme l'écoutant jouer...
Jusqu'ici, on ne peut dire que les fins à chute soient la spécialité de l'auteur. Vous dire donc comme je l'ai apprécié, d'autant avec la nostalgie qui s'en dégage et le dernier message livré.

Le battement d'ailes d'un papillon (2002)
L'auteur prend la maxime au premier degré, et nous en donne une autre plus chinoise.
La guerre en Yougoslavie, l'OTAN bombarde mais un scientifique a un atout dans sa manche, le battement d'aile d'un papillon.
Foutu guerre, foutus politicards, il ne restera rien, sauf cette nouvelle douce amère.

Le soleil de chine
(2002)
Exode urbain d'un paysan qui va découvrir le monde.
Un texte qui part du milieu rural pour nous emmener loin. A la gloire des gens de peu, qui n'ont que leurs mains pour vivre. Mais aussi une autre caractéristique.
Très bon texte

La mer des rêves (2002)
Une compétition de sculpture sur glace à laquelle va s'inviter un alien.
Nombreux sont les auteurs à aborder art et SF. Et souvent je m'ennuie. Un de plus à ajouter à la liste

L'ère des anges (2002)
Le conseil de la sécurité se voit adjoindre un nouveau grand conseil, celui de la bioéthique. Et justement une session s'ouvre à cause d'un pays africain crevant sous la famine.
Lorsque l'on a plus rien à perdre, nous avons tout à gagner. Un texte qui met le merveilleux au goût du jour et démontre que l'éthique suit la science mais ne l'a précéde pas. Ou quand l'intérêt prime sur d'autres considérations morales.

L'équateur d'Einstein
(2002) clôt admirablement le recueil, mais je vous en dirais rien !

 
La grande interrogation de Lorhkan : l’absence totale de marquages chronologiques permettant de les situer, comment est-ce possible ?? Le Nocher des livres regardent différemment le monde qui l’entoure désormais. Liu n'est pas le fils caché de Damasio nous dit Gromovar. Le troll a eu 17 fois le vertige tandis que Soleil vert propose à Cixin d’ôter les doigts de la couture de son pantalon.

 

Challenge
Winter short stories of SFFF

Terre errante

juin 22, 2020

Liu Cixin, Actes Sud, 2020 (1ère parution 2000), 80 p., 7€ epub sans DRM



Plus c'est gros, mieux c'est !
Pas toujours, pas toujours...


Présentation de l'éditeur :


Dans un futur proche, le Soleil se transforme progressivement en géante rouge. La Terre se meurt. Pour contrer cette extinction programmée, les Nations se regroupent pour mettre en branle un projet d'une ambition folle : transformer la planète bleue en un vaisseau spatial à part entière...


Mon ressenti :


Le soleil va bientôt exploser, la Terre décide donc de foutre le camp.
Voilà un pitch sommaire digne de la SF à papa, mais qui peut faire le job avec un bon auteur à la barre. Avec Liu Cixin, Monsieur "Le Problème à trois corps", et même si c'est du reconditionné, je me dis que cela devrait être une partie de plaisir, surtout avec les retours des uns et des autres. Car la SF, ce n'est pas que le post apo ou l'anticipation pessimiste, c'est surtout le sense of wonder, le fait de t'en mettre plein la gueule et sortir de ta lecture avec des étoiles plein la tête.
Donc, même si le fait de transformer notre planète en vaisseau spatial peut paraitre tiré par les cheveux, c'est un peu de cet émerveillement que l'on recherche parfois.

L'incrédulité, pourquoi pas, mais qu'on assume. Et ce n'est pas le cas ici. Liu Cixin nous la joue hard SF, se veut réaliste dans la technologie utilisée. Même si je ne suis pas un scientifique, j'ai tout de même eu de sacré doute sur la possibilité et les conséquences de propulser notre belle bleue vers un ailleurs meilleur. (ce que notre cher professeur Lehoucq confirmera dans le scientifiction consacré à ce texte dans le Bifrost 98)

Mais passe encore à la limite, je suis peut être trop rationnel, trop terre à terre. L'important, c'est l'histoire, les personnages qui peuvent faire passer de grosses couleuvres. Robert (Charles Wilson) sait que j'aime bien cette focale centrée sur un individu, nous donnant par le petit bout de la lorgnette les conséquences sociétales et politiques. Mais encore ici, ça pêche. Trop court pour développer un personnage crédible, le traitement des bouleversements induits restent en surface et semble bien peu crédible encore une fois.

