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Au carrefour des étoiles

avril 03, 2018
 


Clifford D. Simak, J'ai lu, 2001 (Première parution : 1963), 224 p., Epuisé



Il n’y aurait pas de paix, de paix véritable, tant qu’un homme fuirait en hurlant sa terreur. Il n’y aurait pas de paix dans la tribu humaine tant que le dernier des hommes n’aurait pas abandonné sa dernière arme – quelle qu’elle soit. Un fusil était la plus modeste des armes terriennes, le plus modeste des signes de l’inhumanité de l’homme. Inhumanité dirigée contre l’Homme. Un fusil n’était rien de plus que le symbole de toutes les autres armes encore plus meurtrières qui existaient. 


De la SF picaresque sur fond de Chanson pour l'auvergnat.


Présentation de l'éditeur : 


Étrange demeure que cette ferme Wallace, qui se dresse sur une falaise escarpée du Wisconsion. Une ferme aux fenêtres aveugles, vieille de plusieurs siècles et cependant intacte, comme si le temps n'avait nulle emprise sur elle. Enoch Wallace, son propriétaire, vit là, de toute éternité semble-t-il.
Or, c'est par cette maison — cette station — que transitent les voyageurs de l'Espace : les Thubains, masses globuleuses et bavardes, les Lumineux de Véga XXI, rayonnant d'ondes heureuses, d'autres encore...
Depuis bientôt deux ans, Claude Lewis — agent des Renseignements déguisé en ramasseur de gingseng — enquête et tourne autour de la ferme...


Mon ressenti :


J'avais beaucoup aimé le roman A travers temps, de Robert Charles Wilson, dont j'avais lu qu'il s'inspirait de ce roman de Simak. Il me tardait de lire l'oeuvre originel, pas de réel réécriture, plus une variation / hommage à ce Carrefour des étoiles.

Une campagne isolée avec quelques fermes aux habitants frustres. Une rumeur, un homme aurait 120 ans, de quoi alerter quelques agences de sécurité intérieure... Peu a peu nous faisons connaissance avec cet habitant un peu particulier, son travail et ses rencontres.
Malgré la présence de la CIA et de ET, ne vous attendez pas à "lire" le film Men in Black dont les ressemblances sont assez nombreuses. Pas ou peu d'actions ici, l'humour est en berne, et une certaine mélancolie baigne l'ensemble.

Dans Au carrefour des étoiles, ce n'est pas Etoile qui est important, des aliens nous ne serons que peu de choses, mais bien le terme Carrefour. Carrefour dans la vie d'un homme, au "bilan" de sa vie et qui s'interroge sur l'humanité. La sienne mais surtout celle de l'Homme et des autres races extraterrestres. Un bilan mitigé pour les deux camps.
Roman écrit en pleine Guerre Froide, Simak se demande si tout cela est bien raisonnable. Le progrès technique est loin d'apporter le progrès humaniste. Bien que daté par cet événement historique, le roman reste universel dans son questionnement.

Simak n'oublie pas cependant qu'il écrit de la SF : la technologie extraterrestre est bien présente, vous y découvrirez les autoroutes intergalactiques avec leur mode de téléportation étonnant, ainsi qu'une maison dont les super héros voudraient comme demeure inviolable. Mais cela reste avant tout une réflexion humaniste : Qui suis-je, où vais-je, dans quel état j'ère ? A mon sens, un roman indispensable si la question de l'Autre vous intéresse.

Tout n'est pas sans défauts, la fin se devine assez facilement, les personnages secondaires sont assez vite brossés, certains passages sont empreint de religiosité ou de sirupeux, mais dans tout ce vacarme du monde, un peu de sérénité fait du bien.

Notons la prouesse des éditeurs du monde entier : tous ont réussi à sortir des couvertures plus hideuses les unes que les autres. Comme quoi, être uni est possible !
Pas de version électronique légale, la dernière édition papier date de 2004 dans l'omnibus Les mines du temps, ce roman est hors mode.

Prix Hugo 1964



Quelques citations :


Si l’Homme devait jamais s’ouvrir à la culture galactique, il ne lui suffirait pas d’apprendre : que de choses lui faudrait-il également désapprendre !

