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Au cœur des Méchas

mai 10, 2024

Denis Colombi, Editions 1115, 2024, 96 p., 9€ papier


Une histoire de petites mains dans un monde de géants

Pitch de l'éditeur : 

Quand on ne peut plus faire l’économie des combats titanesques face aux assauts répétés de la menace extraterrestre, ne reste qu’une solution pour sauver l’humanité : l’amputer d’une fraction de sa population en l’envoyant travailler au cœur des Méchas. Mais pour combien de temps, encore ?


Mon ressenti :

Lorsque une personne a des compétences dans un domaine et se met à pondre un texte littéraire, ma crainte est : et si son bouquin n'était qu'un prétexte pour nous asséner un cours magistral ? En l'occurrence, il s'agit d'un sociologue, donc de la science molle, ça s'étale mieux ! et de voir de longs passages bien didactiques pour te montrer qu'il est celui qui sait. D'autant plus quand le savant n'est pas le plus médiatisé, il faut prouver encore plus son talent. Bref, voici mon état psychologique qu'en j'ai ouvert le livre dont le pitch me faisait bien envie.

Si vous avez déjà vu Neon Genesis Evangelion ou Pacific Rim, vous savez ce qu'est un mécha, un robot géant piloté par un humain. Mais on sait moins d'autres trucs, c'est qu'il y a toute l'équipe d'ingénierie qui se trouvent à l'intérieur de la bestiole pour la réparer. Le job de notre protagoniste, c'est mécano, qui raconte son histoire à un quidam venant admirer le prochain combat entre un mécha et un méchant alien.
Un protagoniste goguenard et cynique qui prends conscience de sa place dans la société, un rouage indispensable mais invisible et méprisé. Une réflexion profonde mais jamais lourde sur la condition humaine.

Un texte lu d'une traite, et dont la chute, géniale, permet de continuer l'histoire. Cela m'a fait penser au livre Le vieil homme et la guerre de John Scalzi, un sujet proche, de la chair à canon, et un ton léger pour une réflexion profonde. Le bémol aurait pu venir d'un univers un peu limité au vue du nombre de pages, la menace alien est présente et peu développé, le peu de personnages idem. Mais je n'ai pas trouvé de manque. J'ai cru à l'univers et au personnages, comme au traitement de l'homme, du moins ici de la femme, car notre mécano est une femme. Une belle réussite, même si les thèmes abordés ne vous séduisent pas d'emblée.

Qu'en est il de l'étalage de sciences de l'auteur ? Il n'y en a pas ! On en redemande. Pas de lourdeurs conceptuelles ni d'étalage de connaissances sociologiques à l'horizon ! Juste une histoire prenante, un personnage attachant et une critique sociale fine et intelligente.

Une interview de l'auteur est disponible : Denis Colombi : Le Socio-Combattant de l'Imaginaire

Même son de cloche chez De l'autre côté des livres : le résultat est un texte à la fois intelligent et amusant qui se lit également très bien et vous offre un moment de détente, avant de vous fournir matière à réflexion.

Qisiose

décembre 21, 2023

Emmanuel Quentin, Editions 1115, 2023, 32 pages, 2€ papier


Un texte qui hante...

Après avoir lu 2 - 3 textes d'un auteur, on commence à être en terrain familier. On se dit "Cool, un nouveau Quentin", sûr de ce que l'on va y trouver. Une bonne pantoufle en gros. Mais Emmanuel Quentin n'est pas une pantoufle, du moins c'est se qu'il prétend. Et c'est bien ainsi.



Pitch de l'éditeur :


Destination : Une station d’aiguillage, dans un obscur système planétaire ; là, assis dans sa cabine, Qisiose rêve de changer d’horizon, de voir du pays, mais sans trop savoir ce qui le motive. Une pulsion, une envie, ou peut-être un souvenir caché dans les replis de sa mémoire. Une chose est sûre, il doit partir, même s’il ignore encore où cet irrésistible besoin d’évasion va le conduire.



Mon ressenti :

Un vase bleu énigmatique en couverture, un titre qui l'est tout autant, voici la dernière livraison d'un auteur dont j'apprécie la plume. Donc, allons-y pour Qisiose et La quête d'un horizon. Un autre horizon, c'est justement ce que veut Qisiose, notre narrateur, un aiguilleur dans une station paumée de l'univers. Car son horizon est plutôt comme celui du trou noir, cela finira dieu seul sait où, mais loin de l'idée qu'il se faisait de sa vie. Donc, changement d'horizon et toute la question est de savoir pour où.

Un texte étrange, éloigné des habitudes de l'auteur. Ici, la quincaillerie SF n'est pas réservée aux seuls fans hardcore, car l'intérêt ne se cache pas à cet endroit et une musicalité se dégage du texte, et l'ambiance d'étrangeté s'y colle bien. En y réfléchissant, c'est un texte très SF qui n'en a pas l'apparence. Donc, il pourrait plaire et déplaire à tout le monde ! Et chose assez rare, il continue de me hanter, et comme l'univers est juste crayonné, je m'amuse à m'imaginer ce monde, la vie de Qisiose. Le twist est bien mené, car même si on sait que quelque chose est louche, je n'aurais jamais cru que... Qisiose laisse la fin ouverte (je sens déjà les reproches pointer le bout de leur nez) et suscite des interrogations sur ce que je ferais moi à la place de Qisiose. Une nouvelle fois, on y parle de souvenirs, à croire que certaines choses hantent l'auteur...

Pour tout vous avouer, j'ai eu la chance de le lire il y a quelques mois. Une fois fini, je l'avais relu, pour être sûr d'avoir tout compris, voir où l'auteur avait essaimé ses indices. Et j'en avais discuté avec lui qui m'avait fait une confidence : ce texte est un "hommage". A qui ? Il faut savoir patienter...


Trilogie du singe

décembre 12, 2022

 


Monsieur Merlin

mai 23, 2022

 

Arnauld Pontier, Editions 1115, 2022, 98 p., 2€ epub sans DRM


Les éditions 1115 sont une agence de voyages. Et en vacances, on se balade. C'est ce que Arnauld Pontier nous offre, une balade. Balade dans le temps, mais surtout, il va te balader toi lecteur.

Présentation de l'éditeur :

D'aucuns savent qu'un simple coup de téléphone peut bouleverser l'existence. Il suffit d'un échange, d'une conversation, pour que le quotidien prenne une toute nouvelle direction. D'autant plus quand la voix dans le combiné vous annonce qu'elle appelle du futur.

Mon ressenti : 

Arnauld Pontier écrit depuis une vingtaine d'années, pourtant, il reste peu connu. Mauvais auteur ? Non, il a une plume et sait l'utiliser. Peut-être est-ce du fait de ne pas écrire de la SF comme tout le monde ? Peut-être, je ne connais pas assez l'auteur pour l'affirmer, mais depuis que j'ai goûté à sa prose, j'achète ce qu'il publie, restera à me pencher sur le reste, un jour ou l'autre.

