Les étoiles sont Légion



Kameron Hurley, Albin Michel Imaginaire, 2018, 416 p., 12€ epub sans DRM




Qu'est ce qui bouge le cul des Katazyrn ?

S'en sortir vivante grâce à un tentacule après avoir reçu un céphalopode Bhavaja lorsque l'on chevauche une limace de l'espace près de la Mokshi n'est pas donnée à tout le monde. Zan de Katazyrna est de celle là !!! 


Présentation de l'éditeur :


Quelque part aux franges de l’univers, une armada de vaisseaux-mondes en sursis, connue sous le nom de Légion, glisse doucement dans les zones d’obscurité qui séparent les étoiles. Depuis des générations, des conflits très violents opposent celles qui désirent prendre le contrôle de cette flotte.
Alors que les vaisseaux-mondes se meurent, un plan désespéré est mis à l’œuvre.
Zan se réveille sans souvenir, prisonnière d’un peuple qui dit être sa famille. On lui explique qu’elle est leur seule chance de survie – la seule personne capable d’embarquer dans la Mokshi, un vaisseau-monde porteur du plus précieux des pouvoirs : celui de quitter l’armada. Mais la nouvelle famille de Zan n’est pas la seule à vouloir désespérément prendre le contrôle du vaisseau légendaire.

Mon ressenti :

Voilà un roman qui m'a fait vomir pas seulement une fois, ni deux, mais trois fois ! Un record auquel on ne peut que s'attarder. Alors, qu'est ce qui a mis à mal mon estomac ?

Premier vomi ?
Si vous avez lu les premiers avis sur ce roman, vous n'êtes pas sans savoir que c'est un roman assez organique, sale, trash. L'auteure vous emmène dans un vaisseau monde ressemblant à l'intérieur d'un utérus en pleine menstruation. Et l'impression que l'auteure veut en rajouter des tonnes dans le dégueu, l’immondice, sans que cela ne serve l'intrigue. Pas très ragoutant, mais une fois passé la surprise, cela reste du décorum, du vrai. Car jamais nous n'aurons d'explications sur la raison de ce monde organique. Un univers assez original, mais dont aucune explications rationnelles ne sera donné.  Le "T'as gueule, c'est magique" fonctionne très bien en fantasy, mais en SF, il y a un minimum décent à respecter. Avec les premières pages, je pensais que Kameron Hurley lorgnait du côté de Reynolds et son vaisseau tumeur dans la trilogie des inhibiteurs, qu'elle allait peut être le surpassait. Mais non, cela fait Pschitt très vite. Au final, l'impression d'avoir lu une Fantasy dans l'espace, mais pas de la SF.
Résultat : cela peut choquer le chaland, mais moi, cela ne m'a pas fait vomir.

Deuxième vomi ?
Un livre dont tous les protagonistes sont des femmes. L'auteure pousse le bouchon un peu loin ? Mais moi je suis de la race canine assez ouverte. Pour peu, sans les autres avis, je ne suis pas sûr que je l'aurais remarqué. Reste une question, cela suffit-il à en faire un roman féministe ? Ben je m'en fous un peu aussi. Si le sujet est bien traité, qu'il me fait réfléchir, m'ouvre l'esprit, me chamboule dans mes certitudes, le pari est gagné. Mais pas ici. Car c'est ici un sujet sous jacent, jamais vous n'aurez de longues digressions philosophiques sur la femme dans la société. (mais les quelques fois où cela est abordé frontalement, c'est fais au forceps) Et tant mieux. Ou pas. Car quelques semaines après sa lecture, ce roman m'a tout de même fait réfléchir à la question de la place de la femme, son rôle et tout le toutim. Et je cherchais où et comment l'auteure avait fait germer ces réflexions. Alors est ce qu'il vaut mieux un livre qui vous interpelle pendant sa lecture ou après, à vous de décider.
Résultat : des femmes partout qui n'ont pas heurté ma sensibilité masculine, même pas vomi.

Troisième vomi ?
Et l'histoire dans tout ça ? Parce que moi, ce qui me fait aimer ou pas un livre, c'est son intrigue, l'envie de tourner la page pour savoir ce qui va se produire. Et ici, cela coince sévère, une histoire sans queue ni tête. Ce livre m'a fait penser au livre Le monde vert : un périple initiatique niais au possible, ressemblant aux pires romans publiés à la chaîne dans les années 60-70. Je ne pensais pas que des écrivains pouvaient nous pondre encore des inepties pareilles. Je ne vais pas vous dire tout ce qui cloche, reportez vous pour ça à la critique d'Apophis à laquelle je souscris entièrement.
Au mieux, cela ressemble à de la très mauvaise littérature jeunesse.
Résultat :  avec une intrigue pareille, je n'étais pas loin de vomir, mais non.

Mais alors, qu'est ce qui a mis mon estomac dans de si horribles états ? J'ai beau être un dur à cuire (hum hum), il y a une chose que je ne supporte pas. Et là me voilà servi. Quand je lis :

– Va savoir à quel point la situation a changé, depuis mon départ. Les Bhavaja sont mauvaises. Il me faudra une armée, pour les vaincre.
– Tu n’as pas besoin d’une armée : tu nous as, nous.

