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Hautes tensions : 9 scénarios pour penser nos futurs énergétiques

février 04, 2026

Romain Lucazeau, Marguerite Imbert, Olivier Paquet, Amaury Bündgen, Lloyd Chéry, édition Tallandier, 2025, 144 p., 21€ papier


À lire à 19 degrés : prospective sous contrainte énergétique

Pitch de l'éditeur : 

En nous propulsant en 2040 et jusqu’en 2150, le recueil Hautes Tensions propose neuf scénarios se déroulant dans le « monde d’après » la transition énergétique et environnementale. Ces histoires (huit nouvelles et une bande dessinée) sont le fruit d’un travail inédit entre des auteurs de science-fiction, des dessinateurs et des experts de la prospective et de l’innovation d’EDF. Tantôt dystopiques, tantôt contemplatives ou satiriques, elles offrent une nouvelle manière d’aborder les enjeux énergétiques et géopolitiques. Que se passerait-il si chaque citoyen produisait sa propre énergie ? À quoi ressemblerait une société sans énergie fossile ? Et si le climatoscepticisme devenait la norme ? À quoi ressembleront nos ruines du monde des énergies fossiles, quand nos sociétés utiliseront pleinement le potentiel de l’électricité ? Et si les géants de la tech devenaient fournisseurs d’énergie gratuite ? Autant de questions – parfois radicales, toujours plausibles –, auxquelles ces scénarios nous invitent à réfléchir.

Mon ressenti :

Grand habitué des textes de science-fiction, je le suis nettement moins en ce qui concerne les livres de prospective commandés par de grands groupes. J’étais pourtant intrigué par ces commandes institutionnelles. Il y a quelque temps, je voulais lire le résultat de la Red Team : l’armée avait demandé à des auteurs de SF d’imaginer des scénarios futurs. Mais le prix du bouquin, financé par l’armée — elle-même financée par mes impôts — m’avait fait jouer l’objection de conscience. Ici, c'est financé avec le paiement de mes factures EDF, et en plus c'est un service de presse. Et ce recueil, Hautes tensions, a tout de même un petit goût de Red Team, avec des auteurs y ayant participé.

Avouons-le : j’ai plus tendance à lire de la SF des petites gens, de la contestation, de la pensée critique. Ici, on est plutôt à l’opposé : cols blancs et grosses entreprises. Je ne vous le cache pas, ça fait bizarre à la lecture. J’avais parfois l’impression d’être en terre étrangère, à découvrir des us et coutumes aliens, étranges, incompréhensibles.
Et puis, une fois cette étrangeté acceptée, on parcourt avec plaisir ces différents textes. On découvre une pensée radicalement différente, celle des gens de droite, et cela permet de confronter les points de vue. Même mon côté mauvaise langue fut parfois pris de court, avec des textes plutôt à gauche. Ce n’est pas encore aujourd’hui que je prendrai ma carte au MEDEF, mais découvrir des opinions différentes s’est révélé intéressant et instructif.

Le livre s’ouvre sur une courte BD, Nihil novo, montrant le discours corporate d’un grand entrepreneur américain. Son business plan ? Rien de bien nouveau. Mais difficile de le reprocher à la BD au vu du titre. Certains réussiront toujours dans la vie : sans éthique, la vie est plus facile.

Premier bon point : une illustration couleur ouvre chaque texte. Je les ai trouvées plutôt bien réalisées et en rapport avec les nouvelles.

La remédiatrice
Futur proche. La France a su, grâce à l’énergie nucléaire, passer la crise de la fin des hydrocarbures. Dans un monde désormais plus vert, de vastes zones urbanisées doivent être démantelées et rendues à leur état primordial. J’ai un peu de mal à croire à cette utopie où l’homme rendrait vraiment la nature à la nature. Quoi qu’il en soit, c’est optimiste et ça donne envie de lire jusqu’au bout.

Le dernier oil angel
À la campagne. Alors que le monde entier s’est converti à l’électrique, un vieux briscard continue de polluer l’air avec son deux-roues. C’est drôle et cocasse, ça retourne un peu les rôles : les écolos sont la norme, les hydrocarbures les marginaux. Seul bémol : ça sonne un peu comme « la modernité a toujours raison ».

Le péril blanc
Un train peut en cacher un autre.
Rassurez-vous, les Blancs ne vont pas envahir notre chère patrie. Le péril blanc, c’est l’extraction de l’hydrogène dit blanc dans les collines du Luberon. Sur le site d’extraction, une alarme retentit. Catastrophe industrielle, réseaux sociaux et piratage informatique : les bureaux de gestion d’EDF sont sur le pied de guerre. Nous sommes ici dans le silence feutré des pôles de décision.