 


Monsieur Merlin n'est pas un texte autour de Merlin l'enchanteur, mais autour de Monsieur Merlin, qui reçoit un jour un coup de téléphone (d'où la couverture...). Bref, un quidam qui est dérangé par son téléphone, pas de quoi en faire un livre. Sauf si...
Un appartement en face de la cathédrale Notre-Dame, une supérette, un magasin d'électronique et le brouillard au-delà. Monsieur Merlin est seul au monde jusqu'à ce que son téléphone sonne. Et c'est une personne du futur à l'autre bout. C'est quoi ce schmilblick ?

 

Il doit vérifier, une nouvelle fois, qu’il ne reste personne. Qu’il n’y a plus aucun survivant dans l’aquarium humain. Que sa réalité n’est plus peuplée que de fantômes. Il se demande s’il pourra un jour décrire la forme extérieure de cet aquarium. 

C'est un texte que j'ai lu deux fois, la première m'ayant laissé perplexe sur sa fin, j'avais du mal à recoller les morceaux. Connaissant désormais ce qu'il en était, cette seconde lecture m'a permis de mieux apprécier ce texte étrange qui donne une vision du  concept de temps. Arnauld Pontier lit du Étienne Klein et Étienne Klein lui donne envie d'écrire, Monsieur Merlin. Comme Étienne est fasciné par le temps, Arnauld illustre son propos, le temps lui-même.
Nous sommes bien en terre SF avec un mélange de philosophie scientifique. Pas un texte facile d'accès, bien qu'il se lise facilement, et son étrangeté qui sourd des lignes n'est pas sans humour et même si on est un peu paumé sur les évènements, ce Mr Merlin est assez intrigant pour t'emmener dans les contrées du temps et quelques tropes typiquement SF. Cette nouvelle n'aurait pas déparé dans la série La quatrième dimension.

— Ça vous défrise, hein ?
— Que. Quoi ?
— Ne faites pas l’innocente. Vous avez voté contre moi.
— Inexact : j’ai voté contre l’appellation « Monsieur Merlin ».
— Je comprends que vous ne soyez pas
enchantée.
Robinson sourit.
— Joli.


Une nouvelle qui tombe plutôt bien avec l'actualité scientifique du moment, l'image du trou noir au centre de notre galaxie, là où l'espace-temps....
Mais est-ce un hasard ? Est-ce la causalité ? Cette photo aurait-elle existé sans le texte de l'auteur ? Sans la pensée d’Étienne Klein ? Vaste question.

Alors si tu as un peu de temps devant toi et que tu te demandes qu'en faire, lis ce Monsieur Merlin, ce qui permettra de t'interroger sur le temps et ses profonds mystères. Peu importe la durée de lecture de ce court texte, l'important est le temps durant lequel il te restera à l'esprit. Et de te demander qui est ce Monsieur Merlin ?

 

Ne plaisantez pas. Ce chat est soit mort, soit vivant dans sa boîte. Point. Et aucune de ces deux hypothèses n’est plus probable l’une que l’autre. Le chat est donc, en quelque sorte, à la fois mort et vivant. Comme l’horloge, qui marque à la fois six heures et dix-huit heures, et se trouve donc être à la fois en deux points différents du temps. Elle ne fait que mesurer l’espace qui sépare deux réalités.

 

Le Maki a une une impression d'être passé un peu à côté, Bibliomanu (c'est Emmanuel Quentin, mais chut), a été décontenancé dans le bon sens du terme tandis que le Chroniqueur chronique le temps.

Si tu ne connais pas cette maison d'édition, je te conseille l'excellente interview réalisée... par moi !


 

Editions 1115 : la bonne nouvelle

décembre 26, 2021

En 2017 apparaissait un nouvel éditeur dans le monde de l'édition, que dis-je, une agence de voyages littéraires ! De quoi promettre aux lecteurs un dépaysement total. Une maison spécialisée dans le format court, pas la chose la plus vendeuse. Et pourtant.
Une petite structure avec à sa tête un inconnu dans l'édition mais qui va peu à peu faire l'objet d'un bouche à oreille très flatteur. Les raisons sont multiples mais un prix bas (dumping social ?), un objet livre au format 11x15 et un graphisme léché ont sûrement joué. Ajouté à cela des noms d'auteurs reconnus... Cinq ans plus tard, le succès est au rendez vous et le micro-éditeur va prendre un nouvel élan pour nous offrir de nouvelles destinations. Rien de mieux qu'un entretien pour découvrir ce "1115 2.0".
Editions 1115 : la bonne nouvelle, un entretien passionnant pour découvrir les coulisses de cet éditeur qui n'a pas fini de nous en mettre plein les yeux.





Le chien critique : Frédéric Dupuy, tu es la personne qui se cache derrière les éditions 1115. Tu es un éditeur isolé ou y a-t-il d’autres personnes qui bossent avec toi ? Peux-tu te présenter, nous donner ton parcours ?


Frédéric Dupuy : Ça tombe bien que tu commences par là. Car oui, à l'origine, il s'agit de mon projet, et pendant cinq ans, j'ai mené ma barque en solitaire. Du moins, sur le papier, puisqu'un projet éditorial est par nature un projet collectif qui réunit auteurs, graphistes, illustrateurs, photographes, comité de lecteurs, correcteurs et éditeurs. Jusqu'à peu, donc, j'ai piloté ce projet en solo. Par le biais d'une microentreprise. Et puis, en août, les choses ont changé. Courant 2019, lors d'une soirée littéraire dans Lyon, et par l’entremise de Davy Athuil des éditions Mü, j'ai fait la rencontre d'un jeune auteur en herbe, Thomas Fouchault, que j'ai eu la chance d'éditer avant tout le monde avec son excellente novella "Les fileurs de temps". Et dès l’abord, Thomas s’est montré très impliqué dans le travail éditorial ; il débordait d’énergie et d’idées, m’accompagnait dans les salons et les festivals, s’investissait de plus en plus, toujours avec ce bel enthousiasme et ce professionnalisme dont il a le secret. Alors c’est tout naturellement qu’en août de cette année, je lui ai proposé de passer à la vitesse supérieure en intégrant la structure 1115. Officiellement. Nous avons étudié la situation, fait des plans sur la comète, mis en regard nos attentes respectives, pour finalement décider de faire évoluer la microentreprise en une SAS à 50/50. Une longue période de paperasse et de mouvements financiers plus tard, nous avons donc la joie d’officialiser notre partenariat et la constitution de ce 1115 2.0 à compter du 15/12/2021.

