jeudi 12 mai 2016

Nexus

Ramez Naam, Pocket, 2014, 600 p., 14€ epub avec DRM


L'an 2040. Nexus est une nouvelle nano-molécule capable de relier les cerveaux entre eux. Alors que certains veulent l'exploiter, d'autres cherchent à l'anéantir. Kade, un jeune étudiant biologiste, voit dans cette drogue de nouvelles possibilités de communication et un immense progrès pour la société. À l'aide d'une poignée d'amis, il parvient à l'améliorer afin qu'il ne soit plus nécessaire de la consommer régulièrement pour en ressentir les effets. Mais les agences gouvernementales sont à leurs trousses... Sam, une espionne travaillant pour le compte de l'ERD (Emerging Risks Directory), les contraint à coopérer : Kade doit servir d'appât en intégrant l'équipe de Su-Yong Shu, une célèbre et géniale scientifique chinoise soupçonnée par l'ERD de travailler sur une technique lui permettant d'asservir les gens contre leur volonté. Dans un monde où se mêlent scientifiques chinois, moines bouddhistes et agents de la CIA, le jeune homme ne tardera pas à s'apercevoir que les enjeux sont bien plus importants qu'un simple trafic de stupéfiants...

Avant toute chose, je précise que Ramez Naam est un partisan du transhumanisme.

Une des thématiques du livre : le choix.
Ramez Naam dissèque cette problématique selon différents questionnements et réflexions
Peut-on imposer sa volonté à autrui ? le parallèle intéressant entre les drogues avec des nano-machines pouvant faire en sorte de prendre usage du corps de n'importe qui et l'embrigadement des personnes permettant, via l'esprit de corps et la loyauté, de mettre leur conscience en sommeil.
La fin justifie t'elle les moyens ? La lutte contre l'usage de technologies interdites par des « terroristes » rend elle éthique le fait d'en user ?

Sur cette première partie abordant intelligemment des réflexions éthiques et politiques de l'usage des biotechnologies, la morale du livre n'en est que plus incompréhensible. Sous des apparences de défense des libertés publiques, de recherches médicales apportant de meilleures conditions de vie aux personnes handicapées, l'auteur défend clairement la thèse transhumaniste qui doit être imposé à tous car il ne faut pas aller contre le progrès, quand bien même ce dernier provoquera des dérives.
A ce petit jeu, l'avant dernier chapitre sur le laïus de Ilyana Alexander autour des valeurs de liberté, de combat contre l'obsession sécuritaire est un sommet de duperie.
La question de l'accès à ces technologies couteuses par l'ensemble de la population n'est même pas évoquée.
La dernière partie est une charge virulente contre l'administration américaine et son conservatisme autour des biotechnologies.
Pour une fois qu'un thriller est contre l'idéologie américaine, c'est pour des raisons fallacieuses !

Au-delà de ces questions idéologiques partisanes, le roman est un page turner efficace, mais bourré de stéréotypes et clichés :
L'agent de l'agence de sécurité américaine, bien évidemment traumatisée durant sa pauvre enfance, qui découvre que ses supérieurs sont des pourris.
Le geek, ancien marine sauvé par le bouddhisme, qui sacrifie sa vie pour « sauver » le monde.
Un homme aux capacités augmentées, qui repère deux hélicoptères furtifs dont aucunes technologies terrestres n'arrivent à déceler. Et qui parvient à deviner leur destination comme par magie.
Ne pas oublier la dose de spiritualité de bon aloi et à la mode, le bouddhisme.
A la moitié du roman, finit la réflexion, le film d'action commence : BING BANG BOUM. Un vrai carnage, mais n'ayez crainte, nos deux personnages principaux s'en sortiront vivants !
La suspension de l'incrédulité doit ici fonctionner à plein régime…
L'attaque du monastère bouddhiste est un grand moment comique, même si ce n'était pas l'intention de l'auteur. le mode Bruce Lee m'a tout de même bien fait rire, cette fois à mettre au crédit de Ramez Naam.

Techno-thriller efficace, mais qui sous ses airs de défense des libertés publiques est prêt à les bâillonner pour défendre son idéologie transhumaniste.
Un livre partisan, à lire avec un oeil critique.


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