lundi 2 janvier 2017

Anti-glace


Stephen Baxter, Le bélial, 2014 (1ère parution originale 1993), 290 p., 13€ epub sans DRM

 

Un hommage réussi à Jules Verne pour l'aventure, à H. G. Wells pour le politique, mais un thé bien fade pour le lecteur.

Présentation de l'éditeur :


L’anti-glace est une matière au potentiel hautement énergétique. Inerte à basse température, elle atteint son rendement optimal sous l’effet de la chaleur. Depuis sa découverte par une expédition anglaise dans les neiges du pôle Sud, elle a donné à la Couronne britannique le leadership mondial en cette seconde moitié du XIXe siècle. Un leadership qui ne fait qu’exacerber les tensions entre le Royaume-Uni, la France et la Prusse...

Jeune diplomate en mal d’aventures, Ned Vicars est à Ostende dans le but de contempler l’avènement d’une de ces merveilles scientifiques qu’autorise l’anti-glace. Mais il se retrouve bientôt bloqué, lui et une poignée d’autres infortunés, à bord du Phaeton, engin prodigieux qui quitte l’atmosphère terrestre en direction de la Lune. L’équipée fantastique commence...

 

Mon ressenti :

 

Le premier chapitre nous plonge en pleine guerre de Crimée qui verra l'utilisation première d'une bombe à l'anti-glace qui n'est pas sans rappeler le nucléaire.
Après quelques péripéties, trois gentlemen britanniques se retrouvent enfermés dans un prototype de vaisseau spatial en pleine immensité sombre et froide. Ne pouvant accéder à la salle des commandes, ils passent donc leur journée à faire un peu de sport, à jouer aux cartes et mangent les plats délicats servis par leur fidèle et fervent valet. Le flegme britannique par excellence.

Baxter corrige les défauts doctorales et d'apesanteur des romans De la terre à la lune et Autour de la lune. Place au merveilleux, le scientifique n'y est expliqué qu'à la marge, notamment par le fait que le jeune diplomate Ned Vicars est assez candide, voir simplet.
Les aventures s'enchainent assez vite, trop. La ligne directrice est ici assez floue, l'hommage prend le dessus. Le lecteur a l'impression de suivre une suite de saynètes sans queue ni tête.

Ce qui m'a le plus intéressé est le message politique, l'hommage à Wells (entre autre), derrière tout cela : à quoi servent les frontières, les guerres, l'utilisation d'armes aux effets dévastateurs. Baxter revisite l'équilibre de la terreur, l'impérialisme des grandes puissances détenant l'arme ultime. Et il nous
rejoue l'histoire européenne de la fin de 19ème siècle.

Des personnages caricaturaux, des ficelles assez grosses, des défauts pouvant s'expliquer par le fait de l'hommage aux romans du merveilleux scientifique. Mais il aurait été agréable de dépasser la simple dédicace.

Ce texte fait partie, je crois, des premiers romans de Baxter, une oeuvre de jeunesse. Il récidivera deux années plus tard en revisitant La machine à explorer le temps dans le roman Les vaisseaux du temps, pour un bilan mitigé aussi.

Un roman d'un peu moins de 300 pages, datant de plus de vingt ans, le tout pour un prix de 13€, on s'approche du foutage de gueule. J'ai connu les éditions du Bélial plus juste au niveau du prix. Ça coûte cher de mettre du Baxter dans son répertoire !

Pour ceux qui seraient intéressés par les dessous de fabrication d'une couverture, vous pouvez vous promener par là-bas.

Quelques citations :


Le reporter lui demanda pourquoi il n’avait pas représenté les frontières nationales.
« Quel intérêt la représentation des allégeances politiques aurait-elle pour le voyageur aérien ? fit notre hôte. Regardez par une de nos baies vitrées et inspectez la Terre – pourvu que vous la trouviez dans la lueur de la Lune. Monsieur, de cette hauteur, même notre glorieux Dominion disparaît face aux nuances des solitudes océanes. »
Holden se hérissa. « Sir Josiah, je m’insurge. L’empire de Sa Majesté constitue un monument durable. »
Le premier mot que lui répondit Traveller venait droit des loges à trois sous d’un music-hall. Il enchaîna : « Seigneur, bonhomme, regardez dehors, vous dis-je ! D’ici, les voyages de Marco Polo valent la trace d’une mouche sur cette vitre ; et les empires combinés de César, de Kubilaï Khan, du Petit Corse et de notre cher Édouard égalent juste les défauts du verre de cette même vitre !
« D’ici, les affaires des puissants apparaissent pour les absurdités qu’elles sont en vérité, et les fantasmes pompeux des fous incompétents qui nous gouvernent se révèlent dans toute leur inanité. »

— Bon, mais pourquoi nous faut-il des lois désormais ? »
Traveller sourit ; la clarté des antiques mers lunaires se refléta sur son nez en platine. « Vous devriez peut-être vous consacrer à la philosophie, Ned. Ce sont, bien entendu, des questions avec lesquelles les penseurs se collettent depuis des années. Nous avons des lois parce que certains individus – parmi lesquels j’inclus les politiciens et les princes – les utilisent pour soumettre leurs frères et arriver à leurs fins vaniteuses. »

Ned, chaque fois que je discerne une lueur d’intelligence au fond de votre crâne en forme d’obus, vous témoignez aussitôt d’une ignorance crasse qui me déçoit.