Bref, ni l’histoire, ni la vraisemblance ne m'ont satisfait. Pire, alors qu'il me restait quelques pages pour savourer le twist final, mon désintérêt était tel que j'ai attendu 24 heures pour les lire avec un ennui poli.
Et de toute manière, c'est trop cher, bien trop.

Un film en a été tiré, dispo sur Netflix : The Wandering Earth. Je pense que je vais faire l'impasse dessus.

Le maki est à demi conquis, le papillon a passé un bon moment de lecture, Maman t'ordonne de le lire, sur le post-it est marqué "vertigineux", Andudar a apprécié la belle leçon.







La mort immortelle

janvier 09, 2019

Liu Cixin, Actes Sud, 2017, 816 p., 20€ epub avec DRM




La civilisation humaine n’était encore qu’une enfant.
Elle avait entrouvert la porte de sa maison pour jeter un regard vers l’extérieur,
mais elle avait été terrorisée par la nuit sans fin qui régnait au-dehors.
Devant l’immensité et la profondeur de ces ténèbres,
elle avait frissonné,
et avait rapidement refermé la porte.

Ça vous dit une petite ballade dans l'univers sur quelques éons ?
Et au bout du voyage, la réponse à la grande question sur la vie, l’univers et le reste que je vous dévoile sans tralala : pourquoi ce titre à la con ?

Présentation de l'éditeur :


Un demi-siècle après l’Ultime Bataille, l’équilibre précaire dû à la dissuasion de la forêt sombre continue de maintenir les envahisseurs trisolariens à distance. La Terre jouit d’une prospérité sans précédent grâce au transfert des connaissances et des technologies trisolariennes. La science humaine connaît des progrès pour ainsi dire quotidiens, les Trisolariens découvrent avec fascination la culture humaine et l’espoir grandit que les deux civilisations puissent bientôt coexister pacifiquement sans la terrible menace d’une annihilation réciproque. Mais lorsqu’une ingénieure en aéronautique originaire du début du xxie siècle sort de son hibernation, elle réveille avec elle le souvenir d’un programme qui menace cet équilibre. Bientôt, l’humanité aura à faire un choix : partir à la conquête d’autres univers ou mourir dans son berceau.

La Nuit étoilée - Vincent van Gogh


Mon ressenti :


Liu Cixin nous ayant très gentiment éviter le gros cliffhanger à la fin du tome 2, l'enjeu en début de cette mort immortelle (il me tue ce titre) était assez vague. L'auteur nous prend à contrepied en nous transportant en 1453, durant la chute de Constantinople.
Après cette interlude, l'auteur nous reprend à rebrousse poil en nous narrant les aventures des précédents tomes d'un autre point de vue. La ligne politique paraissait assez claire lors des premiers évènements mais voyons y de plus près. Liu Cixin nous montre le cynisme des dirigeants, qui sous prétexte d'empathie se servent des populations à leur guise. La démonstration est sans bavure a travers l'histoire d'un petit scientifique solitaire déclarant secrètement sa flamme. C'est magnifique de cruauté.
Autant les deux précédents tomes péchés par une certaine froideur dans l'histoire et les personnages, ici les premières pages sont clairement d'un autre style.
L'intrigue principal va se concentrer sur une astrophysicienne, Cheng Xin et son compatriote Luo Ji.
La psychologie des uns et des autres est plus fine et permet de mieux cerner qui est qui, malheureusement vers la fin, les personnages redeviennent plus caricaturaux, voir un peu benêt.