Thomas Fouchault : C’est une nouvelle aventure qui commence !
Le saut dans l’édition s’est fait naturellement après quelques années à sillonner les salons avec Frédéric, à découvrir le milieu et échanger avec le public. Je reste également auteur, ainsi qu’un représentant élu au Conseil syndical de la Ligue des Auteurs Professionnels. Cette nouvelle casquette ne change rien à mes engagements ; mieux, elle les alimente avec une meilleure compréhension des mécanismes de l’industrie du livre. Et qui sait ? Peut-être pourrons-nous changer le monde du livre de l’intérieur ?

Nous prenons nos fonctions avec Frédéric en Président, et moi-même en tant que Directeur Général de la SAS 1115. Au-delà de la gestion classique, Frédéric apporte le grain de folie et le souci de la musique des textes ; moi, l’amour des intrigues bien construites (et de l’administratif, et du développement).

Frédéric Dupuy, en compagnie de Marge Mantel (à gauche) et Paladine Saint-Hilaire (à droite)
lors des salons Curnonsky à Angers 2018. source


Il existe une flanquée d’éditeurs dans l'imaginaire, pourquoi ouvrir encore une boîte ? Que pensez-vous apporter de plus qui n'existe pas déjà ? Quelle est votre politique éditoriale ?


Frédéric Dupuy : Certes, il existe une palanquée d’éditeurs plus ou moins spécialistes de l’Imaginaire, mais la majorité d’entre eux publie quasi exclusivement au grand format, alors que je rêvais de nouvelles, de novellas et de romans courts, si difficiles à trouver à l’unité, en dehors des anthologies ou des recueils. Et puis je rêvais d’auteurs francophones, bien vivants, de créateurs du moment, d’acteurs de l’Imaginaire ancrés dans notre quotidien et dans les problématiques qui agitent aujourd’hui notre monde. En résumé, lorsque j’ai créé la maison, je voulais du court et du francophone, alors je me suis lancé dans le court et le francophone, et dans le petit format à petit prix.

Thomas Fouchault : Nous observons également qu’avec la concurrence des séries, des réseaux sociaux et des mille occupations de la vie quotidienne, beaucoup de personnes n’ont plus le temps de lire. Les textes courts et percutants répondent aux besoins de lecteurs qui cherchent à s’évader une demi-heure avant d’éteindre la lumière, ou dans les transports en commun, ou durant la courte sieste du petit dernier…
Mais la maison grossit, et nos ouvrages aussi. Breaking news ! Nous préparons une collection grand format pour intégrer des textes qui nous ont convaincus malgré leur taille. Le petit format restera toutefois le vaisseau amiral de la maison.


Thomas Fouchault lors des Imaginales 2021. Source


Les éditions 1115 ont eu 5 ans au mois d’août ; quelles erreurs pensez-vous avoir commises au démarrage ? L'enthousiasme du début s'est-il estompé ?

Frédéric Dupuy : Ipso facto, on commet toujours des erreurs au démarrage d’une activité. Et tout au long de son activité, aussi. C’est en partie de cela que l’on apprend, de ses erreurs. L’important, c’est de faire, d’agir, d’aller au bout de ses idées, de ne jamais baisser les bras, et vingt fois, cent fois, mille fois s’il le faut, sur son métier remettre son ouvrage. Commencer et recommencer. Essayer, se tromper, rectifier le tir, avancer. Et à dire vrai, créer est en soi un exercice trop grisant pour jamais devenir lassant. Donc non, l’enthousiasme des débuts n’est pas retombé. Au contraire même, plus la maison grandit, plus elle bruisse de ce bouillonnement créatif si cher à mon cœur.

Thomas Fouchault : Peut-être que nous avons été trop discrets ? Nous allons y remédier.



Petite structure, vous avez commencé avec quelques beaux noms. Je vois tant d'éditeurs avec d'obscurs auteurs, comment fait-on ? Vos parents sont connus dans le milieu ?


Frédéric Dupuy : Non seulement mes parents (ces tranquilles retraités berrichons férus de jardinage et de voyages) ne connaissent personne dans le milieu, mais qui plus est, j’ai commencé cette activité en partant de zéro, sans aucun contact professionnel ni aucun auteur dans mon entourage. Seulement, j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains et d’aller frapper à toutes les portes, en expliquant mon projet et mes ambitions, le plus sincèrement du monde. Ensuite, tout n’a été que rencontres et feeling. À ce niveau, je dois avouer que j’ai eu de la chance. Beaucoup de chance. J’ai rapidement rencontré des auteurs incroyables, des personnes passionnantes et passionnées, et je crois qu’au-delà de nos affinités naturelles, c’est mon projet qui les a convaincus. Faire vivre leurs textes courts dans un petit format abordable et adapté, avec toujours cette idée du "Voyage Littéraire" en toile de fond, du dépaysement. Au bout d’un moment, ce sont même les auteurs qui sont venus à ma rencontre lors des salons ou des festivals pour me proposer leurs textes.

Thomas Fouchault : Le format court séduit les lecteurs, mais aussi les auteurs ! Difficile de faire rentrer des novellas dans les catalogues des grosses maisons d’édition. Et puis, il ne faut pas sous-estimer la puissance du bouche-à-oreille entre les auteurs : quand le travail se passe bien avec un éditeur, ça finit par se savoir.

Festival ImaJnere 2021
Arnauld Pontier, Emmanuel Quentin, Paladine Saint-Hilaire et Thomas Fouchault source


 Vous publiez ce que l’on appelle de la Science Fiction Fantasy Fantastique, mais sérieusement, la #SFFF, ce n’est pas de la littérature !

Frédéric Dupuy : Une chose est sûre, ça, ce n’est pas une question.

Thomas Fouchault : C’est plus que de la littérature ? Ça a beau sonner comme le sifflement d’un cobra asthmatique, nous souhaitons donner des lettres de noblesse à la SFFF avec des textes de qualité qui font voyager vite et loin.



J’ai beau regarder la liste des auteurs publiés, je n’y trouve pas d’auteurs anglo-saxons. Vous n’avez pas envie que votre maison d’édition fonctionne ? On entend régulièrement les éditeurs dire, à leur corps défendant, qu’il n’y a pas de relève d’auteurs francophones. Partagez-vous ce constat ?


Frédéric Dupuy : Sorry, I don’t understand your question. I don’t speak french.

Thomas Fouchault : Qu’ils se dénoncent ! Pour notre part, nous découvrons avec chaque nouvelle publication des auteurs de talent, vivants, qui ne cessent de nous faire rêver. Nous souhaitons partager ces rencontres avec le grand public pour qu’il y ait autre chose que des best sellers ou des bouquins d’auteurs morts depuis plus de 70 ans dans les étagères. Comme nous cherchons à créer la proximité entre les auteurs et les lecteurs, le rachat de droits étrangers n’est pas une priorité pour le moment.



18 auteurs, 8 autrices, la parité est - presque - respectée. Hasard ou volonté ?
(Liste des auteurs publiés)

Frédéric Dupuy : Ou peut-être qu’en y mettant un peu de bonne volonté, ce n’est pas si difficile de donner autant la parole aux femmes qu’aux hommes. Smiley clin d’oeil.

