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Mars la rouge

octobre 14, 2022

Kim Stanley Robinson, Presses de la Cité, 2018 (1ère parution VO : 1993), 660 p., 14€ epub


"Nous partîmes... Nous étions une poignée
Bientôt ça débordera sur les trottoirs"
Léo Ferré, Il n'y a plus rien


Présentation de l'éditeur :

Demain. Cent pionniers s’embarquent à bord de l'Arès, un immense vaisseau spatial dans lequel ils vont voyager une année entière. Leur destination ? Mars. Seul un homme y a déjà posé le pied, John Boon, légende vivante qui s'est porté volontaire pour ce second voyage, sans espoir de retour vers la Terre. Car les hommes et les femmes de l'Arès devront aller au-delà de l'exploration : ils devront rendre habitable ce monde hostile, descendre dans ses canyons pour y chercher de la glace, ensemencer les vallées où coulèrent des fleuves, braver le désert pour y inventer de nouvelles villes avec des matériaux nouveaux. Mais ils devront surtout affronter leurs différences politiques et religieuses pour recommencer l'Histoire.

 

Mon ressenti :

Mars est enfin accessible et 100 femmes et hommes sont envoyés sur place pour préparer la colonisation et la terraformation.

Après des années à avoir entendu parler de ce roman, le must sur Mars, il fallait bien que je tente le coup. C'est aussi une découverte d'un auteur que je n'avais jamais lu. Après 600 pages, le constat est sans appel : c'est long, très long. J'ai pu me balader, en long, en large et de travers sur Mars, mais après le énième volcan et le énième canyon, ça devient vite gonflant. Je me suis retrouvé comme dans le roman Autour de la lune de Jules Verne, avec des descriptions sans fin, un cours de géographie et de géologie, mais sans diaporama et un professeur très austère. Mais heureusement, entre ces puits d'un insondable ennui se trouvent quelques oasis. Peu.

L'un des autres reproches que j'ai à faire, c'est que tout va trop vite malgré que le roman soit un pavé et le premier tome d'une trilogie. Les cent arrivent et construisent via des robots et des robots usines qui se répliquent, sans soucis. Il y a bien deux trois hiatus, mais vite surpassés. On construit la base, puis une ville puis une autre puis une autoroute. Puis ... Un ascenseur spatial ? Cool. On détourne un météore et on place des usines robots et hop c'est fait ! J'avais entendu dire que ce roman était hard SF, il l'est par certains côtés, mais côté technique, c'est plutôt je veux un truc et il existe.
Tout va trop vite en géopolitique aussi. Même pas arrivé sur place, des dissensions se font jour et une fraction veut tout envoyer balader et poursuivre ses seuls objectifs, une utopie. J'imagine très bien une sélection intensive de ces astronautes qui sélectionne des révolutionnaires en puissance.. Les personnages sont assez vite croqués et j'ai eu un peu de mal à faire la différence entre eux.

Malgré ces nombreux bémols, l'envie de balancer le bouquin m'est rarement venue à l'esprit. Car c'est un périple PHENOMENAL qui se déroule sous nos yeux, un terrain de jeu magnifique dont les divers protagonistes veulent tirer le plus de profit. Une utopie impossible face aux enjeux politiques des diverses puissances mondiales. Une expérience en temps réel pour construire le monde de demain dans les multinationales aux dents longues et prenant le pas des États.

Bref, ce fut long, chiant (j'imagine comme sur un voyage sur Mars), mais on en ressort avec des étoiles plein les yeux. Et au final, l'envie de lire la suite est bien présente.

F.E.L.I.N.E. : Le Vaisseau noir

septembre 08, 2022

 

Arnauld Pontier, Rivière blanche, 2020, 404 p. (110 p. ce tome), 30€ papier


Le tome 1 a été dévoré, le second englouti en une bouchée. Qu'en sera t'il de ce final ?

 

Présentation de l'éditeur :

Lars Hamilton, alias Lothar Milton, ex-Conseiller général de la Fédération, Maître de l’organisation déviante Arach, responsable de trois génocides planétaires, reste insaisissable.. Mais si, grâce à ses multiples avatars, il a pu jusqu’à présent échapper à la F.E.L.I.N.E. : la Force d’Elimination, de Libération et d’Intervention Nano-Equipée, échappera-t-il au capitaine Saronis et à son extraordinaire VAISSEAU NOIR ?
Avec l’aide de ce partenaire inattendu et surprenant, la F.E.L.I.N.E. a enfin une chance de vaincre l’ennemi public numéro Un et d’en apprendre un peu plus sur sa propre histoire et sur les mystérieuses Meyres qui l’ont enfantée. A moins que tout ne soit pas si simple…

 

Mon ressenti :

On retrouve Féline dans une étrange situation : elle semble avoir perdu la mémoire, du moins perdre le fil des évènements et elle se trouve dans un étrange vaisseau, noir... Je ne vous en raconte pas plus pour ne pas dévoiler certains éléments de l'intrigue. Tous les ingrédients ont été placés dans les deux tomes précédents, reste donc à savoir que donnera ce dessert. Le constat est simple, ça se lit aussi facilement que les autres, on retrouve avec un réel plaisir nos différents protagonistes et on se demande quel final va nous réserver l'auteur.

Pour être tout à fait honnête, j'ai trouvé ce tome un peu en deçà, je m'attendais à plus de retournement de situations, plus de surprises. Mais que voulez vous, l'auteur avait mis la barre tellement haut. Alors un poil déçu mais heureux d'avoir pu continuer l'aventure. Dans les autres tomes, tout se tenait, s'assembler à la perfection alors qu'ici j'y ai trouvé un ou deux Deus ex machina.
J'ai surtout apprécié les légères pointes d'humour du récit et le renforcement des personnages et de l'univers. La fin, par ses quelques citations, permet si il était nécessaire de faire le lien avec l'actualité du transhumanisme et de la singularité. 