Autrefois, toutes les races étaient unies. Des différences, il en existait, naturellement, mais elles étaient surmontées. Il y avait un dessein commun : forger la grande fraternité des intelligences. Nous avions conscience d’être, ensemble, détenteurs d’un prodigieux capital de connaissances et de techniques. En travaillant de concert, en rassemblant tout ce savoir, toutes ces compétences, nous pouvions parvenir à quelque chose d’infiniment plus vaste et plus décisif qu’aucune race oeuvrant seule. Nous avions nos difficultés, nos différends, mais nous avancions. Nous négligions délibérément les animosités mesquines, les querelles médiocres, pour ne nous attaquer qu’aux points d’opposition importants, certains que si nous réussissions à régler les problèmes sérieux, les autres nous apparaîtraient si minces qu’ils s’évanouiraient du même coup. Mais, actuellement, la situation s’est modifiée. On note une tendance à s’attacher aux détails infimes pour les enfler démesurément.

Lui aussi, il était perdu. Furieux. En plein désarroi. Furieux contre le destin (mais cela existait-il, le destin ?) et furieux d’être confronté à tant de stupidité. Pas seulement la stupidité intellectuelle de la Terre mais aussi de celle de la galaxie. Furieux à cause de toutes ces mesquines chicanes qui faisaient obstacle à l’avènement de la fraternité des peuples, de ces querelles dérisoires qui avaient fini par gagner ce bras galactique. Il en allait de la Galaxie comme de la Terre : l’abondance et la complexité des gadgets, la noblesse de la pensée, le savoir et l’érudition pouvaient édifier une culture, pas une civilisation. La vraie civilisation, ce devait être quelque chose d’infiniment plus subtil que le gadget ou l’intellectualisme.

Mais quelle espèce d’homme était-il, en définitive ? C’était la première fois que cette question lui traversait l’esprit. Un homme hanté, condamné à n’être ni tout à fait étranger ni tout à fait humain, un homme divisé, écartelé entre deux loyalismes contradictoires ? Un hybride culturel qui ne comprenait ni la Terre ni les astres, débiteur de l’une comme des autres mais ne payant ses dettes à personne ? Un errant sans feu ni lieu incapable de savoir où était le bien et où était le mal pour avoir connu trop de définitions (d’ailleurs logiques) et du bien et du mal ?

Qui suis-je ? se demanda Enoch avec de la terreur et de la pitié tout à la fois. Une sorte d'hybride insolite ? Un métis galactique ?

Il n’ignorait pas que l’on avait à plusieurs reprises essayé de placer Lucy dans une institution pour sourds-muets ; mais, chaque fois, ç’avait été un échec. Tantôt elle s’enfuyait et il fallait des jours pour la retrouver errant dans la campagne, tantôt elle se rebellait, faisait la grève et refusait d’apprendre ce que l’on cherchait à lui enseigner.
Observant ainsi la jeune fille et le papillon, Enoch comprit soudain la raison d’un tel comportement : Lucy avait un univers à elle. Un univers familier où elle savait s’introduire. Et, dans cet univers, elle n’était pas l’infirme qu’elle aurait immanquablement été dans le monde normal.
Quel bien pouvait lui apporter l’alphabet des sourds-muets ou la lecture sur les lèvres si cela devait la priver de sa sérénité intérieure ?
C’était une créature des bois et des collines, une fille des saisons, l’amie des fleurs du printemps et des oiseaux migrateurs de l’automne. Elle communiait avec la nature, la vivait. En un sens, elle était intégrée à la nature. Elle occupait une place que l’Homme avait depuis longtemps désertée. Qu’il n’avait, en fait, jamais tenue.

Demain les chiens

octobre 03, 2017

 

Clifford D. Simak, 1952, J'ai lu, 352 p., 7€ epub sans DRM


Bienvenu dans un futur où l'homme a enfin arrêté de maltraiter la nature, de tuer ses semblables et d'éradiquer toutes formes de vie "inférieures".
Comment est ce possible ? En faisant disparaitre l'humanité pardi !


Présentation de l'éditeur :

Les hommes ont disparu depuis si longtemps de la surface de la Terre que la civilisation canine, qui les a remplacés, peine à se les rappeler. Ont-ils véritablement existé ou ne sont-ils qu’une invention des conteurs, une belle histoire que les chiens se racontent à la veillée pour chasser les ténèbres qui menacent d’engloutir leur propre culture ?

