Robert Charles Wilson s'entretient avec... un chien




Pour clôturer dignement le Challenge Robert, je t'aime !, je vous avez promis du gros, du lourd.
Dont acte.
Alors non, il ne s'agit pas d'un chronolithe en chocolat, ni d'un bob "Robert je t'aime !". Ce n'est pas non plus un t-shirt "Si tu as le spin, mets un Robert dans ton lit". (Mais je réfléchis sérieusement à déposer la marque)
 
En exclusivité mondiale s'il vous plait, voici une interview inédite de Robert Charles Wilson.

Merci à lui d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions et de s'y être prêté avec humour. J'étais comme une midinette lorsqu'il m'a répondu, et je ne suis toujours pas descendu de mon nuage.
Les questions sont de mon ressort, mais aussi celles d'un lutin et d'un troll. (J'espère que le cadeau vous plait).

Je tiens à remercier, sincèrement, "celui qui s'en bat les couilles" (d'être crédité), qui loin de se contenter de traduire les questions, à aussi traduit les réponses. Sans lui, je n'aurais pu mener à bien cette petite entreprise. (Et comme il se doit, toute erreur de traduction sera entièrement de sa responsabilité ;p)


Allez, assez de parlotte, place à l'interview.

The original version of the interview here
 

Vous vous apprêtez à publier "The cure", pouvez vous nous en dire quelques mots ?
Connaissez vous sa date de sortie américaine et française ?

Facebook Robert Charles Wilson
The Cure est un livre difficile à décrire. En partie, c’est un livre sur la modification cérébrale systématique, destinée à guérir la schizophrénie, qui devient populaire en tant qu’amélioration neurologique sur le marché noir pour des personnes par ailleurs en bonne santé. Au sens large, il s’agit de ce qui se passe lorsque nous développons la capacité d’ingénierie de modification non seulement de notre cerveau mais du génome humain. Qui, le cas échéant, devrait être autorisé à altérer l'héritage humain ? Et que se passe-t-il si ces décisions sont prises dans l'ombre, sans notre consentement ou sans notre connaissance préalable ?
Il m’a fallu beaucoup de temps pour écrire The Cure, et je viens juste de remettre le manuscrit terminé donc il n’y a pas encore de date de sortie officielle, américaine ou française. Ce n’est pas un livre immensément long, mais il est dans la gamme de mes plus gros livres - pensez à Spin ou à Julian Comstock.



Dans un entretien pour l'émission radiophonique La méthode scientifique l'année dernière, vous disiez que Spin vous avez poussé "à la limite de vos ambitions". La majorité de vos lecteurs considèrent Spin comme votre roman le plus réussi, celui qui aura marqué l'histoire de la SF. En suivant vos billets sur Facebook, il apparait que votre dernier roman "The cure" vous a amené dans vos derniers retranchements. En quoi ce roman a t-il été dur à écrire ? Pensez vous que The cure connaitra la même postérité que Spin ?


Je ne sais pas si The Cure aura le genre de succès que Spin a eu. Cela ne dépend pas de moi. Mais oui, j’ai eu l’impression de repousser mes limites avec The Cure. Je n’avais jamais écrit ce genre d’histoire multigénérationnelle auparavant, j’ai rarement écrit du point de vue de personnages aux croyances si différentes des miennes, et il était particulièrement difficile d’écrire une histoire se déroulant dans un avenir relativement proche à une période où la politique américaine, européenne et mondiale est en pleine mutation. Quand j'ai commencé ce livre, je craignais que des événements réels ne dépassent ce que j’imaginais. Ce que j’ai appris à faire, c’est intégrer un avenir chaotique et inconnaissable dans la structure thématique du livre.



Beaucoup de vos romans contiennent des espèces extraterrestres et dans vos interviews, il semble que vous considériez qu'il existe des races aliens. Selon vous, aurons nous la chance dans un avenir proche de déceler des traces de vies intelligentes ?

Ma meilleure hypothèse est que la chimie de la vie n’est probablement pas rare dans l’univers - il n’y a aucune raison de croire que tout processus chimique soit si unique qu’il ne puisse se produire qu’une seule fois, dans une galaxie apparemment pleine de planètes possibles. Mais que cela se traduise par une vie semblable à la nôtre ou que des civilisations sensibles surgissent avec une certaine régularité, je n’ai aucun moyen de le savoir. En anglais, nous disons "it’s an open question" - je suis sûr qu’il existe une expression française équivalente. Et c’est ce qui la rend intéressante. Nous sommes libres de spéculer, et la science-fiction est faite de spéculation. Cela soulève également la question intéressante de ce qu’il advient des civilisations technologiques sur de très longues périodes de temps - des centaines de milliers, voire des millions d’années - si de telles civilisations sont durables.




