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Destruction

septembre 05, 2019

Ezechiel Boone, Alexi Zentner, Actes Sud, 2019, 368 p., 16€ epub avec DRM



Destruction de la menace arachnide ?
Destruction de l'humanité ?
Ou simplement destruction d'une bonne trilogie par un final grand guignol ?

Présentation de l'éditeur :

Toujours plus nombreuses, toujours plus grosses, toujours plus affamées, les araignées sont de retour.
Mais contre elles, que faire ? Les détruire toutes, au risque d’anéantir l’humanité elle-même dans une gigantesque explosion nucléaire ? Ou se laisser dévorer en attendant de trouver une solution scientifique et vraiment efficace ? Mourir ou mourir : il est des dilemmes plus rassurants.
Mais le monde est au bord de l’apocalypse et l’hésitation n’est plus de mise. L’heure de l’affrontement final a sonné. Face à ce monstrueux Jugement dernier en chair et en pattes, la civilisation trouvera-t-elle les ressources qui lui permettront de survivre ? S’enferrera-t-elle encore dans les conflits qui sans cesse la minent ? Saura-t-elle se transcender pour échapper à la double menace de destruction qui pèse sur elle ?
Dans cet ultime volet de sa trilogie à huit pattes, Ezekiel Boone peint le portrait halluciné d’une humanité aux prises avec ses propres démons et d’autres, rampants, qu’elle n’imaginait pas dans ses pires cauchemars.

Mon ressenti :

Après l'usage du protocole espagnol pour stopper l'invasion arachnide sur le sol américain, transformant le pays en petits îlots isolés, la Présidente des Etats Unis se laisse tenter par les militaires pour vitrifier les principales villes infectées. Résultat : plus d'une trentaine de grandes villes disparaissent du paysage américain. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin et ne pas pratiquer la politique de la terre brulée. Les bas du front ne rêvent que d'atomiser le reste.
Nous voilà de plein pied dans la politique et les enjeux de pouvoirs entre civils et militaires. Pendant ce temps, certains profitent du chaos pour établir de petites cités états, sous la menace mercenaire ou via la religion. Pendant ce temps, la menace arachnide se propage et évolue.

Une première moitié prenante qui nous emmène dans les étages où des hommes doivent décider d'appuyer sur un bouton, ou pas, comment appuyer alors que cela signe la mort de votre famille et amis ? Et à qui obéir ? Suivre le commandement civil ou militaire. On explore les les enjeux éthiques des décisions politiques et ce que veux dire obéir aux ordres, alors que des vies sont en jeu.
Pour l'anecdote, une petite histoire, bien réelle, qui failli transformer notre bonne vielle terre en territoire radioactif : le 26 septembre 1983, Stanislav Petrov, l'officier chargé d'appuyer sur le bouton russe, décida de ne rien faire, alors qu'une attaque nucléaire américaine était détecté. Plus d'infos ici

le boulot le plus important du monde ! consistait principalement à rester dans son box à tuer le temps en attendant de quitter le service, sachant qu’on ne vous demanderait jamais de faire ce que vous aviez été entraîné à faire.
Jusqu’à ce que, tout d’un coup, on vous demande de le faire.


Puis, dernier tome oblige, il faut bien conclure l'ensemble. Bien est une façon de parler, car c'est ici que la trilogie prend du plomb dans l'aile. Je ne sais pas si l'auteur devait partir en vacances, si ce sont ses enfants qui ont décidé de conclure l'histoire, mais une chose est certaine, il en fait trop, la crédibilité en prend pour son grade et on nage de plus en plus vers le grand guignol, le nanar hollywoodien.
Dommage car l'ensemble était de bonne tenue, un divertissement légèrement horrifique qui m'a embarqué avec lui durant 900 pages, les cent dernières ne servant qu'à faire effondrer le chateau de cartes.

Et puis, un roman qui vous donne l'eau à la bouche, ce n'est pas tous les jours que l'on en croise :


Aux États-Unis, ce serait sans doute un genre de resto branché qui se présenterait lui-même comme servant de la street food. Ce soir, il avait commandé un sanguche de chicharrón : un sandwich au porc croustillant avec de la sauce, des oignons et de la coriandre, accompagné de riz et de haricots.
[...] Le pain était léger et moelleux, le porc, croustillant et chaud, et la sauce coula sur sa main et son poignet quand il croqua la première bouchée. Bon Dieu, pensa-t-il, c’est le meilleur sandwich du monde. Maintenant qu’il avait mangé ce sandwich, il pouvait mourir heureux.
S'agissant du dernier tome d'une trilogie, Eclosion pouvait se lire de manière indépendante, ce n'est plus le cas ici, il faudra vous plonger avant dans Infestation, mais autant tout lire, quitte à oublier les dernières centaines de pages.

