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Bifrost n.107. Spécial Fictions

mars 02, 2023

Bifrost, Le Bélial, 2022, 192 p., 6€ epub sans DRM


De bonnes nouvelles, d'autres moins...

Deux vérités, un mensonge, de Sarah Pinsker
Deux amis d'enfance se retrouvent après de nombreuses années suite au décès d'un frère. Je suis passé complètement à côté de ce texte qui nous parle d'histoires et de vécu. C'est fantastique et très méta, et ce fut très ennuyeux pour moi.

Après les âges sombres, de Jean-Marc Ligny
Suite de son recueil Dix légendes des âges sombres ? Ce recueil se terminait par quelques notes d'espoir que l'on retrouve ici. Les âges sombres sont loin, et on suit les pas du vieux Daniel, homme solitaire vivant au milieu de tours effondrées en cultivant son lopin de terre. La vie reprend doucement le dessus, faune et flore commencent leur printemps, le retour à la nature moins virulente fait doucement son apparition. Mais l'homme rode. J'aime bien le Ligny sombre mais ce texte parvient à lier désastre et espoir, timide mais bien présent pour un bon plaisir de lecture.

Les Cinq éléments de l’esprit du cœur, de Ken Liu
Au Belial, ils aiment Ken Lieu, moi, c'est beaucoup plus mitigé. Et avec un titre comportant "l'esprit du cœur", je pars plus que sceptique dans ma lecture, à la limite de la gerbe..
Seule survivante dans une capsule de survie, Tira tente son ultime chance de s'en sortir, faire un saut dans un système inconnu en croisant les doigts pour que quelqu'un s'y trouve.
Un début qui rappelle l'esprit pulp mis au goût du jour, une histoire d'amour qui rappelle aussi le pulp
Et une chute qui rattrape, un peu, le tout grâce à l'explication scientifique qui me semble avoir été confirmé depuis.


Franck Goon
Ombres, de Ketty Steward
L'illustration et le titre me faisait croire à une histoire qui fait peur, mais non (quoique)
Enfin les femmes au pouvoir. Enfin presque, car le pouvoir c'est de la merde. Une nouvelle société plus juste... vous connaissez la musique.
J'ai bien aimé ce texte qui joue avec les ombres, ce qui est écrit entre les lignes. Peut être un peu didactique par moment, mais cela participe à ce jeu d'ombres et de lumière, de vignettes de la vie quotidienne et de point de vue sociétale.

Sarcophage, de Ray Nayler

Une planète glacée et glaciale avec un individu seul tentant de rejoindre un abri.
Moi, lorsque je lis glace, je pense à Frankenstein et à The thing. Donc j'ai peur. Ajoutez au pitch un possible monstre et la tension monte d'un cran, voir deux. Finissez par une chute comme celle là, et vous voyez un chien partir apeuré. Et si on a peur, c'est que le texte est réussi.

Encore 5 ans, de Audrey Pleynet
Imaginez le monde en arrêt total. Une pause pour laisser le temps à la planète de se refaire une petite beauté. 15 ans, pas une seconde de plus. Mais pourquoi pas encore 5 ans pour peaufiner ?
Une belle idée, une belle utopie, mais j'aurai arrêter la nouvelle quelques pages avant la fin.
Ce qui me fait penser que je dois lire le réveil de la madame, Ellipses.

Le cahier critique m'a rappelé de me pencher sur le livre L'architecte de la vengeance et la trilogie Métro Paris. En regardant les prix par rapport au nombre de pages, j'ai remarqué que l'on arrive bientôt à 10 centimes la page pour les bouquins de 200 pages environ. Acheter des pavés est bon pour votre porte monnaie.

Un parole de consacré à Gwennaël Gaffric, le monsieur qui a traduit, entre autres, Le problème à trois corps. Toujours intéressant et trop court. et pour la traduction de 辛苦了, je propose Merci pour ton travail.

Je crois que je me suis mis à traduire par paresse d’écrire


Pour finir Roland Lehoucq s'adjoint les compétences de Fabrice Chemla pour analyser la protomolécule de The Expanse. On y apprend plein de trucs, comme la différence (et parfois l'existence de terme) entre fluorescence, phosphorescence, chimiluminescence et bioluminescence. Et plein d'expérience à réaliser chez soi :

Au quo­tidien, le Schweppes Indian Tonic à l’extrait d’écorce de quinquina (donc de quinine) est fluorescent dans le bleu quand il est éclairé par de la lumière ultraviolette.

la banane est fluorescente

J'apprends aussi pourquoi les méchants criminels mettent de la javel, ce n'est pas pour effacer le sang !

le luminol réagit avec le fer de l’hème sanguin (10) en présence d’eau oxygénée. La réaction produit une molécule dans un état excité qui re­vient à son état fondamental en émettant une belle lumière bleue, très semblable à celle de la protomolécule. C’est ainsi que les enquêteurs peuvent détecter la forme et l’étendue des taches de sang, même si la couleur de celles-ci s’est atténuée avec le temps. Un système qui n’est pas sans limite, car le luminol réagit également avec l’eau de Javel par exemple : nettoyer une scène de crime à l’eau de Javel permet de brouiller les traces en provoquant aussi la chimiluminescence du luminol.
Le Paroles de Nornes nous donne les lauréats des grands prix, avec en entre autres ceux du GPI et quelques pics en passant. (c'est l'amour fou entre eux).

La parfaite équation du bonheur - Une Invasion mentale - Quantique pour la liberté - Le Cruciverbiste - Dans les mines de Mars

novembre 13, 2022

 

Depuis avril de cette année, les éditions ActuSF se sont lancées dans la publication de nouvelles unitaires au format epub. Avec quelques beaux noms à l'affiche. Un format idéal pour découvrir une autrice ou un auteur ou continuer à explorer ses écrits. 

