mardi 27 juin 2017

Austerlitz 10.5

François-Xavier Dillard, Anne-Laure Béatrix, Belfond, 2016, 272 p., 13€ epub avec DRM


Dans les salons bleus de la classe supérieure

Présentation de l'éditeur : 


En 1910 la Seine avait atteint lors de la grande crue de Paris son niveau maximal : 8.62 mètres sur l'échelle hydrométrique du pont d'Austerlitz.
Aujourd'hui, la pluie tombe depuis trois jours dans la capitale. Les trois premiers jours les habitants de la grande ville ont râlé. Et puis, le soir du quatrième jour, l'alimentation électrique a été coupée. La plupart des arrondissements ont alors connu un black-out total faisant souffler un vent de panique sans précédent dans la population. Le métro a été fermé. L'ensemble du vaste réseau sous-terrain des transports publics s'étant retrouvé noyé par des hectolitres d'eau sombre et glacée. Lorsque les premiers immeubles se sont effondrés et que la grande vague de boue a déferlé sur la ville, une véritable hystérie collective s'est emparée des parisiens et les pires exactions ont été commises. Au nom de la survie... La peur, puis la violence ont déferlé sur la ville.
Paris est dévastée et la plupart des habitants, du moins ceux qui ont la chance d'avoir encore un toit, se terrent chez eux en attendant que cette pluie démentielle cesse enfin...
Sous le pont d'Austerlitz l'eau a atteint son record : 10.5.

Un an plus tard, on sait que Paris ne sera plus jamais la même. Pour François Mallarmé qui a tout perdu dans cette catastrophe, sa femme et son enfant, la vie n'est qu'un long cauchemar. Il continue tant bien que mal à faire son boulot de flic dans une ville où plus rien n'a de sens. Jusqu'au jour où une affaire de meurtres sordides le ramène à son cauchemar, au cœur même du Louvre, dans ce musée qui pour le monde entier était le symbole de ce qui fut la plus belle ville du monde, et où même la Joconde a disparu....

Mon ressenti :

 

Après lecture, une interrogation : comment vont-ils caser cette longue présentation sur la quatrième de couverture de l'édition poche ?


Petite précision, "la Joconde a disparu" : non, le tableau a juste subi les outrages de l'eau et il est en rénovation. A moins que ce ne soit qu'un spoil outrancier ?
J'ai choisi ce livre pour son côté catastrophe, cela dure 3-4 chapitres très courts et basta. La quatrième de couv vous en fait un bon résumé. Si vous cherchez plus, cela va être difficile. Deux lignes parlent de la disparition des taxis et des VTC (les auteurs connaissent l'actualité !) et leur remplacement par des "taxis automatiques", comprenez sans chauffeur et autonome :
Elle claque la portière et regarde les rues de Paris défiler devant ses yeux. Ces taxis automatiques avaient eu le mérite de mettre fin aux conflits entre les taxis « historiques » et les VTC. Les deux avaient disparu avec la même rapidité.
Et puis le gouvernement s'est exilé à Vincennes, l'Assemblée Nationale et le Sénat au château de Versailles et le 36 quai des Orfèvres a déménagé ! (Ceci dit, c'est d'actualité)
Je pensais lire un livre d'anticipation doublé de thriller policier, résultat anticipation et thriller sont aux abonnés absents. Reste le policier, pas si mal. Le commissaire donc, tourmenté, torturé par la perte de sa femme et de son fils lors de la grande crue millénaire. Mais un bon flic à qui on ne la fait pas
François sait qu’elle ne lui dit pas toute la vérité. Il a une telle habitude de ces interrogatoires que le moindre frémissement sur un visage, les plus petites inflexions de la voix résonnent en lui comme des alarmes.
Les auteurs ont eu la bonne idée de lire J'écris du polar aux éditions Pour les nuls et ont ajouté une journaliste. L'inventivité ici, pas une journaliste d’investigation, mais une journaliste politique chargée de couvrir les meurtres ( ! ). Bien entendu, "elle a des yeux verts immenses " et elle est belle à couper le souffle. Vont-ils faire Crack crack boum uh ?

Quelques pépites : le commissaire se fait estourbir durant son enquête, il ne cherche pas plus loin les raisons de ce guet-apens et va draguer une midinette dans un troquet et c'est tout. Oui, il est encore un plein deuil, il en fait des cauchemars chaque nuit, mais dès qu'il voit une demoiselle, les belles seulement, son petit coeur palpite. On a fait plus réaliste pour dire "faire son deuil".
Les auteurs ne se trompent pas sur le côté bancal, ils expliquent de temps en temps la psychologie de leurs personnages ou l'anticipation alors que le lecteur avait compris 50 pages plus en avant. Et cela de manière - très - appuyée.
François ne croit plus à rien ; plus à l’amour, plus au bonheur, il ne croit plus qu’à la disparition de son épouse et de son fils. Il sent pourtant que cette femme l’attire, par sa beauté d’abord, il ne peut le nier – personne ne le pourrait –, mais aussi par sa force, sa capacité à surmonter les épreuves pour aller au combat, encore et toujours, rester debout. Cette qualité qu’il pensait avoir perdue et qui semble à nouveau l’animer depuis qu’on lui a confié l’enquête. Chloé, quant à elle, sent que ce type malheureux, distant, parfois cruel n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été. Mais, elle ne sait pas pourquoi, elle lui trouve un charme déroutant. Sans doute parce que les mâles qu’elle croise sont le plus souvent si bouffis d’orgueil qu’ils se ressemblent tous, leur personnage public niant toute trace de sensibilité, et parfois même d’humanité. Elle est intriguée par cet homme qui souffre. Mais elle est aussi effrayée, à la fois par cette attirance soudaine et par l’abîme de clichés que véhicule un sentiment aussi commun.

