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Demain, les origines

février 23, 2026

Christian Chavassieux, Mnémos, 2025, 568 p., 10€ sans DRM

 

Mon Dieu, se disaient les gens, croyants ou pas,
mon Dieu que cette apocalypse était lente !

 
Gros coup de cœur pour ce futur noir, humain et terriblement crédible.

Pitch de l'éditeur : 

Dans une Europe au bord de l’abîme, les populations, soumises aux diktats de petites milices armées, vivent dans la peur de gouvernements autoritaires.
Loin de la ville, la communauté où vit Grace pensait échapper à ces violences quotidiennes. Mais il suffira d’un vieux philosophe et d’une faute impardonnable pour que toutes et tous subissent d’inimaginables épreuves.
Et alors que le grand incendie s’abat sur le continent, Grace, Malik, Robur, Syrrha et tant d’autres au milieu des ténèbres et des déshérités d’une société en délitement vont devenir les points de départ d’une histoire, d’une légende, d’un mythe qui les dépassera…

 

Mon ressenti : 

Demain, les origines, c’est une sorte de gros fix-up en six livres couvrant la période 2042-2094, où l’on découvre que demain ne sera pas rose, mais franchement brun.

La fresque s’ouvre sur le Livre de Malik, véritable chronique du fascisme ordinaire. Dans une campagne faussement idyllique, au sein d’une ferme autosuffisante, un jeune insouciant et un vieux philosophe militant se découvrent une amitié solide… avant de buter contre l’absurdité et la bêtise d’un banal barrage policier. C’est là que le grain de sable enraye la machine : Malik, par sa passivité, réalise que son indifférence au politique l’a peut-être rendu complice de la situation.

Faire confiance à l’intelligence du peuple est aussi naïf que de faire confiance à celle des élus. Chez l’un comme chez les autres, il y a trop peu d’esprits soucieux du bien commun. La grande majorité œuvre pour son plaisir immédiat ou sa survie, c’est selon, sans se soucier du long terme. L’effondrement vient de cette irresponsabilité. Cette irresponsabilité a été accouchée par la démocratie. 
 

Le roman est âpre et noir, d’une violence froide qui ne nous épargne rien, surtout dans les deux premiers livres, sans doute les plus ardus. Le Livre de Grace nous entraîne encore plus bas que celui de Malik : dérèglement climatique, tempêtes de plastique, bidonvilles — une humanité qui n’en finit pas de toucher le fond. Une fois ce cap passé, le texte devient un peu moins dur, même si le monde, lui, continue de s’aggraver. Des respirations apparaissent aussi grâce aux interventions d’un narrateur gouailleur et narquois, presque mauvais esprit, ce qui n’est pas pour me déplaire.

La force du roman tient, pour moi, à deux éléments. D’abord l’écriture, et les styles variés donnés à chacun des livres qui composent l’ensemble. Ensuite, la manière dont ces cinquante années de futur nous sont montrées à travers des destins liés au drame initial. La catastrophe reste à hauteur humaine : intime, incarnée, et du coup d’autant plus crédible.

Quand pose-t-on le point final d’une histoire ? Il me semble que je dois parler de mon frère, de Grace, de ce qu’il advint de Prima, mon récit doit intégrer le leur. Ma vie s’est poursuivie. J’ai traversé tant de crépuscules, vu tant de matins, tant d’innocents tombés pour rien, de salauds récompensés. Et il y aura d’autres matins. Les vivants baladeront leur inconséquence ; les morts inconsolables auront peur de l’oubli. Des innocents tomberont. Il y aura toujours d’autres matins. C’est impardonnable. Rien ne devrait survivre à la mort des innocents. Quelqu’un avait écrit : « Il nous faut apprendre l’indifférence de l’univers, son indifférence à la persistance des chagrins, à la permanence des fautes, à la comptabilité défaillante des actes humains. L’apprendre, c’est-à-dire l’éprouver dans sa chair par la blessure fondatrice de l’injustice. »

Sur le fond, c’est le trio Religion–Pouvoir–Science qui mène la danse vers le pire. On y croise un scientifique à l’éthique inexistante, une sainte loin d'être sainte et un petit dictateur rêvant d’un "monde pur" (non pas l’air, mais la race). L’auteur pousse à se demander ce qui fait de nous des monstres ou des prophètes, et s’il nous reste encore une part d’humanité dans cette survie permanente.