Certains noms ont résonné en moi : Emilie Querbalec et sa façon d'aborder la SF, Marc Ang-Cho, un blogueur concurrent, Nicolas Martin, alieniste émérite, Ketty Steward et ses imaginaires multiples et Jean Pierre Andrevon, le vieux de la vieille. Je n'ai même pas lu les résumés et j'ai sorti la CB. C'est là que ça a fait un peu mal : 2€ la nouvelle. C'est peu et beaucoup. Peu car il y a le travail de l'écrivain, de l'éditeur et de la mise en page. Beaucoup de la place du lecteur, certaine nouvelle étant très courte. En raisonnant coût à la page, par rapport à un roman, ça fait mal. 

Mais peu importe ses considérations financières, que valent ces nouvelles ?


La parfaite équation du bonheur
Émilie Querbalec, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

« Vous rêvez de rencontrer l’âme sœur, mais la vie vous refuse cette opportunité ? Vous souffrez de solitude, mais vous hésit tu hez à confier votre cœur au hasard des rencontres ? Avec Meetiel, plus d’inquiétude ! Forte de ses milliards de données et de ses algorithmes à la pointe du progrès, cette application saura vous accompagner au mieux dans votre expérience amoureuse. Des premiers émois aux grandes décisions, laissez-vous guider en toute confiance. »
C'est ainsi que je me laissai persuader, et que je fis la connaissance de Manal, un soir de mai 2034...

Mon ressenti :

Voilà le genre de titre qui me donne envie de changer le trottoir. Mais que voulez-vous, j'ai vu le nom de l'autrice et je suis faible, il me faut ma dose de bonheur de lecture. Alors ai je bien fait de me fier à un nom plutôt qu'à mon flair ? Non malheureusement. On commence de suite avec une histoire d'amour. Particularité ici, la rencontre s'est faite via un site de rencontre, le Meetic du futur. Lui il connaît tout de votre vie et de votre santé, voir plus encore. On suit les hauts et les bas en fonction des diktats du logiciel... Je suis passé complètement à côté du texte. Pas mon genre. 

 


Une Invasion mentale
Marc Ang-Cho, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

Ille se réveille. Ille sort de son lit. Ille mange. Ille travaille. Ille recommence. Voici un quotidien léché, tout prêt, indémodable. Ses meubles connaissent la routine, son vase communicant lui prépare son petit-déjeuner, son bureau l’accueille pour le laisser écrire, et écrire, et écrire des lignes de code. Et puis un jour, sans crier gare, rien ne se passe comme prévu. Ille croit être fatigué, mais impossible d’ignorer les signes. La parquet s’ouvre. La pourriture rampe. Le cauchemar vient.

Mon ressenti :

Une personne, seule, lever, manger boulot dodo.
Mais c'est sans compter...
Premier texte publié de MarcAng-Cho, monsieur Les chroniques du chroniqueurs est c'est très particulier, très étrange. Voilà un texte malaisant, dégoûtant (ne pas le lire comme moi en mangeant son sandwich) et qui devrait être livré avec un mode d'emploi pour comprendre ce que l'auteur a voulu dire. Bon après, partant du titre, je me suis imaginé soit un cauchemar de la vie quotidienne, soit une dépression sévère suite au quotidien.
Le résumé donne une bonne idée de la forme. Je ne peux dire que j'ai adhéré (je suis sain d'esprit moi, enfin...) car c'est très loin de ma littérature de prédilection, mais les images sortent des mots (à mon corps défendant) et je suppose que c'est ce que voulait en partie Marc.

 


Le Cruciverbiste
Nicolas Martin, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

À 54 ans, dont 28 à faire des mots croisés tous les jours pour un grand quotidien national, M. n’est pas moins qu’une petite star dans le domaine, dévoué et assidu. Mais voilà qu’il se fait tout de même renvoyer, de la manière la plus impersonnelle qui soit. Peu importe ; il a gardé ses livres. Des livres précieux. Rares. Qu’il est parti chercher loin. Il n’y a plus qu’eux qui comptent aujourd’hui. Ce n’est pas grave, s’il les entend… les sons… les murmures… Au contraire. M. va devoir jouer de nouveau, et composer les mots qui sont chuchotés dans le silence.

Mon ressenti :

Une entrée en matière très intrigante : des extraits de discours d'un animateur malheureusement célèbre, un fait divers terroriste, et une silhouette étrange qui goûte enfin à la paix. Un texte en plein dans le thème des Utos 2019: coder/décoder (cette nouvelle est parue initialement dans l'anthologie Utopiales 2019), avec ce cruciverbiste qui tente de comprendre la complexité du monde face à son apparente simplicité. Et décoder n'est pas si simple quand on a l'esprit envapé, embrouillé, possédé... J'étais impatient de découvrir ce texte car j'aime beaucoup ce que faisait Nicolas Martin dans La méthode scientifique. Mais il s'agit du travail d'une équipe, différent de celui de se retrouver seul face à la page blanche. Il s'en tire de belle manière, en hommage à un grand ancien. Seule la fin m'a laissé un peu désemparé, m'attendant à une explication plus "rationnelle" alors qu'elle reste ouverte et libre d'interprétation. Ce que j'ai surtout aimé, c'est cette retranscription de l'horreur dans le monde d'aujourd'hui : Robotisation capitaliste de la société, un monde qui dévient déliquescent, anonyme et ultra violent socialement. Hommage oui, pâle copie non ! 