Une nouvelle clôt l'ensemble, sous forme de synopsis à l'ensemble et permettant aussi d'en apprendre plus sur la fameuse race des lyxiens, de farouches guerriers ressemblant fortement à des félins ! Mais n'allait pas faire de vilains jeu de mots en les comparant avec des chats, pour ne pas écourter votre vie.

Cette trilogie a été un plaisir de lecture que je n'avais pas rencontré depuis longtemps. L'auteur nous pond un univers sans nous bassiner avec un trop plein d'explications. Son monde tient par son récit et ses protagonistes.
J'y ai vu un peu du Andrea Cort dedans, sans le côté enquête bien que...


Fabien Lyraud dans sa postface conclue ainsi et je ne peux qu'approuver. 

Alors ne vous fiez pas à la couverture, l'auteur se joue des codes machistes des pulps originels et c'est ce que j'attends exactement d'un pulp publié de nos jours. Il renouvelle le genre. Le style est simple, au service de l'intrigue mais l'économie de mots, la facilité à conter les aventures ne doivent pas vous trompez, il y a du talent derrière.
Et si le mot pulp te fait peur, je te rassure, il faut juste le prendre comme synonyme de lecture doudou, plaisir, simple mais pas simpliste. Lorsque j'ouvre un roman, je veux qu'il me raconte une histoire, que j'y crois et que je n'ai d'autres envies que de lire encore un chapitre supplémentaire. Et l'air de rien, l'air de ne pas y toucher, me permet de réfléchir sur quelques sujets. Comme le dérèglement climatique où en un seul paragraphe Arnauld Pontier t’assène que le seul bilan qu'il faudra en tirer, c'est que les hommes auront fait le choix de trouver un moyen technologique pour se tirer de cette planète fichue. Du bien consommable. On jette et on recommence.

 

Mon avis sur le premier tome 
Mon avis sur le second


Lu dans le cadre du
Summer Star Wars – Obi-Wan Kenobi
 
 
S4F3

 

F.E.L.I.N.E. : L'Équilibre de l'Extinction

juin 26, 2022

Arnauld Pontier, Rivière blanche, 2020, 404 p. (130 p. ce tome), 30€ papier

 

Comment nous faire oublier le monde qui nous entoure en nous plongeant dans un récit addictif ?
La leçon d'Arnauld Pontier !


Présentation de l'éditeur

On ne sait presque rien des Meyres. Peut-être ne sont-elles qu’une légende, un mythe, l’invention de quelque prosateur, qui n’aura laissé aucune autre trace dans l’Histoire ? Ou bien l’univers, en naissant, il y a quinze milliards d’années, a décidé de les enfanter. Leur mission est de veiller à L'Équilibre de l'Extinction.
Afin de pourchasser Lothar Milton, le Conseiller général de la Fédération, qui, en détruisant la planète Laméo, a rompu cet équilibre, elles vont prendre le contrôle du Central et créer une arme redoutable, humanoïde, la F.E.L.I.N.E. : la Force d’Élimination, de Libération et d’Intervention Nano-Équipée.

 

Mon ressenti :

Un monolithe vieux de plus de 10 000 ans, avec dessus des inscriptions dans une écriture qui n'existait pas à cette époque, qui semble provenir d'un peuple, les Meyres (mythique ou alien ?). Dans le même temps, la découverte d'une planète habitée par des individus dont la beauté est irrésistible.

Voici comment débute ce deuxième tome, qui est en fait un préquel : Comment tout cela a commencé ?
Le jeu de dupes débuté dans le tome 1 ne fait que se renforcer. Le méchant est il vraiment si méchant ? ou n'est ce pas lui le gentil de l'histoire ? mais il se pourrait que le troisième comparse soit plus gentil. Ou... L'auteur laisse tomber des indices, qui se révèleront faux ou pas...
Les zones floues du premier tome s'éclairent et on est face à une belle construction. Un monde régit par une intelligence artificielle plus à même de décider rationnellement de ce qui est bien ou mal pour l'humanité. Certains sont d'accord, d'autres pas. Est ce cela une démocratie ?

Ça se lit tout seul, un thriller SF comme j'en redemande. Ce tome est un peu plus calme, prenant le temps de nous donner les clés de cet univers. Et peu à peu, on s'interroge sur le bien fondé du clonage et du transhumanisme.
En conclusion, j'ai hâte de lire le final, tout en me demandant comment l'auteur va encore me rouler dans la farine. 
 
Mon avis sur le second tome
Mon avis sur le dernier

Lu dans le cadre du

Summer Star Wars – Obi-Wan Kenobi

S4F3



Confessions d’une séancière

mars 16, 2022

 

Ketty Steward, Mü éditons, 2018, 192 p., 5€ epub sans DRM

 

Moi aussi lecteur, je me confesse : ce livre m'a ensorcelé. Et j'en redemande.

Présentation de l'éditeur :

À la faveur d'une nuit étoilée, la Séancière t'ouvre les portes de son île. Tu devras emprunter une langue de sable interminable à travers l'océan et braver bien des dangers. Tu entends déjà Manman Dlo t'appeler par ton prénom. Sa voix t'attrape le coeur et ne le lâche plus. Papa Dlo marche à ta rencontre au-dessus des flots, te désignant du bout de sa canne la crique où tu trouveras tout ce que tu cherches et, peut-être aussi, ce que tu fuis.

 

Mon ressenti :

Avant toute chose, c'est quoi une séancière ? 

Chamane du rite quimbois, religion proche du vaudou.
source : wiktionary

Nous voilà donc en pays créole avec les confessions d'une séancière, une personne qui doit bien connaitre les us et coutumes des Antilles et avoir plein de témoignages de la vie dans les Antilles. 

Ce que j'ai beaucoup apprécié ici, c'est la manière de traiter le sujet sans exotisme. Nous sommes aux Antilles, c'est tout. Nous ne sommes pas dans les pas d'un métropolitain découvrant un pays étranger. Nous sommes les Antilles. Donc si tu aimes voyager grâce au Club Med, tu risques de découvrir un pays, une culture autre. 

