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Lloyd Chéry, grain de sable de l'Imaginaire

avril 07, 2025

Mesdames, messieurs, préparez-vous à franchir les portes de la quatrième dimension. Aujourd'hui, nous avons l'immense privilège de rencontrer un homme qui a fait de l’univers de l'Imaginaire un terrain de jeu aussi vaste qu’inconnu, un explorateur des mondes parallèles qui jongle avec les casquettes - ou plutôt les vestes - comme un magicien manipulateur de réalités. Scénariste de BD, podcasteur, rédacteur en chef adjoint de Métal Hurlant, et j’en passe – Lloyd Chéry, l’homme qui semble avoir trouvé le secret pour être partout à la fois, entre une dimension et l’autre. Il nous parle de son travail et nous accompagne dans les coulisses - parfois glauques - de la science-fiction.

Alors, attachez vos ceintures, entrez dans l'univers de Lloyd et oubliez les limites du possible.




Le chien critique : Tu es journaliste, rédacteur en chef adjoint chez Métal Hurlant, podcasteur, scénariste de BD... Comment gères-tu cette multiplicité de casquettes ?

J’essaye d’être le plus efficace possible. Avec l’expérience, je vois que j’arrive à gagner du temps, que ce soit en faisant le montage du podcast ou en préparant un numéro de Métal Hurlant. Le mantra de l’humoriste Daniel Morin (qui m’a formé pendant mes études à Radio France) de “faire de l’eau chaude dans un monde d’eau tiède” m’est toujours aussi précieux. La difficulté, pour moi, c’est d’arriver à maintenir une veille culturelle autour de la science-fiction. Difficile de savoir où donner de la tête entre la BD, le cinéma, les jeux vidéo, les livres, les séries TV... et bien sûr les petits plaisirs personnels. L’écriture d’une BD est chronophage, surtout dans le découpage, mais c’est logique, car je suis un jeune auteur, donc les automatismes ne sont pas encore là. Il y a aussi un temps non négligeable, mais très sympathique passé, à prendre des cafés et des déjeuners, afin de rencontrer et de recruter de nouvelles plumes dans Métal Hurlant.



Lloyd Chéry : Il y a 5 ans, tu lançais le podcast "C'est plus que de la SF". Peux-tu nous parler de cette expérience, de ton audimat et de son avenir ?


“C’est plus que de la SF” existe depuis maintenant 5 ans. L’émission cumule 1,8 million d’écoutes et 20 000 auditeurs uniques par mois. L’équipe s’est étoffée : quatre personnes me soutiennent en free-lance dans cette aventure. Nous gagnons des places de référencement sur le moteur de recherche Google grâce au travail de Grégoire Charrassin, le web designer du site internet. Le podcast a fonctionné fort dès ses débuts. Trois mois après sa création, nous obtenions 2T dans Télérama, une belle reconnaissance. Je suis très heureux de faire cette émission. Je continue de rencontrer des gens incroyables, que ce soit les auditeurs et auditrices ou les invités de l’émission. Bizarrement, je trouve que la 5e saison est l’une des plus abouties. Le fait d’avoir intégré la science comme thématique et d’avoir de plus en plus d’écrivains étrangers a propulsé “C’est plus que de la SF” dans une autre dimension. Nous sommes le premier podcast natif de France sur la science-fiction et nous encourageons la lecture. Chaque épisode sur un roman graphique ou un livre déclenche des ventes en librairie. Quelle fierté d’avoir un rôle de passeur ! J’espère encore faire cinq ans de podcast pour couvrir toute la décennie des années 2020 et puis on verra ensuite si j’ai encore le feu sacré pour produire une émission hebdomadaire.

© Manuel Brulé

Tu as récemment publié la BD Vertigéo. Pourquoi avoir choisi ce médium ? Quelle a été sa réception publique ? Vas-tu te lancer dans une seconde BD ?

J’adore la bande dessinée ! La sortie de Vertigéo a été l’aboutissement de ce rêve d’adolescent de devenir scénariste. L’expérience avec le dessinateur Amaury Bündgen a été épique et enrichissante ! Nous sommes tous les deux très contents de notre travail sur l’adaptation de la nouvelle éponyme d’Emmanuel Delporte (disponible dans le recueil Au bal des actifs - Demain le travail aux éditions La Volte que je recommande). Vertigéo a dépassé les 10 000 exemplaires. Un beau succès pour un jeune scénariste et pour les éditions Casterman. J’en profite pour remercier les lecteurs. Cet album n’est pas parfait mais il a du cœur. J’ai beaucoup appris, grâce aux retours des professionnels, des amis de la bd, et des lecteurs. Nous réfléchissons à une suite pour 2027 et, bien sûr, je prépare d’autres projets de science-fiction, mais aussi de fantasy et de polar.


Quels changements ou innovations as-tu apportés au magazine Métal Hurlant depuis ton arrivée comme rédacteur en chef adjoint ?

Jerry Frissen avait été impressionné par le mook Dune et m’a demandé de faire la même chose pour Métal Hurlant. C’était la première fois qu’on venait me chercher pour mon expertise éditoriale. J’ai donc développé la partie journalistique en faisant appel à des pigistes venant parfois de grandes rédactions parisiennes. On a vraiment une dream team de rédacteurs et rédactrices qui sont très spécialisées. Il y a maintenant des enquêtes, des recommandations ciné et livres, des reportages, des interviews et, surtout, nous avons ouvert Métal Hurlant à de belles personnalités. J’ai invité le groupe Justice, Ridley Scott, Paul Watson, Gaspar Noé, James Ellroy, Xavier Dolan, Liu Cixin, Kim Stanley Robinson, Catherine Dufour, Bertrand Mandico, Alt 236, Victoire Tuaillon, Coline Serreau, Phil Tippett, Romain Lucazeau, Jean-Marc Ligny et Mario Duplantier de Gojira dans les pages du magazine. Un beau line-up qui reflète bien la diversité de la revue ! C’est important d’avoir des voix différentes pour créer une émulation éditoriale.

© Les humanoïdes associés


En 2025, tu as ajouté une nouvelle corde à ton arc avec l'exposition "Plus loin - La nouvelle science-fiction" à Angoulême. Quelque temps après son inauguration, peux-tu nous faire un retour d'expérience ?