Deux bémols toutefois. Le symbiote, d’abord, qui casse un peu le réalisme construit jusque-là. Et surtout le dernier texte, le Livre de Syrrha, sorte de spin-off où l’auteur nous entraîne dans un château peuplé de personnages étranges attendant la fin. L’idée ajoute un niveau de lecture intéressant, mais laisse aussi l’impression d’un élément tombé un peu comme un cheveu dans la soupe.

Allez-y, je vous en prie, ça ne fait rien, dit-elle. Donc, nos amis sont des littérateurs. Les littérateurs sont dangereux. Ils ont l’habitude que le monde se plie à leurs caprices. Quand ils ont le pouvoir, ils ne supportent pas que la réalité se rebiffe. Ils la tordent au besoin, ils finissent par devenir autoritaires. L’autoritarisme est l’inclination naturelle des auteurs.


Le titre Demain, les origines peut se lire de deux façons : rappel que nous sommes à l’origine de l’apocalypse à venir ; ou questionnement sur ce qui nous a menés à cette catastrophe d’un futur proche dont on avait un aperçu dans Mausolées. (Pour les habitués de l'auteur, Demain, les origines est une pièce importante reliant les livres, du Baiser de la nourrice aux Nefs de Pangée.)
 

Un gros pavé dont la noirceur ne doit pas faire peur. Car malgré tout, des lueurs d’espoir persistent. Et tant que nous lisons, c’est que nous sommes encore vivants !
Un de ces romans qu’on referme un peu sonné, avec l’impression d’avoir vécu le futur. Un futur qui se traverse à hauteur humaine, profondément incarné. Sombre, brutal parfois, mais intensément humain — et impossible à lâcher : un pavé dont on ressort étrangement vivant. Une SF noire, intime et crédible. Et un vrai coup de cœur.

Encore un doute avant de plonger dans ce demain ? Ecoute le podcast de C'est plus que de la SF en compagnie de Christian Chavassieux.

"Plus qu'un roman !
Quand l'éditeur Davy Athuil nous avait teasé ce roman en mai dernier, notre curiosité avait été plus que piquée. Un auteur qui propose une histoire d’un futur à la française, et qui démarre avec un gros pavé de 600 pages, ne pouvait que nous réjouir.
L'univers et surtout la plume de Christian Chavassieux avaient déjà été remarqués avec Les Nefs de Pangée. Avec Demain, les Origines, il nous séduit par ses ambitions littéraires autant que par la qualité de l'écriture.
Divisée en plusieurs actes, cette tragédie effraye aussi par sa vision pessimiste et radicale de l'avenir. Demain, les Origines est à nos yeux le meilleur roman imaginaire français 2025. Et nous prendrons plaisir à le défendre !"



Si vous voulez plus d'infos sur l'histoire un peu particulière de ce livre


Demain, les origines - volume 1

septembre 28, 2020
Couverture de mon invention

Christian Chavassieux, autoédition, 2020, 850 p., format pdf, gratuit


Mon Dieu, se disaient les gens, croyants ou pas,
Mon Dieu que cette apocalypse était lente !

Ce roman a enfin trouvé son éditeur, je vous conseille d'aller lire mon avis sur le texte publié.


Ce roman a une histoire un peu particulière, l'auteur l'ayant vu retoqué par son éditeur. Lors du confinement, il a décidé de partager ce premier volume, composé de 6 "livres" retraçant une période de 2042 à 2094.

Pour ceux qui connaissent un peu mes livres, les deux volumes de "Demain les Origines", à terme, font un lien entre "Le Baiser de la Nourrice", "Mausolées" et "Les Nefs de Pangée", voire "L'Affaire des Vivants" (et oui).


J'aime beaucoup ce titre, Demain, les origines, qui synthétise parfaitement le propos de l'auteur : Qu'est ce qui nous a amené à cette catastrophe décrit dans ce futur proche et dont nous apercevons les conséquences dans Mausolées.