Bande d'enfoirés... M. se tient debout, dans l'entrée. Il n'a pas enlevé son imperméable. Il tient la lettre, anonyme, pas même une signature, pas un mot personnel, des blancs remplis par la machine pour le virer comme une vieille merde. Dehors. Foutez le camp. Devenir un intrus, un indésirable en moins de 1000 caractères. 54 ans, 28 ans à faire ces putains de mots croisés, tous les jours. Tous les jours chercher des combinaisons, des définitions, tous les jours se plonger, se noyer dans la lecture pour trouver de nouvelles idées, de nouveaux arrangements de la grille, tous les jours recevoir des le.es de cruciverbistes, se laisser griser en pensant que l'on est en quelque sorte devenu la star d'un petit monde de passionnés, glisser des indices aux lecteurs, raffiner encore un peu les sous-entendus, le second degré. Le diable se cache dans les détails. Et puis les courriers s'espacent, deviennent plus rares. La communauté s'étiole. Les échanges se tarissent. Qui fait encore aujourd'hui des mots croisés

 

Quantique pour la liberté
Ketty Steward, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

Marla Vigner a perdu sa position professionnelle et sait que sa fonction d’onde risque de s’effondrer si elle ne parvient pas à se remettre en mouvement. Son univers, régi par les lois dérivées de la physique quantique, fait tout pour le lui rappeler. Sarah Lavigne, dans un monde plus proche du nôtre, s’inquiète de la fin prochaine de son contrat à terme fixe, car sa productivité a beaucoup baissé.

Mon ressenti :

Après l'économie libérale, voici l'économie quantique. Deux femmes, deux époques mais deux chemins identiques : la perte de croyance en l'économie de marché.
Je suis un peu passé à côté de ce texte. D'un autre côté, cela me rassure car j'avais beaucoup apprécié les derniers textes de l'autrice et cela prouve qu'elle est faillible. Va peut-être falloir faire gaffe Ketty, car le monde de l'édition SF est petit et si on montre une certain relâchement, difficile de pouvoir gagner des appels à texte et/ou voir renouveler la confiance de ses éditeurs (pour comprendre, il faut avoir lu le texte). J'ai trouvé le texte trop démonstratif.

 

 

 

Dans les mines de Mars
Jean-Pierre Andrevon, ActuSF, 2022, 2€ epub sans DRM

Présentation de l'éditeur : 

Pour régler les problème de chômage, des missions sur Mars sont organisées, afin d'exploiter ses sous-sols. Steve fait partie des volontaires : selon son contrat, il doit rester trois ans dans les mines de la planète rouge. Mais rapidement, alors que les conditions de travail sont dignes d'un bagne, le doute s'installe : pourquoi n'y a-t-il pas le moindre gramme de fer dans les roches qu'ils exploitent ? Et pourquoi fait-on croire aux Terriens que leur vie sur Mars est idyllique ?

Mon ressenti : 

Mars, la solution idéale a la misère galopante sur une terre à bout de souffle. Devenir mineurs pour un salaire de misère mais un salaire tout de même. Loin de l'image d'Épinal que nous offre Musk et consorts, l'auteur nous parle surtout de notre quotidien dans un futur très proche, une société profondément injuste où peu importe la couleur, c'est l'argent et la condition sociale qui fait la seule différence. J'aurai préféré que l'action se déroule en France plutôt qu'aux États-Unis mais c'est ce qu'il faut pour que cela se passe mieux, une situation telle que décrite est impossible dans la patrie des droits de l'homme. A réserver à celles et ceux qui n'ont plus d'espoir en l'humanité.

Confessions d’une séancière

mars 16, 2022

 

Ketty Steward, Mü éditons, 2018, 192 p., 5€ epub sans DRM

 

Moi aussi lecteur, je me confesse : ce livre m'a ensorcelé. Et j'en redemande.

Présentation de l'éditeur :

À la faveur d'une nuit étoilée, la Séancière t'ouvre les portes de son île. Tu devras emprunter une langue de sable interminable à travers l'océan et braver bien des dangers. Tu entends déjà Manman Dlo t'appeler par ton prénom. Sa voix t'attrape le coeur et ne le lâche plus. Papa Dlo marche à ta rencontre au-dessus des flots, te désignant du bout de sa canne la crique où tu trouveras tout ce que tu cherches et, peut-être aussi, ce que tu fuis.

 

Mon ressenti :

Avant toute chose, c'est quoi une séancière ? 

Chamane du rite quimbois, religion proche du vaudou.
source : wiktionary

Nous voilà donc en pays créole avec les confessions d'une séancière, une personne qui doit bien connaitre les us et coutumes des Antilles et avoir plein de témoignages de la vie dans les Antilles. 

Ce que j'ai beaucoup apprécié ici, c'est la manière de traiter le sujet sans exotisme. Nous sommes aux Antilles, c'est tout. Nous ne sommes pas dans les pas d'un métropolitain découvrant un pays étranger. Nous sommes les Antilles. Donc si tu aimes voyager grâce au Club Med, tu risques de découvrir un pays, une culture autre. 

Confessions d’une séancière est un recueil de courtes nouvelles, entrecoupées de poèmes. Nous sommes face à des tranches de vie, de culture et surtout de sorcellerie. Pas celle des films d'horreur ou fantastique, celle que l'on ne sait pas si cela vient de nous, de la malchance ou d'un sort. Du fantastique réaliste avec ce qu'il faut de mystères, Tout n'est pas dit, les histoires peuvent avoir plusieurs significations, ce sont des contes ou des récits pour prendre garde.
Ketty Steward nous offre aussi des confessions actuelles, la place de la femme dans la société, la place de l'autre, de l'étranger, des croyances... Pas de Il était une fois.

J'ai commencé ce livre, je suis parti à quelques milliers de kilomètres, j'ai réellement voyagé, une escapade littéraire et poétique, cruelle parfois, avec quelques pointes de légèreté.
Cinq euros, c'est donné !


Un mélange de prose et de poésie réussi qui en fait une lecture des plus accaparante selon Maman. Ketty Steward nous parle de quelque chose d’universel complète Anouchka

L'Évangile selon Myriam

janvier 26, 2022

Ketty Steward, Mnémos, 2021, 208 p., 10€ epub sans DRM

 

Ketty écrit, le lecteur lit ce que Ketty écrit. Et le blogueur de te dire ce que le lecteur en a pensé.
C'est l'ordre des choses.

