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Bifrost n.108. Octavia E. Butler

février 23, 2023

 

Bifrost, Le Bélial, 2022, 192 p., 6€ epub sans DRM


Un bon numéro, avec deux auteurices que j'aime : Ketty Steward et Nicolas Martin.
Cela aurait pu être exceptionnel, malheureusement...

 
Collatéral, de Peter Watts
Des pêcheurs se font tuer par un cyborg militaire. Indignation mondiale, plateaux de télévision et l'armée qui tente de limiter la casse voir d'en sortir grandit.
Un jeu de dupes où on s'interroge sur la responsabilité du cyborg, de l'armée et de la technologie. La démonstration est brillante est fait froid dans le dos. Seul bémol, Peter Watts amoncelle trop de quincaillerie SF à mon goût.


Un soir d’orage, de Nicolas Martin
 


Glace, de Rich Larson
Deux frères, deux caractères, un groupe de jeunes et l'intégration. Difficile lorsque l'on est différent.
Je n'ai pas du tout accroché à ce texte a cause d'un univers froid et assez peu évocateur pour moi. La relation entre les deux frères m'a semblé assez convenu. Cela fait désormais plusieurs nouvelles que je lis de Rich Larson et la conclusion s'impose : il ne semble pas compatible avec le chien...

Enfants de sang, d’Octavia E. Butler

Fan de SF, tu as sûrement vu District 9 ? L'univers est le même mais inversé, ici ce sont les humains qui sont dans une réserve. Mais une réserve de quoi ?
Lorsque en quelques pages tu as l'impression d'avoir lu un roman de 300 pages, c'est soit que ce fut très laborieux, soit que l'univers créé te laisse ton imaginaire foisonner. C'est bien entendu la seconde explication qui est la bonne ici. Tout est juste, bien esquissé avec des protagonistes solides et une histoire qui tient la route et riche en sujets.


Pas grand chose qui m'ont donné envie de lire dans le cahier critique. De la fantasy de l'histoire, de la presque SF. C'est vrai aussi que lire son Bifrost 5 mois après parution n'aide pas, les romans qui me faisaient de l'oeil ayant déjà été lus : La guerre des Marionettes, Les Chants de Nüying, Composite (critique à venir), La Millième nuit. Et j'avais déjà lu ce qui aurait pu me plaire. Je note toute de même Un pays de fantômes de Margaret Killjoy chez Argyll, Le livre de Phénix de Nnedi okoraror et Nos futurs solidaires chez Actusf. Dans son édito, le chef parle de surproduction, mais même si la taille du cahier critique augmente (des avis plus longs souvent) on y trouve de plus en plus d'éditeurs généralistes...

Viens l'interview de Guillaume Sorel qui est excellente. Je pensais être un extra terrestre dans mon rapport avec les femmes et je vois que je ne suis pas seul. 


Cela me permet de parler ici de la couverture qui a fait couler beaucoup d'encre sur les réseaux sociaux (mais étrangement aucune réaction sur le forum du Bélial, pourtant rarement avare en débats houleux...). Au delà de l'illustration que je trouve belle, il y a deux choses qui m'ont choqué.
Comme on parle de Octavia E. Butler, on met une Africaine en couverture, automatiquement.
L'expression Femme puissante, qui est pour moi insultante voir contradictoire : est ce à dire que la majorité des femmes sont.... Et quand on parle des grands de ce monde, on dit les puissants, pas les hommes puissants.
Dans un article du dossier, Ketty Steward dit une chose qui je trouve résume bien mon ressenti sur la couverture :

Que comprenons-nous réellement de son travail si nous nous bornons à la considérer comme femme, noire et américaine, avec ce que nous fantasmons habituellement de ces caractéristiques? Quelles cécités nous créons-nous en supposant cette écrivaine capable, seulement, de rendre compte de sa réalité vécue, en un lieu et un instant donnés ? Comment apprécier son sens du récit, sa dextérité à manipuler les mythes, à placer l'espoir dans une approche du temps long et de l'espace infini ainsi que sa préoccupation pour le devenir de l'espèce humaine, si l'on s'obstine à ne voir en elle que la fille d'un cireur de chaussures, forcément obsédée par l'esclavage et sa propre couleur de peau?

Une couverture à chier donc.