Quelques citations :


Et puis, honnêtement, quand on aura sauvé le monde, on sera des héros. On fera une cérémonie en notre honneur, avec plein de monde et des médailles comme à la fin du premier Star Wars.
— Le premier Star Wars, tu veux dire le vieux, ou l’épisode un ?
Gordo ne put pas s’empêcher de lancer un regard noir à Teddie :
— Le premier Star Wars. Le premier Star Wars, ce sera toujours l’épisode 4 : Un nouvel espoir.

Il n’avait jamais aimé Pilgrim. Ne lui avait jamais fait confiance. Il aurait probablement admis qu’il y avait une part de vérité dans les accusations de misogynie. Il était de la vieille école et assez vieux pour que l’idée de femmes exerçant des responsabilités et allant au combat lui reste un peu en travers de la gorge. Il voulait bien accepter que le monde change, mais recevoir des ordres d’une femme président… Non, ce n’était pas vraiment ça, le problème. C’était qu’elle soit cent pour cent civile. Il comprenait que la diplomatie l’emporte parfois sur la force militaire, mais la manière douce n’était pas toujours la solution. Parfois, la seule chose que les gens étaient en mesure de comprendre, c’était un bon vieux coup de pied au cul et pour ça, l’armée américaine était douée.


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Infestation

août 19, 2019

Ezechiel Boone, Alexi Zentner, Actes Sud, 2018, 368 p., 16€ epub avec DRM



Pâques est en avance, la chasse aux oeufs est lancée.
Attention cependant, si vous en oubliez un, vous êtes mort !

Présentation de l'éditeur :

Il y a d’abord eu la nuée noire qui a englouti un homme, les irrégularités sismiques qui ont intrigué les scienti­fiques en Inde, la bombe atomique que la Chine a, de façon incompréhensible, lancée sur son propre territoire. Puis le laboratoire de la zoologue Melanie Guyer a reçu un colis contenant un mystérieux sac d’oeufs. Personne ne se doutait encore que, du jour au lendemain, la Terre serait consumée par des araignées tueuses en sommeil depuis des millénaires.
Très vite, Los Angeles n’est plus qu’un champ de ruines. New Delhi, une rumeur. Quant à Paris… Ravalée au rang de simple maillon dans une chaîne alimentaire dominée par le plus puissant prédateur que la nature ait connu, l’humanité semble avoir rejoint le contingent des espèces en voie de disparition.
Malgré l’ampleur des dégâts, politiques, scientifiques, survivalistes, bons pères de famille, tous tentent de s’or­ganiser pour lutter contre la menace. Quand, soudain, contre toute attente, les araignées semblent se retirer et mourir. L’humanité serait-elle sauvée ? N’y aurait-il plus qu’à panser les plaies du plus grand fléau de l’histoire ?

Mon ressenti :



Après l'arachnocaplypse, le monde retrouve un second souffle, les araignées ayant décidé de mourir aussi vite qu'elles n'étaient apparues. Mais certains pensent que l'invasion ne fait que commencer...
On reprends les mêmes ingrédients ici : point de vue choral et international, nous retrouvons les personnages du tome 1.
L’action est un peu moins présente car nous suivons les pistes du nettoyage des oeufs disséminés à travers le monde. Une intrigue plus politique aussi, nous sommes dans les pas de la présidente des Etats Unis tentant de sauvegarder l’intérêt national. Mais le commandement militaire préférerait de loin faire mumuse avec l’arsenal nucléaire, les zones de confinements ayant montrer leur limite. Les soldats suivent les ordres : protéger la population, c'est cette dernière qui devient l'ennemie invisible, avec peut être cacher dans leur corps, des sacs d'oeufs près à éclore. Que faire ?
Les citoyens étant livré à eux mêmes, certains en profitent pour montrer leurs vrais visages.
Les derniers chapitres renouent avec l'action horrifique, la sourde menace éclatant nous donne quelques belles scènes effrayantes, les araignées aimant bien manger de la chair fraiche. Et c'est peu dire qu'elles connaissent le moyen de conserver la nourriture...
L'auteur essaime toujours quelques pastilles d’humour, de légèreté, s'amuse même des théories du complot, comme pour son explication sur la disparition des dinosaures.

Un post apocalyptique toujours aussi entrainant qui interroge sur la prise de décision politique.
Pas besoin nécessairement de lire le tome 1 pour entamer ce tome 2, l'auteur étant un brave gars, il vous fait un bon résumé de l'épisode précédent disséminé à travers les différents chapitre. De même pour Actes Sud dans sa quatrième de couverture.
Avec Infestation, petit changement, il vous sera nécessaire d'enchainer avec Destruction pour connaitre le fin mot de l'histoire. Et il va sans dire que je me suis lancée dans sa lecture dès la dernière page tournée.