 

Présentation de l'éditeur :

À seulement seize ans, Myriam est chargée d’écrire le livre de la Vérité qui manque à sa communauté de survivants de l’apocalypse. Elle n’a plus accès qu’à quelques ouvrages en lambeaux et à des récits oraux conservés tant bien que mal. Qu’à cela ne tienne, elle remplit sa mission.
Puisant à toutes les sources, de la chute de Lucifer aux chaussons de Cendrillon, en passant par Le Lac des cygnes et les pérégrinations d’Œdipe, elle trace des démarcations nouvelles entre le mensonge et la vérité.

 

Mon ressenti :

Premier roman de Ketty Steward que je lis, enfin...

J'ai découvert cette autrice (oui même les femmes écrivent de nos jours...) dans une fiction sur France Culture. Et depuis, ce texte me trotte dans la tête, pas parfait, mais voilà, il fait partie de ma vie de lecteur. Ou plutôt d'auditeur. Mais peu importe, livre ou pièce radiophonique, les images émergent des mots. 

Alors on regarde sa bibliographie, mais rien de long, ni de SF. On patiente, au détour d'une revue, on retombe sur sa plume, on lit quelques-unes de ses microfictions sur Twitter, on regarde quelques interviews ici ou là, on patiente... Elle fait partie de ton existence, pas très proche, mais toujours présente, en filigrane. Et puis un jour tu vois qu'elle va publier un roman, de SF en plus. SF entre guillemets, car tu sais que Ketty n'aime pas les étiquettes, donc elle les arrachent un peu et collent d'autres morceaux d'étiquettes. C'est elle qui décide, car c'est Ketty qui écrit. Toi ton rôle de lecteur, c'est de lire ce que Ketty écrit. Et le blogueur de te dire ce que le lecteur a pensé de l'écriture de Ketty. C'est l'ordre des choses. C'est ainsi et pas autrement. De toute manière c'est écrit d'avance, tout n'est qu'un éternel recommencement. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut pas s'amuser avec les écrits : on peut les réécrire, on peut même prendre des textes sacrés et les malaxer, les mélanger, avec des contes aussi, des mythes. De toute manière, textes sacrés, contes ou mythologies racontent la même chose, c'est juste écrit différemment. 


Voilà ce que Ketty a écrit ici. Enfin pas Ketty, Myriam. Le sacerdoce de Myriam, c'est d'écrire ce qui a disparu, pour ne pas oublier, pour que son peuple se rappelle. Mais bon, Myriam fait ce qu'elle peut, de ce qu'elle se souvient. Les souvenirs sont parfois mensongers, trompeurs. Alors un bout de ça et de ceci, quelle différence ? Le principal, c'est ce qui est dit dans ces écrits. Et ces saynètes nombreuses, ces petits bouts de rien finissent par ce mélanger, s'amalgamer et finissent par ce lier, quelque chose en émerge, qui est plus que le total de ces bouts. Sans oublier les épices pour donner du goût. Et Myriam, ou Ketty, a choisi d'y incorporer quelques pincées d'humour. Pas trop, des légères, juste pour permettre aux bouts d'exalter tous leurs sucs.

Ketty écrit, le lecteur lit.
Si toi aussi tu lis, lis donc ce que Ketty écrit.
Et bonne nouvelle, il paraît que Ketty écrit encore.

Le Novelliste #05

juin 10, 2021

Nina Allan, Ethan Robinson, Yves Letort, Sylvain-René de la Verdière, Didier Pemerle, Alexis-Nicolas de la Vitche, Léa Fizzala, Pascal Malosse, Ketty Steward, Pierre Laurendeau, Céline Maltère

Flatland éditeur, 2021, 212 p., 13€ papier

 

Les éditions Flatland ne m'ont pas fait un cadeau en m'envoyant gratuitement ce numéro : car désormais, comment résister à la tentation d'acheter les prochains ?
Je ne vous remercie pas Monsieur Flatland.

 

Présentation de l'éditeur :


Ce cinquième numéro du Novelliste vous invite à quelques embarquements, immédiats ou différés, qu’il s’agisse de traverser des océans bien réels, spatiaux, ou même métaphoriques. C’est une nouvelle de Nina Allan inédite dans notre langue qui fait l’ouverture, complétée par un entretien. Autre première, la traduction d’un épisode des aventures du Capitaine Mors, pirate des cieux, introduit par un article de fond de Marianne Sydow, LA spécialiste de ce proto-super-héros allemand début vingtième. Les autres rendez-vous ne sont pas à négliger non plus : une rencontre avec Patrice et Viktoriya Lajoye, des éditions Lingva, que complètent un portfolio consacré à un dessinateur russe trop peu connu par chez nous, Anatoli Chpir, ainsi qu’une nouvelle de thriller-maritime-avant-l’heure signée Andréi Zarine. En outre, J.J. Astor et ses héros poursuivent leur voyage apergétique à travers l’espace dans une deuxième livraison de notre roman à suivre, et les talentueux novellistes réunis ici (Ethan Robinson, Yves Letort, Sylvain-René de la Verdière, Didier Pemerle, Alexis-Nicolas de la Vitche, Léa Fizzala, Pascal Malosse, Ketty Steward, Pierre Laurendeau et Céline Maltère) vous proposent d’embarquer sans attendre, le temps d’une lecture, pour le monde qui est le leur. (L.D.)