Dossier Octavia E. Butler
J'ai connu la prose d'Octavia il y a 20 ans avec la sortie de La parabole du talent chez Au diable Vauvert. Et sa suite, deux romans que j'avais trouvé excellents mais je n'avais trouvé malheureusement rien d'autre d'elle.
Le premier article revient sur son parcours en liant bio et bibliographie. Très clair, il permet de connaître la dame et ses sujets de prédilection. Et je n'en reviens pas de comment elle est morte ! (en se prenant les marches de sa porte dans la gueule)
Suit un entretien avec l'autrice un peu bizarre, les questions n'y figurent pas, cela reste toutefois compréhensible. Un peu court mais j'aime beaucoup la façon qu'elle a de voir le monde et les rapports humains.
Ketty Steward analyse l'incommunicabilité, l'empathie et les rapports de domination dans l'oeuvre d'Octavia. Une clé de lecture fort intéressante, pour comprendre ses écrits mais aussi nos rapports sociaux.



L'éditrice de Au diable Vauvert revient sur les livres, les publications et sa réception en France. Marrant de voir comment la vie d'un livre peu évoluer au cours du temps, des modes. Octavia a été un peu en avance sur son temps et même si elle bénéficié de la reconnaissance de son vivant, cette dernière ne fut qu'un pâle écho de ce qu'elle est aujourd'hui. En attendant, chez le diable, Octavia ne disparaîtra pas de sitôt.

La série Patternist ne me donne pas envie, Liens de sang (voyage dans le temps à l'époque esclavagiste pour une protagoniste noire) me fait de l'oeil, comme le cycle de Xenogenesis (dont j'attendrai la fin de la publication pour m'y plonger, soit courant 2024). Un recueil de nouvelles devrait paraître en 2025, et il sera mien. Quand à la série des Paraboles, il faudra bien un jour que je la relise.


Explorer le milieu interstellaire, par Roland Lehoucq
Comment voyager vite et loin ? Pas grâce à la technologie (même si cela aide) , mais grâce à des astuces d'homo-sapiens. Bref il s'agit de trouver des astuces pour faire avec les moyens du bord. Mais pourquoi allez loin. Roland te dit tout.

 
 
 
D'autres sons de cloche sur le forum du Bélial

Bifrost n.103. Sylvie Denis : rêves cybernétiques

octobre 25, 2021

 

Bifrost, Le Bélial, 2021, 192 p., 6€ epub sans DRM


Moi j'aime quand mon Bifrost est bête et méchant, comme du temps des Razzies. Thomas Day nous sort le grand jeu pour nous parler de sa revue préférée, du moins celle qui éveille son talent de langue de vipère que j'adore. Et nous avons aussi un joli tir dans le paroles de nornes.
Sinon, le dossier est pas mal.


57 raisons qui expliquent les suicides de la carrière d’ardoise, de Sam J. Miller
Voilà un titre qui résume parfaitement le texte, mais pour le comprendre, il faut le lire. Une histoire d'amitié, de super pouvoir et de drames. Un texte court dont la forme permet un mystère sans qui ce dernier serait assez anodin.

Chacal, d’Olivier Caruso

Lorsque l'on meurt, on va en enfer ou au paradis, selon sa catégorie socioprofessionnelle. Un texte qui revisite la maxime "vendre son âme au diable". L'auteur nous pond un monde étrange dans une histoire étrange. J'ai cru comprendre à un moment, mais la fin est arrivée et m'a permis de savoir que je m'étais trompé.

Test d’écho, de Peter Watts
En fait, la nouvelle d'Olivier Caruso était très compréhensible par rapport à ce Watts. J'ai lutté quelques pages, mais non, je lisais des mots sans qu'aucun ne signifie quelque chose pour moi.

Le Palais du désert, de Thomas Day

Un père et son fils partent visiter le palais du désert.
Un texte court, un conte SF très plaisant dans un futur indéterminé, mais assez proche. Je ne peux en dire plus, mais j'ai rarement lu du Thomas dans une science-fiction aussi intimiste.


Le cahier critique m'a donné envie de laisser une chance à Ru de Camille Leboulanger ainsi que Le chant des glaces de Jean Krug, L'examen de Sylvain Neuvel. Dans la recension des revues, Thomas Day a du goût : il a aimé deux revues que j'ai appréciées (Le novelliste n.5 et Présences d'esprits n.103) et il s'en sort très bien pour dézinguer le Galaxies SF. C'est drôle et méchant, j'adore et je suis content d'avoir arrêté mon abonnement à cette revue.