Avec ma binôme Julie Sicault-Maillé et la scénographe Mathilde Meignan, nous avons réalisé la première exposition française sur la bande dessinée et la science-fiction à la Cité de la BD. Nous avons mis en avant plus d’une centaine d’artistes et exposé plus de 330 planches originales. C’est une exposition historique qui est encore visible jusqu’en novembre. L’aventure a été très intense et exténuante, mais quel plaisir de pouvoir exposer Mathieu Bablet, Denis Bajram, Enki Bilal, Philippe Druillet, Mœbius (plus de 10 planches), Jean-Marc Rochette, Olivier Vatine… Je crois qu’on a pu encourager de nombreux dessinateurs et surtout montrer que la science-fiction était un genre extraordinaire. Nous avons par ailleurs mis en avant la nouvelle génération de dessinatrices, qui fait une SF vraiment ambitieuse comme Lolita Couturier, Masha Moran, Rachel Marazano. Je mets ce projet au niveau du mook Dune comme étant un marqueur professionnel mais aussi une belle aventure humaine. Notre envie, avec Julie, était de célébrer des gens qui ont longtemps été méprisés par la presse ou les prix. Presque 45 000 personnes sont venues voir “Plus loin - La nouvelle science-fiction” pendant le Festival d’Angoulême, ce fut une réussite mais cette exposition ne m’appartient plus : elle appartient à ceux qui sont exposés à l’intérieur, et à tous ceux qui vont la voir.

© Mathieu Bablet


Ton label “C’est plus que de la SF” nous prépare quoi, comme nouveautés ?

Il y a actuellement une réflexion pour monter un label éditorial en co-édition afin de refaire plusieurs mooks. Je ne sais pas encore quand arrivera ce label, mais ce serait la suite logique. On verra comment se matérialisera ce nouveau projet éditorial, mais l’envie est présente de retourner dans « l’arène » avec un ouvrage ambitieux sur un classique de la science-fiction qui mélange le magazine et le beau livre. Le fait d’avoir une belle communauté qui soutient mes aventures me permet aussi d’être plus serein. Il y aussi des envies de publier des essais pas que sur la science-fiction, je lorgne aussi sur le cinéma de genre. Si cela se concrétise ce sera un nouveau défi et une aventure exaltante.


Revenons un peu sur le mook Dune, un succès éditorial. Combien d'exemplaires ont été vendus, toutes éditions confondues ?

Je crois que nous en sommes à 23 000 exemplaires ! Jamais un beau livre collectif qui analyse un classique de la science-fiction ne s’est autant vendu en France, c’est un record. Il existe pour l’instant deux éditions.


Je n'ose imaginer le travail de coordination pour un tel projet. Maintenant que tu peux jeter un regard sur le passé, est-ce que le jeu en valait la chandelle ?


Les chiffres parlent d’eux même, je crois. C’est le projet dont je suis le plus fier. Il y a eu un avant et un après le mook Dune dans ma vie professionnelle. On continue de m’en parler avec des étoiles dans les yeux. Je suis toujours reconnaissant à L’Atalante et aux éditions Leha de m’avoir fait confiance en tant que directeur d’ouvrage et porteur de ce projet hors norme. Impossible de ne pas avoir une pensée pour les contributeurs de financement participatif et bien sur les auteurs qui ont participé aux articles. J’ai d’ailleurs rencontré Denis Villeneuve à la fin d’année 2024, c’était un moment incroyable !



Après un financement par Ulule, certains t'ont reproché d’avoir sorti une seconde version augmentée lors de la sortie cinématographique du film. Comment réponds-tu à ces critiques ?

Nous avions vendu 13 000 exemplaires sur un tirage de 15 000 en trois mois et le film allait arriver six mois après. Le tirage était quasiment épuisé. Le mook a été vendu à 22 euros, ce qui était un prix très attractif. Malheureusement, le papier buvait un peu pour les illustrations et les photos. J’ai initié ce choix de faire un nouvel ouvrage qui serait le plus parfait possible. J’espère d’ailleurs en faire une troisième et ultime édition afin d’analyser en profondeur les deux films de Denis Villeneuve pour que livre reste toujours d’actualité. Nous avons envoyé gratuitement les ajouts à nos contributeurs Ulule à qui nous devons tout mais, bizarrement, les plus critiques ont été les autres éditeurs ou affiliés, pas forcément les contributeurs (rire).


J'ai pu constater une baisse dans la régularité de ta newsletter et de “C’est plus que de la fantasy”. Est-il difficile d'être sur tous les fronts ?

Oui, le podcast sur la fantasy a été lancé avant mon arrivée chez Métal Hurlant. J’ai malheureusement atteint mes limites. Je monte encore le podcast seul et je prépare les émissions sans assistant. Je préfère mettre en pause un projet plutôt que d’offrir une production dont je ne suis pas satisfait. La newsletter doit revenir prochainement. On affine évidemment la forme et le fond avec Julien Djoubri, qui s’en occupe avec moi. Julien est très doué pour les interviews et fait de très belles choses avec le jeune média Point’n Think.


Tu travailles énormément (9h-21h, 6 jours par semaine). N'as-tu pas peur du burn-out ?

Non, je me connais et je sais quand je dois m’arrêter. Ma journée type est quand même ponctuée de moments de lecture ou de visionnage. Je prends aussi plus de vacances pour couper et j’essaye de passer du temps avec mes amis de longue date pour sortir aussi de ce monde de l’édition.


Certains pourraient dire que tu es omniprésent dans le milieu SF/fantasy en France. Comment réponds-tu à cette critique ?

Cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu cette critique (rire). Je ne sais même pas si elle est encore partagée maintenant. En fait, j’ai pris une place médiatique qui était vacante. Vous savez, les médias adorent avoir une personne qu’on peut appeler pour parler instantanément d’un sujet. Au début, il n’y avait pas de critiques. Quand j’étais au Point Pop, j’ai publié presque 300 articles sur l’imaginaire français. Pour certains auteurs, qui sont maintenant respectés, j’ai été le premier journaliste à mettre en avant leurs ouvrages dans un média national. Il y avait une véritable envie de ma part de couvrir ce milieu. C’était fascinant et réjouissant de découvrir l’univers de l’édition que je ne connaissais pas du tout.  Les ennuis ont commencé au moment où j’ai eu des velléités éditoriales et, pire que tout, quand j’ai eu du succès avec le mook Dune. Certains, dans le fandom SF, souffrent d’un manque de reconnaissance et jalousent la réussite, ce qui est finalement très humain. Un soir, une employée d’un éditeur de poche m’a confié que je ne méritais pas mon succès et que c’était injuste. Injuste car beaucoup de gens comme elle avaient dû galérer pendant des années.  Elle a littéralement dit que je profitais du savoir et du travail des autres. J’ai trouvé sa remarque assez symptomatique d’un petit milieu qui est par moments très toxique et qui accepte des comportements scandaleux sans broncher. Concernant mon omniprésence dans la sphère des podcasts, il n’y a tout simplement pas d'équivalent sur ce médium en science-fiction. J’ai produit 240 émissions d’interview depuis maintenant cinq ans. J’espère que d’autres journalistes ou podcasteurs viendront enrichir prochainement la sphère du podcast SF. Heureusement, les critiques à mon encontre n’entache pas ma passion de vouloir continuer à mettre les gens en avant via des interviews ou des publications. Cela me conforte que je suis sur le bon chemin (rire).
 