 

 

Mon ressenti :

Voilà un bon moment que cette revue m'intriguait, surtout grâce aux avis de Thomas Day dans la revue Bifrost, parlant de revue de vieux pour les vieux. Et moi, les vieux, je les aime. Par contre, les vieux et le numérique... Et donc pas de version électronique à mon grand désespoir. Mais Le novelliste dans sa grande largesse m'a envoyé sa dernière production.
Première surprise, c'est beau. Une bien belle maquette et couverture.
Deuxième surprise, c'est dense, très dense. Tu en as pour ton argent. Corolaire, pour faire entrer le tout dans les deux cents pages, il faut écrire petit, parfois très petit. Ce qui m'étonne pour une revue de vieux. À moins que ce ne soit une revue de jeunes ?
Dans tous les cas, me voilà bien embêté, car c'était du haut niveau. (Merde, je suis un vieux !) J'ai adoré y trouver des textes de jadis parsemés de textes récents inédits.


Grande recension de ce qui se trouve à l'intérieur

Angélus, Nina Allan
Une femme rencontre lors de son arrivée dans un hôtel une personne qui lui est familière. Un amant, un ami...
L'autrice, dont c'est la première fois que je lis la prose, délie peu à peu quelques fils de l'histoire de la narratrice. Une tranche de vie qui se déroule dans un monde où l'exploration spatiale est possible, mais semble avoir des effets secondaires handicapants. Très peu d'indices nous sont donnés, laissant libre cours à l'imagination du lecteur, comme sa fin ouverte.
Je continuerai ma découverte de Nina Allan.
Une interview de l'autrice datant de 2013 complète ce texte.


Exitus Mortalis, Ethan Robinson
Voici le compte rendu, factuel, distant et parcellaire des derniers jours d'un employé dont le travail consistait à appuyer sur des touches.
Beaucoup de digression et détour dans ce texte très ironique que j'ai adoré.
Sa présentation indique que ce texte a été refusé par toutes les revues et anthologies SF américaines et a fini par être publié sur le site de l'auteur. Chose que je ne comprends pas, car c'est excellent.


La fièvre, Yves Letort
Un père un fils et un fleuve. Une vie hors de tout.
Même si tout cela est très bien écrit, j'ai trouvé ce texte très classique et manquant cruellement d'originalité.


Portfolio consacré au dessinateur soviétique Anatoli Chpir, commenté par Patrice Lajoye
Voici de l'archeo SF russe qui permet de constater que la SF irrigue le monde depuis fort longtemps. C'est court, plein d'illustrations sont présentes et le commentaire restitue bien l'époque et l'univers qui s'y accroche.


Nuit terrible, Andréï Zarine
Place au thriller maritime avec ce texte russe. Un navire embauche un étrange mousse. À partir de ce moment, rien ne va plus.
Une vieillerie qui tire encore son épingle du jeu et nous emmène dans une nuit de tempête glaçante où l'horreur va peu à peu monter en puissance.


L’affaire de L’Ange gardien, Sylvain-René de la Verdière
Nous restons dans les histoires maritimes dans le genre horreur fantastique. Imitant le style de l'époque 1800, l'auteur nous conte un fait divers étrange : la découverte d'ossements sur un navire fantôme.
Un style ancien, une forme moderne et au final une très bonne aventure au sujet actuel. L'auteur a déjà écrit dans cet univers et s'est inspiré d'un fait divers réel.


Le jour du nuage, Didier Pemerle
J'ai dû rater un truc, car je n'ai rien compris à part que cela parle de merde, de rats, de sexe et de shit. Seul point positif, c'est court.


Les éditions Lingva, entretien avec Viktoriya et Patrice Lajoye
Un bel entretien avec les éditions Lingva. Kesako ? Mais si vous les connaissez, les frères Strougatski chez Denoël, La loi des mages chez Mnemos, les anthos russes chez Rivière Blanche. Et plein d'autres choses. Deux passionnés qui arrivent à nous faire partager leurs passions, celle de la littérature russe ancienne... Une sinécure.


Voyage en d’autres mondes 2/4, roman à suivre de J.J. Astor
Étant la seconde partie et n'ayant pas lu la première, je m'abstiens de le lire, mais les quelques lignes lues et le pitch donnent envie : une histoire d'explorateurs dans un aérostat qui s'envolent vers Jupiter . Par contre, la taille de la police est vraiment toute petite.


Cinq semaines dans l’éther, Alexis-Nicolas de la Vitche
Un scientifique invente un moyen pour aller dans l'espace.
Voilà le type d'histoire vu et revu, cela se lit sans déplaisir, mais l'originalité n'est pas forcément au rendez-vous si ce n'est le moyen. Mais bon, lorsque l'on aime les vieilleries, on y retrouve le charme suranné qui fait tant plaisir.


Terre à terre, Léa Fizzala
Un jeune désoeuvré est sur le point d'entrée en contact avec une race alien.
Voilà un premier contact qui change de ce qu’on lit habituellement. L'autrice nous promène dans son univers avec de légères touches d'humour. La présentation de l'ado est un must.
Un twist final bien mené.




Capitaine mystérieux, article de Marianne Sydow sur le feuilleton allemand Der Luftpirat
Voilà un excellent article sur un feuilleton SF allemand des années 1910. L'autrice nous parle de sa découverte alors que pratiquement tous les textes ont disparu. Des thématiques très modernes ainsi qu'un aspect scientifique et social prégnant. Après lecture, une seule envie : lire ce capitaine Mors. Ce qui tombe plutôt bien, car :


Capitaine Mors, pirate des cieux, premier épisode
La revue nous offre le premier épisode qui est une très bonne découverte. Un pirate des airs cherche vengeance. De l'action, du suspense, une construction que j'ai rarement vu dans des textes anciens.
Plusieurs interrogations cependant : connaîtrons-nous la suite des aventures ? Ce premier épisode correspond-il au premier fascicule ou en regroupe-t-il plusieurs ...
En outre, c'est traduit par un des messieurs du Le belial.


Souvenir d’enfance, Pascal Malosse
Souvenir d'une réunion d'une riche famille corse lors de la Toussaint
Un texte social qui arrive à nous mettre dans ce souvenir, mais dont la fin est un peu trop abrupte à mon goût.