Mon avis
A venir







Quelques citations :


Nous avons considéré la situation de manière trop simpliste. Il faut adopter une approche latérale. Bien sûr, si nous avions su littéralement que cette espèce existait, nous aurions essayé de nous y préparer. Des araignées qui se reproduisent si vite, qui se servent d’humains pour transporter leurs œufs, qui peuvent blanchir les os d’un homme en moins de quinze secondes, et éclosent par millions ? Ouais, je me doute que le gouvernement se serait préparé si nous avions su à quoi nous attendre. Vous n’avez pas un plan B en cas d’invasion extraterrestre, nom de Dieu ?
— Sept, répondit Manny.
— Quoi ?
— En fait, sept, ajouta-t-il. Sept plans B différents pour les invasions extraterrestres en fonction du genre d’extraterrestres et de la façon dont ils se présentent et, oh, laisse tomber. Aucune importance. Continue.

Pourquoi tant de gens ont peur des araignées ? Il y a un certain nombre d’araignées venimeuses, mais la probabilité qu’un humain meure à cause d’une morsure d’araignées est très faible. Il y a plus de gens tués par des vaches que par des araignées chaque année aux États-Unis. La faucheuse ? Toxique comme pas deux, mais une faucheuse ne peut même pas mordre un humain.
En réalité, la probabilité pour qu’un être humain soit tué ou blessé par une araignée est si faible que le nombre significatif d’araignées venimeuses pourrait tout aussi bien être nul. Et pourtant, la plupart des gens en ont une peur bleue. Je pense qu’il y a une raison. Du coin de l’œil, vous voyez un truc dégoûtant qui rampe et alors, ce n’est pas la partie de votre cerveau qui parle au téléphone, commande des sushis, surfe sur Internet qui réagit. C’est ce petit morceau gris qui est un vestige évolutionnaire de l’époque où taper deux pierres l’une contre l’autre était un exploit scientifique. C’est cette partie de notre cerveau qui crie.

Je voyais bien que le désastre était imminent et, même si je n’avais pas prévu que ce serait une attaque d’araignées, j’avais raison sur la fin du monde. Mais maintenant qu’on est vraiment en train de la vivre, malgré tout ce à quoi j’ai pensé, tout ce que j’ai prévu, ce n’est pas comme je l’imaginais, dit-il. Je ne veux pas me cacher sous terre et sortir la tête dehors dans quelques années pour voir comment le reste du monde s’en est tiré. Ça n’a aucun intérêt. Je me disais que survivre à la fin du monde, ce serait la grande aventure. Mais non. C’est chiant. Chiant, chiant à mourir.

Tous ceux qui en avaient les moyens avaient déjà quitté Los Angeles. La ville n’était pas un refuge, elle ne l’avait jamais été. Malgré les bombardements de l’armée de l’air qui détruisaient les ponts et les échangeurs, rendant les autoroutes impraticables, ceux qui avaient pu sortir n’avaient pas hésité, contournant dans leur pick-up les ruines d’autoroutes, échangeant tout leur argent liquide et leurs bijoux contre une place sur un bateau bondé.
Dans un cas au moins, un cas d’une délicieuse ironie, un fervent militant anti-immigration avait crevé en essayant de franchir une route détruite par les bombes, avant de décider de faire le reste du trajet à pied et de mourir finalement de soif en approchant de la frontière mexicaine, une trentaine d’heures plus tard.

Eclosion

août 12, 2019
 

Ezechiel Boone, Alexi Zentner, Actes Sud, 2018, 368 p., 16€ epub avec DRM



L'apocalypse zombies, c'est cool, mais l'arachnocalypse, c'est top.

Présentation de l'éditeur :


Au cœur de la jungle péruvienne, une étrange et menaçante masse noire s’abat sur un groupe de touristes amé­ricains en excursion. Et les dévore vivants. Dans le Nord des États-Unis, un agent du FBI enquête sur le mysté­rieux crash de l’avion d’un milliardaire. Un peu partout dans le monde, des phénomènes anormaux et inexpli­qués se produisent. Jusqu’à ce qu’une bombe nucléaire explose en Chine, transformant tout l’Ouest du pays en un vaste champ de ruines atomiques.
Que contient ce colis en provenance d’Amérique du Sud, qu’une scientifique renommée, spécialiste des araignées, vient de recevoir ? Est-ce là, à l’intérieur de ce fossile qui semble lutter pour revenir à la vie après un sommeil de plusieurs milliers d’années, que se trouve la clef de l’énigme ?



