Monstrueuse Féérie

Laurent Pépin, Flatland, 2020, 100 p., 8.5 € papier


Une elfe, des monstres et un psy sont dans un asile...

Présentation de l'éditeur :


Quand un psychologue rencontre une Elfe dans le Centre psychiatrique où il travaille, il croit d’abord que cet amour naissant permettra d’écarter les Monstres qui l’assaillent…
Avis aux amateurs : conte pour adultes teinté de pataphysique, de psychanalyse, de poésie et d’humour noir.

Mon ressenti :

Il y a toujours une fenêtre que je laisse ouverte pour que les Monstres puissent entrer. Je ne le fais pas vraiment exprès. Mais tous les Monstres rentrent dans toutes les têtes de la même façon : on les y invite. Parce qu’il y a quelque chose en eux qui nous fascine, qui nous comble, ou du moins qui absorbe notre esprit logique en polarisant nos réflexions. Quand ils sont là, c’est trop tard. Ils ne sortent plus et la terreur grandit.

Quel étrange bouquin que ce livre. Insaisissable dans son essence. A la fois poétique, psychanalytique, rempli d'humour noir, d'horreur. Une sorte de traité sur les fous pour les gens normaux. Ou plutôt l'inverse, un traité sur les gens normaux à l'usage des fous.
Ou ne serait ce qu'une banale histoire d'amour ? Ou non, le regard d'un homme sur la vie ? Ou alors un conte, noir et cruel comme jadis. Ou une critique de l'institution psychiatrique, de la norme sociale ?
Ce livre est tout cela et bien plus encore. Il est ce que tu viens chercher, et plus encore.

Quand il vidait des animaux pour les empailler, il y avait une odeur épouvantable dans la maison. En même temps, il était occupé et ça avait l’air de l’intéresser vraiment. C’était bien, comme activité, pour le père. En revanche, il nous regardait du coin de l’œil et ça me faisait peur. Je me disais qu’il pesait le pour et le contre. Il devait se demander à quel âge il devrait nous vider nous aussi et nous bourrer de produits chimiques et de paille pour qu’on ne s’en aille jamais et qu’il puisse rester en sécurité.

Ce qui est certain, c'est que l'auteur a un style et une sacré plume. Alors , c'est quoi le pitch ? Un narrateur qui nous raconte sa vie, avec une famille très étrange, un "Chez ces gens là" monstrueux.
Une chose que j'ai beaucoup apprécié, c'est ce regard porté sur l'autre, la volonté de tenter de le comprendre dans sa complexité. Un aller vers, une sorte d'utopie sur le vivre ensemble. Bref, l'essence même de la SF, bien que nous sommes dans le fantastique, mais la frontière avec la réalité est poreuse, perméable.
Je ne suis pas très friand de psychanalyse, et les lignes en contiennent pas mal, mais cela participe aux multiples lectures qui peuvent en être faite.

Je suis devenu psychologue et je travaille dans ce Centre. Souvent mon boulanger me demande si ce n’est pas trop dur de travailler avec “les fous”. Moi j’ai envie de lui répondre que ce qui est vraiment dur, c’est plutôt ce genre de dialogue, mais je me tais.

Avec tout ce que j'en dis, tu te dis que ce bouquin n'est pas pour toi. Je suis d'accord avec toi, car ce n'est pas un bouquin pour moi. Et pourtant j'ai adoré. Va comprendre...
Et franchement, cette novella est vraiment poilante dans sa première partie. Mais je suis d'accord avec toi, ce bouquin n'est pas pour toi. Mais qui sait ?

Je ne t’ai pas menti, jamais. Même si je sais que mes histoires sont un peu… Mais ce ne sont pas des mensonges. Ce sont des métaphores. C’est mon histoire, c’est moi qui raconte. J’ai le droit de faire des métaphores. Je n’ai pas le choix de toute façon. Il y a des choses qu’on ne peut pas raconter autrement. Et puis je ne veux pas. Ce n’est pas la direction que j’ai choisie. Il faut bien reconstruire le monde à sa façon, on ne peut quand même pas le prendre tel qu’il est. C’est trop triste. Prends le ciel, les nuages, les oiseaux, ce que tu voudras, ça n’a aucun sens si on n’y invente pas autre chose avec, un peu d’accent dans le regard qu’on y met. C’est vrai, c’est nul la nature naturelle…



Lu dans le cadre d'un service de presse

Une interview de l'auteur chez L'ours danseur



11 commentaires:

  1. C'est quand même dommage que ça ne soit pas pour moi, parce que les citations sont sympas.

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  2. Tu en parles très bien et tu donnes envie de le lire même pour les lecteurs qui ne sont pas habitués à ce genre de lecture, parce que c'est un premier roman et c'est du costaud !

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    1. Merci.
      J'espère que ce texte trouvera son public, mais de ce que j'ai vu sur les RS, il y a un deuxième tirage, donc le public suit.

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  3. Si je comprends bien, ce n'est pas pour moi mais c'est pour moi quand même. C'est bien ça ?

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  4. D'accord avec toi, c'est une première novella très prometteuse...

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    1. Je crois que l'auteur sort bientôt un autre texte chez le même éditeur

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    2. Oui, pour la rentrée littéraire,dans la seconde moitié d'août: ça s'appelle "Angélus des ogres"

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