La porte, Ketty Steward
Surtout tu regardes pas la porte !
Voilà comment débute ce court texte.
Pourquoi ne pas la regarder ? On découvre rapidement la raison, fantastique et réaliste. J'ai bien aimé ce texte qui laisse aux lecteurs la possibilité de ressentir ce qu'est l'enfermement.
Je n'ai pu m'empêcher de penser au poème La porte de Guillaume Apollinaire. Ketty Steward écrivant de la poésie, je pense que la coïncidence n'est pas du fait du hasard.Et bien si :

"Comme une image : autour d’un dessin d’Huguette Lendel, trois micro-nouvelles spécialement écrites par Céline Maltère (À nous quatre), Pierre Laurendeau (Le débordement), Didier Pemerle (Quatre fois une opération, de gauche à droite et de haut en bas) " clôt le tout.



Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse

Mythes d'un futur proche : Le Parloir aux absents - Une odyssée martienne - Eugénie grandit

février 10, 2020

Cycle de fictions radiophoniques proposé par Stéphane Michaka, France Culture, 2019

https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-samedi-noir/science-fiction-mythes-dun-futur-proche



Une ville imaginaire, une merveilleuse Mars et une trame identitaire.
Trois écrivains, trois regards sur le futur.
Futur clairement féminin !


Présentation :


Les inquiétudes soulevées par les avancées technologiques et le réchauffement climatique résonnent aujourd'hui comme jamais. Le Meilleur des mondes d'Huxley (1932) et 1984 d'Orwell (1949) sont moins éloignés de la réalité qu'ils ne l'étaient à leur parution. Plus encore qu'autrefois, la tâche de la science-fiction est de nous alerter sur ce que l'avenir nous prépare. Les fictions d'anticipation que nous proposons sont rassemblées sous l'intitulé Mythes d'un futur proche, emprunté à J. G. Ballard. « Je m'intéressais au vrai futur que je voyais approcher, explique l'écrivain anglais, et moins au futur inventé que préférait la science-fiction. Une sorte de présent visionnaire. » Visionner le présent, « offrir du possible au réel » (selon une formule d'Alain Damasio), c'est ce que j'ai demandé à Léo Henry et Ketty Steward.
Avec une fiction de ma plume qui revisite le voyage sur Mars, voici trois mythes d'un futur (tout) proche..." Stéphane Michaka



Le Parloir aux absent, de Léo Henry

https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-samedi-noir/le-parloir-aux-absents-de-leo-henry

Présentation : Dans le futur, les derniers Terriens explorent les ruines de Yirminadingrad envahies par la jungle. Dans le passé, les héros vainquent la Bête, durcissent les boues et fondent la cité. Dans le présent, une femme enquête. Elle est à la recherche le Parloir aux absents, ce lieu de légende où les temps communiquent...
Conte des origines, présent et futur pour cette nouvelle qui nous emmène explorer Yirminadingrad.
Une histoire, des histoires, l'Histoire de cette mégapole, Naissance, vie et mort.
Un triptyque entrelacé, une ode au récit fondateur, aux récit imaginaire et à ce que nous faisons de ces histoires. Le passé éclaire t-il le présent ?
Un très beau et bon texte, avec quelques notes d'humour apposés au moment opportun. Complexe dans sa structure, trois récits enchâssés, il n'est pas pour autant difficile d'accès, même pour moi qui n'ai jamais été me promener dans les rues de Yirminadingrad. La réalisation sonore est très bien effectuée, permettant de se retrouver rapidement entre les différentes narrations.



Une odyssée martienne, de Stéphane Michaka

Présentation : L'année : 2120. Mars a cessé depuis longtemps d'être l'Eldorado spatial qu'elle était au début du vingt-et-unième siècle. Le grand rêve de rendre la Planète rouge habitable — autrement dit de la « terraformer » — est révolu. Seule l'Agence Spatiale Africaine dispose encore d'une base martienne. Ayo, une astronaute nigériane, entame sa dernière mission sur Mars. Accompagnée d'Adèle, une intelligence artificielle greffée sur un rover datant de 2020, Ayo va devoir affronter le monstrueux dans le robot, dans l'homme, dans l'animal... Et si l'ultime odyssée d'Ayo consistait à échapper à l'humain ?
100 ans dans le futur, sur Mars. Mais pas une Mars idéalisée. Ici le rêve des hommes s'est pris la réalité dans sa face. Une astronaute et une IA font un voyage vers un but obscur...
Le texte explore l'évolution de la relation entre l'humaine et l'IA au langage trop humain.
En creux, c'est bien du devenir de l'Homme sur Terre qui est le coeur du récit. Homme avec un H majuscule, car le regard est profondément féminin.
Beaucoup aimé l'approche en biais de l'auteur, qui se permet d'apporter sa touche personnelle, la folie, à l'univers science fictif très codifié, tout en peignant un futur très crédible, voir subtil car le worldbuilding est impressionnant pour une heure d'écoute. En outre, l'écriture est très musicale.
La réalisation sonore est impeccable et colle au texte de manière parfaite.
Texte fondamentalement SF, dans la veine afrofuturiste, l'auteur n'hésite cependant pas à faire une autre incursion réussie en tendant les bras vers un certain merveilleux scientifique.
Voilà la nouvelle qui me faisait le plus peur, l'auteur écrivant plus en jeunesse, et au final, c'est mon chouchou du cycle.




Eugénie grandit, de Ketty Steward

Présentation : 2043, quelque part en France, Eugénie, 15 ans et demi, vit avec ses parents adoptifs et se sent de plus en plus étrangère à son univers.
Les transformations attendues à l’adolescence s’accompagnent de la découverte de capacités surhumaines qui exacerbent ses questionnements sur les circonstances de sa naissance. Comme si ça ne suffisait pas, elle rate son inscription à l’université, se brouille avec sa meilleure amie et est contactée par une voix, directement dans sa tête.