La religion est un item que nous retrouvons aussi régulièrement dans vos textes, pourquoi ?

La religion m'intéresse pour beaucoup de raisons. Cela soulève des questions sur ce que nous croyons et pourquoi - des questions épistémologiques. Cela soulève des questions sur l'origine et la nature de la réalité - des questions cosmologiques et ontologiques. Cela soulève des questions sur la manière dont nous concilions découverte scientifique et traditions morales et ecclésiastiques. Je pense que toutes ces questions sont pertinentes pour la science-fiction. La science-fiction en tant que littérature est née à une époque où les Lumières se trouvaient dans un discours compliqué avec la religion traditionnelle, et j’ai parfois décrit la science-fiction comme "des récits de miracles des Lumières", c’est-à-dire des histoires qui ré-imaginent des contes traditionnels de dieux, d'anges, d’étranges contrées, etc., dans les contraintes d’une compréhension scientifique du monde.


Votre roman "A travers temps" concentre à mon sens beaucoup de vos réflexions : l'avenir, le progrès, le temps, le climat, le futur de l'homme et il est très marqué par l'humour, bien que teinté par une certaine noirceur. C'est aussi un "hommage" au roman Au carrefour des étoiles de Clifford D. Simak que j'ai pris le plaisir à découvrir. Que pensez vous de ce roman près de 20 ans plus tard ?

Cela fait au moins vingt ans que j’ai lu pour la dernière fois Au carrefour des étoiles, je ne peux donc pas en parler directement. Mais j’ai toujours aimé le travail de Clifford Simak pour la façon dont il met en scène une sorte de réalité mondaine et poussiéreuse du Midwest américain à côté du temps géologique et de l’espace profond. Comme pour dire : tout ce qui est minable et ordinaire est traversé par un fleuve d'étrangeté caché.


Beaucoup de vos textes contiennent des touches d'humour, que pensez vous d'un auteur comme John Scalzi qui en a fait sa marque de fabrique, tout en ayant un fond critique sur notre société.


J'aime le travail de John Scalzi, mais je ne suis pas sûr d’avoir quelque chose de profond à dire à ce sujet.



Vous publiez en moyenne un roman tous les deux ans, ce qui est une éternité pour un fan tel que moi. Pour me faire patienter, quels sont d'après vous les auteurs actuels qui ont une écriture et une manière d'aborder les sujets comme vous le faites, c'est à dire en les abordant sous un angle nouveau ?

Ted Chiang est un écrivain contemporain qui me fascine. Une profonde étrangeté, une approche unique et un véritable talent pour transcrire littérairement avec imagination des ontologies particulières (souvent religieuses).
Steven Millhauser est un autre écrivain sur lequel je reviens sans cesse. Il n’est généralement pas considéré comme un auteur de genre, mais son travail (cf son roman Martin Dressler ou son recueil Le lanceur de couteaux et autres nouvelles) se tourne souvent vers une fantasmagorie explicite et est inoubliablement étrange.
J'ai aussi les romans de tout ce que David Mitchell a écrit depuis Cloud Atlas.

Wilson reçoit le Hall of Fame Canadian
de la Science Fiction & Fantasy Association


Un peu plus de légèreté maintenant, les participants auraient voulu que vous répondiez à quelques questions :
Que pensez vous des trolls des cavernes (la participante tient un blog appelé Aux pays des cave trolls) ?

J'ai bien peur d’ignorer beaucoup de choses sur les trolls des cavernes... bien qu'on puisse dire que je suis pro-troglodyte, en général.


Quel regard portez vous sur la Fantasy ?

Je ne lis pas beaucoup de High fantasy. Ce n’est pas que je réprouve ce genre - je possède toujours les livres de poche de Tolkien que j’ai acheté à la fin des années 1960. Mais cela ne touche pas mon "sense of wonder" de la même façon que la science-fiction.


Vous n'avez jamais écrit directement sur la conquête spatiale (ou du moins indirectement comme dans Spin), est ce un sujet qui pourrait devenir l'objet principal d'un de vos futurs romans ?

Je ne l’exclus pas. En fait, j'ai quelques idées à moitié formées sur lesquelles je reviendrai peut-être un jour ou l'autre..


Aimez vous le sirop d'érable ? Quel plat vous nous conseiller de goûter si nous visitons le Canada ?