Récit sur plusieurs siècles, cela permet une vue d'ensemble des progrès  - ou non - sociétal, économique et scientifique. Mais cela donne aussi un écueil, celui de la répétition : hibernation réveil présentation du nouveau monde lancement de l'intrigue et re-hibernation. Bref, cela casse le rythme et donne parfois l'impression que l'histoire n'avance pas.
Autre écueil, l'auteur nous a habitué à nous balancer des indices incompréhensibles pour les positionner plus tard dans son puzzle. Au tome 3, l'effet de surprise ne joue pas et il faut attendre la révélation.

Ceci dit, son récit crépusculaire sur une éternité de temps permet un émerveillement scientifique, permet de jouer sur tous les registres de la SF, entre utopie, dystopie, avancées majeures. La métaphore se joue à tous les niveaux, individuels, mondiales et universelles. C'est grand, c'est immense, c'est prodigieux. Le tout en continuant de nous parler de l'instant présent, de notre humanité, de notre perception des événements, à travers le prisme de l'Histoire, et de ses revirements.
C'est clairement le tome que j'ai le plus apprécié. Et malgré le tragique de l'ensemble, la dernière page tournée, c'est bien un sentiment d'espérance qui prédomine, le sombre se fait lumineux.

Difficile de ne pas parler du titre La mort immortelle. Titre qui a eu des vertus assez positives car il m'a fait étrangement penser à un épisode de Kaamelott, Le poème :
Et ben c'est nul. Nul, nul, nul, zéro.
« L’arbre moqueur », déjà ; ils peuvent pas s’empêcher de foutre des épithètes à tout ce qui bouge, ces poètes, même à ce qui bouge pas !
« La fleur goguenarde »,
« L’abeille malicieuse »,
« Le roseau pliable »,
« L’ourson rabat-joie ».
Et même, des fois, ils le mettent avant le mot, comme ça, ça fait genre !
«Le gai souriceau »,
« Le prompt madrigal »,
« La frisottée moustache » !

Si vous voulez connaitre le pourquoi de ce titre, allez faire un tour sur le site du traducteur
http://gwennaelgaffric.blogspot.com/2018/10/parution-de-la-mort-immortelle.html
 (référence trouvé sur le site de Gromovar


La mort n'a laissé aucun souvenir désagréable à Anudar, à même captiver Maman et à donner un avenir plausible à BlackWolf




Quelques citations : 


Comme tous ceux qui avaient étudié la navigation spatiale, Yun Tianming était terrifié par l’espace. Plus que quiconque, il connaissait ses dangers, il savait que l’enfer ne se trouvait pas sous terre mais dans le ciel.

Pourquoi un meurtrier était-il passible de peine capitale ? Réponse : parce qu’il avait tué. Mais ce n’est qu’une réponse parmi d’autres. On pourrait aussi répondre : parce qu’il avait tué trop peu. Le meurtre d’un individu vous valait la peine de mort, et c’était la même chose si vous en tuiez deux, ou des dizaines. Tuez des milliers, et vous étiez condamné à des milliers de sentences capitales. Plus encore, des centaines de milliers ? Bien entendu, encore la peine capitale. Mais pour ceux qui connaissent un peu l’histoire, la réponse devient maintenant moins évidente… Et en allant encore plus loin : si le meurtrier tuait des millions de gens ? Eh bien, il n’était pas condamné à mort, pas même puni. Si vous refusez de me croire, vous n’avez qu’à relire vos manuels d’histoire : ces criminels à l’origine de la mort de millions de gens étaient appelés héros ou grands hommes ! Et si le meurtrier détruisait un monde entier, ôtant d’un seul coup la vie de tous ses habitants ? Eh bien, on faisait de lui le sauveur du monde !

Mon avis

Mon avis

La forêt sombre

décembre 20, 2018

 

Liu Cixin, Actes Sud, 2017, 656 p., 15€ epub avec DRM


Le plus grand obstacle à la survie de l’humanité, c’est l’humanité elle-même.

La mort n'est rien, le mourir est tout.