C'est une sorte de gros fix-up, dont les deux premiers livres peuvent se lire de manière indépendante, ainsi que Le livre de Syrrha. Ces deux livres posent l'ambiance de suite, demain ne sera pas rose, mais brun ! Le livre de Malik qui ouvre le bal pourrait être sous titré Chronique du fascisme ordinaire. Dans une campagne tranquille, un jeune transporte un vieux philosophe, ils s'apprécient sans le dire, le jeune indifférent et le vieux militant. Puis au détour d'une route, un barrage policier...
On suit les aventures de ce Malik aux prises avec l'absurdité, la bêtise et la violence d'un état fasciste au pouvoir. L'auteur nous montre qu'un simple grain de sable peut enrayer la machine de la tranquillité. Le droit n'est décidément pas au service des victimes, quand à la justice... Un monde qui pourrait très bien être le nôtre dans quelques années lorsque l'on voit la montée des Marines un peu partout en Europe et ailleurs.
Malik, le jeune insouciant, en colère mais impuissant, qui préfère oublier par la sexualité, se rend compte que c'est son indifférence au politique qui a rendu cette situation possible. Il est responsable.
Un texte qui prend aux tripes, l'auteur réussissant à rendre cette atmosphère ambiante étouffante. Glaçant de réalisme.

Le livre de Grace nous fait suivre les pas d'une des personnages du livre précédent où culpabilité et responsabilité vont aller jusqu'à leur fin inexorable. Si vous pensez que l'humanité avait touché le fond, vous vous trompez lourdement. Très violent, âme sensible s'abstenir. On apprend un peu plus de notre futur proche : Dérèglement climatique, avec ses tempêtes de plastiques, les bidonvilles...

Le livre de Syrrha nous emmène dans les pas d'une journaliste, une watcheuse, rencontrée dans le précédent livre. Alors qu'elle doit faire un reportage sur un gigantesque incendie d'un nuage de plastiques, avec sa cohorte de réfugiés, elle s'enferme dans un manoir qui devait lui servir de point d'attache. On retrouve un peu de l'ambiance de Mausolées avec ce manoir croulant sous les livres, son propriétaire étrange et hors du temps qui m'a aussi rappelé le film orgiaque La grande bouffe.
Un livre plus introspectif, psychanalytique s'attardant sur les apparences trompeuses de ce château à l'architecture impossible...

Les autres livres poursuivent dans les conséquences de ce fichu bordel. Le monde d'après ? Un monde pur. Non, pas l'air, mais la race. Blanche de préférence et chrétienne. On retrouve quelques personnages rencontrés dans les premiers livres. Et aussi un petit dictateur, digne héritier du petit Adolf. Le climat poursuit son dérèglement de bien belle manière, vivre est désormais synonyme de survie, mis à part pour la classe des dirigeants et de ses courtisans.
Religion , pouvoir, science. Lorsque ces trois là se tiennent la main, le pire n'est jamais loin. Et c'est ce qui arrive. Une icône nait, le besoin d'un bouc émissaire et un scientifique à l'éthique inexistante : l'Histoire se répète.

Qu'est ce qui fait de nous des monstres, des bourreaux, des dictateurs des prophètes ? Sommes nous  noir ou blanc ou existe t'il des nuances ? Leur reste t-il une part d'humanité ? Sommes nous responsable de cette situation ?
Une fresque impressionnante, souvent âpre et douloureuse, mais l'auteur nous fait quelques clins d'oeil et plante ici ou là quelques touches d'espérances, à l'univers fort riche de thématique : état, pouvoir, religion, environnement, génétique...
Sur un pavé comme celui ci, il y a bien quelques longueurs, ou manque de crédibilité avec cette sorte de tumeur organique gigantesque rappelant les monstres gigantesques du cinéma, mais rien de rédhibitoire.

Les différents livres sont libres de droit, disponible en format pdf (il existe des convertisseurs en ligne pdf vers epub). Alors on télécharge, on lit, et on dit merci à l'auteur sur son blog. En attendant la suite de l'Histoire avec le second volume à venir dans quelques années, même si le fait de ne pas trouver d'éditeur lui aura peut-être scier un peu les jambes. Quoiqu'il en soit, je poursuivrai ma découverte des écrits de l'auteur.