Tout cela reste bien caricatural : les politicards sont tous pourris, ne pensent qu'à leur carrière, le flic dépressif, la belle journaliste, le métro et ses secrets, les cultureux pédants, les célébrités n'ayant que deux mots en tête, sexe et drogue (pas de rock n roll, désolé)
Je pense pareil des politicards et du milieu culturel, mais tout cela manque un peu de raffinement. 
Les auteurs tentent de parler des sujets d'actualités comme les réfugiés et le FN, mais bon tout cela manque de développement, et c'est amené au bulldozer.

Côté positif, ça se lit très vite.
Et assez étrangement, on a envie de connaitre le fin mot de l'histoire.
Je n'oublies pas non plus un revirement vers la fin du livre qui m'a grandement surpris au vue de l'ensemble. (Sur la 4ème de couv, je suis sûr qu'ils ont mis "Le Game of Thrones du milieu culturel" en se basant sur ce seul élément !)
Ceux qui n'ont jamais lu d'anticipation, de SF et de thriller pourront, peut-être, y trouver leur bonheur.

Pourquoi le roman s'intitule Austerlitz ? C'est en référence à la statue qui servait d'échelle hydrométrique situé sous le pont du même nom à Paris. Il permettait à l'époque de mesurer les crues, la méthode est un peu moins archaïque désormais.




Lu sur les recommandations d'un papillon dans la lune. Ggggrrrrr!

Lu dans le cadre du challenge Summer Short Stories of SFFF (#S4F3s3 pour les intimes) du blog Les lectures de Xapur

Citation : 


Elles étaient allées voir Les Noces de Figaro ou plutôt Les Noces, comme disent les gens un peu pédants qui ne prononcent jamais le titre d’un opéra de Mozart en entier. Ainsi, La Flûte enchantée devient La Flûte, L’Enlèvement au sérail, L’Enlèvement. Les élus comprennent, les autres font semblant de comprendre. Il n’y a que pour Don Juan que l’on ne dit pas juste Don, parce que là ce serait franchement crétin. Mais rigolo.
Un membre de Babelio me faisait remarquer que "on dit don giovanni pas don juan :-)"
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8 commentaires:

  1. Un démarrage de challenge en demi-teinte, vite, une autre lecture !

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    1. J'ai préféré commencé doucement pour finir en apothéose.
      Du moins je l'espère

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  2. Dur dur, ça sera sans moi :)

    "Le Game of Thrones du milieu culturel", ils ont vraiment osé mettre ça sur la 4ème de couv ?!

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    1. Faut savoir lire dangereusement parfois.

      Je ne sais pas si ils l'ont mis, l'ayant lu en numérique, mais comme c'est à la mode de faire référence à GoT, tout est possible.

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    2. Après vérification, il n'ont pas fait, ils ont juste mis
      "Imaginez un monde où La Joconde a disparu"
      Ce qui est très fort car cela est faux durant 99% du roman. Un très joli spoil. Bravo à l'éditeur !

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  3. Ils sont forts quand même. Mais perso c'est comme pour les bandes annonces je n'ai aucun regard pour les 4ème de couv.

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  4. Le titre de ton article m'a un peu surprise. Je pensais qu'il s'agissait d'une uchronie militaire et je ne parvenais pas associer ce genre avec notre ami canin. (Austerlitz, déformation militaire est une bataille...)
    Je ne m'étais fourvoyée qu'à moitié... puisqu"in ne s'agit pas du tout de cela. Le thème me surprends bien moins par conséquent sur ton blog.

    Bon 3/4 chapitres de catastrophe et une enquête mewh (miaulement d'un chat) n'ont pas l'air de casse 3 pattes à un canard (pour rester dans une allégorie animalière). Je vais donc laisser cette crue millénaire de côté!

    Merci

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    1. Tu me fais penser que j'ai oublié de parler de la signification du titre, je corrige.
      Tu ne dois pas être la seule à t'être trompé, les stats s'affolent sur cet article. (Même si je pense que ce sont des robots qui viennent, pensant y trouver de la tactique militaire pour soumettre nos misérables vies dans la future guerre nous opposant à eux ! Saloperie de robots)
      Trop de poncifs, tu trouvera mieux ailleurs.

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