Présentation de l'éditeur :


L’humanité le sait désormais : dans un peu plus de quatre siècles, la flotte trisolarienne envahira le système solaire. La Terre doit impérativement préparer la parade, mais tout progrès dans les sciences fondamentales est entravé par les intellectrons. Grâce à ces derniers, les Trisolariens peuvent espionner toutes les conversations et tous les ordinateurs, en revanche ils sont incapables de lire dans l’âme humaine. Parallèlement aux programmes de défense classiques visant à lever des armées spatiales nationales, le Conseil de défense planétaire imagine donc un nouveau projet : le programme Colmateur. Quatre individus seront chargés d’élaborer chacun de leur côté des stratégies pour contrer l’invasion ennemie, sans en révéler la nature. Ils auront à leur disposition un budget presque illimité et pourront agir comme bon leur semble, sans avoir besoin de se justifier. Livrés à eux-mêmes, ils devront penser seuls, et brouiller les pistes. Trois des hommes désignés sont des personnalités politiques de premier plan et des scientifiques éminents, mais le quatrième est un parfait anonyme. Astronome et professeur de sociologie sans envergure, le Chinois Luo Ji ignore totalement la raison pour laquelle on lui confie cette mission. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il est désormais l’un des Colmateurs, et que les Trisolariens veulent sa mort.

Mon ressenti :


Vous vous promenez tranquillement, vous traversez la route, et PAF, vous voilà catapulté grand sauveur de l'humanité. Lorsque l'on est taillé pour le costume de super-héros, c'est cool, mais si vous êtes plutôt du genre misanthrope, que l'humanité vous débecte et la voir crever à petit feu vous fait atteindre l'extase, devoir la protéger n'est pas trop dans vos principes. Alors...

Autant vous le dire tout de suite, si vous lisez ce livre pour découvrir comment les trisolariens vont nous mettre la pâté, passez votre chemin, il y a un tome 3 derrière, vous n'aurez le droit qu'à un "petit" amuse gueule. Mais à la place, vous croiserez des colmateurs, des fissureurs, des évasionnistes et même une malédiction. Liu Cixin (et/ou son traducteur) est un petit rigolo, est à la place du fameux "sourire du plombier", nous aurons le droit au "sourire du colmateur". Je vous laisse découvrir de quoi il s'agit...

La forêt sombre va vous faire tourner bourrique, l’intrique y est aussi retorse que dans le tome 1, on ne comprend les tenants et les aboutissants qu'à la fin, fin qui se promène loin, très loin : elle arrive même à la fin du livre. Et pour y arriver, va falloir s'équiper de patience, enfiler de jolies pages dont on se demande ce qu'elles viennent faire là. Le tome 2 a pris 200 pages qui auraient à mon sens du avoir le bon sens de ne pas exister. Il y a aussi cette scène hallucinante de tactique militaire dont même moi, l'objecteur primaire anti-militariste, a su que cela allait posé un sérieux problème. La justification est assez foireuse, mais permet du grand spectacle.
Les personnages sont toujours aussi inexistants, on s’emmêle les pinceaux pour savoir qui est qui.
Le plus dommageable a été pour moi les cassures dans le rythme, entre récit personnel, Grande histoire, thriller, hard SF ou SF militaire que j'ai trouvé mal ficelé.
Donc il y a du Bof, ...

...mais aussi du Wouah. Ce roman m'a mis en joie par son pessimisme assez rare et virulent. Loin du nous sommes des hommes, rien n'est impossible pour nous, qu'ils viennent se frotter à nous ses salopards de trisolariens et ils vont découvrir de quel bois nous nous chauffons. Enfin, s ils arrivent à temps, car on pourrait même faire le sale boulot à leur place, faire place nette pour qu'il se retrouve le bec dans l'eau après leur voyage intersidéral de 4 années lumière. Il y a sombre dans le titre, c'est un élément important. Toujours crépusculaire, le pessimisme vis à vis de l'humanité est notable, malheureusement gâché par un épilogue digne des blockbusters hollywoodiens.
L'auteur embrasse pas mal de thématiques sociétales, les sciences physiques, la géopolitique et la politique. Pourquoi résister, pourquoi combattre ? Qu’est ce qui fait société ? Comment vivre avec une épée au dessus de sa tête ? (cette thématique sera beaucoup plus développé dans La mort immortelle) Et puis il y a surtout cette forêt dont Fermi aurait bien des choses à dire. Beaucoup d'interrogations intelligentes poussant à la réflexion. Reste qu'il manque clairement un souffle romanesque pour rester dans les mémoires.