 

Mon ressenti :


Demain les chiens n'est pas un roman. Publié initialement en nouvelles dans la revue Astounding Science Fiction de 1944 à 1951. En 1952, l'ensemble des nouvelles est publié dans un livre et y est ajouté une note avant chaque nouvelle reliant l'ensemble en un fix up.
Pour compliquer la chose, en 1973 est publié une nouvelle Epilog qui vient "finaliser" le tout. Les éditions américaines intègrent cette nouvelle dans le roman, mais l'éditeur français, avare à mon avis, préfère agir comme si de rien n'était et attend 2013 pour intégrer cette dernière nouvelle et offrir une nouvelle traduction de l'ensemble. (La nouvelle a cependant été publié en 1981 dans le recueil Des souris et des robots, publié aux éditions Lattès.)
Aujourd'hui, il faut entre 5 et 10 mois pour aller sur Mars, mais traduire et intégrer un texte d'une dizaine de pages aura pris 40 ans !
J'ai donc acquis la dernière édition en date, intégrant le neuvième conte ainsi qu'en annexe un avant-propos de l'auteur ainsi qu'une préface de Robert Silverberg qui revient sur l’édition de ce livre. (passons sur le fait que l'avant propos devienne un dernier propos et la préface une postface)

Le livre débute par une préface de l'éditeur imaginaire qui a publié ce livre dans ce futur où l'homme est une légende qu'on raconte le soir aux chiots. Comment en est-on arrivé là ? A travers huit contes, on comprend peu à peu le pourquoi de cette disparition.

Il sera donc question ici de l'Homme, du Chien et du Robot, dont le fameux Jenkins, robot qui ressemble plus à un androïde. Sur environ douze mille ans, nous allons suivre la famille Webster qui jouera un rôle crucial dans cet apocalypse humaine.
Ce qui change du tout venant post apo est que le monde n'est pas ici meurtri, défiguré par des guerres et des luttes de clans. Une apocalypse presque sereine, celle de l'extinction d'une race et de l'arrivée d'une autre.
La construction en fix up permet d'aborder de nombreuses thématiques (violence, religion, évolution, robotisation, aliens, les mondes parallèles, la vie en société et l'individualisme, ...) qu'il aurait été difficile de faire cohabiter dans un roman. Comme le récite est étalé sur un temps long, cela donne un récit plausible, à défaut d'être réaliste. Mais tout cela n'est peut être que mythe, peu importe dès lors la réalisme des histoires.
Chaque nouvelle est introduite d'une note critique sur la légende à venir. Les hypothèses passent de la symbolique à l'histoire, en passant par le déni de l'existence en des temps anciens de l'Homme. Ce sont ces notes que j'ai le plus apprécié car elles permettent de s'interroger sur nos propres mythes fondateurs. En outre, le point de vue est celui des chiens, le regard autre permet aussi un renversement du point de vue anthropomorphe très intéressant.

J'ai beaucoup aimé les textes sur la ville et le "retour aux sources", ceux sur l'utopie jupitérienne. Par contre, j'ai eu plus de mal avec ceux sur les mondes parallèles.
L'épilogue ajouté 20 ans plus tard n'était à mon sens pas nécessaire. Il rompt en outre avec le style mythique des autres textes. La fin initiale était ouverte, l'auteur précise seulement quelques éléments. Dans son avant-propos, il doutait encore quelques années après de la nécessité de ce rajout.
Un moment de lecture qui aurait du être agréable mais ...

J'ai eu beaucoup de mal avec la nouvelle traduction qui a ralenti grandement ma lecture de ce roman et de mon immersion dans ce futur canin. Au delà d'une musicalité que j'ai trouvé absente, j'ai souvent du revenir en arrière pour comprendre ce qui était écrit. Certains paragraphes m'ont semblé pour tout dire confus. En cours de route, j'ai préféré me rabattre sur l'ancienne traduction
J'ai été assez étonné de voir que le traducteur est Pierre Paul Durastanti. Ayant lu quelques traductions à son actif, c'est la première fois que je bute sur son travail. A qui la faute, au traducteur, à l'éditeur, au manque de temps ou d'argent mis sur la table, je ne serais dire. Ou plus prosaïquement la cause est à chercher du côté de ma personne. En l'état, je ne peux que vous conseiller de vous procurer d'occasion l'ancienne version traduite par Jean Rosenthal. Il vous manquera l'épilogue et les annexes cependant, un petit plus bienvenu dans cette nouvelle édition.

Pour comprendre un peu mieux, j'ai même téléchargé le texte original pour comparer qui avait raison. Je vous laisse juger sur pièces.

