Le massacre de l'humanité


Stephen Baxter, Bragelonne,  2017, 648 p., 13€ epub sans DRM



Un beau gâchis.

Présentation de l'éditeur :


Treize ans après, le monde guette encore le ciel mais se rassure : on a su contrer la menace martienne. Nul ne s’inquiète donc des nouveaux lancements détectés sur la planète rouge. Sauf Walter Jenkins, le narrateur du livre de H.G. Wells. Il est convaincu que les Martiens ont adapté leur stratégie après leur défaite...

Mon ressenti :


Plusieurs années ont passé depuis les évènements de La guerre des mondes. En découle une réalité uchronique : les diverses technologies martiennes ont donné un coup d'élan à la recherche scientifique mais le cours de l'histoire n'est pas aussi malléable qu'il ne le paraît : l'Allemagne a toujours envie d'espace et l'Angleterre affaiblie a traité avec elle, laissant ses alliés seuls. Une dictature se met en place décrétant l'anathème sur l'astrologie. Mais les martiens n'en n'ont cure et décide de revenir découvrir les pluies londoniennes.

Un début dans la droite ligne du roman de Wells, nous retrouvons certains personnages malmenés par Walter Jenkins. L'occasion d'une mise en abîme salutaire, les protagonistes en veulent de leur descriptions souvent négatives faites par Jenkins. Nous avons vraiment l'impression d'être dans la réalité plus que dans un roman.
Même si un goût de déjà vu berce cette seconde guerre au début du roman, Baxter sème quelques éléments titillant notre curiosité. Outre la source d'énergie du rayon ardent dévoilé, les joviens et les habitants de Vénus dont les premières pages nous parlent laissent supposer des évènements beaucoup plus large que les martiens. Les femmes sont aussi beaucoup plus présentes et ont même le beau rôle, après leur absence dans le roman de Wells.

Malgré cela, j'ai souvent pensé refermer le livre durant les cent premières pages, puis petit à petit, l'envie de découvrir vers où voulez m'emmener Baxter se faisait plus pressant : une écriture plus moderne, gardant toutefois le style de l'époque, les intrigues des fils laissés par Wells sont développés et il parvient à en faire une bonne intrigue. Et ne s'en sert pas, ou si peu ! Qu'en est-il des martiens humanoïdes si vite survolés, de même pour les Cythéréens, les habitants de Vénus, qu'en est-il de cette communauté collaborationniste vivant en vase clos. Bref, l'auteur ne fait que survoler quelques items qui auraient pu embarquer le lecteur vers un ailleurs.
Les personnages sont grossièrement dessinés. De nombreuses fois j'ai du tenter de me remémorer qui était qui, même après avoir passé 400 pages en leur compagnie, un comble ! Et comme seul suspense, le fait de toujours remettre  à plus tard les révélations et au bout de la énième fois, cela agace fortement : "J’ignorais encore que je ne le reverrais pas avant plusieurs jours", "Mais j’y reviendrai.", "dont je traiterai plus tard", jusqu'à plus soif.
Les dernières pages font penser au cinéma d'action type blockbuster, avec ces scènes aux quatre coins du globe. Cela permet d'éviter un regard unique et de caractériser un peu plus l'uchronie, mais cela est bien trop bref.  Un petit tour et puis s'en va.

Stephen Baxter titille notre curiosité, mais jamais ne la comble, reste un sentiment de déjà vu et de frustration, l'hommage se transforme en pâle copie. Reste une chose que l'on ne peut lui enlever, c'est  son humanisme et son pacifisme. Pas suffisant cependant pour éviter le naufrage.
Tous les éléments étaient là pour faire un roman plein de sense of wonder, à un prochain auteur d'utiliser les pistes de Baxter.

Cette édition comprend le roman La guerre des mondes révisé pour l'occasion afin de coller au mieux à cette suite.

Nébal est sur un ressenti proche : Mais Le Massacre de l’humanité ? Ce n’est pas vraiment la peine… même si c’est inutile plutôt que mauvais à proprement parler.


Mon avis

Quelques citations :


- Ce qui me surprend le plus, dans cette histoire, docteur, c’est à quel point vos hommes sont jeunes.
- En effet. Les gens plus âgés ne sont pas assez bêtes pour aller faire la guerre.

Et parmi les soldats, même ici au cœur du riche Berlin, moderne et électrifié, je vis des blessés, beaucoup d’hommes, mais pas uniquement, portant d’élégants uniformes, le visage ou le bras bandés, certains dans des fauteuils roulants, d’autres amputés. Ils étaient splendides, comme le sont toujours les vétérans. La guerre commencée par les Allemands en 1914 continuait toujours, malgré la présence des Martiens sur Terre à quelques centaines de kilomètres de là, et elle s’était transformée en boucherie à l’est, où les Allemands s’enfonçaient encore dans l’Empire russe chancelant. C’est ce que l’on disait, en tout cas. Il y avait peu d’informations disponibles au public. Les yeux ou les membres manquants de ces vétérans berlinois livraient toutefois des témoignages silencieux de ce qui se passait sur ces lointains champs de bataille.

