La Guerre des mondes



Herbert George Wells, 1898, 256 p., Domaine public

C’était le commencement de la déroute de la civilisation,
du massacre de l’humanité.

Les martiens débarquent et ils ne sont même pas verts. Shocking !

Présentation :


Un jour de 1894, un météore s'abat près de Londres, bientôt suivi de nombreuses autres. Des cratères calcinés qu'ils ont creusés dans le sol émergent alors d'énormes tripodes de métal, terrifiants engins de guerre venus de Mars pour envahir la Terre ! Face à leur rayon mortel, les armes terrestres s'avèrent dérisoires, et les survivants ne peuvent que fuir à travers les ruines fumantes des villes et les campagnes ravagées pour tenter d'échapper à une mort qui semble inéluctable.


Mon ressenti :


Des astronomes remarquent des explosions à la surface de Mars. Quelques temps plus tard, des météores s'écrasent sur la Terre. Des martiens en sortiront, et sans coups de semonce, sèmeront la désolation. Ainsi commence la guerre des mondes.


Récit à la première personne, nous découvrons peu à peu les conséquences de l'invasion martienne. Nous sommes un siècle plus tôt, les moyens logistiques de la guerre sont autres. Cette attaque surprise prend au dépourvu et pour tenter de comprendre ce qui se passe, une seule solution aller voir sur place et tenter de comprendre l'impensable.
Les villages se vident de leurs habitants, chacun tentant d'emporter les choses qui lui sont chères :de l'argent, des meubles de famille, des pots d'orchidées. Futilité de la vie... La foule panique et en oublie l'entraide, les bas instincts se réveillent. La société s'écroule dans une belle anarchie. L'institution religieuse n'est d'aucun secours, dont Wells dresse le portrait via un prêtre :

Mais c’était une de ces faibles créatures, âmes dépourvues de fierté, timorées, anémiques et haïssables, toutes de souplesse rusée, qui n’osent regarder en face ni Dieu ni homme, pas même s’affronter soi-même.

Face à eux, les martiens dans leur tripode ont une supériorité technologique terrifiante avec leur fameux rayon ardent et leur fumée noire. Les humains sont écrasés comme des fourmis.
Comme des fourmis ? Wells tend ici le miroir à l'humanité : que n'avons nous fait à cause de notre présupposé supériorité ? Le méchant martien ne se comporte t-il pas comme l'homme le fait devant une espèce inférieure ? Devant les sauvages ? Une belle réflexion sur notre humanisme, nos volontés impérialistes et de notre domination sur le monde animal.



Le résultat de cette guerre des mondes est très réaliste, une revisite scientifique de David contre Goliath. La fin ouverte sur la possibilité d'un ailleurs et de voyages dans l'espace clôt de belle manière l'ensemble.

Il serait difficile d’exagérer le merveilleux développement de la pensée humaine, qui fut le résultat de ces événements. Avant la chute du premier cylindre, il régnait une conviction générale qu’à travers les abîmes de l’espace aucune vie n’existait, sauf à la chétive surface de notre minuscule sphère. Maintenant, nous voyons plus loin. Si les Martiens ont pu atteindre Vénus, rien n’empêche de supposer que la chose soit possible aussi pour les hommes. Quand le lent refroidissement du soleil aura rendu cette terre inhabitable, comme cela arrivera, il se peut que la vie, qui a commencé ici-bas, aille se continuer sur la planète sœur. Aurons-nous à la conquérir ? 

Quelques "défauts" pour le lecteur moderne : écrit il y a plus d'un siècle, le style est légèrement suranné, les descriptions prennent parfois trop le pas sur le récit, cassant le rythme. Le récit du frère du narrateur, même s'il apporte une vision plus large de cette guerre, n'est guère concluant et un peu inutile à mon sens. Gênant à la lecture, ces désagréments ne l'emportent pas au final sur ce qu'il reste de ce roman une fois terminé.


Une suite en a été donnée par Stephen Baxter, Le massacre de l'humanité parue en 2017 chez Bragelonne et comprenant le roman La guerre des mondes dans une traduction révisée. C'est cette version que j'ai lu.
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Les illustrations sont tirées de la première édition illustrée par  Henrique Alvim Corrêa (L. Vandamme, Bruxelles, 1906), vous pouvez les retrouver sur le site de La boite verte

Le livre illustré sur Gallica. Merci à Jean-Daniel Brèque pour le lien

A télécharger gratuitement ici https://www.ebooksgratuits.com/details.php?book=963
Version audio gratuite : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/wells-herbert-george-la-guerre-des-mondes.html

 

 

Quelques citations :



Ce sont des arcs et des flèches face à la foudre, dit l’artilleur. Ils n’ont pas encore vu ce diable de rayon de feu.

Les gens honorables de l’endroit, en costume de sport, leurs épouses élégamment mises, se hâtaient de faire leurs paquets, énergiquement aidés par tous les fainéants des environs, tandis que les enfants s’agitaient, absolument ravis, pour la plupart, de cette diversion inattendue à leurs habituelles distractions dominicales. Au milieu de tout cela, le digne prêtre de la paroisse célébrait fort courageusement un service matinal et le vacarme de sa cloche s’efforçait de surmonter le tapage et la confusion qui remplissaient le village.