Exemple 1
Le langage y est fort déroutant. Depuis des siècles, des expressions tel le classique « plutôt fort de café » laissent les sémanticiens perplexes. Aujourd’hui encore, on n’a guère plus de pistes sur le sens de nombreux termes qu’à l’époque où les premiers chercheurs ont entrepris leurs études.
Nouvelle traduction

La langue même est particulièrement déroutante. Des locutions comme « satané gosse » ont intrigué les sémanticiens depuis bien des siècles et le problème n’est pas plus près de sa solution aujourd’hui qu’il ne l’était quand les savants ont commencé à s’intéresser à la légende.
Ancienne traduction

The language of the tale is particularly baffling. Phrases such as the classic "dadburn the kid" have puzzled semanticists for many centuries and there is today no closer approach to what many of the words and phrases mean than there was when students first came to pay some serious attention to the legend.
Texte original


Exemple 2


Le soleil crissa sous ses semelles tandis qu’il s’avançait en clignant des yeux pour s’accoutumer à l’éclat aveuglant du soleil.
Nouvelle traduction (Il faut en outre remplacer le premier soleil par sable !)

Il s’avança et le sable crissa sous ses pieds.
Ancienne traduction

Sand gritted underneath his feet as he walked forward, eyes adjusting themselves to the blaze of sunlight.
Texte original

AC de Haenne a trouvé, lui, la nouvelle traduction impeccable.



Quelques citations :

L’être humain nécessitait l’approbation de ses semblables au sein d’un compagnonnage. Il éprouvait le besoin presque physiologique de voir validés ses pensées et ses actes. Cette adhésion, qui l’empêchait de prendre des tangentes asociales, garantissait la sécurité et la solidarité ; elle assurait ainsi le fonctionnement harmonieux de la famille humaine.
Pour l’obtenir, des hommes mouraient, ils en sacrifiaient d’autres, ils menaient des vies qu’ils détestaient. Ou ils se retrouvaient seuls, exilés, tels des animaux expulsés de la meute.
Tout ça entraînait des conséquences épouvantables, bien sûr : l’instinct de la foule, la persécution raciale, les atrocités au nom du patriotisme ou de la religion. Mais, dans le même temps, cet instinct assurait la stabilité de la race ; depuis le commencement, il rendait possible l’existence d’une société humaine.

S’il faut en croire la légende, il a quitté les grottes un million d’années plus tôt. Pourtant, c’est à peine cent ans avant le premier récit qu’il parvient à éliminer le meurtre en tant qu’élément de son mode de vie. Voici donc la mesure véritable de sa sauvagerie : au bout d’un million d’années, il s’est débarrassé de sa tendance homicide et considère cela comme une grande réussite.

Dans ces contes, j’évoquais l’obsession de l’homme pour la société mécaniste. D’autres écrivains, et moi parmi eux, en parlent encore de nos jours, même s’ils la désignent sous le nom de société technologique. La technologie n’a rien de problématique en soi ; le problème, c’est l’obsession qu’elle nous inspire. Nous avons déifié nos machines ; de bien des façons, nous leur avons vendu nos âmes. Du temps où je rédigeaisDemain les chiens, il me semblait qu’il y avait des valeurs différentes, des valeurs supérieures à celles que nous trouvons dans la technologie, et je n’ai pas changé d’avis. De nos jours, certains condamnent les machines à cause des ressources irremplaçables qu’elles consomment, mais, pour l’essentiel, le péril est ailleurs. Ce qui m’inquiète par-dessus tout, c’est la déshumanisation de notre société et de notre point de vue.
Avant-propos de l’auteur

un fascinant cocktail qui mêlait les robots, l’immortalité, l’exploration des autres planètes du système solaire et la mystique des univers parallèles, le tout découlant sans effort d’une unique prémisse, la décentralisation de la civilisation urbaine.
Préface de Robert Silverberg

« J’ai écrit cette série par dégoût envers les massacres et pour protester contre la guerre, devait déclarer l’auteur, bien des années plus tard. J’y ai aussi, en quelque sorte, réalisé un vœu. Je souhaitais créer le monde tel qu’il aurait, à mon avis, dû être, pétri de la gentillesse, de la douceur et du courage que je croyais nécessaires ici-bas. C’était une série nostalgique parce que j’éprouvais de la nostalgie pour le passé que nous avions perdu, et le futur que nous venions de perdre… J’ai fait des robots et des chiens les gens avec lesquels j’aurais aimé vivre. Tout est là : il devait s’agir de robots et de chiens, puisque les humains n’étaient pas cette sorte de gens. »
Préface de Robert Silverberg citant Simak



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