Extrait de Bifrost n.103
Voir le droit de réponse dans le Bifrost n. 104


Je crois que les critiques à ton encontre sont allées assez loin, non ?


Oui, il y a eu plusieurs séquences mémorables qui me font rire maintenant. J’ai été diffamé et insulté en 2021 dans la revue Bifrost, ce qui a donné lieu à un droit de réponse très drôle du Grand Prix de l’Imaginaire écrit par Joëlle Wintrebert ( je suis membre de ce jury). J’ai été cyberharcelé et insulté sur les réseaux sociaux par des auteurs, des autrices, et un ancien élus à la retraite pendant tout l’été 2022, au moment où Les Imaginales changeaient avec fracas de direction artistique. Ce fut le paroxysme. Devant ma belle veste bleue avec un canevas de grande Vénus botticellienne, une autrice m’a demandé, en colère, ce que cela faisait de porter sur moi la peau d’une femme… Cette séquence des Imaginales a été très intéressante. On était dans la pièce Tartuffe de Molière. De nombreux auteurs ont dit qu’ils ne reviendraient jamais et puis, quelque temps plus tard, beaucoup sont revenus progressivement, en écrivant sur Facebook un beau texte pour se justifier, car rattrapés par la réalité du marché. Il est si difficile de vivre de sa plume en 2025 que les salons sont vitaux. Le salon te permet d’exister symboliquement car tu es enfin “un auteur” un sésame si recherché et, surtout, tu peux vendre des livres qui ne s’écoulent pas toujours ailleurs. Ce que font Les Imaginales ou Les Utopiales, pour ne citer que les plus gros, sont indispensables à l’économie de l’imaginaire pour des petits et moyens auteurs. Quelques années plus tard, certains se sont excusés après coup ou sont revenus me parler comme si rien ne s’était passé, d’autres baissent les yeux quand ils me croisent. Les réactions passionnées étaient compréhensibles mais les insultes relèvent d’autres choses. Les querelles de clocher du petit milieu n’intéressent pas le lecteur et frise souvent l’amateurisme. « Et tous, Guépards, chacals et moutons, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la Terre » écrivait Giuseppe Tomasi di Lampedusa, bref rien de bien nouveau sous le (plein) soleil.


Selon toi, quels auteurs contemporains incarnent le mieux le renouveau de la science-fiction ?


La décennie des années 90 est dominée par des auteurs comme Ayerdhal, Pierre Bordage, Maurice G. Dantec, Bernard Werber et Michel Houellebecq. Les années 2000 voient arriver de grands textes par Catherine Dufour, Roland C. Wagner et Laurent Genefort. Les années 2010 coïncident avec le triomphe d’Alain Damasio mais aussi la confirmation de Sabrina Calvo ou encore la percée de Romain Lucazeau. Pour les années 2020, ce n’est pas évident de savoir qui s’impose. Beaucoup d’auteurs de littérature générale se lancent dans la SF pour le meilleur et pour le pire. Il y a aussi du potentiel avec Audrey Pleynet et Saul Pandelakis mais la reconnaissance du public a du mal à venir car le marché souffre beaucoup.



Quel état des lieux dresserais-tu en 2025 du marché de la science-fiction ?

Je suis assez pessimiste sur la séquence actuelle depuis deux/trois ans. La surproduction domine toujours. Rarement les médias auront aussi peu parlé d’imaginaire. La communication des éditeurs sur leurs livres est quasiment inexistante. Il faut événementialiser la sortie d’un livre pour créer l’attention mais trop peu le font par manque de moyens mais aussi par manque de savoir-faire. Peu d’ouvrages fonctionnent en grand format. Le niveau littéraire français en science-fiction est dans l’ensemble assez alarmant et le manque de travail éditorial aussi. C’est frustrant car nous avons pourtant le potentiel. Les disparitions d’ActuSF puis des Moutons électriques sont quand même de très mauvais signaux. Ces deux maisons d’édition osaient miser sur des jeunes auteurs et autrices francophones. La chute de Twitter puis la reprise en main par Elon Musk a fait éclater des communautés numériques. Alors que les prédictions sciences-fictives se révèlent assez justes, les auteurs de SF sont globalement assez absents des débats publics. Il existe trop peu d’espaces de qualité pour tenter de formuler une pensée ou une réflexion sur ce qui se passe. Il manque aussi une grande franchise médiatique et populaire à la Game of Thrones pour doper le genre. Tout ne va pas si mal. En science-fiction, je vois des éditeurs qui tirent quand même leur épingle du jeu comme Le Bélial’, Au diable vauvert, L’Atalante et d’autres qui tentent de proposer des choses intéressantes comme Argyll, Le Passager clandestin, Verso. De plus en plus de productions françaises s’essayent à la science-fiction au cinéma et dans l’audiovisuel, c’est historique. On vivra prochainement une transition douloureuse qui verra progressivement s’éteindre, dans les prochaines décennies, des grands érudits du fandom. Des gens qui ont des mémoires historiques et littéraires de la science-fiction ainsi que du fandom français. Cela a commencé avec le décès soudain de Joseph Altairac. Avec leurs savoir, ces gens sont des bibliothèques, des trésors.


J'entends régulièrement dire que le milieu de l'imaginaire est très ouvert. En même temps, le #MeToo de l'imaginaire ou certaines voix (comme Ketty Steward et son Le Futur au pluriel : réparer la science-fiction) suggèrent le contraire, ou pointent les limites de sa bienveillance. Qu'en penses-tu ?