Je ressentis alors une émotion des plus rares, une émotion cependant que connaissent trop bien les pauvres animaux sur lesquels s’étend notre domination. J’eus l’impression qu’aurait un lapin qui, à la place de son terrier, trouverait tout à coup une dizaine de terrassiers creusant les fondations d’une maison. Un premier indice d’une idée qui se précisa bientôt et m’oppressa pendant de nombreux jours : la révélation de mon détrônement, la conviction que je n’étais plus un maître, mais un animal parmi les animaux sous le talon des Martiens. Il en serait de nous comme il en est d’eux. Il nous faudrait sans cesse être aux aguets, fuir et nous cacher ; la crainte et le règne de l’homme n’étaient plus. [...]
À coup sûr, si nous ne retenons rien d’autre de cette guerre, elle nous aura cependant appris la pitié… la pitié pour ces âmes dépourvues de raison qui subissent notre domination.

Alors, tandis que derrière moi les Martiens se préparaient ainsi à leur prochaine sortie, et que devant moi l’humanité se ralliait pour la bataille, avec une peine et une fatigue infinies, à travers les flammes et la fumée de Weybridge incendié, je me mis en route vers Londres.

Nous, les hommes, créatures qui habitons cette terre, nous devons être, pour eux du moins, aussi étrangers et misérables que le sont pour nous les singes et les lémuriens. Déjà, la partie intellectuelle de l’humanité admet que la vie est une incessante lutte pour l’existence, et il semble que ce soit aussi la croyance des esprits dans Mars. Leur monde est très avancé vers son refroidissement, et ce monde-ci est encore encombré de vie, mais encombré seulement de ce qu’ils considèrent, eux, comme des animaux inférieurs. En vérité, leur seul moyen d’échapper à la destruction qui, génération après génération, se glisse lentement vers eux est de s’emparer, pour y pouvoir vivre, d’un astre plus rapproché du soleil.
Avant de les juger trop sévèrement, il faut nous remettre en mémoire quelles entières et barbares destructions furent accomplies par notre propre race, non seulement sur des espèces animales, comme le bison et le dodo, mais sur les races humaines inférieures. Les Tasmaniens, en dépit de leur conformation humaine, furent en l’espace de cinquante ans entièrement balayés du monde dans une guerre d’extermination engagée par les immigrants européens. Sommes-nous de tels apôtres de miséricorde que nous puissions nous plaindre de ce que les Martiens aient fait la guerre dans ce même esprit ?

Dépourvus d’entrailles, ils ne mangeaient pas et digéraient encore moins. Au lieu de cela, ils prenaient le sang frais d’autres créatures vivantes et se l’injectaient dans leurs propres veines. Je les ai vus moi-même se livrer à cette opération et je le mentionnerai quand le moment sera venu. Mais si excessif que puisse paraître mon dégoût, je ne puis me résoudre à décrire une chose dont je ne pus endurer la vue jusqu’au bout. Qu’il suffise de savoir qu’ayant recueilli le sang d’un être encore vivant – dans la plupart des cas, d’un être humain – ce sang était transvasé au moyen d’une sorte de minuscule pipette dans un canal récepteur.
Sans aucun doute, nous éprouvons à la simple idée de cette opération une répulsion horrifiée, mais, en même temps, réfléchissons combien nos habitudes carnivores sembleraient répugnantes à un lapin doué d’intelligence. 

Tous les gens qui habitaient ces maisons et tous ces maudits petits employés qui vivaient dans ces banlieues, tous ceux-là ne sont bons à rien. Ils n’ont ni vigueur, ni courage, ni belles idées, ni grands désirs. Seigneur ! un homme qui n’a pas tout cela peut-il faire autre chose que trembler et se cacher ? Tous les matins, ils se trimballaient vers leur emploi – je les ai vus, par centaines –, emportant leur déjeuner, s’essoufflant à courir, pour prendre les trains d’abonnés, avec la peur d’être renvoyés s’ils arrivaient en retard. Ils peinaient sur des boulots qu’ils ne prenaient pas même la peine de comprendre. Le soir, du même train-train, ils retournaient chez eux avec la crainte d’être en retard pour dîner ; n’osant pas sortir, après leur repas, par peur des rues désertes ; dormant avec des femmes qu’ils épousaient non parce qu’ils avaient besoin d’elles, mais parce qu’elles avaient un peu d’argent qui leur garantissait une misérable petite existence à travers le monde. Ils assuraient leurs vies, et mettaient quelques sous de côté par peur de la maladie ou des accidents. Et le dimanche… c’était la peur de l’au-delà, comme si l’enfer était pour les lapins ! Pour ces gens-là, les Martiens seront une bénédiction : de jolies cages spacieuses, de la nourriture à discrétion, un élevage soigné et pas de soucis. Après une semaine ou deux de vagabondage à travers champs, le ventre vide, ils reviendront et se laisseront prendre volontiers. Au bout de peu de temps, ils seront entièrement satisfaits. Ils se demanderont ce que les gens pouvaient bien faire avant qu’il y ait eu des Martiens pour prendre soin d’eux.
Et les traîneurs de bars, les tripoteurs, les chanteurs… je les vois d’ici, ah ! oui, je les vois d’ici ! s’exclama-t-il avec une sorte de sombre contentement. C’est là qu’il y aura du sentiment et de la religion. Mais il y a mille choses que j’avais toujours vues de mes yeux et que je ne commence à comprendre clairement que depuis ces derniers jours. Il y a des tas de gens, gras et stupides, qui prendront les choses comme elles sont, et des tas d’autres aussi se tourmenteront à l’idée que le monde ne va plus et qu’il faudrait y faire quelque chose. Or, chaque fois que les choses sont telles qu’un tas de gens éprouvent le besoin de s’en mêler, les faibles, et ceux qui le deviennent à force de trop réfléchir, aboutissent toujours à une religion de rien-faire, très pieuse et très élevée, et finissent par se soumettre à la persécution et à la volonté du Seigneur. Vous avez déjà dû remarquer cela aussi. C’est de l’énergie à l’envers dans une rafale de terreur. Les cages de ceux-là seront pleines de psaumes, de cantiques et de piété, et ceux qui sont d’une espèce moins simple se tourneront sans doute vers – comment appelle-t-on cela ? – « l’érotisme ».