Corinne Marotte, go between & cie
Paroles de s'attarde sur le rôle d'agent littéraire. Je n'ai pas trop compris ce qu'était réellement un agent de droits, à part vendre les droits du livre. Je pense qu'il me manque un maillon de la chaîne, celui de la vente des livres à l'internationale. En tout cas l'entretien est instructif même si je reste sur un flou. Donc Mr Bifrost, si tu lis ces lignes, un Paroles de sur ce marché boursier me ferait très plaisir.


Au travers du Prisme : Sylvie Denis

Contaminations
Sylvie Denis nous parle de notre monde dans trente ans et plus. Il fait chaud en France, peu de pluies ou alors dévastatrices. Dans la campagne, une famille vit dans une communauté agricole.
Une tranche de vie sur une vingtaine d'années. Sans nous épargner les lendemains qui déchantent, elle nous offre un peu d'espoir que les choses changent, que l'homme s'adapte et la nature avec. Peu d'espoir, mais espoir tout de même. Un texte doux-amer se concentrant sur les personnages.

Voilà une autrice que je ne connaissais pas, je pense que cela doit être la première nouvelle que je lis d'elle. Un long entretien intéressant sur son parcours. J'aime bien ce qu'elle dit de la SF, mais ses livres ne me parlent pas, c que le guide de lecture a confirmé. En outre elle écrit  peu, parfois en jeunesse. Un article revient sur la revue Cyberdreams et quelques anthologies dirigées pas Sylvie Denis. Et qui a fait découvrir en France des noms prestigieux comme Egan et Baxter.
Si un jour je tombe sur un de ses recueils de nouvelles, je pense tout de même m'y plonger.


Thiotimoline et autres canulars, par Roland Lehoucq et Fabrice Chemla
Le scientifiction nous parle d'une nouvelle d'un certain Asimov : Les Propriétés endochroniques
de la thiotimoline resublimée, ce qui nous vaut un cours de chimie, chose assez rare (unique ?) dans cette rubrique. Cerise sur le gâteau, c'est même compréhensible par les chiens.

Paroles de nornes revient sur les différents prix dont celui sur le Grand prix de l'imaginaire contient une belle pépite :

Rubrique écrite par écrit par Org, Jean-Daniel Brèque & Erwann Perchoc.
Je parie sur une estocade en règle d'Org


Eriophora

octobre 12, 2020

Peter Watts, 2020, Le Bélial, 224 p., 9€ epub sans DRM

 

Le chimpanzé tisse sa toile...

 

Présentation de l'éditeur :


Ils sont trente mille.
Ils voyagent depuis soixante millions d’années.
Leur mission : déverrouiller la porte des étoiles…
Avez-vous jamais pensé à eux ?
Aux Progéniteurs, aux Précurseurs — qu’importe le nom que vous leur avez choisi cette semaine —, ces dieux anciens disparus qui ont laissé derrière eux leurs portails et leurs autoroutes galactiques pour votre plaisir ? Avez-vous jamais cessé de vous demander ce qu’ils ont vécu ?
Pas d’hyperespace de seconde main pour eux. Pas d’épaules de géant sur lesquelles se dresser. Ils rampent à travers la galaxie, pareils à des fourmis, en sommeil pendant des millénaires, se réveillant juste assez longtemps pour lancer un chantier d’un système solaire à l’autre. Ils vivent au fil d’instants répartis le long des millions d’années, au service d’ancêtres morts depuis une éternité, pour des descendants n’ayant plus rien de commun avec eux. À vrai dire, ce ne sont pas des dieux mais des ouvriers, des hommes des cavernes vivant dans des astéroïdes évidés, lancés dans une mission sans fin pour étendre un empire posthumain qui ne répond même plus à leurs appels…


Mon ressenti :


Tragédie en 6 actes avec prologue et épilogue.

Parfois, on ne trouve pas de travail près de chez soi. Et les chantiers d'autoroutes demandent toujours plus de main d’œuvre... Alors on prend la route et on laisse sa vie par derrière. C'est ce qui arrive  Sunday, dans un très lointain futur sur son engin de travaux publics un peu spécial : un gros caillou comme vaisseau, pondant des trous de vers. Mieux qu'un long discours, le schéma



L'espace temps et une notion bien complexe. Ici en deux pages, l'auteur nous fait vivre ce qu'est cette dimension temporelle immense, inimaginable, incommensurable.