J’encourage à écouter notre épisode avec Ketty sur son essai. Ketty est passionnante. J’adore son humour ravageur et je recommande ses textes. Je pense qu’elle et moi, mais aussi d’autres comme Michael Roch, avons été des trophées pour certains salons. On apportait de la diversité à l’époque où c’était à la mode, on intervenait dans le cadre de tables rondes sur l’esclavage ou sur l’afrofuturisme. Ce qui était l’occasion de voir d’autres profils sur des tables rondes. Mais attention dans notre milieu, on sent quand même que certains s’attendent de voir des Noirs se positionner comme des victimes ou des Noirs colériques contre les injustices du système. En bref, entendre des gens se plaindre en permanence. Je garde précieusement cette phrase bouddhiste depuis le lycée : « La plainte efface la bonne fortune alors que la reconnaissance l’accumule ». Quand vous souhaitez ne pas être catégorisé dans cette position de victime, rien ne va plus. Le milieu est aussi ouvert qu’il est hypocrite. J’ai beau avoir un grand-père malien et donc incarner cette diversité, je suis quand même blacklisté par des salons littéraires car je ne coche pas la case du Noir colérique ou victimaire. Ketty vit la même chose et elle l’a dénoncé dans son essai. Heureusement, je n’ai jamais dépendu des salons pour vivre ou exister. Ce qui sauve tout ça, c’est le grand nombre d’hommes et de femmes naturellement bienveillants et sympathiques qu’il y a dans ce milieu, notamment dans la sphère du blog, des bêta-lecteurs et de l’édition.



Tu es très actif sur les réseaux sociaux. Comment gères-tu les critiques ou polémiques qui peuvent émerger ?

Depuis la reprise en main de Twitter par Elon Musk, une grande partie des gens les plus toxiques sont allés sévir ailleurs. La règle est simple. Il faut peu répondre, jamais sous le coup de la colère et, si tu réponds, il faut être factuel, ferme mais poli, et avoir une bonne dose de répartie. Mais en vérité cela n’en vaut quasiment jamais la peine (rire).


Ton succès repose aussi sur une communauté fidèle. Comment évites-tu de tomber dans un phénomène de "bulle" où seules leurs attentes comptent ?

Finalement, on discute assez peu avec ma communauté. Je n’ai pas de Discord. Je reçois de beaux mails de soutien presque toutes les semaines mais je n’ai pas encore créé un espace où les fans du podcast peuvent interagir directement. J’essaye de répondre à tout le monde sur les réseaux sociaux et je demande souvent ce que veulent écouter les gens quand je rencontre un auditeur ou une auditrice. Les podcasts sur le cinéma sont ceux qui fonctionnent le plus avec les épisodes sur les grands classiques de la SF. Mon envie est surtout d’apporter de la diversité sur les sujets pour surprendre l’auditeur. Après, la grande majorité de ma communauté sélectionne les podcasts. J’ai 3000 personnes qui écoutent tous les épisodes, les autres décident en fonction de leurs envies.


Penses-tu que ton rôle va au-delà du journalisme, en devenant une sorte d'influenceur culturel ?

Je suis dans un entre-deux, oui. On est dans une ère où l’on doit incarner quelque chose, avoir des communautés, rayonner par la qualité de son travail. Depuis quelques années, le métier de journaliste évolue et peut parfois tendre vers une forme d’influence. L’important est de conserver sa rigueur éditoriale.


As-tu déjà ressenti une pression éditoriale pour orienter tes contenus vers des sujets plus "bankables" ? Gagner de l'argent est-il antinomique de l'imaginaire ?

Non, j’essaye de parler de l’actualité afin de donner des analyses qui feront plaisir aux amateurs du genre. J’essaye de répondre présent quand un grand film ou une grande série de SF arrive. J’essaye aussi de suivre l’actualité littéraire. Je vends également du podcast aux éditeurs qui m’en achètent, mais ils obtiennent surtout l’accès à une communauté de fans de science-fiction. L’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître. Ce que je gagne avec le podcast, je le redonne pour pouvoir faire grandir “C’est plus que de la SF”, mais cela reste assez limité. Si on veut être riche, mieux vaut aller faire du conseil plutôt que d’essayer de vendre des livres. 


Quels sont tes projets futurs ? Envisages-tu d'écrire un roman ou d'explorer d'autres formats artistiques ?

Je réfléchis à lancer un format comme “Le Masque et la Plume” avec quatre ou cinq spécialistes qui se réunissent tous les trois mois pour analyser et critiquer cinq nouveautés. Il manque un espace de débat littéraire radiophonique de qualité pour la science-fiction. L’idée serait de mélanger des journalistes, des blogueurs, des libraires, des influenceurs et des bibliothécaires. Les gens liraient les mêmes livres et devraient débattre ensuite. Cela peut être très amusant. Je vais aussi lancer une émission d’été ! Cela s’appellera “J’irai lire de la SF chez vous”. Je vais faire le tour de la France afin de faire des interviews avec huit auteurs et autrices francophones à côté de leur bibliothèque. Ce ne seront que des gens qui ne sont jamais venus sur le podcast. Cela sera très joyeux.

© Audray Akinocho


Si tu pouvais interviewer une personnalité décédée liée à la science-fiction, qui choisirais-tu et pourquoi ?

Frank Herbert, pour faire encore une nouvelle édition de Tout sur Dune (rire). 


Quel conseil donnerais-tu à quelqu'un qui souhaite se lancer dans une carrière aussi éclectique que la tienne ?

Travailler trois fois plus que les autres, être créatif, “faire de l’eau chaude dans un monde d’eau tiède” et suivre absolument son instinct.


Tu pratiques le bouddhisme japonais. Cela t'aide-t-il à faire face aux critiques et aux défis de ta carrière ?

En tout cas, cela aide à redescendre sur terre et à ne pas être emporté par la passion. Je relis souvent cette phrase du moine Nichiren : “Les personnes vertueuses méritent ce qualificatif parce qu’elles ne se laissent pas emporter par les huit vents : prospérité, déclin, disgrâce, honneurs, louanges, critiques, souffrance et plaisir. Elles ne sont ni enivrées par la prospérité ni affligées par le déclin. Les divinités célestes protégeront à coup sûr celui qui ne plie pas devant les huit vents. Mais, si vous nourrissez une rancune déraisonnable envers votre seigneur, elles ne vous protégeront pas, malgré toutes vos prières”. C’est pas simple tous les jours.


Pour conclure, une dernière question : il y a 5 ans, tu me promettais de faire un podcast sur ton auteur fétiche, Pierre Bordage (ce qui est fait), ainsi qu'un autre sur mon auteur fétiche, Robert Charles Wilson. À l'heure des comptes, j'ai le sentiment de m'être fait un peu avoir…

Ahaha promis, je ferai d’ici cinq ans un podcast sur Spin avec Robert Charles Wilson !