Confessions d’une séancière est un recueil de courtes nouvelles, entrecoupées de poèmes. Nous sommes face à des tranches de vie, de culture et surtout de sorcellerie. Pas celle des films d'horreur ou fantastique, celle que l'on ne sait pas si cela vient de nous, de la malchance ou d'un sort. Du fantastique réaliste avec ce qu'il faut de mystères, Tout n'est pas dit, les histoires peuvent avoir plusieurs significations, ce sont des contes ou des récits pour prendre garde.
Ketty Steward nous offre aussi des confessions actuelles, la place de la femme dans la société, la place de l'autre, de l'étranger, des croyances... Pas de Il était une fois.

J'ai commencé ce livre, je suis parti à quelques milliers de kilomètres, j'ai réellement voyagé, une escapade littéraire et poétique, cruelle parfois, avec quelques pointes de légèreté.
Cinq euros, c'est donné !


Un mélange de prose et de poésie réussi qui en fait une lecture des plus accaparante selon Maman. Ketty Steward nous parle de quelque chose d’universel complète Anouchka

Havensele : Cité noire

novembre 09, 2020

 

Charlotte Bona, RroyzZ éditions, 2018, 387 p., 5€ epub sans DRM

 

Le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions.

 

Présentation de l'éditeur :

Je me nomme Cité. Je ne suis pas humaine. Je vis dissimulée dans les profondeurs de la terre d’Islande. Je me suis éveillée à la fin d’une de vos guerres, happée par la douleur de ceux qui avaient connu vos camps de la mort. Votre pouvoir de destruction à Hiroshima et Nagasaki m’a terrifiée. J’y ai vu votre avenir : un chemin semé d’hécatombes jusqu’à votre complète extinction. Je suis une mère, une louve pour mes enfants, mes humains appelés dans leurs rêves et transformés par mes soins. Eux seuls survivront à l’apocalypse nucléaire. Nous sommes en 2021 et je demeure votre unique espoir.



Mon ressenti :


Commençons de suite par les sujets qui fâchent : une couverture Hum Hum, à croire que les petits éditeurs veulent à tout prix conserver leur relatif anonymat; et à l'intérieur, une société secrète, des pouvoirs psychiques, de quoi me faire lever les yeux après quelques lignes.
L'autrice avait cependant éveillé mon intérêt en parlant d'eugénisme dans son interview, j'ai pris mon courage à bras le corps pour continuer. Et tomber sur un début d'histoire d'amour, une belle scientifique anorexique adepte de sport de combat (lever des yeux, bis) et son beau mâle ténébreux et musclé (lever des yeux, ter). Dans ses bras, elle va oublier son douloureux passé (lever des yeux, quater) et renaitre femme (lever des yeux, quinquies). Des scènes de bisous (lever des yeux, sexies), de caresses (lever des yeux, septies) et un peu de sexe (lever des yeux, octies).

Il saisit son visage entre ses mains, ces mains si fortes, et l’embrassa avec délicatesse. Elle lui rendit ses baisers, puis s’enhardissant, se colla contre lui. Elle aimait son odeur qui évoquait le vieux cuir, si masculine et si sensuelle. 

Mais, entre ces levers d'yeux, des bons moments de lecture.
Premièrement, les personnages ne sont pas tous aussi stéréotypés que ce que j'en disais, ils sont hétérogènes et représentent la société dans leur diversité. Les noirs ne sont pas voleurs, ni violeurs, les arabes ne sont pas d'affreux terroristes, les homosexuels ne sont pas des folles... et l'autrice parle du racisme. D'autres aspects sociétaux sont parsemés ça et là.
La thématique de l'eugénisme est présente, sous la forme d'une sorte d'utopie qui semble virer vers la dystopie. Le consentement est aussi à l'ordre du jour, bref, des thématiques actuelles dans une société cosmopolite et diverses.

Deuxièmement, Charlotte Bona sait mener son intrigue, qui se densifie au fur et à mesure et prend un tournant différent de ce que je pensais. Plusieurs fois, j'ai du combattre le sommeil, arriver en retard au boulot, annuler une séance de muscu, pour continuer à lire un peu plus longtemps.
Les ressorts et personnages se nuancent, prennent de l'amplitude et se dévoilent peu à peu. Un bon page turner une fois zappé l'histoire sentimentale.

Au final, le récit prend une saveur beaucoup plus sombre au fil des pages. Pour une première publication de l'autrice, elle a réussi le test, même si le livre n'est pas tout à fait indiqué pour mes goûts, trop bit-lit par moment. Ce premier tome de cette trilogie se terminant par un retournement de situation, direction le tome deux avec Cité Blanche, en espérant que les promesses d'une tournure plus dystopique se fassent jour et que la romance s'estompe.
To be continued...

Lu dans sa version électronique qui n'a pas à rougir devant les versions parfois foutage de gueule de certains grands éditeurs de l'imaginaire. Seuls deux trois mots/phrases sont suivi d'un astérisque sans correspondance. Le problème a été signalé à l'éditeur.

Pour faire plus ample connaissance avec l'autrice, direction son entretien réalisé en septembre 2020

Mon avis sur le tome 2


Les oubliés d’Ushtâr

juillet 08, 2020

Emilie Querbalec, Nats éditions, 2018, 468 p., 5€ epub sans DRM (promo à 2€ jusque fin août 2020)


Pierre, ciseau, feuille,
Une main tendue pour un rendu,
Vaut mieux que doigts perdus !

David contre Goliath, qui va gagner ?


Présentation de l'éditeur :

Ushtâr, planète-océan des confins.
Lorsque, après une guerre aussi brève qu’inégale, le Gouvernement tombe aux mains du régime autoritaire et ultra-patriarcal d’Albâr, Gul-Yan n’a d’autre choix que de fuir avec les autres Infants. Objectif : sauver la Gemme de Vie, dépositaire de la mémoire de son peuple. Mais cette évacuation ne se déroule pas comme prévu… Dans les méandres d’une cité à moitié engloutie, la traque commence. Or, rien n’arrête les Nadjams, ces soldats programmés pour tuer.
Rien, sauf peut-être l’Arme-Vie. Mais celle-ci n’est-elle pas une simple légende ?