« Un lecteur de mon récit, m’avait dit un jour Walter Jenkins, a critiqué la façon dont j’ai relaté la fin des Martiens sur Terre en 1907. »
Je lui avais répondu :
« Vous voulez dire leur anéantissement par la bactérie ? Pourquoi l’a-t-il critiqué ? C’était un récit équilibré et juste, me semble-t-il.
— Je crois qu’il parlait plutôt des qualités théâtrales de cet incident. Du style littéraire de mon livre, si vous préférez. Notre combat contre les Martiens s’achevait sur un deus ex machina. D’après lui, les germes surgissaient de nulle part et tout finissait bien. Comme si j’avais triché dans ma narration. Comme si j’avais inventé cette histoire ! Qu’il s’agissait d’une simple fiction !
— Ce n’était pas l’auteur de Year Million Man, par hasard ?
— Non, pas cette fois, même si lui m’avait déjà bien agacé. J’ai fait remarquer à notre critique amateur que je m’étais appliqué à introduire de façon discrète cette révélation dans le premier paragraphe, pour peu qu’on le lise attentivement, où je parlais des Martiens qui nous examinaient “d’aussi près qu’un savant peut étudier avec un microscope les créatures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau”. Puis j’ai pris bien soin de noter comment la rouille s’attaquait à l’herbe rouge et à la végétation martienne avant que la bactérie ne s’en prenne aux Martiens eux-mêmes… Et ainsi de suite ! Il y a des germes partout, du début à la fin.
« Et j’ai également essayé d’expliquer à ce lecteur que l’intérêt du livre lui avait échappé. Il ne s’agissait pas d’un roman, mais d’un récit historique. Et l’apparition de la bactérie à la fin du conflit était logique, nécessaire tant sur le plan historique que biologique. Tout est affaire de contexte, Julie. Il n’a jamais été question d’une guerre des Martiens contre les humains. Nous leur barrions simplement la route, plus exactement nous nous trouvions à l’endroit qu’ils voulaient envahir. Il s’agissait d’une guerre de Mars contre la Terre, d’organismes martiens face à des milliards d’années d’évolution terrestre. Et la résolution n’avait rien d’un deus ex machina. La Terre l’a emporté… »

 

16 commentaires:

  1. Plutôt le massacre d'un classique de l'humanité, donc.
    Je n'étais déjà pas motivé par l'original, pas besoin de dire que ça ne me motive pas plus, au contraire. ^^'

    RépondreSupprimer
  2. Je n'ai pas lu l'original, je ne vais pas lire la suite... j'ai beaucoup de mal avec ce genre de "reprise"

    RépondreSupprimer
  3. Ha mince. Bon je ne comptais pas le lire de toute façon, mais là je ne le lirai pas en connaissance de cause. Mais tu peux m'expliquer "Cette édition comprend le roman La guerre des mondes révisé pour l'occasion afin de coller au mieux à cette suite"? Révisé comment? C'est expliqué? Qu'est-ce qu'ils lui ont fait? Ils ont remis des choses qui avaient sauté dans la traduction française de départ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a une petite note de l'éditeur en début de texte :

      "Le texte qui suit est une version révisée et corrigée de la traduction du roman de H.G. Wells par Henry D. Davray, qui date de 1900. Il ne s’agit nullement d’un reproche fait au travail de Davray, qui fut longtemps le traducteur français de Wells. La plupart de nos révisions concernent des adaptations à notre charte typographique, la correction de quelques coquilles et erreurs factuelles, et la réparation d’un tout petit nombre de contresens assez mineurs. Il y avait aussi chez Davray une légère tendance à omettre certains détails spécifiques et à en « franciser » d’autres, sans doute dans l’intention d’accommoder les lecteurs francophones. Or, dans la suite, Le Massacre de l’humanité, comprise dans ce volume, l’auteur Stephen Baxter a choisi parfois de s’appuyer sur ces mêmes détails pour développer son récit. Nous avons donc décidé de restaurer ces éléments, en espérant permettre ainsi aux lecteurs de mesurer exactement où les inventions de Wells s’arrêtent, et où l’imagination de Baxter prend le relais."

      Supprimer
    2. Chose assez étrange ce cette édition numérique, le traducteur n'y est pas nommé, ni dans les crédits, ni dans cette note.
      Il s'agit de Laurent QUEYSSI, traducteur qui a tout de même pas mal de bouquins à son crédit.

      Supprimer
    3. Merci pour l'extrait! Super intéressant. Tu vois, là, le remaniement de la traduction semble pertinent. :) (Cf. ton billet de cet été sur les nouvelles traductions, même si on parle ici d'une simple révision, pas d'une reprise à zéro.) Et mince pour le nom du traducteur, il devrait être cité en numérique aussi en toute logique. :(

      Supprimer
    4. Ben voilà que mes lecteurs font le lien entre mes billets, alors que j'avais zappé !
      Oui, c'est ici très pertinent.
      Pour le nom du traducteur, je ne sais pas si il est crédité dans l'édition papier

      Supprimer
    5. Héhé, rien ne nous échappe :)

      Supprimer
  4. L'original je l'ai lu il y a un paquet de temps et cela était plutôt du côté bof. Je ne vais pas tenter un Baxter qui ne me tente pas, même si le livre objet, est plutôt réussi. Je suis déjà pas très confortable avec cet auteur, alors je ne vais pas pousser le diable dans les orties...
    Merci de ton retour, pour moi, pour ma PAL et mon porte-feuille.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il vous en prie.
      Par chez moi, on dit Faut pas pousser mémé dans les orties !

      Supprimer
  5. Ah mince ! mais je suppose qu'il fallait essayer !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'aime bien dans le cas des suites et des adaptations diverses lire et voir l'ensemble. Suite bof ici, adaptation cinématographique de 1954 qui aurait pu être réussi, mais m'a énervé au plus haut niveau. Reste l'adaptation avec Monsieur Top Gun. Mais j'en reparlerai.

      Supprimer
  6. Bon bah j'avais pas spécialement prévu de le lire de toute façon alors ça règle la question xD

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'aime bien rendre plaisir en évitant de remplir la PAl des autres.

      Supprimer

Fourni par Blogger.