Dernières fleurs avant la fin du monde



Nicolas Cartelet, Mü éditions, 2018, 192 p., 6€ epub sans DRM




Un vide impossible à combler

La révolte d'un homme dans/pour un possible futur. Bof !

Présentation de l'éditeur :


Un futur sans abeilles, étouffé dans la grisaille de gigantesques latifundia. Un futur où l’humanité se meurt, privée de descendance.
Albert, journalier agricole, répand le pollen à la main. Manon, sa compagne engagée à l’usine, sombre peu à peu dans la folie. Et dans la morosité du quotidien, une lueur, Apolline sous les cerisiers… les dernières fleurs avant la fin du monde.

Mon ressenti :


Tout commence par une rumeur : des champs de pomme de terre seraient la proie du mildiou. Et le mildiou lorsque l'on est un journalier agricole, c'est la fin du salaire. D'autant que nous sommes dans un futur où les abeilles ont disparu, ce sont les journaliers qui chaque jour s'épuisent à polleniser les fleurs. On entre ainsi de plein pied dans le récit via cet événement dramatique, venu par le vent de la rumeur.
L'exploitation agricole est aussi l'exploitation des hommes chargés de polliniser manuellement arbres fruitiers et plantes. Un boulot harassant pour une poignée de patates, maigre pitance. Et il a aussi droit à un logement, une sorte de poulailler humain rationné en électricité. Albert, chef d'une poignée de journaliers, droit dans ses bottes, jusqu' au jour où la réalité lui saute aux yeux, celle qu il refusait de regarder en face. Sa révolte, sa conjuration comme il dit, est ce que nous allons suivre.
A mi parcours, le récit prend un autre chemin, et moi je reste au bord de la route. Fini les champs laborieux, direction les salons de la classe supérieure, l'auteur délaisse son réalisme brutal pour une bourgeoisie que j'ai trouvé très irréaliste.
Ce n'est pas le livre que je pensais lire. Nous sommes plus dans la littérature blanche, introspective, la SF est un décorum (Des abeilles nous n'apprendront rien. De l'effondrement de la société non plus). Cela n'enlève rien au style "droit au but", mais ce n'est pas la littérature que j'aime. Je préfère celle qui se préoccupe de l'humain, pas de l'individu seul. Ceci dit, la révolte de cet homme suit son chemin particulier, individualiste. Pourquoi se révolter, pourquoi combattre alors que les camarades d'aujourd'hui sont les délateurs d'hier et de demain ? Pourquoi ne pas penser dès lors à soi ?

La conjuration d'Albert a plu aux lectures du Maki


Challenge S4F3

Quelques citations :


À quoi rêvions-nous alors, Manon et moi ? Mes rêves je ne m’en souvenais pas, ne restait plus que leur regret, le creux qu’ils avaient laissé en moi avant de s’envoler. Ceux de Manon, pas mieux. Ne restaient que les certitudes de ce qu’elle n’avait pas voulu, ce qu’avait imprimé en creux de nos vies l’ancien monde, évaporé ; les champs et l’usine, les tours d’Armandville, nos solitudes. L’impuissant de mari. Des cauchemars pour Manon, des aigreurs d’espérance.


Et pourtant mon forfait était là, à quelques pas, j’avais expérimenté la désobéissance, la révolte : je ne pouvais plus penser à autre chose. Je ne pouvais plus penser à rien. Un étrange sentiment de puissance engourdissait mes membres. J’avais accompli ce geste, immense et ridicule : un geste à ma mesure. C’était le pouvoir que j’avais sur ce monde.

Et déjà la question des limites me venait à l’esprit : un cerisier était tombé, et si d’autres suivaient ? Et si cent ? Et si mille ? J’en avais le tournis. Les choses sont advenues aussi simplement que ça, par un refus de ma part ; pas même un acte, rien, un non acte : je venais de fonder la conjuration des pollinisateurs. C’était une conjuration de papier, j’en étais le seul membre et n’envisageais pas de recruter pour le moment – recruter qui, qui d’autre qu’un délateur en puissance ? Mais enfin toutes les révoltes avaient leur commencement, même des plus modeste. Je me consolais à cette idée.

Elle et moi étions du même moule, de ceux qui devaient s’excuser, toujours, de n’être que ça, nous. Des inexcusables tarés. 

Lorsque venait le soir et l’heure de la paye, c’étaient mes couilles vides que je présentais fièrement aux intendants, tout sourire, ma petite boîte de métal allégée du pollen : je leur crachais à la gueule, ils me payaient en retour.
 

9 commentaires:

  1. Ah. C'est peu dire que vous n'avez pas vécu le même livre avec Yogo...
    Je ne vous départagerai pas à priori, ça ne me motive guère.

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  2. Tu exagères, le fond est parfaitement SF comme souvent dans la blanche qui a honte de se faire appeler SF !
    Et ce récit parle de l'humain à travers un individu, tous les sentiments y sont décrits du plus noble au plus abject !

    Un roman a découvrir.

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    1. Non non, je n'exagère pas. Nos avis divergent, et divergent c'est énorme comme disait Desproges !

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    2. Je vois que nous avons quand même quelques références communes... :-D

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    3. Sur le blog du Bélial, ils viennent de publier un billet sur un roman SF de Desproges. Étonnant, non !
      Ça se passe ici : http://blog.belial.fr/post/2018/07/25/F-comme-Des-femmes-qui-tombent

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  3. pas pour moi en tout cas!
    Mais je note pour le challenge! ;-)

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    1. Pas pour toi, pas assez de bzz. Les abeilles sont plus belles que les humains dans le rôle de pollinisatrice.

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