Mon ressenti :


Emilie Querbalec sort, en automne comme il se doit, son dernier roman chez Albin Michel Imaginaire, avec un joli titre "Quitter les Monts d’Automne", une belle couverture et un pitch faisant allusion aux écrits d'Ursula Le Guin. Assez pour m'intriguer et aller fouiner du côté de son premier roman.
En outre, et surtout, elle me permet de cocher la case Bretagne du Défi Cortex alors qu'elle n'est pas originaire de cette région. Donc pour la remercier, j'ai décidé de me pencher sur ses oubliés.

Cela commence assez violemment par un abordage de vaisseaux, mais l'écriture et le style laisse présager autre chose que le Space op des années 70. Et j'ai été particulièrement étonné de cette plume pour une autrice inconnue avec seulement quelques nouvelles à son actif.

Pureté, force et spiritualité, songea Pi-Yan avec écœurement – un symbolisme qui justifiait les pires atrocités

Mais au delà de cet aspect purement littéraire, est ce que l'histoire nous emporte avec elle? Assez classique sur le fond, c'est le worldbuilding et l'ambiance générale qui m'ont surtout agréablement étonné. Deux planètes, trois cultures différentes qui vont s’affronter. Alors que j'avais peut d'un roman initiatique, on découvre peu a peu ces deux sociétés qui se font la guerre et dessine par moment de manière assez juste les gens de la haute et le peuple, leurs manières différentes de voir la vie. Et d'un objet assez banal, une gemme qui orne le front de certains membres du peuple, l'altérité se fait jour.

Loin d'être sans défauts - des erreurs de jeunesse ? - avec une intrigue un peu fluctuante, une fin plus que brouillonne, et des ruptures de style entre un texte descriptif mais poétique et des scènes d'action, bien faites, mais dont l'écriture est trop différente. L'impression aussi que l'autrice ne savait pas trop dans quel direction faire aller son texte, qui est à la lisière du space/planet opera, et du récit initiatique.
Mais les sujets abordés, domination masculine, libre arbitre, religion, pouvoir et société égalitaire étaient assez forts pour faire oublier ces faiblesses.

A voir si Emilie Querbalec transforme l'essai avec son prochain roman, même si ce qu'en dit son éditeur me laisse dubitatif :

C’est un roman de science-fiction a priori très classique qui navigue dans les eaux douces de Robert Silverberg et d’Il est difficile d’être un Dieu des frères Strougatski. Pour moi la vraie singularité du texte vient de la collision d’une influence miyazakienne avouée et d’un érotisme, assez cruel, justement totalement absent de l’œuvre de Miyazaki. Quitter les monts d’automne est très sensuel.
Source : Albin Michel Imaginaire





Pop-up Lune

juin 08, 2020

Anne Jankeliowitch (Auteur), Annabelle Buxton (Illustrations), Olivier Charbonnel (Contributeur), La Martinière, 2018, 22p., 23€


Alors que le privé se prépare à se lancer dans l'exploitation de notre satellite, comment parler à nos chiards de la Lune ?
Quoi de mieux qu’un superbe livre pop-up pour éveiller les imaginaires ?


Présentation de l'éditeur :


Ouvrez ce livre, et laissez la magie de la Lune entrer dans la pièce. Au fil de superbes tableaux en relief, découvrez comment elle s'est formée, à quoi ressemble sa face cachée, quels pouvoirs on lui attribue, pourquoi sa forme évolue au cours des mois, comment fonctionnent les fusées... et beaucoup d'autres choses !


Mon ressenti :


Lorsque nous étions mômes, les livres pop-up nous ont fait écarquiller les yeux d'émerveillement. Couplé à un sujet tel que la Lune, attention au feu d'artifice visuel. Car à l'ouverture, c'est beau, très beau, on s'en prend plein les mirettes. Déjà, le livre (format BD) semble solide, et les illustrations et pop-up sont splendides.



5 pop-up double page sont de la partie : création du satellite, les différentes phases, notre système solaire, les premiers pas et une possible base lunaire.



Mais ce livre jeunesse n'est pas que beau, il regorge d'informations scientifiques très bien vulgarisées. De petits encarts expliquent son histoire de manière didactique. On explore aussi l'imagerie qui lui colle à la peau à travers les différentes croyances qui lui sont rattachées. Ou encore les formes d'éclipses possibles ou comment fonctionne une fusée.



Je ne sais pas si vous avez déjà tenté d'expliquer pourquoi on voit toujours sa même face, que ce soit à vos enfants ou à des adultes, mais ici, avec deux cercles en carton, c'est clair et net.
Arriver à rendre compréhensible tous ces détails en quelques lignes est un exploit parfaitement réussi ici.



L'éditeur indique une tranche d'âge de 6 - 9 ans, tout dépendra du nombre de neurones de ton môme, et surtout de sa dose possible d'émerveillement...



Beau et intelligent, c'est un véritable coup de coeur pour moi.

J'avais découvert ce livre grâce au blog Cunéipage








Olangar : Bans et Barricades

mai 11, 2020

Clément Bouhélier, Critic, 2018, 400 p. (tome 1), 448 p. (tome 2), 15€ le tome epub sans DRM





C'est la lutte finale...
Ou comment transposer Germinal dans un univers de Fantasy.