Hello Juno
Un géant de l’électricité doit annoncer la hausse de ses tarifs à la télévision. Mais sa maison connectée va lui jouer des tours. Une nouvelle absurde et pleine d’humour.

Les vieux pots
Futur proche. Le réarmement démographique n’a pas eu lieu et les compétences, connaissances et expériences des spécialistes risquent de se perdre. Un nouveau programme est lancé : les retraités forment des IA. Un sujet intéressant, dont le traitement m’a étonné. Le résultat est une pochade branlante d’espionnage. Bof.

Tarjak sur Mirador
Dans un coin reculé, une prison voit arriver un militant extrémiste condamné à une lourde peine. Je disais en introduction que cela faisait étrange de lire un livre de droite : voici l’exception. Une sorte d’apocalypse utopique. Plaisant à lire et crédible, malgré le côté conte.

L’étrange rêve d’Abou 
Un village perdu et un bistrot où presque personne ne vient, subventionné par le conseil régional. Perplexe au début sur l’idée de ce texte — le réseau électrique comme lien entre les habitants — j’ai finalement apprécié cette nouvelle qui mêle autosuffisance, classes sociales, réfugiés climatiques et service public. Dans une veine utopiste qui montre que, même lorsque le monde devient une somme d’individualités, on peut toujours faire société.

La guerre de la Rance
Dans deux siècles, l’État n’existe plus et la France ressemble au Moyen Âge. Nous assistons à la bataille d’une place forte. Dommage de finir par ce texte, qui manque cruellement d’originalité et d’enjeux.


Résultat des courses, c'est bien mieux que ce à quoi je m'attendais : j'avais peur de l'ébauche de scénarios, sans véritables univers, ni personnages caractérisés, et au final, l'immersion fonctionne très bien. Seul bémol, ce n'est pas l'originalité pour les lecteurs de SF, loin de là. Le prix est cher pour le contenu, mais sache qu'une fois lu, cela peut servir de combustible à ta cheminée, de quoi faire baisser ta facture électrique...


Lloyd Chéry fait sa propre pub dans son podcast, à écouter ici

Le maki a plutôt bien aimé : "l'ensemble reste captivant, il soulève un questionnement légitime, propose des solutions sciences-fictives plausibles "


La nuit du Faune

septembre 16, 2021

 

Romain Lucazeau, Albin Michel Imaginaire, 2021, 256 p., 10€ sans DRM


 

Dans les interstices de la science, certains décèlent des complots, d'autres imaginent du Merveilleux.

Présentation de l'éditeur : 

Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, avec pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune en quête de gloire et de savoir. Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un ennui mortel, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie. Et sous son apparence d’enfant, se cache une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables. À la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du Système solaire jusqu’au centre de la Voie lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables.
 

Mon ressenti : 

Voilà qui commence mal avec ce livre, dès le titre, je tique : ne serait-ce pas plutôt la nuit de la faune ?
Je dégaine mon dico et non, un faune est bon, c'est un être mythologique. (Après semiosis, étiage, gnomon et hiérophante, l'éditeur s'est-il donné comme but secret de me rendre moins inculte ?)

Romain Lucazeau est normalien, agrégé de philo, auteur d'un livre de notes de bas de page inspiré du théâtre antique, et surtout un vendu à la solde militariste. De quoi cocher pas mal de cases de mon a priori négatif... Les 4B (Apophis, Feyd Rautha, Gromovar et Nicolas Winter) l'ont encensé, mais ce sont des gens intelligents, qui aiment malmener leurs neurones. Moi j'ai une relation bienveillante avec elles.
Bref, pas pour moi. C'était cependant sans compter Nicolas Martin et son émission estivale Infiniment qui m'a chamboulé et décidé à le lire.

Le pitch est simple : une petite fille rencontre un monstre gentil, mais c'est la fille qui va faire peur au monstre !
Mais ce roman n'est pas du tout cela. Si vous avez été un tant soit peu attentif durant vos cours de sciences, vous savez un certain nombre de trucs autour de la création de la Terre, la Lune qui tourne autour, la gravité. Avec un tant soit peu d'attention supplémentaire, vous avez même entendu parler du système solaire, des galaxies, voir des amas et super amas de galaxies, des trous noirs, de la théorie des cordes et de certaines particules très particulières.
Des notions parfois complexes auxquelles Romain Lucazeau va s'amuser en inventant dans les interstices des choses que la science n'a pas su encore expliquer. Il comble les trous et nous conte l'espace connu et inconnu. L'auteur parle de "poétisation de la science" et je suis d'accord avec lui. À force de trainer ses guêtres à La méthode scientifique, il nous fait un spin off : La méthode littéraire.
Ajouter à cela une écriture très musicale, une poésie basée sur la science et un côté assez sombre, le compte est bon.