A télécharger sur son site : http://kronix.hautetfort.com/demain-les-origines/
Lien obsolète :  
 


Seul impératif, "Je rappelle que le téléchargement est gratuit, libre de droits, etc. je vous demande juste de laisser un message ici, ou de m'adresser un mail, si vous avez téléchargé et, si vous évoquez ou citez ce texte, d'en signaler la source."


 

Mausolées

janvier 28, 2019
 

Christian Chavassieux, Mnémos, 2013, 336 p., 8€ epub sans DRM

Un post apocalyptique atypique, tout en nuances servi par une belle plume. Magnifique.



Présentation de l'éditeur :


Descendu d'un ferrail brinquebalant, Léo Kargo pose son sac à Sargonne, une commune libre de l'Europe Ralliée établie après les terribles Conflits dont les destructions massives sont encore dans les mémoires de tous. L'un des hommes les plus célèbres de son temps, le richissime et controversé Pavel Adenito Khan, l'a recruté pour s'occuper de son immense collection de livres, l'une des dernières bibliothèques au monde.
Mais Kargo comprend rapidement que son embauche ne doit rien au hasard. Inquiet, il enquête... Et les questions, les rumeurs, nombreuses, surgissent... À propos des livres atteints d'une mystérieuse lèpre, sur la séduisante Danoo Forge, l'assistante du milliardaire étrangement surnommé le Diable. Et qui est cette fascinante et dangereuse Lilith, mi-femme, mi-machine qui rôde dans la cité ?
Dans cette quête, hantée par le souvenir d'une science déréglée et la folie guerrière des hommes, Kargo trouvera bien plus que des réponses. Il rencontrera un destin poignant, le sien et le chaos, celui du monde.

Mon ressenti : 



La période des Conflits a totalement reconfiguré le visage géopolitique mondial, une méfiance, voir une haine tenace contre la science et le savoir est ancrée dans la population et ses dirigeants. Danc ce nouvel âge obscurantiste, le riche Khan, un ancien chef de guerre, embauche un poète et savant pour prendre soin de sa bibliothèque légendaire.

L'univers m'a fait penser à China Mieville, du fait que nous sommes entre science fiction et fantasy, et aussi de certains de ces personnages, tel Lilith, mi femme, mi robot.
Nous naviguons entre quête des origines, la démocratie, les luttes de pouvoir, les représentations, l'éthique scientifique et la nécessité (?) de la culture et du savoir.
Dans ce monde vieillissant, deux camps s'affrontent : ceux pour qui l'absence de natalité est une chance pour le monde, celle enfin de voir l'humanité disparaitre (Peter Watts ne renierait pas l'idée, nous en reparlerons avec le dernier Bifrost en date), et les quelques autres avec une lueur d'espoir.
Les personnages sont tout en nuances, comme ce chef de guerre, le méchant du livre qui se révèle beaucoup plus subtil qu'il n'y parait au premier abord. Et puis il y a Sargonne, la ville-monde dont nous déambulons dans certaines ruelles et commerce, ces quartiers cachés où la révolte grogne.
L'action est plutôt rare et lorsqu'elle est présente, elle est loin d'être spectaculaire. C'est un roman d'ambiance, assez sombre, crépusculaire, avec quelques touches d'optimisme.


Christian Chavassieux sait utiliser sa plume, ses mots font naitre les images. Sans trop en révêler sur sa ville et ses habitants, il fait naitre notre imagination pour combler les vides. Et au final, l'impression d'avoir lu beaucoup en si peu de mots.
Des belles phrases, voir plus bas, et bons mots comme ce "livres libres", ou mourir ? Ou cette citation que  tout critique pourrait employer face à certains textes :

Le scénario sur lequel j’avais déjà décidé de ne pas m’attarder m’épargnait l’effort de l’oublier


Passé assez inaperçu lors de sa sortie, ce roman mérite amplement qu'on s'y attarde.

