lundi 7 novembre 2016

Le Club des punks contre l'Apocalypse zombie

Karim Berrouka, ActuSF, 2016, 416 p., 6€ epub sans DRM

 

Punk’s Not Dead !

A quoi pensent deux punks en voyant une horde de zombies : « une performance. Un truc vraiment extrême, comme de peindre des scènes de déjeuners sur l’herbe avec des tripes de porc pour pinceau et de la bouse de vache comme peinture. Du pur décadent conceptuel. » et vont s’envoyer une binouze.

Présentation de l'éditeur:

Paris n’est plus que ruines. Et le prix de la cervelle fraîche s’envole. Heureusement, il reste des punks. Et des bières. Et des acides. Et un groupe électrogène pour jouer du Discharge. Le Club des punks va pouvoir survivre à l’Apocalypse. Enfin, si en plus des zombies, les gros cons n’étaient pas aussi de sortie... Il est grand temps que l’anarchie remette de l’ordre dans le chaos ! Politiquement incorrect, taché de bière et de Lutte finale, Le Club des punks contre l’apocalypse zombie est un condensé d’humour salutaire.




Mon ressenti :

"On passe de la science-fiction gore au fantastique de bénitier, murmure Mange-Poubelle. Pas le scénario le plus commun…"
C'est bien punk d'attendre la fin de la mode zombie pour publier un roman sur ce thème.
Bienvenue dans un squat habité par une bande de punks avec toutes ses nuances : Deuspi et Fonsdé, punks adeptes du pogo et avides de substances psychotropes; Eva, la punkette militante "contre le sexisme, le machisme, l’homophobie, la transphobie, le racisme, le fascisme, le classisme, l’expérimentation animale, le nucléaire, l’économie de marché, l’urbanisme, la répression, la politique d’immigration, le patronat, la violence contre les punks, la haine des moutons, etc."; Glandouille & Pustule, la section punk à chien du squat; Mange-poubelle, le punk SDF; et Kropotkine, "le dernier anarcho-mao-libertaire-autonome sur terre".
Et ce club des sept va tenter de remettre de l'ordre dans ce déluge de zombies. Car oui, l'anarchie, c’est l’ordre sans l’État ! L'auteur, avec humour et ironie, nous dresse un portrait de l'anarchie, pas celle dépeinte par l'audiovisuel à la solde du libéralisme, mais celle au service de l'humain. De quoi remettre des valeurs sur une certaine devise bien mal en point : liberté, égalité, fraternité.

Nos loustics côtoieront des adeptes d'un Nouvel Ordre, des zombies férus de musique, affronteront plus d'une fois la Mort (mais rassurez-vous, Punk’s Not Dead) et le plus grand opiacé au monde, la Religion.

Karim Berrouka était le chanteur des Ludwig von 88, les connaisseurs retrouveront dans ce texte ce mélange d'humour, de punk-rock et d'engagement cher à ce groupe.
Les fans de Roland C. Wagner retrouveront le côté pas sérieux moins con qu'il n'y parait et un côté psychosphère.
Les punks, les anciens, se rappelleront leur jeunesse et leurs douces berceuses.

Houlala, il y a bien quelques bémols : après une première partie très réussie, le reste est un peu en dessous, parfois foutraque, le fait de perdre de vue certains personnages rend parfois difficile de les resituer et quelques longueurs.

Mais bon, c'est iconoclaste, mordant, inventif.
Un titre qui résume parfaitement l'intrigue, une couverture qui illustre à merveille le propos, un prix très honnête et pour finir, un roman qui vient de remporter le prix Julia Verlanger remis aux Utopiales de Nantes.
Bref, mettez un pack dans le frigo, allez achetez le roman, et savourez.


Je ne résiste pas à la tentation de vous mettre quelques vidéos des Ludwig.
L'intro de la première vous donnera un petit indice sur le contenu du roman, la deuxième vous montrera un Karim dans toute sa splendeur.

 




Quelques citations :


Il est temps de passer à une autre activité, pas trop bruyante, histoire de ménager leur pote. Parce que bien évidemment, Eva, ils l’aiment beaucoup. Même si elle est chiante avec son militantisme constant contre le sexisme, le machisme, l’homophobie, la transphobie, le racisme, le fascisme, le classisme, l’expérimentation animale, le nucléaire, l’économie de marché, l’urbanisme, la répression, la politique d’immigration, le patronat, la violence contre les punks, la haine des moutons, etc. Ce qui lui a valu le surnom de Miss Antitout, qu’elle n’apprécie guère.



Au sud, avec vue imprenable sur Paris, une maison de trois étages. Au rez-de-chaussée, une grande pièce qui devait servir de salle d’expo et un bureau. La première a été aménagée en salle commune, le second ne sert à rien. Probablement que les années passées par l’ancien patron à comptabiliser ses bénéfices ou pertes ont dû laisser leur empreinte dans la pierre. La pièce a gardé une sorte d’aura malsaine, celle du capitalisme foireux, des rêves d’expansion et de conquêtes de marchés.



— Bon, les mômes, va falloir qu’on s’organise.
Eva, Deuspi et Fonsdé se figent. L’organisation, c’est pas trop leur truc. Surtout quand elle est imposée. Elle doit être spontanée. Naturelle. Sinon, c’est le début de la dictature.

Deuspi et Fonsdé jubilent. C’est l’anarchie. Ce à quoi Kropotkine répond que non, ce n’est pas l’anarchie, c’est le chaos. Ils confondent tout, encore et encore, n’ont aucune conscience des réalités de la lutte sociale, l’anarchie ce n’est pas péter des rotules de CRS et brûler des commissariats, aussi plaisant que ça puisse être. Et bla bla bla.

— Nous ne partageons rien avec les survivants qu’on trouve dans tes films.
— Tu veux dire qu’on n’est pas une joyeuse bande de survivalistes, genre des connards de beaufs inscrits à la NRA, pleins de muscles et de courage, avec des sentiments de néandertaliens et des cervelles de batraciens ?
— Ouais, c’est ça.


Et les années avaient passé, Kropotkine s’était lancé dans diverses activités militantes, s’accrochant à ses convictions malgré le peu d’intérêt des masses laborieuses pour son discours – masses plus séduites par la promesse du confort bourgeois et la possibilité de s’abrutir devant leur télévision que par l’idée de construire une société où elles ne seraient plus le dindon de la farce néo-libérale.

Dommage que sa crête batte de l’aile et qu’il n’y ait pas un foutu rasoir dans le bateau pour dégager le surplus capillaire qui pousse autour. Il commence même à avoir une bonne barbe. Un punk à crête barbu… C’est d’un ridicule.













2 commentaires:

  1. Oh!Oh! Je n'avais pas l'intention de le lire malgré le prix récemment décerné... ta critique m'incite à aller voir de plus près!

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  2. C'est con, c'est invraisemblable, mais ça marche. Le fils caché de Wagner !

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