dimanche 3 juillet 2016

L'évangile cannibale

Fabien Clavel, ActuSF, 2014, 312 p., 4€ sans DRM

Futur indéterminé, dans une maison de retraite-mouroir, la doyenne maglia voit en rêve une sorte de fin du monde se produire. Ni une, ni deux, un groupe de douze vieillards décident d'attendre de pieds plus très fermes la fin du monde en se claquemurant durant 40 jours. L’apocalypse n'a qu'à bien se tenir, les vieillards ne sont pas nés de la dernière pluie et ont une revanche à prendre sur le traitement inhumain que la société leur a réservé.

Le narrateur, Matt Cirois, un salopard paranoïaque et misanthrope, nous conte, oralement, leur équipée sauvage en fauteuil roulant à travers un Paris dévasté. Entouré d'une équipe de pieds nickelés, souvent bas du front : le baveux, le nazillard, celui qui ne parle qu'en chanson de variété, leur aide-soignant un peu déficient, ...



Fabien Clavel apporte un peu de neuf aux romans de zombies avec ses vieux pas très respectables. Après, cela reste dans le genre, avec scènes imposées, le folklore et tout le tralala. N'étant pas un mordu de zombies, je ne peux pas vous donné un avis éclairé. J'ai acheté ce livre pour le côté humour noir et critique sociale. Côté noirceur, nous y sommes. La critique sociale aussi, mais aurait mérité plus de développement à mon goût. Quelques phrases bien senties, la dénonciation des conditions de vie dans les maison de retraites. Et le ronron du road-movie, puis des critiques virulentes dans quelques chapitres entiers, et plouf. Assez étrange comme rythme.
Une interview de l'auteur en fin de bouquin permet de (mieux) cerner les intentions et le processus créatif de l'auteur. J'avoue que je n'avais pas tout relevé dans le roman, loin s'en faut. Mais Fabien Clavel revient sur la construction épisodique de son oeuvre, expliquant, peut-être, le rythme parfois bancal.

Pour ceux qui connaissent leur catéchisme, l'histoire et le titre ne peut que vous donner des pistes de lecture supplémentaires. Pour les mécréants, il vous reste l'humour grinçant.

Un divertissement référencé apportant du sang vieux aux romans de zombies qui plaira, à mon avis, surtout aux fans de viandes boucanées.



"Je suis un salopard.
Oui, un sale enfoiré, une grosse enflure.
Attention, je suis pas de ceux qui foutent les pieds sur la banquette dans les transports en commun, ceux qui font chier leur clébard sur ton trottoir, ceux qui balancent des papiers par terre pour les esclaves qui les ramasseront.
Non, je suis d’un autre niveau. Je suis le connard qui t’emmerde parce qu’il a raison, parce qu’il sait ce que t’es pas capable de comprendre.
Les autres, ce sont des indifférents, des passifs de la saloperie. Moi, j’ai remplacé l’indifférence par de la haine pure, concentrée, une misanthropie universelle que je vous crache à la gueule."

"Moi, j’ai renoncé à mon matricule. Je me suis converti à l’indéchiffrable."
 
"Il est persuadé qu’un vaste complot est à l’œuvre, le genre <illuminato-judéo-financiéro-islamo-maçonnique>. Pourquoi pas des lézards géants, le temps qu’il y est !
Bref, il croit que nos destinées, chacun de nos mouvements est non seulement épié mais encore dirigé, manipulé depuis l’ombre. On est que des marionnettes entre leurs mains. Des bâtonnets au bout de ficelles.
Il est pas le seul dans cette situation.
Moi, je pense que ce délire parano grandement partagé est une manière de se dédouaner. En rejetant la faute sur des ennemis puissants, cachés, déterminés, on évacue toute responsabilité individuelle.
On se planque dans la foule. C’est pas moi, c’est les sages de sion. J’ai rien pu faire pour ce clodo qu’on roue de coups devant moi, en pleine heure de pointe. Ce vieux qu’on dévalise. Cette gonzesse qu’on agresse. Et puis, les autres ont rien fait non plus. On était des milliers, pourtant. On a rien dit…"


 

4 commentaires:

  1. En tant que mécréante, j'ai apprécié ;-)

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  2. Malgré le déferlement actuel de livres autour de la fin du monde, il reste encore des mécréant(e)s !

    J’attendais un peu plus (trop ?) de L’évangile cannibale, mais je garderai désormais un œil sur les sorties de Fabien Clavel.

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    1. Je te conseille fortement son dernier, Feuillets de cuivre. Rien à voir avec les zombies.

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    2. J'ai vu les très bonnes critiques, mais le sujet ne m’intéresse pas trop pour le moment. Je garde sous le coude.

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