Pour retrouver l'actualité de Lloyd Chéry, une seule direction :

https://www.cestplusquedelasf.com

 
Pour en connaitre encore un peu plus sur LLoyd, n'hésites pas à lire l'interview qu'il m'avait accordé il y a 5 ans : Lloyd Chéry : l'arpenteur de l'imaginaire 

Le meilleur titre de La Science, CQFD - Saison 2

septembre 05, 2024

 

Magnétar : l’aimant dans le placard
Maison Poincaré : un musée, et π c'est tout !
Hubert, sur les Reeves de l'Univers
Silence, ça mousse !
Déchets, dis-moi qui est la poubelle ?
Aires marines protégées, à bon entendeur chalut !
...

Hilarant, cocasse, honteux, poétique, consternant, intelligent...
Chaque jour l'équipe de La science CQFD se casse la tête pour trouver LE titre de l'émission, celui qui te fera lever au ciel, éclater de rire dans le métro bondé...

Mais quel est le titre qui t'a le plus marqué durant cette seconde saison ?
Une enquête s'imposait !

Le sondage a eu lieu du lundi 26 août au dimanche 01 septembre 2024 inclus.
Nombre de participants : 168

Le MEILLEUR titre : Procrastination... titre provisoire

56 votes

Voyons, 2024 et son lot de bonnes résolutions... Peut-
être que l’on verra cela plus tard. D’ailleurs, pourquoi procrastine-t-on ? Quels sont les mécanismes cérébraux impliqués dans cet art de tout remettre à plus tard ?
Vous devez faire cette tâche administrative quand, soudain, vous préférez boire un thé, récurer votre évier, puis passer deux heures à regarder des vidéos de chats sur YouTube. "Ne jamais remettre au lendemain ce que l'on pourrait faire le surlendemain", on se l'ait tous dit un jour.
La procrastination est-elle le syndrome de notre époque fatiguée, ou trouve-t-elle des explications plus fondamentales, du point de vue neurologique ? Comment le cerveau prend-t-il une décision, ou plus exactement, comment ne la prend-il pas ? 

 

Second : Ötzi : libéré, dégivré

40 votes


C’est la momie la plus étudiée au monde : Ötzi, la star de l’archéologie glaciaire. Qu’est-ce que cet homme des glaces, vieux de 5 300 ans, nous apprend-il de son époque ?
C’est par hasard que des randonneurs l’ont découvert, dans les alpes italiennes, à plus de 3 000 mètres d'altitude. Une momie parfaitement conservée, avec ses vêtements, son slip en peau de veau, son bonnet en peau d’ours, ses outils et son corps recouvert de 61 tatouages.
"The Iceman" a vécu à l’époque de l’âge du cuivre, vers la fin du Néolithique. Plus de 30 ans après sa découverte, les chercheurs du monde entier continuent de l’étudier. De récents travaux nous apportent d’ailleurs de nouvelles informations sur ses origines génétiques et son apparence physique.
 
 
 

Troisième : One Planet - Polar Summit : « les calottes sont cuites »

31 votes
 
Le titre de cette émission est emprunté aux pancartes vues lors des marches pour le climat.

Le One Planet Polar Summit : le premier sommet international consacré aux régions polaires s’est conclu vendredi dernier à Paris. Quelles sont ses conclusions ?
C’est une première mondiale : un sommet pour alerter des dangers qui pèsent sur les glaciers et les pôles. La cryosphère - soit la glace de manière globale - est en voie de disparition. Les pôles sont bien plus que des sentinelles du changement climatique, ils en sont le moteur. L’équilibre de la planète dépend largement de l’Arctique et de l’Antarctique. La recherche polaire joue donc un rôle majeur pour les sciences du climat, de l’environnement, de la biodiversité. Les moyens qui lui sont consacrés sont-ils à la hauteur de ses enjeux ?
 
 

Les auditeurs titrent leur émission favorites



Il y a trois ans, l'équipe de La Méthode Scientifique avait fêté les résultats en m'accordant une interview méméorable (La méthode scientifique se fait titrer le portrait). Cette année, ce sont quelques auditeurs réguliers de l'émission qui ont voulu remercier l'équipe.
 

Comment as-tu découvert La science, CQFD / La méthode scientifique ? Depuis combien de temps écoutes tu l’émission ?


Blop : J'ai découvert La méthode scientifique, désormais ancêtre de la Science CQFD, parce que Nicolas Martin faisait tous les 15 jours une émission sur la science-fiction. (Oui, j'aime la SF, c'est beau, la SF). Des blogopotes en parlaient régulièrement, j'ai testé, j'ai commencé à rattraper mon retard sur les émissions de SF, puis, pauvre de moi, j'ai continué en écoutant presque toutes les émissions quotidiennes. Je suis une scientifique ratée, j'adore les sujets scientifiques (surtout la physique) mais j'ai fait des études supérieures en sciences humaines, parce qu'au lycée j'étais une quiche en maths. Donc avec l'émission, j'avais trouvé ma dose de drogue dure. Et j'ai adoré que Natacha Triou prenne le relai. Vous avez écouté Natacha quand elle lit des extraits de romans ? C'est une tuerie !!! J'écoute l'émission depuis seulement 4 ans. Tant d'années et d'émissions loupées... (Oui je sais, on écoute les podcast quand on veut). (Mais mes journées ne font que 24h et j'ai un métier et une famille, bordayl)

Krosstalk : Mmm, suis pas terrible sur les dates. J’ai l’impression de l’écouter depuis toujours. Mais je pense en fait avoir commencé à écouter genre vers 2017. Sur comment j’ai découvert l’émission, c’est probablement via les gens de la commu SFFF, dont peut-être le chien...)

Catherine Dufour : Aucune idée. J'écoute ça depuis le début, je suppose. C'est un peu un passage obligé quand on est auteure de SF.

Les lectures du Maki : Les réseaux sociaux ont parfois de bons côtés, on y croise des chiens sympas qui nous font découvrir des émissions intelligentes et passionnantes. Cela devait être dans les années Covid !

Le chien critique : Comme Blop, j'ai commencé à écouter La méthode scientifique à cause des "Vendredis SF", dont mon auteur chouchou, Robert Charles Wilson. J'ai aimé le ton, sérieux avec des touches de légèreté. Et un jour, ils ont programmé une émission sur les tardigrades (Le tardigrade : un animal petit, mais costaud !) que j'ai donc écouté et adoré. J'étais ferré, plus moyen d'arrêter d'écouter... Bref, j'écoute depuis quasiment la création de l'émission.