J'ai le moins apprécié ce texte, car il est dans une veine Young Adult, et les défauts qui vont avec pour un amateur de SF : univers assez balisé, récit trop didactique et aussi quelques grosses ficelles.
Mis à part ce "défaut", j'ai trouvé quelques bonnes choses. L'ado tourmentée par ses origines est bien dessinée, on sens que l'autrice est sensibilisée à la problématique de l'adoption ou s'est bien renseignée sur le sujet.
D'une dystopie assez classique, Ketty Steward nous emmène vers une autre réalité, beaucoup plus cyber, avec un hommage au motif d'Octavia Butler.
Le sujet de la  différence est bien mise en avant, que ce soit par la couleur, le genre, ses origines ou son intelligence. J'avais un peu peur d'une crise d'adolescence classique, mais l'autrice m'a emmené dans des contrées moins codifiées.

L'avis de Lorhkan

 

The Maki Project 2020

Bifrost n.89. Dossier Nancy Kress ou les biosciences conjuguées au futur

février 01, 2018


Bifrost, Le Bélial, 2018, 191 p., 6€ epub sans DRM

 



A toutes les filles que j'ai aimé avant

A toutes les filles gravitant dans la SF, auteures, éditrices, traductrices et autres lectrices et chroniqueuses, à qui ont dédie ce premier numéro de l’année

Un Bifrost 100% féminin, enfin disons plutôt un numéro sur des femmes écrits et réalisés par des hommes, faut pas trop déconner quand même ! Rien que dans le cahier critique, 35 recensions faites par des mâles sévèrement burnés (en fait j'en sais rien), 2 pour la gente féminine...(Bon après, si le numéro avait été exclusivement féminin, j'aurais crié à la bienpensance, au conformisme.... )
J'attends avec une impatience non dissimulée les prochain Bifrost LBGT,  Minorités ethniques, Laïcité.

Dans le numéro 88, le rédacteur en chef nous signalait un petit changement au sein de la revue : encore plus de nouvelles, dont acte avec ce présent opus : 5 nouvelles au programme. Et le numéro 91 sera un spécial fictions avec notamment des textes de Ursula K. Le Guin (Bifrost va t-il faire comme Voici, qui va faire sa une sur Johnny durant un an, et nous faire la même chose avec Ursula ?), Gardner Dozois et Robert A. Heinlein : voir le commentaire d'Erwann Perchoc du Bélial dans les commentaires


Interstyles

Martin le mercredi de Nancy Kress
Comme le disait Georges en son temps: Pauvre Martin !
Une thérapie non invasive, mais envahissante, est en cours d'expérimentation pour soigner le cancer. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Une interrogation sur l'interaction Corps-Esprit et les bienfaits-méfaits du progrès.
Nancy Kress nous perd dans les méandres de diverses personnalités : prolifération anarchique des cellules contre développement anarchique des personnalités.
Une nouvelle qui n'aurait pas dépareillé à être un épisode de la série Black Mirror.

Un jeu d'enfant de Ketty Steward
Quelques pages, quelques mots assez simples. Et une grande profondeur qui s'en dégage. De multiples interprétations possibles, toutes valables. Brillant. Ma préférée de cette livraison hivernale.

L'Éclosion des Shoggoths de Elizabeth Bear
Seconde guerre mondiale, un chercheur va étudier la reproduction de Shoggoths immuables sur des rochers en pleine mer. Les Shoggoths sont des créatures inventées par le célèbre écrivain raciste Lovecraft. Les bikers ont Johnny, les lecteurs de l'imaginaire ont leur Lovecraft. Pas un mois sans une parution faisant allusion à l'auteur. Pour ma part, l'indigestion est mon lot depuis quelques mois.
Petite nouveauté en ce moment, on prend le contrepied du racisme de l'auteur, faudrait pas s’aliéner une partie du lectorat ! La ballade de Black Tom de Victor LaValle surfe sur ce filon, comme cette nouvelle dont il est question.
Ici le chercheur est noir, le marin qui l'accompagne est raciste, mais il change un peu trop rapidement d'opinion à mon goût. Elizabeth Bear fait le parallèle avec certains conflits raciaux dont notre histoire est remplie. Pas mauvais, mais il m'a manqué une ambiance pour m'emmener dans son récit.
Je vous conseille de lire l'article de la rubrique scientifiction à la suite qui parle de l'évolution des espèces en SF. Le professeur Lehoucq a dû en faire tomber ses éprouvettes !

En finir de Isabelle Dauphin
Un texte fantastique-horreur. Le seul bon côté pour moi, la nouvelle est courte.

L'Obélisque martien de Linda Nagata
La fin du monde approche, certains préféraient laisser une trace de leur passage dans cette vie. Mais tout ne vas pas se dérouler comme prévu. J'ai lu la nouvelle avec en tête ce leitmotiv : que va t-il se passer, que va t-il se passer ? Immersion réussie.

Ballades sur l’arc

Suit le fameux Cahier critique sur l'actualité du genre SF. Afin de pouvoir prévoir ses futurs achats. Indispensable pour ne pas jeter de l'argent par les fenêtres. Le nombre de pages de la revue n'étant pas illimité, quelques critiques en ligne ici
J'y ai noté La bibliothèque de Mount Char même si j'ai encore des doutes qu'il me plaise; Sous le soleil de cendres de Claire et Robert Belmas, La Cinquième Saison de N.K. Jemisin et la trilogie de Liu Cixin dont j'attendrai la sortie du troisième tome pour m'y plonger, Un homme chez les microbes de Maurice Renard, mais 15€ pour un auteur tombé dans le domaine public, non merci ! Et aussi Danses aériennes, critiqué dans le dossier Nancy Kress
Déjà lu et chroniqué par mes soins : Espace lointain dont je partage les louanges de Laurent Leleu, Le sultan des nuages et Interférences de Connie Willis que je vous déconseille aussi.

