Kyklos, une planète en trois dimensions
Lorsqu’il jaillit dans un système totalement inconnu, le vaisseau spatiographe Marmaréen se retrouve face à une planète dont l'étrange climat sépare les deux hémisphères aux saisons extrêmes d'une infranchissable ceinture glacée équatoriale. Contraint de séjourner sur ce monde curieusement habitable et peut-être habité, son équipage va avancer de surprise en surprise au cœur de celle qu’il a baptisée Kyklos.
Mon ressenti :
Pour une fois, le résumé est très bien fait : je peux donc passer directement au cœur du sujet. Disons-le tout de suite : ce roman m’a à la fois enchanté… et parfois franchement horripilé. Le roman suit l'équipage, mais aussi les points de vue de trois espèces d’êtres vivants sur Kyklos. Et ce sont clairement ces dernières que j'ai le plus aimé.
Le récit est réaliste, renforcé par le fait que la planète a été simulée par l’astrophysicien Franck Selsis bien connu de la sphère SF, intégrant des données sur les vents, les précipitations ou encore l’évolution de la banquise. Cette approche « hard SF » permet de découvrir un monde cohérent, où la géographie dicte directement les conditions de survie.
L’obliquité de Kyklos est plus ou moins comparable à celle d’Uranus : les pôles se retrouvent à l’équateur, et inversement. À cela s’ajoute l’existence d’une immense bande de terre, surmontée de hautes montagnes, qui fait presque le tour du globe et le scinde quasiment en deux. De quoi imaginer l’évolution de deux biosphères distinctes, séparées depuis des millénaires. Car ce qui fait le sel roman réside dans sa faune et sa flore, fondées sur une organisation tripartite : des êtres dotés de trois ou six membres, de trois yeux et de trois mâchoires. L’auteur évite aussi l’écueil classique des extraterrestres parlant humain ou traduit par une IA magique : les aliens de Kyklos communiquent par des flux sémiochimiques, les savoirs sont stockés dans des polyèdres de souvenirs, les xiomps, que les individus peuvent « inhaler » pour revivre l’histoire de leurs ancêtres. Bref, l'anthropocentrisme ne fait pas réellement parti du livre. Cette mémoire olfactive permet de connaitre le périple de Klisj, Mklihis et Hanjna, 6 000 ans plus tôt, et offrant une perspective sur l’évolution d’espèces conscientes sur le long terme.
Au delà de l'aventure, le roman interroge notre rapport à la découverte. Face à la richesse de Kyklos et à l’émergence de civilisations comme les Adüßs qui pratiquent l’élevage et développent des formes d’art, l’équipage humain se retrouve face à un dilemme moral : observer ou coloniser ? Faire disparaître cette découverte ou prendre le risque que l’humanité anéantisse ces formes de vie ?
En parallèle, on suit cet équipage humain étrange, dont on ne sait presque rien au départ. Le couple semble détester les adolescents, sans que l’on comprenne immédiatement pourquoi. Les éléments de réponse arrivent progressivement, mais je n’ai jamais vraiment cru à ces personnages, que j’ai trouvés creux. Chacun vit dans sa bulle, sans réelle dynamique collective. Bref, ce sont les humains qui m’ont le plus embêté dans cette histoire.
Malgré ce bémol humain (et cette couverture…), Kyklos reste une aventure dépaysante, et j’ai quitté cette planète à regret.
A la fin du roman, expliquent la genèse du roman et c'est particulièrement intéressant : cela éclaire à la fois la manière dont une idée de fiction peut naître, et propose une vulgarisation des effets de l’obliquité sur le climat et les saisons.
Si tu as un doute, n'hésite pas à aller lire les infos sur Kyklos sur le site de l'auteur :
https://jc.gapdy.fr/index.php/univers/kyklos


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