Quel est le titre qui t’as le plus marqué : l’as-tu choisi pour son originalité, sa pertinence scientifique, ou simplement parce qu’il t’a fait sourire ?


Krosstalk : Pas facile.. Peut-être “One Planet - Polar Summit : « les calottes sont cuites »”. Pour le combo sujet et jeu de mots

Catherine Dufour : La syphilis ! Je raffole des maladies dont souffraient nos ancêtres, sachant qu'au XIXe siècle, tout le monde avait la syphilis, et tout le monde avait la tuberculose. Ça explique beaucoup de choses dans la littérature du XIXe et j'ai été très dixneuviémiste.

Les lectures du Maki : Je n'ai pas de titres qui m'ont marqué plus que d'autres (surtout parce que je les oublie vite !) Mais j'attends toujours avec impatience le titre du lendemain, c'est cette découverte qui est amusante. J'avoue que plus le jeu de mot est pourri, plus j'aime... et on ne va pas se plaindre, l'équipe est pleine de ressources de ce côté là.

Le chien critique : Je pense que je pourrais en parler des jours entiers. Dans mon top, il y a "Zone 51 : et j'ai crié Aliens pour qu'ils reviennent" qui est un des marqueurs de la fabrique des titres : en référence avec une chansonnette qui vous reste dans la tête. Extraterrestres : il est Fermi d'en douter, ou Covid : l’ombre du delta plane lient la pertinence scientifique et la légèreté. Sans oublier le cycle de Dune, qui  semble donner des ailes à l'équipe : Dune, épice et tout ! ou Dune : le ver de trop ?

Blop : Je suis fondamentalement bon public et je ris à la plupart des blagues. Donc un bon jeu de mot va m'emporter. J'adore le côté "à la limite du bon goût". Mais si en plus il est scientifiquement pertinent, c'est l'extase. Je pense que mon titre préféré depuis 2020, c'est "Zone 51 : et j'ai crié Aliens pour qu'ils reviennent". Mais franchement, "Les naines brunes ne comptent pas pour des prunes...". Et puis ... "The Last of Us : il va y avoir des spores" Bref. Je suis en PLS.



Quel titre t’as le plus fait sourire la saison dernière et pourquoi ?


Catherine Dufour : Les dinosaures à plumes. J'imagine la terre hantée par d'énormes poules et ça me fait rêver.

Le chien critique : J'ai eu énormément de mal à trouver mes trois titres préférés entre Magnétar : l’aimant dans le placard; Maison Poincaré : un musée, et π c'est tout !; Hubert, sur les Reeves de l'Univers; One Planet - Polar Summit : « les calottes sont cuites »; Procrastination... titre provisoire.
Un musée, et π c'est tout m'a fait extrêmement rire. Mais à l'inverse, le très poétique et pertinent Hubert, sur les Reeves de l'Univers m'a fait chavirer.
 
Blop : One Planet - Polar Summit : « les calottes sont cuites ». C'est drôle et c'est (malheureusement) très pertinent. Bon, je ne peux pas laisser passer non plus "Communication interstellaire : un travail de longue Alien", parce que c'est soooo SF...

Krosstalk : Forcément “A deux doigts d’Uranus”, ou “The Las of Us : il va ya voir des spores”. Ca revient quand d’ailleurs, hein ?



Y a-t-il un titre qui t’as fait réfléchir à un sujet scientifique d'une manière totalement inattendue ? Raconte-nous cette révélation !

Les lectures du Maki : Le titre est la cerise sur l'émission, c'est le thème abordé et son traitement qui te fait réfléchir. 

Le chien critique : Dernièrement, une émission sur les groupes sanguins (Groupe universel sanguin : ça sang bon ?) m'a appris qu'il n'y avait pas que 4 groupes sanguins, mais plus d'une quarantaine. Je ne suis pas un scientifique, donc l'émission me fait découvrir énormément d'aspects que je ne connais pas.

Blop : "Maison Poincaré : un musée, et π c'est tout !" Faisant partie de l'immense majorité des français qui habitent pas en ile de France, je ne savais pas qu'un musée des mathématiques ouvrait, je ne savais même pas que c'était possible d'ouvrir un musée des maths, et surtout, je me suis rendue compte que je n'avais aucune idée de qui était réellement Poincaré ! La profondeur abyssale de mon ignorance m'étonnera toujours.

Krosstalk : Révélation peut-être pas, mais ça ajoute souvent des précisions ou apporte une mise à jour des infos sur certains sujets, en science; ça évolue souvent assez vite. Et je réécoute quelquefois les émissions, notamment quand je les ai suivies en faisant autre chose (SHAME ON ME, SORRY NATACHA ET LA TEAM)

Catherine Dufour : Les "schnops" dans l'océan de Titan. Des nutriments, mais oui. Ca, ça fait rêver. Je n'étais pas au courant



As-tu une anecdote amusante ou un moment mémorable lié à l’écoute de cette émission ?

Blop : J'ai assisté à l'enregistrement en public de la Science CQFD "Utopiales : rafraîchissez-vous l'alien" (encore un titre de dingue) aux Utos en octobre 2022. Un moment mémorable : Natacha étant malade, c'est Antoine Beauchamp qui a présenté l'émission, dont deux des invités étaient... Nicolas Martin et Simon Riaux, qui venaient parler de leur livre "Xénographie". Ils ont foutu un bordel monstre. On a énormément rigolé dans la salle, où nous étions très nombreux et très bruyants, même si la qualité de la captation des techniciens de France Culture a pu quasiment faire disparaitre le brouhaha. On sentait le bonheur de Nicolas de ne plus avoir à gérer la structure de l'émission, le temps de parole, etc. Antoine Beauchamp m'a dit après que effectivement, ils étaient un peu chauds à gérer, les 2 énergumènes. Un excellent souvenir.

Krosstalk :
Non, pas vraiment. Juste je voudrais remercier Nico Martin qui m’a convaincu de lire Hugh Howey, je ne l’ai pas regretté


Catherine Dufour :
En rentrant d'un festival en Corse. J'étais au volant, on écoutait la radio et mon cadet m'a dit "c'est rigolo, la dame dans le poste a la même voix que ta copine adorable du festival !" Mais oui, fils. C'est la même. Je crois qu'il est amoureux.

