Les garçons de la rue Panisperna
Jean-François Chanson, Lorenzo Chiavini, Dunod, 2025, 152 p., 25€ papier
Des coulisses de la science à la folie du monde
Pitch de l'éditeur :
Dans les années 1930, les « garçons de la rue Panisperna », un groupe de jeunes physiciens dirigé par un certain Enrico Fermi à Rome, révolutionna la physique nucléaire. Il y avait Emilio Segrè, Edoardo Amaldi, Ettore Majorana ou encore Franco Rasetti. Ensemble, ils découvrirent de nouveaux noyaux artificiels et les propriétés des neutrons lents, ouvrant la voie à la fission nucléaire. Confronté à la montée du fascisme et de ses lois raciales en Italie, le groupe se dispersa. Après un Nobel pas forcément mérité, Fermi émigra aux États-Unis, jouant un rôle clé dans le projet Manhattan.
Leur héritage scientifique marque aujourd’hui encore profondément la physique moderne. De l’Italie fasciste jusqu’aux laboratoires de Los Alamos aux États-Unis, en passant par l’Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni, l’URSS, le Japon et la France, voici l’étonnante histoire de physiciens entraînés dans la tourmente de l’Histoire !
Mon ressenti :
En tant que lecteur de science-fiction, le nom de Fermi m'évoque immédiatement le fameux paradoxe : « Si des civilisations extraterrestres existaient, leurs représentants devraient déjà être chez nous. Où sont-ils donc ? »
Pas d'aliens ici, pourtant. Cette bande dessinée s'intéresse à la facette principale de l'homme, le physicien. L'histoire nous plonge au cœur d'une université romaine, située rue Panisperna. Mené par un Enrico Fermi, ce petit groupe passionné par la physique quantique va rapidement acquérir une aura internationale, alors même que l'Europe sombre dans les tensions géopolitiques et la montée des extrémismes.
Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que l'ouvrage n'édulcore pas la réalité. Il met en lumière les zones d'ombre de ces génies : leurs éventuelles accointances (parfois opportunistes) avec le fascisme, les guerres d'égos qui prennent le pas sur l'éthique, des vies entièrement sacrifiées sur l'autel de la recherche et de l'expérimentation, souvent au détriment de leurs propres familles.
Si le sujet est fascinant, la lecture n'en demeure pas moins exigeante. C'est un album dense, qui nécessite de bien connaître les grandes lignes de cette période sombre, car le récit préfère explorer les recoins méconnus de la Grande Histoire plutôt que de survoler les évidences.
L'auteur fait le choix d'une narration fragmentée. Le scénario abuse malheureusement des flashbacks, ce qui complexifie inutilement le suivi de la chronologie. De plus, la vulgarisation scientifique demande un certain bagage : les concepts physiques ne sont pas toujours évidents à appréhender pour le néophyte.
Les Garçons de la rue Panisperna est une œuvre pointue. Elle demande, à mon sens, quelques connaissances préalables (tant historiques que scientifiques) pour en apprécier pleinement tout le potentiel et ne pas se perdre en chemin. À réserver aux amateurs d'histoire des sciences et de récits d'époque documentés.


Toi aussi donne ton avis