Huis clos classique de l'espace, des humains en hibernation, l'IA ne les réveillant qu'en cas de problème. Une vie en pointillé, quelques jours de vécu entre deux millénaires. Mais lorsque les millions d'années s'écoulent, difficile de ne pas éprouver de solitude, de nostalgie pour cette bonne vieille Terre. Alors on rumine... Et les emmerdes commencent.

Peter Watts est un auteur de hard-SF et bien que ce texte soit intelligible pour l'amateur éclairé, je ne pense pas qu'il puisse l'être pour des lecteurs non aguerris en science-fiction. Il suffira donc de lire encore un peu pour faire la connaissance de ce Chimp, l'Intelligence Artificielle du vaisseau, qui est loin des standards froids que l'on connait habituellement. Mais connait on réellement la psychologie des IA ? L'Homme peut-il se fier totalement à une machine, fût elle intelligente ?

Je savais que les choses devaient changer. Je savais que mon stupide attachement affectif à un logiciel m’avait cachée que nous étions, au bout du compte, des outils à utiliser et jeter au gré de la fonction utilitaire d’un ingénieur mort.

Une révolution est-elle possible dans ces conditions ? Peter Watts nous donne sa réponse qui m'a bien plu. Ça se lit tout seul, on a envie de savoir comment tout cela va se terminer, où nos révolutionnaires vont se la faire mettre à l'envers. Des questions, de l'intelligence, une atmosphère étouffante et un combat IA/Femme, qu'est ce que tu attends pour le lire ?
Un texte non dénué de poésie scientifique, parsemé de touches d'humour noir propre à l'auteur, comme ce "Pour servir au mieux les intérêts de la mission"

 

Nous arrivions sur la passerelle, seuls ou à deux, nous nous regroupions autour de notre Némésis en jouet miniature et la regardions pétrifiés. Ce disque mortel de gaz incandescent. Cette minuscule gueule noire en plein milieu, des étoiles lointaines s’étalant sur son pourtour comme autant de taches lumineuses. Le collier ténu en hyperdiamant allant d’ici à là, convoyeur gravitationnel ne cessant de récolter sur l’ergosphère de précieuses aliquotes d’énergie qu’il rapportait à nos accumulateurs. Un demi-million d’unités flirtant avec l’anéantissement : l’usine entière, dispersée, en mouvement constant, chaque processeur et raffinerie et fabricatrice se regroupant en agrégations assez complexes pour vous donner mal à la tête. Nous les regardions sans mot dire, parfois des heures durant, hommes des cavernes regroupés autour d’un feu de camp qui trouvait le moyen de nous laisser transis de froid.

 

Eriophora fait partie d'un ensemble de nouvelles, les autres se trouvant dans le recueil Au-delà du gouffre. Dans quel ordre les lire ? Le Bélial te dit tout :

Si on veut les lire dans l'ordre de la chronologie interne, mieux vaut commencer par la nouvelle « Éclat » puis poursuivre avec Eriophora, « Géantes » et « L'Île ».
L'ordre de publication est lui aussi intéressant, bon nombre d'infos étant données dans cette « Île » initiale, et c'est la raison pour laquelle c'est cette nouvelle qui introduit la partie dédiée dans Au-delà du gouffre.

Cerise sur le gâteau, un petit jeu se cache dans les lignes du roman, permettant de prolonger le final.

Les avis des uns, des unes et des autres sur le forum du Bélial 



Allez, je vous laisse en compagnie d'autres ouvriers de l'autoroute :


 

 

Bifrost n.93. Peter Watts : le choc du futur

février 11, 2019

Bifrost, Le Bélial, 2019, 192 p., 6€ epub sans DRM



À moins que le monde s’effondre d’ici là.
Erwann Perchoc

Peut on aimer à la fois les chats et les hommes ? C'est la question primordiale à laquelle va tenter de répondre la revue Bifrost

 

Les nouvelles

La Longue patience de la forêt, de Christian Léourier
Monsieur Lanmeur nous entraine dans l'éternel histoire entre se satisfaire de ce que l'on a et découvrir les promesses de l'inconnu, ce qui en fait un texte tout indiqué pour ce dossier. Assez classique sur le fond, la plume de l'auteur permet cependant de passer un agréable moment.