Les lectures du Maki : Je ne vais pas être original, c'est la dernière de Nicolas Martin qui restera dans les mémoires. C'était très émouvant, un peu comme un grand frère qui quitte la maison, on sait qu'on continuera à se voir mais ca ne sera plus pareil. Heureusement la famille était toujours là et le concept a perduré, differement mais toujours avec le même plaisir et le même emerveillement.

Le chien critique : Je n'écoute jamais l'émission en direct, mais en podcast durant mes trajets boulot. Et je ne suis pas seul dans ma voiture, il y a mon fils qui subit tout ce verbiage scientifique depuis son plus jeune âge. Comme j'aime découvrir les coulisses des choses que j'aime, en 2019, je demande, sans trop y croire, une interview à Nicolas Martin qui accepte (ce mec est une perle). Entretien qui se fera par téléphone, avec mon fils de 8 ans dans les parages, qui passera plusieurs fois dans mon dos et qui se mettra à fredonner les fameux Hou Hou Hou du générique de La méthode scientifique. J'ai essayé de garder mon sérieux, mais cela a été très difficile. Dans ma tête, je me disais qu'à son âge, je chantais à tue tête les génériques de Capitaine Flam, d'Albator ou d'Ulysse 31, on a les références qu'on peut !!!



Un mot pour l’équipe ?

Catherine Dufour : Ne changez rien ! Cette émission est sans prix. Et bravo. Et merci.

Les lectures du Maki : Merci, vous êtes un des rares remparts contre l'obscurantisme. Continuez à nous divertir et nous instruire.

Blop : Les filles, les gars, ce que vous faites tous les jours est une respiration indispensable, un moment de réflexion posé et argumenté, accompagné d'humour et de sourires. Ne lâchez pas, vous faites un bien fou à l'esprit critique et à la culture scientifique des français, et à la santé de mon cerveau (et de mon moral) en particulier. Merci infiniment.

Krosstalk : Continuez comme ça, ne lâchez rien ! Il n’y a que quelques émissions que j’écoute en direct, La Science, CQFD et Cultures Monde en sont. C’est précieux pour moi d’avoir régulièrement des infos scientifiques sur des sujets aussi variés, avec un peu de temps pour développer avec les intervenant•es. Bon d’accord, je confesse que j’écoute un peu moins les émissions médicales; ça m’inquiète trop, bêtement Merci à tous et à toutes pour ce qui est pour vous un travail, et pour nous un plaisir
 
Le chien critique : Une émission d'utilité publique qui me met chaque jour de bonne humeur. Je pense que les Nobels devraient créer un prix du meilleur médiateur scientifique et lui décerner ce prix chaque année. MERCI

 
 
 

Qui sont-ils ?


Blop : Lectrice de SFFF, blogueuse très épisodique, bibliothécaire. Ne prenez pas la vie trop au sérieux : vous n'en sortirez pas vivant.
Twitter : @Blopromptu
Son blog : Impromptu

Krosstalk : Sound Design | Sci-Fi | Science | Essaie de résister à l’entropie.
Twitter : @krosstalk

Catherine Dufour : Ecrivaine
Twitter : @Twittcdufour
Site web : https://kat.mecreant.org//

Les Lectures du Maki
Twitter : @Lectures_Maki
Son blog : les-lectures-du-maki.blogspot.fr
 
 

Mon été science fictif avec France Culture

juin 15, 2023

Tout au long de l'année, j'écoute quelques émissions de France Culture, dont la principale, ma préférée, est La science CQFD. J'écoute aussi de temps en temps Mauvais genres. Et chaque été, je me demande : "Que vais-je bien pouvoir écouter alors que les équipes prennent leur vacances (sur mes impôts !!!).
Pour apaiser mon courroux, la direction de France Culture a rempli sa grille d'été depuis quelques années de quelques os à ronger : des documentaires, Infiniment par le regretté Nicolas Martin, et bien entendu, Euréka ! par les successeurs Natacha Triou et Antoine Beauchamp.

Mais cet été, mes petits plaisirs seront-ils présents ? J'ai farfouillé dans la grille d'été afin de voir si je devais m'acheter des mouchoirs car il n'y avait rien pour moi ou pleurer de n'avoir pas assez de temps pour écouter tous ce que l'on m'avait concocté en terme de science, de fiction et de science-fiction.. Fini le suspense, voici ce que me réserve cette grille estivale :

 


Un agronome-anthropologue, le changement climatique de jadis, voilà qui me parait intéressant.
Du 03 juillet au 27 août


Un auteur de SF, Laurent Genefort, ainsi que des thématiques scientifiques et SF, cette émission rejoindra ma liste d'écoute.

Féminisme, genre, écriture inclusive. Comme ces questions ont l'air d'emmerder pas mal de monde, c'est normal que j'écoute !!!



Un peu déçu, je pensais que l'épisode trois était consacré à La soupe aux choux, mais non... Le programme reste alléchant cependant, ce qui devrait apaiser ma déception.


Quoi de mieux en cas de canicule qu'un peu de sueur froide ?



Des romans qui ont changé le monde avec un texte de SF, écrit par une femme de surcroit ! Mais qui va se coller à ce monument ? La réponse (j'en bave déjà) :


 


 Xavier Mauméjean, Jean-Luc Rivera = dans ma liste d'écoute


L'homme invisible, Blade runner, pas le choix, il faudra que j'écoute.



C'est l'été, on se relache un peu, mais il faut tout de même continuer à entrainer ses neurones, un peu de philo devrait faire l'affaire.


Et voilà, c'est la fin de la présentaion générale de la grille ! Et voilà que j’écarquille les yeux : où est mon Eurékâ ! Qui a volé mes inventions ? Il reste cependant encore quelques pages avec le détail journalier. Et que vois je ? Toujours pas d'Eurékâ ! mais La science CQFD !!! Natacha, Antoine et toute l'équipe derrière (indispensable) ne prennent pas de vacances ? Ou alors serait-ce des rediffusions ? Pas de réponses dans le programme malheureusement...

Seule certitude, La science CQFD signe pour une seconde saison, et c'est la nouvelle du jour qui réchauffe le coeur du clébard.




Source : La grille d'été de France Culture


J'ai été trainé du côté de France Inter aussi pour voir si des choses pouvaient être intéressantes.


La technologie au prisme de la géopolitique, voilà qui m'intrigue.



