jeudi 22 décembre 2016

Sovok

Cédric Ferrand, Les moutons électriques, 2015, 224 p., 7€ epub sans DRM (en promo à 3.50 jusqu'au 02 janvier 2017)

 

Un voyage d'une semaine en compagnie de trois ambulanciers dans un Moscou tiraillé entre son passé communiste et un avenir incertain. Comme dans les reportages télévisés, l'immersion fonctionne, mais sans plus.

Présentation de l'éditeur : 

Moscou, dans un futur en retard sur le nôtre. Manya et Vinkenti sont deux urgentistes de nuit qui circulent à bord de leur ambulance volante de classe Jigouli. La Russie a subi un brusque infarctus politique, entraînant le pays tout entier dans une lente agonie économique et une mort clinique quasi certaine. Le duo d’ambulanciers est donc le témoin privilégié de la dégradation des conditions de vie des Russes. Surtout que leurs propres emplois sont menacés par une compagnie européenne qui s’implante à Moscou sans vergogne. Et puis un soir, on leur attribue un stagiaire, Méhoudar, qui n’est même pas vraiment russe, selon leurs standards. Ils vont quand même devoir lui apprendre les ficelles du métier.


Mon ressenti :

J'ai mis du temps avant de me plonger dans Sovok : je repoussais toujours sa lecture, sans réellement savoir ce qui me dérangeait. A la recherche d'une lecture détente, Sovok s'est rappelé à moi. Je relis pour la énième fois le résumé, et là, TILT, le mécanisme de mon cerveau vieillissant se met en branle et je découvre enfin le pourquoi de mon blocage : c'est quoi le pitch ?

Cédric Ferrand est l'auteur de Wastburg. Il reprend ici le même principe : des tranches de vie qui dessinent au final un lieu, ses us et ses coutumes. Dans Wastburg, la ville était imaginaire, rappelant un Moyen Âge sous fantasy. Les pages se tournaient facilement pour en apprendre plus sur ce bourg intriguant, connaitre ses ruelles, ses habitants. Le Moscou de Sovok par contre nous est trop proche, le sense of wonder manque pour tout à fait éveiller l'intérêt du lecteur. Si on retire les réminiscences soviétiques, le lieu pourrait être n'importe quelle ville évoluant à l'ère du capitalisme.

C'est loin d'être mauvais, des notes d'humour parsèment le périple. La gouaille de l'auteur est toujours présente. Une lecture détente et agréable à laquelle manque toutefois une intrigue digne de ce nom.

Quelques citations :


Méhoudar n’est pas dupe : il sait bien qu’une entrevue pour un travail, c’est la rencontre de deux menteurs qui s’entreprennent réciproquement. L’un se met à son avantage en embellissant des emplois merdiques et en montant en épingle ses petites réussites, l’autre garantit qu’il y aura des possibilités de prendre du galon et que la paye suivra. Même que le café sera gratuit, tiens.

Dans sa tête, quoi de mieux pour fouetter la cohésion de son équipe que le spectacle des joueurs de son club préféré, foutant une raclée bien méritée à ceux d’en face ? Il n’y a pas symbolique plus efficace, selon Saoul, qui n’a jamais adhéré au baratin des consultants prônant des activités moins « clivantes pour les employés peu mobilisés par la dynamique conflictuelle d’un sport d’équipe ne favorisant pas l’intelligence comportementale ».

De mon temps, on manquait tous des mêmes choses. Le paysan comme l’ouvrier devaient apprendre à faire sans huile de cuisine ou sans scie égoïne. Alors qu’aujourd’hui, y’en a des qui manquent plus que d’autres, et les choses qui manquent sont toutes dépareillées. C’est pas normal, moi je dis.

Au Birobidjan, on a un dicton qui dit : “ Celui qui pleure pour l’impôt qui lui est pris oublie de sourire à chaque service gratuit

En journée, les manifestants ont donné l’impression d’être rentrés dans le rang, mais la nuit venue, ils descendent à nouveau dans la rue. En particulier dans les quartiers dont c’est le tour d’être privés d’électricité, où la grogne reprend de plus belle. Faut les comprendre : le jour, ils sont trop occupés à vivre, tandis que le soir, ils retrouvent leur logement glacial, sans eau chaude ni lumière, et se souviennent tout à coup qu’ils mènent une existence de chien. 


4 commentaires:

  1. J'avais bien aimé ce petit livre, l'univers, le brin de folie... un très bon souvenir !

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  2. Il m'a manqué un peu de vodka pour apprécier totalement.

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  3. Réponses
    1. Il m'a un peu moins subjugué que Wastburg, mais heureusement qu'il a trouvé son public

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