22 commentaires:

  1. Il ne m'a jamais tenté plus que ça celui-là, et pourtant j'aime les vieux romans. Il ne faut jamais dire jamais, mais bon...

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    1. J'avais remarqué ton attirance pour les vieux aussi (ça fait bizarre écrit de cette manière !). Il y a toujours de bonnes découvertes parmi eux.
      Après, il faut faire des choix aussi

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  2. J'aime pas les vieilleries (c'est pas mieux comme dénomination !) et donc je reviendrai lire ta prose sur un roman plus récent, un Priest par exemple ;-)

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    1. Ta dénomination est déjà moins équivoque.
      Pour le Priest, il faudra patienter un peu, je termine d'abord les aventures des terroristes martiens de Baxter, pour me plonger dans cette histoire de terroristes djihadistes.

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    2. Je suis curieux d'avoir ton avis sur le Priest. Il me reste une cinquantaine de pages, c'est un livre intéressant à tout point de vues. (Chronique pour ce week end au plus tard lundi matin ;-) quel suspense !! lol )

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    3. Je surveille donc les nouveaux billets sur ton blog.
      Pour ma part, je finis de répondre à ces fichus commentaires sur mon blog pour m'y plonger !

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    4. Eh bah d'accord, pas de souci, on va arrêter de commenter !
      Ah, zut, ça ne marche pas mon histoire là.

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  3. Grand coup de foudre pour moi. J'ai adoré ces images de la foule en panique, les réflexions sur le fait que l'humanité est fichue, comme le dodo. Et il y a une phrase qui me trotte encore dans la tête: "And as it flew it rained down darkness upon the land", pour décrire un vaisseau qui répand une substance toxique me semble-t-il, une belle image de pluie et de ténèbres. Bon je suis très friande de littérature du XIXe de toute façon, mais vraiment je l'ai trouvé d'un intérêt absolu.

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    1. La fameuse Fumée noire toxique.
      Ce roman est très intéressant, mais il faut aimer les descriptions, certaines sont belles, d'autres me faisaient un peu décrocher

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  4. C'est un bouquin que j'ai lu il ya pfff 30 ans au moins! LOL
    J'en garde un souvenir assez nébuleux, et il n'avait pas ce côté suranné das mon impression.

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    1. Tu n'as pas remarqué le style suranné car tu l'es aussi surannée au vue de ton âge...

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  5. J'avais bien aimé ce livre-là (et la Machine à voyager dans le temps). C'est très daté mais tellement bien fichu. J'avais emmené ma mère voir l'adaptation de Spielberg (que j'avais pour ma part trouvé plutôt réussie), elle me parle encore des tripodes xD

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    1. Pas bien beau de traumatiser les vieilles dames. J'imagine ta mère observait chaque jour Mars afin de déceler des explosions à sa surface.

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  6. Un roman que j'avais lu quand j'étais ado et relu récemment avec autant de plaisir.

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    1. Un roman qui marque les esprits par les images qu'ils laissent une fois fini. C'est assez rare.

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  7. Et du coup la suite ça donne quoi ?

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    1. Un beau gâchis que cette suite.
      Mais j'aurais l'occasion d'y revenir...

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  8. Autant je n’ai aucun problème à lire des romans du XIXème siècle, autant j’ai beaucoup de mal avec le style littéraire de Wells. Je n’ai pas lu celui-ci.

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    1. Si tu n'aimes pas son style, mieux vaut passer ton chemin avec celui ci

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  9. Pour le coup, c'est un classique que je n'ai pas eu l'occasion de lire, et il faudrait peut-être que je répare cette erreur.

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    1. Il y a tellement de classiques qu'il est difficile de tout lire. Mais celui ci a tellement irrigué l'imaginaire SF, c'est donc intéressant à ce titre.

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