Thomas Fouchault : Les vieilles SF et fantasy de boomers ont fait leur temps. Nous cherchons une pluralité de voix qui rendra la littérature plus riche. Et que voulez-vous, nos autrices ont du talent !

Source


De mon expérience avec les petits éditeurs, les couvertures sont souvent très moches, hideuses ou repoussantes, souvent les trois réunis. Ce n’est pas le cas chez vous. Une belle charte graphique, de suite reconnaissable. Vous pouvez nous en toucher un mot ?

Frédéric Dupuy : Goût. Ça fait un mot. Mais j’aurais pu aussi dire : œil. Ou encore : simplicité. Seulement ça fait trois mots. Donc je vais m’en tenir à : Goût. Plus sérieusement, j’ai toujours eu un rapport très particulier à l’image puisque, dans mon parcours scolaire, j’ai fait cinq ans d’arts plastiques et six ans d’Histoire de l’Art. Sans parler de ma mère, grande lectrice s’il en est, qui peint depuis mon plus jeune âge. À la maison, j’ai grandi dans les odeurs de livre et de térébenthine, entre l’atelier et la bibliothèque. Du reste, si je n’avais pas d’auteurs parmi mes connaissances jusqu’à la création de la maison d’édition, j’ai toujours eu des amis artistes, qu’ils soient peintres ou photographes. Victor Yale, le créateur des couvertures de la maison, est l’un d’eux.

Thomas Fouchault : Et encore, il ne vous dit pas à quels dispositifs et contorsions il s’est adonné pour saisir la bonne prise pour la couverture. Le côté petit livre-objet attire l’œil, on voit même une relation affective s’établir entre ces petits ouvrages colorés et des lecteurs (pour Noël, oubliez chats et chiens : adoptez une novella 1115 !).
Enfin, laissez-moi vous faire une petite confidence : prenez un de nos livres et tournez-le en format paysage. Que voyez-vous avec ce code-barres étrange sur le côté ? Un billet d’avion ou de train ! Notre promesse tient dans la charte graphique : nos livres vous feront voyager.


source


J’ai cru entendre que le format et la mise en page étaient assez atypiques, j’ai des problèmes d’audition ou est-ce vrai ?


Frédéric Dupuy : Si tu poses cette question, c’est que tu n’as jamais tenu un livre 1115 au format papier entre les mains. Je te conseille donc de prendre rendez-vous au plus tôt chez un audioprothésiste ou un ORL. Avant que la lecture sur liseuse ne te rende définitivement sourd à toute considération papetière.

Thomas Fouchault : Au-delà du format 11x15, les exemplaires papier intègrent un travail de mise en page qui n’apparaît pas dans les versions numériques. Selon les ouvrages, vous trouverez de fausses coupures de presse, des cartes postales, des images satellites de Mars, des calligrammes… de quoi enrichir l’expérience de lecture. Ici aussi, la forme dialogue avec le fond.


source



Argyll est une nouvelle maison d'édition qui se propose d'être plus responsable. A contrario, cela signifie qu'ailleurs ce n'est pas la même chanson. Voyons point par point comment cela se passe chez toi :



“La relation éditeur·ices / auteur·ices est souvent vue comme problématique,
car elle est source de déséquilibre et de coercition”

“le contrat propose à l’auteur·ice de cocher ce qu’iel souhaite et
ne souhaite pas parmi les propositions qui sont faites dans les divers articles [du contrat]”

“Nous n’utiliserons pas, non plus, d’à-valoir qui implique bien trop souvent une notion de dette envers l’éditeur·ice. Dans l’éventualité que l’auteur·ice ne vend pas assez, il ne « doit rien », n’a rien à « rembourser », il n’est pas placé en position de faiblesse. “

“une rémunération deux fois l’an. Ce n’est, souvent pas le cas dans le domaine de l’édition, qui rend les comptes une fois par an seulement. Un système souvent perçu comme difficile, car il ne permet pas à l’auteur·ice d’avoir des revenus régulièrement. “

“L’éditeur communique la liste des services de presse pendant la période de lancement, et communique les chiffres de mise en place.”

Frédéric Dupuy : Xavier et Simon sont des amis, je refuse donc de dire du mal de leur excellent travail. Si ce n’est que nous partageons toutes leurs valeurs. Nous travaillons main dans la main avec les auteurs, du contrat jusqu’à l’exploitation, en passant par le travail éditorial et la mise en place du livre. Nous ne donnons pas dans les contrats léonins et, côté pécuniaire, nous versons autant d’avances que possible tout au long de l’année, au minimum deux fois par an, parfois trois ou quatre fois. Nous émettons les redditions en temps et en heure, et réglons toujours les sommes dues rubis sur l’ongle. C’est notre mode de fonctionnement depuis le début de la maison, et ça n’est pas prêt de changer.

Thomas Fouchault : Je confirme ! Durant ma relation d’auteur avec 1115, je n’ai pas retrouvé les travers des grosses maisons d’édition décriées sur les réseaux. Maintenant que je suis passé de l’autre côté du miroir, je vais m’assurer qu’on intègre les meilleures pratiques dans nos contrats et notre mode de fonctionnement, en nous appuyant notamment sur les recommandations de la Ligue des Auteurs Professionnels. L’auteur est à la base de la chaîne du livre, il faut qu’il soit bien rémunéré et qu’il sache ce qu’on fait de ses écrits. Auteurs et éditeurs sont partenaires, il faut que leur relation soit aussi équilibrée et transparente que possible. Mais à chacun son rôle : à l’auteur d’écrire des textes, à l’éditeur de les exploiter.



Pour se différencier et apporter un plus au lecteur, pourquoi ne pas offrir un entretien avec l'auteur du texte, ou d’autres contenus additionnels ? Je crois que c’était le cas dans La Machine différente de Jean-Laurent Del Socorro.

Frédéric Dupuy : Nous avons déjà proposé un tas de focus et d’interviews des auteurs de la maison via le journal de bord de notre site internet, et nous en proposerons encore à l’avenir, pas d’inquiétude.

Thomas Fouchault : Et qui sait ? Peut-être fournirons-nous plus d’exclusivités, de making-of, d’échanges en live avec nos lecteurs sur les réseaux !



De suite les éditions 1115 ont sorti leurs livres aux formats papier et numérique, initiative que je salue en tant que lecteur numérique. Cependant, il existe un décalage entre la sortie papier et la sortie numérique, pourquoi ? Le lecteur numérique est-il un lecteur de second choix ?

Frédéric Dupuy : C’est le livre numérique qui est un choix secondaire. Les lecteurs, eux, sont toujours notre priorité.

Thomas Fouchault : Et il faut bien donner envie aux lecteurs numériques de nous lire après avoir flashé sur les couvertures ! Ce décalage permet de soutenir plus longtemps nos campagnes de promotion des nouveaux ouvrages sur les réseaux sociaux. Tout le monde s’y retrouve : l’auteur, l’éditeur, et le lecteur papier qui peut narguer ses camarades numériques durant quelques semaines.