18 commentaires:

  1. Ah.
    Je vois que je ne suis pas la seule à trouver ce Baxter très moyen. Je suis rassurée car, je me sentais un peu seule avec ce coup là.
    En revanche, je n'avais pas pris la peine de regarder la date initiale de publication, et je comprends meiux certains défauts an prenant en compte "roman de jeunesse".

    Pour le prix, je l'ai acheté il y a quelques temps déjà (ouh! la vilaine - mais je n'avais pas encore de liseuse...) et c'est une vingtaine d'euros. Je suis de ton avis, question prix, Le Bélial est plus raisonnable habituellement. (Idem avec Le Prince-Marchand de Poul Anderson). 13€ le numérique c'est cher.

    Bonne Année!

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    1. Stephen Baxter a une bonne réputation d'écrivain si je ne me trompe, on dira que cela le rend plus humain.
      Dix euros pour un epub me semble être une barrière à ne dépasser qu'avec parcimonie

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    2. Oups, Meilleurs voeux à toi aussi.
      Et l'année sera bonne, il y a du Robert Charles Wilson nouveau de prévu. (mais hors de prix et vérolé !)

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    3. Ah ces DRM et ces prix... pareil que vous 10 euros c'est ma base, ensuite je fais quelques efforts jusqu'à 12,99 quand c'est des petites maisons d’éditions comme Super 8, Delpierre mais c'est plus rare. L'an dernier je n'ai dépassé qu'une fois les 14 euros c'était pour le Liu Cixin. ;-)

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    4. Tout pareil, il faut vraiment que le livre me fasse baver à n'en plus finir pour passer outre le prix et les DRM

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  2. Pas le meilleur Baxter apparemment. Il semble en fait plus à son aise dans la hard-SF que dans les hommages plus "mainstream" aux grandes oeuvres de la SF...
    Bref, il y a mieux à lire le concernant, je te fais confiance.

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    1. Je n'ai lu de Baxter que ces hommages, il faudra un jour que je lise ces romans plus "matures".

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    2. Il faut lire Voyage, c’était mon premier Baxter et j'en garde un excellent souvenir.

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    3. Je note ce voyage sur Mars, merci pour le conseil

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  3. J'avoue : j'ai du mal à voir en quoi l'âge du roman pourrait jouer sur le prix...

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    1. Je ne connais rien au monde de l'édition, mais je me dis simplement qu'il est plus facile d'avoir un bon prix pour acheter les droits d'un livre de "jeunesse" qui n'a pas eu preneur en 20 ans que pour un livre plus récent d'un auteur désormais confirmé.

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    2. Ah, oui, ce serait bien, mais... pas toujours. Et là, non.

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    3. Peut être un "Parole de" sur les dessous de l'édition dans le Bifrost n.86 ?

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    4. Il y a justement un premier "Paroles d'éditeur" dans ce Bifrost 86 : Mireille Rivalland, de l'Atalante.

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    5. Mais sans vouloir jouer les pénibles, sur cette histoire de prix, prenons deux exemples. Personne, mais alors personne ne nous a reproché de vendre l'ebook de L'homme qui mit fin à l'histoire, de Ken Liu, 3,99€, soit trois fois moins cher que ce Baxter ; il est également inédit, traduit au même tarif (je suis bien placé pour le savoir), et... trois fois moins long (je viens de vérifier sur mes fichiers). Le Priest, auquel vous consacrez un critique laudatrice sur ce même blog, est, lui, pour 12€, beaucoup plus gros, mais il y a eu très peu de traduction à payer pour le coup. Attention, je comprends très bien qu'un livre (un film, un disque) qui a déplu ou déçu semble trop cher -- je réagis de la même façon -- mais, mathématiquement, il n'y pas de réelle différence au niveau du prix. Enfin, il me semble.

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    6. Pour conclure, navré que cet Anti-glace n'ait pas répondu à vos attentes !

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    7. Je pense que l’on peut se tutoyer, c’est plus agréable.

      Ma barrière psychologique pour le prix d'un ebook est d'environ 10 euros.
      C'est irrationnel, comme tu le démontres très bien, ça ne prend pas en compte le travail autour du livre, le nombre de pages, les annexes.
      C’est subjectif, on pardonne ou pas selon l’appréciation finale.
      Mais est ce que le prix d’un livre correspond au coût réel de production, ou comporte aussi une part de compromis entre les chiffres de vente envisagés ? Une part tout aussi subjective.
      Le bélial m’a aussi habitué pendant des années à ce seuil de 10€…

      Tu n’as pas à être navré, on fait parfois des rencontres splendides avec certains livres, d’autres fois moins.

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    8. En effet, tu as mis le doigt dessus : il y a aussi dans le prix une dimension subjective, ou du moins prospective, eu égard aux ventes attendues.

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