J'achète du sirop d'érable peu-être une ou deux fois par an, presque comme un devoir patriotique : nous sommes tous des vampires arboricoles au Canada. Les candidats pour la "cuisine nationale" incluent généralement les barres Nanaimo, la poutine, le charqui, les tartes au beurre et les chips au ketchup. Honnêtement, je ne peux en approuver aucun, même si je les ai tous mangés (heureusement, pas tous au même repas). C’est un miracle que nous vivions tous jusqu’à l’âge adulte.


The Cure étant désormais transmis à l’éditeur, d'autres projets ? 

Pas vraiment - je prends une sorte de mini-vacances du clavier pour le moment - mais les idées d’histoire ne cessent de me bousculer et de me mordre à la cheville.


Une venue en France est elle prévue ?

Pas dans l’avenir, même si j’ai apprécié tout le temps que j’y ai passé.





Pour compléter l'entretien, sur son prochain roman The cure et la religion, voici un post provenant de sa page Facebook


Dans le remède, le roman que je viens de remettre, l'un des personnages majeurs est un chrétien. Je suis athée, comme beaucoup d'entre vous le savent, mais je voulais écrire le personnage de manière plausible et sympathique, ce qui signifiait sortir de mes propres convictions et essayer d'imaginer la foi chrétienne comme une expérience humaine vécue plutôt qu'un point de débat philosophique. L'Écriture de ce point de vue m'a rendu un peu plus indulgent avec la variété et la profondeur des croyances métaphysiques des gens, et j'espère que le roman aura le même effet sur les lecteurs.



Pour celles et ceux qui sont tombés par hasard sur cette page, le challenge en deux mots.
Sur cette page, une bibliographie des textes de Robert Charles Wilson parus en français, avec le pitch, le genre et quelques avis.


21 commentaires:

  1. Excellent!!!!Merci beaucoup :)
    Chouette idée (mais le T-Shirt aurait été sympa aussi)

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    1. Content que le cadeau te plaise.
      Et pour le T-Shirt, sait-on jamais, un jour futur (jamais content le troll !)

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    2. Mais si toujours contente :)
      tu as lancé l'idée alors je rebondis!

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    3. Tu as bien raison, j'aurais fait pareil.

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  2. C'est quand même très étonnant qu'il écrive une biographie de "The Cure", c'est en effet une vraie surprise.
    Jolie interview en tout cas, bravo. ^^ J'attends impatiemment "Les coulisses de l'interview".

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    1. T'es trop con ! Même si cela ne serait pas si aberrant, ils m'avaient l'air "space" les membres du groupe.
      Pas de "Les coulisses de l'interview", faut pas tirer trop sur la corde. Et puis cela reste une histoire entre lui et moi, c'est intime.
      Merci

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  3. Géniale l'interview, j'adore l'humour qui en ressort !
    Ça va faire deux mentions dans les news de l’imaginaire... tu en as encore sous le coude pour avoir ta propre rublique ? ;)

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    1. Merci, j'ai bien aimé aussi le ton qu'il emploie, notamment sur la cuisine.
      Pour les news de l’imaginaire, je crois que nous allons oublié la rubrique, plus rien sous le coude, j'ai tout donné.

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  4. Merci, très très sympa cette interview.

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    1. Content qu'elle te plaise. Et il nous mets l'eau à la bouche avec son prochain roman (et aussi avec la poutine)

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  5. Très sympa de sa part. Merci à vous deux (quatre) pour cet interview. Un nouveau RCW en préparation, je le note...

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    1. Va falloir attendre encore quelques mois malheureusement. Mais bon, il nous a donné des pistes de lecture. Je crois que je vais devoir me mettre à ce Davis Mitchell, mais le pavé me fait un peu peur.

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    2. Pour Cloud Atlas de David Mitchell, tente le film, je l'avais trouvé très réussi (euphémisme). D'une limpidité confondante lorsqu'on sait de quoi ça parle, et malgré (rien de péjoratif) un parti pris artistique osé.

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    3. Non, le livre avant le film... toujours et c'est un règle immuable !

      David Mitchell se lit tout seul, c'est long mais sans temps mort.

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    4. Je vais d'abord tenter le livre, je préfère comme Yogo lire avant de voir, mais je le regarderai après, cela fait longtemps qu'il est en attente

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  6. Excellente interview ami canin. Je n'ai jamais lu mais les questions posées méritent que je m'intéresse un peu plus à l'oeuvre de l'auteur. Well done !
    Évasion Imaginaire

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    1. Merci John.
      C'est mon auteur favori, je ne peux que donc que te recommander de lire ces romans.

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