Entre 1 et 4€ l’ePub (2 et 9 euros en papier) selon la pagination. En tant que lecteur, je trouve ces prix justes, mais comment faire marcher la boutique dans ces conditions ?

Frédéric Dupuy : En voyant les ventes en numérique comme du bonus, et non comme une ressource indispensable au maintien de l’activité. Néanmoins, notre politique tarifaire risque d’évoluer dans les mois à venir. Les prix que j’avais fixés au début de l’activité entendaient une rentabilité minimum, voire quasiment nulle dans certains cas. Tout était pensé à l’échelle de la microentreprise et de ses coûts réduits. Or, si nous voulons continuer à faire évoluer la maison, en intégrant par exemple les circuits de la distribution/diffusion, nous allons devoir réévaluer nos tarifs (sans doute en 2022) pour dégager la marge nécessaire à la pérennité de l’activité. Constat bassement matériel, mais non moins réel.

Thomas Fouchault : L’entrée dans la distribution/diffusion va bouleverser notre modèle économique. La prise de risque sera plus importante, et si l’on ajoute un convive très gourmand autour de la table, il faudra augmenter la taille du gâteau. Toutefois, la hausse des tarifs bénéficiera également aux auteurs.



À part quelques éditeurs, Le Bélial ou Albin Michel Imaginaire et en traînant ses guêtres sur le forum du Bélial, on a parfois quelques chiffres de ventes. Le monde de l'édition étant ce qu'il est, je suppose que vous connaissez à peu près le tirage des uns et des autres, pourquoi le cacher ? Pouvez-vous nous donner vos chiffres ?

Thomas Fouchault : Et faire pâlir Hachette d’envie ? Notre volume des ventes s’accroît d’année en année depuis le lancement de la maison, et nous nous attendons à un bon coup d’accélérateur avec l’évolution de la structure.

Frédéric Dupuy : Pour ma part, si j’avais voulu communiquer des chiffres, je serais devenu expert-comptable, ou commissaire aux comptes. J’aurais aussi pu présenter le loto, car « La loterie est plus qu’un simple passe-temps, Peter... C’est la main de Dieu descendue des cieux pour choisir un humain unique et lui octroyer un montant d’argent ou un billet gratuit. Je ne suis pas prêt à vivre dans un monde sans loterie, Peter. Je ne suis pas prêt à retirer au peuple le droit de rêver ! Car que sommes-nous sans loterie, Peter ?... Des animaux ! Des animaux !! » Marc Labrèche, alias Brett Montgomery, à propos du Super méga ultra bingo bongo loto dans Le cœur a ses raisons, saison 1, épisode 3.



Faut-il aimer le texte pour le publier ? Ou, dit autrement, choisissez-vous l'affect ou le rendement possible ?


Frédéric Dupuy : Remplace les mots « le texte » par « une personne » et « le publier » par « l’épouser » et tu auras ta réponse. Nota bene : Non, je ne cautionne pas les mariages arrangés.

Thomas Fouchault : Sans coup de cœur, il est plus ardu de défendre un livre. L’affect est une condition première, ensuite, il faut qu’il soit cohérent avec notre ligne éditoriale. En tant qu’éditeur indépendant, nous avons la chance de pouvoir tester des produits et d’avoir un contact direct avec notre public. Si un texte atypique nous plaît et qu’on se sent capables de le vendre, pourquoi pas ?



Je n'ai jamais vu un de vos livres en librairie, ça se vend comme des petits pains ou vous n’y êtes pas présents ? Comment fait-on pour être sur les étals des libraires ?


Thomas Fouchault : De l’XP et beaucoup de SP ! Nous sommes auto-diffusés et encore très mal connus des libraires. Le renforcement du lien avec les prescripteurs de lecture sera notre chantier le plus important à court terme. L’entrée dans le circuit de distribution-diffusion nous donnera beaucoup plus de visibilité à moyen terme.

Frédéric Dupuy : Personnellement, je crois que, en l’état actuel des choses, la meilleure solution pour être sur les étals des libraires, c’est de rentrer dans la boutique, de retirer poliment son manteau et de s’allonger sur les tables. Encore faut-il que le libraire soit d’accord.



2022 arrive à grands pas, quels voyages littéraires allez-vous nous proposer ?

Frédéric Dupuy : Là encore, nous te donnons la primeur de l’information. Le 14 janvier prochain, nous allons publier notre premier recueil de micronouvelles. Cent micronouvelles, pour être exact. Cent perles de causticité, de poésie et de jeux de langue. Nous avons décidé de l’appeler « Cent gouttes d’acide ». Tu pourras remercier Frédéric Gaillard et sa plume aiguisée pour ce coup de maître dont nous ne sommes pas peu fiers.

Thomas Fouchault : Nous allons ensuite accueillir deux nouveaux auteurs dans la maison, Silène Edgar et Gauthier Guillemin, qui nous ont soumis deux nouvelles fabuleuses. Au printemps, nous sortirons la prochaine novella d’Arnauld Pontier, « Merlin », qui après « Sur Mars » et « Dehors, les hommes tombent », nous offrira un nouveau voyage de toute beauté. Enfin, nous allons rééditer « Dans l’ombre des miroirs » de Marge Nantel en grand format, et offrir ainsi un écrin à la hauteur de ce bijou (prix Aventuriales 2019) d’ici au festival des Imaginales. Dans la foulée, nous sortirons la suite inédite de ce grand roman de fantasy : « La cité sous les Cimes ».

Pour ce qui est du second semestre, nous y travaillons !

Cent gouttes d’acide de Frédéric Gaillard - Facebook de l'auteur


Je vous laisse clore cet entretien…

Frédéric Dupuy : Merci à toi pour cet échange, et pour l’intérêt que tu portes à notre travail. J’espère que l’on pourra remettre ça à l’occasion. Ou te rencontrer, un jour, en chair et en os, lors d’un salon, d’un festival, ou à n’importe quelle occasion. Qui sait ? Un jour, peut-être, mettre un visage sur ce pseudonyme canin. D’ici là, je te souhaite les plus fabuleux des voyages littéraires. Promis, nous y travaillons d’arrache-pied.

Thomas Fouchault : Poil au nez. Ou à la truffe, pour les chiens concernés !


Le chien critique : un immense merci à vous.