Mon ressenti :


Cela commence comme Indiana Jones : nous sommes au Pérou, près des géoglyphes, un milliardaire, flanqué de ses mannequins, de son bodyguard et d'un guide, doit marquer des pauses régulières afin de soulager ses intestins. Alors qu'il s'écarte du sentier, ses compagnons vont faire une rencontre qui va mettre un terme douloureux à leurs vies. Le riche prend ses jambes à son cou pour sauter dans son jet privé pour rejoindre les Etats Unis. Mais...

Sur un pitch assez improbable, une invasion d'araignées tueuses qui n'est pas sans rappeler quelques nanars, l'auteur réussit à faire prendre la mayonnaise. A travers de nombreux personnages, du troufion de base à la présidente des Etats Unis en passant par un agent du FBI ou une scientifique,
Ezechiel Boone brosse le désastre internationale de cette nuée arachnide qui ravage tout sur son passage.
L'action est présente, mais l'auteur n'oublie pas ses personnages en s'attardant sur leur vie durant quelques pages. Ils prennent dès lors de l'épaisseur et échappent au manichéisme. Plus jouissif, et assez étonnant au vue du divertissement formaté, il n'hésite pas à s'en prendre régulièrement aux racistes, survivalistes ou suprématistes blancs. Il met à la tête des Etats Unis une femme forte, nous parle d'homosexualité dans l'armée et la société. Bref, les fachos et patriotes en prennent pour leur grade via un humour parfois noir. 
L'horreur est parfois présente dans certaines scènes, les détails sur l'éclosion d'araignées au sein d'un être humain n'auront plus de secrets pour vous.

Un roman simple mais addictif grâce au point de vue choral, aux chapitres courts et aux cliffhangers multiples. Je me suis jeté sur sa suite et j'entame le dernier tome ! Une trilogie qui peut cependant se lire de manière indépendante.

Encore plus étonnant, la quatrième de couverture, pourtant signée Actes Sud ne contient pas de spoil ! Reste un prix élevé et des DRM, mais cette trilogie est disponible même dans les petites médiathèques numériques.

Ce roman a obtenu le prix Masterton 2019 qui récompense chaque année des textes à caractère d'horreur ou de fantastique.


Mon avis

A venir

Quelques citations :


Il exclut immédiatement tous les endroits occupés par des survivalistes animés par une idéologie qu’Amy et lui trouvaient répugnante, comme les suprémacistes blancs qui parsemaient les montagnes, ou pire : les hippies, les véganes, les pacifistes, les survivalistes écolos qui construisaient des abris avec des matériaux recyclables et refusaient de stocker même les armes les plus rudimentaires pour assurer leur défense.
[...] Il savait qu’il fallait être un peu dérangé pour venir préparer la fin du monde à Desperation en Californie et y construire un abri, mais il y avait un monde entre le brin de folie qu’il partageait avec Shotgun et la folie furieuse de certains survivalistes. La plupart d’entre eux vivaient dans un monde où le gouvernement était toujours sur le point de nous réduire tous en esclavage, où il fallait se tenir constamment prêt à une conspiration mondiale manigancée par les Juifs, un complot des Noirs, une invasion des Chinois ou un attentat terroriste de plus. Certains étaient racistes, antisémites ou paranos, mais la plupart étaient tout simplement complètement tarés.

Melanie n’avait jamais compris la panique que ressentaient les gens à cause des araignées. Qu’est-ce qui faisait qu’ils en avaient tellement peur ? Leurs huit pattes, chaque membre étant séparé de l’araignée tout en faisant partie d’elle ? Ou les poils, comme sur les araignées plus grosses ? Est-ce que c’était le fait de voir quelque chose d’aussi familier que des poils sur quelque chose d’aussi étrange qu’une araignée qui faisait perdre la tête aux gens ? Même si on savait que la sous-espèce des Mygalomorphae, dont font partie les tarentules, possédait des poils urticants, ce n’était pas vraiment comme si les poils urticants étaient une menace pour l’humanité. Au pire, ils causaient une légère irritation. Et les rares espèces en mesure de blesser ou de tuer un être humain n’étaient pas toujours celles qui faisaient le plus peur aux gens. Pour Melanie, rien de tout cela n’avait le moindre sens. Les morsures de chiens envoyaient environ un million de personnes par an aux urgences mais, franchement, les araignées – à moins qu’une recluse brune ne vous morde, ce qui était quand même sacrément rare – ne font rien de plus que réguler le nombre de moustiques sur terre.


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