Présentation de l'éditeur :



Dix-sept ans ont passé depuis la bataille d'Oqananga, où la coalition entre les elfes et les hommes a repoussé les orcs par-delà les frontières. A l'approche des élections, Olangar est une capitale sous tension, véritable poudrière où seule manque l'étincelle. Tandis que les trois candidats noircissent les journaux de leurs promesses, les ouvriers s'épuisent dans les usines, les accidents se multiplient sur les chantiers navals et la Confrérie des nains menace d'engager un mouvement de grève d'une ampleur sans précédent.
Leur meneur, Baldek Istömin, ira jusqu'au bout. Au même moment, Evyna d'Enguerrand, fille d'un ancien seigneur de guerre, débarque en ville pour chercher la vérité sur la mort de son frère, assassiné au Grand Mur dans d'étranges circonstances. Pour l'aider, elle fait sortir de prison Torgend Aersellson, un elfe banni par les siens et vieil ami de son père. Ensemble, et avec l'aide de Baldek, ils se lancent dans une enquête acharnée qui les mènera des bas-fonds de la cité aux confins du royaume, là où l'ombre des orcs menace encore.



Mon ressenti :


Des nains cégétistes revendicatifs, des trolls immigrés bouc émissaires, des elfes individualistes et conservateurs, et des hommes, la pire engeance ?

Le conflit, ça signifie aussi des cadavres sur le pavé, et des gamins sans père et sans mère. Tu devrais essayer de pas l’oublier.

J'ai dévoré ce roman en moins de temps que de l'écrire. De l'action, du thriller, de la politique, du suspense. Bref, un concentré de page turner bien troussé. Des méchants bien méchants et fourbes, des politicards ne pensant qu'à leur réélection.
En fait, c'est notre monde transposé dans un univers fantaisie. On croirait voir les Macrons et autres populistes prêt à tout pour accéder au pouvoir ( ce qui ne doit pas être un hasard, comme les sans-dents).
Et ça marche, l'auteur n'oubliant jamais son histoire au détriment de la diatribe.

Une société qui accepte de vivre sur l’écrasement de certains de ses membres ne mérite pas mieux. Elle est coupable dans son ensemble…

Je ne suis pas un adepte de la fantasy, mais l'auteur a su me prendre dans ses filets. Pas de magie ici, il y a des armes à feu, des canons, et même une attaque de trains, on se croirait parfois en plein western situé en révolution industrielle.
Les races imaginaires deviennent ici bien réel, l'imagerie folklorique est rebattue : même si les nains travaillent dans des mines, ils le font sous le joug d'un patronat qui n'a rien a envié à un Germinal.
Lutte des classes et des races, les revendications sociales trouvent ici un souffle épique et somme toute assez nuancée, les personnages étant avant tout des individualistes mais leur combat est pour un monde plus juste.
La thématique sociale est assez variée, que ce soit au niveau de l'environnement/écologie, ou la place accordé aux, aux une au aux autres. Mais je vous laisse découvrir...
Je savais que la SF politique existait, Clément Bouhélier me montre que la fantasy politique existe aussi. Et j'en redemande.

La cité de Olangar nous est présentée sans verser dans des descriptions longuettes, mais par petites touches. On s'y promène du port aux auberges malfamées, des lieux de pouvoirs aux officines des basses oeuvres. Une ville qui lorgne peu à peu vers la révolution industrielle.

Les plus aisés profitent du fleuve tel qu’il sort de la montagne. En bas, les quartiers ouvriers doivent se contenter d’une eau chargée des détritus et excréments des hauteurs de la capitale. Un siècle plus tôt, la Révolution a accouché d’une monarchie constitutionnelle démocratique, mais elle n’a pas aboli les clivages sociaux. Dans les provinces du Sud, depuis longtemps, la vieille noblesse a renoncé à bon nombre de privilèges. Ici, à l’inverse, elle semble les afficher ostensiblement et s’y accrocher comme un chien à son os. Et qu’importe le terrible symbole de la richesse qui prospère au-dessus de la misère.

Source


Une fois la dernière page tournée, j'ai embrayé de suite avec le second tome, qui est sa suite directe et qui pourrait se résumer ainsi :

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis.

Un tome plus introspectif et plus axé sur le jeu politique, les révélations se feront peu à peu sur Olangar et sa clique au pouvoir.
Moins flamboyant, ce tome permet de prendre plus connaissance avec nos compagnons de route, l'occasion d'en apprendre plus que les semi-hommes et les peaux vertes et de quitter la capitale pour visiter la région. Cap sur la ville de fer, une usine métallurgique géante, une fournaise ou les hommes, nains, elfes et orcs suent sang et eau.
C'est aussi l'occasion d'aller vers l'ouest, vers ce mur (Usa et Mexique ?) fait pour que les orcs ne rentrent pas sur le royaume, quelque-chose semble s'y terrer et éveiller les intérêts des puissants.
Une fin un peu plus crépusculaire, laissant présager une époque plus moderne.


Seul ombre au tableau, le prix : 30 euros en numérique pour les deux tomes, c'est encore le patronat qui va en profiter !

Le diptyque se transforme en trilogie, Une cité en flammes devrait sortir sous peu (18 juin ?), et la trilogie se transformer en tétralogie en cours d'écriture (source Facebook de l'auteur)
Mais comme Bans et Barricades 1 et 2 ne forment qu’un tout, Olangar est donc une trilogie.
Étonnant non ! Pas trop, Baroona nous avait fait deux jolis billets sur la "trilogie" Rois du monde de J.-P. Jaworski: partie 1 - partie 2
Cependant, Bans et barricades 1 et 2 peut se lire de manière totalement indépendante du reste, le roman concluant toutes les pistes, tout en restant ouverte à l'imagination et aux suites..




Clément Bouhélier répond aux questions de Dyonisos et d'un troll


Petite recension des avis avis des uns et des autres, en commençant par celle d'Apophis, celui qui m'avait donné envie de lire ce livre

une Fantasy aussi originale et de bonne qualité ne se rencontre pas tous les jours !