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Mes avis sur quelques uns de leurs textes



Réponses au teasing que j'ai fait sur les réseaux sociaux


Jour 1 : Evangile Matthieu 11 15, en lien avec la dénomination de l'éditeur



Jour 2 : Clin d'oeil à l'agence de voyage littéraire


Jour 3 : le résultat de la multiplication de 11x15





La Faculté des Idées Noires

octobre 28, 2021


Sarigan, Marge Nantel, Paladine Saint-Hilaire, Sylvie Arnoux, Bruno Pochesci, Gwen Geddes, Louise Roullier, Emmanuel Quentin, Thomas Fouchault, Luce Basseterre, Arnauld Pontier, Aurélie Mendonça et Nicolas Le Breton, Editions 1115, 2021, 164 p., 2 € epub sans DRM

 

A quoi cela sert d'avoir 26 mains si elles sont toutes de GAUCHE ! (Groupement Abracadabrant et Ubuesque de la Chienlit Harmonieuse des Ecrivains)

Présentation de l'éditeur :

Avoir eu une enfance déprimante dans un village minier ne lui a pas suffi. Pat Poe veut toucher le fond, connaître les affres du doute et du désespoir, explorer la face obscure de l'humanité. Ne lui reste donc qu'une seule option : aller directement à la FIN, autrement dit la Faculté des Idées Noires, cette prestigieuse institution dans laquelle des étudiants en provenance des quatre coins du pays peuvent littéralement se vautrer dans le malheur. Jusqu'à l'issue fatale, dans le meilleur des cas. Mais s'il y a bien une chose à laquelle Pat Poe ne s'attendait pas, c'était de vivre une véritable aventure digne des plus grands héros, lui qui cherchait seulement un endroit où se lamenter en paix.



Mon ressenti :

Cadavre exquis. Même si j'avais déjà entendu cette expression, je pensais benoîtement qu'il s'agissait d'une référence aux enquêtes policières. Que nenni, la préface soigne mon ignorance et me donne la clé de compréhension : il s'agit d'une œuvre collective où chaque auteur écrit un chapitre en ne prenant connaissance que de celui qui le précède. L'éditeur nous conte comment l'idée à germer dans l'équipe des éditions 1115.
Me voilà déjà conquis après seulement deux pages mais j'avoue avoir un faible pour cette micro maison d'édition : des couvertures léchées, des auteurs de talents et un prix mini mini (2€ en epub, 10 en papier). De quoi se faire plaisir tout en découvrant certains auteurs. Mais trêve de compliments, que vaut ce texte où 13 auteurs mêlent leurs plumes.

Au nord, c'étaient les corons
La terre c'était le charbon
Le ciel c'était l'horizon
Les hommes des mineurs de fond…
Voilà qui commence bien, pauvreté dans un territoire peu exploré, mais de suite on part à la capitale.

Voilà une sorte de Harry Potter pessimiste, absurde et burlesque. Pas de place à la morosité, tir à vue dès qu'elle approche en sortant l'artillerie lourde du rire. Seul hic, le burlesque et moi ne sommes pas amis. Terry Pratchett m'emmerde à l'extrême et c'est le cas ici. Pas un livre pour moi, pas mon style. Le premier chapitre avec son humour plutôt noir m'avait emballé, puis la déprime est arrivé face aux aventures abracadabrantes. 
J'ai bien aimé tous les acronymes du bouquin, pleins d'imagination, surtout le GUD, le Groupuscule d’Ultras Demeurés, j'aime bien qu'on se moque des bas du Front.
Déçu donc de cette lecture dont j'attendais autre chose, mais je ne peux que saluer l'idée de faire ce cadavre exquis. En outre, chaque chapitre s'ouvre sur une petite illustration bien sympathique.
 

 

Au royaume des vivants

mars 25, 2021

Emmanuel Quentin, Editions 1115, 2020, 140 p., 1,50 € epub sans DRM


Il y avait bien quelque chose de pourri au royaume des vivants
 
Certains auteurs, des petites bites, nous offrent à travers leur polar une enquête. Emmanuel Quentin, lui, n'est pas de ceux-là, car ce n'est pas une, ni deux, ni trois, mais 4 enquêtes qu'il te propose. Le tout dans une certaine de pages. De là à dire qu'il en a une grosse, voici un pas que je ne franchirai pas.
 

Présentation de l'éditeur : 


Dans un futur plus ou moins proche, pour aller d'Hanoï à Rio de Janeiro en quelques minutes à peine, il suffit d'emprunter le réseau mondial des téléporteurs. Simple, pratique, abordable. Désormais, tout le monde peut franchir les océans en traversant une porte. Tout le monde, sauf les personnes du groupe sanguin AB négatif, et ce bien qu'aucune science ne soit capable d'expliquer pourquoi. C'est ainsi. Dominique Serin, enquêteur privé de son état, ne peut pas se téléporter. Pourtant, ça lui serait fort utile pour résoudre ces cas de disparitions qui l'obsèdent depuis des années. Car là encore, la science a échoué à résoudre le mystère de ces disparitions. Vraiment, il se passe des choses étranges au royaume des vivants.

Mon ressenti :


Un privé hypocondriaque se voit offrir une enquête qu'il délègue à son assistant sarcastique. L'occasion pour lui de se replonger dans de vieilles affaires non résolues.
Je me suis demandé une bonne partie du récit où voulait m'emmenait l'auteur, et la réponse est : me mener en bateau. Mais avec talent, car une fois la révélation finale faite, on tente de se remémorer les moments où l'on s'est fait avoir, de repérer les indices disséminés çà et là.
C'est aussi rempli de clins d'oeil et de références à d'autres oeuvres et certaines thématiques chères à la science fiction.
Difficile d'en dire plus sans manquer de dévoiler le pot aux roses, et même si le principal de ce texte concerne une enquête, la SF a bien toute sa place.

Un bon moment de lecture, un voyage littéraire - littéralement aussi - dans les genres de l'imaginaire comme sait nous offrir l'éditeur à prix doux.
Cela fait quelques textes courts de l'auteur qui me plaisent, reste à me lancer dans ses romans.

Comme d'habitude, même son de cloche chez le maki


Infiniment - Volontaires ! - Jack in the box - La Machine différente

août 13, 2020


Des ondes lumineuses, des dents plombés, une boite mystère et un automate, voilà des couvertures qui changent des lieux communs de l'imaginaire. Comme le contenu qui apporte souvent une approche différente des concepts science-fictif.






Infiniment - Louise Roullier, 2019, 32 p., 1€


Présentation de l'éditeur :

Infiniment est à la fois un récit court et une très grande histoire, celle d’un enfant né d’une éprouvette pour traverser les âges, celle du premier immortel. Une expérience qui va rapidement montrer ses limites, au détriment d’un enfant qui, lui, n’en a aucune.

Mon ressenti :

Ah, la quête de l'immortalité, une douce utopie... Mais qui devient réalité dans ce monde futur.
Un sujet classique traité de manière originale, je n'avais jamais lu une approche comme celle ci.
L'écriture et le style se rapprochent plus de la littérature blanche, mais nous sommes bien en terre SF avec la science et l'émerveillement face à l'infini. Même si j'aurais préféré un peu plus d'explications sur la particularité, je me suis laissé emporter par le récit, le mythe. Que demander de plus ?