Le récit reste original par rapport à la production habituelle, lire une histoire se déroulant principalement avec un regard oriental permet une approche culturelle différente bienvenue. Liu Cixin aborde le thème de la rencontre d'une manière inhabituelle, les méchants pas beaux qui veulent nous exterminer restent une énigme, le point de vue est humain.

Au final, une lecture mitigée, assez exigeante, mais dont je suis content d'avoir lu. Résultat des courses, ce tome m'a donné envie de lire le suivant, à la suite et que j'ai dévoré.


Apophis : malgré quelques défauts, j’ai trouvé La forêt sombre globalement passionnant


Chut maman lit : un deuxième tome un peu moins addictif que le premier mais qui fait évoluer son récit de manière très convaincante.

Anudar : ce roman n'est pas sans défauts et pourtant, il y a ici une telle ambition et une si belle capacité à réinterpréter le fonds science-fictif que l'on ne peut qu'applaudir !

Mon avis

Le problème à trois corps

décembre 03, 2018
 

Liu Cixin, Actes Sud, 2016, 432 p., 10€ epub avec DRM


Quand quelqu’un meurt, un autre vient pour prendre sa place,
mais quand la pensée elle-même part en vrille, c’est la fin de la science.


Tic-Tac, Tic-Tac, Tic-Tac, Tic-Tac


Présentation de l'éditeur :




Mon ressenti :


Ye Wenjie est l'un des fruits de la Révolution Culturelle chinoise, mais le fruit gâté. Sa famille de scientifiques est marquée du sceau de l’infamie : anti-révolutionnaire. Et dans cette Chine des années 60, cela vous catégorise plus qu'une chaine ADN. 
De nos jours, Wang Miao lui est un spécialiste en nano-matériaux et pratique la photographie en amateur. Lorsqu'il constate que tous ses développements photographiques comportent tous une suite de nombre sonnant comme un décompte, ces certitudes d'être ancré dans un monde stable vont vite chancelé.

Je ne peux que saluer le talent de Liu Cixin : il arrive à lier une intrigue aux éléments assez éparses : Histoire, Astronomie, Jeu vidéo, Mathématiques, Informatique, Astrophysique, Physique fondamental, étude du soleil, le fameux problème à trois corps, et bien sûr les joies de vivre dans un payx communiste. Un roman complexe, à la structure éclatée, mais qui parvient à maintenir l'équilibre entre suspense, révélation et grand dévoilement. Chaque élément de l'intrigue s'imbriquera parfaitement à l'ensemble une fois la dernière page tournée, du travail d'orfèvre.
Cependant, je regrette une narration en dents de scie; le pendant de cette construction. Les chapitres sont assez inégaux quand à leur contenu, passant du récit historique au thriller jusqu'à de la Hard SF. Chacun y trouvera son compte au final, mais cela hache le plaisir de lecture.

Il y a un peu du vertige du Spin de Wilson dans ce Problème à trois corps, dans cette grande épopée dans le temps et l'espace. Mais Wilson est décidément un plus grand conteur, ses personnages plus ancrés dans dans l'histoire, marquant les lecteurs. Ici tel n'est pas le cas. En outre, j'ai eu un peu de mal au début à différencier les noms des uns et des autres, les personnages étant pour certains très peu caractérisés.

Un roman Hard SF doublé d'une réflexion sur l'autorité, le liberté et la révolte. Quelques très belles images restent une fois l'aventure finit, comme cet ordinateur analogique impressionnant.
Ce premier roman de la trilogie peut se lire de manière indépendante, l'imagination du lecteur faisant le reste et vous pourrez choisir la fin qui vous plait le mieux en fonction de vos opinions.Ou bien continuer l'aventure...

