Emissaires des morts

Adam-Troy Castro, Albin Michel Imaginaire, 2021, 720 p., 14€ epub sans DRM


Nous sommes tous des propriétés, Maître.
La seule chose qui importe, c’est de bien choisir son maître.


Dans le système pénal de la Confédération, le Corps diplomatique est représenté par deux groupes distincts, mais d'égale importance : les diplomates, des fainéants plein de vices, et le procureur, qui poursuit les criminels. Voici leur histoire. 


Présentation de l'éditeur :


Quand elle avait huit ans, Andrea Cort a été témoin d’un génocide. Pis, après avoir vu ses parents massacrés, elle a rendu coup pour coup. En punition de ses crimes, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps diplomatique. Où, les années passant, elle a embrassé la carrière d’avocate, puis d’enquêtrice pour le bureau du procureur. Envoyée dans un habitat artificiel aussi inhospitalier qu’isolé, où deux meurtres viennent d’être commis, la jeune femme doit résoudre l’affaire sans créer d’incident diplomatique avec les intelligences artificielles propriétaires des lieux. Pour ses supérieurs, peu importe quel coupable sera désigné. Mais les leçons qu’Andrea a apprises enfant ont forgé l’adulte qu’elle est devenue : une femme pour le moins inflexible, qui ne vit que pour une chose, « combattre les monstres ».



Mon ressenti :

Voici la nouveauté-vieillerie (les textes étant parus entre 2002 et 2016 en VO) de chez Albin Michel Imaginaire, un pavé de 720 pages par un auteur quasi inconnu sous nos latitudes. L'éditeur nous offre ici un joli cadeau car le livre se compose de 4 novellas et d'un roman pour quasi le même prix d'un bouquin grand format.
Le pitch est somme tout assez simple : un crime, une enquête et un coupable débusqué. Vu, re-vu et re-re-vu. Mais lorsque l'auteur a du talent, ça fonctionne et on en redemande et c'est exactement le cas ici.

Première chose qui m'a plu : l'univers. Ici l'espace est notre maison, nous avons fait la connaissance de pleins d'aliens plus ou moins sympathiques et lorsqu'un crime est commis entre les humains et un ET, on envoie un enquêteur pour éviter une guerre inter-espèces. Les aliens sont profondément autre, ce ne sont pas des humanoïdes déguisés comme bien souvent. Leur forme est étrange, leur comportement aussi, quand à comprendre leur fonctionnement... C'est une réussite totale de ce côté.
En outre, il n'est pas nécessaire d'être un amateur de SF pour apprécier, car l'univers est assez simple, sauf peut être pour le roman. Cerise sur le gâteau, chaque enquête est indépendante.

Deuxième chose qui m'a plu : Andrea Cort, l'enquêtrice. C'est franchement pas la personne qu'il faut invité dans une soirée, c'est une chambre froide. Elle n'hésite pas à dire ce qu'elle pense, surtout si c'est pour te rabrouer. Par contre, elle est très intelligente et arrive à se mettre à la place de l'autre, ce qui est un formidable atout avec des formes de vie incompréhensible de prime abord. Et elle a aussi un humour pince sans rire et une vision de l'humanité assez noire.
Bémol, elle est un peu trop tiraillée par le traumatisme de ses "démons invisibles", mais d'un autre côté, ce trouble passé - servant de fil rouge entre les textes - donne très envie de le découvrir.

Vous voulez que je vous dise pourquoi l’humanité ne s’est jamais laissé entraîner dans un conflit interespèces sérieux ? Parce que ça reviendrait à sortir dîner, alors qu’on a le réfrigérateur plein à la maison. Pourquoi goûter à la cuisine exotique ailleurs, tant que nous n’aurons pas exploré toutes les super méthodes pour nous entretuer ?

Troisième chose qui m'a plu : l'intelligence du fond. Un excellent Whodunit, une anti héroïne charismatique et l'auteur se paye le luxe de traiter des sujets sans avoir l'air d'y toucher : racisme, libre arbitre, prédominance du Mal, esclavagisme... Cela m'a un peu fait penser à Scalzi - l'humour en moins - qui sous le divertissement, pose de réelles questions.
J'ai trouvé excellent le nom de la langue utilisé pour favoriser la communication : le mercantile, "La langue dominante du commerce et de la diplomatie des humains était un idiome aussi fruste que peu poétique, conçu pour ménager les susceptibilités de milliers de subcultures chicaneuses."
L'auteur a tout de même une dent contre les fonctionnaires et la bureaucratie, ce qui est parfois assez lassant...

Une horde de fonctionnaires avec tout le talent d’un bloc de béton infeste la population de cadres moyens du Corps diplomatique. Ils ne doivent leur position actuelle qu’à leur longévité, mais n’ont rien d’autre à offrir.

Résultat : un excellent divertissement, intelligent et se lisant tout seul.
Bonne nouvelle, le tome 2 arrive bientôt suivi peut-être par un troisième.
Et si tu ne me crois pas, va lire la première enquête mis à disposition gratuitement par l'éditeur : Avec du sang sur les mains. D'autres avis ici

Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse














5 commentaires:

  1. Même toi tu participes au concert de louanges entourant ce livre. Je t'ai connu moins conformiste. =P
    M'enfin, j'y viendrai certainement un jour aussi et j'espère ajouter ma voix à cette unanimité, parce que ça a quand même l'air fort sympa.

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  2. Ah!! J'en aurai mis ma main à couper! J'étais certaine que ce genre d'histoires te plairaient et qu'il n'y a pas que la fin du monde qui te séduise! Chouette!!!!
    Heureuse , je suis, mon ami canin a aimé!

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  3. C'est excellent et tu le présentes très bien.
    Vite la suite...

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  4. Ca a l'air très cynique et ça m'intrigue bien. A voir ^^

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  5. Dis donc, je crois que tu es le premier à me donner réellement envie de lire un Albim Michel Imaginaire :D

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