Le maki en a eu le vertige..., et Feyd a goûté à l’infinie solitude cosmique

Volontaires ! - Bruno Pochesci, 2020, 32 p., 1€

Présentation de l'éditeur :

Destination : une planète lointaine, aux antipodes galactiques de notre système solaire. Un équipage trié sur le volet, au départ d'une station en orbite autour de Jupiter. Tout le monde est prêt à partir. À moins bien sûr qu'on ait omis d'exposer aux futurs explorateurs les réels tenants et aboutissants de leur voyage.

Mon ressenti :

Émotions censurées
J'en ai plein le container
Je m'accroche aux cendriers
M'arrange pas les maxillaires
Section rythmique, section de combat
Effets secondaires
C'est quelles séquelles
C'est tout ce qui me reste de caractère

Et des effets secondaires, il va en avoir pour ces volontaires chargés de coloniser de lointaines exoplanètes, grâce à la technologie du "bond" qui permet des déplacements instantanés.
Une nouvelle légère mais dont le twist, que je n'avais pas vu venir, nous montre très bien ce que signifie le terme d'engagement. A la relecture, on constate tous les indices que l'auteur nous avait pourtant laissé.
Quand au pourquoi des dents plombés de la couverture, il vous rappelleront bien des souvenirs...

Un maki guère enthousiaste


Jack in the box - Gwen Geddes, 2020, 32 p., 1€

Présentation de l'éditeur :

Direction : la petite ville de Perfection, dans le désert du Nevada. Ambiance : chaleur écrasante, virevoltants et routes désertes. Un drugstore abandonné au milieu de nulle part, et miraculeusement remis à neuf du jour au lendemain. Dans l'étrange boutique, une étrange boîte à vendre. Et dans la boîte...

Mon ressenti :

Boulot de merde pour vie de merde : devoir chaque jour vendre des assurances vie dans le trou du cul du monde afin de subvenir aux besoins de sa petite famille. Le tout au quatre coins d'un état américain et donc sans pouvoir profiter de ses gosses voici donc la triste histoire de Gary qui va prendre une dimension fantastique.
Sur un sujet très actuel, l'autrice nous montre ce qui se cache dans la boîte crânienne de Gary. Agréable à lire, mais les indices semés ici et là laissent présager trop rapidement la chute.

Une agréable lecture pour le maki


La Machine différente - Jean-Laurent Del Socorro, 2020, 32 p., 1€


Présentation de l'éditeur :

Destination : L'atelier d'Ada Lovelace et de Charles Babbage, à Londres, première moitié du XIXe siècle. Une machine vient de voir le jour. Une machine que Charles veut aussitôt débrancher. Ada s'y oppose. Cette machine est unique en son genre. Mais en quoi est-elle si différente ? Et quel sort peut attendre une machine si spéciale, à l'ère du romantisme et de la révolution industrielle ?

Mon ressenti :

Charles, Ada et Ana. Ana, Ada et Charles. Un vaudeville ? Non, ou alors à la sauce steampunk poétique et avec une machine différente dans le rôle de la maitresse !
Sur la thématique de l'éveil de la conscience et de la place des femmes, ce texte est assez banal. C'est surtout par la mise en scène de Ada Lovelace et de Charles Babbage, deux scientifiques ayant réellement existé qu'il tire son originalité. Malheureusement, je n'ai pas réussi à entrer dans cet univers trop peu développé à mon goût.
A noter, une préface de Karine Gobled, Mme RSF Blog, qui nous donne quelques éclairages historiques et bibliographiques. J'ai beaucoup aimé trouvé ce genre de paratexte, dont j'espère retrouver dans les prochaines publications de l'éditeur.

L’intérêt du maki a été éveillé

Et si vous voulez en apprendre plus sur Ada Lovelace gratuitement, il ne vous reste plus qu'à écouter La méthode scientifique qui lui est consacré : Ada Lovelace, la grande ordinatrice, du 26 septembre 2019


Dehors, les hommes tombent

avril 02, 2020

Arnauld Pontier, Editions 1115, 2020, 96 p., 1.50€ epub sans DRM


Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Alors, dehors, les hommes tombent...


Présentation de l'éditeur :

De notre civilisation, ne reste que des traces, des ruines, des monuments oubliés. Et un Semblant. Un Semblant qui parcourt la planète depuis des centaines d’années, à la recherche d’une voix, d’une chanson, d’un souvenir peut-être. Portant ses pas jusqu’aux confins de la mémoire, là où les territoires qui avaient un nom n’ont plus d’histoire, il lui faudra affronter ce que réserve le passé aux enfants de la fin des temps, dans une ultime tentative de corriger le cours des événements.



Mon ressenti :

Il est là, seul, à vadrouiller, à errer. Qui est il ? Où est il ? Que s'est-il passé ?
Des questions simples, une réponse qui l'est tout autant, mais il va falloir la chercher au plus profond de soi.

Au vue du pitch, je m'attendais un peu à ce que j'allais y trouver, mais est ce qu'il y aurait d'autres surprises ?
Nous sommes dans un texte post-apocalyptique qui prend les chemins de traverse : nous sommes loin dans le futur, peu d'action, et peu de personnages ! Très introspectif, la recherche du sens à la "vie", mais le bagout de l'auteur, distillant peu à peu les éléments de compréhension, et son message, nous prend dans son filet et il m'a été impossible de le lâcher avant la fin. 

Dire que l’on regrette n’a aucun sens, aucune légitimité. On ne peut pas regretter. On peut seulement dire que l’on réalise. C’est plus juste. Il n’y aura jamais de paix, jamais de fin. Jamais de pardon.

Dans la même veine que le roman L'oiseau d’Amérique (à lire absolument) et Le dernier de son espèce, il se dégage de cette novella une mélancolie non dénuée d'un certain espoir. Pas un espoir sur des lendemains qui chantent, les jeux sont faits désormais, mais la vie nous a montré maintes fois qu'elle avait toujours le dernier mot.
Il pourra aussi plaire à celles et ceux qui ont aimé le roman Un océan de rouille, pour peu que ce soit les parties sur l'Histoire qui vous ont emballé.

Ils n’ont pas compris qu’en observant leur présent, c’était déjà leur passé qu’ils regardaient; qu’il était déjà trop tard.

Le style est semblable au seul autre texte de l'auteur que j'ai lu, Sur Mars, et dégage une certaine poésie. Et aussi sa propension a utilisé un ou deux termes inconnus de moi, tel ce "ipséité" dont le dictionnaire de ma liseuse a refusé de m'en donner le sens.
Seul bémol pour ma part, je n'ai pas été surpris par ce que j'y ai trouvé. Mais peu importe, le voyage fut beau. 

Le mot de la fin, proposé par Acaniel, que je fais mien sans vergogne :
"Ce livre rassemble ce que nous étions, nous les Hommes, en nos derniers instants, comme une ultime lettre avant un adieu, pour expliquer ce que nous avons fait, pour partager nos erreurs."