Clément Bouhélier est de la trempe d'un Frédéric H. Fajardie ou d'un Serge Lehman. Ces deux auteurs n'ont jamais hésité à écrire, qui des polars qui de la Sf, où la politique était certes vitale aux intrigues, mais jamais au détriment du divertissement et de l'évasion. Clément Bouhélier non plus.
Artemus Dada

Clément Bouhélier signe avec le premier tome de ce diptyque un roman et un univers très prometteurs

Olangar est non seulement un roman prenant avec une intrigue addictive et rythmée mais aussi un texte intelligent

Un premier tome très réussi et plein de surprises

Cette première partie se lit avec un plaisir non dissimulé

Bonheur™

avril 16, 2020

Jean Baret, Le Bélial, 2018, 340 p., 10€ epub sans DRM




Sommes nous fait pour le bonheur ?

Présentation de l'éditeur :

Demain. Quelque part dans la jungle urbaine…
Il ouvre les yeux. Se lève. Y a du boulot…
« Avez-vous consommé ? » Il contemple l’hologramme aux lettres criardes qui clignotent dans la cuisine sans parvenir à formuler la moindre pensée.
« Souhaites-tu du sexe oral ? »
La question de sa femme l’arrache à sa contemplation. Il réfléchit quelques secondes avant de refuser la proposition : il a déjà beaucoup joui cette semaine et il n’a plus très envie. Sans oublier que le temps presse.
Sa femme lui demande de penser à lui racheter une batterie nucléaire. Une Duracell. Il hoche la tête tout en avalant son bol de céréales Weetabix sur la table Microsoft translucide qui diffuse une publicité vantant les mérites d’une boisson caféinée Gatorade propice à l’efficacité. Il se lève, attrape sa femme, lui suce la langue pendant de longues secondes, puis enfile sa veste Toshiba – son sponsor de vie – et se dirige vers la porte. Dans le ciel encombré, sur les façades des tours, sur le bitume, ou simplement à hauteur d’homme, des milliers d’hologrammes se déplacent lentement au gré de courants invisibles au cœur des monades grouillantes.
Il est flic. Section des « Crimes à la consommation », sous-section « Idées ». Veiller à la bonne marche du monde, telle est sa mission. Autant dire que la journée promet d’être longue...

Mon ressenti :


Tout le monde a le droit au bonheur, que tout le monde a le droit de définir ce qui, pour lui, correspond au bonheur, que c’est du fascisme que de décider pour les autres de ce qui est bon pour eux. Le marché s’autorégule en répondant aux désirs de tous.

Futur, le bonheur est à portée de main.
Le seul impératif consommer. Chaque heure, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque semestre, chaque année...
Tour est sponsorisé, ta vie, ton nom, tes vêtements, ta bagnole...
Mais attention, si tu ne consommes pas. Les flics sont là . Et si tu préfères regarder la nature, profiter du soleil, des chants d'oiseaux, des abeilles qui butinent, des papillons qui papillonnent, du temps qui passe,... les flics sont là.
Toshiba est flic, une vie privée épanouie, sa femme lui propose chaque matin un moment de sexe oral. Mais malgré ce bonheur, il y a comme un truc qui le chagrine, alors il la tabasse, pour passer son mal être, pour aller mieux, pour être maître de son destin.

Un autre spécialiste reconnaît que, même si des drames humains se cachent derrière ces mécanismes économiques, et que c’est une chose bien triste en vérité, que de voir tous les cinq ans revenir à l’attaque une vieille dette qu’on ne peut toujours pas payer, du moment que faire de l’argent sur ce phénomène est possible, ce dernier est socialement acceptable. Il ajoute que, tout comme l’extrême pauvreté et le charity business, les maladies incurables et la recherche médicale, la mort et les pompes funèbres, tant que des crédits circulent, que des emplois et des richesses sont créés, ces phénomènes, aussi déplaisants soient-ils pour ceux qui les subissent, font partie de notre société et doivent être acceptés comme tels.


Imagine : une société où tu peux être ce que tu veux, sans entraves. Tu peux être accro à la muscu et aux amphets, être zoophile, être nécrophile, être fan de tricot ou être fan de broderie, être tout ce que tu imagines, la société te protège car TOUT LE MONDE A LE DROIT AU BONHEUR !
Seul impératif, que ça fasse marcher l'économie, toujours consommer. Toujours. Tout le temps. Les flics du détersif veillent. Flics bien entendus discriminants, violents et remplis de préjugés.
Le libéralisme avant tout.

Tandis que Minute Girl recueille les propos tout aussi décousus d’un copain de lycée du tueur, un spécialiste reconnaît que ces tueries adolescentes posent un vrai problème social, dans la mesure où personne n’a réussi à trouver comment monétiser ce mouvement. Il se félicite de ce que, heureusement, les paris, qui sont depuis longtemps libéralisés, permettent au moins aux citoyens de faire circuler quelques crédits en misant sur le nombre de victimes de la prochaine tuerie, le lieu où elle se déroulera, le profil du tueur, etc… Mais ça n’est pas suffisant.

Dans notre société où l'injonction au bonheur est très ancrée, ou ne rien faire est presque devenu synonyme de déviance, l'auteur tire une satire pleine de mordant, d'humour noir, de contestation, de révolte, de lutte contre la bien-pensance.
J'avais lu auparavant Vie™, qui à ma préférence, et ce poil à gratter m'avait donné envie de continuer l'aventure. L'auteur pousse la répétition à son paroxysme, allant même jusqu'à claquer la trame de l'autre récit.
Le politiquement correct, Jean Baret n'en a rien à foutre et tire à boulée rouge sur le conformisme, sur la pensée unique, le respect.
Tout passe sous sa moulinette caustique et trash : société, média, publicité, économie, communauté et individu, bref, c'est jouissif.
Jean Baret, c'est gonflé !
Maintenant, plus qu’à attendre la sortie du dernier opus Mort™...

Un comique explique que les meilleures fellations sont faites par des Éthiopiennes parce qu’on est sûr qu’elles vont avaler

Je vous offre un Léo Ferré qui colle, à mon avis, très bien à ce roman, c'est gratuit, donc faites gaffe, n'oubliez pas de consommer en écoutant pendant que Madame vous distille un peu de sexe oral !