Une belle interview de l'auteur est disponible sur ActuSF

Baroona a aimé les ambiances, mystères, actions et réflexions, Julien le naufragé a aimé un récit d'ambiances évoluant quelque part entre la tragédie, le drame, le polar et l'anticipation.




Récapitulatif



Quelques citations :


Kargo se présenta devant une employée massive, farouchement plantée là, les membres raidis par une veste monolithique. Elle avait la taille et l’allure générale d’une allégorie soviétique.

C’était la vue d’une librairie, comme il était possible d’en voir encore dans quelques villes de l’Europe Ralliée. Une boutique étriquée, encombrée de volumes sans ordre. Le nom du magasin s’arrondissait sur la vitrine, comme un sourire retourné : « livres libres ». Kargo se souvint avoir lu un jour que les deux mots français avaient la même origine : liber, la partie du bois dont on faisait les livres autrefois, qui avait aussi donné le mot liberté. Le rapprochement étymologique était joli, mais Kargo n’était pas convaincu qu’un monde où le livre était vecteur privilégié d’éducation fut un monde plus libre que celui dans lequel il vivait, où le livre avait pratiquement disparu, n’étant plus utilisé que par une élite.

Quant à mes parents adoptifs… Ils n’étaient déjà plus de ce monde quand je rackettais dans les villages. Je ne veux pas dire qu’ils étaient morts mais ils avaient intégré une sorte de secte anti-écologiste avant de se kamikazer en dynamitant les derniers ânes du Poitou. Quelle imbécillité, n’est-ce pas ? En arriver là. Un tel abîme entre la pertinence de mes parents adoptifs et la stupidité de leur dernier geste sur Terre. Aucune culture ne peut donc vous retenir de verser dans la barbarie ou la bêtise ? C’est un constat affligeant, malheureusement bien expérimenté et depuis longtemps. Sais-tu ce qui est nécessaire pour l’éviter ? L’idéal : la conviction viscérale qu’il faut tendre à un but qui nous élève. Une morale, quoi. Sans cela, on a vite fait de rejoindre les troupeaux de la barbarie, et aucun discours ne tient pour l’éviter.

Chaque pays était désormais souverain, délivré de l’emprise mafieuse. En août 37, Nairobi et Alger étaient libérées et les conflits d’Europe s’essoufflaient. Modkine et son pendant chinois Wong étaient de plus en plus isolés ; et les démocraties, réorganisées, leur portaient de sérieux coups. Wong est mort, déchiqueté par la foule, comme tout bon dictateur, et je prépare depuis longtemps un sort peu enviable à Modkine, qui se terre quelque part en Amérique. J’ai quelques comptes à lui rendre au nom de l’humanité et de mes proches ; les gesticulations gentillettes des tribunaux internationaux m’agacent autant qu’elles doivent le faire rire. Tout semble figé et patient. Des gouvernements et des peuples qui ne se soucient plus de justice. On laisse vivre en paix un génocidaire. C’est insupportable.

Je les méprise ? Pas vraiment. Je ne méprise plus personne. Je me vois trop misérable pour récuser chez l’autre sa propension à la médiocrité ; ce sera mon prochain livre. L’univers des médiocres écrit par l’un d’eux. Si le pouvoir c’est l’écrasement des autres, le mépris des médiocres, alors je veux bien me consoler de ne jamais le partager et demeurer du côté des besogneux arpenteurs de cette terre. J’ai vu des génies d’une insupportable limitation d’esprit. À quoi sert le génie ? Il est une malédiction pour celui qui en hérite. Je me sens assez bien dans ma peau de médiocre.


Dis-moi, Léo, as-tu déjà entendu le cri d’une hirondelle ? » Kargo rappela qu’elles avaient disparu bien avant sa naissance, et Pavel conclut : « Voilà. La corde de l’arc d’Ulysse répond à la tension en émettant le cri de l’hirondelle, dit Homère. Nous ne savons donc plus, aujourd’hui, quel son faisait la corde de l’arc d’Ulysse. Si les choses qui donnent le sens d’un livre disparaissent, l’une après l’autre, est-ce que ce livre a encore un sens ?
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