Nombreux sont ceux de la blogosphère à l'avoir lu : Yogo, Lorhkan, Lune, Lhisbei, Lutin, Apophis,
Blackwolf, Xapur, FeydRautha, Maman...


Mon avis


Quelques citations :



Je suis un homme simple et direct, on voit mon cul au fond de ma gorge.

- Que faites-vous ici ? demanda un des collègues de Wenjie.
- Je sauve le monde.
- Vous sauvez… Vous sauvez les habitants de la région ? C’est vrai que l’environnement ici est vraiment…
- Vous êtes donc tous les mêmes ! explosa soudain Evans de colère. Quand on vous parle de sauver le monde, vous ne pensez qu’aux humains ! Et sauver les autres espèces, c’est dérisoire ? Qui a donné aux humains une telle place d’honneur sur la planète ? Non, les humains n’ont pas besoin d’être sauvés. Ils vivent déjà bien mieux qu’ils ne le méritent.

Mike, je vais te raconter comment les dinosaures se sont éteints. Un astéroïde a percuté la Terre, le monde est devenu un océan de flammes, puis a sombré dans une très longue obscurité glaciale… Une nuit, tu t’es réveillé d’un cauchemar, tu m’as raconté que tu avais rêvé que tu vivais à cette époque terrifiante. Je vais te dire maintenant ce que j’aurais voulu te dire à l’époque : tu aurais été chanceux de vivre à la fin du crétacé, car notre époque actuelle est encore plus effrayante, les espèces vivantes terrestres disparaissent bien plus vite que pendant le crétacé tardif. La vraie extinction de masse, elle a lieu maintenant ! Fiston, ce que tu as vu aujourd’hui n’est rien, ce n’est qu’un épisode minime dans une gigantesque tragédie, nous pouvons nous passer d’oiseaux de mer, mais nous ne pouvons pas nous passer du pétrole. Peux-tu seulement imaginer un monde sans pétrole ? Tu vois cette belle Ferrari que je t’ai offerte en cadeau d’anniversaire l’an dernier et que je t’ai promis que tu pourrais conduire après tes quinze ans ? Sans pétrole, ce n’est qu’un vulgaire tas de ferraille, tu ne pourrais jamais la conduire. Si tu veux rendre visite à ton grand-père, il te suffit de prendre mon jet privé et tu traverseras l’océan en une petite dizaine d’heures seulement. Sans pétrole, tu devrais prendre un voilier et tanguer sur les flots pendant un mois… Ce sont les règles du jeu de la civilisation : s’assurer tout d’abord de la survie de l’espèce humaine et lui garantir une vie confortable. Tout le reste est secondaire.

Bifrost n.87. Dossier Jean Ray : Peur sur la ville

juillet 24, 2017

Bifrost, Le Bélial, 2017, 195 p., 6€ epub sans DRM

Trois nouvelles ouvrent le numéro

La fin de la fin de tout, de Dave Bailey : Exercice terne et vain sur la vacuité de l'art et de l'homme en temps de fin du monde. Tout ce que la littérature généraliste a fait depuis des siècles lorsqu'elle se regarde le fion pour voir ce qu'il en sort. Excuser ma vulgarité, mais ce texte représente la raison principale du pourquoi je me suis tourné vers les mauvais genres. Du sexe, de l'alcool, de la drogue, des bourgeois et un peu de sang pour le choc des mots. Même le titre est affreux. Sur une thématique proche, lisez plutôt la nouvelle de Christopher Priest, La Tête et la main dans le recueil hautement recommandable L'été de l'infini ou revisionnez le film La Grande Bouffe de Marco Ferreri, cela vous évitera les lieux communs :
Il prit Loïs par la main, l’attira à lui et l’étreignit. « C’est beau ici, hein  ? » dit-il, comme si, par la force du langage, il pouvait racheter le monde déchu. Mais Ben avait perdu foi en la poésie depuis longtemps. Les mots manquaient de solidité  ; ils ne constituaient que de fragiles barrages contre la nuit. La ruine les consumerait.

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