Seul inconnue pour moi, ce message, hermétique, dont je ne connaitrais pas la réponse, l'édition epub n'étant pas "tâchée" !

Mise à jour du 03 avril : l'éditeur m'a fait parvenir gracieusement le pdf afin que je résous l'énigme.
Il y a 6 "tâches" dans l'édition papier, un petit plus qui vient enrichir et répondre au texte, sans être nécessaire à sa compréhension.
A vous de voir si vous préférez le papier ou le numérique.


Une interview de l'auteur sur le site de ActuSF

Un grand merci au Maki, sans qui ce billet n'aurait pas existé.


The Maki Project 2020


Bob, textile futé - Tout va bien, dormons tranquilles - Céder la place - Orwell m'a tu

mars 23, 2020

Editions 1115, 32 p., 1€ la nouvelle, epub sans DRM 



Pas un, pas deux, pas trois, pas 1115, mais 4 textes chroniqués ! Il est fou, le chien critique, il est fou !

Bruno, Emmanuel, Luce et Ménéas nous emmènent voyager dans des contrées actuelles ou dans un futur assez proche. Qu'ils s'interrogent sur la technologie, nos comportements alimentaires, culturels ou politiques, tous nous disent attention, chacun de nos actes à des conséquences. Réfléchissez 7 fois avant d'agir.

Bob, textile futé, de Luce Basseterre, 2018

Présentation de l'éditeur : Vous pouvez changer de peau, changer de style, revoir toute votre garde-robe ou endosser de nouveaux costumes. Ou vous pouvez aussi laisser faire Bob.
Bob peut tout changer pour vous, il peut vous transformer, littéralement. Mais attention, Bob ne connaît pas ses limites.
Et si, un jour, il allait trop loin ?

Mon ressenti :
Bob est un textile futé, très technique. Ici, pas question de juste écrire quelques caractères en surimpression, il s'agit d'un tissu révolutionnaire, comme une deuxième peau avec son identité propre. Mais peut-on faire confiance à Bob ?
Sans effet spectaculaire, l'autrice nous amène à réfléchir sur les innovations  technologiques plébiscités par les start-up, s'embarrassant peu de questions éthiques pour mieux se concentrer sur l'argent. J'ai bien aimé l'ensemble, les changements de point de vue sont bien amenés, mais j'aurais préféré un final plus percutant, et j'ai trouvé l'histoire un peu tiré par les cheveux.
Et  désormais, je vais regarder d'un autre oeil les nouveaux tissus technologiques.
La question que je me pose aussi, le Bob du titre est-il un clin d'oeil à Bob l'éponge ?

L'avis de Koyolite


Tout va bien, dormons tranquilles, de Ménéas Marphil, 2018

Empathie, quand tu nous tiens...

Présentation de l'éditeur : Notre héros sort du noir pour plonger dans l'inconnu. Et quel inconnu ! De mécanismes et de rouages, le monde autour de lui tourne comme une machinerie folle, prête à broyer les individus, sans d'autre fonction que de les trier, les ranger et les mener au terme d'un parcours implacable. Mais quel est le terme de ce parcours exactement ?


Pendant ce temps, les cons les plus légers croient que les Glaucons sont en train de leur apprendre à voler. Il leur manque quelques synapses pour comprendre que s’ils sont si légers, c’est parce que la connerie est un truc qui ne pèse que sur les autres.

Mon ressenti : Difficile de résumé le texte sans tout déflorer. Deux personnes se réveillent dans un lieu inconnu sans savoir pourquoi et qui ils sont.
L'auteur déjoue le trope de l'amnésie pour nous plonger dans une sorte d’allégorie sous forme de prise de conscience éthique autour des conséquences de nos comportements de consommation.
Je ne m'attendais pas à cette conclusion qui se révèle un peu trop rapidement pour être fulgurante. Mais c'est bien écrit et, pour moi, correspond à la SF que j'aime : savoir se mettre à la place de l'autre.
Et n'oublions pas, tout va bien, dormons tranquilles...

L'avis du Maki


Céder la place, de Emmanuel Quentin, 2019


Attention à vous lors de votre prochaine visite de musée virtuelle !

Présentation de l'éditeur : Il y a des moments dans la vie pour partir en voyage. Et d'autres pour visiter des endroits insolites. D'autres, encore, pour faire des rencontres qui vous glacent le sang. Et d'autres, enfin, pour céder la place, même si rien ne vous dit que vous la retrouverez en revenant. C'est vrai, si vous en revenez un jour...

Les bribes de conversation des autres participants nourrissent mon insatiable curiosité. Celle-là même qui, sans cesse, me pousse à disséquer le goût prononcé de mes congénères pour l’abject et le sordide.

Mon ressenti : Marre des visites virtuelles offertes par les musées qui se résument bien souvent à une bande son et une réalité virtuelle palote et nauséeuse ? Et bien, embarquez dans ces nouvelles visites 2.0 comme si vous y étiez et pénétrez dans un hôpital psy délabré où certains événements ...
Nous sommes ici a la lisière du thriller à suspense et de la SF. Si vous êtes une poule mouillée effrayée par le moindre bruit, passez votre chemin..
Ici encore, l'auteur déjoue la trame classique d'un lieu commun de la SF (difficile d'être plus explicite) pour nous amener dans des endroits qui font froid dans le dos. Brrr

L'avis du Maki, de Feyd Rautha


Orwell m'a tu, Bruno Pochesci, 2018

A lire avant de glisser votre prochain bulletin de vote

Présentation de l'éditeur
: Dans un futur proche, l'extrême-droite a pris le pouvoir. Réactionnaire et nationaliste, la France pourchasse et expulse tout ce qui n'est pas "bien de chez elle". Pendant des années, Daniel et Aïcha réussissent à passer entre les mailles du filet, jusqu'au jour où...

Comme la quasi-totalité de nos concitoyens, la lâcheté dont nous faisions montre au quotidien ne nous empêchait pas de vivre à peu près normalement.

Mon ressenti : La Marine a gagné, la France appartient enfin aux Français de souche et l'on suit le quotidien d'une famille bien de chez nous lors du Grand Repli.
En une trentaine de page, Bruno Pochesci nous dépeint cette France française dont on a eu maintes fois l'occasion de lire ici ou ailleurs. Cependant, il y apporte sa touche personnelle, la caricature, l'humour et les bons mots (xénophobonniche, aryanité-cassoulet). Et malgré l'outrance, l’auteur n'oublie pas de nuancer le comportement de son personnage.
Comme souvent chez l'auteur, le sexe n'est pas bien loin, mais ici, il a son utilité dans le récit.
Assez classique, la fin m'a tout de même bien chamboulé par sa brusquerie.
Une nouvelle à chute, comme on les aime, enfin façon de parler...

L'avis du Maki et de Vert
The Maki Project 2020
Fourni par Blogger.