vendredi 12 mai 2017

Fées, weed & guillotines : petite fantasie pleine d'urbanité

Karim Berrouka, ActuSF, 2014, 384 p., 4€ (2€ durant mai 2017), epub sans DRM



Salopes de fées !

Un polar féérique complétement barré.

Présentation de l'éditeur :


La dernière fois que Jaspucine a mis un pied dans le monde des hommes, elle en a littéralement perdu la tête : la Révolution française n’a pas été une période très profitable pour les créatures féeriques. Sauf pour Zhellébore, l’enfoirée qui l’a envoyée à l’échafaud. La vengeance étant un plat qui se mange froid, Jaspucine est bien décidée à retrouver la traîtresse. Même si pour cela elle doit s’attacher les services d’un détective. Mais à force de remuer ciel et terre, c’est sur une conspiration bien plus grande que la fée et l’enquêteur vont tomber.

Mon ressenti :

 

J'avais lu le mois dernier la nouvelle Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m’égarer qui reprenait les mêmes personnages principaux que ce roman. Le texte m'avait plu et j'avais donc fait sonner le tiroir caisse.


Quatre enquêteurs : Marc-Aurèle Abdaloff détective privé qui en a marre des enquêtes sur l'infidélité, Étienne Petiot, inspecteur à la BCE, le Bureau des Crimes Extrêmes; son fidèle lieutenant Bugnard, bas du front mais pectoraux en acier et le policier Premier de la Classe, dont personne ne se soucie de connaître le nom.

Deux fées, et plus encore : Jaspucine et Zhellébore. Ici, oubliez tout ce que vous connaissez sur les fées, sauf qu'elles se penchent bien sur le berceau des nouveaux nés. Mais pas pour ce que nous dit la légende. Et elles sont assez portée sur la grossièreté. Rien à voir avec les personnages de nos "contes pour demeurés". Et elles ne tiennent pas l'humanité en haute estime. Mais bon, qui la prend en haute estime ?

Un ingrédient magique : la weed

Une enquête : retrouver cette salope de fée Zhellébore au sourire sadique.

Et pour couper court à tout spoil : une guillotine

Du courage, de la couardise, des trahisons, des péripéties, des rebondissements, des retournements de situations, des situations cocasses, du passé (les sans culottes), du présent, des insultes imagées, du langage châtié, des répliques cinglantes, un monde caché pas si féérique, des fées mâles et des nains exploités, des créatures maléfiques, des arbalètes, des prisonniers, des évadés, des amnésiques, des interrogatoires, un restaurant asiatique, du grand n'importe quoi...

Ajouter à cela un renouveau dans le nommage des chapitres. Pourquoi toujours faire chapitre 1, chapitre 2 avec deux trois mots le cas échéants.
Ici c'est plus parlant : Chapitre elle, un peu déphasée, qui débarque de nulle part (ou presque); Chapitre la patience est d’or, le riz cantonnais et l’art subjectif; Chapitre ils sont quatre et s’en vont d’un pas motivé, battre la campagne et le nuiton buter.
Tout de suite, cela a plus de gueule.

Résultat : un mixte improbable, mais réussi, de polar et de fantasie urbaine. Un moment de détente idéal pour muscler vos zygomatiques. Pas si mal en ces temps !

Merci Karim. Merci ActuSF pour la promotion à 2€, le tout sans DRM.


Quelques citations :

Laissez-moi sortir de cette putain de cage que je vous apprenne la soumission, bande de sous-fientes de lutin glaireux !


— Bon, vous attendez quoi ? Vous ouvrez la porte ?
— Euh… Ça va pas être possible…
— Vous craignez le fer maintenant ? C’est nouveau.
— Non, mais je n’ai pas les clefs. »
Jaspucine soupire, retrouvant cette attitude un poil méprisante qu’elle avait lors de sa première apparition.Ça rappelle de bons souvenirs.
« Vous avez un truc avec les clefs, les humains ?C’est quoi le but de faire des portes, des menottes et je ne sais quoi d’autre encore qui ne s’ouvrent qu’avec des clefs. Et de ne jamais avoir ces clefs sous la main ?
— Un peu d’éviter que tout le monde puisse ouvrir ce qui ne doit être ouvert que par l’heureux élu détenteur des clefs…
— C’est vicelard.
— Ou pratique.
— Pas dans notre cas.
— Oui, là, je reconnais, c’est vicelard. »

Marc-Aurèle s’approche du planton, qui mécaniquement s’interpose. La procédure avant tout.
« L’heure des visites est terminée. »
Tiens, un petit nouveau qui fait du zèle.
« Je viens voir l’inspecteur Petiot. Je suis attendu.
— L’inspecteur Petiot n’est pas ici. Revenez demain. »
Sympa, le jeunot. Il maîtrise avec une assurance militaire les préceptes de l’antipathie. Tout y est, le regard méprisant, le ton hautain, la posture menaçante.

Je suis consciente que vous ne partagez pas mon enthousiasme concernant cette révolution et le renversement de valeurs qu’elle semble avoir opéré dans la société des hommes. Je vous assure que je n’ai aucune sympathie pour ces idées dites révolutionnaires. Non, loin de moi de vouloir souligner une quelque forme d’inégalité dans notre Royaume. Les fées sont égales et supérieures, les féaux sont inférieurs et égaux entre eux, la vermine des non-royaumes est encore plus inférieure, et son égalité est le moindre de nos soucis. Ainsi notre credo, ainsi les Usages, et je m’y tiens sans jamais questionner ni leur valeur ni leur justesse.

Mourir le premier avec beaucoup d’honneur ne s’est jamais prouvé bien efficace, surtout quand on représente l’intégralité de son armée.

Les années passent mais les hommes ne changent guère. Leur cruauté n’a d’égale que la fascination qu’ils ont de la vie. Comme si l’unique façon qu’ils pouvaient concevoir de chérir cette dernière était de la rendre insupportable d’abord, et insignifiante ensuite. 

Le jour où les hommes comprendront qu’il existe des récompenses plus nobles que l’argent, il pleuvra des burnes de gobelin…  

Abjecte saloperie, infâme nuisible, souillure immonde ! Je te le promets, un jour nous lui mettrons le compteur de ses prétentions à zéro, nous lui sculpterons les bas-reliefs du tympan de Notre-Dame à coups de genoux dans sa dentition de larve ambulante. Nous l’écorcherons vif devant les membres débiles de son clan, nous l’étriperons, nous en ferons de la charpie, de la bouillie, que ses petits camarades comprennent qu’il existe des choses sacrées, et que les fées en font partie. Notre vengeance sera aussi belle qu’était notre amitié ! Parole de fée ! 

Bon, vous arrêtez de flipper et vous retrouvez votre air déterminé. Là, vous ressemblez à un poisson rouge qui vient de se faire sodomiser par une baleine bleue. Chromatiquement, c’est assez insolite, mais je vous préfère quand même en mode entreprenant. 

2 commentaires:

  1. Bref, c'est dans la même veine un peu absurde et drôle de la nouvelle que tu m'as faite découvrir.
    Je pense que je le prendrais car j'ai bien aimé le texte précédent et avec une nouvelle par-ci, par là, la détente est assurée!

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    1. En plus, dans ce texte, il y a des fées. N'étant pas un inconditionnel de cette engeance, j'ai envie de savoir ce que tu penses de son traitement.

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