Beaucoup l'ont lu, trop pour que j'en fasse une recension exhaustive, donc tu vas sur le forum du Bélial et en plus, tu ne seras qu'à un clic pour  le commander directement chez l'éditeur.

De la SF plein le cartable

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/de-la-sf-plein-le-cartable
La méthode scientifique du 06 septembre 2019
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Rencontre avec Virginie Tournay et Jean Baret, deux auteurs de la rentrée littéraire SF.
Premier vendredi fiction de cette quatrième saison de la méthode scientifique et comme nous nous sommes quittés, comme chaque année, au début de l’été avec un programme de lecture pour les vacances, nous allons aujourd’hui nous emparer de la rentrée littéraire SF, avec deux univers, bien distincts, très distincts, même mais qui partagent une vision de notre société aux mains des algorithmes et d’une intelligence artificielle qui ne va pas exactement dans le sens d’une amélioration de notre condition, loin s’en faut. Fin de l’IA et îlots de résistance dans Civilisation 0.0 de Virginie Tournay, et clones emprisonnés aliénés et forcés à la consommation et à la jouissance triste dans VieTM de Jean Baret.


Bob, textile futé - Tout va bien, dormons tranquilles - Céder la place - Orwell m'a tu

mars 23, 2020

Editions 1115, 32 p., 1€ la nouvelle, epub sans DRM 



Pas un, pas deux, pas trois, pas 1115, mais 4 textes chroniqués ! Il est fou, le chien critique, il est fou !

Bruno, Emmanuel, Luce et Ménéas nous emmènent voyager dans des contrées actuelles ou dans un futur assez proche. Qu'ils s'interrogent sur la technologie, nos comportements alimentaires, culturels ou politiques, tous nous disent attention, chacun de nos actes à des conséquences. Réfléchissez 7 fois avant d'agir.

Bob, textile futé, de Luce Basseterre, 2018

Présentation de l'éditeur : Vous pouvez changer de peau, changer de style, revoir toute votre garde-robe ou endosser de nouveaux costumes. Ou vous pouvez aussi laisser faire Bob.
Bob peut tout changer pour vous, il peut vous transformer, littéralement. Mais attention, Bob ne connaît pas ses limites.
Et si, un jour, il allait trop loin ?

Mon ressenti :
Bob est un textile futé, très technique. Ici, pas question de juste écrire quelques caractères en surimpression, il s'agit d'un tissu révolutionnaire, comme une deuxième peau avec son identité propre. Mais peut-on faire confiance à Bob ?
Sans effet spectaculaire, l'autrice nous amène à réfléchir sur les innovations  technologiques plébiscités par les start-up, s'embarrassant peu de questions éthiques pour mieux se concentrer sur l'argent. J'ai bien aimé l'ensemble, les changements de point de vue sont bien amenés, mais j'aurais préféré un final plus percutant, et j'ai trouvé l'histoire un peu tiré par les cheveux.
Et  désormais, je vais regarder d'un autre oeil les nouveaux tissus technologiques.
La question que je me pose aussi, le Bob du titre est-il un clin d'oeil à Bob l'éponge ?

L'avis de Koyolite


Tout va bien, dormons tranquilles, de Ménéas Marphil, 2018

Empathie, quand tu nous tiens...

Présentation de l'éditeur : Notre héros sort du noir pour plonger dans l'inconnu. Et quel inconnu ! De mécanismes et de rouages, le monde autour de lui tourne comme une machinerie folle, prête à broyer les individus, sans d'autre fonction que de les trier, les ranger et les mener au terme d'un parcours implacable. Mais quel est le terme de ce parcours exactement ?


Pendant ce temps, les cons les plus légers croient que les Glaucons sont en train de leur apprendre à voler. Il leur manque quelques synapses pour comprendre que s’ils sont si légers, c’est parce que la connerie est un truc qui ne pèse que sur les autres.

Mon ressenti : Difficile de résumé le texte sans tout déflorer. Deux personnes se réveillent dans un lieu inconnu sans savoir pourquoi et qui ils sont.
L'auteur déjoue le trope de l'amnésie pour nous plonger dans une sorte d’allégorie sous forme de prise de conscience éthique autour des conséquences de nos comportements de consommation.
Je ne m'attendais pas à cette conclusion qui se révèle un peu trop rapidement pour être fulgurante. Mais c'est bien écrit et, pour moi, correspond à la SF que j'aime : savoir se mettre à la place de l'autre.
Et n'oublions pas, tout va bien, dormons tranquilles...

L'avis du Maki


Céder la place, de Emmanuel Quentin, 2019


Attention à vous lors de votre prochaine visite de musée virtuelle !

Présentation de l'éditeur : Il y a des moments dans la vie pour partir en voyage. Et d'autres pour visiter des endroits insolites. D'autres, encore, pour faire des rencontres qui vous glacent le sang. Et d'autres, enfin, pour céder la place, même si rien ne vous dit que vous la retrouverez en revenant. C'est vrai, si vous en revenez un jour...

Les bribes de conversation des autres participants nourrissent mon insatiable curiosité. Celle-là même qui, sans cesse, me pousse à disséquer le goût prononcé de mes congénères pour l’abject et le sordide.

Mon ressenti : Marre des visites virtuelles offertes par les musées qui se résument bien souvent à une bande son et une réalité virtuelle palote et nauséeuse ? Et bien, embarquez dans ces nouvelles visites 2.0 comme si vous y étiez et pénétrez dans un hôpital psy délabré où certains événements ...
Nous sommes ici a la lisière du thriller à suspense et de la SF. Si vous êtes une poule mouillée effrayée par le moindre bruit, passez votre chemin..
Ici encore, l'auteur déjoue la trame classique d'un lieu commun de la SF (difficile d'être plus explicite) pour nous amener dans des endroits qui font froid dans le dos. Brrr

L'avis du Maki, de Feyd Rautha


Orwell m'a tu, Bruno Pochesci, 2018

A lire avant de glisser votre prochain bulletin de vote

Présentation de l'éditeur
: Dans un futur proche, l'extrême-droite a pris le pouvoir. Réactionnaire et nationaliste, la France pourchasse et expulse tout ce qui n'est pas "bien de chez elle". Pendant des années, Daniel et Aïcha réussissent à passer entre les mailles du filet, jusqu'au jour où...

