jeudi 8 décembre 2016

La mort de la terre

J. H. Rosny aîné, Les Annales politiques et littéraires, 1910, 224 p., domaine public


"Je pense que l’humanité n’est pas nécessairement la favorite de la nature,
que l’humanité peut très bien disparaître,
que nous ne sommes pas une espèce sacrée,
qu’il y a eu 10 millions d’espèces animales jusqu’ici,
que neuf millions ont été éliminées...
On n’est pas l’espèce élue, comme on l’a cru pendant longtemps ;
la nature peut très bien se passer de nous."
Hubert Reeves, Hubert Reeves : conteur d'étoiles (2002)

Résumé :


Dans un futur lointain, la Terre est devenue, du fait de sa surexploitation par l'espèce humaine, un immense désert desséché. Les quelques communautés restantes limitent les naissances et incitent les humains à pratiquer l'euthanasie pour obtenir une mort plus rapide. Targ, sa femme, sa sœur, et leurs enfants, les derniers vivants sur Terre encore prêts à survivre, partent à la recherche d'eau et de nouvelles terres pour reconstruire. En parallèle, une autre race d'êtres mi-vivants mi-minéraux, prospère sur les ruines de la civilisation humaine : les ferromagnétaux.


Mon ressenti :

Certains auteurs feront du sujet du bouleversement climatique et de la raréfaction de l'eau des centaines de pages, voir des milliers. Je pense notamment à Jean Marc Ligny et Justin Cronin, sans préjugé de la qualité de leur textes (Quelqu'un sait quand sortira, en français, le dernier tome des douze de Cronin ?).
J.-H. Rosny aîné se paye le luxe de le traiter en deux cents pages et d'y ajouter une réflexion profonde sur l'évolution de la vie.
Auteur pas dupe pour un sou  :
« La mort de la terre est un petit roman que j'aurais pu sans peine délayer en trois cents pages. Je ne l'ai pas fait, parce que, à mon avis, le merveilleux scientifique est un genre de littérature qui exige la concision : ceux qui le pratiquent sont trop souvent enclin au bavardage.» Rosny Ainé
Les Annales politiques et littéraires, source http://jhrosny.overblog.com
Après des siècles de surexploitation des ressources, de l'élimination de la faune et de la flore et de science "atomique", la terre est devenue désertique, l'humanité est réduite à sa plus simple expression. Quelques hommes vivent dans des oasis précaires régies par des lois iniques et en osmose avec quelques oiseaux devenus intelligents. Les tremblements de terre finissent d'éradiquer les "derniers hommes", avec l'aide d'une nouvelle forme de vie vampirique, les ferromagnétaux. Quelques hommes refusent cependant la fatalité de l'extinction humaine. En pure perte ?
L'auteur replace l'homme dans le cycle de l'évolution globale de la terre et de la vie. La science que l'homme a pratiqué s'est retournée contre la nature qui tente de reprendre ses droits.
Un texte écrit il y a 106 ans, visionnaire donc par rapport aux connaissances de l'époque et l'évolution possible de la société.
Dans ce futur très lointain, l'intelligence des rares oiseaux s'est développé et une certaine osmose s'est créé avec l'homme. Rosny aîné invente une nouvelle forme de vie qui vampirise celle de l'humanité, comme l'homme en son temps qui a utilisé l'environnement à ses propres fins
Roman, tragédie, actuel de par ses thématiques, et qui a très peu vieilli stylistiquement. Un appel poignant à la réflexion sur nos modes de vie.
Texte empreint d'une profonde tristesse mais pas désespéré. Voir avec une note d'espoir sur la continuation de la vie.

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Pas grave, il vous reste Harry Potter...
Triste époque.

Disponible en ligne gratuitement ici ou


Les Annales politiques et littéraires, source http://jhrosny.overblog.com

Quelques citations :


Bientôt plusieurs centaines d’hommes se trouvèrent réunis autour du Grand Planétaire. Il n’y avait qu’un faible tumulte ; la tradition du malheur se transmettait depuis trop de générations pour ne pas avoir tari ces réserves d’épouvante et de douleur qui sont la rançon des joies puissantes et des vastes espérances. Les Derniers Hommes avaient une sensibilité restreinte et guère d’imagination.

Depuis cinq cents siècles, les hommes n’occupaient plus, sur la planète, que des îlots dérisoires. L’ombre de la déchéance avait de loin précédé les catastrophes. À des époques fort anciennes, aux premiers siècles de l’ère radio-active, on signale déjà la décroissance des eaux : maints savants prédisent que l’Humanité périra par la sécheresse. Mais quel effet ces prédictions pouvaient-elles produire sur des peuples qui voyaient des glaciers couvrir leurs montagnes, des rivières sans nombre arroser leurs sites, d’immenses mers battre leurs continents ?


L’impuissance de l’homme était dans sa structure même : né avec l’eau, il s’évanouissait avec elle.




4 commentaires:

  1. Je découvre grâce à toi cet auteur. Ce que tu décris ausujet de ce texte est saisissant de pressentiment, sachant qu'un parti politique français propose déjà l'euthanasie à compter d'un âge à préciser... La fiction rejoint peu à peu la réalité.
    Je suis également heureuse que la tristesse ne soit pas nue, mais accompagnée d'une note d'espoir (je suis une "enfant" de Star Trek et j'ai foi en l'avenir). Je cherche un texte en particulier de Roisny ainé et je vais voir si je le trouve avec tes liens.

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    1. Je suis content d'avoir découvert Rosny aîné et de pouvoir le faire découvrir à mon tour.
      Malgré que son oeuvre soit rentré dans le domaine public, il est difficile de trouver la totalité de ses textes. Ce site devrait t'aider : http://jhrosny.overblog.com/

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  2. "Je cherche un texte en particulier de Rosny ainé" : quel texte recherchez-vous lutin82 ? (Merci pour le lien Le chien critique ;) )

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