ZeroS,  de Peter Watts
Une histoire de jumeau maléfique, de camarade cadavre et de zombies. Une nouvelle qui se situe dans l'univers de ses romans Vision Aveugle et Echopraxie, mais compréhensible pour le non initié. Alors, comment se fera la guerre dans l'avenir ? Aussi moche qu'aujourd'hui sans aucun doute, cyborg ou pas. Autant j'aime la vision de l'humanité de l'auteur, autant j'ai du mal avec ses textes qui me paraissent pour la plupart un peu abscons.

Carnets de bord


Suit le fameux Cahier critique sur l'actualité du genre SF. Afin de pouvoir prévoir ses futurs achats. Indispensable pour ne pas jeter de l'argent par les fenêtres. Le nombre de pages de la revue n'étant pas illimité, quelques critiques en ligne ici et aussi ici
Une fois n'est pas coutume, Apophis m'a donné envie de lire un roman de fantasy, Olangar de Clément Bouhélier qui me fera découvrir un nouveau sous genre : la (politique-)fantasy.
La critique de Frankenstein 1918 me donne encore plus envie de m'y plonger. Avec quelques doutes, je lirai peut être Underground Airlines, Dimension Technoscience@venir et Complainte pour ceux qui sont tombés.

Rien de bien alléchant dans les revues, il faudra cependant que je jette un jour un oeil sur la revue Galaxie.

Paroles de... s'attarde sur les coulisses du festival Les Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres en compagnie de son fondateur Jean-Luc Rivera.Comme toujours avec cette rubrique, c'est toujours instructif, mais j'aimerai qu'elle soit un peu plus longue, il y a toujours un goût de trop peu.

 

 

Au travers du Prisme : Peter Watts

Vient le dossier consacré à Peter Watts à travers un long entretien, un court essai et une bibliographie.

Apprécier l'instant... craindre l'avenir : un entretien, par Erwann Perchoc
Voilà le morceau de choix du dossier, un long entretien sans langue de bois, avec beaucoup de verve, de recul et de second degré, sans oublier un peu de humour grinçant et son amour incommensurable pour l'espèce humaine. Peter Watts s'y livre sans fard, une enfance heureuse dont les psys doivent se régaler :

Mon père lui a fait son coming out le lendemain de ma naissance — j’imagine qu’il m’a jeté un coup d’œil et a décidé que cinq rapports hétérosexuels répartis sur treize années étaient un prix trop élevé pour une si maigre récompense —, et lui a proposé le divorce.

Concernant les reproches réguliers faits sur sa narration :

Les abus en tant que tels étaient émotionnels — et, au moins, ça m’a appris deux-trois trucs qui m’ont plus tard été utiles pour la création de personnages.
Même si pas assez, selon certains critiques. Mais c’est la vie.

Laissons maintenant les lecteurs de Bifrost pouffer de dédain à la vue de Peter Watts pontifiant sur les subtilités de la narration. Allez-y, les gens, prenez tout le temps qu’il vous faut.

Quand à son amour pour l'humanité mesquine, il est entier :

Vous n’êtes rien que des mammifères humains. Vous paradez, vous donnez des coups de boule, vous luttez pour les ressources comme une myriade d’autres espèces de mammifères — et si vous avez des trucs intelligents à dire, vous laissez souvent vos instincts parler à la place. Grandissez, bordel, ou admettez que vous n’êtes qu’une bande de primates, tout juste bons à vous lancer mutuellement vos fèces à la gueule, mais avec plus de vocabulaire que bien d’autres.

Vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre ; vous pouvez reconnaître que vous n’êtes qu’un mammifère égoïste ou vous pouvez affirmer que vous êtes supérieur aux animaux sauvages, mais dans l’un ou l’autre cas, ayez l’honnêteté de vous comporter en conséquence. Ne prétendez pas être l’Espèce Élue de Dieu puis passer votre putain de vie à vous comporter comme un bulot.
Les gens peuvent se restreindre et penser au long terme. Dans la majorité des cas, ils ne le font pas. Ils utilisent leur néocortex non pour contrôler leurs instincts, mais pour trouver des excuses à ces derniers. Nous ne nous battons pas pour des ressources, nous « propageons la démocratie » ; nous ne pratiquons pas la sélection de parentèle, nous « purgeons les infidèles » ; nous ne violons pas nos femmes, nous « respectons les commandements divins » pour peupler la planète de nos enfants. Nous nous comportons à peu près comme n’importe quel mammifère sur Terre, mais nous refusons de l’admettre.