Deux émissions à surveiller, on pourrait y trouver quelques grains à moudre

Source : Grille d'été de France Inter



En complément, je ne saurais trop vous conseiller de vous plonger dans les podcasts de Eurêka ! et Infiniment des années précédentes, ainsi que dans les feuilletons de Nicolas Martin : Un été dans les étoiles et mon préféré Un été en Antarctique

Et si vous êtes tête en l'air comme moi, vous avez sûrement oublié d'écouter Les cosmographes, vers l'infini et au-delà, une série documentaire pour LSD par Céline Loozen. Mais si tu la connais, elle s'amuse à arpenter tous les laboratoires de recherche de France pour La science CQFD et c'est grâce à elle (entre autres) que l'on a le plaisir d'écouter d’excellente émission en préparant le terrain en amont de la diffusion.






Un été dans les étoiles

août 26, 2022

 

Reportage de Nicolas Martin, réalisé par Nathalie Salles, France Culture, 2022, 40x4mn

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/un-ete-dans-les-etoiles



Visiter les plus grands télescopes du monde dans le désert d'Atacama, au nord du Chili, pénétrer dans les coulisses de l'observation des étoiles, découvrir un paysage incroyable, c'est la promesse, tenue, par ce podcast.

Synopsis :

Partez à la rencontre des femmes et des hommes qui dédient leur vie et leurs nuits à scruter les immensités infinies de l'univers et envolez-vous pour le cosmos.


Mon ressenti :

Du 15 avril au 30 avril 2022, c'est Antoine Beauchamp qui était aux manettes de La méthode scientifique. Pourquoi, car Nicolas Martin est parti en vacances, tous frais payés avec l'argent de mes impôts, au Chili. A l’inverse de nombreuses personnalités publiques, qui cachent leurs abus sociaux, Nicolas Martin à mis quelques photos sur son twitter et nous a fait un magnifique album radiophonique. Résultat, j'en ai des étoiles plein les oreilles.
Mais pourquoi le Chili ? Il voulait aller dans les étoiles, et je suppose que la direction financière de France Culture lui a dit que son projet de voyage dans la station spatiale internationale et vers le James-Webb télescope était un peu hors des clous. Et où on peut voir le mieux les étoiles sur Terre ? "Il y a un endroit sur Terre où la nuit est plus claire, où les étoiles brillent plus fort, où la Voie Lactée se tutoie. Cet endroit, c'est le désert d'Atacama, au nord du Chili, où sont installés les plus grands télescopes du monde..."


Source Twitter Nicolas Martin


La lune et un magnifique rayon laser transperçant le ciel étoilé.
Source Twitter Nicolas Martin


Son périple commence à Paranal où se situe le Very Large Telescope (VLT) en plein désert aride à plus de 2600 mètres d'altitude. Le VLT est en fait un réseau de 4 télescopes dotés chacun d'un miroir (on apprend même comment se passe le nettoyage de ces mastodontes) de 8.20 mètres. Il y a bien sûr plein d'autres instruments qui permettent de voir les galaxies, les étoiles et des exoplanètes. Ballade dans le centre de commande, avec les opérateurs et astronomes et nous avons le droit aussi de visiter l'hôtel où loge tout ce petit monde, la Residencia est son immense coupole de verre (c'est ballot, la coupole est couverte la nuit pour ne pas diffuser sa lumière...). Une piscine qui est quasi déserte et sert surtout à humidifier l'air, nous sommes dans un désert aride où le taux d'humidité avoisine le 0.

la Residencia, source ESO

La coupole de la Residencia, source ESO
Vue 360 ° ici

Nicolas Martin nous emmène ensuite une la montagne du Cerro Armazones située à 20 km de Paranal où se construit le futur joujou de l'ESO : l'ELT pour Extremely Large Telescope avec son miroir de 38m ! En fait pleins de petits miroirs qu'il faut construire et assembler. Un chantier monumental qui se situe dans un endroit qui pose de nombreux problèmes techniques.

Source Twitter Nicolas Martin


La suite nous emmène à Silla, le premier site fondé par l'ESO, puis à l'APEX, où on écoute le ciel dans un oasis en plein désert. Puis sur le plateau de Chajnantor pour découvrir l'ALMA et l'APEX. Je ne vous fait pas la visite, le podcast est là pour cela.

Oh, un panneau avec une soucoupe volante
Source Twitter Nicolas Martin


Nicolas Martin s'attarde aussi sur la place des femmes au sein de l'ESO, le métier d'astronomes étant surtout masculin, mais les choses changent peu à peu. Nous avons  le droit aussi a des quantités d'interviews sur les différents métiers, comment on y travaille et comment on concilie vie privée et travail, son lieu étant situé au milieu de nulle part. Et surtout, on y travaille de nuit.

Nicolas Martin en mode Fremen
Source Twitter Nicolas Martin

Bref, quasi 3 heures d'écoute qui passent comme une lettre à la poste, voir bien trop vite. J'ai l’habitude de voir le résultat, les photos des observations des astronomes, je découvre désormais comment cela a été possible. Je suis vert de jalousie, ce voyage a dû être impressionnant si j'en crois les gémissement de Nicolas lorsqu'il met les yeux dans le télescope pour observer les nuages de Magellan.

Un des épisodes nous offre un duo de Nicolas Martin, voici le bonus, un âne s’appelant Nicolas
Source Twitter Nicolas Martin



Car rien n'est jamais sans défaut, le final m'a laissé un peu sur ma sur ma faim, avec le présentateur de la matinale qui balance simplement que c'était le dernier épisode. Le découpage en mini reportage de 4-5 minutes n'a pas aider non plus, j'aurai préféré un découpage en 30mn comme en 2019 avec son podcast Un été en Antarctique (j'en parlais ici). Ceci dit, je m'enfilai parfois une dizaine d'épisode sans m’apercevoir du découpage en 5mn.

Source Twitter Nicolas Martin

Je vous conseille fortement l'écoute de ce périple, c'est très instructif et je suis toujours étonné qu'un documentaire radiophonique me donne autant d'étoiles dans les yeux. Si comme moi tu préfères télécharger les épisodes, je t'ai fait une petite archive en les numérotant pour faciliter l'écoute. A télécharger ici.

Source Twitter Nicolas Martin

Merci Nicolas de nous avoir donné un magnifique aperçu des coulisses de l’observation du ciel, nul doute que tu vas donner envie à quelques personnes de se lancer dans une carrière d'astronome ou consort. Un immense merci à toi de m'avoir permis de comprendre un peu mieux comment fonctionne la science.

Dernier jour
Source Twitter Nicolas Martin





Source Twitter Nicolas Martin

Une parfaite image pour un même, quelques exemples ici :


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