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Malvie

mars 02, 2026

Jean-Marc De Vos, Autoédition, 2024, 469 p., 6€ epub sans DRM

 

Je partais pour lever les yeux au ciel. J’ai fini par tourner les pages.

 

Pitch de l’éditeur : 

Au 50e millénaire de l’Ère Sidérale, l’homme s’était établi sur une cinquantaine de planètes dans un rayon de soixante années-lumière autour de la Terre. Avec la mainmise sur l’ensemble des fabuleux cargos interstellaires de classe «sanctuaire», la Confrérie Marchande s’était attribué le monopole du commerce entre les mondes.
Toutefois, bien que ces engins atteignissent la moitié de la vitesse de la lumière, au vu des colossales distances entre les colonies, les trajets duraient au minimum quarante ans. Dès lors, chaque destination ne pouvait espérer l’accostage d’un de ces vingt vaisseaux qu’une fois par siècle. Aussi, le passage de l’un d’eux suscitait toujours un engouement planétaire. Pour beaucoup d’humains, il s’agissait même de l’évènement d’une vie, qu’ils n’auraient manqué sous aucun prétexte. L’escale du Pèlerin sur Rivages n’échappait pas à la règle…

 

Mon ressenti :  

Le pitch ? Une jeune diplômée décroche le job de rêve : intégrer l’équipage d’un vaisseau intersidéral pour découvrir des mondes qu’elle n’aurait jamais osé imaginer. Sur le papier : un roman de Jean-Marc de Vos ? Chouette. Un space opera ? Me voilà moins emballé. Un pitch suranné ? Et merde... Mon « Scalzi belge » allait passer un sale quart d’heure.

Ce roman traînait depuis quelques mois sur ma liseuse sans que j'ose cliquer. À la faveur des fêtes, je cherchais du léger, du divertissant, de l'entraînant. Quoi de mieux qu'une histoire belge pour ça ? Côté scénario, je ne vais pas vous refaire le monde : c'est du vu et revu, à la limite de la fantasy. Une jeune héroïne découvre l'univers, se découvre elle-même et finit par accomplir l'inimaginable. En deux mots : l'Élu et sa destinée.

Pourtant, une trame éculée peut surprendre par ses détails. Et c'est là que le charme opère. Bien que je ne sois pas un mordu de space op’ (ici, on flirte d'ailleurs avec le planet opera), l'héritage littéraire est là. La référence à la psycho-histoire d'Asimov est clairement assumée. De Vos m'a entraîné dans un périple bourré d'imagination. Avec sa plume gouailleuse, il m’a forcé à une seule chose : tourner les pages frénétiquement pour savoir où il comptait m'emmener. J’ai particulièrement aimé ce passage qui rappelle Johnny s'en va-t-en guerre : ce moment où le réveil et la prise de conscience de son propre corps deviennent un combat. On est loin de la balade spatiale.

Sous ses apparences légères, le roman cache une dent dure contre notre époque. On y lit une critique des "marchands", analogie de notre logique libérale et consumériste. Le portrait de ceux prêts à tous les arrangements avec leur conscience pour prospérer, quitte à sacrifier la connaissance sur l’autel du profit, sonne juste.

Une lecture qui prouve qu'avec du style et des idées, on peut faire du neuf avec du vieux.

 

Fauchage Tardif

novembre 21, 2025

 

Jean-Marc De Vos, Autoédition, 2025, 250 p., 6€ epub avec DRM

 

Envie d’un roman qui ne se prend pas au sérieux ? Lis Fauchage tardif. On décapite, on rigole, et on tourne les pages sans s’arrêter.

 

Pitch de l’éditeur : 

« Je suis la Mort. Enfin, pas à moi tout seul. Un peu comme le flic qui frappe à votre porte en criant "Police, ouvrez !" Qui va croire que ce gars est la police à lui tout seul ? Moi, c’est pareil. Pourtant, bien souvent, mon interlocuteur me regarde avec un air ahuri assorti d’un "Ah oui ?", d’un "Je ne vous imaginais pas ainsi" ou d’un "Vous avez une carte ?" À la longue, ça lasse. » Ainsi commence le récit de Richard Granville, un faucheur lambda de la Guilde des Augures et Faucheurs, une administration secrète chargée d’assister la Faucheuse, la vraie, la Mort qui tue, qui ne pouvait plus assumer son rôle seule et s’était résignée à déléguer sa tâche à de simples mortels. Boulot pépère, bien payé et, comme le dit Richard : « Pour un fonctionnaire, la Mort, c’est le rêve ! ». Enfin, c’était. Lorsque les faucheurs sont devenus la cible d’un tueur impitoyable, coupeur de têtes, l’ambiance a rapidement changé… C’est ainsi que Richard a été prié d’abandonner son train-train quotidien pour assister Lise Marcuse, capitaine à la brigade Criminelle, dans son enquête au sein de la Guilde. L’occasion pour le lecteur de découvrir un duo atypique dans une affaire qui ne l’est pas moins…

 

Mon ressenti :  

Imagine la scène : tu es affalé dans ton fauteuil, prêt à plonger dans un bon roman de SF, quand TOC TOC TOC. Tu ouvres… et la Mort est là. Enfin, pas la Mort, mais l’un de ses sbires, un type lambda, qui t’annonce que ton séjour sur Terre arrive à expiration. Pas de faux mouvements : le sablier est vide, les clés doivent être rendues, merci pour le séjour. On est loin des visions romantiques de la Faucheuse, tout en drapé noir… Ici, on est en version fonction publique : badge, procédures et formulaires en triple exemplaire. La Mort, mais avec un numéro de guichet.

Fauchage tardif, c’est un polar fantastique, mais la magie, c’est surtout celle de la Guilde des Faucheurs. une belle machine administrative. Au début, c’est presque pépère — jusqu’à ce qu’un serial killer se mette à décapiter les collègues. Comme quoi, même la mort n’est plus respectée !

Ça se lit d’une traite, avec de petites notes d’humour et un sous texte toujours appréciable. Même si le début est un peu lent à se mettre en place, une fois la machine lancée, plus moyen d’arrêter. L’élément fantastique semble juste là pour le décor - encore que… - nous sommes clairement plus sur une enquête policière avec ses fausses pistes. Les personnages sont truculents, notamment la vieille bique qui dirige la Guilde d’une main de fer et d’un langage fleuri. Une vraie harpie, aussi acariâtre qu’un chef de service en fin de carrière, qui distribue ses ordres entre deux insultes.

Jean-Marc De Vos, c’est mon John Scalzi belge : drôle, efficace, toujours prêt à transformer une idée improbable en page-turner. Ce n’est peut-être pas son meilleur bouquin, mais cela reste un cru réjouissant. Et une fois la dernière page tournée, on se dit qu’on a passé un sacré bon moment et qu’on y retournerait bien. Ça tombe bien : j’ai encore du De Vos dans ma liseuse. L’auteur écrit plus vite que la Mort ne fauche.

D'autres avis, tous bons, sur Le Galion des étoiles 

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