Comme la quasi-totalité de nos concitoyens, la lâcheté dont nous faisions montre au quotidien ne nous empêchait pas de vivre à peu près normalement.

Mon ressenti : La Marine a gagné, la France appartient enfin aux Français de souche et l'on suit le quotidien d'une famille bien de chez nous lors du Grand Repli.
En une trentaine de page, Bruno Pochesci nous dépeint cette France française dont on a eu maintes fois l'occasion de lire ici ou ailleurs. Cependant, il y apporte sa touche personnelle, la caricature, l'humour et les bons mots (xénophobonniche, aryanité-cassoulet). Et malgré l'outrance, l’auteur n'oublie pas de nuancer le comportement de son personnage.
Comme souvent chez l'auteur, le sexe n'est pas bien loin, mais ici, il a son utilité dans le récit.
Assez classique, la fin m'a tout de même bien chamboulé par sa brusquerie.
Une nouvelle à chute, comme on les aime, enfin façon de parler...

L'avis du Maki et de Vert
The Maki Project 2020

Scories - Les Retombées

janvier 20, 2020

Scories

Bruno Pochesci, Editions 1115, 2018, 112 p., 1,50€ epub sans DRM


Lorsqu'un texte vous en fait découvrir un deuxième...

 

Présentation de l'éditeur :

La lueur et l’explosion. L’Événement… Ces paysages martiens, qui l’instant d’avant n’étaient que verdure et collines… Tu les as vus s’évaporer. La peur de ta vie. Cette peur animale, qui vient te rendre visite pratiquement toutes les nuits, tu ne l’as jamais oubliée… Fidèle compagne d’une vie en dents de scie… De si…
Un 25 juin d’il y a très longtemps, tu pars te balader. Respirer un peu de bon air hors de la ville, mais pas trop loin quand même. Tu as la trentaine à peine entamée, un job d’ingénieur spécialisé dans la lyophilisation et une déception amoureuse toute fraîche à digérer. Le monde t’appartient, mais tu penses sottement qu’il est en train de s’écrouler.
Et soudain, il s’écroule vraiment.


Mon ressenti :


Quelques décennies après l’Événement, un dictateur dirige d'une main de fer et surtout d'une langue à la répartie venimeuse la France. Mais une certaine résistance est présente malgré l'état d'urgence installé depuis moultes années. Une prise d'otages va faire cohabiter le Président avec son "pire" détracteur.
Futur brun, futur dystopique où le nationalisme a pris la main sur le devenir de la France. Les quelques anecdotes sur ce monde donne furieusement envie de donner des coups de latte dans les parties des adeptes de la Marine ! On pourrait se dire, encore une dystopie de plus, mais celle ci contrebalancée par la gouaille furieuse et enlevée de l'auteur. Nous sommes ici dans un contre la montre aux réparties cinglantes. Sans avoir l'air d'y toucher, l'univers dépeint est réaliste, si on met un peu à part la caricature des personnages. De cet Événement, en sort les gagnants et les perdants, l'élite et les scories.

Il m'a manqué des explications sur cet événement qui garde ses mystères. Mais cette novella est en fait une suite d'une autre écrite par le sieur Jean Pierre Andrevon, récemment réédité.


Du bon et du moins bon selon Sf émoi




Les retombées

Jean-Pierre Andrevon, Le passager clandestin, 2015, 128 p., 7€ papier


Présentation de l'éditeur : 


On ne sait ni où, ni comment, ni pourquoi, mais c’est arrivé. Ces quelques individus épars se sont trouvés dans le brouillard lourd et épais, et se serrent les coudes en attendant d’en savoir plus. Plus sur ce qui s’est passé. Plus sur la réalité des radiations qui les entourent. Plus sur l’avenir du pays. Du monde. Et encore plus sur leur chance de survie. Au bout de leur errance dans la campagne française, certaines réponses ne vont pas tarder à surgir.


Mon ressenti :



Publié initialement dans le recueil Dans les décors truqués en 1979 chez Présence du futur, la novella fut rééditée chez le Passager clandestin en 2015. L'histoire narre le destin de François et de quelques autres suite à un événement mystérieux : guerre, accident, attentat nucléaire ?
Alors qu'un petit groupe d'individus errent dans les paysages post apocalyptiques, ils sont recueillis par l'armée et envoyés dans un camp.

Cette amélioration de l’ordinaire ne rasséréna pas François ; le camp se construisait, se meublait, le provisoire tendait à se solidifier dans des structures de permanence. 

Que s'est il passé, pourquoi parque t-on la population ? Face aux éléments qu'ils ont vécu et devant le silence des institutions, chacun réagit comme il peut, et les réminiscences du passé reviennent en mémoire.
Une tranche de vie extraordinaire abordée d'une manière ordinaire : le quotidien. Comment réagirions nous face à l'impensable ? Dans abasourdissement du choc, la confiance en l'état et l'armée pour protéger est évident. Mais ...
Une écriture très visuelle, l'auteur nous immerge très rapidement dans la vie de notre protagoniste et arrive à faire monter la tension sur ce silence de ce qui s'est passé. La force du texte est de ne rien en dévoiler, qui en fait un récit très réaliste. Et cela force le lecteur à remplir les blancs, et à réfléchir.

Immersion réussie chez MarieJuliet


Quelques dizaines d'années après l'événement, les retombées s'en font toujours sentir nous dit Bruno Pochesci et il nous propose avec ses Scories une tentative d'explication possible. A mon avis, la lecture des retombées n'est pas nécessaire, mais vous passeriez à côté d'un grand texte.

The Maki Project 2020


Fourni par Blogger.