Paroles... de traductrice : Depuis les marges : Anne-Sylvie Homassel. Je suis d'habitude fan des Paroles de, y trouvant toujours quelques éléments instructifs sur le monde de l'édition. Ce n'a pas été le cas cette fois ci, mais je ne saurai dire pourquoi. Est ce le fait que je ne connais ni les romans, ni les auteurs dont elle parle ? Ou le fait qu'elle réponde souvent de manière allusive ou détourné ? Ou mon fait ?


Au travers du prisme


J'aime Bifrost, j'y suis abonné depuis pas mal d'années, mais je ne peux que rester assez étonné de voir un dossier Nancy Kress. Pas que l'auteure ne le mérite pas, mais son actualité ou ce qui est disponible en France est réduit à la portion congrue, de là à voir de la publicité pour la maison d'édition Le Bélial. D'autant que le prochain Bifrost sera consacré à Edmond Hamilton, dont le Bélial publie son Capitaine Flam ! En espérant que ce dossier puisse donner des envies à des éditeurs de traduire Nancy Kress, et me détrompe sur mon premier ressenti négatif.

Un dossier Nancy Kress, assez restreint du fait de nouvelles plus nombreuses. L'introduction nous dit :
"la dame bénéficie en France d’une actualité non négligeable" WTF. Un recueil, une revue, deux novellas et une nouvelle, voilà l'"actualité" de la dame, du moins ce que vous pourrez vous procurez en neuf. Quand aux romans traduits épuisés, le guide de lecture est plus que sceptique quand à leurs qualités : intrigues convenus, personnages caricaturaux (alors que dans les deux entretiens, les personnages sont centraux). Mais la dame excelle dans la forme courte, donc il ne vous reste qu'à vous procurer le recueil Danses aériennes, parue aux éditions du Bélial !
Bon, je m'arrête là, j'ai l'impression d'être dans la peau de Thomas Day critiquant allègrement sa livraison de magazines dans Le coin des revues. Flippant.

Ce qui m’intéresse, c’est le comportement des gens dans certaines circonstances – toutes sortes de gens, dans toutes sortes de circonstances.

Nous avons le droit à une interview mené par les Quarante deux. Des questions pertinentes, mais il m'a manqué quelques interrogations sur les problématiques  phares de l'auteur. C'est discuté de manière générale mais j'avais envie d'en connaitre un peu plus sur ce point. Certaines questions sont posés par les initiés à l'auteur, mais nous pov' français qui ne lisons que la langue de Molière, notre connaissance de l'auteur est assez lacunaire. Un bon entretien au final, mais il m'a manqué le petit plus.
Je pense en effet que la violence, malgré ses terribles conséquences, tant au niveau personnel qu’à l’échelle des civilisations, a sous-tendu l’évolution comme toute charge imposée à une espèce (et qui l’oblige à s’adapter) peut amener à plus de collaboration (contre les ennemis, la sécheresse, ou toute autre menace), à plus de technologie (à utiliser en tant qu’arme ou comme solution écologique), à plus de redistribution des individus entre groupes (pour un échange fructueux des idées).

On poursuit le dossier avec un entretien avec les Quarante deux. Outre que les questions et réponses étaient parfois redondantes avec l'interview de l'auteure, on s'appesantit un peu trop sur la fabrique du recueil Danses aériennes et le travail des Quarante deux sur les autres opus de la collection. Bref, ce n'est pas grâce à cet entretien que notre connaissance de Nancy Kress va s'améliorer. A mon humble avis, cet entretien aurait plus eu sa place en annexe au recueil.
Le dossier se termine par un guide de lecture et une bibliographie.

Au final, mon ressenti sur un numéro publicitaire demeure. Les numéros précédents de la revue avaient des dossiers beaucoup plus conséquents, en alternant interview, articles de fond sur les problématiques de l'auteur.


Scientifiction

De l'évolution des espèces en SF, par J.-Sébastien Steyer & Roland Lehouc. Mieux qu'un long discours :

L’évolution des espèces, c’est-à-dire la capacité du vivant à se transformer au cours du temps, est une réalité biologique souvent mal comprise, voire régulièrement remise en cause par divers courants obscurantistes ou idéologiques : le fait que le vivant ne soit pas le résultat d’une création divine et que les espèces ne soient pas immuables dans le temps dérange et bouscule les idées reçues. Cette mécompréhension, voire ce refus des concepts évolutionnistes par la conscience collective, se retrouve dans toutes les expressions culturelles en général, et dans la science-fiction en particulier : reflet de son temps, cette dernière nous renseigne en effet tout spécialement sur les rapports que nous entretenons avec la biologie de l’évolution. Quantité d’œuvres, tant au cinéma qu’en littérature, véhiculent des idées intéressantes sur l’évolution des espèces – autant d’occasions de corriger le tir en rappelant, à la lumière des connaissances actuelles, ce qu’est l’évolution… et ce qu’elle n’est pas !

Ce numéro se termine par l'Infodéfonce & Vracanews où j'apprends que les éditions Au Diable Vauvert ont perdu leur indépendance.
Les résultats du Prix des lecteurs sont donnés. A cette occasion, les deux nouvelles lauréates sont gratuites (après inscription) jusque fin février 2018. La main innocente ne m'a toujours pas choisi pour gagner le lot de livres mis en jeu, mais pour la première fois, mes lauréats personnels sont montés sur le podium. 

Lutin82 n'avait pas été convaincu par ses lectures de Nancy Kress, est ce que ce dossier bifrostien va lui donner l'envie de continuer sa découverte de l'auteure ?
Lorhkan a adoré la nouvelle d'Isabelle Dauphin, comme quoi on peut être un excellent bloggeur et avoir mauvais goût ;
Tandis que Lhisbei nage en plein conflit d'intérêt, mais s'en sort avec brio.

 

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