Las, il y a un hic pour moi, c'est que ce n'est pas ce que j'appelle un roman, avec une histoire, des personnages. Il s'agit plus d'une expérience de pensée, de philosophie : la connaissance est elle une malédiction ? Les civilisations portent elles en elle les germes de la destruction ?... D'une expérience littéraire aussi, l'impression que l'auteur ne s'amuse pas à écrire un roman sur le cosmos, mais veut apporter sa pierre à l'édifice de la littérature.  Il le dit lui-même dans La méthode scientifique : 

Faire entrer la science-fiction dans la littérature.

Alors c'est beau, le traitement est original et foutrement bien fichu, mais impossible pour moi d'adhérer aux pérégrinations mythiques des personnages. J'ai adoré sa vulgarisation littéraire de l'espace, une très belle idée et réalisation, par contre j'ai détesté le côté prétentieux et hautain de la démonstration.

La nuit du Faune est-elle pour toi ? Tout dépend de ce que tu attends d'un roman... 


l’artefact démontrait quelque chose de la civilisation qui l’avait conçue. Une sophistication, une délicatesse, encore capables de tendre d’envie l’expression d’Alexis, d’émerveiller Polémas, mais aussi, de rendre un peu de joie à Astrée. Un je ne sais quoi, une approche esthétique plutôt que fonctionnelle des choses, la cristallisation d’un rêve d’ingénieur, issu d’une période moderniste, agressive. La suggestion qu’un peuple capable de bâtir une telle merveille de métal ne jurait que par le style, la beauté, l’art, entremêlés de technologie. Une pièce de musée, issue d’un futur antérieur, en quelque sorte, une promesse d’avenir qui ne s’était pas réalisée.

 L'avis que j'aurai aimé écrire : Touchez mon blog Monseigneur

Tous les avis sur le fil du forum du Bélial

Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse.

 

La nuit du Faune, roman de l'année ? Sûrement au vue des émissions de radio qui en parlent :

Grand
Infiniment du 11 juillet 2021
Les confins de notre système solaire sont à un peu plus de 100 000 fois la distance Terre Soleil, soit 15 mille milliards de kilomètres. L’autre extrémité de la Voie Lactée, 100 millions de milliards de kilomètres et les distances rapportées à l’univers observable ne font plus sens tant elles sont importantes. Mais jusqu’où peut-on aller dans l’observation et la compréhension de l’infiniment grand… Et pour nous servir de phare dans ces immensités obscures : Françoise COMBES, Romain LUCAZEAU.


La Nuit du Faune par Romain Lucazeau
C'est plus que de la SF du 30 août 2021
Si le podcast devait décerner un prix (un jour peut-être), alors la palme de l’année 2021 irait sans aucun doute à La Nuit du Faune de Romain Lucazeau. Après une entrée en fanfare dans le monde de la science-fiction avec son space opera Latium en 2017, le normalien et agrégé de philosophie fait son grand retour avec un roman atypique, qui mêle conte philosophique, hard-science, poésie et voyage intergalactique. Avec La Nuit du Faune, Romain Lucazeau prouve, une nouvelle fois, qu’il joue dans la cour des grands et qu’il est possible de produire de la SF française avec de l’ambition littéraire et du « sense of wonder ».


Calvo, Lucazeau : la rentrée littéraire SF
La méthode scientifique du 10 septembre 2021
Ils ont tous les deux gagné le Grand Prix de l’Imaginaire. Ils sont tous les deux considérés comme les meilleurs représentants de la nouvelle génération d’autrices et d’auteurs de science-fiction en France. Leur univers est aux antipodes, ils tracent l’un comme l’autre les contours d’un univers littéraire cohérent et représentent pour autant deux visages radicalement différents de la SF contemporaine et ils sortent à quelques jours d’écart les deux romans les plus attendus, et les plus saisissants de cette rentrée littéraire SF. Un conte philosophique qui flirte avec la hard SF, “La Nuit du Faune”, et un uchronie politique punk radicale, “Melmoth Furieux”, Romain Lucazeau et Sabrina Calvo sont nos invités.

Retour de Dune et de Métal Hurlant : le futur lointain serait-il bloqué dans la science-fiction du passé ? 
Affinités culturelles du 11 septembre 2021
Sortie au cinéma de "Dune" adapté par Denis Villeneuve, reprise du magazine Métal Hurlant, parution du nouveau roman de Romain Lucazeau : le futur lointain n'appartient-il plus qu'à la SF du passé ?

 

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