Quand à sa vision de notre société :

Si mes premières nouvelles plaidaient pour le sauvetage de la planète, mes textes les plus récents tendent à avoir des buts plus modestes : ces temps-ci, je préconise qu’on traque les Trump, les Koch, les Harper et les Trudeau du monde entier, qu’on les traîne dans la rue et qu’on les roue de coups jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il est peut-être trop tard pour éviter la catastrophe, mais on aura une petite vengeance contre ces connards qui se sont mis en travers du chemin. (Bien sûr, vu comment ces gens sont bien protégés, cette ambition s’avère à peine moins irréalisable que sauver la Terre. Mais il ne faut pas perdre espoir.)


En route vers la dystopie avec l'optimisme de la colère, par Peter Watts
Ce texte est connu des lecteurs du recueil Au-delà du gouffre, car il s'agit de sa postface, un peu trop digressive à mon goût sur sa mésaventure étatsunienne.
Dommage d'avoir repris cet article ici, les fans de Watts le connaissent, l'entretien qui le précède donne une idée très claire de ce que pense l'auteur.

Si mes écrits tendent à la dystopie, ce n’est donc pas par amour pour celle-ci, mais parce que la réalité m’y oblige. Un environnement dévasté n’est plus facultatif quand on met en scène le futur proche. Tout ce que je peux faire à présent, c’est imaginer pour mes personnages une manière de se débrouiller avec les cartes qu’on leur a distribuées. Qu’ils implantent faux souvenirs et menottes neurologiques chez leurs employés, qu’ils puissent ordonner l’immolation de dix mille réfugiés innocents… n’est pas ce qui constitue la dystopie. Ce qui la constitue, c’est l’héritage dans lequel ces actions horribles sont les meilleures possibles, où tout autre choix serait pire ; un monde dans lequel des gens commettent des massacres non par sadisme ou par sociopathie, mais parce qu’ils essayent de faire le moins de mal possible. Ce n’est pas un monde que mes personnages ont construit. Seulement celui que nous leur avons laissé.
Il n’y a pas de vrais méchants dans le Monde de Watts. Si vous voulez des méchants, vous savez où chercher.


Eriophora et tisseur de récits : un guide de lecture
Si vous ne connaissez pas l'auteur, ces diverses recensions devraient vous donner quelques pistes. J'avais lu Starfish sans enthousiasme débordant, mais Apophis m'a donné envie de continuer la suite de la trilogie Rifteurs, malgré ses quelques bémols. Quand aux autres romans, la hard SF est peut être trop présente pour moi. Dommage.
Pour les pauvres qui ne peuvent s'acheter la revue, Bifrost a pensé à vous en mettant en ligne les avis parus dans leurs pages les années précédentes : Peter Watts, guide de lecture auxiliaire
Et vous pouvez même retrouver la bibliographie d'Alain Sprauel en ligne


Scientifiction : Les monstres de la science-fiction : des morphologies et des gènes hors-norme, par J-Sébastien Steyer, Alise Ponsero et Roland Lehoucq
Après un rapide détour historique, l'article s'attarde sur les monstres de notre présent, qu'ils soient issus de Tchernobyl, du marronnier de la presse avec le clonage de dinosaure ou encore les ciseaux génétiques CrispR-Cas9 en faisant le parallèle avec différents films.


Le long entretien suffit à lui même pour acheter ce numéro (que je vous conseille d’acheter en version papier, l'epub faisant mal aux yeux...), même si vous y découvrirez un auteur à la Alain Delon, c'est à dire qui aime parler de lui à la troisième personne. Pour ma part, Watts n'est pas pessimiste, juste réaliste.



D'autres avis ici et là 

Fan devant l'éternel, lutin88 l'a lu avec avidité, Xapur s'est laissé piégé par deux blogueurs et envisage de lire l'auteur dans le texte. Un de ses même blogueurs plonge même sans vergogne dans le conflit d'intérêt.