Ben moi, je vomi. Manquerai plus que l'on parle d'amour derrière.
Alors quand quelques pages plus loin, je tombe sur :

« Qu’est-ce qui les y contraint ? demandé-je.
– La peur. La peur de notre mère, Seigneure Katazyrna.
– C’est ça, votre moteur ? »
Elle hésite, mais répond avec sincérité. « Oui. Je suis sûre que ton peuple tue pour toi par peur.
– Non, par amour.
– Par amour ?
– Et rien que par amour. Pour celles derrière elles. Pour celles qui viendront après elles. Par amour. »

je re-vomi de suite
A peine retiré les derniers morceaux restés collés autour de ma bouche, Hurley m'assassine, le coup de grâce.

Ça suffit avec le passé. Nous bâtissons l’avenir, maintenant.
– J’ai peur.
– Je sais, mais c’est la peur qui nous a blessées. Il faut qu’on arrête d’avoir peur.
– Je ne sais pas comment faire.
– Nous apprendrons ensemble », dis-je.

Troisième vomi ! Et je vous pris de croire que lorsque l'estomac est vide, cela fait mal, très mal...
400 pages de crade-fantasy pour en arriver là, je dis chapeau bas l'artiste !
Alors, pour répondre à la question qui ouvrait mon billet : Qu'est ce qui bouge le cul des Katazyrn ? C'est l'amour. Si vous aimez Léopold Nord & Vous, vous aimerez Les étoiles sont légion.

Lu dans le cadre d'un service de presse

Certaines ont aimé : 
"Une histoire vibrante, une quête d’identité à la fois classique dans son cheminement mais originale dans son exécution." Tiger Lilly

D'autres aussi : 
"Space opera déjanté et carnassier, Les Etoiles sont Légion est un roman radical" FeydRautha
"Excellent moment de lecture avec ce livre qui offre, je trouve, un roman de Space Opera différent, entraînant et intelligent." Blackwolf
"je conseille à tous ceux qui cherchent une science-fiction qui sorte des sentiers battus." Alias

Certains sont plus mesurés :
"Ce roman de Kameron Hurley flirte trop avec les codes de la Fantasy pour me plaire." Yogo

Et d''autres ont du goût :
"Sur le plan de la singularité, ce roman gagne donc son pari, mais c’est un peu le seul, à mon sens."  Apophis
"le roman me laisse un goût amer" Célindanaé

21 commentaires:

  1. Haha, jolie chronique, on cerne bien le roman comme ça.

    Comme le disait un grand homme, "si tu vomis, vomis là-dedans" : https://www.youtube.com/watch?v=3WrfLY0Z7Yo

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  2. C'était donc ça l'odeur.
    Un livre bien clivant en tout cas, c'est sympa, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Ça me fait continuer à lire des chroniques dessus alors que j'arrête parfois après un certain nombre. =P

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    1. Désolé !
      Le clivage est assez étonnant tout de même. Il ne porterait que sur l'univers, je comprendrais. Mais certains avis sont clairement antinomiques

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  3. Super chronique !
    Bon je vais arrêter de lire les chronique sur ce livre où je ne vais jamais pouvoir le lire XD

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    1. A un moment donné, il faut y aller, sinon, tu vas faire devoir rédigé ton avis sur des avis !

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  4. Super chronique (merci pour le lien) ! Complètement d'accord avec toi. J'aime bien le "et certains ont du goût" ;)

    Sinon, je suis trop fort, j'avais vu venir le Léopold Nord & vous dès la première phrase de l'article :D

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    1. Merci, je remarque que certains lisent jusqu'au bout, cela fait plaisir.
      Pour Léopold, c'est un classique que tout bon amateur éclairé de musique doit connaitre. Et te connaissant, tu avais du tiquer aussi sur ces passages aussi.

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  5. Je crois que tu n'as pas trop aimé ce livre... ou alors tu es malade !!

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    1. C'est la guimauve qui m'a rendu malade

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    2. J'attends ton retour sur Anatèm, on verra si la guimauve passe mieux ;-)

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  6. bah! tu ne vas pas être surpris de mon avis.

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  7. Décidément, ce livre est l'objet d'une foule de sentiments contradictoires dans le coin ! J'avais prévu de le lire, on va bien voir ^^

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    1. Les avis contradictoires sont pires que les avis unanimes. On a envie de se faire sa propre opinion. Pas bon pour la PAL.

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  8. Super chronique! Bravo! Pour ma part, je fais confiance à Apo, Célindanae, le Lutin... et toi! Je passe cette lecture!

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    1. Merci.
      Il faut se fier à son instinct sur ce livre. Si ce que nous en disons ne te parle pas plus que cela, mieux vaut passer ton chemin

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  9. Concernant ce livre, les avis se suivent mais ne se ressemblent pas. J’irai peut-être me faire ma propre opinion...

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    1. Oui, c'est le mieux avec ce style de bouquin, se faire sa propre opinion

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  10. Mais pourquoi toujours vouloir des explications ? Oui même dans la SF c'est possible qu'il n'y ait pas d'explication ! Pourquoi ? parce que là tu es quelque part dans l'univers, dans des mondes qui fonctionnent différemment du nôtre. Mon seul regret du coup ce serait qu'on a affaire à des femmes humanoïdes, il aurait peut-être fallu qu'elles soient différentes effectivement. Mais pour le reste et bien, on ne peut pas tout expliquer, surtout que j'ai presque trouvé qu'elle en expliquait déjà beaucoup sur la fin.

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    1. Je pense qu'il y a tout de même un minimum syndical à respecter. Mais d'un autre côté, je sui assez d'accord avec toi : j'aurais apprécier l'intrigue, je pense que l'univers m'aurait moins déplu. Mais ici, ni l'intrigue, ni les personnages ne m'ont interpelé, alors les autres manques deviennent d'autant plus flagrant.

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