Récapitulatif

Au-delà du gouffre

mars 17, 2017

Peter Watts, Le Bélial, 2016, 480 p., 11€ epub sans DRM





16 nouvelles, 11 inédites, un avant-propos et deux postfaces : une belle entrée en matière pour qui voudrait découvrir les textes de Peter Watts avant de s’aventurer au-delà de ses nouvelles  et un beau cadeau pour les fanatiques de son oeuvre.


Présentation de l'éditeur :

 

Nous sommes les hommes des cavernes. Nous sommes les Anciens, les Progéniteurs, les singes qui érigent vos charpentes d’acier. Nous tissons vos toiles, construisons vos portails magiques, enfilons le chas de l’aiguille à soixante mille kilomètres/seconde. Pas question d’arrêter, ni même d’oser ralentir, de peur que la lumière de votre venue ne nous réduise en plasma. Tout cela pour que vous puissiez sauter d’une étoile à la suivante sans vous salir les pieds dans ces interstices de néant infinis…


Mon ressenti :



Je ne vais pas entrer dans le détail de chaque nouvelle, d’autres l’ont déjà fait de manière admirable (Albédo et Apophis), j’y ai même contribué de manière modeste ici et ici.

The Thing : 3 films, 2 nouvelles et la pétoche

mars 13, 2017
Alors que je commençais à me perdre au-delà du gouffre de Peter Watts, je m'aperçois que la première nouvelle Les choses fait référence au film de John Carpenter, The thing. La préface nous indiquant qu'il valait mieux revoir le film pour apprécier toute la subtilité du texte, me voilà à refermer le recueil pour me mettre un film. Las, en faisant quelques recherches, la chose n'est pas si simple.
The thing de Carpenter est tiré d'une nouvelle de John W. Campbell, qui a déjà été adapté en film en 1951. Et pour finir, un préquel en 2011 a été fait du film de Carpenter.
Résultat des courses, au lieu de lire du Watts, je me retrouve à regarder trois films et à lire du Campbell. Depuis, je me méfie de tout le monde et j'ai peur de mon ombre. Merci Le Bélial.

C'est parti pour un tour d'horizon de la Chose par ordre chronologique.

Starfish

février 17, 2017

Peter Watts, Fleuve éditions, 2010 (parution originale VO 1999), 384 p., 22€ papier

Six tarés dans un espace confiné ont oublié de prendre avec eux un Monopoly. Qu'est ce qui se passe d'après vous ?
Oui mais pas que !

Présentation de l'éditeur : 

 

Lenie Clarke est chef d'équipe dans une station des abysses, sur la côte pacifique, chargée d'exploiter et de contrôler l'énergie géothermique. Comme ses compagnons, elle a d'abord suivi des tests et un entraînement rigoureux puis subi des altérations génétiques qui lui permettent d'accoutumer sa vision à l'obscurité et de respirer dans l'eau lors des sorties obligatoires.
Ce qu'elle ignore, c'est que la société qui l'emploie ne choisit pas les candidats par hasard : seuls sont recrutés des hommes et des femmes aptes à subir de fortes doses de stress, des individus présentant tous une psychologie... déviante. Le noir et le silence des profondeurs deviennent le théâtre d'un huis clos inquiétant où les monstres ne rôdent pas seulement à l'extérieur.

L'île

novembre 19, 2016

Peter Watts, Le bélial, 2011-2016, 48 p., epub gratuit jusque fin nov 2016 sans DRM

 

Parue initialement dans la revue Bifrost n.61, prix Hugo 2010 de la catégorie nouvelle. Elle est désormais au sommaire du recueil Au-delà du gouffre qui vient de paraitre au Bélial.
Texte en téléchargement gratuit tout au long du mois de novembre ici.

Trois ouvriers à bord d’un engin construisent une autoroute. Le chantier aborde un tronçon où vit une espèce protégée. Que faire en l’absence du chef de chantier, continuer l’avancée des travaux, s’arrêter ou dévier du projet initial ?
Bon, c’est un peu plus compliqué :

Présentation de l'éditeur: 

 

Avant de pouvoir bénéficier d'un réseau hyperspatial, il faut bien que des gens se coltinent le gros œuvre. C'est là la mission laborieuse de l'équipage de l'Eriophora, vaisseau qui arpente les espaces interstellaire depuis des éons. Jusqu'au jour où son équipage arrive en vue d'une sphère de Dyson constituée de matière organique : vivante, et intelligente selon toute apparence…

Fourni par Blogger.